« L'abolition de l'esclavage n'a pas mis fin à l'écologie coloniale »

Pendant des décennies, l'insecticide chlordécone a intoxiqué la quasi-totalité de la population antillaise. Pour Malcom Ferdinand, philosophe et ingénieur martiniquais, ce scandale sanitaire est le symptôme d'une relation à la Terre qui demeure enracinée dans l'esclavage et la colonisation. Entretien.
Basta ! : La commission d'enquête parlementaire sur le scandale du chlordécone, cet insecticide utilisé pendant des décennies aux Antilles, a remis fin novembre un rapport accablant pour l'État français et (...)

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FanXoa : Siouxsie and The Banshees – Mirage [1978]

Incroyable icône de la scène punk et post-punk, Siouxsie reste la maîtresse de nos mirages.

Premier titre de la face B, tiré du superbe album “The Scream” sorti le 13 novembre 1978.

Konstroy : Konstroy - ACTU (19 01 2020)

- Actu -  

 

14/01/2020

L'émission enregistrée en direct du CICP le 12/01, avec Yag Bari, la Bad'j, et Stygmate  est dispo  >ici<

 

C'est bon à savoir...

 

Lors des directs au CICP, vous pouvez écouter les retransmissions de concerts ici :
http://konstroy.net/outside

Suivez-vous sur Mastodon :
  https://mstdn.io/@Konstroy

 

Agenda Konstroy :

Dim 19 Pas d-invité

Dim 26 jan We Hate You Please Die

'Dim 2 fév CICP

Soirée de soutien à la coordination antirepression

  • Les marteaux pikettes (punk joyeux)
  • Petit Louis (sweet swing songs)
  • Stag (chansons impopulaires)
On y était

WARUM JOE + RIKKHA + THE FLUG le 17 janvier 2020 à Paris (75)SOLIDARITÉ AVEC LA LUTTE DES COMMUNAUTÉS ZAPATISTES le 17 novembre 2019 à Paris (75)

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

rAD_yAUTe : « Déglingo comme il faut » : une interview de Dewaere

Dans la foulée de leur concert au Poulpe, les membres du quatuor pop-punk-noise explosif Dewaere ont pris le temps de répondre à mes questions. Etaient présents Marc (basse), Julien (guitare) et Maxwell (chant) ainsi que Franck (batterie) et Yann (tour manager qui fera quelques interventions bien senties). J’ai l’habitude d’ajouter la mention (Rires) pour donner une idée de l’état d’esprit à ce moment mais, là, c’est toute l’interview qui est à lire avec un sens de l’humour et du second degré bien aiguisé. Dewaere, c’est des tubes en série qui explosent sur disque, des concerts pied au plancher souvent délirants et incontrôlables mais leur interviews aussi sont rock’n roll.

Vous jouez très régulièrement et votre album en est à son troisième repressage : ça a l’air de pas mal marcher pour Dewaere. Est-ce-que c’est le fruit d’une stratégie établie et vous étiez sûrs de votre coup ou, au contraire, est-ce-que ça vous prend un peu par surprise ?

Marc : Totalement par suprise. Quand j’ai été recruté pour un boulot, on m’a demandé : « Est-ce-que tu vas repartir en tournée ? Est-ce-que tu seras totalement dispo pour le travail qu’on te propose ? » Moi j’ai dit : « Les tournées, c’est terminé ! » – j’avais 38 balais à l’époque – et je me retrouve dans la situation totalement inverse ! Mais, à la base, ce groupe, c’était juste pour faire du rock.

Julien : On a composé des morceaux, on a rencontré Maxwell. On s’est dit c’est cool, ça nous plait, on enregistre. Notre batteur connaissait un gars de chez Bigoût records et de chez Phantom records. On a envoyé notre album. Les mecs ont dit : « Oh, c’est génial ! » Ils nous ont proposé un deal pour 300 vinyles. Donc on a sorti l’album et suite à la sortie de l’album, on a eu de bons retours, qui nous ont apporté des dates, qui nous ont apporté un tourneur, puis d’autres dates, encore de bons retours sur l’album hyper régulièrement… Tout s’est enchaîné mais c’était hyper inattendu…

Hugues jouait dans Flying worker auparavant, et aussi Neige morte, Veuve SS – des groupes qui tournaient ou tournent plutôt dans la scène hardcore/DIY -, est-ce-que le fait de travailler avec des intermédiaires comme votre tourneur et dans des circuits plus larges vous pose certaines questions ?

Maxwell : Moi, je déteste chercher les dates, organiser les répètes – et je crois que tous les musiciens sont d’accord avec moi quand je dis ça. Quand tu as quelqu’un qui organise des dates, franchement tu peux te branler sous la douche tranquillement avec l’image de la reine dans ta tête ! (Marc plié de rire. NDLR)

Julien : Et puis, c’est pas comme si on était avec un agent véreux. Le mec, il est plus jeune que nous…

Marc : Il est méga passionné. Notre relation est hyper saine. On est à la même hauteur. Il nous aide à nous développer, il a capté le truc et… il bosse bien !

Maxwell : Il nous adore et on l’adore !

Julien : Parfois, il y a eu des gens qui nous disaient : « Nous, on veut pas passer par un tourneur, on veut passer en direct. » Mais c’est unE erreur totale parce qu’en passant par eux, c’est tellement plus simple. Eux, c’est leur métier. Nous, notre truc c’est de jouer de la musique et, eux, c’est d’organiser.

Du coup, qu’est-ce-que vous pensez des pratiques des tourneurs qui consistent à avoir un droit de regard sur les premières parties ?

Julien : Franchement… Pas grand-chose. Je pense que si j’étais tourneur, je ferais la même chose !

Marc : Là, tu poses la question aux musiciens, faudrait que tu demandes au tourneur. Basiquement, le tourneur, c’est un vendeur mais un vendeur qui kiffe son truc, pas un mec qui vend des pots de yaourts, c’est un métier passion. Si il nous fait jouer dans des lieux comme ici, c’est pas pour l’argent, c’est parce que c’est là que le groupe rencontre son public.

Julien : Il y a des tourneurs qui nous auraient fait jouer en première partie de Matmatah à l’Olympia mais lui si il nous fait jouer en première partie, c’est sur une date avec le Villejuif underground ou avec Cocaine piss.

Maxwell : Ca marcherait pas du tout…

Julien (interloqué) : Je sais pas… Pourquoi ?

Maxwell : Ca marcherait pas du tout parce que c’est NOUS les meilleurs ! (Rires)

Julien : Non, ce qui fait qu’on est bien avec lui, c’est que c’est pas business mais il y a un bon truc de développement.

Votre musique a un côté assez entraînant, assez fun. Est-ce-que c’est une envie que vous aviez dès le départ ?

Julien : Pas du tout ! Avant que Maxwell arrive, on avait que des instrumentaux orientés noise/math-rock. Assez rapidement, on s’est rendu compte qu’il fallait que nos morceaux deviennent des chansons.

C’est vrai que la voix de Maxwell sur du math-rock, j’ai un peu du mal à imaginer ce que ça pourrait donner…

Marc : Si ! Si ! Ca pourrait marcher mais ça serait vraiment chelou !

Julien : Il a apporté quelque chose de beaucoup plus pop à nos morceaux et c’est tant mieux.

Gloire à Maxwell , quoi !

Marc : Ca a été un putain de coup de bol et c’est génial ! (Il se tourne vers Maxwell) Si tu veux, tout à l’heure, je te (Une certaine conception de la décence m’empêche in extremis – malheureusement peut-être – de reproduire la proposition à caractère sexuel de Marc dans sa totalité, ni la réponse de Maxwell qui, il faut bien le dire, n’est JAMAIS pris en défaut de répartie. NDLR)

On entend parfois dire que, pour les groupes à guitare, c’est un peu la fin, qu’il y a plus trop de public, qu’est-ce-que vous en pensez ?

Julien : Moi, je trouve que c’est le contraire, je trouve que ça revient !

Marc : Il y a toujours un public pour les bons groupes et pour les bonnes chansons. Tu peux faire de la techno au kilomètre, ça va marcher 5 ou 6 ans, tu vas remplir ton festival parce que les mecs sont sous MD et qu’ils sont défoncés. Mais que ce soit en rap, en rock, en pop, c’est exactement pareil, les gens viennent chercher une émotion. A partir du moment où tu dis vraiment quelque chose, de la manière la plus pop qui soit, tu touches tout à coup un public hyper large et réceptif !

Yann (semblant se réveiller tout-à-coup) : Est-ce que vous voulez voir ma raie ? Ou mon zizi ?

Maxwell : Yann Olivier entre en scène !

Les gens parlent parfois des années 90 comme d’un âge d’or…

Marc : En tous cas, dans les années 90, Maxwell n’écoutait aucun groupe des années 90 !

Maxwell : C’est n’importe quoi : Michael Jackson, Spice girls, Fucking backstreet boys ! Mais bon, je suis né en 87, mec. These fucking dickheads listened to Nirvana, Sonic youth…

Marc : J’écoutais du black metal !

Maxwell : Non, toute ma vie, j’ai écouté les Beatles ! Pour moi, c’est tout ce qui compte ! Nirvana, je vois que c’est bien mais… ça m’emmerde ! C’est comme le massage shiatsu, c’est bien mais ça te fait rien !

(A ce moment, Julien essaye de m’expliquer le son de guitare qui l’inspire dans Nevermind pendant que les autres parlent de fantasme sexuels inspirés par la pochette de l’album de Nevermind de Nirvana… le résultat est difficile à transcrire. NDLR)

Maxwell (hurlant par-dessus la mélée) : FUCKING LISTEN TO THE BEATLES, YOU FUCKING IDIOTS !

OK, Maxwell parle-nous un peu des Beatles…

Maxwell : Si tu veux, toute la musique d’aujourd’hui, c’est à base de Beatles !

Julien : Tu crois que Beethoven a attendu que les Beatles arrivent ?

Maxwell : Les Beatles, c’est Beethoven ! … Non, mais au niveau des pop, mélodies – bon, les paroles, on s’en fout – c’est juste génial.

Julien : En vrai, tu as complètement raison.

OK, Maxwell, tu viens d’une autre culture, pas forcément rock, punk, noise, etc. Qu’est-ce-que tu as pensé d’eux la première fois que tu les as écoutés ?

Maxwell : Ils m’avaient dit que c’était « noise-punk »…

C’est ce que tout le monde dit, d’ailleurs…

Maxwell : Pour moi, « noise-punk », c’est The Fall mais hyper expérimental ! Pas de mélodies, rien ! C’est juste TRRRRFFFFFXXXXRRRRRZZZZ BBBBBRRRRRTTTTRRREWWWKKKKRRRR !!!!!!!! (Il fait le bruit avec sa bouche. NDLR) Ca m’excitait… Je suis arrivé à la répète, c’était pas du tout ça ! C’était un peu… organisé… un peu math-rock. C’était pas du tout ce que je pensais. Et du coup, je me suis un peu forcé parce que je connaissais personne à Saint-Brieuc et je voulais me faire des potes. (Rires) Je leur ai dit : « Vous faites de la merde, vous avez besoin de moi. »

Marc : On a pas besoin de toi ! Je t’ai trouvé ivre mort dans une soirée et je t’ai dit : « Eh putain, toi, t’as pas l’air français ! » et on a commencé à discuter. C’est exactement comme ça que ça c’est passé !

Julien : Le lendemain matin, j’avais un message de Marc qui disait : « Putain, j’ai rencontré un mec, il est australien, il a l’air complètement timbré mais ça peut être génial ! »

Vous racontez deux moments différents, en fait…

Marc : Pendant la première répète, il est resté assis à boire pendant une heure et demie. Il a tisé une première bouteille de Chardonnay, puis il en a ouvert une deuxième et enfin il s’est tourné vers le micro et il s’est mis à hurler comme un sauvage !

Julien : On a l’enregistrement de la première répète, j’avais l’impression d’entendre Jim Morisson en train de faire des Oh-oh-oh sur notre musique ! On était hyper surpris mais c’était génial. Moi, le lendemain matin, je me suis réveillé en me disant : c’est bon.

Marc : Exactement, c’est le gars qui nous fallait et puis voilà ! On s’est pas posé la question trois secondes ! C’était génial, déglingo comme il fallait. Il chantait juste comme il fallait, il mettait l’émotion pile poil où il fallait. C’était parfait. Et la lumière fût !

Vous avez complètement changé votre musique du coup ? Ca a mis longtemps à se mettre en place ?

Marc : Non, non, on n’a pas complètement changé. Il y a des morceaux qu’on joue encore qui sont issus de cette période-là…

Julien : C’est pas ses préférés, à Maxwell, mais bon…

Marc : Ce qui s’est passé, c’est qu’on a recommencé à composer comme on ne faisait plus. On s’est remis à composer en studio, à amener des riffs, il avait ses propres chansons qu’on a bousculées. On a bousculés nos chansons pour mettre du Maxwell dedans et puis voilà ! En fait l’album est né de l’espèce de pâte à modeler de cette époque-là

Maxwell, quel est ton rapport avec la langue française ? Est-ce-qu’il y a des groupes qui chantent en français que tu aimes ?

Maxwell : Je peux name-drop beaucoup de mes potes, là… J’adore les groupes français qui chantent en françmportant. Ils sortent pleins de groupes super bien. Il y a un groupe qui s’appelle Kévin Colin et les Crazy Antonins, Roland Cristal, Kévin Cristal, Kévin Colin… Tous mes potes de Toulouse… sans eux, je ne suis rien !

Marc : Ben merci, on est vraiment très content de t’avoir parmi nous, connard de merde ! (Rires) On est vraiment très contents d’être là ce soir mais je pense qu’on va y aller maintenant…

Maxwell : C’est des gens qui m’ont vraiment touchés… Bref, la chanson française, j’adore ! Il faut que les français gardent la chanson française au lieu d’essayer de chanter en anglais !

Et le rock en français, t’aimes bien ?

Maxwell : Ouais, j’adore ! Jacques Dutronc ! Françoise Hardy !

Julien : C’est pas rock…

Maxwell : Si, si, c’est rock, rock n’roll, un peu…

Julien : Françoise Hardy, rock ‘n roll ?

Maxwell : Serge Gainsbourg, Sheila, France Gall…

Pour moi, ça tombe davantage dans la variété ou la pop…

Marc : Cette discussion est complètement dingue parce que c’est deux mondes totalement différents ! Tu attends des références alterno d’un type qui considère qu’en fait la pop est rock !

Maxwell : Pour moi, la pop ça couvre tout. Et le rock, c’est une petite partie de la pop.

Marc : Mais un truc vraiment rock en français que tu aimes, ça serait quoi ?

Maxwell : Cobra… mais en fait j’aime pas trop. Je trouve que c’est drôle mais j’écouterais jamais tout seul. Dans le camion, ça va !

Et au fait, je suis sûr que c’est une question qu’on vous a posée plein de fois, mais Patrick Dewaere, qu’est-ce qu’il représente pour vous ? Pourquoi vous avez choisi ce nom ?

Maxwell : En fait, c’est l’oncle de Marc.

Julien : En fait, on cherchait un truc qui colle à notre musique et qui soit lié à Saint-Brieuc. Et d’un coup : Dewaere ! Il est né à saint-Brieuc. Le mec est torturé et en même temps, il y a un côté beau, émouvant chez ce mec-là et en même temps fou, violent, torturé et beau. C’était parfait, c’était ce qu’il nous fallait, Dewaere !

C’est marrant d’être attaché à une ville, comme ça…

Julien : Y rien de spécialement glorieux… C’est notre ville !

Marc : C’est la plage ET les mobylettes. C’est la base !

Julien : Moi, je suis anti-patriotique mais j’aime bien Saint-Brieuc quand même !

Et l’avenir pour Dewaere ?

Marc : On fait un deuxième disque, qui est plutôt bien en route. Les morceaux sont là mais il faut qu’on les dewaerise ! C’est la principale différence entre le disque que tu as écouté et celui qui va arriver. Sur Slot logic, on a tout composé ensemble, à l’ancienne, en répète. Pour le prochain, on a demandé à Maxwell – Maxwell compose tout le temps, de tout, il nous amène des trucs et souvent on lui dit « Non, ça, c’est pas pour nous… » – bref, on lui a demandé de nous sortir les trucs les plus pop possibles. Genre : si les Beatles étaient encore vivants, sors-nous les singles des Beatles vont sortir pour les dix prochaines années ! Nous derrière, on les détruit, on en fait les trucs les plus noise possible. Et ça donnera… ben, on verra bien, parce qu’on en sait rien, en fait.

Maxwell : Ce sera le meilleur album de 2020 ! Chaque morceau est un tube !

Julien : Il ne ment pas.

>>>>>>>>>> DEWAERE

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Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l'Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d'un observatoire des médias s'est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour.

Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante. Acrimed poursuit plusieurs objectifs :

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Mobiliser

Mobiliser et se mobiliser avec toutes les forces disponibles (partis, syndicats, associations…) pour construire un véritable front de lutte à la mesure des enjeux. La question des médias est une question politique essentielle, elle doit le devenir ou le redevenir, et doit faire l'objet d'un combat politique.

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Garde à vue abusive du journaliste Taha Bouhafs : Taha doit être libéré, il en va de la liberté de la presse

Acrimed cosigne un communiqué collectif initié par Reporters en colère (REC), suite au placement en garde à vue du journaliste Taha Bouhafs.

Le journaliste Taha Bouhafs (Là-bas si j'y suis) avait un billet pour assister, vendredi 17 janvier, à une pièce de théâtre aux Bouffes du Nord (Paris, 10eme). Notre confrère a relayé la venue du président Emmanuel Macron sur Twitter en informant également que des manifestant•es se trouvaient aux abords du lieu. À l'issue de la représentation, il a été placé en garde à vue, dans un premier temps, au commissariat du 5ème arrondissement, avant d'être déféré au palais de Justice. Il a été placé en garde à vue, dans un premier temps, au commissariat du 5ème arrondissement, avant d'être déféré au palais de Justice.

Arrêter un journaliste – ou n'importe quel autre citoyen qui aurait agi de la sorte – pour un tweet, pour avoir donné une information, est une mesure insensée, inacceptable dans un État de Droit.

Il est inconcevable que le procureur de la République de Paris, Rémy HEITZ, prenne la décision de priver ce journaliste de sa liberté à la demande de l'Elysée et du GSPR alors même qu'il n'a commis aucune infraction et ne faisait qu'exercer son droit d'informer.

Depuis hier soir, ce journaliste est transféré de commissariat en commissariat sans que son avocat ne puisse le voir conformément aux règles du Code de Procédure Pénale. Cette garde à vue et son défèrement sont abusifs. Les charges qui pèsent contre Taha doivent être abandonnées. Informer n'est pas un délit, nous n'aurons de cesse de le rappeler.

Lors de ses voeux à la presse ce mercredi 15 janvier, le président Emmanuel Macron a reconnu que ce n'était ni à l'Etat, ni au gouvernement, de désigner qui était journaliste, soulignant que cela revenait à la profession. Pourtant quelques minutes plus tard, le même Emmanuel Macron s'est lancé dans une diatribe sur les « similijournalistes » qui nuiraient à la crédibilité des journalistes professionnels.

Nous prions M. Macron de laisser la profession de journalistes s'auto-réguler comme elle l'a toujours si bien fait depuis de nombreuses années. D'une part, Taha Bouhafs répond aux critères de l'article 7111-2 du code du Travail qui définit les journalistes professionnels en France ; d'autre part, le journalisme est une profession non-réglementée, et chaque citoyen•e a le droit d'exercer son droit à l'information.

La Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) saisit dès aujourd'hui la Plateforme du Conseil de l'Europe pour la Protection du Journalisme face à cette violation manifeste de la liberté de la presse. Le gouvernement français devra répondre de cette violation de l'article 10 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme.

Pour que vive la liberté de la presse ! Pour que vive le droit d'informer ! Les charges contre Taha doivent être abandonnées !



Signataires : Collectif REC, SNJ-CGT, la FEJ (fédération européenne des journalistes), La Ligue Des Droits de l'Homme (LDH), ATTAC France, ACRIMED, Là-bas si j'y suis, Mediapart, collectif OEIL, collectif LaMeute, TaranisNews, Source-média, StreePress, l'Acentrale, Ras-la-plume, les SDJ de l'HUMANITE et du MEDIA, David Dufresne, l'Union Syndicale SOLIDAIRES

FanXoa : “Violentes” : Flamboyantes révoltes

Pièce collective jouée par seize actrices et créée par quatre d’entre-elles [1], « Violentes » expérimente en une dizaine de tableaux toutes les facettes de la violence des femmes : légitime, illégitime, défensive, offensive, violence contre les autres (maricide, infanticide), contre soi, contre un système hétéropatriarcal écrasant dès les premiers âges de la vie ou de l’école. La force de cette performance théâtrale organisée autour de lectures, scandées, déclamées, murmurées ou chantées, vient du collectif et ce collectif permet d’exprimer la force [2]. Une force incarnée ici par la puissance de jeunes femmes prêtes à combattre, prêtes à en découdre au sens propre comme au sens figuré.

Insoumissions textuelles

Chaque tableau est une insurrection contre les violences sexuelles, contre les préjugés et les assignations faites aux femmes, contre une identité imposée et dominatrice, contre un sexisme intériorisé, contre les oppressions genrées d’où qu’elles viennent de l’extérieur comme de l’intérieur. Mais il n’y a pas que des contre : à travers plusieurs monologues-manifestes la pièce défend beaucoup de choses, une existence libre, une sororité, s’accepter tel que l’on veut être et le droit de s’approprier les pires crimes pour montrer de quoi sont capables certaines d’entre-elles.

A la fois graves, percutants, poétiques et audacieux, les textes bousculent les spectateurs/trices pour mieux faire sentir la dangerosité des situations. Pointée par le flingue d’une actrice déterminée qui rompt la linéarité du spectacle, la salle ressent un doute. Questionné sur la blanchité oppressive de notre société, un malaise traverse l’auditoire. Taloché par des propos vengeurs « on t’écorche les joues, on te crache à la face », « je t’encule », on se repositionne dans son fauteuil. Sous une lumière plongeante, une chanteuse nous communique une intimité fragile en Barbara décalée de notre temps.

Des corps en lutte qui font scène

Agrémenté de touches d’humour grinçant, grimaçant notre société, jouant des situations paradoxales sans jamais être glauque, « Violentes » est aussi une incroyable expérience physique, sportive, collective et individuelle, dans laquelle les corps s’engagent, se serrent, se desserrent, rivalisent, se confrontent, se déchainent, dansent, rampent ou se soutiennent. Corps en lutte et lutte des corps, de nouveau les actrices font collectivement corps. La gestuelle est belle, expressive et interactive, mise en valeur par une mise en scène dépouillée (ce sont les corps qui font scène) et par un éclairage subtil. Pour ne pas “perdre le fil” de ces histoires, dans un coin de la scène, le rouet d’une jeune femme interchangeable rythme le temps qui passe comme si rien ne pouvait l’arrêter [3].

La lutte est au cœur du propos comme le souligne les autrices, car il s’agit bien « de construire une force ne serait-ce que sur l’espace du plateau et dans le temps de la représentation, comme pour s’entraîner » [4]. Cet entrainement nécessaire pour se défendre et se protéger de la violence des hommes et de l’État est le signe d’un courage à toute épreuve. Si dans « Violentes » les femmes sont « capables et coupables » de violence, si « les folles viennent en masse » pour nous foutre une raclée et décider du jour de notre pendaison, nous les hommes et notre système l’avons sans doute bien mérité. Dans tous les cas, il faut y réfléchir. D’où provient cette rage ? Quelles sont les causes de cette colère ? Ce spectacle choral, militant, volontairement en non-mixité, permet d’affirmer cette puissance collective féministe tout respectant les individualités.

Au delà de la violence

« Violentes » n’est cependant pas binaire car la violence n’apparaît pas in fine comme une solution viable, pratique ou habile, elle permet seulement de nous alerter et de prendre conscience des changements profonds nécessaires qu’il reste à faire dans les rapports entre êtres humains, au-delà même des questions de genre ou de la démarche queer. Le propos est riche et touffu, complexe et courageux. En ce sens, les « Violentes » s’effacent pour laisser place aux « Flamboyantes », bien décidées à reprendre le pouvoir qui leur a été confisqué dans une société qui engendre ces/ses violences.

Cet avertissement théâtral nous démontre aussi que nous sommes peut-être en train de changer d’époque, que de nouveaux repères se mettent en place pour une existence moins asymétrique et plus libre. « Et vlan ! », que la voix des femmes compte définitivement. A ce titre « Violentes » lance un défi à notre condition d’humains sclérosés, à savoir comment repenser nos propres existences individuelles et collectives, et que ces existences transformées sont actrices du changement de nos sociétés.

FX, 18/01/2020.

Dernière représentation au théâtre Kantor à l’ENS de Lyon, le samedi 18 janvier à 20h.

Pour en savoir plus écouter Micro-coulisses n°23 • 8 janvier 2020, l’émission de Coline Lafontaine sur la webradio Trensitor.

Pour accompagner cette problématique : Cardi, Coline & Pruvost, Geneviève (sous la dir.), Penser la violence des femmes, Paris, La Découverte / Poche, coll. Sciences humaines et sociales n° 471, 2017.

Notes

[1] Une création de : Alice Beuzelin, Gnou.se Francfort, Alice Perrier, Joséphine Villeroy et Elise Zhong.

[2] Avec des textes de : Monique Wittig, Jean-René Lemoine, Txus Garcia, Queen Ka, Boston Women’s Health Collective. Écriture de : Alice Beuzelin, Gnou.se Francfort, Zoé Mary-Roulier et Elise Zhong.

[3] On pense à l’ouvrage L’étude et le rouet de la philosophe Michèle Le Doeuff.

[4] Extrait de l’argumentaire de la pièce.

Keep the rage : Keep The Rage #306 - Vendredi 17 janvier - Playlist et Podcast

Keep The Rage #306 - Vendredi 17 janvier - Playlist et Podcast
Playlist:

01 - JEUNESSE APATRIDE - la victoire sommeille - ( La victoire sommeille - 2005)
02 - NEURONES EN FOLIE -Manifestation -  ( 16 Grands Airs Populaires De & Par NEF - 1991)
03 - MOLODOI - La Complainte Des Ouvriers - (  Tango Massaï - 1995)
04 - BRIGADA FLORES MAGON - Folle Semence - ( s/t - 1999) 
05 - DUBAMIX -Sacco-e-Vanzetti-feat-Daman-Drowning-Dog-DDM - ( camarade - 2020)
06 - CERBERE et  MAKAWA - On est pas seul feat Mr.M & Fantomatik - ( PANORAMA - 2013)
07 - ZARTAKO - Txotas - ( Sangre por sangre - 2009)
08 - URA - Contempt For Life - ( s/t - 2014)
09 - GARMONBOZIA - No Free Ride - ( s/t - 2004)
10 - ONEYED JACK -  tribes - ( Cynique - 1996)
11 - HORS CONTROLE -  l'union fait la force - ( L'union Fait La Force - 2013)

Pour télécharger le podcast, cliquez sur l'article.

S.A.V. : S.A.V. sur Radio Canut : Emission du 14 janvier 2020

Emission de nouveautés ! Au programme : du punk/hardcore australien (Alien Nosejob, Punter, Future Suck), des extraits des futurs nouveaux albums de Bitpart et de Faux Départ, une touche de post-punk (Fitness Womxn), quelques nouveautés indie/pop (Huevos II, The Homesick, The Shins, Big Baby), de la musique de synthés (Riki) et autres sorties punk (Erik Nervous, Neotypes, Set Top Box, Hot Mom). Le tout, à écouter et à télécharger à partir des liens ci-dessous (playlist à la suite) :



Pour télécharger l'émission, cliquez ici (clic droit puis "enregistrer la cible du lien sous" - en cas de problème, répéter la même opération depuis la page suivante)

Playlist :

ALIEN NOSEJOB : Television sets
PUNTER : Lockdown
ERIK NERVOUS : Violent dream
NEOTYPES : City to city
FAUX DEPART : Merci pour vos services
HUEVOS II : Memories
THE HOMESICK : I celebrate my fantasy
THE SHINS : When I goose step
SET TOP BOX : Alien game
RIKI : Böse Lügen
HOT MOM : Crutch
FUTURE SUCK : Europe
FITNESS WOMXN : Easy
BIG BABY : Cherry coke
BITPART : Anxiety is my new friend
ALIEN NOSEJOB : Weight of the world
HUEVOS II : My time is gone

l'ayatollah du rock : [Fréquence Paris Plurielle] en famille

Date : vendredi 17 janvier 2020   Les choses étant ce qu'elles sont dans ce beau pays, les radios associatives survivent comme elles le peuvent, et pour compenser un brin les baisses de subvention doivent trouver un peu d'argent ailleurs. Le [...]

Retraites : Europe 1 en tenue de combat

Tout au long du mois de décembre et au-delà, Europe 1 a sonné la mobilisation générale pour défendre le projet de réforme des retraites du gouvernement, et pour pilonner opposants et grévistes.

Le 7 décembre, dans son émission « Médiapolis », Olivier Duhamel affirme avec assurance que les médias dominants ont tiré les enseignements de 1995 : « En 1995, tous les médias, les commentateurs encensaient le plan Juppé. Et c'était très, très, très marginal, ceux qui le critiquaient et ceux qui ne critiquaient pas le mouvement. Là, c'est exactement l'inverse [sic]. C'est-à-dire qu'on souligne l'incohérence du gouvernement, l'illisibilité de la réforme, on ne dit pas de mal, on est factuel dans la description du mouvement. […] Je pense que c'est la prise de conscience dans les élites médiatiques, de la distance révélée entre le haut et le bas, des critiques dont ils étaient l'objet. »

Au comble de l'aveuglement, l'éditocrate récidive le 4 janvier en saluant le « souci d'équilibre » et le « respect de l'exposition des différents points de vue » sur Europe 1, paraphrasé par Sonia Mabrouk, qui honore quant à elle « l'équilibre et l'harmonie » de la station. Nous leur donnons raison sur un point : à l'antenne de la station d'Arnaud Lagardère, la défense de la réforme et le pilonnage des grévistes rythment une ligne éditoriale à l'unisson, sans qu'aucune fausse note ne vienne entacher la partition.

Parmi les éditorialistes et animateurs d'Europe 1, pas une voix dissonante ne semble trouver sa place. Au fil des émissions, qu'il s'agisse de la matinale, de « Médiapolis », du « Grand Entretien », du « Grand rendez-vous » ou encore du « Grand journal du soir », le discours est simple comme bonjour : la réforme est inévitable voire souhaitable ; les cheminots sont des enragés et prennent les commerçants en otage, « majorité silencieuse » dont Europe 1 se fait la porte-parole ; les syndicalistes sont au banc des accusés et les grèves ont des impacts psychologiques graves sur les usagers. Reprenons point par point.


« Il n'y a pas d'alternative »


Le respect de « l'équilibre » sur Europe 1 se mesure tout d'abord à l'extrême variété des appréciations des « têtes d'affiche » de la station privée quant à la nécessité du projet de réforme gouvernemental. Florilège :

- Oui, il faudra bien travailler plus longtemps pour éviter l'explosion financière du système. (Daniel Fortin, 5/07)

- La France compte de plus en plus de retraités, et des retraités qui vivent de plus en plus longtemps. Alors tant mieux, mais ça veut dire, et Édouard Philippe l'a redit, qu'il faudra travailler plus longtemps. (Axel de Tarlé, 23/11)

- Qu'il faille travailler plus longtemps, comme c'est la règle dans presque tous les pays européens, on le sait, c'est inévitable, crucial, mathématique même. […] Il va falloir travailler plus longtemps, et le courage politique, c'est de le dire (21/12) ; Même un élève de primaire comprend que maintenant, y aura de moins en moins d'actifs pour assurer la retraite des gens qui vieillissent de plus en plus. Il n'y a qu'une chose, c'est qu'il faut travailler plus. (Catherine Nay, 21/12).

- [Il faut] reculer progressivement l'âge de la retraite, lentement pour le régime général, plus vite pour les régimes spéciaux. C'est simple, c'est efficace, et c'est compréhensible par tous les Français, qui l'ont d'ailleurs déjà expérimenté plusieurs fois. (5/12) ; C'est une réforme gagnante pour beaucoup. (Nicolas Beytout, 12/12).

- Cette réforme des retraites dont le but central est d'instaurer un régime unique, le même pour tout le monde, sur le papier, ça devrait plaire tout de même, ça semble assez juste. (Bernard Poirette, 21/12)

- Le système à points trouve des soutiens. […] Parce qu'un tel système met tout le monde à la même enseigne ; parce qu'un tel système n'oublie pas les femmes aux carrières hachées ; car un tel système répond aux agriculteurs en souffrance. (Sonia Mabrouk, 18/12).

« De toute façon la réforme passera ». Le mot d'ordre est assené jour et nuit sur les ondes de la radio :

- On sait qu'[Emmanuel Macron] ne va pas renoncer subitement à sa réforme. (Hervé Gattegno, 29/12)

- Vous savez très bien qu'[Emmanuel Macron] ne va pas [retirer son projet]. Qu'est-ce que vous attendez de lui, plus rien ? […] Vous savez très bien que ça n'arrivera pas. […] Vous imaginez Emmanuel Macron dire : « Françaises, Français, je retire la réforme des retraites » ? (Pierre de Vilno face à Mathilde Panot, LFI, 30/12)

- Si demain ou jeudi lors de la réunion multilatérale, Laurent Berger signe avec Édouard Philippe, le front syndical est défait, vous serez obligés de renoncer. (Nathalie Lévy face à Yves Veyrier, FO, 17/12)

- Vous avez bien compris que l'exécutif ne flancherait pas, ne retirerait pas son projet. […] Le gouvernement ne le retirera pas, vous le savez. Le texte sera présenté en conseil des ministres le 22 janvier. (Damien Fleurot face à Fabien Roussel, PCF, 22/12)

- [Philippe Martinez] sait très bien, je pense qu'il sait très bien que le projet ne sera pas retiré. (Olivier Duhamel, 21/12).

- En demandant purement et simplement le retrait, [Philippe Martinez] sait qu'il n'aura pas gain de cause. […] Il a perdu. (Catherine Nay, 21/12)

- Je pense que la réforme va se faire. Et comme je crois qu'elle est utile et raisonnable, pour moi, c'est une bonne nouvelle. (Hervé Gattegno, 22/12)

- Le gouvernement fera sans doute passer sa réforme, et une partie de l'opinion publique, singulièrement votre électorat, l'électorat de droite, y verra peut-être la preuve de l'audace réformatrice du président. C'est injuste pour les Républicains, pour la droite, non ? (Sonia Mabrouk face à Brice Hortefeux, LR, 8/01)

- Vous avez demandé au gouvernement d'appuyer sur le bouton « stop ». Mais le gouvernement, vous le savez aussi bien que moi, n'appuiera pas sur le bouton « stop ». Alors, qu'est-ce qu'on fait ? » (Pierre de Vilno face à Yves Veyrier, FO, 23/12)

- Qu'est-ce que vous proposez alors ? Ça ne le fait pas ! Le problème, c'est que ça ne le fait pas, ça ne fait pas avancer le schmilblick, et y a les fêtes de Noël et le 31 qui arrivent. Qu'est-ce qu'on propose quand on en est là ? On est dans le jusqu'au-boutisme pour coincer encore les Français ou on propose les choses pour essayer d'en discuter ? (Nathalie Lévy face à Yves Veyrier, FO, 17/12)

Et lorsqu'ils doivent apporter la preuve qu' « aucune alternative » n'est possible, les éditocrates d'Europe 1 rivalisent d'arguments pour exclure du périmètre médiatique tout ce qui ne leur semble pas… réaliste (ce qui fait beaucoup de choses).

Ainsi, il ne saurait par exemple être question d'augmenter les cotisations ou de puiser dans le fonds de réserve des retraites car comme le martèle Nicolas Beytout : « Voilà deux très mauvaises idées » (18/12). Un mois plus tôt, son confrère Nicolas Barré appelait déjà à « écarter les solutions brutales […] (désindexation des pensions ou hausse des cotisations) » (19/11) pour n'en garder qu'une : celle préconisée par le gouvernement (âge pivot).

Patrick Cohen monte lui aussi la garde quand Laurent Escure (UNSA) suggère une augmentation des cotisations patronales : « Les entreprises sont pas déjà mises beaucoup à contribution ? » (14/12). Même proposition, même traitement pour Yves Veyrier de la part de Nathalie Lévy : « Ça tuerait l'économie dit-on, notamment Gérald Darmanin, le ministre de l'Économie » (17/12). Taxer les dividendes ? Coup de sifflet de Sonia Mabrouk, qui s'abrite derrière les « petits porteurs » pour mieux protéger les intérêts du CAC40 : « Derrière quelques grands patrons, il y a aussi beaucoup de Français qui ont des actions, peut-être vous, et qui touchent ces dividendes. Pourquoi les pénaliser ? » (face à Fabien Roussel, PCF, 10/12)

Coup de sifflet également de Pierre Vilno lorsque Mathilde Panot tente d'évoquer l'égalité salariale, l'augmentation des salaires ou le recrutement de 100 000 emplois dans le secteur hospitalier et dans le cadre de la « bifurcation écologique » : « Ce n'est pas un cercle vertueux […] Ça ne marche pas comme ça et vous le savez très bien ! » (18/12)

Puisque à l'antenne d'Europe 1 animateurs et éditorialistes sont tous d'accord sur le fond, ne reste plus qu'à commenter la « méthode » du gouvernement. Et là encore, ils sont au diapason, qu'il s'agisse de répéter à l'envi que la réforme a été « mal expliquée », que le ton est « quelquefois un peu abscons » (Catherine Nay, 7/12), d'affirmer que « la gageure pour ce gouvernement, c'est de trouver, enfin, la bonne pédagogie pour sa réforme » (Bernard Poirette, 4/01) ou de prétendre face à des opposants qu' « au-delà du fond, c'est la méthode qui vous déplaît » (Pierre de Vilno, 27/12).

Une pensée somme toute admirablement résumée par Hervé Gattegno : « Ce qu'on peut au moins espérer, c'est qu'Emmanuel Macron [à l'occasion de son allocution du 31 décembre] va s'efforcer d'expliquer clairement, posément, en quoi la réforme est nécessaire, elle l'est. » (29/12).

Cette critique circonscrite a pour corollaire la célébration du « dialogue » et de l'« ouverture » dont fait preuve le gouvernement en proposant des concessions pour sortir de la crise. « Concessions » qui deviennent instantanément les cadres imposés lors de nouveaux débats, et vis-à-vis desquels les opposants sont sommés de se prononcer – une nouvelle fois sans pouvoir exposer leurs propres propositions. Quelques exemples :

- Pourquoi vous ne parlez jamais, jamais Fabien Roussel, de ceux qui peuvent y gagner : les agriculteurs, les indépendants, les plus bas salaires, certaines carrières hachées de femmes, pourquoi ? (Sonia Mabrouk face à Fabien Roussel, PCF, 10/12)

- Il y aura des compensations demain, des revalorisations demain. Pourquoi n'attendez-vous pas les annonces pour avoir vraiment une bonne raison de manifester ? (ibid.)

- Je pense ce matin aux mots de la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie qui a dit que l'âge pivot à 64 ans est bel et bien négociable. Signe que les négociations sont ouvertes, que cette main se tend, l'accepterez-vous ou pas, en tout cas, elle existe. (Wendy Bouchard, face à Julien Troccaz, Sud Rail, 14/12)

- Mais si ce soir, si demain, s'il y a une meilleure prise en compte encore de la question essentielle de la pénibilité, difficile de dire qu'il n'y a pas d'avancée ! (Sonia Mabrouk, face Adrien Quatennens, LFI, 18/12).

- Et dans ce projet de loi, il y aura des mesures liées à la pénibilité dans la fonction publique, au travail de nuit dans la fonction publique, ça sera mieux pris en compte. (Damien Fleurot face à Fabien Roussel, PCF, 22/12)

- Ce matin, le premier ministre se dit confiant sur un compromis. Même si vous n'êtes pas d'accord avec le projet de retraites, c'est une position d'ouverture, de dialogue que voilà. (Sonia Mabrouk face à Jean-Luc Mélenchon, LFI, 7/01)

Mais comme le résume Catherine Nay, point trop n'en faut toutefois en matière de concessions : « L'exécutif, déguisé en père Noël, ouvre grand les cordons de la bourse, donc de la dette publique. […] La facture risque d'être salée, mais l'urgence, c'est de ramener le calme n'est-ce pas. » (7/12)

Sonia Mabrouk s'inquiète également : « Une question qu'on ne pose pas assez : combien ça va nous coûter, combien ? […] Aujourd'hui, c'est une réforme qui devient coûteuse. Et qui va payer ? Eh bien, c'est nous tous. » (5/01). Point trop n'en faut non plus pour Nicolas Beytout qui se fait ronchon : « Si ça continue, on aura juste remplacé des régimes spéciaux par des régimes particuliers » (23/12). Sans compter l'effet de « contagion des concessions », qui alarment Nicolas Bouzou et Bernard Poirette : « Je ne suis pas sûr que ça calme la rue, parce que toutes les professions vont se dire, ben attendez, les pilotes ont obtenu ça… Pourquoi pas moi ?! » (28/12)


Rien n'arrête le discours anti-gréviste


Autre motif récurrent dans la partition d'Europe 1 : le recadrage systématique des contestataires pour leur prétendue intransigeance coupable et leur responsabilité dans les « galères ». Il va de soi que certaines actions de grévistes contreviennent aux règles de la contestation fixées par les gardiens de la bienséance médiatique : la grève d'accord… mais à condition qu'elle ne gêne personne ! Comme le rappelle sèchement Sonia Mabrouk à Adrien Quatennens : « Personne ne conteste le droit de grève. Là, on parle d'un droit de blocage qui n'existe pas » (18/12). Toujours aux avant-postes, la même Sonia Mabrouk l'expliquera encore plus clairement dans « Médiapolis » :

Juste un mot quand-même : ne pas s'habituer à une forme d'illégalité. Parce qu'on est en train de parler de radicalisation pour certains actes : bloquer des raffineries, s'introduire, si ça a été le cas, dans un siège de parti, et d'autres choses. Ce n'est pas un combat social, ce n'est pas un combat démocratique, faudrait pas qu'on s'y habitue. (4/01)

À l'instar de Sonia Mabrouk, les journalistes d'Europe 1 ne manquent pas une occasion de s'ériger en rempart contre la « radicalisation ». Ainsi les coupures de courant de la CGT, en décembre, avaient-elles immédiatement subi les foudres des animateurs d'Europe 1. Un seul exemple (représentatif) : le 18 décembre, Matthieu Belliard et Hélène Zélani soumettaient Francis Casanova, délégué CGT au Réseau de transport d'électricité (RTE), à un court interrogatoire téléphonique.

- Matthieu Belliard : Est-ce que vous pensez, je vous pose la question un peu naïvement, que c'est un bon mode d'action de priver les particuliers de courant ? C'est illégal ? C'est du sabotage ? Dites-nous.

- Hélène Zélani : Sauf que là, vous visez des gens comme vous et moi, qui n'ont rien demandé à personne, et qui se retrouvent sans courant ! Il peut y avoir des dangers pour des personnes âgées, des personnes malades !

Cette mise au banc des accusés se retrouve aussi bien dans les interrogatoires musclés des grévistes et opposants que dans les réquisitoires des éditocrates. Et en la matière sur Europe 1, c'est un véritable festival. Ainsi Catherine Nay en appelle-t-elle au gouvernement : « Le droit de grève est sacré dans notre République, mais en ces circonstances, on aimerait tout de même que l'État y pose des limites. » (21/12)

Le lendemain, Hervé Gattegno prophétise : « Le soutien à la grève va forcément diminuer à mesure qu'il sera évident que ceux qui bloquent ne défendent pas les retraites en général mais les régimes spéciaux de la SNCF et de la RATP. » (22/12) Bernard Poirette met les petits plats dans les grands à l'occasion de la réception d'Aurore Bergé, porte-parole de LREM en lançant l'entretien par la reprise de la communication gouvernementale puis en parlant de « l'incurie des syndicats de cheminots » (15/12).

Quant à Sonia Mabrouk, elle n'est pas en reste face au secrétaire national du Parti communiste français : « En ce jour de galère et de grève qui dure, votre objectif, quel est-il Fabien Roussel, la paralysie ? » (10/12). Concluant ce travail de sape, Damien Fleurot exige le repentir de l'homme politique lors du « Grand rendez-vous », deux semaines plus tard : « Un week-end de pagaille dans les gares aujourd'hui, vous leur présentez des excuses ce matin à ces Français qui sont dans la galère ? » (22/12)

Mais gardons le meilleur pour la fin, en la personne de Pierre de Vilno, face à Yves Veyrier : « Les Français qui voyagent en train, les franciliens qui prennent les transports en commun vous haïssent. Qu'est-ce que vous dites à la France ce matin ? » (23/12) Une semaine plus tard, face à Mathilde Panot, le même journaliste joue avec les limites du harcèlement :

- Le gouvernement ne cède pas [sur le retrait], les syndicats non plus. Est-ce que c'est responsable d'encourager, comme vous le faites, un tel enlisement ?

- L'opposition en général crie au pourrissement entretenu par le gouvernement, mais en même temps, vous appelez à constituer des cagnottes, pour les grévistes. Est-ce que franchement, c'est la bonne chose à faire en ce moment ?

- C'est des cagnottes pour continuer encore plus le mouvement ? Y a pas de date limite à cette grève ? Ça peut durer quinze jours encore, un mois encore, deux mois encore ? Et on tiendra avec la multiplication des cagnottes comme vous le faites ?

Sans surprise, Philippe Martinez et la CGT sont des cibles de prédilection. « Avec Martinez, on est dans le camp […] des Gaulois réfractaires » s'amuse Wendy Bouchard (15/12), suivie de près par Yves Thréard : « Martinez a la réputation d'être un très très dur [et] il est à mon avis débordé par une partie de sa base. J'en veux pour preuve que le patron cheminot de la CGT est un type, un garçon rude et violent, qu'est encore plus rude dans le vocabulaire, dans la rhétorique que ne l'est Martinez ! » (21/12)

Dans « Médiapolis », Catherine Nay fustige encore une « CGT, qui dit non à tout, c'est Monsieur niet », et un Philippe Martinez carriériste, qui, quand « il sort […] sur le perron de Matignon […] tient un langage […] vindicatif, acrimonieux. » (4/01) Rejointe, dans la même émission, par Sonia Mabrouk : « [La CGT], ce n'est pas un interlocuteur […] C'est pas la poupée qui dit non tout le temps, c'est le syndicat qui dit non ». Notons qu'au cours de cette même émission, Sonia Mabrouk fera une déclaration d'anthologie, en affirmant qu'elle « ne donne pas un avis sur les syndicats. »

Le matraquage à l'encontre des grévistes n'a d'égal que la solidarité de circonstance qu'expriment tous les éditorialistes vis-à-vis de toute personne (ou presque…) impactée par la grève. Souci d'informer chevillé au corps, Europe 1 en vient même à se soucier, dans son journal, d'une frange de la population à laquelle la station ne nous avait pas habitués à s'intéresser : les musiciens du métro (4/01). « C'est donc la galère pour les musiciens du métro. [...] Reportage. » Et le journaliste de sillonner les sous-sols du métro : « La grève tue les musiciens du métro regrette l'un d'entre eux resté à quai. »

Ce soudain intérêt pour les travailleurs conduit Bernard Poirette à inviter le 5 janvier le psychiatre Florian Ferreri, pour l'interroger sur les conséquences psychiques des « galères » de transport [1]. Et là, le journaliste pousse le bouchon vraiment très loin.

32 jours de grève, c'est un record dans l'histoire sociale de la cinquième République [2]. Est-ce que vous qui pratiquez au quotidien à l'hôpital Saint-Antoine, est-ce que dans vos consultations, vous avez eu des patients depuis le 5 décembre, et peut-être encore plus depuis ces derniers jours, qui sont venus vous voir en disant : « J'en peux plus, je craque, je mets cinq heures aller-retour pour aller bosser, je vais me flinguer » ? Qu'est-ce que vous avez vu et entendu ?

Le reste de l'entretien est à l'avenant, Bernard Poirette décrivant en tant que « motard parisien » des scènes d'une « violence redoutable », « à la limite de dégénérer », déplorant les « conditions scandaleuses et très déshumanisantes » de voyage dans les transports. Le reste du temps, non… « Est-ce que psychiquement, ça a une incidence ? Est-ce qu'on se dit, on ne vaut rien, nous ne sommes rien ? » Avant de verser dans une fiction macabre :

Je rappelle que dans ce pays bienheureux qu'est la France, 10 % des adultes sont qualifiés de dépressifs, […] que la dépression nerveuse est à l'origine de 40 % des arrêts de travail […]. Docteur Ferreri, vous avez peut-être revu un vieux film américain d'il y a 30 ans, qui racontait un immense embouteillage à Los Angeles, et Michael Douglas devenant fou furieux parce qu'il est à l'arrêt pendant deux heures, sort un flingue de son coffre et tire dans le tas. Est-ce vous imaginez qu'on puisse en arriver là en France ? Même si les gens ne sont pas armés heureusement. Parce que, quand on met trois heures et demie pour rentrer chez soi après une journée de boulot, on peut devenir violent.

Voyons les choses du bon côté : la grève aura au moins conduit Europe 1 à s'intéresser à la situation sociale des travailleurs [3]... Même si c'est parfois… pour mieux les tancer ! Ainsi de Sonia Mabrouk, qui ne manque jamais une occasion de rabrouer les travailleurs jugés inefficaces :

Sonia Mabrouk face à Jean-Michel Blanquer (17/12) : Est-ce que vraiment c'est tabou de dire aux enseignants que toute revalorisation s'accompagne d'un effort de productivité ? C'est un gros mot de dire aujourd'hui « productivité », « efficacité » aux enseignants ?

Les commerçants : la « grande cause nationale » d'Europe 1


Malgré les innombrables micros tendus aux usagers et commerçants, comme aux représentants des deux catégories à l'antenne, Sonia Mabrouk s'indigne le 4 janvier : « Il y a, et ce n'est pas un mythe, cette France silencieuse, celle qui ne parle pas […], à qui on ne donne pas suffisamment la parole. […] Des gens qui se lèvent tôt, les commerçants, les indépendants, les artisans, etc., qui n'ont pas leur parole portée dans les médias, et qui n'en peuvent plus, et qui ne savent pas comment le dire. Et je pense qu'on ne relaie pas suffisamment cette parole-là. »

Porte-parole autoproclamée de cette catégorie de la population (figée en un seul bloc), la rédaction de la radio privée érige la défense des commerçants et indépendants en grande cause nationale depuis le début du mouvement. À l'instar de Sonia Mabrouk le 18 décembre face à Adrien Quatennens : « Qui pense, qui pense ce matin à ceux qui sont au bord de l'asphyxie. Vous êtes député, vous aurez votre salaire quoi qu'il arrive à la fin du mois. Moi, je suis journaliste, je l'aurai aussi. Mais les commerçants, les artisans, ils cumulent le manque à gagner, ils ne vont pas se faire payer. Qui pense à eux ? Qui en parle ? Ils ne sont pas dans la rue. Très sincèrement, qui en parle ? »

En tout état de cause, Europe 1 en parle à longueur d'antenne, en offrant régulièrement la parole à des représentants patronaux du secteur. Quelques exemples (non exhaustifs) :

- Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France, reçu par Matthieu Belliard (5/12) et Bernard Poirette (14/12) ;

- François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (6/12) ;

- Didier Chenet, président du GNI-Synhorcat, syndicat des hôteliers, restaurateurs et traiteurs en France (13/12) ;

- Patrick Vicériat, président de la Fédération des métiers du tourisme et de l'hôtellerie (27/12) ;

- Christophe Laure, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (30/12).

Sans parler des reportages pointant régulièrement les baisses de chiffre d'affaires dans les journaux de la station. À chaque fois, les animateurs font preuve d'une empathie dont ils sont par ailleurs dépourvus vis-à-vis des contestataires et de leurs soutiens. Et quand un représentant du secteur du tourisme conteste les sondages témoignant d'un soutien de la population à la grève, les journalistes sont aux anges : « Merci d'avoir poussé votre coup de gueule, vous êtes dans votre droit. » (Pierre de Vilno face à Patrick Vicériat, 27/12).

Le contraste est saisissant avec le ton martial employé face aux contestataires, à qui les « chiens de garde » font porter toute la responsabilité des difficultés des commerçants :

- Pour que [les artisans et les commerçants] puissent arriver à la retraite, il faut qu'ils puissent travailler maintenant, c'est ce qu'ils vous disent, c'est leur cri de colère et de détresse. (Sonia Mabrouk face à Adrien Quatennens, LFI, 18/12)

- Le témoignage de ce commerçant, ça ne vous touche pas ? Y a énormément de professionnels qui vont perdre de l'argent à cause de la grève ; va y avoir des licenciements, notamment en région parisienne. Qu'est-ce que vous dites à ces gens-là ? (Ibid.)

- Mais est-ce que ça vous touche avant de dire que c'est la faute du gouvernement ? (Stéphane Dupont puis Michaël Darmon face à Fabien Roussel, PCF, 22/12)

***


Partis-pris incessants, violence et mépris assumés, suivisme vis-à-vis du gouvernement et disqualification systématique de toute proposition politique alternative… Après plus d'un mois d'observation, le constat est sans appel : celui d'un traitement médiatique à sens unique. Et qui n'a l'air d'inquiéter personne au sein des instances « régulatrices » censées veiller au respect du pluralisme. D'ailleurs, à en croire la tête d'affiche de la station, l'antenne vibre avec « équilibre et harmonie », quand Sonia Mabrouk ne prend pas tout simplement les auditeurs pour des imbéciles : « Nous avons des convictions, moi, sur certains sujets, mais pas sur les sujets politiques ou sociaux. » (4/01) Qu'en serait-il sinon !


Denis Perais avec Pauline Perrenot


[1] S'il avait déjà été reçu sur RTL le 14 décembre pour parler de la même chose par Stéphane Carpentier, la tonalité était nettement moins terrorisante.

[2] Une affirmation inexacte, puisque la grève des mineurs de 1963 était de trente-cinq jours (1er mars au 5 avril). NDLR.

[3] À ce sujet, Danièle Linhart rappelle dans son article « Pas un jour de plus au travail » paru dans Le Monde diplomatique de janvier 2020 que « le cabinet Technologia a publié en 2014 une étude montrant que 3,2 millions de salariés - soit 12 % de la population active - présenteraient un risque de burn-out. »

Montpellier: une nouvelle Maison Du Peuple, le C.A.S.A. del Sol

Présentation écrite de l’émission de Radio GI.NE du mardi 10 décembre en direct du CASA del Sol, Centre d’Actions Sociales Autogéré.

Pour commencer le collectif CASA n’est pas composé exclusivement de personne sans domicile. Aujourd’hui, deux tiers des membres habitent d’une façon ou d’une autre un autre logement.
L’entrée dans le collectif se fait après la demande de la personne intéressée, pendant l’assemblée publique. Cette personne sera dans une démarche de déconstruction individuelle par rapport aux oppressions qui traversent l’ensemble de la société (racismes, patriarcat, validisme,etc). Mais aussi qui a des perspectives dans la guerre sociale.
Une période de quinze jours nous permettra de mieux nous connaître et permettra à la réunion des habitant.es de prendre une décision. Nous recrutons surtout autour des sympathisant.es et des personnes qui s’engagent auprès du collectif.
Nous fonctionnons par permanences. C’est à dire que nous avons découpé nos 72 heures d’ouverture (du mardi au dimanche et de 11h à 23h) en 12 permanences. Ainsi chaque permanence est plus facile à gérer. Sécurisation, bricolage, nettoyage, gestion des arrivant.es, sleeping, etc c’est les taches habituelles en permanence.

Ici nous rappelons que nous avons ouvert le CASA avec le mandat d’une assemblée de Gilets Jaunes à Montpellier, c’est pourquoi le CASA est une Maison du Peuple. Nous espérons continuer à voir fleurir d’autres MDP ici et ailleurs. C’est pourquoi notre soutien à différentes formes d’organisations des gilets jaunes est inconditionnelle. Mais nous sommes conscient.es que la lutte des GJ s’inscrit dans un long rapport de force entre les oppresseurs et les personnes opprimées, entre les riches et les pauvres, les blancs et les noirs, les hommes et les femmes, etc. Ainsi nous soutiendrons toutes les luttes qui permettent d’améliorer notre quotidien, celui de l’ensemble des personnes opprimées, vers notre émancipation collective et totale du pouvoir. De fait, nous participerons d’une façon ou d’une autre à toutes ces luttes, de préférence directement, sans intermédiaire.
Une de nos activités est l’accueil d’urgence qu’on appelle Sleeping. Ainsi nous pouvons accueillir des personnes sans domicile. Malgré l’impressionnant volume, les surfaces habitables sont limitées. Et nous avons décidé de dédier le maximum d’espace aux activités. Donc le Sleeping est limité dans le temps. 3 jours, 3 nuits toutes les trois semaines.

Le Centre d’Actions Sociales Autogéré est un magnifique outil pour l’amélioration de notre quotidien de prolétaire et pour nous sortir de cette situation de prolétaire. Cela, le pouvoir, l’État, les capitalistes et leurs forces armées ne le supporteront pas. Pour l’heure nous sommes dans un statu quo avec le Rectorat, propriétaire des lieux. Ce n’est pas fait pour durer !
La solidarité est notre meilleure arme. Accentuer les liens avec les autre groupes, organisations et individus a qui l’État mène une guerre sociale est indispensable. Notre lutte révolutionnaire en dépend. D’autres Maisons Du Peuple doivent fleurir. Et pourquoi pas des Maisons Des Peuples !

Nos événements réguliers à retrouver sur les réseaux sociaux et sites d’infos de luttes sont les ateliers de cuisine et cantines populaires tous les vendredis dès 9h du matin. L’assemblée publique qui présente et décide des nouvelles activités tous les jeudis à 19h. L’accueil de l’Assemblée des Gilets Jaunes du Peyrou, au moins pendant l’hiver, tous les dimanches à 14h30 (les dates et heures peuvent changer selon l’actualité, voir leur page sur les réseaux sociaux). Projection de films et documentaires suivi d’un débat, les dimanches aussi souvent qu’on peut ! Sans oublier le FreeShop qui permet d’échanger d’une façon NON commerciale des vêtements, chaussures, linge, etc. Tout simplement en amenant librement ce dont on a plus besoin et en se servant selon nos besoins. Et bien sur concerts et soirées de soutien aux prisonniers, prisonnières, et aux luttes qui nous opposent au pouvoir local, national ou international.
A venir ateliers pour constituer nos dossiers administratifs ensemble, il n’y a pas que les riches qui ont des phobies administratives !!!
Des cours de français pour personnes non francophones. Atelier laverie collective.

Vive les Maisons Des Peuples !
Feu à la ville !


CASA del Sol
2 rue du faubourg Saint-Jaumes
34000 Montpellier
casadelsol34 [at] protonmail [point] com
https://squ.at/r/7k5r

Des squats à Montpellier https://radar.squat.net/fr/groups/city/montpellier/country/FR/squated/squat
Des squats expulsés: https://radar.squat.net/fr/groups/city/montpellier/field_active/1/squated/evicted
Des groupes à Montpellier https://radar.squat.net/fr/groups/city/montpellier/country/FR
Des événements à Montpellier https://radar.squat.net/fr/events/city/Montpellier


[Publié le 17 janvier 2020 par le Pressoir.]

le gendarme et les extra-terrestres

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Un paysan a-t-il le droit de pulvériser des pesticides à proximité d'une habitation ? Oui. Il peut même s'approcher jusqu'à 5 mètres pour les cultures basses comme les céréales et les légumes, 10 mètres pour les cultures hautes comme la vigne ou les arbres fruitiers, et 20 mètres pour les produits « les plus dangereux ». Très attendue par les riverains qui cohabitent avec des agriculteurs, ces nouvelles règles ont été annoncées le 20 décembre dernier par le gouvernement. Une série de dérogations pourrait (...)

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Voir en ligne : L'Acentrale

le prol est tari, ah !

ho ce titre, de mieux en mieux, bravo. (texte qui sert à rien, qui n’a même pas d’angle clair, enfin faites en ce que vous voulez) je tombe ces derniers temps, va savoir si c’est récent ou si c’est moi … Continue reading

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Pourquoi Acrimed ne rejoindra pas le Conseil de déontologie journalistique et de médiation

En qualité d'observatoire critique des médias, Acrimed s'est intéressée à la création du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) [1]. À peine née (et à vrai dire avant même sa naissance), cette instance tripartite, regroupant des représentants des journalistes (organisés ou non), des patrons de presse (pudiquement rebaptisés « éditeurs ») et du public, suscite déjà le débat… voire la controverse. Nous y revenons dans ce texte.

Un rapide point d'histoire pour commencer. L'idée d'un conseil de la presse en France n'est pas nouvelle. Ainsi le CDJM n'est-il ni plus ni moins que l'émanation lointaine de l'Association de préfiguration d'un conseil de presse (APCP) fondée en décembre 2006 par Yves Agnès, ancien rédacteur en chef du Monde, et présidée par lui jusqu'en 2017. L'APCP sera à l'origine de la fondation de l'Observatoire de la déontologie de l'information (ODI) en 2012, animé par Patrick Eveno, un universitaire spécialisé dans l'histoire des médias. Du côté des responsables politiques, Jean-Luc Mélenchon [2] et Emmanuel Macron [3] ont tous deux évoqué l'idée de mettre en place un conseil de presse ou de déontologie, selon des modalités parfois très différentes.

À la demande de Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture, un rapport examinant la proposition d'un conseil de déontologie sera remis en mars 2019 par Emmanuel Hoog, ancien Pdg de l'AFP, rapport sobrement intitulé : « Confiance et liberté. Vers l'instauration d'une instance d'autorégulation et de médiation de l'information ». Sans craindre le paradoxe, ce rapport préconise, conformément à la proposition du président Macron, que la création du conseil soit initiée par les professionnels. Et dès le 16 mai 2019, les « professionnels » intéressés se sont réunis à l'initiative de l'ODI et se sont organisés en commissions afin de faire une proposition de conseil de presse (qu'ils dénomment provisoirement « Conseil de déontologie journalistique et de médiation ») avant la fin de l'année 2019.

Après plusieurs réunions préparatoires, lundi 2 décembre s'est donc tenue à Paris l'assemblée constitutive du CDJM. Quelle sera sa fonction ? Le conseil sera essentiellement amené à rendre des avis lorsqu'il sera saisi ou lorsqu'il se saisira lui-même de manquements à la déontologie. Il réagira à ce qui est publié et en aucun cas n'interviendra sur la ligne éditoriale des médias. Il aura également un rôle de médiation. Lors de son AG constitutive, Patrick Eveno a justifié la création du CDJM par la crise de confiance grandissante envers les médias. D'après le « baromètre » publié chaque année par La Croix, la crédibilité accordée aux différents supports et la perception de l'indépendance des journalistes sont au plus bas. Cette année, le taux de confiance est tombé à 24 %. Il a par ailleurs rappelé qu'il existait une centaine de conseils de presse dans le monde, dont 18 en Europe.

Pour autant, l'initiative a provoqué de nombreuses oppositions. Du côté des journalistes, 19 sociétés de journalistes ou de rédacteurs s'opposent farouchement à ce conseil, tout comme le SNJ-CGT. Le premier syndicat de journalistes, le SNJ, qui a œuvré à la création du CDJM, y participera cependant, en compagnie de journalistes CFDT. La principale réticence à la constitution d'un tel conseil est la question de son indépendance vis-à-vis du gouvernement.


Une initiative du gouvernement ?


Dans un contexte marqué par des lois comme celles sur le secret des affaires ou sur les fake news, sans parler des tentative de porter atteinte à la protection des sources des journalistes (perquisition de Mediapart suite à l'une des « affaires Benalla » par exemple), on peut comprendre que les sociétés de journalistes, sociétés de rédacteurs et la plupart des directeurs de journaux trouvent suspecte la création précipitée du CDJM. « Il s'agit d'une initiative du gouvernement, qui depuis plusieurs mois sollicite les SDJ et SDR dans le cadre d'une mission confiée par le ministère de la Culture à Emmanuel Hoog, ancien PDG de l'Ina (Institut national de l'audiovisuel) et de l'AFP. À plusieurs reprises, la dernière fois le 17 juillet face au Premier ministre Édouard Philippe, nous avons exprimé notre désaccord avec ce projet. Ce qui ne l'a pas empêché de voir le jour » expliquent ainsi les 19 SDR et SDJ dans leur texte commun.

Rappelons également la déclaration de Cédric O, secrétaire d'État au Numérique, plaidant pour la création par l'État d'un « Conseil de l'ordre des journalistes », si ceux-ci ne l'organisent pas d'eux-mêmes, afin de combattre la circulation de fausses informations. Devant le tollé suscité dans presque toute la presse, Cédric O est revenu sur ses propos, indiquant qu'ils « ne sont en aucun cas la position du gouvernement ». Tout en réfutant les accusations de dépendance à l'égard du gouvernement, Patrick Eveno a tout de même admis, le 2 décembre dernier, qu'il était important que le CDJM voie le jour avant la discussion du projet de loi sur l'audiovisuel. Une réponse qui n'a pas manqué de provoquer quelques spéculations. Pourquoi cette hâte, sinon pour avoir une existence légale et se voir confier un rôle dans le cadre de la réforme audiovisuelle ?

Autre question : celle du financement du conseil, qui ne devrait pas manquer de susciter des débats au sein de l'instance. Pour fonctionner, le CDJM devra recruter du personnel afin d'instruire les plaintes, enquêter, rédiger des rapports à destination des élus du Conseil, lesquels élus, in fine, rendront leurs avis éclairés. Besoins estimés : entre 1 et 2 millions d'euros annuels. Qui va payer ? L'État ? Les éditeurs ? En fonction de leur chiffre d'affaires ? Du nombre de cartes de presse ? Dans le projet actuel, le financement majoritaire de cet instrument devrait dépendre soit du gouvernement, soit des patrons de presse. Et en l'absence de garanties d'indépendance, il y a fort à craindre que celui qui paie l'orchestre choisisse la musique…

L'évocation du projet de loi sur l'audiovisuel par Patrick Eveno conduit également à se poser la question : quid des liens avec le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) ? L'universitaire a déjà exprimé sa volonté de se coordonner avec le CSA. Cela ne pousse pas pour autant les sociétés de l'audiovisuel public à se précipiter vers le CDJM. Le CSA suffit sans doute à leur bonheur. Autre crainte évoquée, liée à l'exemple belge : en Belgique, plusieurs journaux ont vu leurs aides à la presse réduites en 2017 à la suite de manquements à la déontologie. Pourrait-on voir la même chose en France si les aides à la presse étaient conditionnées au filtre du CDJM ?

En résumé, faut-il croire à l'indépendance d'un organisme dont la composition et les attributions correspondent à ce qui était préconisé dans un rapport gouvernemental et qui, de plus, a vu le jour de manière à s'inscrire dans le calendrier de la future loi sur l'audiovisuel ? On peut croire aux coïncidences...


Quelle utilité ?


Plus généralement, on peut se poser la question de l'utilité de ce conseil de presse, dans un contexte où les facteurs les plus importants du « mal-journalisme » ne sont pas remis en cause : la concentration des médias entre les mains d'une poignée de milliardaires, le manque de pluralisme des idées (lié à cette concentration), ou encore les conditions sociales de la production journalistique (précarité toujours plus forte des journalistes). Le SNJ-CGT n'a pas attendu la naissance du CDJM pour, dès la publication du rapport Hoog, évoquer cette grave lacune :

« Pour reconquérir la confiance du public, les journalistes n'ont pas besoin d'un conseil de presse. Ils ont besoin de conditions de travail correctes, de pouvoir vivre dignement de leur métier et de ne pas dépendre du bon vouloir d'actionnaires en tout genre ». Après avoir constaté que le tsunami dans la profession est avant tout social, avec la baisse des effectifs, la précarité galopante, les attaques multiples contre le statut des journalistes (d'après le SNJ-CGT, chez les moins de 35 ans, les pigistes sont devenus plus nombreux que les permanents, par ailleurs l'auto-entreprenariat, l'intermittence et le paiement en droits d'auteur montrent la difficulté croissante pour les journalistes de se faire rémunérer en salaires), le syndicat conclut : « Et, dans ces conditions, il faudrait aller siéger dans une instance avec des représentants patronaux qui bafouent la plupart de nos droits dans les entreprises et se moquent éperdument de la qualité de l'information et des principes professionnels ? »

Le SNJ-CGT met ainsi en avant d'autres priorités : « les solutions sont sur la table depuis longtemps : loi anti-concentration, indépendance juridique des équipes rédactionnelles, réforme profonde des aides à la presse pour les orienter davantage vers les médias indépendants et les réserver à ceux qui respectent le code du travail et assurent des conditions de travail correctes au lieu d'amplifier la précarité… »

Notre association n'est évidemment pas indifférente à la question de la déontologie. Acrimed est revenu à de nombreuses reprises sur les manquements les plus flagrants à la déontologie professionnelle, aussi bien dans la presse écrite qu'audiovisuelle. Pour Acrimed, la question de la déontologie ne saurait être abordée « hors sol », sans que soient traitées en même temps les conditions d'exercice de la profession de journaliste ni que soit redessiné le paysage médiatique dans lequel s'exercent les métiers du journalisme. Elle ne saurait faire office de supplément d'âme quand l'essentiel n'y est pas, ou servir de cache-misère.

L'essentiel, selon nous, se trouve notamment dans ces trois préalables à remplir pour qu'un conseil de la presse puisse agir avec quelque efficacité :

- Le conseil ne doit pas comporter de collège « éditeurs » : la majorité de ces deniers défendent une conception marchande de l'information, et des logiques commerciales qui expliquent elles-mêmes nombre de transgressions de la déontologie journalistique.

- Les rédactions doivent avoir un statut juridique, faute de quoi elles dépendent des chefferies éditoriales et leurs décisions au sein du conseil sont susceptibles d'être influencées par leurs employeurs.

- Une charte déontologique doit être annexée à la Convention collective des journalistes. Ce texte pourrait prendre la forme d'une Charte de Munich modernisée, reconnue par la profession, ou une adaptation de celle proposée par le SNJ. Une telle mesure aurait force de loi et serait bien plus contraignante que les avis, aussi éclairés soient-ils, d'un tribunal d'honneur…

Le CDJM est bien loin de remplir ces conditions minimales. Dans un contexte caractérisé par la concentration et la financiarisation des médias, ainsi que la marchandisation de l'information, il y a fort à parier qu'il ne servira, au mieux… qu'à pas grand-chose. C'est pourquoi notre association n'y participera pas, et restera d'abord et avant tout mobilisée pour une véritable réappropriation démocratique des médias.


Michel Ducrot,
Pour Acrimed


Annexe : compte rendu de l'AG constitutive du CDJM


Deux envoyés spéciaux d'Acrimed ont assisté à la réunion constitutive du CDJM, le 2 décembre à Paris. Voici leur compte rendu.

Pour animer la réunion, Patrick Eveno, (Observatoire de la déontologie de l'information – ODI ) est entouré de Jérôme Bouvier, ancien journaliste à Radio France, directeur de la rédaction à France Culture et France Musique, puis médiateur de Radio France, et de Kathleen Brosset, qui représente la Fédération française des agences de presse (FFAP).

Une petite quarantaine d'adhérents étaient présents, presque autant au fond de la salle, en tant qu'observateurs. Le nombre total d'adhérents a été estimé à un peu plus de 110.

Patrick Eveno, d'entrée : « Contrairement à ce qui a été dit, ce n'est pas une idée de Macron. Il existe plusieurs chartes professionnelles de déontologie, dont la Charte de Munich. Les patrons de presse y sont favorables. Tous les médias sont tripartites par définition. C'est pourquoi nous voulons créer un conseil tripartite. Le CA sera composé de 30 personnes, réparties en 3 collèges : journalistes, éditeurs et public. Montant des cotisations : 20 euros pour les individuels, 50 euros pour les associations et entre 100 et 1 000 euros pour les entreprises, selon le chiffre d'affaires. »

Jérôme Bouvier : « Nous ne sommes pas en train de créer un Conseil de l'ordre ou un tribunal de la pensée. Les Conseils, ailleurs, sont tripartites (ndlr : ce n'est pas tout à fait vrai, certains conseils de presse sont bipartites). Personne ne pense que cet outil est suffisant pour rétablir la confiance, mais il est nécessaire ».

Patrick Eveno : « L'éducation aux médias, ce n'est pas notre rôle. Il y en a d'autres qui le font, et parfois très bien. C'est le Conseil d'administration qui rendra des avis après le travail d'une commission tripartite. Nous n'interviendrons jamais sur ce qui touche aux lignes éditoriales ».

Un échange est ensuite organisé avec la salle (du moins avec les adhérents dans un premier temps). Patrick Eveno s'étonne de constater que Meriem Laribi, de RT France, a adhéré. « En tant que déléguée SNJ » précise-t-elle. Jacques-Marie Bourget intervient ensuite en tant que membre du comité d'éthique de RT France pour tancer Patrick Eveno, méprisant selon lui à propos des réseaux sociaux, vecteurs de fake news. « Il y a un a priori haineux à propos d'internet. J'ai l'impression d'être sur la lune. La presse est morte. Vous feriez mieux de vous interroger sur l'état du cadavre. On ne peut pas faire un CDJM sans s'interroger sur l'état de la presse ».

Un pigiste prend la parole pour évoquer la tribune des sociétés de journalistes opposées à la mise en place d'un conseil de déontologie dans les conditions actuelles. Il demande si cette tribune « ne remet pas en cause la légitimité du conseil ». Une objection écartée par Patrick Eveno : « la tribune de Mediapart est une posture ». François Bonnet, de Mediapart, prend la parole pour lui répondre : « vous ne pouvez pas dire que Mediapart a fait signer une tribune. C'est une fake news. Cette tribune a été élaborée collectivement. Depuis juillet nous avons fait connaître notre opposition ». Réponse de Patrick Eveno : « Dont acte ».

Vient le temps de l'élection du CA provisoire, qui élira plus tard un bureau provisoire. Rendez-vous est donné pour une 1ère Assemblée générale extraordinaire dans 6 mois, une seconde sera programmée 6 mois plus tard, après une période de rodage, de maturation. Pour chaque collège, 10 titulaires et 10 suppléants. Toutes celles et ceux qui se sont présentés dans les différents collèges ont été élus.


Le collège journalistes


Les postulants se présentent brièvement : un membre de « 60 millions de consommateurs », un grand reporter retraité qui continue de travailler comme pigiste, le secrétaire général du SNJ (« la déontologie est dans l'ADN du syndicat »), la CFDT (« par le passé, on est allé voir Catherine Tasca pour la création d'un Conseil »), « Prenons la Une » (« contre les stéréotypes sexistes dans les médias »), RSF (en la personne de Céline Cordier, qui se présente comme philosophe et membre de Terra Nova), un représentant du Club de la presse d'Occitanie, Jacques Lallain, ancien rédacteur en chef du Parisien et ancien président de la Commission de la carte de presse, Pierre Ganz, fondateur de l'Association de préfiguration d'un conseil de presse (APCP), Jérôme Bouvier, qui représente aussi « Journalisme et citoyenneté » avec Marie-Laure Augry. Un représentant de l'association « Informer n est pas un délit » est persuadé que « les discussions avec Mediapart feront évoluer ce titre ». « Profession pigiste » ne candidatera pas au CA.


Le collège des éditeurs


Les postulants au collège des éditeurs : la Fédération française des agences de presse, la radio France Maghreb, A2PRL (agence de presse audio), Global Média Santé, Abaca Press (agence photo), le SNRL (Syndicat national des radios libres), la Fédération nationale de la presse d'information spécialisée qui représente 7 syndicats de presse professionnelle (presse agricole, hôtellerie restauration, etc). Laurent Bérard, qui la représente, annonce clairement ses intentions : « nous sommes là pour parler de déontologie et pas de questions sociales. Pour nous c'est fondamental ».


Le collège « public »


La sociologie de ce collège est un peu particulière, avec un grand nombre de retraités, plus ou moins liés au monde professionnel du journalisme : un représentant de la Société des lecteurs du Monde, une personne excusée présentée comme l'avocat de la CFDT, un professeur de droit et de déontologie, un représentant de l'École supérieure de journalisme de Lille, la membre de Reporters sans frontières citée plus haut (on s'interroge : peut-on candidater dans deux collèges différents ?), un professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle, l'animateur de la réunion et professeur à « l'autre » Sorbonne, Patrick Eveno, spécialiste de l'histoire des médias, Laurent Bigot (école publique de journalisme de Tours), un membre du Club de la presse de Bretagne, une membre de la société des lecteurs de Sud-Ouest.

La parole est ensuite donnée aux observateurs, au fond de la salle. Un « usager des médias » : « le patron de presse représentant le FNPS nous a dit "nous sommes là pour parler de déontologie et pas de questions sociales. Pour nous c'est fondamental". Comment peut-on séparer les questions de déontologie de la question sociale lorsqu'on sait qu'une des causes du maljournalisme, c'est la précarité des journalistes ? » Patrick Eveno, visiblement, ne veut pas de ce débat : « pour régler ces problèmes, il existe des organismes paritaires ». La question ressurgira néanmoins.

Loris Guémart, d'Arrêt sur images, pose la question du financement et demande s'il est prévu d'embaucher des salariés. Réponse de Patrick Eveno : « pour l'instant, nous n'avons que les cotisations. On va faire appel, sans trop d'illusions, au crowdfunding. On accepte les subventions, à condition qu'elles respectent notre indépendance. Tous les médias et les journalistes sont subventionnés par l'État ». Se tournant vers François Bonnet : « même Mediapart, avec la TVA réduite et l'abattement fiscal des journalistes ». Kathleen Brosset ajoute : « tout n'est pas réglé. Il y a énormément de pistes à exploiter ».

François Bonnet (Mediapart) prend alors la parole : « comment les syndicats de journalistes peuvent accepter qu'il y ait des patrons de presse dans ce conseil ? Est-ce que vous comprenez que l'opposition à ce conseil vient avant tout de ce que les éditeurs sont présents ? ». Un syndicaliste de la CFDT : « avec mon éditeur, on se parle. C'est mieux d'avoir les éditeurs avec nous ». « Informer n'est pas un délit » : « on apprend en marchant. Il faut reconnaître l'acte journalistique ». Vincent Lanier, Premier secrétaire général du SNJ, pour conclure : « je ne suis pas satisfait par la réponse qui a été faite. On ne peut pas déconnecter la question déontologique de la question sociale. On ne sera pas d'accord avec les éditeurs. On aura des débats ».


Compte rendu par Michel Ducrot et Alain Geneste


[1] Nous étions déjà revenus précédemment sur l'idée d'un conseil de presse ou de déontologie à l'occasion du précédent numéro de notre revue ou encore ici. Nous avons d'ailleurs assisté, en tant qu'observateurs critiques, à l'AG du 2 décembre cf le compte-rendu ci-dessous.

[2] Extrait du texte de la pétition lancée par la France insoumise, « Pour la création d'un conseil de déontologie du journalisme en France » : « Nous demandons la création d'un conseil de déontologie du journalisme en France. Il devrait être composé de représentants des usagers des médias et de représentants des journalistes, y compris les précaires et pigistes. Ainsi, les citoyens disposeraient d'un recours pour faire respecter leur droit à une information objective. »

[3] Vœux à la presse, 3 janvier 2018 : « Le deuxième type d'action indispensable dépend de vous. Je sais que beaucoup parmi vous réfléchissent sur la déontologie du métier de journaliste. […] Il vous revient d'organiser en quelque sorte les règles de votre profession, si nous ne voulons plus que tout puisse se valoir et qu'aucune hiérarchie ne soit faite. L'heure est sans doute venue pour votre profession de s'unir autour de principes fortement réaffirmés en un temps de fragilité démocratique. »

« On nous appelait les prisonniers politiques » : des gilets jaunes incarcérés racontent

Plus de 400 gilets jaunes, condamnés à de la prison ferme, purgent ou ont purgé leurs peines. Certains ont accepté de raconter à Basta ! leur découverte de l'univers carcéral, une expérience qui marque les personnes et souvent déstabilise les familles. Tout en laissant une trace profonde sur le mouvement.
En plus d'un an près de 440 gilets jaunes ont été incarcérés pour des peines de un mois à trois ans. Cette répression, menée sur le plan judiciaire et carcéral, a bouleversé leurs vies et celles de leurs (...)

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rAD_yAUTe : « La belle Belgique sonique » (Nurse, It it anita – Le Poulpe, 6 déc.)

Ca fait déjà un mois, mais le souvenir est encore chaud comme la braise : Nurse et It it anita au Poulpe. Disons-le tout net : certainement le concert le plus mémorable que j’ai vu dans ce lieu.

Issu de différentes formations – Crappy stuff, NFO, Shivaz – Nurse pratique un rock noisy émotionnel très abouti, qui les place à part dans la scène locale.

Le groupe avait annoncé c’était leur dernier concert avant longtemps. Acculé par les contraintes diverses – comme tout ceux qui essaient de mener de front leur passion et le reste – ils tentent, si j’ai bien compris, de se dégager du temps pour créer de nouveau et, peut-être, donner une suite à leur merveilleux premier LP.

Les morceaux de Nurse sont une matière sombre mais hautement inflammable et il y a toujours un moment où elle s’embrase. C’est chouette de les réentendre sur cette scène, agrémentés d’une reprise du groupe grenoblois Virago que j’entendais pour la première fois. D’autant plus qu’à la console, Jérémie a ciselé un son d’une profondeur étonnante qui permet de les entendre dans les meilleures conditions qui soient.

Les Belges de It it anita étaient plutôt attendus, et pour cause, un premier concert au Brise-Glace avait laissé des marques et convaincu pas mal de monde. Y’a pas de hasard.

It it anita pratique aussi un rock bruyant qui, au-delà de l’influence Sonic youth évidente surtout sur les premiers disques, va piocher un peu partout sans a priori.

Mais sur scène, le mélange prend totalement corps. Rythmique baston, mélodies gorgées d’émotion et murs du son irradiants. It it anita joue sur tous les tableaux, appuie sur toutes les manettes en même temps, excelle dans toutes les disciplines. Et, là aussi, le son joue sa part et transcende la musique.

Un bon concert, c’est aussi un public qui vibre et réagit et l’action est dans la fosse autant que sur scène. Hystérie, tremblement, échange de fluide, osmose océanique entre les Belges soniques et la foule en sueur qui se presse contre la scène.

Le groupe finit par descendre la batterie au milieu du public – bien sûr qu’ils la descendent – pour une dernière transe sauvage et collective. Pas d’évanouissement, de visions ou d’état de conscience modifié mais on n’en était pas loin.

« Reignier, on va se faire tatouer tes initiales sur la poitrine ! », rigole le groupe. Sûr qu’en tous cas on t’oubliera pas de sitôt, Anita.

A suivre : une chouette interview, aussi bientôt qu’il sera possible.

PS Les photos sont encore une fois d’Olive. Je sais pas si il était inspiré ou si c’est un nouvel appareil photo, mais il faut absolument visiter son site Lowlightconditions pour aller voir toute la série qui est géniale. Merci Olive.

>>>>>>>>>> IT IT ANITA

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FanXoa : Anne-Cécile Mailfert : Tu seras une femme !

Court, incisif, efficace. Un petit guide plein de bon sens et de bonnes idées à lire. Présentation de l’éditeur.

Tout est acquis en matière de droits des femmes, entend-on régulièrement.

Pourtant, la réalité dément largement ce présupposé : les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes, moins présentes dans les postes à responsabilités, victimes de violences sexuelles. Sur nos murs et nos écrans, des corps féminins irréels et soumis incarnent un modèle auquel il faudrait se conformer.

Ce livre est une porte d’entrée, une invitation : chausser des lunettes féministes, c’est voir le monde sous un angle nouveau et mieux comprendre certains rapports de force à l’œuvre dans notre société. C’est mettre des mots sur des situations de la vie quotidienne que toutes les femmes connaissent : le slut-shaming, le harcèlement de rue, le revenge porn ou encore le cybersexisme sont autant de termes apparus ces dernières années pour les nommer.

À l’heure des réseaux sociaux, des biotechnologies et du dérèglement climatique, nous avons plus que jamais besoin du féminisme pour relever les défis du XXIe siècle. Car la solidarité entre femmes et la lutte pour l’égalité réelle peuvent poser les bases d’une société nouvelle, plus juste, plus respectueuse de l’humanité et de la nature.

Anne-Cécile Mailfert, ancienne porte-parole d’Osez le féminisme !, est la fondatrice de la Fondation des femmes.

Réf. : Anne-Cécile Mailfert, Tu seras une femme ! Guide féministe pour ma nièce et ses ami.e.s, Paris, Les Petits Matins, 2017.

Prix pinocchio : les citoyens appelés à désigner la pire multinationale de l'agrobusiness

La 9e édition des Prix Pinocchio, qui « récompense » des multinationales aux pratiques anti-écologiques, s'ouvre ce 15 janvier. Les entreprises nominées font partie, cette année, du secteur de l'agrobusiness. Le public a jusqu'au 19 février pour désigner la pire d'entre elles. Notre Observatoire des multinationales est partenaire de l'événement.
Les Prix Pinocchio sont de retour ! Cette année, l'agrobusiness est dans le viseur des Amis de la Terre et de la Confédération paysanne, organisateurs de (...)

- ça bouge ! / ,

Les Français consomment des endives génétiquement modifiées sans le savoir

Les endives garnissent les étals de légumes durant tout l'hiver. Rien n'indique pourtant sur l'étiquetage qu'une partie d'entre elles sont génétiquement modifiées (OGM). C'est ce qui a poussé le syndicat Confédération paysanne à interpeller, le 14 janvier, des représentants des firmes de semences présentes au salon des productions végétales dans le Maine-et-Loire. Parmi elles, le groupe français Limagrain-Vilmorin se présente comme le numéro un mondial de l'endive. Sur dix variétés d'endives cultivées dans le (...)

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« Un très beau métier, un salaire de misère » : une accompagnatrice d'élèves en situation de handicap raconte

Sophie est payée 750 euros par mois pour accompagner un ou plusieurs élèves en situation de handicap à l'école. Elle ne dispose d'aucun statut au sein de l'Éducation nationale. « D'un point de vue légal, je ne suis rien », dit-elle. Basta ! a recueilli son témoignage.
Sophie (le prénom a été changé à sa demande) travaille depuis trois ans comme accompagnatrice d'élèves en situation de handicap dans des écoles (AESH). Elle n'a eu depuis lors que des CDD à temps partiel. Les AESH sont pourtant un pilier essentiel (...)

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LA FRANCE PUE RADIO SHOW 14/01/2020

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ENZYME (Pic : Michael D.Thorne)

Heureux·se comme un·e dauphin·e captif·ve

Deux textes sont rassemblés ici :

Naître au delphinarium !
On nous présente souvent les dauphins nés captifs comme des dauphins heureux, des dauphins domestiques qui auraient oublié l'océan en moins d'une génération. Mais comment se sent un delphineau né dans de telles circonstances ? Comment réagit-il quand il se rend compte, à l'adolescence, que jamais il ne quittera l'univers confiné des bassins ? Comme un.e captif.ve, sans doute. Avec de la rage et du désespoir.

Mourir au delphinarium, des maladies aux suicides, comment des corps captifs périssent de façon prématurée.

Contre la captivité des animaux !

Naître au delphinarium !

L'arrivée d'un bébé est un argument de vente majeur pour l'industrie de la captivité. Ici, à Bruges, un panneau continue à annoncer les jumeaux de Roxanne alors qu'ils sont déjà morts tous les deux.

La reproduction en bassin : une pratique inutile et cruelle

L'IUCN a reconnu la nécessité d'établir des populations captives qui puissent se renouveler sans besoin d'apports extérieurs, « afin d'éviter la perte de nombreuses espèces, particulièrement celles à haut risque occupant des habitats très réduits, fragmentés et dégradés » (Mallinson, 2001).

Cependant, de nombreux delphinariums à travers le monde compensent toujours les pertes subies sur leurs stocks captifs par des animaux prélevés en milieu naturel et aucun n'a relâché d'individus nés en captivité dans la nature pour favoriser la reconstitution des populations sauvages en danger ou menacées.

Il n'existe aucun inventaire centralisé des cétacés captifs en UE, ni de registre de leur taux de survie et de reproduction en captivité.

En l'absence d'un dispositif global de notification des données sur les gestations, la mortinatalité et la mortalité néonatale des cétacés captifs, ou même sur le déplacement des individus entre les établissements, il est difficile d'évaluer l'étendue et le succès réels de la reproduction des cétacés en captivité.

Par ailleurs, la mortalité infantile chez les grands dauphins captifs, l'espèce la plus commune en captivité, est plus élevée qu'en milieu naturel. (Woodley et al., 1997).

Les grands dauphins captifs ont des taux de mortalité plus élevés que leurs homologues sauvages (Duffield and Wells, 1991) et les taux de survie annuels des grands dauphins sauvages, jeunes comme adultes, sont plus élevés que ceux relevés chez les spécimens captifs (Small et DeMaster, 1995a). Comparés aux grands dauphins, les taux de mortalité des orques captives, par rapport à leurs homologues sauvages, sont encore plus élevés (Small et DeMaster, 1995a).

Il est impossible d'obtenir des informations sur la reproduction du grand dauphin en captivité auprès du Programme sur les espèces menacées de l'EAZA, qui s'emploie à coordonner l'élevage de nombreuses espèces détenues dans les zoos de l'UE. Ces données ne sont pas publiées par l'organisation.

En revanche, le rapport annuel de l'EAZA indique en 2004 que « la mortalité néonatale est un problème majeur, qui ne permet pas, jusqu'à présent, de maintenir les effectifs de la population ex situ totale de grands dauphins à des niveaux stables sans apports extérieurs. Malgré des investigations pathologiques poussées, le problème n'a pas pu être résolu » (Van Lint et al., 2006).

Une révision de 1998 de l'European bottlenose dolphin studbook [Registre européen d'élevage du grand dauphin] a révélé un autre problème d'importance : « Le nombre de dauphins fondateurs, en particulier de mâles, pourrait constituer un facteur critique à la croissance de la population européenne dans le futur » (Hartmann, 2000).

Face aux échecs de reproduction en captivité et à la mort prématurée de leurs cétacés, de nombreux delphinariums à travers le monde se tournent toujours vers l'acquisition d'animaux issus de populations sauvages. Si le nombre de delphinariums en Union européenne reste stable ou augmente, les importations de nouveaux dauphins prélevés à l'état sauvage pourraient s'avérer nécessaires, en dépit de l'interdiction sur l'importation de cétacés dans l'UE à des fins principalement commerciales, imposée par le règlement (CE) n° 338/97 du Conseil relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce. [1]

Même en Europe, les « fondateurs » capturés restent indispensables, car ils semblent être les seuls à être capables de se reproduire, y compris avec un né captif. Les enfants de la deuxième génération sont rares et très fragiles.

La sexualite des dauphins captifs

* Ce chapitre a été l'un des plus modifiés en raison d'analyses qui nous semblaient sexistes ou hétéronormées (alors que les dauphins ont des pratiques bisexuelles) *

L'un des arguments favoris des delphinariums est que leurs dauphins se reproduisent parce qu'ils sont heureux.

Si chaque naissance est saluée à grand bruit médiatique, et que chaque décès précoce fait l'objet d'un silence embarrassé, il n'en demeure pas moins que cette assertion revient de façon réitérante dans la bouche des responsables de ces zoos marins.

Il faut donc insister ici sur deux points :

- En milieu naturel, la vie sexuelle des dauphins est de type promiscuitaire, permettant par exemple des coïts à plusieurs et d'incessants échanges de partenaires, à n'importe quel moment de l'année.

Même si des cycles existent- les enfants naissent au début de la belle saison – la vie sexuelle joue un rôle social essentiel chez les dauphins. Caresses et séduction sont d'excellents moyens de résoudre les conflits mais aussi, puisque chaque dauphin peut potentiellement être le parent de chaque enfant, d'assurer à n'importe quel petit une protection rapprochée.

En liberté, les pratiques sont souvent caractérisées par plusieurs mâles s'approchant d'une delphine afin de se livrer aux jeux de l'amour [2]. Une fois ceux-ci lancés, néanmoins, l'imagination des dauphins ne connaît plus de limites et la sensibilité extrême de leur peau rend leurs échanges extatiques. Les préliminaires amoureux se prolongent souvent des heures avant qu'un double ou triple coït (chaque mâle succédant l'un à l'autre) ne conclue le rapport en quelques brèves et acrobatiques secondes.

Pour éviter d'ailleurs de telles scènes n'aient lieu sous le regard des enfants pendant un spectacle, les dauphins mâles sont dûment calmés, notamment par des injections d'hormones féminines.

- En bassin, les dauphins sont amenés à résoudre sans cesse des conflits, du fait du peu d'espace offert à un nombre important d'individus confinés.

Ce qui amène souvent des bagarres sanglantes et parfois mortelles (souvenons-nous du combat entre Ivo et PlayBoy au Zoo de Duisburg, qui mena à la mort de ce dernier).

En bassin, la sexualité des dauphins est contrôlée par l'être humain et de fait, très pauvre.

Au point même qu'en l'absence de partenaires, des dresseureuses consciencieux.ses n'hésitent pas à les masturber pour calmer leurs nerfs. On peut remarquer des exemples de dauphins ayant des pratiques qu'on ne retrouve pas en situation de liberté, comme Valentin se frottant contre son propre fils né de l'inceste, Keijo.

Cette « hypersexualité » née de la captivité peut devenir frénétique et s'assimiler à une forme de zoopsychose.

Naissance dans de l'eau chloree, un mauvais depart dans la vie…

Malgré les affirmations des industriels du secteur et malgré les recommandations émises par la CITES et telles qu'entérinées par le Règlement Européen N° 3626/82 qui exige « qu'une population viable soit assurée par l'élevage en bassin », la reproduction en bassin ne fonctionne pas comme elle devrait.

Selon Sweeney, un célèbre trafiquant de dauphins, 50% des dauphins nés captifs meurent avant l'âge d'un an, dont 23% lors du premier mois de leur vie aérienne. Les chiffres actuels doivent être similaires, malgré les « progrès » de l'obstétrique carcérale. Les avortements et les enfants morts-nés sont également légion en captivité et rares sont les dauphins nés captifs qui atteignent la maturité ou même le stade juvénile.

Plus exceptionnelles encore sont les naissances de la deuxième génération, lorsque, à la grande joie des dresseureuses, deux dauphins nés captifs parviennent à engendrer un troisième dauphin né captif… lequel s'éteint le plus souvent au terme de quelques heures. La chose est encore très rare aujourd'hui et les services reproducteurs d'une femelle ou d'un mâle « fondateur » au moins sont requis. Le terme « fondateur » est utilisé par l'Industrie pour désigner les animaux capturés en mer.

Les causes des décès sont d'ordre éthologique.

La cause principale de ces décès est d'ordre éthologique et environnemental. On sait qu'en mer, les structures sociales des dauphins sont d'une extrême variété. Chez les Tursiops, l'accouchement se fait au sein d'un groupe social précis (les soeurs, les tantes, les anciennes, toutes regroupées autour d'une femelle dominante). Le delphineau est amené à la surface avec l'aide d'une autre femelle et la jeune mère apprend de sa propre mère ou d'autres amies plus âgées la manière adéquate d'élever son petit.

En mer, les dauphins vivent dans un milieu marin adapté à leurs besoins physiologiques, au sein d'une société solidaire et complexe.

Rien de tel en captivité, où les structures sociales normales n'ont plus cours. L'allaitement est difficile à pratiquer en bassin. Le stress y règne en maître et la jeune mère ne disposait jusque il y a peu d'aucune enclave d'isolement ou d'une petite baie pour faire retraite. C'est toujours le cas au Japon et dans de nombreux pays non-occidentaux, où l'élevage est peu pratiqué puisqu'on capture à moindre frais.

Les mères se retrouvent isolées dans un bassin latéral avec leurs bébés.

Ces mises à l'écart ne peuvent cependant pas durer éternellement de sorte que le jeune dauphin encore fragile est toujours menacé de se retrouver broyé contre une paroi ou, comme cela s'est passé à Anvers, d'être englouti par une hotte aspirante et d'y mourir.

Le retard de croissance staturo-ponderal

Mal nourri, privé des stimulations sensorielles que lui aurait offert la mer libre et de tout rapport social satisfaisant pour les jeux et l'apprentissage – frères, soeurs, cousins, famille, clan, tribu – le dauphin né en captivité se développe mal, tant physiquement qu'intellectuellement.

C'est ce qu'on appelle en anglais « failure to thrive » et en français, le retard de croissance staturo-pondéral.

Dès le départ, le capital génétique du jeune dauphin est déjà affaibli, du fait des croisements incessants entre les enfants des mêmes reproducteurs et de la pratique de l'inceste, interdit en mer mais encouragé en bassin.


Les descendants de Tilikum sont finalement contraints de se reproduire entre eux

Si son alimentation lactée a sans doute été correcte, celle que le tout jeune dauphin reçoit après le sevrage n'est pas non plus adaptée à ses besoins, puisque composée essentiellement d'un menu peu varié de poissons surgelés puis dégelés. L'espace étroit où il circule est beaucoup trop petit pour qu'il puisse pleinement développer sa musculature. L'environnement totalement nu des bassins et les exercices répétitifs ne lui permettent pas de stimuler son intelligence ni de satisfaire sa curiosité.

Le chlore présent dans l'eau affecte ses poumons, sa peau blême n'a jamais vu le soleil ou en supporte trop dans des bassins sans ombre.

Son corps est gorgé des antibiotiques dont on le gave dès la naissance.

Certains nés captifs peuvent aussi développer une hémochromatose.

Chez l'être humain, il s'agit d'une maladie héréditaire qui se caractérise par une absorption excessive du fer alimentaire, due à une anomalie génétique. Non traitée, l'hémochromatose évolue insidieusement et risque de provoquer des atteintes graves (cirrhose, cancer du foie, insuffisance cardiaque…), susceptibles d'entraîner une mort prématurée.

Chez les dauphins en revanche, cette maladie n'est pas documentée en milieu naturel.

Il s'agit d'une maladie typique de la captivité. Les cétacés et tous les mammifères marins plongent en apnée. De ce fait, leur sang contient un taux d'hémoglobine très important ainsi que davantage de myoglobine dans leurs muscles. C'est pourquoi leur sang est tellement rouge. Cela leur permet de plonger à poumons vides et de stocker un quantité énorme d'oxygène dans le sang et les muscles, bien plus qu'aucun mammifère terrestre ne pourrait le faire. C'est ainsi qu'il peuvent rester en apnée près d'une heure durant dans le cas du cachalot, qui s'oxygène d'ailleurs activement avant chacune de ses plongées.

En captivité, aucune descente en profondeur n'est possible.

Aucune apnée de longue durée ne s'impose. C'est alors sans doute que s'accumule le fer dans le sang des dauphins, en raison de son processus physiologique. L'hypothèse est avancée par le Dr Naomi Rose. Une chose est sûre, en revanche : c'est que cette maladie ne s'observe qu'en bassin.

« Alors qu'aucune augmentation de fer dans le sang n'est observée au fil de l'âge chez les dauphins sauvages, autant le taux de ferritine augmente avec les années chez les dauphins captifs ». [3]

Les derniers dauphins de Finlande étaient affectés par cette maladie du sang Le delphineau né captif présente bientôt une musculature faible parcourue de spasmes nerveux.

Son estomac se dilate, sa pression sanguine devient excessive, ses blessures cicatrisent trop lentement.

Plus tard, s'il parvient à survivre, il présentera tout un ensemble de troubles du comportement : boulimie, hyper sexualité accompagnée de masturbations incessantes, déplacements circulaires de type autistique, sensibilité extrême au stress et à toute menace de changement dans son ordinaire pré-réglé sous la domination absolue de l'être humain.

Muet, le jeune dauphin l'est depuis son enfance : l'usage du sonar n'a pas de sens dans un bassin toujours le même dont les dauphins mémorisent aussitôt les contours. Et siffler entre soi n'a pas de sens non plus puisque rien de nouveau n'a lieu que l'on puisse commenter. Donc pas d'échanges, pas de connaissances. Juste l'imitation tragique du sifflet de son/sa dresseureuse…

Bref, le dauphin né captif devient chétif, mentalement peu stimulé et hypersensible. Une attaque foudroyante de champignons parasites l'emporte généralement au bout de quelques années…

Il est exceptionnel que sa durée de vie excède les 10-15 ans, période critique de l'adolescence, un âge où les jeunes cétacés ont besoin, comme tous les mammifères, humains y compris, de s'aventurer dans le monde extérieur, de s'éloigner un temps de leur famille et de vivre en groupes de fabuleuses aventures marines. Tout cela est impossible au delphineau né captif qui, dans le meilleur des cas, sera transporté vers un autre bassin, séparé à jamais de son « pod » (« groupe ») et soumis à un stress intense dans un nouvel environnement social promiscuitaire où il devra trouver sa place s'il l'en trouve la force.

On a vu, avec la mort du petit Aïcko, à quelle degré la violence en bassin pouvait mener. Le malheureux est mort sous les coups, littéralement, de ses co-détenus plus âgés et n'a été mis à l'abri que quelques jours avant sa mort, pourtant très prévisible. S'il survit, le delphineau n'aura pas un sort beaucoup plus enviable.

Soit il sera finalement enlevé à sa mère pour être revendu à un lointain delphinarium, soit il restera auprès d'elle toute sa vie, situation particulièrement pénible et névrogène pour les mâles, qui quittent les leurs vers 12 ou 15 ans en milieu naturel, mais reviennent toujours dans leur familles épisodiquement (fission-fusion).

Dans les cas des orques, on sait que c'est peu avant le sevrage que le bébé est brutalement arraché à sa mère.

Quand on mesure ce que signifie la maternité chez les cétacés, il va de soi que cette séparation représente une souffrance atroce, tant pour la mère que pour l'enfant. Le plus souvent, cet enlèvement se solde chez les mères par une dépression grave, souvent soignée aux sédatifs et aux antidépresseurs.

Les morts de nouveaux-nés s'accompagnent également de « phénomènes de deuil », souvent lourds à gérer pour l'équipe médicale.

Dans les cas extrêmes de dépression, il arrive qu'une femelle tue le bébé de sa co-détenue.

Le cas est survenu au Parc Astérix et à Planète Sauvage. Dans ce dernier cas, le crime a été commis par Lucille, une delphine dépressive qui a du laisser ses deux enfants derrière elle à Harderwijk.


Mourir au delphinarium

Impossible de faire la liste ici de toutes les maladies spécifiques aux bassins qui déciment les cétacés.

Il en existe plusieurs répertoires vétérinaires mais on trouve les causes de ces décès dans les rapports d'autopsie parfois livrés par les delphinariums ou dans les études spécialisées. En revanche, une chose est sûre : pour la plupart, ces maladies sont de type nosocomial, c'est à dire causées par le milieu hospitalier aux patient.es qu'il prétend soigner.

Il en va de même des infections, des suicides ou des accidents qui adviennent aux cétacés captifs et qui sont générés par les delphinariums eux-mêmes.

En liberté, on meurt aussi, bien sûr, mais à d'autres moments de la vie et le plus généralement lors de rencontres avec une hélice de bateaux, suite à l'ingestion de sacs en plastique, à l'empoisonnement du à la pollution ou aux infections parasitaires massives, notamment.

Nous allons passer en revue ici, de manière non-exhaustive, quelques-unes des causes de décès les plus classiques en delphinarium [4], illustrées chaque fois par un cas réel.

Tilikum et la pneumonie

« La cause principale des décès chez les mammifères marins en captivité (autres que les ours polaires) est la pneumonie. La plupart des cas de pneumonie des mammifères marins se caractérisent par une importante infection bactérienne. La pneumonie est souvent le résultat d'une mauvaise gestion des bassins, mais quand bien même les animaux captifs sont soigneusement gérés, la mortalité liée à la pneumonie reste fréquente.

Les mammifères marins exigent une bonne qualité de l'air, y compris un taux élevé de renouvellement d'air à la surface de l'eau dans les installations couvertes. L'air tempéré ou l'acclimatation au froid est également important pour prévenir les maladies pulmonaires, même pour les espèces polaires. Les animaux acclimatés à des températures froides sont habituellement assez robustes. Cependant, la transition soudaine d'un milieu chaud à l'air froid, même dans de l'eau plus chaude, peut précipiter les pneumonies fulgurantes, en particulier chez des animaux qui se nourrissent mal ou qui sont affaiblis pour d'autres causes.

Les signes cliniques incluent la léthargie, l'anorexie, l'halitose sévère (haleine fétide), la dyspnée (difficulté respiratoire), la pyrexie (fièvre) et la leucocytose (augmentation du nombre de globules blancs dans le sang). (...) ».

Le 6 janvier 2017, SeaWorld annonçait que Tilikum, l'orque vedette du documentaire « Blackfish » qui souffrait d'une pneumonie bactérienne résistante aux médicaments, décédait dans sa piscine.

Il succombait ainsi à la cause la plus fréquente de décès chez les cétacés captifs : la pneumonie.

Sur la vidéo publiée par SeaWorld, le vétérinaire rappelle à juste titre que la pneumonie est également une cause de maladie et de décès chez les cétacés sauvages. Mais si les orques libres peuvent parfois mourir de pneumonie, la prévalence massive de cette maladie chez les cétacés captifs pose question. Comment peuvent-ils contracter une telle maladie dans l'environnement hyper protégé et médicalisé des bassins ? Et en mourir ?

Le problème avec Tilikum, comme avec tous les cétacés captifs, c'est qu'ils sont déjà bourrés d'antibiotiques depuis l'enfance.

Pour les humain.es aussi, on le sait, c'est un vrai problème : « Le danger vient d'une sur-utilisation ou d'un mauvaise utilisation des médicaments antimicrobiens – les antibiotiques étant les principaux – un phénomène observé dans le monde entier » explique un responsable de l'OMS.

Chez les humain.es comme dans l'agriculture et l'élevage, où les antibiotiques sont souvent massivement utilisés, non seulement pour soigner les animaux mais aussi pour favoriser leur croissance. Les bactéries super-résistantes qui se développent ainsi chez les animaux peuvent se propager chez l'être humain.e par la contamination de l'eau ou les déjections. Ils peuvent aussi voyager par les exportations de viande. Bien qu'anticipé dès les années 1950 par le découvreur de la pénicilline Alexander Fleming, la résistance antimicrobienne a atteint des niveaux de plus en plus inquiétants ces dernières années, facilitée par l'absence d'antibiotiques nouveaux ».

Notons que c'est aussi d'une pneumonie fulgurante que Keiko est mort. Tout comme Betty, capturée en Islande en octobre 1978, morte à Antibes le 8 septembre 1987 à l'âge de 13 ans d'une « pneumonie fulgurante » ou comme Kim2 capturé en Islande en 1982, emporté par une « septicémie et une pneumonie fulgurante » le 23 novembre 2005, à l'âge de 27 ans, ou comme Léo, mâle, né en 1975, capturé le 23 novembre 1988 au large du Guatemala, mort le 27 janvier 1992 de « pneumonie chronique sévère » au Marineland d'Antibes…

Sharkan et le bacille du pus bleu

Une mort assez commune en bassin est celle causée par le bacille pyocyanique, directement lié aux mauvaises conditions de vie et à la filtration de l'eau des bassins.

L'orque Sharkan, par exemple, bien connue pour avoir engendré Wikie et Inouk, fut capturée en Islande en octobre 1989 à l'âge de 4 ans. Elle mourut le 3 janvier 2009 d'une « septicémie due au bacille pyocyanique » à l'âge précoce de 23 ans dans sa prison du Marineland d'Antibes.

Le bacille pyocyanique est connu sous les noms de Pseudomonas aeruginosa, bacille du pus bleu ou pyo.

C'est une bactérie gram-négative du genre Pseudomonas. Elle peut, dans certaines conditions, être pathogène. Très résistante, elle est — avec d'autres bactéries à gram-négatif — de plus en plus souvent responsable d'infections nosocomiales. C'est l'une des bactéries les plus difficiles à traiter cliniquement. Le taux de mortalité atteint 50% chez les patients vulnérables (immunodéprimés). Germe ubiquitaire, vivant dans les sols et en milieu humide (nuages, robinets, bouchons), très résistant à de nombreux antiseptiques, fréquent en milieu hospitalier, entraînant l'apparition (du fait de sa résistance aux antibiotiques) de véritables souches d'hôpital. Les formes de pathologie qu'elle engendre sont diverses : infection de l'œil, des plaies, des urines, gastro-intestinales et des poumons , des méningites d'inoculation, des septicémies comme stade terminal d'infections graves ou complication chez des malades soumis à un traitement immunodépresseur, des leucémiques, etc.

Elle induit facilement des infections systémiques chez les immunodéprimés, un état très fréquemment induit chez les cétacés captifs pour des raisons psychologiques (deuil, dépression…)

Beachie et la thrombose du sinus caverneux

La thrombose du sinus caverneux est généralement causée par une infection qui s'est propagée au-delà de la face, des sinus ou des dents.

Moins fréquemment, les infections des oreilles ou des yeux peuvent causer une thrombose du sinus caverneux. Pour contenir l'infection, le système immunitaire du corps crée un caillot pour empêcher les bactéries ou autres pathogènes de se propager. Le caillot augmente la pression à l'intérieur du cerveau. Cette pression peut endommager le cerveau et peut finalement causer la mort. Plus rarement, la thrombose du sinus caverneux peut aussi être causée par un coup sévère infligé à la tête. Ou par une série de coups sévères, comme quand on se frappe la tête contre un mur…

« A Bruges, le dauphin Beachie est mort de façon inattendue. L'animal venait d'avoir 33 ans. Beachie provient du delphinarium néerlandais de Harderwijk. Il était présent à Bruges depuis 2010 à Bruges dans le cadre d'un programme d'élevage. L'année dernière, il est devenu le père de Moana et Ori ».

« Beachie est décédé suite à l'éclatement d'une veine dans le sinus », a déclaré Gertrude Quaghebeur, responsable de la communication au delphinarium.

« C'est difficile à repérer et vous ne voyez pas venir ce genre d'accident. Nos soignant.es de l'équipe du delphinarium de Bruges sont très touchés. Mais un dauphin dans la nature vit environ trente ans, en delphinarium, peut être encore plus ».

Ce n'était pas vraiment une surprise, en fait. Le « vieux » dauphin avait déjà subi des examens médicaux durant les mois qui ont précédé son décès – dont un scanner spectaculaire largement relayé par la presse – et ses problèmes de santé était connus depuis deux ans au moins.

Depuis son transfert au delphinarium de Bruges, Beachie se sentait seul et triste. Capturé en Floride, détenu à SeaWorld, il vivait depuis des années dans un lagon d'eau de mer aux Pays Bas en compagnie d'une bande de mâles. Il s'est retrouvé brusquement isolé dans son coin, en compagnie d'autres dauphins agressifs sous le dôme sinistre du Boudewijn Seapark. L'air qu'il y respirait n'était plus le même non plus : le vent iodé du large qui souffle sur Hardewijk fut remplacé par une atmosphère chargée en chlore suffocante sous le dôme sombre du Dolfinarium de Bruges.

Est-ce le chlore qui a causé cette thrombose du sinus ? Ou les coups désespérés que le dauphin se portait à lui-même en se jetant contre un mur ?

Le mystère restera à tout jamais entier.

Terry et la candidose

Outre les infections bactériennes comme la pneumonie, il y a les maladies fongiques, ou champignons, très répandues en bassin.

« Les mammifères marins captifs semblent particulièrement exposés aux infections fongiques. La plupart semblent être des effets secondaires du stress, des conditions environnementales ou d'autres maladies infectieuses.

Ainsi, la candidose est une maladie mycosique commune chez les cétacés captifs, générée par le stress, par une désinfection inadéquate de l'eau avec du chlore ou par un usage inconsidéré des antibiotiques. Les lésions se retrouvent généralement autour des orifices corporels.

Lors de l'autopsie, on trouve souvent des ulcères oesophagiens, en particulier dans la région de la jonction gastro-œsophagienne. Un autre champignon opportuniste, le Cryptococcus neoformans, a été diagnostiquée dans la maladie pulmonaire avancée fatale chez un dauphin »

L'orque Unna vient récemment d'en mourir à SeaWorld mais l'exemple le plus terrible d'une mort par champignon est celui de deux dauphins jadis célèbres en Flandres, car vedettes d'une bande dessinée, Terry et Skippy.

La presse de l'époque en parlait ainsi :
« Le delphinarium de Bruges vient d'enregistrer, à dix jours d'intervalle, le décès de deux de ses dauphins adultes. Ceux-ci sont morts respectivement le 1er et le 11 septembre 2000. Skippy avait 10 ans et était né à Boudewijn Seapark. Terry, pour sa part, n'avait que 16 ans.
Le mystère le plus complet entoure pour l'instant ces décès, qui demeurent à ce jour inexpliqués.
« Des autopsies ont été effectuées à l'université de Gand », explique M. Logghe, directeur du parc d'attractions. « Mais elles n'ont rien révélé. On effectue donc maintenant des analyses complémentaires, dont on attend les résultats pour le début de la semaine prochaine. Ce n'est pas la première fois qu'on a des décès, mais c'est rare que cela puisse se produire de façon aussi rapprochée ».
Alors, qu'a-t-il bien pu se passer ?
« Ces dauphins ont arrêté soudainement de se nourrir. Trois jours après, ils étaient morts. On n'a rien pu faire ». Le show a dû être remplacé par un spectacle éducatif, le temps qu'on en sache plus. Evidemment, on imagine que ces morts suspectes vont relancer la controverse sur les delphinariums. « On ne parle de nous qu'en cas de décès. Mais quand il y a des choses positives à dire, là on n'entend plus nos opposants. Récemment, on a eu six dauphins nés chez nous, dont trois il y a deux ans, qui sont restés en vie ».
Des propos qui choquent les opposants aux delphinariums.
Selon le Dr Gérard Lippert, responsable de l'association belge Delphus, le décès de la femelle Terry (16 ans) serait dû principalement à la présence de levures qui auraient proliféré dans son corps au point de le transformer en « chou-fleur ». Skippy était un jeune dauphin mâle âgé de 10 ans. Il était né de Tex et Puck « au delphinarium de Bruges ».

Harley et la chute sur le beton

Les chutes hors des bassins sont plus fréquentes qu'on imagine, soit en tant que gestes de désespoir, soit pendant un exercice.

Ainsi, Harley, le plus jeune de tous les dauphins du Zoo du Minnesota, est mort dans l'après-midi du 21 janvier 2006 après avoir sauté hors de sa piscine et s'être brisé le crâne sur la bordure en béton.

Ce bébé dauphin, qui venait de fêter ses sept mois de vie, semble avoir paniqué en nageant entre les deux piscines de soins placées à l'arrière des installations, qui furent pourtant ses seules et uniques demeures depuis sa récente naissance en captivité.

Harley : son nom de baptême avait été choisi au terme d'un vaste concours regroupant plus de 10.000 participants l'an dernier – avait commencé à subir ses premiers dressages. Il s'agissait, dans le cas présent, de rejoindre la piscine ouest à partir de la piscine est, en suivant un canal central, un exercice que détestent les dauphins.

Harley n'avait pas encore participé aux shows mais tou.te.s les visiteureuses pouvaient le voir, notamment par le biais d'une Webcam installée dans son bassin. Pour rappel, quelques dauphins du zoo d'Anvers – dont Dolly – sont morts de manière semblable. Même pour un dauphin adulte, sauter hors du bassin n'est pas toujours sans risque. Dolly avait du être euthanasiée après s'être brisé la colonne vertébrale lors d'un show un peu trop audacieux. Mais il faut dire que le bassin du Zoo d'Anvers était particulièrement petit.

On lira d'ailleurs à propos d'Anvers l'étonnante variété de pathologies [5] qui décima les 30 dauphins sacrifiés par le zoo.


Avertissement

Ces textes écrits en 2018 sont issus du site dauphinlibre.be. Nous l'avons démasculinisé, et nous avons parfois supprimé ou modifié certains passages dont le contenu nous posait problème (sexisme, manque de prise en compte d'autres oppressions et tendances homophobes par exemple) ou pour des raisons pratiques de pagination. Il est possible de retrouver l'intégralité des articles, avec leur source, leur vidéo associée (et leur sexisme) sur internet.