croquis

à l’Athénée Libertaire hier pendant l’intervention de Laurent Cauwet, très intéressante, j’y reviendrai peut être quand j’aurais enfin lu son livre, La domestication de l’art.

Interview : Grand collapse

Grand collapse, c’est du punk aux influences multiples, y’a des anciens Bring to ruin dedans c’est ce qui m’a aiguillé vers eux à la base. Puis j’ai chopé leur super 1er album « far from the callous crowd » et on a joué ensemble à Paris, s’en est suivi une bonne heure de discussion, sur le punk, les langues minoritaires, le brexit du coup je me suis dis qu’il fallait faire une interview. Calvin le chanteur a bien voulu répondre et voilà ces réponses ! ( Interview par Numa (Litovsk) )

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Grand collapse – Steve Cotton

Numa[Nm] : Grand collapse c’est qui ? Où êtes vous basés ?

Grand collapse [GC] : Cal je chante, Glenn fait la batterie, John à la guitare et Dai à la basse, on est basés à Cardiff, pays de galles.

[Nm] : Pourquoi le nom Grand Collapse ? (« grand collapse » en français ça donne le grand bouleversement, un truc du genre!)

[GC] : C’est une référence au titre de Good Riddance un groupe punk us, « yesterday’s headlines » sur la chute en continue du capitalisme occidental.

[Nm] : Quand le groupe a commencé ?

[GC] : En 2011 mais avant ça nous étions tout les quatres actifs dans d’autres groupes comme REJECTED, BRING TO RUIN, FOUR LETTER WORD et THREAT MANIFESTO parmis d’autes.

[Nm] : Quand avez vous découvert le punk ?

[GC] : Mon père chantait dans ICONS OF FILTH dans les années 80, du coup j’ai grandi avec le punk rock et la musique politique. Très jeune j’adorais THE CLASH et THE RAMONES et après j’ai commencé à écouter des sons plus hardcore ou anarchiste. Ado j’étais obsédé par CRASS.

[Nm] : Comment se porte la « scène » punk au pays de galles, j’ai entendu parlé de squat à cardiff mais j’en sais pas plus, est ce que cette scène est connectée au reste du royaume unis ? Comment ça se passe en comparaison aux jours « glorieux » de groupes gallois comme THE PARTISANS, ANREFHN ou ICONS OF FILTH ?

[GC] : À Vrai dire j’habite Bristol depuis 7 ans maintenant, il ne se passait pas grand-chose à Cardiff quand j’étais plus jeune du coup je me suis barré dans une ville où il semblait se passer plus de trucs !

Le gros problème c’est le manque de lieux, bars ou squats ou autres. À Newport il y avait un endroit légendaire le TJ’s qui a fermé il y a 6 ans, ça a plus ou moins tué la scène là bas. Des groupes commencent à passer par là, il y a de l’activité mais quand j’étais plus jeune c’était pas le cas !

Ces groupes que tu mentionnais sont très vieux et oui j’ai entendu pas mal d’histoires sur cette période avec mon père qui était actif dans les années 80, Le groupe THE OPPRESSED vient aussi de Cardiff et de ce que j’ai pu comprendre, contrairement au reste du pays, il y avait à Cardiff une unité entre les skins et les punx !

[Nm] : Comme on il y a des choses en commun dans l’histoire du pays de galles et de la bretagne vis à vis des langues minoritaires, je voulais vous demandez quel était votre lien avec le gallois ? Comment vous vous sentez par rapport à la répression linguistique qui a eu lieu chez vous, en bretagne et dans beaucoup d’autres endroits ? Est ce que vous trouvez ça important de se battre pour garder la langue vivante et de faire comprendre que ce n’est pas forcément un combat nationaliste ?

[GC] :  Je parle gallois, une langue maintenant minoritaire mais qui il y a 20 ans a connu une renaissance assez fulgurante, je pense que cette renaissance et la préservation de la langue en général car la langue est souvent la facette la plus identifiable du caractère ou de la personnalité des gens. C’est quelque chose de vrai, pas comme les drapeaux images d’épinal, qui ne veulent rien dire et tout ces symboles qu’on voudrait nous faire avaler ! Je suis à l’opposé du nationalisme mais j’aime la diversité linguistique !

[Nm] : De quoi causent les textes ?

[GC] : De plein de choses différentes, de la foire aux armes DSEI, de mon procès contre l’agence des frontières du royaume uni, la violence conjugale, le fait d’être anxieux dans l’abri de bus le matin… Le titre du prochain album et de la chanson « along the dew » (« avec la brume ») est une histoire fictionnelle d’un chasseur bourgeois tombant de son cheval dans la neige étant alors encerclé par les créatures des bois venant se venger.

[Nm] : La première fois que j’ai tenté de décrire votre musique j’ai dis Conflict rencontre Dag nasty et font des riffs thrash metal, ça vous va comme description ?

[GC] : C’est plutôt cool si ça t’évoque ça ! On a un lien avec Conflict vu qu’on a aussi tourné avec eux !

Je dirais que c’est un mix de hardcore et de thrash, on a essayé d’écrire des morceaux lents mais on accélère toujours à la fin haha !

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Grand collapse – Steve Cotton

[Nm] : Ce que je trouve intéressant avec votre musique n’est pas du tout guidé par le diktat des modes musicales dans le punk, c’est plutôt rafraîchissant d’ailleurs. Qu’est ce que vous pensez des modes récentes dans le punk comme la oi !, le post punk et des magazines comme noisey qui essayent de se faire du blé avec notre culture ?

[GC] : Merde, en vrai j’y fais pas trop gaffe je crois ! On a jamais essayé de rentrer dans une catégorie, on essaye juste d’écrire des chansons qu’on trouve cool et si les gens adhèrent c’est chouette. Je pense que certains genres musicaux varient en terme de popularité, ça fluctue, ça vient ça repart.

[Nm] : C’est quoi vos meilleurs moments avec le groupe, en tournée par exemple ?

[GC] : Y’a 1 ans on a tourné aux usa, de la Californie jusqu’au Texas, il faisait méga chaud ! Mais c’était très drôle ! On a causé une baston à San Antonio avec un groupe qui avait une tête de vache (une vraie!) sur scène, ça a dégénéré en chaos total, je sais toujours pas comment on s’en est sorti !

On aussi joué à The Observatory à orange county, une salle énorme avec un backstage de la taille des salles où on joue d’habitude haha. Un voyage bien marrant au final !

[Nm] : Qu’est ce que vous diriez aux gens qui pensent que « le punk est mort ! » ou peut être que oui, il est mort, mais j’hésite toujours des fois je me dis « c’est clair il bien mort le punk ! » mais quand je vois d’autres choses et ce qu’on fait je me dis, « be nan il est bien vivant ! » ???

[GC] : Ben je pense qu’il est bien vivant et que ça envoie à l’heure actuelle. Après y’a un million de sous genre de punk alors j’en sais rien dans le fond, c’est mon point de vue. Des fois les gens qui ont la mentalité punk 1977 et restent coincé-es là dedans me font grincer, parce que la dégaine et le reste était un produit de cette époque et endroit, après il y a une nouvelle ère avec plein de jeunes qui emmène le punk à un autre niveau et produisent des trucs de dingues. Mais je comprends aussi ce que tu ressens, des fois je me dis « c’est quoi l’intérêt de tout ça ?? » et juste après j’ai cet éclair de joie à un concert ou en écoutant une chanson et je me dis « oh yes ! ».

[Nm] : Que penses tu de la situation politique actuelle chez vous ?

[GC] : M’en parles pas il me faudrait plus d’une nuit pour exprimer mon ressenti là dessus !

[Nm] : J’ai vu récemment l’émergence de nouveaux endroits, enfi des endroits « diy » où jouer au royaume uni, est ce une nouvelle vague ? Car sur le continent le RU a très mauvaise réputation concernant les tournées, éclaires nous là dessus !

[GC] : Ouais y’a quelques nouveaux endroits bien diy qui ont ouvert ces dernières années, à Leeds, Sheffield, Londres, des endroits gérés par les punks pour les punk et il faut espérer que ce courant grandisse ! Le 1 in 12 à Bradford est là depuis des lustres et constitue un bel exemple de ce qui est possible de faire !

Je sais que sur le continent il est possible de trouver ce type d’endroit partout ou presque mais chez nous c’est rare.

On a bien halluciné sur notre première tournée en europe quand on a vu l’hospitalité et l’accueil des gens qui organisaient les concerts ! Ici la plupart des concerts ont lieu dans des pubs ou des clubs avec des couvre feux tôt et des boissons chères ce qui craint pas mal…

[Nm] : D’un autre côté quand au cours de mes voyages chez vous j’ai été impressionné par l’ouverture d’esprit musicale, par le mélange entre les punks, la techno, le reggae, la folk, c’est moi qui fantasme ou c’est du à votre histoire contre culturelle très forte ?

[GC] : Le punk et les rave party ont définitivement un lien, puisque ce sont des mouvements de marginaux, diy, hors la loi, beaucoup de gens qui ont organisé des concerts punk ont aussi organisé des raves et des raves dans les squats notamment. L’attitude est la même.

[Nm] : C’est quoi le future pour le groupe ?

[GC] : On vient de sortir un album Along the dew, on est bien contents de comment il sonne, on espère que les gens seront heureux, il sort chez TNS records et Ruin nation, vous pouvez le télécharger sur notre Bandcamp gratos. On va tourner en Europe très bientôt du moins on l’espère !

[Nm] : Et le mot de la fin ?

[GC] : Diolch yn fawr! (trugarez ou merci beaucoup en gallois d’après mes recherches mais j’en suis pas du tout sure haha!)

Soirée MFC 1871 : Coup Franc Populaire / 20 janvier 2018

Coup Franc populaire / 20 janvier 2018

Gros week-end riche en événements pour le MFC 1871 les 20 et 21 Janvier 2018.

Au programme : soirée avec concerts et DJs, projections, discussions & débats autour du football populaire puis match de reprise !

20 Janvier // Grosse Ressoi :

De 17H à 23H au CICP (21ter rue Voltaire, 75011)

– Présentation du MFC 1871 et rétrospective des dernières années
– Projection du film du MMF – Montpellier Méditerranée Futsal en présence des réalisateurs et du président du club
Le documentaire « Un club, une famille », produit et réalisé par Union Urbaine, retrace la saison 2016/2017 du Montpellier Méditerranée Futsal, conclue par une défaite au Kremlin-Bicêtre (94) en demi-finales de playoffs de Division 1.
Au-delà du parcours sportif, le film met en lumière tout le travail, notamment social, effectué par le club de futsal issu du quartier populaire du Petit Bard. Le documentaire se veut être un outil de pédagogie d’une discipline sportive en pleine expansion, qui aura vu le MMF passer du statut de promu à celui de prétendant au titre national.

Teaser :

– Discussions et débats autour du football populaire, ses valeurs et ses enjeux
– CONCERTS et DJS SET
> Première Ligne (Skalpel, E.One & Akye)
> Original Tonio
> Djamhellvice
> TALRI 2.0 & Degy le RESK.P
– Restauration (un menu vegan sera prévu)

Prix libre conseillé 5€

21 janvier // Jour de match :

Pour son premier match de l’année 2018 le MFC a un gros challenge à relever avec la réception du leader du championnat l’AS Stains 93 : pour cela nous invitons nos supporters-trices ainsi que leurs ami.e.s à venir se joindre à nous pour défendre nos couleurs et soutenir nos joueurs !

Match à 15H, le lieu sera indiqué entre temps

NOUS VOUS ATTENDONS NOMBREUX ET NOMBREUSES – 2018 SERA À NOUS
LE COEUR DU MFC C’EST VOUS !

Quand Trump fait décerner ses « prix fake news »

« Et les gagnants des FAKE NEWS sont… » : Trump est parti encore une fois totalement en vrille hier, mercredi 17 janvier 2017 dans un tweet dont il a le secret : And the FAKE NEWS […]

Notre-Dame-des-Landes: communiqué suite à la décision du gouvernement

Ce midi, le gouvernement vient enfin d’annoncer l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Nous notons que la DUP ne sera officiellement pas prorogée. Le projet sera donc définitivement nul et non avenu le 8 février.

Il s’agit bien d’une victoire historique face à un projet d’aménagement destructeur. Celle-ci aura été possible grâce à un long mouvement aussi déterminé que divers.

Nous voulons d’abord saluer chaleureusement aujourd’hui toutes celles et ceux qui se sont mobilisées contre ce projet d’aéroport au cours des 50 dernières années.

En ce qui concerne l’avenir de la zad, l’ensemble du mouvement réaffirme dès aujourd’hui :

– La nécessité pour les paysan-ne-s et habitant-e-s expropriés de pouvoir recouvrer pleinement leurs droits au plus vite.

– Le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre en soin.

– Une volonté de prise en charge à long terme des terres de la zad par le mouvement dans toute sa diversité – paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants.

Pour le mettre en œuvre, nous aurons besoin d’une période de gel de la redistribution institutionnelle des terres. Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.

En ce qui concerne la question de la réouverture de la route D281, fermée par les pouvoirs publics en 2013, le mouvement s’engage à y répondre lui-même. La présence ou l’intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation.

Nous souhaitons par ailleurs, en cette journée mémorable, adresser un fort message de solidarité vis-à-vis d’autres luttes contre des grands projets destructeurs et pour la défense de territoires menacés.

Nous appelons à converger largement le 10 février dans le bocage pour fêter l’abandon de l’aéroport et pour poursuivre la construction de l’avenir de la zad.

Acipa, Coordination des opposants, COPAIn 44, Naturalistes en lutte, des habitant-e-s de la zad (le 17 janvier 2018).

St-Jacques-de-la-Lande (35): 15 personnes menacées d’expulsion, le maire refuse de les recevoir

Appel à rassemblement, jeudi 18 janvier dès 13h30 devant la mairie de St-Jacques, bus C6.

La Mairie nous mène en bateau.
Procédures illégales et mensonges à répétition, la mairie de St-Jacques nous a déjà expulsées en juillet, elle recommence en plein hiver.

La situation des familles des Escarpaulettes est critique, ses habitantes n’en peuvent plus de devoir survivre dans la peur de la répression policière. Plus qu’un logement, le squat est un foyer pour elles. Nous demandons simplement à pouvoir nous organiser dans notre misère. Expulser les habitantes des Escarpaulettes dans une situation sans possibilités de relogement, c’est une politique d’extermination des précaires.

Venez nous aider à obtenir un rendez-vous avec le maire, dès demain 13h30, devant la mairie de St-Jacques-de-la-Lande, bus C6, arrêt Jean-Jaurès.
Aidez-nous en étant présent.e.s. Si vous pouvez apporter une table, du café, des sandwichs ou bien en imprimant cet article pour le distribuer devant la mairie, toute aide sera la bienvenue.

Les habitant.e.s

réveil

Photo



Le Pistolet et La Pioche S02E01 : Pourquoi Twitter nous rend malades

Le microblogging est une activité chronophage dans laquelle des millions de personnes ont plongé corps et âme. Pas une journée sans lire les tweets, commenter, répondre, donner son opinion, réfuter celle des autres, retweeter la […]

Ivry-sur-Seine (94): 18 janvier, procès en appel du CSA Vaydom !

Ce jeudi 18 janvier à 14h, au palais de justice de Paris, 4 boulevard du Palais, se tiendra le procès en appel du CSA d’Ivry. Appel à solidarité !
Nous avions obtenu en première instance de pouvoir occuper les lieux jusqu’à avril 2019. Le Crédit Mutuel, propriétaire du bâtiment, a fait appel de cette décision et demande l’expulsion scéance tenante des habitant-e-s et collectif du Vay Dom. Peu importe la vingtaine d’enfants qui vivent ici. Peu importe les solidarités qui y naissent et y grandissent.
Lieu de solidarité, d’asile, de lutte, nous avons besoin que le Vay Dom vive.
Nous invitons toutes celles et tous ceux qui aiment le CSA, qui trouvent important ce qu’on y vit et ce qu’on y fait ensemble, à se joindre à nous pour l’audience.
RDV pour un départ collectif le jeudi 18 janvier 2018 à 11H au CSA, 37 rue Marceau à Ivry-sur-Seine (métro Pierre et Marie Curie – ligne 7, ou station de tram Maryse Bastié – ligne 3a).
Vous pouvez aussi nous retrouver directement sur place à partir de 12h, au Palais de Justice de Paris, 4 boulevard du Palais (métro Cité – ligne 4).
L’audience débutera à 14h mais l’accès à la salle d’audience peut être laborieux. Nous prévoyons donc de l’avance.

Long vie au CSA Vaydom !

Centre Social Autogéré d’Ivry
37 Rue Marceau
94200 Ivry-sur-Seine
csa-ivry [at] riseup [point] net
https://radar.squat.net/fr/paris/centre-social-autogere

[Publié le 17 janvier 2018 sur Paris-luttes.info.]

The Adicts | And it was so !

Addicts
Addicts – And it was so !

{ Publié initialement sur AmongThe Living } The Adicts est l’un de ces groupes de la vague punk-oi de la fin des années 70 en Angleterre traumatisé par le film Orange Mécanique. Cela c’est traduit par la composition de nombreuses chansons sur le sujet, en choisissant de se référencer à l’univers du film sur scène et dans les visuels du groupe. Sans doute l’un des groupes ayant poussé le concept le plus loin avec Major Accident, au point qu’à une période on parlait de Clockwork Punk pour définir la musique de ces groupes.

Au fil du temps le groupe est resté le même refusant de céder aux modes qui ont traversé le punk (oi, hardcore, cold-wave), pour jouer un punk-rock assez classique et efficace. The Adicts fait également parti de ces groupes, qui à un moment ont composé un des classiques du punk-rock et se retrouve condamné éternellement à jouer ses anciens morceaux. Pas de concert possible pour le groupe sans jouer Viva La Revolution, à l’instar de The Damned avec New Rose par exemple.

And It Was So est un album assez plaisant à écouter, avec 12 titres, dont quelques morceaux qui se détachent comme Fucked Up World ou Gimme Something To do. Pas de surprise, mais pas de déception non plus à la découverte de ce 10ème album pour un groupe qui affiche plus de 40 ans de carrière. On pourra sans doute reprocher aux The Adicts de ne pas essayer de se renouveler ou d’évoluer, mais c’est aussi le charme des vieilles formations anglaises, qui se foutent des modes et continuent de jouer la musique qui leur plaît, envers et contre tous. / Yann Fournier

Barbès Blues au temps du couvre-feu (76) / Farid Taalba

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

Le chauffeur baissa la tête, s’affaissa sur la pierre en voutant ses épaules : « Vous avez raison maître, que puis-je vous opposer ? ». Puis, relevant le chef, agacé d’être le souffre-douleur de service, il voulut se rebeller : « De toute façon, si on ne tombait pas sur les militaires, il nous restait toujours Bou Baghla qui, lui, préfère couper le chemin de ceux qui empruntent la route officielle ! ». Il avait dit cela en regardant avec insistance la vieille auprès de laquelle il espérait un soutien, loin de s’imaginer que Bou Baghla se cachait en réalité sous le haïk blanc. Contrairement à ses attentes, dès qu’il eut fini sa chambrette, la vieille s’écria de sa voix de grêle : « Comment peux-tu croire que Bou Baghla eût pu toucher un seul de vos cheveux ?

– Le gendarme nous a dit que Bou Baghla n’était pas raciste. Qu’il s’attaquait aussi bien aux Français qu’à nous. Que l’argent sorte de leur poche ou de la nôtre, il n’en a cure, tant qu’il rentre dans la sienne.

– Ah, il t’a dit ça ! Si tu prêtes tant d’attention à ce que disent les gendarmes, tu finiras juste par t’embastiller le cerveau. Alors écoute-moi ! Connais-tu la véritable identité de Bou Baghla ?

– Oui, il s’appelle Ali At Elhoucine. Il est né en 1920 chez les Imechdalen, bien que ses ancêtres soient issus du village Aït Bouali, au-dessus de Sidi Mansour, et qu’ils ont été obligés de quitter après que l’armée l’eut complètement rasé au moment de l’insurrection de 1871.

– Tu dois savoir aussi qu’Ali At Elhoucine travaillait autrefois pour l’administration avec qui il s’est finalement retrouvé en délicatesse et contre laquelle Il décida de gagner le maquis en prenant le surnom de Bou Baghla. Mais sais-tu que ce surnom est celui d’un autre homme qui a vécu au siècle dernier ? Si l’on croit Ben Nourredine des Aït Ouacif, son biographe, cet homme s’appelait Mohamed Abd-Allah Bouseïf. Mais on lui a attribué beaucoup de noms : Si Mohamed ben el Madjid ben Abd-el-Malik, Si Mohamed lemedjed Ben Abd-el-Malik, Mohamed ben Abd-el-Malik Bou Maaza, Abd-el-Malik Bou Baghla et d’autres encore. Mais le peuple et ses biographes retiendront surtout son surnom, Bou Baghla « l’homme à la mule ». Il est sans doute né entre 1810 et 1820. Il venait du Gherb, l’ouest, sans qu’on sache d’où exactement. Certains avancent de Seguia el-Hamra, du Sous ou de la tribu des Attaf autour de Miliana, lieux prédestinés pour l’apparition des chérifs. D’autres pensent même qu’il était un parent de l’émir Abd-el-Qader. Pourtant, ce qui est sûr c’est qu’il était membre de l’Association des Quarante Chérifs qui devait diriger le combat contre les envahisseurs français du pays, ces quarante chérifs restant cachés, attendant le moment de leur élection en maître de l’heure pour agir en plein jour. Malgré cela, il était aussi un familier des zawiya et fréquentait les plus grands maîtres, allant d’une confrérie à une autre quelle que soit son obédience et dans lesquelles il trouvera un soutien puissant dans chacune d’elle, notamment la Rahmaniya. Enfin, il ne négligea pas non plus pour autant de s’adjoindre le soutien du mouvement maraboutique en ayant pris soin de choisir ses épouses parmi les plus nobles lignages. Il en eut quatre ; la première, Fadma bent sidi ben Aïssa ben Mohammad, était arabe et venait du lignage des Ouled Aït Aïssa dans la tribu des Adwara. Les trois autres étaient Kabyles : Yasmina n Hammou ou Bali originaire du village de Tazert chez les At Abbas et vivant à Tamokra chez les prestigieux At Aïdel ; puis Tassadit fille de Si Amar ou Mohamed ou Lhadj de la tribu At Mendes, tribu membre de la confédération des Igouchdal ; enfin, il s’est marié avec une fille de la tribu At Bou Chenacha, tribu partie prenante de la confédération des At Sedka. Aussi, quand survinrent les défaites successives des chérifs Bou-Maaza, émir Abd-el-Qader et Hadj Ahmed, pouvant prendre appui sur les mouvements chérifiens, confrériques et maraboutiques avec qui il avait su tisser de nombreux liens, il revint alors à Bou Baghla de sortir de l’ombre et du 32ème rang qu’il occupait au sein de l’Association des quarante chérifs afin de devenir le maître de l’heure, le sultan, le chérif, l’homme au sabre qui allait bouter les ennemis hors du pays bien-aimé. Il est ainsi apparu en Kabylie vers la fin des années 1840, après la défaite de Hadj Ahmed en 1848. Il était vêtu de guenilles, son cou était entouré d’un chapelet de gros grains et il portait une écritoire dans sa ceinture. Vivant dans le renoncement et la pauvreté à la manière des affiliés de la confrérie Derqawiya, nos montagnards avaient alors découvert la simplicité de son existence marquée par le plus grand ascétisme. Loin du faste cérémoniel des princes et nonobstant la prestance, la distinction et la grandeur des guerriers de la noblesse enfourchant leurs destriers, il se déplaçait sur une simple mule grise que lui avait offerte un de ses partisans, comme avant lui, Abou Yazid Mahlad Ibn Kaydad, dit « l’homme à l’âne et qui avait fait trembler le pouvoir Fatimide au Xème siècle. Taleb, Bou Baghla subsistait alors en écrivant des talismans pour guérir des maladies, sans compter les talents de devin qu’on lui a prêtés. Il parcourait ainsi les marchés et les villages, profitant de son activité officielle pour inciter les gens à la révolte. Bientôt, installé sur le marché du dimanche de Sour El-Ghozlane, sa clientèle ne cessa d’augmenter, attirant l’attention de l’armée qui soupçonnait ce qu’elle appelait ses menées ténébreuses. Elle lança aussitôt un avis de recherche mais, averti à temps, Bou Baghla se réfugia dans la tribu des At Abbas alors contrôlée par l’armée française Là, aussi, après s’être fait remarquer, il se rend précipitamment chez les At Mellikech où il leur annonce qu’il est le nouveau chérif chargé de mener la guerre contre l’occupant et de diriger la résistance. Et on le comprend bien quand on sait, qu’avec les At Wezllagen, elle était la seule tribu de la vallée de la Soummam qui était restée indépendante en ce début d’année de 1851. A sa proposition, les At Mellikech lui ont répondu que pour mener la guerre, il fallait des moyens conséquents des hommes, des armes, de l’argent. C’est alors que Bou Baghla s’est écrié : « Comment ? Gens de peu de foi ! Croyez-vous que Dieu refuse quelque chose à ses élus, à ceux qui combattent pour la religion ! N’est-ce que l’argent ?… je n’ai qu’à frapper le sol pour en faire jaillir ! ». Et, frappant sa natte du pied, les gens des At Mellikech n’eurent plus qu’à la soulever et découvrir un trou rempli de pièces d’or. C’est ainsi qu’il fut institué chérif, maître de l’heure. A partir de ce moment, quittant sa mule pour un beau destrier de cavalier, il a fait courir l’armée française dans tous les sens pendant plusieurs années. ».

Puis, après un moment de silence, derrière son voile, plongeant ses yeux dans ceux du chauffeur, Bou Baghla reprit : « Ah, vois-tu, ah Bou Taxi, comprends-tu que cela a été la première grande insurrection survenue en Kabylie ? Et, sais-tu aussi que les militaires n’ont pas eu assez de mots pour le dénigrer ? Lui, le 32ème des quarante chérifs devenu le chérif ! Et un magistrat d’Alger a même écrit qu’il était un charlatan, un filou, un cupide ! Mais s’est-il rappelé au moins du nombre de villages et de cultures incendiés par les militaires pour avoir la peau de Bou Baghla et tuer la révolte dans l’œuf ? Comprends-tu dans quel ordre les gendarmes tiennent le Bou Baghla d’aujourd’hui ? Non ?! Alors écoute maintenant la capture et la mort du Bou Baghla d’hier.

 

 

 

 

 

Montreuil (93): occupons les maisons, détruisons les prisons ! Manifestation le 16 février 2018

Manifestation vendredi 16 février 2018, à 19h,
RDV à l’entrée de la rue piétonne, métro Croix-de-Chavaux, à Montreuil.

Des problèmes de logement à Montreuil ?!

Bah oui ! Ici c’est une galère de se loger quand on n’a pas les bons papiers, les bons garants, la bonne fiche de paie ou des problèmes avec la CAF. Une galère pour celles et ceux qui ne veulent pas, ne peuvent pas se plier à toutes les conditions que demandent les propriétaires, attendre des années pour un logement social, serrer les dents à chaque réforme des APL.

En juillet 2016, plusieurs familles de Rroms sont expulsées de leurs logements à la Boissière par la mairie et se retrouvent à la rue ; les Baras, collectif de sans-papiers, sont contraints de quitter Montreuil après plusieurs ouvertures et expulsions ; en décembre 2017, une trentaine de femmes déjà expulsées deux mois plus tôt par la mairie, se font virer d’un bâtiment rue Ernest Savart ; le foyer Bara se fait détruire à petit feu, régulièrement de nouvelles habitations sont murées ; en 2017, de nombreuses autres personnes sont expulsées de leur logement.

Ça se passe à Montreuil, mais ça pourrait être ailleurs, dans le « Grand Paris » à venir ou dans n’importe quelle ville concernée notamment par la restructuration urbaine et la gentrification.

Ici et ailleurs, l’État, la mairie, les spéculateurs et les flics, avec la collaboration de quelques citoyens-vigilants, font la chasse aux plus pauvres en augmentant le coût de la vie, en laissant se détériorer leurs conditions d’existence pour les pousser au départ, quand ce n’est pas simplement en les expulsant.

Alors que des logements sont vides et des gens à la rue, ils sont à l’affût de toute occupation d’une maison ou d’un bout de trottoir, usant de toutes les « armes » en leur possession, arrestations, contrôles, coups et pressions. Ils ont la loi pour eux et quand ce n’est pas le cas, ils la modèlent à leur guise.

La Justice, trouve par exemple des moyens de pénaliser le squat, en inculpant les personnes de dégradations ou de vol. Une personne est en prison à Fresnes depuis octobre 2017, accusée de vol lors d’une tentative d’ouverture de squat à Arcueil, et en novembre trois personnes ont passé une semaine en prison avant d’être relaxées pour une supposée tentative de vol dans un logement vide à Montreuil.

Par sa politique du logement, couplée à diverses mesures sécuritaires, l’État trie, gère et met la pression sur les plus précaires, traçant des chemins entre le centre d’hébergement d’urgence et le centre de rétention, la cité HLM et la prison, pour qu’au final tout le monde marche au pas.

Refuser de se soumettre à ces logiques, c’est pouvoir profiter parfois d’un logement plus décent, c’est tenter d’échapper au contrôle de nos vies (travail, papiers…), c’est expérimenter des situations de solidarité, d’entraide, de débrouille, c’est pouvoir remettre en cause concrètement la propriété.

Tant que ce monde s’appuiera sur la propriété, tant qu’il y aura des gens à la rue, tant qu’il y aura des prisons, nous continuerons à occuper des maisons et à prendre la rue !

Occupons les maisons, détruisons les prisons !

Manifestation vendredi 16 février 2018, à 19h, RDV à l’entrée de la rue piétonne, Croix-de-Chavaux, Montreuil.


Plusieurs affiches sont disponibles, pour appeler à la manif, et plus largement pour appeler à la solidarité avec les squats et les lieux de vie menacés d’expulsion:

– Le texte d’appel à la manif du 16 février en version affiche A3, ici en PDF.

– Une affiche qui appelle également à la manif du 16 février, avec moins de texte (modèle ci-dessous), deux PDF à photocopier en A4 ou en A3.

– Deux affichettes intemporelles, effectuées il y a bien longtemps, « Seule la lutte paye » (en demi-A3 ou demi-A4), à télécharger via deux PDF en A3 et A4.

– Une affiche « Squat / réappropriation / grève des loyers », qui date elle aussi d’il y a plusieurs années, en couleurs ou en noir et blanc, à télécharger en A4 via deux PDF (couleur et N&B).

– Le texte d’appel à la manif du 16 février, en version tract, ici en PDF.

Notre-Dame des Landes : mobilisation générale de la réserve de la gendarmerie

Selon nos informations, une décision de mobilisation générale prévisionnelle de la réserve de la gendarmerie a été décidée (excepté pour la Corse) à compter du 20 janvier et pour un mois. Des milliers de gendarmes […]

Notre-Dame-des-Landes: lettre aux comités locaux, aux soutiens du mouvements, et à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le mouvement contre l’aéroport et son monde

On assiste ces dernières semaines à un déluge de déclarations médiatiques autour de la ZAD de NDDL et de son avenir – aéroport ou pas, expulsions ou pas, nouveau Larzac ou pas, blablabla. Autant dire qu’on ne s’y retrouve pas forcément, voire pas du tout, voire au contraire. Quelques retours nous portent à croire que c’est pas toujours très clair, pour les membres des comités locaux, les soutiens et les sympathisant.es, surtout celleux qui sont un peu loin. C’est à vous qu’on adresse cette lettre, parce qu’on a envie d’expliquer ce qu’on comprend de la situation, et aussi de porter une autre voix que celles qui se font le plus entendre.

On, c’est quelques habitant.es/occupant.es, de différents lieux de la ZAD, qui n’ont pas toujours les mêmes positions, mais se rejoignent souvent sur la volonté que la ZAD conserve une certaine radicalité qui ne soit pas que de façade, en restant attaché.es à ce que chacun.e puisse trouver sa place dans ce qui se vit ici.

Où on en est ?

Durant l’année qui vient de s’écouler, les relations entre les différentes composantes du mouvement contre l’aéroport et au sein des occupant.es ne se sont pas simplifiées. L’heure était plutôt à la crispation, sur fond d’incompréhensions mutuelles et/ou de désaccords politiques. Certain.es continuent néanmoins à maintenir et créer des ponts entre ces réalités qui se frottent et se heurtent. C’est plus que compliqué, et en même temps passionnant. On ne l’échangerait pour rien au monde avec une vie bien rangée. Mais ça nous pose beaucoup de questions qu’on aimerait partager, et c’est difficile de raconter tout ça sans rentrer dans les détails.

Même si ces frottements ne sont pas nouveaux, la perspective de l’abandon de l’aéroport, que semble ouvrir le rapport de la médiation, met une pression supplémentaire autour de ces embrouilles. Pourtant, l’enjeu de penser ensemble l’avenir de la zone reste fondamental pour beaucoup.

Les structures d’organisation du mouvement ont aussi évolué, avec deux transformations principales :

1) il y a quelques mois a été créée une « assemblée des usages » suite à des discussions autour de l’avenir des terres. Des personnes des différentes composantes, comités, associations… y participent tous les mois. Elle s’est donné des objectifs ambitieux : d’une part, discuter/gérer au présent l’usage des espaces communs sur zone, sur la base des six points, les différentes pratiques qui y existent, et les conflits qui peuvent éventuellement en découler ; d’autre part penser l’avenir de la ZAD après l’abandon du projet [d’aéroport]. En son sein, un fonctionnement par commissions s’est mis en place autour de différents thèmes. Ces commissions travaillent sur des questions plus ou moins précises, font remonter leurs travaux sous forme de propositions à l’assemblée des usages. Les composantes en discutent ensuite en « interne », puis rapportent leur accord ou leurs contre-propositions à l’assemblée des usages suivante pour qu’une décision y soit prise.

Ce nouveau fonctionnement répond aux attentes de certain.es qui le considèrent comme plus « efficace », et à une certaine forme de fatigue/lassitude liée aux difficultés d’avancer ensemble. On voudrait essayer de ne pas retomber dans les mêmes travers qu’ailleurs, en terme de confiscation de la parole et de séparation des décisions de celleux qu’elles concernent, bref de prises de pouvoir, et c’est un pari difficile à tenir. Réflechir et décider ensemble demande du temps, et donc aussi une capacité à s’extraire de l’agenda imposé par l’Etat. Pour certain.es d’entre nous, la diversité des paroles des occupant.es peinait déjà à s’exprimer en AG du mouvement, et l’AG des usages ne règle pas ce problème. Pour d’autres, ça semble quand même important d’essayer cette forme au vu des enjeux, tout en gardant ces questions en tête.

2) Par ailleurs, il s’est aussi passé des choses au sein du mouvement d’occupation. La réu du jeudi était jusqu’ici le seul espace vraiment commun de discussion des occupant.es. Mais entre la place prise par l’organisation du quotidien et le temps nécessaire à trouver des accords à la mesure de notre diversité, ça devenait difficile de discuter des sujets vraiment complexes. Des occupant.es ont donc décidé de créer une « AG des occupant.es », mensuelle, pour poursuivre ces débats de fond.

« C’est quoi cette histoire de négociation ? »

Ces derniers temps, on entend souvent parler de « la possibilité de négocier » (entre l’État et le mouvement anti-aéroport). Pas mal de monde (des comités, soutiens, etc.) semble se poser des questions à ce sujet. Il a été décidé, dans le cadre de « l’assemblée des usages », de la formation d’une « délégation intercomposante », dont la mission serait de dialoguer avec l’État sur le devenir de la ZAD sans aéroport.

Pour nombre d’entre nous il semble important de rester uni.es face à l’État, alors que celui-ci fait tout pour nous diviser entre bon.nes et méchant.es, intégrables et réprimables.

C’est pourquoi, après des débats difficiles, il a été décidé que des occupant.es participeraient à cette délégation, notamment parce que les autres composantes vont de toute façon y aller. Beaucoup parmi nous ne sont pas d’accord ou n’en attendent pas grand-chose, parce que face à l’État, on ne gagne que ce qu’on peut prendre et tenir par la lutte, pas ce qu’il veut bien nous concéder. Mais dans un moment aussi critique, nous avons certainement intérêt à voir et savoir ce qui nous lie et nous a lié pendant ces années. C’est au-delà de la lutte contre l’aéroport que nous espérons trouver cette cohésion, parmi les occupant.es et entre composantes du mouvement.

Nous ne voulons pas croire qu’à ce moment clé, que certain.es appellent « victoire » et d’autres « abandon de l’aéroport », notre mouvement se déliterait et que l’on bataillerait chacun.e pour sa part du gâteau, dont la cerise serait l’accord bienveillant de l’État. Nous souhaitons au contraire signifier à l’État, ainsi qu’à celleux que notre mouvement effraie, qu’ensemble nous ne sommes pas seulement des obstacles à leurs projets, mais des entraves à leur logique, avec ou sans aéroport.

Que par le biais des négociations, l’État ait une prise sur ce qu’il se passera ici, c’est un fait. Mais ça ne signifie pas pour autant que nous lui ouvrons grand les portes de ce que nous avons construit, ensemble et sans lui. Il est et restera, pour nous, un adversaire politique, et nous continuerons à construire nos réalités.

Dénonciation des fantasmes des médias

Depuis le rendu de la médiation, les médias se déchaînent à notre sujet. LCI titre un de ses reportages, le 4 janvier : « Zadistes : des terroristes comme les autres ? ». La démesure n’a plus de limites, on mélange et confond tout, pour créer une belle grosse image de peur. Parce que la peur, ça fait vendre du clic (ou du papier), et ça fait voter toujours un peu plus à droite aux prochaines élections. Les médias, en tant que deuxième peau bien épaisse d’un système déjà rôdé, ont d’ores et déjà lancé l’offensive, et attaquent de toutes part en jouant de tous les outils à leur disposition : mensonges, mauvaise foi, désinformation, information fragmentée et décontextualisée, caricatures,photos volées, suppositions, préjugés… Des classiques, et surtout de quoi engraisser le buzz et le sensationnalisme. La plupart des « infos » sorties sur NDDL sont soit des communiqués non sourcés de la gendarmerie soit de la manipulation grossière.

Pour l’État et ses représentant.es, inciter des éditorialistes sans aucune connaissance des luttes sociales à assimiler les mouvements subversifs à des terroristes, est un stratagème habituel de désignation d’ennemi intérieur. Une diversion bien pratique en plein chantier de casse sociale, qui lui permet en prime d’utiliser un arsenal judiciaire visant à surveiller, entraver ou museler les militant-es. Bref, de légitimer sa propre violence. En effet, comme on a pu le voir la liberté d’expression a pour frontières les notions floues de terrorisme.

Le glissement sémantique allant de « militant.es convaincu.es », vers « terroristes » en passant par « radica.le.ux » est particulièrement pernicieux. Même si cette diabolisation ne repose sur aucun fondement juridique, elle permet de faciliter grandement la répression et la surveillance des mouvements contestataires. Alors,oui, ils tenteront ce qu’ils peuvent pour affaiblir ce mouvement : manipulation d’opinion, opérations de police et barbouzeries diverses, … Mais surtout, ils chercheront à exacerber nos différences pour mieux nous diviser. Par ailleurs, lorsque d’autres rédacteur-ices dressent un portrait lisse, intégrable et apolitique nous ne les remercions pas plus que celleux qui nous criminalisent.

Rapport à l’évacuation/aux expulsions

La ZAD n’a donc rien a voir avec l’image de camp retranché de dangereux décérébrés, véhiculée par les médias afin d’occulter le fond politique de ce qui est inventé ici au quotidien. Pour autant, la vie sur la zone n’est pas non plus une carte postale de gentil.les néo rural.aux en goguette. Comme partout, il y a des conflits d’usages, des embrouilles, des dérapages. Mais ici, nous tentons de régler ces questions collectivement, sans recours à des flics, à des juges, des matons ou des psys. Nous y mettons beaucoup d’énergie parce que nous croyons que c’est possible. Ce que certain-es appellent « zone de non-droit » est pour nous une zone où nos fonctionnements sont pensés, discutés, questionnés quotidiennement, et soumis à l’épreuve des différentes réalités. C’est leur loi qui punit les pauvres et protège les riches, leur loi qui met hors-la-loi, réprime la solidarité, les personnes sans-papiers, l’habitat libre et tant d’autres. Ce qu’ils appellent « non-droit », nous l’appelons « hors-normes ». Et ce n’est pas plus la légalité que l’illégalité qui nous semble le critère pour juger de la justesse de nos actes. L’invention d’un modèle social en constante expérimentation, c’est parfois chaotique et forcément imparfait, mais c’est une tentative légitime même si elle pousse du coude les cadres et les normes. Et cette expérience collective, vécue, soutenue et rejointe par de milliers de personnes depuis une dizaine d’années, donne de l’espoir et du sens dans une époque ou le capitalisme ravage ce qui reste de respirable en ce monde. C’est pourquoi nous serons nombreuses à défendre la ZAD en cas d’intervention policière, ciblée ou totale, comme nous l’avons fait en 2012. Nous savons que comme alors, la lutte ne se jouera pas uniquement dans le périmètre de la ZAD, mais au sein de toute la constellation de liens, de luttes amies et de soutiens, présents pour certaines depuis des années. Et malgré l’asymétrie du rapport de forces annoncé (3000 CRS ? 6000 ?!!), nous résisterons au mieux avec l’ensemble du prisme de nos modes d’actions. Car notre force est toujours cette diversité complémentaire, qui fait tant rager ceux qui veulent séparer les bons résistant.es des mauvais.es.

N’oublions jamais que la violence vient et viendra d’abord du système et de l’Etat qui en définit le niveau. Le gouvernement prépare ainsi l’opinion pour une évacuation d’une extrême violence, allant peut-être jusqu’au meurtre, comme à Sivens, avec l’aide des médias qui rabâchent jusqu’à la nausée les propos gendarmesques sur « la possibilité d’un mort ».

Ce qu’on veut : défendre la ZAD pour lutter contre le monde de l’aéroport

Alors que l’État laisse entendre qu’il pourrait abandonner le projet, des personnes plus ou moins éloignées de notre réalité dévoilent dans les médias leurs projets pour la ZAD. Nous ne les avons pas attendu.es pour penser notre avenir. L’État et le système qu’il défend nous emmènent droit dans le mur, et plutôt que de contribuer au désastre en cours, nous nous sentons légitimes à essayer ici de vivre différemment.

Comme convenu avec l’ensemble du mouvement, nous voulons un gel de la situation foncière une fois les historiques revenu.es dans leurs droits, afin de créer une entité issue du mouvement qui prendra en charge ces communs. On peut souvent lire ou entendre qu’une ZAD d’après l’abandon reviendrait peu ou prou à sa vocation uniquement agricole d’avant le projet. Si cette lutte fut dès ses débuts une lutte pour la défense des terres, elle s’est depuis élargie, notamment avec l’arrivée des occupant.es. Des gens vivent et luttent ici, y ont développé d’autres pratiques depuis des années, et entendent bien continuer.

N’en déplaise à ceux qui veulent nous aménager en zone pacifiée de commerce équitable, nous souhaitons continuer à produire et/ou vivre, hors cadre et hors normes. Nous voulons aussi continuer à inventer d’autres manières de partager et d’échanger en dehors du seul lien marchand, pour être moins dépendant.es de l’État et du marché, mais aussi pour nos voisin.es et pour soutenir d’autres luttes. Nous désirons aussi continuer à définir nos propres règles et gérer nos conflits. On n’a pas de réponse prémâchée sur comment vivre autrement dans ce monde, sur les contradictions qui nous traversent, et les compromis qu’on est prêt.es ou pas à accepter.

Nous voulons prendre soin ensemble des espaces communs (routes, espaces boisés, prairies, lieux de réunion…) ; travailler à renforcer les liens de confiance qui nous unissent déjà à nos voisin.es, et à déconstruire les préjugés et les fantasmes qui nous séparent de beaucoup d’entre elleux (notamment via l’organisation d’info-tours dans les bourgs alentour, la participation à la dynamisation du bourg voisin…). Pour autant, nous ne voulons pas d’une ZAD où seul.es pourraient rester celleux qui présenteraient bien devant les journalistes, accepteraient de prendre un statut légal ou pourraient/voudraient bien payer des factures. En d’autres termes celles et ceux qui ne feraient pas tâche sur la photo de famille. Nous voulons que la ZAD reste diverse et surprenante, qu’y cohabitent des gens aux pratiques variées, parce qu’attaché.es à des idées politiques différentes. Nous avons défendu cette zone ensemble, nous continuerons à l’habiter ensemble. Nous voulons donc que TOUT le monde puisse rester, sans exception. Certain.es partiront peut-être, d’autres arriveront, d’autres ne feront que passer. Comme ça a toujours été le cas. Mais qu’il n’y ait ni expulsion, ni aucune forme d’intervention policière visant à réprimer certain.es d’entre nous.  Nous pensons aussi à toutes celles et ceux qui ont déjà subi la répression. Nous souhaitons l’amnistie pour les personnes condamnées dans le cadre de la lutte contre l’aéroport. Nous sommes prêt.es et déterminé.es à lutter pour.

Enfin et peut-être surtout, nous souhaitons que la ZAD reste une zone de lutte. Ensemble, nous avons sorti ces terres de leur destruction programmée, y avons mis en place des formes de vie qui nous correspondent, plus collectives et autonomes et ne souhaitons pas nous arrêter là. Nous luttons contre l’aéroport et son monde. Et même si le projet est abandonné, son monde continuera d’exister, et nous continuerons de le combattre de toutes les manières qui nous sembleront pertinentes. Nous continuerons à lutter contre les infrastructures et les projets d’aménagement du territoire ; contre les politiques migratoires et le racisme d’État, aux côtés de celleux qui subissent plus que nous la violence systémique. Nous continuerons à prendre la rue, à occuper des bâtiments et des places publiques avec les travailleureuses, chômeureuses, étudiantes, précaires (que nous sommes parfois) contre les politiques capitalistes qui nous mettent un peu plus à la merci de l’économie. Nous continuerons aussi le travail de déconstruction des dominations qui traversent notre société (sexisme, racisme, spécisme, âgisme…) en les visibilisant et en les combattant, sur la ZAD et en dehors.

Alors que le mouvement envisage le triste jeu des négociations avec l’État, nous espérons réussir à préserver ensemble les espaces de liberté qui font de la ZAD une zone un peu plus respirable que le reste du monde. Ce pari, nous ne sommes pas du tout sûr.es de le gagner, mais on préfère tenter plutôt que de se laisser diviser.

D281

Quant à la portion de la D281 qui traverse la ZAD, la dite « route des chicanes », elle est à nouveau au centre de l’attention. Des voix s’élèvent dans les médias (venant parfois du mouvement) pour réclamer son « ouverture », voire sa « libération ».

Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’existe pas sur la ZAD de position consensuelle à son sujet.  Depuis sa (re)naissance lors de l’opération César, elle a été le théâtre de conflits politiques, d’usages et/ou de voisinage, et nous rencontrons des difficultés pour trouver des solutions qui conviennent à tou.tes – habitant.es, occupant.es, riverain.es et autres usager.es, ou autres composantes du mouvement. Nous n’y avons pas les mêmes évidences, ni les mêmes intérêts.

Fermée par les autorités depuis 2013, la route est à la fois habitée en plusieurs lieux de manière plus ou moins stable, traversée de nombreux chemins quotidiens, et circulante aux véhicules légers et tracteurs. Elle voit donc coexister plusieurs pratiques et enjeux. S’y croisent celleux qui y vivent, celleux qui y voient une situation de rencontre -même muette- entre des mondes, celleux qui l’empruntent quotidiennement, à pied, en vélo, à quatre pattes, à côté de véhicules dont la vitesse est réduite, celleux qui l’empruntent pour des raisons pratiques, de travail ou d’accès rapide…

On sait aussi que certain.es n’osent pas ou plus la prendre, excédé.es ou effrayé.es par des histoires parfois avérées, relevant parfois de la rumeur ou de l’exagération. Il est clair qu’il y a eu sur cette route des actes et comportements abusifs, auxquels les occupant.es n’ont pas toujours su réagir de manière adéquate. Mais nous ne pouvons pas réduire le débat ou les conflits autour de la route à ces actes.

Au-delà de nos difficultés à trouver une forme pérenne d’existence à cette route vivante, ce qui dérange c’est aussi l’idée d’un espace commun dont la gestion autonome échappe aux lieux de pouvoir. De nombreuses agglomérations sont parsemées de ralentisseurs, de zones où la circulation est limitée ou réservée aux riverains (voire totalement privatisées). Pourtant, rarement l’on y voit tant d’ardeur à contester l’existence de ces dispositions.

La défense et la protection face à l’État ne sont plus depuis longtemps les seuls enjeux de l’occupation de cette route. Nous savons bien qu’une barricade n’arrête pas un bulldozer protégé par des flics, pas longtemps en tout cas. Pour autant, notre attachement à cette route ne relève pas d’un « folklore barricadier » à balayer d’un revers de main ou à muséifier (même si des fois on aime bien cette carcasse de voiture rouillée taguée RÉVOLTE, où s’autogère une plate-bande sauvage).

Nous accordons au contraire une importance proprement politique au devenir de cet espace et de ce qui s’y joue : la remise en cause de la vitesse, de la place de la voiture dans nos vies et sur le territoire, enfin d’une certaine vision fonctionnelle de l’espace qui en décide l’usage d’en haut plutôt que sur le terrain. Ces questions seront toujours d’actualité après une hypothétique fin de la menace policière. Pour nombre d’entre nous, cette route est aussi une part, petite mais vitale, de cette lutte de l’imaginaire.

Voilà pourquoi, si cette route redevenait une simple route, au détriment de tous les usages qui s’y sont créés depuis 5 ans, une partie du mouvement le vivrait comme le début de la normalisation de la Zone. Nous savons que faire coexister des réalités si multiples demande de l’implication, de l’énergie et des actes marquants. Nous nous sommes déjà réuni.es afin de se poser cette question collectivement et continuerons à le faire. On considère souvent ici les conflits d’usage et politiques comme l’un des sels de cet espace. Et si l’excès de sel nous fait tirer la langue, un plat fade ne nous tente pas.

La suite

Vous le savez sûrement : quelle que soit la décision du gouvernement, nous vous invitons à nous rejoindre sur la ZAD le 10 février pour fêter cette victoire si elle est actée, ou la hâter le cas contraire. Nous vous attendons nombreuses pour préparer la suite, en veillant à laisser de la place à ce qui nous a rendu fort.es jusque là : la coexistence dans un même combat de nombreuses cultures de luttes se complétant mutuellement, cette diversité qui ne laisse pas d’angle d’attaque au gouvernement. Les liens qui tissent cette lutte forment une trame qui ne saurait disparaître avec la fin de la zone à défendre. Soyons fort.es de ce passé commun pour construire la suite de ce récit, pour continuer nos recherches d’un monde plus juste et réfléchi plus communément, pour préserver ces connexions qui ont tellement impacté nos vies et se multiplieront encore.

La ZAD vivra, pas parce que nous sommes une « cinquantaine d’irréductibles ultras-violents », mais parce que nous sommes des milliers à avoir un attachement fort à cet espace, pour des milliers de raisons. Et ça, ça ne changera pas avec un abandon.

Comme peuvent l’être Bure, la No Tav ou Roybon, ce projet d’aéroport n’est qu’un symptôme d’une société en crise profonde, à la fois économique, politique et sociale. Des symptômes auxquels d’autres tentent de répondre par l’accueil de réfugié.es, la recherche d’une agriculture respectueuse du vivant, ou le féminisme radical (entre mille autres luttes que nous devrions citer ici).

Ce monde est empreint d’oppressions et d’inégalités, et si l’idée n’est pas de le jeter complètement à la poubelle, elle est au moins d’y provoquer des changements, profonds, radicaux c’est à dire qui s’attachent à la racine. Peu importe les préjugés que fait naître ce mot, il y a en nous de radical tout ce qui cherche un changement profond dans quelque chose. Nous sommes tou.tes radical.aux.

En ça, notre lutte ne s’arrête pas aux portes d’un aéroport abandonné. Elle se poursuit au-delà, et tant que des bétonneurs sans scrupules continueront à piller des ressources et des espaces, nous continuerons d’entraver leurs machines. Sans pour autant que l’on ait envie de quitter cette zone, qui, dès lors que son avenir sera acquis au mouvement anti-aéroport, pourra constituer une base arrière solide pour ouvrir d’autres brèches, et faire exister de la solidarité là où l’État et le marché nous séparent et nous isolent.

Bien sûr, l’abandon du projet d’aéroport, s’il se confirme, sonnera comme une victoire. Cela enverra un message à toutes les autres personnes et collectifs en lutte : les États et les multinationales ne sont pas tout puissants. Nous n’avons pas à accepter et subir tous leurs désirs. Nous pouvons dire Non, nous organiser pour les faire reculer. Nos luttes peuvent être victorieuses.

Néanmoins, nous sommes beaucoup sur cette zone à considérer que l’abandon de l’aéroport ne constitue qu’une victoire partielle. Alors que nous tentons d’empêcher la construction d’un aéroport, plus de 400 autres sont en projet ou en construction dans le monde. Alors que nous déclarons, « Pas d’aéroport, ni ici, ni ailleurs », celui de Nantes-Atlantique sera tout de même agrandi, au mépris de toute considération pour le changement climatique et ses effets déjà bien perceptibles. Certes, le projet est sur le point d’être enterré, mais le monde qui va avec est, lui, encore bien vivant et va continuer son oeuvre prédatrice.Il serait dommage que la formidable force collective qui s’est constituée avec des centaines de comités et des milliers d’individus impliqués dans cette lutte s’éteigne. On aura encore à lutter ensemble pour préserver et arracher des marges de liberté, ici et ailleurs. Car des zones à défendre, il en existe des milliers.

Quelques occupant.es de la ZAD

[Publié le lundi 15 janvier 2018 sur zad.nadir.org.]

Le Portugal à feu et à cran

À en croire nos plus brillants analystes, le Portugal sort la tête de l'eau après avoir subi les affres de l'austérité. Mais derrière les chiffres clinquants d'une croissance sur le retour se cache une tout autre réalité : celle d'une population abandonnée à son sort par les pouvoirs publics. Chronique d'un État qui se dévoie et d'un peuple portugais qui s'organise.

« L'improbable redressement », « la vigueur après la rigueur » ou encore « la résurrection économique du Portugal », exulte depuis plusieurs mois la presse française [1]. Depuis l'avènement fin 2015 d'une coalition de gauche au pouvoir [2], le pays serait en passe de tourner la page de l'austérité. L'augmentation du salaire minimum et la baisse des impôts sur le revenu auraient fait redémarrer l'économie. En tournant le dos au dogme libéral, le gouvernement de gauche plurielle est même devenu un objet d'adulation pour les médias français, qui n'hésitent plus à parler de « modèle portugais ».

Campagnes en feu

Par Emilie Seto. {JPEG}Et pourtant. Depuis cet été, c'est plus un sentiment de rage que de justice sociale que partagent les Portugais. En octobre, pour la deuxième fois en quatre mois, le pays a été frappé par les incendies les plus meurtriers de son histoire. En un été, plus de cent personnes auront trouvé la mort dans des feux de forêt. La cause de cette catastrophe ? Le vaste chantier de réduction des dépenses publiques mené par l'État portugais depuis cinq ans [3]. Après que la plantation de l'eucalyptus (un arbre très inflammable, mais à grande rentabilité économique) a été libéralisée en 2013 pour relancer une économie rurale en berne, le gouvernement de gauche a divisé par quatre les effectifs des services forestiers. De même, la coalition au pouvoir a dès 2016 privatisé la lutte anti-incendie aérienne et s'est refusée à financer une politique forestière publique, austérité oblige. Ces économies sur le dos de services publics essentiels dans un pays recouvert à plus d'un tiers par la forêt ont tellement exaspéré les Portugais que la ministre de l'Intérieur a été contrainte de démissionner le 18 octobre dernier. Mais que le populo des champs se rassure : le pays brûle, certes, mais le déficit public recule.

Villes à vendre

Malgré ses promesses, la coalition de gauche n'a toujours pas modifié la loi sur les locations de logements (Lei das rendas), mise en place par ses prédécesseurs de centre-droit. Cette loi autorise les propriétaires à signer des baux à très court terme et facilite l'expulsion des locataires de longue date. Elle a pour but d'inciter les proprios à louer aux touristes et d'attirer les fonds d'investissement pour qu'ils spéculent dans l'immobilier. Ces trois dernières années, la municipalité socialiste de Lisbonne a ainsi pu revendre une centaine d'immeubles d'habitation publics à des investisseurs sans scrupules qui les ont réhabilités en apparts haut de gamme. La frénésie immobilière, l'explosion des locations Airbnb et la gentrification sont telles qu'elles ont entraîné l'expulsion massive de dizaines de milliers d'habitants des quartiers populaires des centres-villes [4].

La gauche gouvernementale semble par ailleurs très bien s'accommoder des exonérations fiscales créées par la droite pour attirer les retraités européens [5] et les grandes fortunes étrangères investissant dans le pays, créant de facto un eldorado immobilier. Mais encore une fois, que le populo des villes se rassure : il ne peut plus se loger certes, mais l'investissement revient.

Entraide rurale & luttes de quartier

Face à l'incurie d'un État quasi inexistant aux yeux des Portugais, nombre d'entre eux renouent avec l'ajudada, une ancienne pratique rurale qui voyait une même communauté s'entraider en cas de gros labeur agricole ou de coup dur. En août 2016, après qu'un feu de forêt a ravagé plus de 400 voitures en marge du festival de danses traditionnelles Andanças, les autorités ont décidé fissa que personne n'était responsable du sinistre. Mais les automobilistes concernés ne se sont pas laissé faire. « On a vite compris qu'en coopérant tous ensemble, on pouvait trouver par nous-mêmes la meilleure solution possible », explique Rui, l'un des organisateurs du rassemblement. Une ajudada autogérée a alors été lancée par les victimes de l'incendie, avec caisse commune de solidarité, appui juridique, prêt de matériel et de véhicules [6].

Suite aux feux de forêt de cet été, de nombreux autres réseaux d'entraide dans l'esprit des ajudadas ont fleuri à travers le pays. À Viseu, les habitants ont ainsi organisé une caravane de solidarité de trente camionnettes, qui effectue depuis octobre la tournée des villages reculés les plus touchés par les flammes. Et dans les hauteurs de la Serra da Estrela, une caisse de soutien autonome pour acheter collectivement plusieurs tonnes de foin a été lancée à destination des paysans qui ont perdu leur récolte dans les incendies.

À Lisbonne, autour du quartier populaire de la Mouraria, seize familles se sont quant à elles auto-organisées face à leur propriétaire, qui voulait les expulser mi-2017. Après nombre de manifestations, de coups de pressions sur les élus et de sardinades solidaires, les locataires ont obtenu en août dernier la garantie qu'ils ne se feraient pas déloger. « La loi permet de m'expulser en toute légalité, je ne pouvais rien faire d'autre que m'accrocher et lutter pour mon quartier », résume une habitante. Enfin, depuis septembre dernier, une Assemblée d'occupation de Lisbonne squatte tout un immeuble appartenant à la municipalité. Alors qu'à une des fenêtres du bâtiment occupé flotte une banderole « En définitive, nous voulons tout », les squatteurs assurent : « Nous ne voulons pas seulement soustraire cette maison aux griffes de la spéculation, mais en faire un espace d'habitation utile à toutes et à tous. » Un autre modèle portugais, en somme.


[1] Respectivement, Les Échos (22 juin 2017), Libération (20 avril 2017) et Capital (19 septembre 2017).

[2] La coalition rassemble les socialistes, les communistes, les Verts et les anti-capitalistes du Bloco de Esquerda.

[3] Voir l'article « Y a le feu à l'austérité », publié dans le n° 156 de CQFD, juillet-août 2017.

[4] Voir « Lisbonne tremble encore », article publié dans CQFD n° 147, octobre 2016.

[5] En 2016, on estimait qu'environ 25 000 Français s'étaient installés au Portugal.

[6] Voir le site ajudadaandancas2016.

Associations, syndicats et partis politiques s'engagent pour l'avenir de la Zad

Pour la première fois, des organisations non gouvernementales, des associations et des syndicats qui œuvrent pour la défense de l'environnement s'associent avec des partis politiques et s'engagent publiquement pour un maintien de la « zone à défendre » (Zad) en cas d'abandon du projet d'aéroport Notre-Dame-des-Landes. D'autre part, un grand rassemblement est prévu le 10 février sur la Zad. Voici l'appel, ainsi que la vidéo « Je n'étais jamais venue sur la Zad ».
Photo : © ValK
Depuis presque cinquante (...)

- ça bouge ! / ,

Mathieu Gallet condamné à un an de prison avec sursis : mais que fait le « comité d'éthique » de Radio France ?

Ce lundi 15 janvier 2018 Le Monde nous apprend que « l'ancien président de l'Institut national de l'audiovisuel Mathieu Gallet a été condamné à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende, lundi 15 janvier. L'actuel président de Radio France était jugé pour “favoritisme”, soupçonné d'avoir commandé environ 400 000 euros de prestations à deux sociétés de conseil sans avoir respecté les règles des marchés publics, lorsqu'il présidait l'INA. »

Le président de Radio France condamné par la justice en première instance [1], on pourrait s'attendre à une prise de position du « comité d'éthique » de Radio France. Mais la conclusion de l'un de nos derniers articles montre que ce « comité » aura quelques difficultés à s'exprimer :

« Le point commun entre Jean-Robert Pitte, Noëlle Lenoir, Gilles Leclerc et Isabelle Giordano ? Ils n'ont pas leur place au “comité d'éthique” de Radio France compte-tenu de leurs parcours, activités et prises de positions. S'ils avaient une once… d'éthique, ils n'auraient jamais accepté d'être nommés dans ce comité. Et si les membres du conseil d'administration de Radio France [dont Matthieu Gallet] en avaient également, ils n'auraient pas eu l'indécence de nommer ces quatre “personnalités” au “comité d'éthique” de Radio France (comprenant, rappelons-le, cinq membres). »

Et s'il fallait encore démontrer à quel point la composition de ce comité est une pantalonnade, nous pourrions évoquer une information qui nous avait échappé lors de la rédaction de l'article consacré à Isabelle Giordano, alors que nous dressions la liste, déjà copieuse, de ses « ménages ». Il se trouve en effet, qu'Isabelle Giordano, membre du « comité d'éthique » de Radio France, est aussi membre du conseil d'administration de... la Fondation HSBC pour l'Education.

HSBC, cette multinationale de la banque, dont le Canard enchaîné du 10 janvier 2018 décrivait les efforts de « communication » pour neutraliser les éventuels effets de la diffusion sur Arte le 12 décembre dernier d'un documentaire titré de manière très évocatrice « Les gangsters de la finance » :

[Les] collaborateurs [d'HSBC] ont reçu, quatre jours avant la programmation du film, un vade-mecum des réponses à apporter aux clients trop curieux.

Fin 2017, HSBC a dû payer au fisc français une amende de 300 millions d'euros afin d'échapper aux poursuites pénales pour “blanchiment aggravé”. La banque avait soustrait 1,6 milliard d'euros à l'ISF en fournissant des comptes occultes aux clients français de sa filiale Private Bank, basée en Suisse.

Nous avons là une nouvelle illustration et une confirmation de l'absence d'indépendance d'Isabelle Giordano, en l'occurrence vis à vis d'une banque dont une filiale pratique la fraude fiscale à grande échelle : le budget 2018 de Radio France est de 596 millions d'euros et la somme (connue à ce jour) soustraite au fisc français par des clients français d'HSBC via les comptes occultes d'une filiale de la banque est de 1,6 milliards d'Euros. [2]

***

Les positions de Matthieu Gallet, Isabelle Giordano, Gilles Leclerc, Noëlle Lenoir et Jean-Robert Pitte seraient intenables s'ils avaient une once d'éthique : n'est-il pas indécent de voir des membres d'un « comité d'éthique » nommés par un conseil d'administration auquel appartient le président de Radio France condamné par la justice et n'ayant, pour quatre d'entre eux (sur cinq !) absolument aucune forme d'indépendance à l'égard des pouvoirs ?

Denis Souchon

PS : Le 12 octobre 2017, Jean-Robert Pitte, lui aussi membre éminent du « comité d'éthique » de Radio France était à l'affiche d'une fiesta du Rotary club de Sens pour y commenter « la célèbre phrase de Pasteur : “Le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons” avec « verre de l'amitié » à l'issue de la soirée… pris avec Matthieu Gallet et les membres du « comité d'éthique » de Radio France ? et à la santé des auditeurs et personnels de Radio France ?


[1] Il a interjeté appel du jugement.

[2] L'extrait suivant d'un article de L'AGEFI Hebdo du 21 décembre 2017 ne manque pas de piquant : « “Le mécénat de compétences constitue un excellent moyen de développer chez les collaborateurs des qualités d'agilité et d'ouverture d'esprit qui nous semblent essentielles pour s'adapter dans le monde dans lequel on vit. Il permet aussi à l'entreprise de concrétiser ses valeurs ”, ajoute Marine de Bazelaire, directrice du développement durable de HSBC. Via sa Fondation pour l'Education, la banque propose différents programmes de mécénat de compétences qui ont tous en commun d'être centrés sur le développement de l'employabilité des jeunes issus des quartiers défavorisés. »

Maraîchage, boulangeries, entraide : les vrais visages de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

Le gouvernement s'apprête à rendre une décision définitive sur le devenir du projet d'aéroport, tout en brandissant la menace d'une expulsion « quoi qu'il arrive » des occupants de la « Zone à défendre ». Sur place les activités quotidiennes se poursuivent, bien loin des fantasmes médiatiques alimentés par l'appareil sécuritaire. Une guérilla armée en plein bocage ? On y trouve bien plus d'installations agricoles, de boulangeries, d'auberges autogérées que de caches d'armes... ainsi qu'une gestion collective des (...)

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LA FRANCE PUE RADIO SHOW 16/01/2018

Playlist :

Coche Bomba (F) / I Object (US) / Lost Boys (F) / Hard-Ons (Australie) / Ratos de Porao (Brésil) / Marx Bros (Hollande) / Shitstorm (F) / Viimeinen Maailmansota (Finlande) / Big Boss (Russie) / Baraka Face Junta (Pologne) / Seb & the Rhaa Dicks (F) / Christdriver (US) / Dog Assassin (US) / Pobreza Mental (US) / Gulag (US) / Woodwork (F) / Milkilo (F) / Fingerprint (F) / Ivich (F) / Shaking Dolls (F) / Davy Jones Locker (F) / The Oi-Scouts (US) / A Moitié Vide (F) / Sek (Canada) / Disease (Macédoine) / Daudyflin (Islande) / Litovsk (F) / Excite Bike (US) / In Arcadia (F) / Lubricant (Singapour) / Kurraka (US) / Canidos (Mexique) / Satanarkist Attack (Portugal) / Deity Guns (F) / Silverfish (UK) / Deadguy (US) / Guilt (US) / Barbie Genocide (F) / Vomit Punx (US) / Vile Spirit (UK) / Tom Robinson & TV Smith (UK)

THE HARD-ONS (PIC : SARAH KIDD)

réveil

Orvault (44): saccage d’une agence immobilière

Dans un article payant du journal Ouest-France du 12 janvier 2018, on apprend que l’agence immobilière Î, située à Orvault, à côté de Nantes, a été saccagée au cours de la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 janvier. Après avoir défoncé une partie de la vitrine, un individu que flics et médias qualifient de « marginal » aurait pénétré à l’intérieur de l’agence et aurait laissé libre cours à ses pulsions destructrices, comme en atteste la photo ci-dessous. La directrice de l’agence se demande encore « comment une personne peut faire autant de dégâts toute seule ». Certainement en ayant suffisamment de rage au fond d’elle et en se débarrassant du flic dans sa tête, qui est présent en chacun de nous… On ignore si ce révolté anonyme a pu s’en sortir sans se faire identifier.

[Publié le 15 janvier 2018 sur Attaque.]

SPEEDBALL 12 : extrait de Lenté Chris / Seb.

Le talentueux et torturé Chris Lenté nous fait encore part d'une histoire glauque et poisseuse, co-écrit et co-dessiné avec son pote Seb de combo/combo.


Pour en voir plus, faut pécho le dernier Speedball !


The story of O.J. / Jay-Z

Light nigga, dark nigga, faux nigga, real nigga
Rich nigga, poor nigga, house nigga, field nigga
Still nigga, still nigga
I like that second one
Light nigga, dark nigga, faux nigga, real nigga
Rich nigga, poor nigga, house nigga, field nigga
Still nigga, still nigga

Grenoble: Denoyelle l’a clairement dit, les expulsions de squats sont nécessaires à leurs conventions d’occupation

Le dernier article sur les conventions de squats m’a fait me renseigner un peu plus et, au détour d’une vidéo de France 3, je suis tombé sur cette phrase de Denoyelle, le conseiller municipal en charge de l’action asociale, qui affirme clairement ceci quand aux prochains bâtiments qui pourraient être conventionnés :

« C’est très rare qu’on ait une liste. […] C’est toujours des opportunités. C’est la disponibilité d’un appartement, une évacuation d’un squat ou d’un bidonville. »

En gros, ce très cher monsieur annonce clairement ceci pour les mois qui viennent : ils vont évacuer des squats et des campements déjà en condition précaire, pour y reloger des pauvres qui ont un peu moins la niaque, à la condition qu’ils acceptent des conventions qui les placent dans des conditions plus précaires encore.

En bref, ils trient les pauvres comme ça les arrange : d’un côté ceux qui acceptent de redorer l’image de la mairie de Grenoble, et de l’autre ceux qui ont une action politique concrète et autonome sur leur milieu.

Merci la mairie de Grenoble pour cette forte politique de gauche ⸮

[Vidéo à télécharger ici. Article anonyme publié le 15 janvier 2018 sur Indymedia-Grenoble.]

Notre-Dame-des-Landes: tou-te-s sur la ZAD le samedi 10 février 2018, à 12h



Une collaboration entre des habitant-es de la ZAD, le réalisateur Léo Leibovici et l’actrice Lizzie Brochere, « Je n’étais jamais venue sur la ZAD » est un petit film qui nous invite à un voyage intime à travers le territoire libéré de la ZAD, à la recherche d’espoir en ces temps tourmentés. Ce film est aussi un appel à toutes et tous à venir à la grande mobilisation du 10 février 2018, pour enraciner l’avenir à Notre-Dame-des-Landes.

Appel du 10 février – Pour un avenir sans aéroport – Tous et toutes sur la ZAD – Rdv à 12h

Pourquoi converger massivement sur la ZAD le 10 février ? Depuis des décennies, les 1650ha de la ZAD sont menacés par un projet d’aéroport climaticide, destructeur de terres nourricières, de zone humides et de liens sociaux. En lieu et place de ce projet, des paysan.ne.s résistant.e.s ont continué de vivre sur leurs terres et de nouveaux.elles habitant.e.s sont arrivé.e.s dans les 10 dernières années. Il s’invente sur la ZAD des formes de vie, d’habitats et d’agriculture fondées sur le partage, la rencontre, le soin du vivant et des biens communs. Le 9 février, la « Déclaration d’Utilité Publique » du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes aura 10 ans. Si le gouvernement, à l’issue de la médiation nommée il y a 6 mois, décide enfin d’abandonner ce projet mortifère, le 9 février marquera la fin officielle de la Déclaration d’Utilité Publique. Nous serons alors heureux de célébrer la préservation de ce bocage, avec toutes celles et ceux qui ont accompagné cette longue histoire de lutte au cours des dernières décennies. Nous convergerons pour poser ensemble les prochains jalons de l’avenir de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Si le gouvernement décidait envers et contre tout de s’entêter, il nous faudrait alors être aussi fort nombreux.ses à réaffirmer notre volonté d’empêcher le démarrage des travaux et de toute expulsion sur la ZAD. Quelle que soit la position du gouvernement suite au rapport de la médiation, et en espérant le meilleur pour la suite, nous vous appelons donc à vous organiser dès aujourd’hui pour se retrouver sur la ZAD le 10 février et enraciner son avenir.

Pour plus d’infos : zad.nadir.org et acipa-ndl.fr

Pour des demandes de renseignements spécifiques sur le 10 février : 10fev18ndlzad@@@riseup.net

[Publié le 9 janvier 2018 sur Youtube.]

Panthère Première sort les crocs !

PNGCe 29 septembre, nous avions rendez‑vous avec une panthère. Mais pas n'importe laquelle ! Panthère Première : la toute nouvelle revue, fondée, animée et éditée par un collectif de quinze femmes et zéro mec (certains articles ou illustrations sont par contre signés par des hommes). Une partie de l'équipe avait fait le déplacement au café‑librairie Michèle Firk, à Montreuil, pour présenter cette nouvelle canarde. Pour partie, nous nous connaissons depuis des années. Certaines ont déjà œuvré dans les pages de CQFD ou avec nos amis des revues Jef Klak ou Z. Dans le public aussi, nous retrouvons des copains et copines de ce petit « milieu » de l'édition indépendante… Une ambiance presque familiale, avec tartines d'houmous maison, bière locale et bonne humeur.

Le collectif de Panthère Première revient de deux jours de réunion pour préparer le n°2. Ses membres disent qu'elles sont crevées, qu'elles n'ont rien préparé… Mais en vérité, nous sentons la joie d'être là et de présenter leur boulot : 100 pages d'articles et d'illustrations inédits, un an et demi de travail, un dossier « Quiproclash », trois graphistes, des heures de réunions et un horoscope. Le tout dans un format souple qui se range dans un sac pour se lire partout, se donner ou s'échanger. Simple, efficace, beau et agréable à lire. Bien joué !

« Une place à chacune »

Une première panthère brosse rapidement l'historique de la revue : « C'est en février 2016 qu'on a tenu la première réunion, mais ça faisait un moment qu'on y réfléchissait. À chaque fois qu'on se croisait, dans d'autres journaux ou entre amies, on se disait : ‘‘ On devrait vraiment la faire, cette revue en non-mixité éditoriale ! '' On est même allés plus loin, en étendant la non‑mixité aux tâches techniques (site internet, maquette), généralement plutôt dévolues ou réservées aux mecs. »

Une seconde panthère revient rapidement sur le partage généralement genré des tâches dans une rédaction, fut‑elle « indépendante » : les hommes écrivent et décident plus. Aux femmes, la mission de corriger, gérer, traduire. « Ça évolue un peu. Lentement. » Il s'agissait aussi de voir si une rédaction non mixte changeait effectivement les façons de travailler. Réponse d'une troisième panthère : « C'est le cas. On a les mêmes difficultés et engueulades, le même travail. Mais les façons d'y faire face diffèrent : on se parle plus. Non pas parce qu'on serait par essence plus douces et compréhensives, mais parce que nous partageons les mêmes oppressions de genre. Nous avons appris à donner une place à chacune. »

Modèle économique

Au final, Panthère Première est une revue généraliste qui ne fait pas que traiter des questions féministes. Mais qui traite ses sujets avec un regard féministe. Ses articles explorent en quoi la « sphère privée » renvoie en fait à des questions éminemment politiques. D'une expérience personnelle en hôpital psy à celle d'une femme racisée (article signé par l'excellente Mélusine [1] ) ou à la mécanique sentimentale hétéro…

Les membres du collectif expliquent aussi comment elles envisagent (ou espèrent) un modèle économique différent de ce qu'elles ont connu ailleurs –- « C'est fondamental ! » Avec ce semestriel vendu 8 € en librairie, elles payeront, même a minima, tous ceux et toutes celles qui participent, d'une manière ou d'une autre. Un vrai challenge ! Tout autant que leur concept de « revue école » : prendre le temps d'accompagner dans l'écriture d'articles des personnes qui n'en ont pas l'habitude.

Au final, une soirée riche d'informations, de rires, de curiosité et de débats. Et qui se conclut, comme cet article, sur une question du public : « D'où vient le titre ? » « Ben ça, c'est la question interdite, rigole une panthère. Mais c'est quand même plus classe que ‘‘ Poule seconde '', non ? »

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[1] A lire, son interview dans CQFD n°157 : « À la croisée du féminisme et de l'antiracisme ».

« #Meetoo et #balancetonporc s'apparentent à des techniques de sabotage féministe »

Qu'est-ce que l'autodéfense politique ? Dans quelles situations une action violente peut est-elle être considérée comme légitime pour se défendre face à une oppression ? Ce sont les questionnements ouverts par le travail d'Elsa Dorlin, professeure de philosophie à l'université Paris 8, dans son récent ouvrage Se défendre, une philosophie de la violence. De la lutte contre les pogroms aux actuelles luttes féministes, en passant par le mouvement des droits civiques, l'« autodéfense politique » des groupes (...)

- Résister / , , , , , , ,

De Haas-Lahaie : quand l’esprit Twitter rencontre la complexité

#BalanceTonPorc continue de faire l’actualité. De plus en plus violemment depuis que la tribune des 100 femmes du Monde a été publiée. Polémique. Scandale. Femmes contre femmes. Femmes Twittos contre « femmes du vieux monde » (selon […]

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