Une étude de Yale suggère des préjugés raciaux chez les enseignants du préscolaire – Yale study suggests racial bias among preschool teachers

Pourquoi les enfants noirs d’âge préscolaire en Amérique sont-ils plus de trois fois plus susceptibles d’être suspendus que leurs camarades de classe blancs ?

Peut-être parce que les enseignants sont plus susceptibles de s’attendre à ce que les jeunes enfants noirs – en particulier les jeunes garçons noirs – se conduisent mal, selon une nouvelle étude de Yale.

L’étude, menée par des chercheurs du Yale University Child Study Center, a demandé à plus de 130 enseignants du préscolaire de regarder des clips vidéo d’enfants dans les salles de classe. Les enseignants ont été invités à rechercher des signes de « comportement difficile ».

Les enfants dans les vidéos étaient des acteurs et les clips ne montraient en fait aucun comportement difficile. Mais les professeurs ne le savaient pas. Ils anticipaient des problèmes. Et pendant qu’ils scannaient les clips vidéo, à la recherche de signes de ce problème, ils passaient plus de temps à regarder des enfants noirs que des enfants blancs, selon l’équipement qui suivait leur regard.

Les enseignants ont passé encore plus de temps à regarder les garçons noirs.

C’est un signe que les enseignants s’attendent à des problèmes de la part des enfants noirs, et en particulier des garçons noirs, a déclaré Walter S. Gilliam, chercheur principal et professeur de psychologie de l’enfant à Yale. C’est une découverte qui montre à quel point les préjugés raciaux sont profondément enracinés, a-t-il dit, et à quel point les enseignants ont besoin de formation pour affronter et démêler les perceptions instinctives de leurs élèves – des perceptions qu’ils ne réalisent souvent même pas qu’ils ont.

«Les préjugés implicites ne commencent pas avec les hommes noirs et la police. Ils commencent par les enfants d’âge préscolaire noirs et leurs enseignants, sinon plus tôt », a-t-il déclaré, faisant référence aux multiples fusillades mortelles d’hommes noirs par la police qui ont donné lieu au mouvement Black Lives Matter et à un débat national sur le traitement réservé par les forces de l’ordre aux personnes de couleur. . « Le biais implicite est comme le vent : vous ne pouvez pas le voir, mais vous pouvez certainement voir ses effets. »

Les enfants noirs représentaient 19 % de tous les élèves du préscolaire en 2013-2014, mais ils représentaient 47 % de ceux qui ont été suspendus, selon les données fédérales sur les droits civils.

Cinq chiffres révélateurs du dernier vidage de données sur les droits civils du département américain de l’éducation

L’étude a également demandé aux enseignants d’effectuer une deuxième tâche : lire une vignette sur un élève qui se conduit mal en classe, puis évaluer la gravité de la mauvaise conduite et décider si la mauvaise conduite justifiait une suspension, une expulsion ou ni l’une ni l’autre.

Les chercheurs ont dit à certains des enseignants que le nom de l’enfant était DeShawn ou Latoya, des noms noirs stéréotypés ; d’autres ont entendu dire que l’enfant s’appelait Jake ou Emily, des noms blancs stéréotypés. Encore une fois, les chercheurs ont constaté que les réponses des enseignants différaient selon la race : les enseignants blancs étaient plus indulgents envers les enfants qu’ils percevaient comme noirs, tandis que les enseignants noirs étaient plus durs.

Les enseignants n’ont pas été invités à expliquer leurs notes. Mais les chercheurs ont déclaré que les différences raciales dans leur réponse sont cohérentes avec la théorie selon laquelle les enseignants blancs considèrent les enfants d’âge préscolaire noirs comme plus susceptibles de mal se conduire, de sorte qu’ils ne voient pas la mauvaise conduite d’un enfant noir comme grave.

Certains enseignants ont reçu des informations générales sur la vie familiale difficile de l’enfant, afin de tester si ces informations supplémentaires pourraient susciter une réponse plus empathique. L’empathie n’est apparue que lorsque l’enseignant et l’enfant partageaient la même race, selon l’étude.

Linda K. Smith, qui coordonne la politique de Head Start au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux de l’administration Obama, a déclaré que l’étude offrait un message dur mais important pour le domaine de l’éducation de la petite enfance, étant donné ses racines dans la justice sociale et la notion que tous les enfants ont un grand potentiel.

Un seul des 135 enseignants impliqués dans l’étude a demandé à retirer ses données après avoir appris le véritable objectif de la recherche. Smith a déclaré que c’est un signe que les éducateurs de la petite enfance sont engagés dans la tâche inconfortable de faire face à leurs propres préjugés.

« C’est quelque chose que nous ne voulions probablement pas tous entendre, mais nous devions savoir », a-t-elle déclaré.

L’étude a été financée par le W.K. Kellogg Foundation et devrait être publié mercredi lors d’une réunion des administrateurs de Head Start de l’État.

Why are black preschoolers in America more than three times as likely to be suspended than their white classmates?

Perhaps because teachers are more likely to expect young black children — especially young black boys — to misbehave, according to a new Yale study.

The study, conducted by researchers at the Yale University Child Study Center, asked more than 130 preschool teachers to watch video clips of children in classrooms. The teachers were told to look for signs of “challenging behavior.”

The children in the videos were actors, and the clips did not actually show any challenging behaviors. But the teachers didn’t know that. They were anticipating trouble. And as they scanned the video clips, looking for signs of that trouble, they spent more time looking at black children than white children, according to equipment that tracked their gaze.

The teachers spent even longer looking at black boys.

That’s a sign that teachers expect problems from black children, and especially black boys, said lead researcher and Yale child psychology professor Walter S. Gilliam. It’s a finding that shows how deeply rooted racial biases are, he said, and how badly teachers need training to confront and unravel the knee-jerk perceptions of their students — perceptions they often don’t even realize they have.

“Implicit biases do not begin with black men and police. They begin with black preschoolers and their teachers, if not earlier,” he said, referring to the multiple fatal shootings of black men by police that have given rise to the Black Lives Matter movement and a national debate about law enforcement’s treatment of people of color. “Implicit bias is like the wind: You can’t see it, but you can sure see its effects.”

Black children accounted for 19 percent of all preschool students in 2013-2014, but they made up 47 percent of those who received suspensions, according to federal civil rights data.

Five eye-opening figures from the U.S. Education Department’s latest civil rights data dump

The study also asked teachers to complete a second task: Read a vignette about a student misbehaving in class, then rate the severity of misbehavior and decide whether the misbehavior warranted suspension, expulsion or neither.

Researchers told some of the teachers that the child’s name was DeShawn or Latoya, stereotypical black names; others heard that the child’s name was Jake or Emily, stereotypical white names. Again, researchers found that teachers’ responses differed by race: White teachers were more lenient on children they perceived as black, while black teachers were harsher.

Teachers weren’t asked to explain their ratings. But researchers said that the racial differences in their response are consistent with the theory that white teachers see black preschoolers as more likely to misbehave, so they don’t see a black child’s misbehavior as severe.

Some teachers received background information about the child’s difficult family life, to test whether such additional information might spur a more empathetic response. The empathy kicked in only when the teacher and the child shared the same race, the study found.

Linda K. Smith, who coordinates policy for Head Start in the Obama administration’s Department of Health and Human Services, said that the study offered a tough but important message for the field of early childhood education, given its roots in social justice and the notion that all children have great potential.

Only one of the 135 teachers involved in the study asked to withdraw her data after learning the real purpose of the research. Smith said that is a sign that early childhood educators are committed to the uncomfortable job of facing their own biases.

“It’s something probably we all didn’t want to hear, but we needed to know,” she said.

The study was funded by the W.K. Kellogg Foundation and is expected to be released Wednesday at a meeting of state Head Start administrators.

violence policiere raciste

Dans cette émission on parle de violence policière raciste.
On vous fait écouter une montage qui est faites suite a une itw avec Malika Benmouna. La mère de Mohamed Benmouna, qui est mort en garde à vue a Firminy en 2009.
Et qui a montée le commitée "Justice pour Mohamed Benmouna".
Elle nous raconte ce que se passer en 2009 jusqu' a maintenant.
Le deuil, l'injustice, la colère, la lutte, le commitée...
L'hommage pour Mohamed a eu lieu le 6 juillet 2022 a Saint Étienne !
Plus des infos vous trouvez sur la page Facebook de "Justice pour Mohamed Benmouna".

#SalePute

Loin d’être un phénomène isolé, le cyberharcèlement touche en majorité les femmes. Une enquête édifiante sur ce déferlement de haine virtuelle, aux conséquences bien réelles. Avec le témoignage d’une dizaine de femmes, de tous profils et de tous pays, et de spécialistes de la question, qui en décryptent les dimensions sociologiques, juridiques et sociétales. Les femmes sont vingt-sept fois plus susceptibles que les hommes d’être harcelées via Internet et les réseaux sociaux. Ce constat, dressé par l’European Women’s Lobby en 2017, prouve que les cyberviolences envers les femmes ne sont pas une addition d’actes isolés, mais un fléau systémique. Plusieurs études sociologiques ont montré qu’il était, en majorité, le fait d’hommes, qui, contrairement aux idées reçues, appartiendraient à des milieux plutôt socio-économiques plutôt favorisés. Se sentant protégés par le caractère virtuel de leurs actions, les auteurs de ces violences s’organisent et mènent parfois des « raids numériques », ou harcèlement en meute, aux conséquences, à la fois personnelles et professionnelles, terribles pour les victimes. Celles-ci, lorsqu’elles portent plainte, n’obtiennent que rarement justice puisqu’elles font face à une administration peu formée sur le sujet, à une législation inadaptée et à une jurisprudence quasi inexistante. Les plates-formes numériques, quant à elles, sont encore très peu régulées et luttent insuffisamment contre le harcèlement. Pour Anna-Lena von Hodenberg, directrice d’une association allemande d’aide aux victimes de cyberharcèlement, le phénomène est une menace directe à la démocratie : « Si nous continuons de tolérer que beaucoup de voix se fassent écarter de cet espace public [Internet, NDLR] et disparaissent, alors nous n’aurons plus de débat démocratique, il ne restera plus que les gens qui crient le plus fort ».

« Not all men »

Yzé Voluptée est travailleuse du sexe. Elle est à la fois escort, camgirl, réalisatrice et performeuse porno-féministe. Elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses réflexions et ses coups de gueule. La réalité d'Yzé n'est pas celle des personnes exploitées par les réseaux de traite ou contraintes par d'autres à se prostituer. Son activité est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique.

Illustration de Nijelle Botainne

Quand j'ai débuté dans le métier, je refusais tout ce qui avait plus de 55 ans. Beaucoup de mes collègues avaient pourtant l'air de trouver ça rassurant : les vieux, ça fait moins peur. On peut les imaginer frêles, lents, cardiaques et impuissants.

Moi, je me souviendrai toute ma vie de ma première tentative d'escorting, dans un bar à hôtesses, du haut de mes 18 piges. Je revois encore ce type dans le miroir, sa main sur ma cuisse, me murmurer à l'oreille : « Hum… Tu pourrais être ma fille. » J'ai prétexté un besoin pressant, je suis allée vomir dans les toilettes, et suis partie sans même demander ma misérable paie de la soirée. Exit le travail du sexe (TDS) pendant dix ans.

***

Quand j'ai remis le pied à l'étrier, j'avais une décennie de féminisme vénère derrière moi : je me sentais solide, déterminé·e1, et prêt·e à affronter la masculinité2 sous toutes ses formes. Avec la pratique, j'ai constaté que peu m'importait l'esthétique, ou presque. Mais les tempes grisonnantes de certains clients me donnaient toujours la nausée, quand ça ne me mettait tout simplement pas dans une colère noire qu'il m'aura fallu du temps à décortiquer.

Certes, la vieillesse des corps me terrifie. Moi qui jouis du privilège de jouer dans la catégorie des « beaux », je savoure pour quelques années encore celui de faire partie des jeunes. Mais la quarantaine approche. Un jour pas si lointain, je connaîtrai à mon tour le rejet, le dégoût, la solitude et la misère sexuelle qui sont le lot d'une grande partie des femmes dans notre société tétanisée par la mort.

Et justement, ça, aux hommes, je ne le leur pardonne pas. Les vieilles putes, ils n'en veulent pas. Le patriarche veut se vautrer dans nos chairs fraîches jusqu'à sa dernière goutte de sperme. Même grabataire, il continue de régner sur le monde en distribuant les bons points.

Les vieux prolos suscitent au moins chez moi une certaine solidarité de classe qui transcende ma misandrie, avec leurs poumons fatigués et leurs pieds diabétiques. Les riches retraités débordants d'entrain et de vitalité me font grincer des dents. À ceux-là, je ne donne que le strict minimum, et je ne leur fais pas l'honneur d'être de mes habitués.

***

Mais elle a bon dos, la guerre des classes. Mon féminisme matérialiste n'explique pas tout. Il y a derrière ma colère viscérale un malaise bien plus profond. Client ou pas, l'œil concupiscent d'un « homme mûr » sur mon entrejambe me ramène à la violence brute du tabou ultime. On dit qu'un môme sur cinq – une fille sur cinq, plus précisément, et un garçon sur treize –, subit des violences sexuelles durant l'enfance3. Je n'ai plus 12 ans mais je me souviens de tous ces mecs qui se laissaient faussement berner par mon franc-parler et mes seins lourds d'ado complexée. À certains j'ai donné de bon cœur, là où d'autres se sont servis sans mesurer ce qu'ils m'ont pris. Il a fallu qu'un jour l'un d'entre eux me dise : « Non, je ne peux pas coucher avec toi, tu as l'âge d'être ma petite sœur », pour que je réalise que quelque chose ne tournait pas rond. Fallait-il être aveugle pour me croire quand j'annonçais 17 ans ? Fallait-il vouloir me baiser à tout prix pour se laisser convaincre par mon petit numéro de séduction ? J'ai vite compris que le seul jeu qu'on me laisserait jouer, c'était celui de la bonne meuf.

***

Aucun n'était fou. Aucun ne m'a mis un flingue contre la tempe. Chacun a pris ce qui lui revenait de droit sans se poser de questions. Peut-on vraiment parler de consentement, quand on ne mesure ni l'inégalité des rapports de pouvoir, ni la possibilité de dire non, ni les conséquences à long terme ? Je ne me suis jamais débattue. Je suis même allée les chercher, plus d'une fois. Ça marchait. Ça me donnait une place. Je me sentais exister. Et ainsi, être désirée est devenu une des colonnes vertébrales de mes schémas affectifs.

C'est étrange, parce qu'aucun de ces hommes-là n'était vieux. Ils avaient tout au plus la trentaine. Mais dans ma tête d'enfant, des liens terribles se sont tissés. J'ai fini par intégrer que tous les hommes, quel que soit leur âge, pouvaient me sexualiser. Que je n'étais à l'abri nulle part, pas même dans les bras de mon père, ou de mon grand-père. Aucun d'eux n'a jamais eu le moindre geste sexualisé envers moi. Mais ils étaient des hommes.

Yzé Voluptée

***

Précédentes "Putain de chroniques" :
#1 : « Je ne suis pas la pute que vous croyez »
#2 : « Sale pute ! »
#3 : « Hommage à nos clandestinités »
#4 : Thérapute
#5 : Pornoscopie
#6 : Si même les féministes
#7 : Aimer une putain


1 NDLR : Yzé Voluptée ne se considère pas comme une femme cisgenre. Il / elle se genre tantôt au féminin, tantôt au masculin.

2 Je parle ici de la masculinité cisgenre et hétérosexuelle, à savoir celle des hommes qui se reconnaissent dans le genre qu'on leur a attribué à la naissance.

3 Lire à ce sujet le « Rapport de situation 2014 sur la prévention de la violence dans le monde » de l'Organisation mondiale de la santé.

« La patiente se lamente : “J'ai faim, j'ai faim” »

Les personnes en souffrance psychique n'ont pas été épargnées par la Seconde Guerre mondiale. En France, entre 1940 et 1944, le gouvernement de Vichy a littéralement laissé crever de faim 45 000 « aliéné·es », dans l'indifférence générale. Le documentaire La Faim des fous (2018), de Franck Seuret, lève le voile sur cet épisode honteux de l'histoire, permettant à certains descendants de briser le silence. Un seul lieu échappe à cette hécatombe : à l'asile de Saint-Alban, en Lozère, on ne meurt pas de faim. On y invente même une autre façon de faire de la psychiatrie, que documente Les Heures heureuses (2019), de la réalisatrice Martine Deyres.

Illustration de Baptiste Alchourroun

Sous l'Occupation, partout en France, la crise alimentaire fait rage. Pour ne rien arranger, Pétain et son gouvernement inféodé à l'occupant nazi pillent des terres, réquisitionnent certains troupeaux, affamant de fait la population. En 1940 est mise en place une carte de rationnement qui garantit 1 200 à 1 800 calories par jour et par personne au lieu des 2 400 recommandées pour tenir le coup. Les malades mentaux, enfermés entre les quatre murs de l'asile, ne peuvent compléter cette maigre ration avec des aliments trouvés sur le marché noir. Résultat : on y crève de faim et le taux de mortalité s'affole. En 1942, au plus fort de la guerre, il atteint 25 % voire 38 % dans certains hôpitaux contre 6 % à 9 % en temps normal. « À l'époque, quand on rentrait à l'asile, on savait qu'on en sortirait plus », rappelle Coty Clin, directrice du musée d'histoire de la psychiatrie de Clermont (Oise), dans le documentaire La Faim des fous de Franck Seuret1. Devant cette hécatombe, des psychiatres réclament dès 1941 des compléments alimentaires. Mais Vichy refuse d'octroyer ce supplément et continue d'affamer ces patients jugés sans intérêt. En octobre 1942, le gouvernement cède. La courbe de mortalité s'inverse.

« Des morts-vivants »

« À travers le dossier de ma grand-mère, il y aura le dossier de toutes ces personnes qui n'auraient jamais dû mourir », estime Isabelle Gautier, figure centrale du film. Sa grand-mère, Hélène Guerrier est morte de cachexie2 à l'hôpital de Clermont en juin 1942, trois ans après son internement. Placée en famille d'accueil dès son plus jeune âge, elle devient la domestique de grands bourgeois. Quand la guerre éclate, elle prend la route de l'exil, seule avec ses quatre enfants sur les bras. Traumatisée, elle se fait interner par sa fille – la mère d'Isabelle Gautier. « Une chape de plomb énorme pesait sur cet épisode de la vie de famille », explique Isabelle qui décide de mener l'enquête pour comprendre la trajectoire de sa grand-mère. On la suit, épluchant son dossier dans les archives de l'asile de Clermont : « Toujours énervée à la distribution de pain. Réclame une part plus grande. Se lamente :“J'ai faim, j'ai faim”. » Les comptes rendus font froid dans le dos.

Certains des patients ne pesaient plus que 35 kilos. « Ils n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes », déplore Coty Clin, présentant une des rares photos de l'époque, prise en 1945. Rassemblés dans un pavillon de l'hôpital, une dizaine de malades, à la maigreur morbide, le regard absent, rappellent de façon saisissante les portraits des prisonniers des camps de concentration. « Ces gens étaient des morts-vivants. Dans l'hôpital, tout le monde avait honte », explique Françoise Beaudoin, fille du médecin-chef de l'hôpital de Maréville (Meurthe-et-Moselle), âgée de 6 ans à l'époque. Émue aux larmes, elle raconte qu'un patient, aussi jardinier de la structure, lui a un jour montré sa ration quotidienne. En guise de repas : « un croûton nauséabond à la betterave, rempli d'un magma visqueux ».

L'historienne Isabelle von Bueltzingsloewen, auteure de L'Hécatombe des fous3, rappelle par ailleurs que les idées eugénistes sont largement répandues en Occident dans l'entre-deux-guerres. Dès la fin du XIXe siècle, aux USA certains États ont mis en place la stérilisation des populations marginales (fous, Noirs, miséreux…). Sous le nazisme, les mêmes théories aboutiront à l'extermination de plus de 300 000 malades mentaux. Concernant le sort réservé à ces malades en France, le psychiatre Max Lafont parle d'extermination douce4 : une indifférence, un abandon, une privation absolue qui ont causé la mort d'environ 45 000 personnes.

Mais au même moment, à l'asile de Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère), la réalité est tout autre...

Opposer l'humanité à la barbarie

« Ici, on n'attachait pas les malades », introduit Martine Deyres, la réalisatrice du documentaire Les Heures heureuses5, en pleine discussion avec d'anciens infirmiers de l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban. Dans cet asile s'est inventé une nouvelle forme de soin qui a préservé les malades de la faim durant la Seconde Guerre mondiale. Patients, résistants, poètes et philosophes en exil s'y côtoient et fondent, sous l'impulsion du psychiatre catalan François Tosquelles (1912-1994), les bases de ce qu'on appellera la psychothérapie institutionnelle. On découvre sur les bobines tournées par le personnel et retrouvées par la réalisatrice, le quotidien de cet hôpital hors norme.

En 1940, l'hôpital de Saint-Alban compte 540 malades sous la direction du médecin Paul Balvet. Héritier d'une tradition occitane de psychothérapie moderne, Balvet extrait Tosquelles du camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne), où il est retenu après avoir fui l'Espagne franquiste6 et dans lequel il a entamé un travail psychiatrique avec les autres prisonniers. Balvet l'invite à travailler à Saint-Alban.

Parmi les méthodes révolutionnaires expérimentées par Tosquelles à Saint-Alban figure l'ergothérapie : le soin par la mise en place d'activités afin de préserver l'autonomie des personnes. « Tous partaient le matin dans les ateliers pour travailler, faire des activités, rappelle un infirmier. Ceux qui ne pouvaient pas sortir des pavillons faisaient le ménage. » Pour survivre à la guerre et à la crise alimentaire, il est alors vital d'abattre les murs de l'asile et de construire des liens avec le village : « Ici, on n'utilise pas les malades pour faire la guerre mais pour participer au marché noir », explique Tosquelles. Les infirmiers accompagnent les patients en forêt pour chercher des champignons quand d'autres partent en quête d'œufs, de lait et de viande à la ferme. Les malades sont aussi amenés à servir le repas aux juifs et aux militants qui trouvent refuge à Saint-Alban. « Soignés et soignants font œuvre thérapeutique en bossant ensemble. Sous l'Occupation, utiliser le travail thérapeutique en faisant travailler la terre est à la fois une résistance à la famine et une invention », rappelle Lucien Bonnafé qui prendra la direction de l'hôpital en janvier 1943.

Durant ces années de guerre, l'hôpital voit aussi naître un club des malades, un bar-bibliothèque et une école professionnelle d'infirmiers en psychiatrie. On y monte également le journal Trait d'union, instrument de la vie collective et passerelle entre les patients des différents pavillons, mais aussi entre soignants et patients. On organise des veillées chaque semaine, ainsi que des fêtes votives délirantes, ouvertes sur le village. Et on fomente la révolution de la psychiatrie, le soir, au sein de la Société du Gévaudan où médecins et soignants repensent l'aliénation sociale et l'aliénation mentale. C'est ici qu'ils posent les bases de ce qui deviendra la psychothérapie institutionnelle afin de soigner l'hôpital et réinventer la psychiatrie. À Saint-Alban, il n'y a alors plus de distinction entre le soin et la vie.

À l'heure où la psychiatrie s'effondre, où le recours à la contention et à l'isolement se généralisent et où l'accès aux soins devient de plus en plus inégalitaire, il est important de rappeler qu'à une époque pas si lointaine, dans des circonstances autrement plus dramatiques, on a envisagé le soin d'une façon plus humaine et révolutionnaire. Et tandis qu'on marginalise sans cesse davantage les plus fragiles et les moins productifs, il devient urgent d'y opposer le puissant leitmotiv de Lucien Bonnafé : « Singularité  ! Solidarité  ! »

Cécile Kiefer

1 Visible gratuitement sur Internet, notamment sur YouTube

2 Affaiblissement de l'organisme provoqué par une dénutrition très importante.

3 Sous-titré La Famine dans les hôpitaux psychiatriques sous l'Occupation, Flammarion, coll. « Champs Histoire », 2009.

4 L'Extermination douce, Le Bord de l'eau, 2000.

5 Sorti en avril dernier et encore visible dans quelques cinémas.

6 Tosquelles était notamment membre du Poum (Parti ouvrier d'unification marxiste), le parti communiste antistalinien.

La voix d'un prolétaire colonisé

En pleine guerre d'Algérie, Ahmed, ouvrier algérien rebelle, « raconte sa vie » dans la revue marxiste Socialisme ou barbarie. Les éditions Niet ! rééditent son témoignage, qui remet en perspective la dimension socio-économique de la lutte indépendantiste.

Soixante ans après l'indépendance de l'Algérie, son histoire est aplatie à l'intérieur de la grande épopée mondiale de la décolonisation. D'une multiplicité de destins n'émergent globalement que deux prismes de lecture : d'un côté, le colonisateur européen qui s'empare de territoires, opprime les populations et exploite cyniquement les ressources ; de l'autre, des peuples qui paient de leur sang le prix de la liberté. À l'intérieur de ce schéma, la société algérienne est plus complexe : aucune autre colonie n'a été aussi « intégrée » à sa métropole, tandis que sur place les Européens représentent plus de 10 % de la population. Publié en 1959-60 dans la revue marxiste antistalinienne Socialisme ou barbarie sous le titre « Un Algérien raconte sa vie », réédité en mai chez Niet ! sous la forme d'un petit livre sous-titré « Tribulations d'un prolétaire à la veille de l'indépendance », le témoignage d'Ahmed redonne chair à la condition des dominés de l'Algérie coloniale.

Les origines d'Ahmed ne sont pas les plus confortables, mais lui fournissent un sacré poste d'observation. Son père meurt quand il est bébé et sa mère doit retourner dans sa famille, issue de la bourgeoisie locale, qui la maltraite. Alors que ses cousins, la raie sur le côté, vont à l'école, Ahmed, on l'y envoie à peine : ce grand écart social est le tissu qui fait les révolutionnaires. Tout gosse, il en chie, est envoyé trimer chez des artisans qui le roulent et lui mettent sur la gueule ; presque aussi vite, il se rebiffe. À 13 ou 14 ans, il arrête sa main au moment où elle va foutre un grand coup de marteau sur la nuque de son patron. Plus aguerri, il sabote méthodiquement la production chez ses employeurs véreux. Cet instinct de révolte, on ne sait jamais exactement d'où il vient, mais il confère au témoignage d'Ahmed son côté explosif, affûté, transversal.

Racisme à la papa

L'Algérie de sa jeunesse, dans les années 1930-1940 – et qui survit surtout, dans l'imaginaire collectif, par les récits des pieds-noirs, aux premiers rangs desquels Albert Camus – est un monde contrasté. Ahmed rapporte des récits écœurants de petits cireurs escroqués par des Européens, de minots qui fraudent le tramway et dont un Français s'amuse à balancer le béret sur les rails… Celui qui râle finit en garde à vue, c'est la routine, même à 11 ans. Mais le racisme n'est pas seul en jeu. Au bal, les « Arabes corrompus », les riches qui collaborent avec le colonisateur, tirent leur épingle du jeu. La différence ethno-religieuse est le faux nez de la domination sociale. Une « donnée cruciale du système colonial », explique la postface, est « sa capacité à s'appuyer sur (ou à reconfigurer) des modes de domination qui lui préexistent ».

En 1945, las de la passivité de ses camarades exploités dans des boulots subalternes, Ahmed débarque en France. Le tableau n'est pas joli-joli. Bien avant la guerre d'Algérie, le racisme est partout. Ahmed, dont « [la] physionomie ne montre pas qu'[il est] algérien », a ses entrées dans tous les bars : ce qu'il y entend, c'est un racisme à la papa, ouvert, injurieux, gratuit, méchant, systématique. Quand, avec sa femme (française) et leur bébé, il veut prendre l'avion pour le bled, on le fait attendre toute la journée qu'il y ait assez d'Arabes pour remplir un vol.

Luttes sociales & luttes nationales

Ahmed traverse les combats politiques comme sa vie de travailleur : le regard aiguisé, saisissant tout de suite les failles, empoignant toutes les opportunités. Encore en Algérie, il est proche du Parti communiste, le seul à s'agiter en défense des prolétaires. Mais les militants européens, ultra majoritaires, se foutent pas mal de ce que subissent les Arabes. La lutte nationaliste, c'est le constat quotidien de l'injustice qui l'y conduit. S'il sympathise, c'est, là encore, de l'extérieur. La répression sanglante des manifestations de mai 1945 – le « massacre de Sétif », avec ses 15 000 à 30 000 morts – lui inspire cette réflexion : « La plus belle connerie qu'ils ont faite, c'est d'oublier que malgré cette population qu'ils avaient massacrée, il y avait encore les enfants. » Des témoins innocents des exactions, qui grandiront dans le souvenir et la haine.

Pour Socialisme ou barbarie, le témoignage d'Ahmed permet de mettre en perspective luttes sociales et luttes nationales. Côté français, des ouvriers « nationalisés » par le Parti communiste, shootés à la haine du boche. Côté algérien, dit la postface, « une communauté dont les antagonismes en gestation excèdent les énoncés unificateurs imposés par le FLN » – l'arnaque aura duré jusqu'au Hirak. De part et d'autre de la Méditerranée, les constructions nationales balaient artificiellement la réalité de la conflictualité sociale. Reste à le faire comprendre à ceux qui commémorent ces jours-ci le souvenir de l'Algérie coloniale – de ses injustices et de ses crimes.

Laurent Perez

Bonne ambiance

Un dessin de STPO

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 26/07/2022

Due to electrical problems at radio station, we’re back at « confinement » home studios with special guest « Guena » from Brittany.

En raison de problèmes électriques à Radio Dio, retour (temporaire) aux studios d.i.y. « spécial confinement » avec Guéna de Bretagne en invité spécial.

0 / COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/Enola Gay (1995)

1/ ADRENOCHROME (Oakland, US) « The Knife » from « Flexi Series #2 » (2021)

2/ VANILLA BLUE (Saint-Etienne, France) « Call my Name » from « Dark Cities » LP (2021)

3/ NAUSEA (New York, US) « Sacrifice » from « Extinction » LP (1990)

4/ SKITSYSTEM (Gothenburg, Suède) « Skrivet I Blod, Ristat i Sten » from « Gra Värld / Svarta Tankar » LP (1999)

5/ TRIST (Liège, Belgique) « M.Comédie (Trust) » from « Live @ La Zone » (1999)

6/ DEAF CHONKY (Tel Aviv, Israël) « Cut Loose (How do you do) from « Harsh » LP (2020)

7/ BOMBARDEMENT (Bordeaux, France) « Blood. Cash. Self-Destruction » from « s/t » EP (2020)

8/ SPOTS (Odolena Voda/Praha, Rép. Tchèque) « Thérapie Sokem » from split LP w/Interpunkce (2019)

9/ INTERPUNKCE (Praha, Rép. Tchèque) « Bod Zlomu » from split LP w/Spots (2019)

10+11/ GRIPE (Santiago, Chili) « Acción Patetica » + « Relacion Electrica » from « Como Acabar Contigo Mismo » EP (2022)

12+13/ ZIKIN (Lekeitio, Espagne) « Zementua Armosaten » + « Kakatzan Atrapata » from « Zementua Armosaten » EP (2022)

14+15/ KOBRA (Milano, Italie) « No Futuro » + « Incubo » from « Confusione » LP (2020)

16/ THE CONSCRIPTS (Montreal, Canada) « Empatia » from « Empatia » Flexi EP (2020)

17/ RIISTETYT (Tampere, Finlande) « Alkää Luottako » from « Valtion Vankina » LP (1982)

18/ FROM ASHES RISE (Portland, US) « The Final Goodbye » from « Nightmares » LP (2003)

19/ EKKAIA (A Coruna, Espagne) « Dos Mundos » from « Discography » 3xLP (2022)

20/ ESCONDER MICARA (Espagne) « Paginas Supremas » from split 10 » w/Ire (2021)

21/ EVE OF THE SCREAM (Liverpool,UK) « Control » from « Control » LP (1989)

22/ PERMACULTURE (Boston, US) « They Advance » from « They Advance » EP (2014)

23/ BLACK PANDA (A Coruna, Espagne) « Lord Humungus » from « Viaje a la Lona » LP (2022)

24/ PERSONA NON DATA (Groningen, Hollande) « Unkind Mankind » from « Demo » (2017)

25/ BLACKxBÉRUS (Rennes, France) « Baston » from « 1983 » LP (2021)

26/ PERM 36 « Rouen, France » « Rouen » from « L’Enfer du Décor » CD (2020)

27/ SEDITION (Glasgow, Écosse) « Ride On » from « Discography Circa 89/92 » 2xLP (2022)

28/ BRAIN ANGUISH (Écosse) « Fluent in Misogyny » from split w/Abrazos (2021)

29/ MOB 47 (Stockholm; Suède) « Stop the Slaughter » from « Garanterat Mangel » LP (1998)

30/ ENDROPHOBIA (Stuttgart, Allemagne) « Alptraum » from « s/t » LP (1998)

31/ THEMA 11 (Hradec Kralove, Rép.Tchèque) « Dixieland Comet » from « Choose your Beast DCLXVI» LP (2003)

32/ ERRATUM (Saint-Etienne, France) « Style Genre Quoi » from « s/t » LP (2021)

33/ THE DAMNED (London, UK) « Love Song » from « Machine Gun Etiquette » LP (1979)

34/ ET ON TUERA TOUS LES AFFREUX (Caen, France) « Ce corps c’est moi » from « Mange tes Morts » LP (2021)

35/ ILLEGAL CORPSE (Nancy, France) « Toxic Wave » from « Riding another toxic wave » LP (2021)

36+37/ PÄNIKA (Wroclaw, Pologne) « Wear your own fur, asshole » + « Fuck your categories » from « s/t » EP (2022)

38/ CHINA WHITE (St-Petersburg, Russie) « Knew Her » from « Turbo Gum Insert » LP (2022)

DEAF CHONKY

« Il faut voir ça avec notre cher président ! »

Nouvel épisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) public.

Une note de service annonce la date de la réunion pour les agentes des services hospitaliers (ASH), réclamée depuis deux mois. Principal sujet de mécontentement, le décalage de l'horaire du dîner des résident·es. Il était servi à partir de 18 heures dans les étages, du jour au lendemain on nous demande de le repousser d'une demi-heure. En salle, ça démarrait vers 18 h 45 ; maintenant, la consigne est d'attaquer à 19 heures et pas avant. Visiblement, l'Agence régionale de santé (ARS) a estimé que la durée entre le dîner et le petit-déjeuner était trop longue. Et comme il manque du personnel, on nous demande aussi de descendre de nos étages pour assurer le service en salle. Pour nous, c'est la galère : la fin de service se fait au sprint.

En voyant cette note de service, Fatiha a les larmes aux yeux : « Enfin on nous entend  ! » Elle trouve que les ASH sont les oubliées de l'Ehpad. « Il n'y en a que pour les aides-soignantes (AS)  ! » Elle est titulaire au troisième, l'étage le plus dur. Qu'on soit du matin ou de l'après-midi, il y a quinze chambres à faire, trente quand on se tape la journée de douze heures, un week-end sur deux. À un moment il y a eu des renforts, mais ça n'a pas duré. Le soir, vingt personnes mangent à cet étage. À cause de ce décalage d'une demi-heure, il faut laisser en plan la plonge, descendre en courant faire le service dans la grande salle à manger et remonter pour terminer la vaisselle et le nettoyage. Forcément, on a envie de récupérer le plus rapidement possible la vaisselle sale et les plats pour en laver le maximum avant de descendre. Et comme, de leur côté, les AS ont également la pression (faire manger les personnes qui ne sont pas autonomes et les coucher avant que les autres résident·es ne remontent de la salle à manger), le repas est vite expédié.

En plus de ça, la cadre de santé patrouille dans les étages et la salle à manger pour vérifier si les consignes sont bien appliquées. On ne peut pas dire que l'ambiance soit très sereine au moment du dîner.

Le jour de la réunion arrive. Sont présentes la directrice, son adjointe, la cadre de santé, une des deux secrétaires et une quinzaine d'ASH. Naïvement, je m'étais imaginé qu'on allait faire un tour de table pour recueillir nos doléances et propositions. Au lieu de ça, l'adjointe nous informe que l'organisation est en train d'évoluer et nous demande de nous y conformer pour pouvoir l'évaluer et faire des ajustements. Nos récriminations ont été entendues et on nous présente la nouvelle-nouvelle organisation : un ballet bien orchestré dans lequel des ASH apparaissent puis s'éclipsent au cours du repas et courent en coulisses. Si les résident·es y comprennent quelque chose, tant mieux, moi j'ai du mal. Fatiha est satisfaite, elle gagne vingt minutes pour terminer sa plonge le soir.

En revanche, ce qui n'est pas à discuter, c'est la charge de travail du matin. Le besoin de renfort est entendu mais on n'y peut rien. « Pour ça, il faut voir avec notre cher président  ! » nous sort l'adjointe, sur le ton de la plaisanterie. Pas le président du Centre communal d'action sociale (CCAS), elle parle de Macron. Je traduis : « Des renforts  ? Même pas en rêve  ! » Une fois où j'étais allé vider mon sac dans le bureau de la directrice, celle-ci m'avait répondu : « Je suis d'accord avec vous sur toute la ligne, mais vous devez bien comprendre une chose, Denis, c'est que notre avis ne compte pas  ! » La cadre de santé, quant à elle, mentionne un Ehpad privé où l'ASH a cinquante chambres à faire quotidiennement. « Ce n'est pas pour vous demander d'en faire autant, évidemment, mais bon... » C'est bien pratique, le privé : c'est le repoussoir qui permet de faire avaler de mauvaises conditions de travail. « Ce n'est ni mon plaisir ni mon rôle de vous fliquer », ajoute-t-elle. Notre équipe de direction est humaine et à l'écoute, je le reconnais volontiers. La directrice se met souvent en quatre pour trouver des arrangements ou tenir compte des situations personnelles, mais elle est impuissante pour l'essentiel. Nous devons donc nous organiser au mieux pour pallier ce manque de personnel, par l'entraide notamment. Et quand nous y parvenons, au prix que cela suppose (fatigue, stress, usure du corps), cela valide le fait que c'était possible et l'inutilité de moyens supplémentaires.

Je sors de cette réunion plutôt déprimé. « Ah, te voilà  ! » me lance Suzanne, qui errait dans le coin. « Tu l'as trouvé  ? » Allez, je me dis, plutôt que d'essayer de rattraper le temps perdu, passes-en un peu avec elle.
« — Qui ça  ? je lui demande.
Eh bien, mon vieux grand-père ! Je suis allée aux waters là-haut, ça ferme pas à clé et quand je suis redescendue vite vite, il avait disparu ! » Elle veut que j'appelle sa fille, sa mère, la police. Mais la police s'en fiche éperdument. « Ils se marrent comme des cons  ! » me dit-elle, et comme la porte ne ferme pas à clé…

Le président s'en fiche, la police s'en fiche… On est vraiment mal barrés !

Denis L.
Illustration de Gautier Ducatez

***

Je vous écris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans CQFD depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les précédents épisodes :
1 : « Alors, tu vas torcher les vieux ? »
2 : « Tu commences à avoir la même mentalité que les filles »
3 : « Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? »
4 : « Oh la barbe ! »
5 : « On dansait à en mourir »
6 : « Je t'aime comme un frère ! »
7 : « Ça va Denis, tranquille ? »
8 : « Elle a pas fini de vous emmerder, celle-là ! »
9 : « Une vie sociale un peu terne »
10 : « Ça va encore faire des trucs à histoire… »
11 : « On va nous prendre pour des Gitans ! »
12 : « Les pigeons, ils valent mieux que vous ! »
13 : « Quand y a que des nénettes... »
14 : « Les Allemands ! »
15 : « Potage, deux louches ! »
16 : « Elle a tout pour être heureuse ! »
17 : « Ça ne se fait pas de toucher un homme à ces endroits ! »
18 : « Allez-y, faites-moi rire ! »

Une usine très occupée

Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menacée de fermeture suite à son rachat par un fonds d'investissement. Basé sur l'auto-organisation, le mouvement s'est fédéré autour d'un collectif ayant à cœur de jeter des ponts entre différentes luttes. Reportage.

Illustration d'Elzazimut

Sous un soleil écrasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des banderoles accrochées sur des grillages arborent le slogan « Insorgiamo » (« Insurgeons-nous ! »), emprunté à la Résistance florentine de la Seconde Guerre mondiale. Bienvenue à l'usine automobile GKN, occupée par ses ouvriers depuis le 9 juillet 2021 à la suite du licenciement de l'ensemble des employés.

Cet après-midi de juin, ils sont quelques-uns, accoudés à la barrière du poste de surveillance. Le site, immense, est quasiment désert : la plupart des occupants sont partis battre le pavé dans le centre. Un homme nous embarque à sa suite. Francesco, manutentionnaire syndiqué d'une quarantaine d'années, ne cache pas son enthousiasme : « Le 13 juillet, on aura tenu plus longtemps que l'occupation la plus longue de l'histoire italienne. Vous imaginez  ? Je suis militant, alors paradoxalement, c'est comme un rêve qui se réalise pour moi, jamais j'aurais pensé vivre ça. » À l'ombre du porche des locaux de l'administration, il raconte : « La lutte a commencé avant l'occupation. En 2007-2008, un collectif s'est constitué à l'intérieur de l'usine [contre la modification des horaires de travail], composé d'une trentaine de militants et animant des assemblées régulières qui pouvaient réunir jusqu'à une centaine d'employés. On avait déjà insufflé une dynamique de négociation très forte au sein de GKN. » Il poursuit son récit : « Quand [le fonds d'investissement britannique] Melrose1 a racheté la boîte en 2018, il a fermé dans la foulée un site en Angleterre et un autre en Allemagne, sans grande réaction de la part des travailleurs. On s'est dit : ça nous pend au nez. Alors on s'est organisés en interne. Avec le syndicat, mais aussi en nous inspirant des luttes de Fiat dans les années 1970 2. Avec le collectif, on est aussi allés apporter notre soutien à d'autres luttes, comme celle d'Alfasud à Pomigliano (Campanie) ou d'Electrolux, à Susegana (Vénétie). » Les militants de GKN sont majoritairement syndiqués à la Fiom-CGIL, l'équivalent de la CGT métallurgie, mais au sein d'une branche dissidente, Riconquistiamo tutto (« Reconquérons tout »), un peu plus rock'n'roll. Le collectif d'usine bénéficie ainsi de l'appui des syndicats, tout en conservant un fonctionnement où les prises de décisions viennent de la base3.

Virés par mail

Le 1er juillet 2021, le gouvernement d'union nationale de Mario Draghi supprime l'interdiction de licenciements pour raisons économiques dans les secteurs de l'industrie et du bâtiment, mise en place par le gouvernement Giuseppe Conte4 pendant la pandémie. Les investisseurs se lâchent : le 9 juillet 2021, un mail envoyé aux syndicats annonce la fermeture de l'usine GKN et le licenciement de ses 500 employés. Plus d'une centaine d'entre eux se réunissent spontanément sur les lieux et débordent les dix gardes privés embauchés par Melrose pour l'occasion. Ils occupent le site et forment une assemblée permanente, vite ralliée par des soutiens locaux : Église, centres sociaux autogérés, partis politiques de gauche radicale. Rapidement, des actions se mettent en place. Le 19 juillet, les syndicats appellent à une grève générale de 4 heures dans la province de Florence, suivie pendant tout l'été de manifestations et concerts de soutien. Le 18 septembre, une manifestation nationale réunit un cortège spectaculaire de 40 000 personnes à Florence. En parallèle, la Fiom-CGIL dépose un recours auprès du Tribunal du travail de Florence. Le 20 septembre, les licenciements sont annulés. Melrose doit reprendre à zéro la procédure de licenciement collectif, soumis par la loi à un préavis de 75 jours. Deux mois et demi durant lesquels les ouvriers touchent leurs salaires, en attendant les indemnités et le chômage : l'occupation peut s'inscrire dans la durée. En décembre, coup de théâtre : l'entrepreneur Francesco Borgomeo, conseiller de Melrose dans les négociations, rachète GKN à son propre compte. Six mois plus tard, ses intentions demeurent floues, mais les ouvriers n'ont pas attendu pour embrayer sur leurs propres projets.

Convergence des luttes

Dans l'usine, Francesco commente les lignes de bras robotisés bleu électrique à perte de vue. « L'usine est très rentable, la production a augmenté de 14 % en pleine pandémie », nous dit-il, dirigeant nos regards vers les logos Fiat, mais aussi Maserati, Ferrari, Lamborghini, qui trônent à côté d'un poste de contrôle. Francesco poursuit : « On est ouvriers spécialisés, on pourrait faire repartir la production dès aujourd'hui. Sans nous, rien ne tourne et il y a beaucoup d'argent immobilisé ici. 8 millions d'euros, rien qu'en stock de production. Le coût des machines n'est même pas quantifiable. Tout ça, c'est notre monnaie d'échange dans la négociation. » Alors ces machines, les occupants en prennent soin. Ils ont mis en place trois équipes tournantes qui surveillent le site en permanence. « Le nouveau propriétaire de l'usine, Borgomeo, nous paye pour ça », lâche Francesco, sourire en coin, pas peu fier de l'entourloupe.

D'autres équipes se sont formées pour tenir l'occupation. La cantine sert des repas tous les jours et le nettoyage du site est effectué régulièrement. Un bar s'est aussi ouvert. Sans oublier le groupe de coordination des femmes, qui réunit les épouses et compagnes de la main-d'œuvre – masculine – de l'usine. Hors les murs, des délégations du collectif rencontrent des organisations étudiantes et universitaires, assistent aux assemblées de soignants et de profs, ou participent à la marche anti-G20 du 30 octobre dernier à Rome... Elles rallient même les mobilisations lycéennes pour le climat et rejoignent les luttes paysannes5, brisant le clivage entre mouvement ouvrier et écolos.

« Nous, ça va ! Et vous ? »

Il faut dire que les ouvriers ont une idée derrière la tête. Le 11 mars dernier, ils ont déposé un plan de reprise, rédigé en collaboration avec un groupe d'économistes, d'historiens, de sociologues et d'ingénieurs solidaires. Son horizon : une reconversion de la production vers des énergies propres et de mobilité durable, notamment dans l'hydrogène et le photovoltaïque, à l'intérieur d'un pôle public qui associerait diverses industries en cours de transition écologique. Une proposition de loi contre les délocalisations a également été écrite par les ouvriers, avec l'aide de juristes.

Largement soutenus, les ouvriers de GKN sont en position de force et ont bien l'intention de s'en servir pour gonfler leurs rangs et jouer le rôle de miroir réfléchissant des autres luttes. « Les soutiens, les journalistes, tout le monde nous demande : “Comment allez-vous  ?” », relate Francesco. « Et nous, on a appris à retourner la question : “Et vous  ? Comment vous allez  ? Nous ça va, on est tous ensemble à occuper l'usine, on a encore de quoi tenir un moment. »

Avant de nous laisser, Francesco lance : « Vous remarquez ce silence  ? Pour quelqu'un comme moi, qui travaille ici depuis vingt-cinq ans, il n'est pas très plaisant. » Sa phrase résonne dans nos têtes alors qu'on boit un coup au bar, avec ceux qui sont revenus de la manif et qui se lancent dans un tournoi de baby foot. On se dit qu'au moins quand elles se taisent, les machines laissent à d'autres la possibilité de s'exprimer.

Pauline Laplace &Rafael Campagnolo

1 Dont le slogan est sans équivoque : « Acheter, revaloriser, vendre ».

2 Tout au long des années 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer de lance de l'autonomie italienne, qui voit les ouvriers expérimenter de nouvelles formes d'organisation et de représentation au sein des usines, à l'écart des partis et des syndicats.

3 Voir l'article « La lutte des ouvriers de GKN à Florence, entre auto-organisation ouvrière et mobilisation sociale », Chronique internationale de l'IRES n° 177, 2022.

4 Plus précisément par le deuxième gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 étoiles (citoyen et « antisystème ») et de plusieurs partis de centre-gauche, en fonction de septembre 2019 à février 2021.

5 Par exemple la ferme de Mondeggi, près de Florence, occupée depuis 2015. Lire « Squat agricole en Italie : le terroir du chianti collectif », CQFD n°170 (novembre 2018) ou encore « En Italie, la Zad de Mondeggi cultive le bien commun », Reporterre (28/03/2018).

La parole est à la défonce

En matière de drogues, toute expérience est singulière. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme à sa manière. Voilà ce que racontent les récits intimes qui suivent, récoltés auprès de personnes de notre entourage : des histoires de conso – passée ou présente – et les raisons qui y ont poussé les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antidépresseurs, c'est qu'à CQFD, l'idée selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres nous paraît bien hypocrite. Place aux mots des premières et premiers concernés.

« Je me croyais plus forte que tout » / (Pénélope, ex-consommatrice d'héroïne et de crack)

« J'ai commencé par prendre de l'héro à 16 ans, le jour où une copine qui avait essayé m'a dit : “C'est trop génial, je connais le dealer, viens, je te le présente !” J'étais dans un collège de bourges dans le Marais à Paris, années 1980, où déjà on sniffait de la colle. Quand je voyais les punks aux Halles, je voulais traîner avec eux, leur ressembler. Alors je suis vite tombée dans l'héro. J'avais un rituel : un gros trait avant le café du matin, ça lançait la journée. Je me croyais plus forte que tout : j'étais belle, jeune, j'allais conquérir le monde. Et puis le monde des gens normaux ne m'intéressait pas, tandis que la drogue m'en ouvrait un autre, avec la musique – en tête The Stranglers –, l'art… Dans le même temps, je traînais souvent dans un milieu un peu snob, et l'héro ça avait un côté politique, ça me mettait ailleurs.

Sur ces dix ans de consommation, il y a eu évidemment des drames, notamment avec ma famille. Mais il y a eu autant de découvertes, avec des lieux et des gens un peu fous, en bien comme en mal. Ça créait des situations. Tu connais les queues de renard ? C'est quand t'as pris de l'héro, que t'as la gerbe et que t'as pas le temps d'arriver jusqu'aux chiottes du bar où tu es – ça fait un vomi en forme de queue de renard. Ceci dit, l'héro, surtout quand tu te l'injectes pas, ça peut rester relativement gérable. C'est aussi plus subtil que d'autres drogues.

Finalement, j'ai découvert le crack. Je pensais naïvement que ça me ferait arrêter l'héro. Résultat : à 24 ans je me suis retrouvée accro aux deux. Je vivais à Paris, à Stalingrad, avec mon mec de l'époque, et je pense dans le fond que j'ai pris du crack pour le dégoûter, parce qu'il ne voulait pas me quitter. Niveau plaisir, c'est le seul truc qui peut dépasser l'héro. Par contre, tu bascules vite. T'es dégueulasse, tu fais des trucs dégueulasses. J'ai consommé ça pendant environ deux ans. J'étais de plus en plus grillée dans le quartier, sans thunes, avec plein d'embrouilles craignos. Un dealer gentil dont j'étais proche m'a dit un jour : “Il y a trop de contrats sur ta tête, tu dois te casser.” Il m'a filé un billet de train pour Londres et pas mal de dope pour éviter le manque – j'ai tout pris dans le train. Et c'est à partir de Londres que je me suis éloignée de tout ça. J'ai été en cure de désintox', j'ai repris le contrôle – depuis, je me suis refait une santé et une vie.

J'en ai souffert, mais la drogue m'a aussi portée. J'ai toujours gardé un optimisme. Et je voyais l'addiction comme une forme de subversion. À chaque fois que je me sentais pas en adéquation, j'utilisais la drogue, avec un côté fuck you ! – sauf que c'est moi que je détruisais... Ensuite c'est quelque chose qui te constitue, que tu gardes en toi. Once an addict, always an addict. Malgré tout, je me rappellerai toujours des kifs et du côté lumineux de tout ça. Les problèmes ne sont pas terminés, maintenant c'est l'alcool, mais je me soigne. »

***

« Comme une potion magique » / (Greg, consommateur outrancier d'alcool depuis quinze ans)

« Pourquoi j'ai bu et je bois ? Pas facile à résumer. Je crois que ça me renvoie d'abord à la sensation ressentie quand j'ai découvert, au lycée, qu'il existait ce produit capable de me sortir temporairement d'une angoisse sociale carabinée qui me pourrissait la vie. J'étais pas bien dans mon corps, tout me stressait, et voilà qu'ingérer ce liquide rose, rouge ou blanc (j'ai commencé au vin) rendait l'existence plus facile, plus fluide. Le ticket d'or ! Comme une potion magique qui aidait à repousser ce qui me raidissait, tout en envoyant bouler les convenances pour peu qu'on pousse un chouïa le bouchon – à la punk. D'autant que je m'abreuvais dans le même temps d'une contre-culture assoiffée, de Bukowski aux Sex Pistols, et que ça donnait une aura à la déglingue, presque une mystique. Pendant des années, ma sociabilité sous quasiment toutes ses formes, qu'il s'agisse d'amitié, de concerts, de manifs, de réseau pro ou d'amour, a donc été forcément liée à l'horizon du boire – des petits verres ou de grandes bouteilles, selon l'ambiance.

Dans l'ensemble, ça n'a pas toujours été une réussite, entre réveils en cellule de dégrisement et trous noirs à répétition, mais ça a aussi créé pas mal d'envolées chouettes, de moments grisés, d'élans poétiques – une manière de flouter le monde pour mieux l'enchanter. Et puis, c'est parfois agréable de s'effacer, de s'oublier dans la lourde ivresse – enfin dans mon cas. Sachant aussi que je ne me suis jamais révélé violent ou agressif dans mes ivresses, seulement con et balbutiant – ça aide. Le problème c'est qu'au fil du temps, l'aspect magique disparaît. Que les réveils sont toujours plus durs. Que les marques physiques commencent à poindre sur le visage (et le foie ?). Et que j'en arrive souvent à boire pour boire, sans création, sans magie. Chez soi, les jours d'angoisse, ça donne parfois des stratégies sous forme d'arithmétique bien triste – combien de verres avant de sortir de l'appart' ? Et en société, une récurrence du boire trop vite qui efface tout le côté chaleureux et festif de la picole, tout en te propulsant dans la honte au réveil. C'est pour ça qu'à un moment j'ai essayé de creuser, via une démarche psy, ce qu'ainsi j'essayais d'effacer, d'anesthésier. Sauf que j'ai jamais mis le doigt sur une cause évidente. C'est sans doute un tas de trucs amalgamés. En tout cas, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir fait le tour de ce que l'alcool pouvait m'apporter et j'ai en tête désormais d'être plus malin dans mon rapport à lui, tout en trouvant d'autres béquilles – que ça ne finisse pas par me définir comme individu, ou par m'envoyer dans la tombe. Quinze ans pour tirer ce constat, c'est pas glorieux, je sais, mais on fait comme on peut… »

***

« Sortir de soi et y retourner très vite » / (Louise, consommatrice de cocaïne et d'amphétamines)

« Les premières fois où je rencontre vraiment la drogue, les produits chelous bien dosés de l'internet mondial, c'est avec mon amoureux de l'époque. J'ai la vingtaine, je suis coincée, un peu prude, assez timide et, du haut de mon mètre quatre-vingts, assez impressionnée par les grandes personnes. Alors je sniffe, je gobe. Un peu, beaucoup. Puis ça devient systématique dans l'intimité que je partage avec cet homme. C'est l'explosion : je sors de ce corps qui me fait défaut, je me sens plus intéressante, plus curieuse, plus cultivée, plus désirable. Mes blocages sexuels volent en éclat, mes complexes s'évanouissent. Alors je continue, je m'abîme, je me défonce, je fais des trucs que j'ai pas forcément envie de faire. La drogue devient l'équation de ma sexualité.

Puis ma consommation se fait plus solitaire, moins intense dans le champ de bataille de ma sexualité, voire parfois bien glauque. Je me mets à la 3-MMC, une molécule de synthèse de la famille des cathinones, bien dégueu, bien addictive. Je me coupe de moi, de mes émotions, de mes sensations. En réalité, je tombe dans une grosse dépression.

Aujourd'hui, c'est la cocaïne qui m'accompagne dans mes journées solitaires. Café-trace le matin, le petit-déj' des championnes : je vais la bouffer, cette journée ! Un rendez-vous avec un pote ? Hop, une petite trace ! Un mail à écrire ? Allez, une autre ! La vaisselle à faire ? Bon OK, une dernière. Mais la motivation disparaît toujours au bout de la deuxième. D'une drogue sociale j'ai fait une drogue solitaire, une défonce qui me permet de m'affronter, moi et mes démons, sans les diluer dans une pseudo-sociabilité.

J'envisagerai toujours ma vie avec des trucs à sniffer pas loin. Parce que j'y cherche toujours ce décalage, ce fucking lâcher-prise, ce moment où ton corps et ta tête décident ensemble de te foutre un peu la paix. En fait, une défonce réussie, c'est comme l'orgasme, on sait qu'il existe mais on l'attend toujours. »

***

« Je me fous la paix » / (Edith, consommatrice d'antidépresseurs)

« Récemment, après un épisode dépressif plus sévère que d'habitude, je me suis retrouvée à amorcer un traitement d'ISRS1, la dose minimum : 20 mg. J'ai toujours eu un tempérament triste mais je n'avais jamais vraiment envisagé la prise d'antidépresseurs. J'avais l'impression que c'était pas pour moi, mais pour ceux qui étaient plus gravement touchés. Moi j'avais appris à vivre avec, et même à en faire un trait central de mon identité : je faisais rire de mon manque d'entrain. Bien sûr j'avais suivi un nombre conséquent de thérapies en tous genres depuis mon adolescence. Mais il est sacrément long, le chemin de la réparation et de l'acceptation de son passé. Et puis le Covid m'a bien mise dedans.

Les premiers jours du traitement, j'ai la sensation, à juste titre, d'être en descente de drogue. En mode zombie, affalée sur mon canapé, je suis trop mal. Mais à la fin de la semaine, je pars prendre des vacances avec des amies. J'étais résolue à ne pas boire d'alcool, et je m'y suis tenue – cela devait faire dix ans que je n'avais pas fait de cure de plus de dix jours.

Et puis, coup de baguette chimique, ça marche vraiment, j'ai l'impression d'être non stop en montée de MDMA. Le pied. Exit les angoisses permanentes et le stress généré par le moindre truc. Je me fous la paix. Et surtout, je vois les différents aspects de ma vie sous un angle positif. Ça me perturbe, surtout au début. Je ne me reconnais pas, et les autres non plus. Mon amoureux me dit métamorphosée. Euphorique. Je me sens légère, rien ne m'atteint assez pour que je me prenne la tête comme je faisais avant. Ma mémoire opère un tri drastique, je ne retiens plus qu'un dixième de ce que les gens me racontent. Je délimite mieux, en termes d'affects, ce qui est de mon ressort et ce qui ne m'appartient pas. Je m'extirpe de noeuds dans lesquels j'étais bloquée, pour certains depuis des années. L'impression d'être sur un petit nuage, que tout glisse sur moi. C'est fluide, quoiqu'un peu dans le brouillard. Je me sens bien, à ma place, légitime. Mue par la toute-puissance que confère la drogue, en somme. Les sentiments négatifs de gêne sociale, de culpabilité éternelle, de honte ultime n'ont plus droit de cité. Les choses sont à leur place.

Un truc me chiffonne cependant : depuis le début du traitement, je n'atteins plus l'orgasme. Ma libido est plus ou moins intacte mais je reste neutralisée, maintenue à un seuil maximum d'excitation. Je pèse rapidement le pour et le contre, et j'en conclus que le reste en vaut la peine, tant pis pour la jouissance. Enfin, à moyen terme. Faut pas déconner. Ça renforce quand même mon désir de ne pas poursuivre indéfiniment les antidép'. Ça, et puis le reste : la fatigue, d'abord. Mais aussi le fait que la mémoire immédiate soit considérablement amochée. Et puis toujours cette impression de planer, d'avoir deux de tension.

Je ressens parfois cette sensation fugace d'être comme anesthésiée. Et je ne sais plus quoi penser de ce lien de causalité qui revient à se faire aider par la chimie. Je crois que je ne veux plus me sentir autant déconnectée de la réalité, si agréable que ce soit. Je suis ravie d'avoir atteint un tel degré de détachement et de confiance en moi, mais j'en perçois les limites. Au bout de trois mois, je commence à réduire de moitié les doses. Je redescends rapidement de mon petit nuage, à regret il faut l'avouer. Mais j'ai en tête que cette béquille existe. Et je sais désormais intimement à quoi peut ressembler la vie quand on est bien, avec la ferme intention de garder ça précieusement au fond de moi. »

***

« Percuter son rapport à la réalité » / (Simon, un temps consommateur de kétamine)

« J'ai tiré mes premières lignes de kétamine dans un environnement festif. C'était agréable, désinhibant et ça faisait voyager. C'est le propre de ce produit qui entraîne une forte euphorie, une modification de la réalité perçue, des hallucinations visuelles, une perte de contrôle sur son corps ou, à plus forte dose, une anesthésie complète. J'ai vite apprécié les sensations que ça m'apportait, ces moments de pause... Et j'ai aussi tellement ri avec des potes que quand ça se présentait, je sautais sur l'occasion. Puis la consommation s'est banalisée. De plus en plus. Jusqu'au tous les jours, et trop. Ce que je cherchais ? Creuser toujours plus profond dans les méandres de ma conscience. J'ai aussi vécu plein d'expériences intrigantes dans ces univers d'ailleurs. Par exemple, sous l'emprise de la kéta, j'avais l'impression d'être en contact avec l'histoire des objets qui m'entouraient. Si je jouais du piano, je m'imaginais comment on avait inventé cet instrument, et je me sentais en connexion avec son histoire et celle des gens qui l'avaient utilisé avant moi. Les effets visuels sont assez sympas aussi. Au piano encore, selon les gammes et l'ambiance de ce que je jouais, j'ai déjà vu les touches se colorer, tout en géométrie, comme en harmonie avec la couleur de la musique jouée. La curiosité m'a poussé à vouloir en permanence mettre ce filtre pour voir l'autre face du réel.

Recherche de soi, compréhension des autres, appréhension du monde... Je trouvais des raisons pour justifier ma consommation, qui en cachaient finalement d'autres. Je prenais de la kéta parce qu'elle m'envoyait loin des soucis du quotidien, chassait l'angoisse, adoucissait le présent. Je profitais pleinement de l'instant, même si la réalité était une montagne de trucs galères à gérer. Sous l'effet, j'ai pu délirer des heures sur de la musique, une peinture, des plantes… Les impératifs – répondre aux messages, faire le ménage, payer mes factures ou passer ce coup de fil urgent – perdaient toute importance.

J'ai pris de la kétamine parce qu'elle me faisait du bien. Je sais pourquoi je n'en prends plus. Un ami m'a dit un jour : “Si Jules Verne a décrit le tour du monde en 80 jours, vous, vous faites le tour du jour en 80 mondes.” Et c'était vrai. Je crois qu'aucun ancrage n'est possible lorsque l'on percute autant son rapport à la réalité. Pour moi, au final, la kétamine est une fausse amie des passionnés de psychédéliques. Tous ses effets répondent à première vue à ce qu'on attend d'un psychédélique comme, par exemple, le LSD : modifications visuelles et sensorielles, changement de point de vue... Et aussi : pas de descente, pas de contrecoup direct. Mais ce n'est qu'une impression : à faible dose, elle est en fait un puissant anxiolytique, ce qui change tout. Finalement, ce sont ces effets que je recherchais, car j'étais dans une période assez compliquée et dark après une douloureuse séparation, et à un moment où je ne savais pas du tout quelle était ma direction. Or cette famille de médicaments (dont la pharmacopée moderne raffole) ne cible pas les causes du mal-être, mais ses symptômes. Quand on en abuse, ils empêchent le cerveau et l'esprit de rétablir un fonctionnement sain par un travail de fond. De mon expérience d'amateur de substances en tout genre, la kétamine devrait garder sa place d'anesthésiant : j'en ai en tête des scènes où j'aurais voulu réagir vivement, affirmer ma position, tenter de dénouer une situation, me concentrer sur ce qui me semblait important, et qui se sont déroulées sous mes yeux sans que les mots ne me viennent où que j'aie l'énergie d'intervenir...

Je pense aussi que l'usage récréatif de plus en plus répandu de la kétamine risque de nuire grandement à la scène alternative. On en trouve partout ! Dans les lieux autogérés, les fêtes, les milieux militants. Et ça reste quelque chose qui ralentit. On réagit moins, on pense différemment, et les réflexes sont… anesthésiés. Pour une contre-culture, qui voudrait construire d'autres bases que le monde de merde qui nous entoure, et réagir avec les dents quand l'oppresseur opprime trop, la kéta n'est sûrement pas la meilleure arme. »

« Faire durer l'enfance » / (Pablo, longtemps consommateur d'héroïne)

« J'ai connu l'héroïne peu après être parti de chez mes parents pour m'installer dans un quartier populaire de Marseille. J'étais très jeune, 17 ans, et la drogue était partout dans la ville. Il y avait les suites de la French Connection, les débuts du punk, une ville alors sinistrée – tout était réuni pour que les jeunes consomment, si bien qu'autour de moi, ça tournait beaucoup. J'ai tout de suite aimé les effets de l'héro, mais j'adorais aussi les drogues psychédéliques, notamment les acides. Et je crois que je prenais de l'héroïne dans la même optique que les produits plus “psyché” : m'ouvrir au monde, sortir de mes blocages. Je découvrais le Velvet Underground et Lou Reed, le cinéma de John Cassavetes, des univers autres, très tentants. C'était une époque d'effervescence ; j'avais l'impression de faire durer l'enfance, de goûter au fruit défendu. Et je me souviens même d'une forme de déception après ma première expérience d'héro : ça n'allait pas assez loin, ça manquait de visions. À l'époque on prenait tout, on sniffait aussi de l'éther, de l'eau écarlate, du trichlo – on n'était pas regardants.

Je n'ai jamais été vraiment accro, question de chance. Parce qu'autour de moi, beaucoup de gens sont morts, d'overdose ou du sida. Mais quelque chose m'a empêché de tomber totalement dedans, même s'il m'est arrivé de me shooter tous les jours pendant une semaine. Le simple fait de voir une shooteuse me donnait directement ce goût de métal si caractéristique dans la bouche… Je me rappelle de cette fois où un ami m'a remboursé une dette en me filant dix grammes d'héro pure. Ce jour-là, on s'est regardés avec ma copine et on s'est dit que si on gardait tout pour nous, on n'en sortirait jamais. Alors on a voulu la revendre, mais ça a été un fiasco, on l'a mal coupée… Reste que ça a sans doute évité qu'on devienne des junkies. Tout ça, c'est des coups de chance. Ou l'instinct de survie. Comme cette fois où la soeur de ma copine, morte peu après du sida dont elle était infectée sans le savoir, m'a proposé de me faire un shoot avec sa seringue : j'en avais très envie, mais j'ai décliné. Je me souviens aussi de Frenzy, un copain rockeur de cité que j'adorais, beau comme un dieu, qui un jour m'a secoué par le colbac en pleine rue en m'engueulant : “On m'a dit que tu tombais dans l'héroïne, t'as pas de figure !” Lui aussi est mort du sida.

Au final, ce qui m'a sauvé, c'est de partir. La curiosité que j'avais pour la drogue, je l'ai appliquée aux voyages. Je suis parti en Angleterre, au Mexique, en Andalousie, une bonne quinzaine d'années en tout. Loin de Marseille, du travail en intérim et des gens qui tombaient comme des mouches – morts, en HP, en détention... J'ai continué à prendre des drogues, à expérimenter, notamment le peyotl au Mexique, qui m'a vraiment marqué – ceci dit, ce n'est pas une drogue ! – et à boire beaucoup d'alcool, par périodes. Mais ça n'a jamais pris le pas sur ma vie. Il n'empêche qu'encore aujourd'hui, je peux être tenté par des expériences de ce genre. Je me suis rendu compte par exemple qu'en cas de mal de dos ou de coup de stress, j'adorais le tramadol et ses effets. Et récemment, je me suis défoncé avec une amie en phase terminale d'un cancer, qui avait loué un appart' en bord de mer. On s'est payé un bel hommage à la vie : huîtres, petits gâteaux arabes, thé au gingembre et… de la morphine de synthèse. C'était un beau moment, une manière privilégiée de se dire au revoir. »

« Parce que Dieu n'existe pas » / (Marguerite, six litres de rouge par jour)
Propos recueillis par Émilien Bernard

1 Inhibiteur sélectif de recapture de sérotonine.

Braves pandores

Un dessin de Tommy

La der musicale

Tous les zhérissons se sont donné RDV en studio pour partager un dernier moment radiophonique ensemble avant cette grande pause de l'été : on se retrouve donc à 7 autour d'une émission "de la flemme" diront certainEs, mais surtout une émission ou chacunE a pu partager un ou deux morceaux, et partager aux auditeurices pourquoi et comment.

On respire, on rigole, on est contentEs parce que ça sera une émission sans montage !

Dans l'ordre, on écoute donc :

  • Le nuage de musiques, notre blindtest internationalement connu autour de la danse de l'émission du mois d'octobre, qui avait été coupé en pleine diffusion, et dont vous pouvez envoyer les réponses
    - par mail à : revanche(at)poivron.org
    - par carte postale à cette adresse :

La revanche des zhérissons
chez Jet FM - Le grand B
11 rue de Dijon
44800 Saint Herblain

  • La Foie - TedaAk
  • Alavancô - Karol Conka, Gloria Groove & Linn Da Quebrada
  • La Flemme - Suzanne
  • Black magic - Kelly Rowland
  • Rien qu'une fois, faire des vagues - Anne Sylvestre
  • amor amor - Linn Da Quebrada
  • Pissenlit - Ratur
  • By any means - Jorja smith
  • Ma petite - Rachelle Allison & Meryl

GHB : un regard calme sur vos défenses qui tombent

En vacances à New York, l'autrice de ces lignes et une de ses amies ont été droguées au GHB par un gérant de bar. Elle raconte ici son expérience de la soumission chimique et les trésors de ressources qu'il leur a fallu mobiliser pour échapper à une agression sexuelle préméditée. Traversant toute cette histoire : la culture du viol.

Illustration de Diane Etienne

Juin 2022. Vous entrez dans le cabinet d'un médecin. Vous êtes fatiguée. Ou plutôt, vous êtes épuisée. Vous imputez votre état à un surmenage. Vous travaillez trop. Vous avez toujours beaucoup travaillé, mais depuis quelque temps, le travail ne rentre plus en vous. En vérité, plus grand-chose ne rentre en vous. Vous dites que vous êtes irritable, que vos proches vous l'ont fait remarquer. Vous dites aussi que vous avez du mal à écouter, que vous ne parlez plus que du boulot et de la fatigue. En fait, vous avez du mal à sortir de votre tête.

La médecin vous questionne : « Depuis combien de temps ? » Sans réfléchir, vous dites : « Six mois. » Elle vous demande s'il s'est passé quelque chose à ce moment-là.

Vous répondez que non. Mais vous y pensez tout de suite – ce n'est jamais bien loin. Vous hésitez. C'est la première fois que vous la consultez. Vous la regardez attentivement. Vous hésitez encore. Vous ne prenez pas le risque qu'elle ne comprenne rien. Vous dites définitivement « Non. » Par les temps qui courent, le surmenage est une cause plausible, suffisante.

***

Vous vous réveillez dans un appartement new-yorkais. Dehors, il fait jour. Vous voyez la neige par la fenêtre, sur les arbres, partout. Vous n'avez aucune idée de l'heure qu'il est. Dans le lit, à coté de vous, il y a une bassine, un autre corps endormi, et un saladier vide. Vous vous précipitez vers les toilettes pour vomir. Pas grand-chose, mais les spasmes sont gigantesques. Vous retournez vous allonger. Votre amie ouvre un oeil. Vous parlez un peu. Avec difficulté. Vous avez l'impression qu'un camion vous a littéralement roulé dessus. Vous avez soif mais l'eau vous dégoûte. Il est 7 heures du matin. Vous vous rendormez profondément.

Quand vous vous réveillez à nouveau, il est cette fois 15 heures. L'amie à qui vous rendez visite à New York est toujours à côté de vous. Elle ouvre elle aussi péniblement les yeux – vos phases de sommeil et de réveil sont particulièrement synchrones. Vous avez la nausée. Il y a du vomi partout. Sur le sol de la chambre, sur vos vêtements, sur vos chaussures, sur votre téléphone, sur votre manteau abandonné dans l'entrée. Vous avez terriblement mal à la tête, aux os, à l'âme. Le téléphone de votre amie a sonné une quinzaine de fois. Personne n'a rien entendu. Vous vous levez, il faut se lever, vous n'allez pas rester éternellement dans ce lit.

Vous êtes maintenant sur le canapé. Il fait nuit dehors. Vous essayez de manger un peu. Vous échangez avec votre amie. Vous êtes sidérée. Elle aussi. Ensemble, vous recollez les morceaux. L'enquête commence. Et l'enquête va vite. Vous vous souvenez de presque tout, et votre amie de presque rien.

***

Depuis quelques jours, New York est paralysée par la tempête. La neige, qui tombe à gros flocons, s'entasse en monticules bientôt gris sur les trottoirs. Mais ce mardi de janvier, le soleil est revenu. Avec votre amie, vous faites une bonne heure de métro jusqu'à Little Odessa, vous vous promenez le long de la plage à Coney Island, vous prenez des photos devant le Luna Park endormi, puis visitez l'aquarium. Un parfait programme de touristes. Il ne vous reste plus que quatre jours avant de rentrer en France. Vous n'avez pas envie que la journée s'arrête. Vers 20 heures, vous décidez d'aller boire une bière dans un petit bar à deux pas de chez votre amie. Peu de tables, uniquement des bières artisanales, une ambiance aussi simple que travaillée, des serveur·ses ultra friendly. En fait, c'est le bar de quartier de votre copine ; le gérant la reconnaît quand elle entre ; elle y a amené tous·tes ses potes en visite.

Elle vous glisse à l'oreille : « Il faut qu'on se barre. Maintenant. »

Attablées, vous débriefez, vous riez. La bière se sert au demi, vous en commandez un deuxième. Entre-temps, vous sortez fumer une clope sur le trottoir, et le gérant vous y rejoint pour fumer la sienne. La discussion s'amorce avec Brandon. Vous regagnez votre table. Puis l'heure approche – le bar ferme particulièrement tôt en semaine, vers 22 heures. Vous levez soudain les yeux, il n'y a plus personne à part une serveuse et le gérant. Vous dites « sorry », on va y aller. On vous répond : « It's okay ! » On vous propose même de goûter la bière de la maison, le temps de faire la fermeture. Vous acceptez volontiers.

***

Vous bondissez du canapé pour fermer la porte de l'appartement à clef. Un peu plus tard, l'image de son regard vous traverse et vous fait hurler ; votre amie sursaute et hurle à son tour. Vous vous accrochez l'une à l'autre. Putain mais merde. Vous vous sentez trop faibles pour sortir dans la rue, alors vous cherchez un numéro sur internet, le numéro d'aide aux femmes victimes de violences. Quelqu'un décroche. Vous expliquez tant bien que mal votre affaire. On vous dit d'aller à l'hôpital, on vous donne un nom. Vous appelez l'hôpital. On vous trimballe de standard en standard. On vous dit d'aller voir la police. Vous êtes trop crevées.

Vous reportez l'idée au lendemain matin. Vous essayez de dormir. Vous mettez un réveil. Le réveil sonne. Vous prenez enfin une douche. Votre amie vous fait remarquer que vous parlez toute seule. Inlassablement, vous répétez la scène, fait après fait, étape après étape. Vous ne faites pas exprès. Vous ne maîtrisez pas ça. Alors, bras-dessus bras-des sous, le pas mal assuré sur la glace qui a figé sur les trottoirs, vous sortez chercher le commissariat du district. Manque de bol, deux flics de ce même commissariat se sont fait buter lors d'une intervention quelques jours plus tôt, et toutes les unités de la ville sont en deuil. Les énormes gerbes de fleurs dans l'entrée n'ont d'équivalent que la vôtre – vous avez encore la nausée, et l'odeur du vomi s'est incrustée dans le cuir de votre canadienne. On vous fait comprendre que ce n'est pas trop le moment, mais vous insistez pour déposer plainte. De mauvaise grâce, le type finit par vous demander ce qui s'est passé. Debout dans l'entrée, jambes tremblantes – mais pourquoi ne vous donne-t-il pas une chaise ? – vous racontez à deux voix, vous donnez les détails, vous incriminez, fatiguées mais cohérentes, tandis que le personnel du commissariat vous jette des regards en coin, ça en devient gênant.

***

Vous acceptez donc de goûter la bière de la maison. Bien volontiers. Vous enregistrez que la serveuse n'est plus là, et que Brandon commence à fermer les portes qui donnent sur la terrasse à l'arrière. Puis il retourne vers le comptoir et vous propose de l'y rejoindre. Vous ramassez vos affaires et vous asseyez sur les chaises hautes. Deux verres vous y attendent déjà. Il ouvre une grande cannette d'une bonne bière rare devant vous, vous sert, et la conversation abandonnée un peu plus tôt avec lui sur le trottoir reprend. Vous êtes contente, vous trouvez que votre anglais est fluide, que votre amie et vous-même parvenez bien à donner le change : le sujet est politique, vous parlez des conditions de travail aux États-Unis. Tout d'un coup, votre amie se met à parler fort et de manière décousue. Vous avez légèrement honte, vous essayez de gérer la conversation. En face, le type fait comme si de rien n'était, il continue d'interagir comme si tout était « normal ». Vous vous dites qu'il est gentil, attentionné, qu'il ne veut pas la mettre mal à l'aise. Ça ne fait pas dix minutes que vous êtes installées au comptoir. Votre amie se lève, dit qu'elle a chaud, qu'elle veut sortir fumer une cigarette. Vous la trouvez étrange. Elle vous glisse à l'oreille : « Il faut qu'on se barre. Maintenant. » Vous la suivez dehors. Elle se roule une clope. Elle ne dit plus rien. Elle ne se barre pas. Au contraire, elle retourne à l'intérieur en courant, vous laissant sa clope et seule sur le trottoir devant le bar, avec Brandon qui vous a suivie.

Vous avez la sensation qu'un éclair vous traverse et vous immobilise. Tout s'éloigne, vous voyez flou, vous êtes happée.

Vous avez à peine le temps de penser. Tout s'enchaîne très vite. Vous dites quelque chose comme : « C'est bizarre, elle a l'air ivre, en fait on n'a pas encore dîné, c'est peut-être ça. » Il vous répond quelque chose comme : « Oui, c'est important de manger », mais vous n'entendez plus bien. Vous avez la sensation qu'un éclair vous traverse et vous immobilise. Tout s'éloigne, vous voyez flou, vous êtes happée. La seule comparaison qui vous vient a posteriori, c'est avec la fois où vous avez failli vous noyer dans une piscine, à quatre ou cinq ans : la mère de votre copine vous parlait à travers l'eau tout en essayant de vous attraper. Vous éprouvez la sensation d'être ivre au dernier degré. Tellement ivre que vous vous affaissez contre la vitrine du bar, puis presque par terre, en quête d'un appui. Brandon continue de vous parler, de quoi vous n'en savez rien, vous n'entendez plus. Sur les escaliers du porche de la maison voisine, un groupe d'hommes est assis dans la nuit. Vous jetez un regard dans leur direction. Vous vous demandez s'ils vous ont vue. Et s'ils seraient des alliés – oui, vous vous souvenez très bien que cette pensée vous a traversée. Vous vous concentrez pour vous remettre debout. Brandon reste impassible. Il parle, parle, parle comme si de rien n'était. Vous parvenez à articuler enfin : « My friend… » Il vous dit qu'il va voir, part, revient et assure qu'elle va « very well ». Dès lors, votre seul projet est de rejoindre votre amie, qui a disparu à l'intérieur. Vous agrippant à la rambarde, vous parvenez à monter les quelques marches qui montent vers le bar, escortée par Brandon. Ça tangue. Vous vous vomissez dessus. Beaucoup. Une substance blanche, presque poudreuse. Avec un témoin qui vous regarde calmement, patiemment. Et qui ne fait rien. À part fermer le loquet intérieur de la serrure de la porte d'entrée.

***

Vous êtes à l'aéroport de Newark pour prendre votre avion retour. Dans le métro puis le train qui vous y amène, vous êtes particulièrement stressée, sur le qui-vive, vous craignez de rater l'arrêt à chaque station. Vous avez une tachycardie de dingue, impossible à calmer. Ça fait maintenant trois jours que vos vacances se sont arrêtées. Et vous avez encore la nausée. Mais le plus gros problème, c'est que votre esprit est resté coincé dans le bar. Vous revivez la scène en permanence. Vous savez très bien ce qui vous arrive, vous êtes bardée de connaissances sur le sujet du trauma, mais la preuve en est, ce n'est pas parce que vous connaissez théoriquement le phénomène que vous en êtes exemptée. Semaine après semaine, vous allez cocher de nombreuses cases du trouble du stress post-traumatique, sans toujours faire le lien entre les symptômes (rappelez-vous, vous avez trop de travail) : réminiscences, flash backs, cauchemars, évitement des personnes liées de près ou de loin au trauma, troubles de l'humeur, troubles du sommeil. Mais pour l'heure, vous êtes à la fois à l'aéroport et dans le bar. Et vous avez l'impression que vous allez péter les plombs.

Vous encaissez en silence cette obstruction au droit de dépôt de plainte. Et vous vous mettez en quête d'un hôpital

Il faut dire que la journée de la veille a été particulièrement éprouvante. Au commissariat, le flic vous a écoutées tout en étant régulièrement interrompu par son oreillette. Puis il est allé voir un collègue. Puis il est revenu pour demander : « Dans le bar, il y a une caméra de surveillance ? » Vous n'en savez rien et vous vous en foutez, d'ailleurs. Vous venez d'échapper de justesse à un viol, on vous a administré une substance dégueulasse à votre insu, vous avez eu peur de mourir pendant les heures qui ont suivi, et vous savez très bien qui est l'agresseur. Donc la caméra, ben... Le flic clôt l'entretien par une phrase du style : « Déso, y'a pas de preuves, vous devriez aller à l'hôpital, allez ciao. » Vous rêveriez de lui rétorquer que justement, trouver les preuves, c'est son travail. Et que la plus grande preuve, c'est vous : oui, là, vous, les deux personnes qui lui parlent en ce moment. Mais vous avez déjà cramé toute votre énergie à lui raconter votre histoire. Vous encaissez en silence cette obstruction au droit de dépôt de plainte. Et vous vous mettez en quête d'un hôpital. Sans trop savoir ce qu'il pourrait s'y passer car vous avez lu la veille qu'aux États-Unis comme en France, pour pouvoir faire des tests, quels qu'ils soient, dans ce genre de situation, il faut au préalable avoir porté plainte.

***

Vomir vous a réveillée. Vous rejoignez votre amie dans les toilettes, restées ouvertes. Elle ne va pas « very well » du tout. Elle vomit ses tripes elle aussi, elle est blanche, mais surtout, elle est absente. Vous vous enfermez à clef. Ce geste raconte que vous avez, quelque part en vous, enfin pris la mesure du danger, même si vous n'en n'avez pas encore conscience. D'ailleurs, à aucun moment ne vous vient l'idée d'appeler à l'aide. En vous servant de votre téléphone, par exemple. En fait, vous ne paniquez pas du tout – n'oubliez pas, vous êtes shootée. Vous pensez comme un automate. Sortir des chiottes. Sortir du bar. Vous attrapez votre amie. Vous ouvrez la porte. Vous parlez au type. Aussi normalement que vous le pouvez. Peut-être avez-vous dit : « Bon ben on va rentrer maintenant, on pourrait avoir l'addition ? » Il vous semble même que vous lui avez fait un grand sourire. Vous payez grâce au sans contact. Votre amie avance docilement, avec une démarche saccadée. Vous refusez les deux verres d'eau que Brandon vous tend. Vous vous entendez dire : « See you ! » Votre coeur se soulève quand vous sentez que la poignée de la porte d'entrée résiste. Vous la déverrouillez sans problème – alors que vingt minutes plus tard vous en auriez été incapable. Et vous vous retrouvez dans la rue, dans la nuit, dans New York. Défoncées jusqu'à la moelle, mais libres.

Vous ne savez pas trop comment, mais vous parvenez à revenir à l'appartement, à deux pâtés de maisons. La seule chose que vous savez avec certitude, dès la sortie du bar, c'est que vous avez été droguées. Vous avez bu l'équivalent de trois demis de bière. Vous vous connaissez bien. Vous n'êtes pas ivres. Le mot « GHB » tourne en boucle dans votre tête. Jusqu'à ce que vous ne puissiez plus lutter : votre amie, puis vous, tombez dans une sorte de coma.

***

Plus tard, vous comprenez que votre réaction, dans le bar, a été bien plus rationnelle et organisée que vous ne l'avez cru dans l'immédiat. Agir comme s'il n'y avait aucun problème – même si la scène ressemble à un mauvais remake de film d'horreur – est déstabilisant pour un agresseur. C'est une réaction d'autodéfense, qui a certainement dû s'élaborer à partir de votre intuition : si vous aviez paniqué à l'intérieur du bar, il aurait peut-être paniqué à son tour. Quelque part, vous l'avez pris à son propre jeu : lui qui feignait la « normalité », vous l'avez contraint à rester dans ce script. Et puis, avec votre amie, vous avez coopéré. Si elle n'avait pas prononcé cette phrase qui puait le danger : « Il faut qu'on se barre. Maintenant. » Auriez-vous vomi aussi vite ? Auriez-vous tout fait pour la rejoindre dans les toilettes ? Auriez-vous ?… Vous ne saurez jamais.

***

Lundi matin. Vous zonez dans la rue du Planning familial de votre ville en attendant que ça ouvre. Votre esprit est encore coincé dans le bar, dans la nuit de mardi à mercredi dernier. C'est insupportable, à vous taper la tête contre un mur. À New York, à l'hôpital, on vous a tout de suite crues. Selon le médecin, vous remplissez 16 critères sur 20 de l'intoxication au GHB ou assimilé, et même si les analyses urinaires ou sanguines n'ont pu être faites, car effectivement il fallait un dépôt de plainte, il n'y a guère de doute. De toute façon, cette drogue également appelée « drogue du viol », est très difficile à détecter : après douze heures, les probabilités de trouver des traces sont quasi nulles. À l'hôpital, on vous a aussi dit : « Bravo de vous en être sorties. » Mais en vrai, vous n'en n'avez rien à foutre des félicitations. Vous voudriez juste qu'on vous libère du bar. Et pour cela, il faudrait que justice soit faite. Après le premier commissariat, vous avez appelé une unité spéciale de la police de New York sur le conseil des soignant·es. Mais là aussi on se fichait absolument de votre histoire. En France, même scénario. La policière appelée par la conseillère du Planning demande, dubita tive, si vous ne vous êtes pas intoxiquée toute seule. C'est mal connaître l'actualité. Depuis la réouverture des rades après le confinement, les affaires de GHB explosent en France, en Belgique, au Royaume-Uni, partout, au point d'alimenter des comptes Instagram nommés « Balance ton bar »1, et des rapports parlementaires. Un petit refrain retentit dans votre tête : « Culture du viol, culture du viol, culture du viol ».

Vous avez fait ce qui vous semblait juste pour vous. Parlé à vos proches et à votre psy. Contacté des militant·es étatsunien·nes. Rédigé une lettre de dénonciation avec votre amie. Envoyé cette lettre à ces allié·es, outre-Atlantique, pour qu'ils et elles name & shame 2 bien comme il faut. Les choses se sont calmées dans votre tête. Ou elles ont pris un autre chemin, celui de l'épuisement peut-être et d'une défiance parfois à fleur de peau. Quand la référente du centre d'addictovigilance de Paris a prononcé l'expression « soumission chimique » au téléphone pour qualifier votre histoire, quelque temps après les faits, vous avez failli faire un malaise. Car, même si vous vous frottez régulièrement aux questions de violence faites aux femmes dans le cadre de vos activités professionnelles, et qu'on pourrait vous qualifier de plutôt « outillée » sur le sujet, la froideur du terme, son cynisme, le calcul qu'il implique, l'usage d'un instrument extérieur, s'accompagnent désormais d'un regard calme sur vos défenses qui tombent doucement. Et ceci est tout simplement insupportable.

JBZ

1 Lire à ce sujet « #balancetonbar ou le viol sous GHB », Le Monde (11/12/2021).

2 Que l'on peut traduire par : « Pour qu'ils et elles dénoncent et couvrent de honte. »

Petit abécédaire halluciné de la guerre contre la drogue

Où il est question, pêle-mêle, d'empoisonnement au LSD par la CIA, de soldats du IIIe Reich défoncés à la pervitine, de banques qui blanchissent, de plantes interdites… Et de la vaste hypocrisie de la politique répressive.

CIA

Si les services secrets russes sont connus pour leur appétence pour les poisons, la CIA américaine a trempé dans pas mal de coups tordus liés au trafic de drogue pour financer ses guerres secrètes.

Le plus hallucinant est sans doute le projet MK-Ultra : une série d'expériences sous LSD menées entre 1953 et les années 1970 pour élaborer une « arme de contrôle mental »... Avant que la drogue sortie des labos ne devienne le carburant fétiche de la révolte psychédélique (cf. Martin A. Lee & Bruce Shlain, LSD et CIAQuand l'Amérique était sous acide, Éditions du lézard, 1994).

À défaut de parvenir à manipuler les consciences, l'agence a rapidement compris l'intérêt stratégique que représentait le trafic de drogues. En 1972, la parution de l'enquête d'Alfred McCoy, La Politique de l'héroïne – L'implication de la CIA dans le trafic de drogues (Éditions du Lézard, 1999), documente la complicité des services américains avec les trafiquants birmans du Triangle d'or et la mafia américaine, depuis les années 1940 jusqu'à la guerre du Vietnam, et ses conséquences sur le développement du trafic d'héroïne.

Autre guerre, autre drogue. En finançant la guérilla anticommuniste des Contras au Nicaragua, la CIA a sponsorisé indirectement la coke (pour la jeunesse bourgeoise) et le crack (pour celle des ghettos) qui inondaient de manière inédite le marché américain dans les années 1980. En effet, les Contras se finançaient par le biais du narcotrafic de cocaïne, parrainé par le dictateur bolivien Tejada. Le lanceur d'alerte Gary Webb qui avait révélé la corrélation entre la guerre sale de la CIA au Nicaragua et l'épidémie de crack des quartiers noirs de Los Angeles y laissera quelques plumes, perdant son job de journaliste, avant de se suicider en 2004 (cf. Secret d'État, film de Michael Cuesta, 2014).

Contre-révolution

En 1969, Michael Tabor, membre du Black Panthers Party, voyait dans les ravages provoqué par la circulation massive de l'héroïne dans les ghettos noirs et chicanos de New York, ni plus ni moins qu'une « forme de génocide où les victimes paient pour être tuées ». Dans son pamphlet Capitalisme plus drogue égale génocide, il écrit : « Les porcs racistes, les politiciens démagogues et les gros hommes d'affaires avares contrôlant les politiciens, sont ravis de voir les jeunes Noirs sombrer, victimes de la peste. Et ce pour deux raisons : d'abord c'est très profitable économiquement, et ensuite car ils réalisent qu'aussi longtemps qu'ils pourront garder les jeunes Noirs quémandant un shoot d'héroïne au coin des rues, ils n'auront aucun souci à se faire à propos de la lutte de libération que nous pourrions mener. » L'incarcération de masse – conséquence de la War on drugs initiée par Nixon en 1970, et prolongée par Reagan –, complète cette guerre faite aux pauvres et aux minorités. Dans les années 1980, la peine pour trente grammes de crack, était aussi lourde que pour trois kilos de cocaïne. En vingt ans, la population carcérale a pu ainsi quadrupler, atteignant les deux millions de prisonniers en 2001, dont 878 400 Afro-américains. Le 22 août 1989, l'ancien leader des Black Panthers, Huey Newton, accro au crack, était assassiné à Oakland par un dealer...

Guerre

Avec l'art, la guerre a sans doute été depuis l'Antiquité le plus large laboratoire des drogues, à la fois pour leur intérêt stimulant, anesthésiant, désinhibant ou sédatif. Si, durant la campagne en Égypte, Napoléon interdit à ses hommes de consommer ce haschisch qui les rendaient incontrôlables, on sait en revanche que les soldats du IIIe Reich carburaient à une méta-amphétamine puissante, la pervitine sous forme de Panzershokolade (chocolat du tankiste) ou de Fliegermarzipan pour les pilotes (cf. Norman Ohler, L'Extase totale : le IIIe Reich, les Allemands et la drogue, La Découverte, 2016). Lors du débarquement, les libérateurs américains ne furent pas en reste d'une autre amphète, la benzédrine.

Passée l'adrénaline du front et les horreurs qu'il charrie, il faut gérer le stress post-traumatique : l'addiction à l'héroïne aurait touché 20 % du contingent américain au Vietnam. Et aujourd'hui, certains vétérans d'Irak et d'Afghanistan peuvent avoir recours à la MDMA de manière expérimentale (cf. Lukasz Kamienski Les Drogues et la guerre – De l'Antiquité à nos jours, Nouveau Monde éditions, 2017). Quant au captagon, modeste amphétamine rebaptisée médiatiquement « drogue des djihadistes », son trafic – qui a généré 5 milliards de dollars en 2021 – profite essentiellement à l'État syrien et au Hezbollah.

Marihuana Tax Act

Après la fin de la prohibition aux États-Unis (1933), le directeur du bureau des narcotiques s'ennuie et, décide de porter son dévolu, non plus sur l'interdiction de l'alcool, mais sur celle du chanvre. Avec l'appui d'une presse raciste et d'une intense propagande qui stigmatise entre autres les travailleurs mexicains et les musiciens de jazz, Harry J. Anslinger va jusqu'à prétendre que le « cannabis est plus dangereux que l'héroïne et la cocaïne », le rendant responsable de tous les crimes. Avec le soutien de l'industrie pétrochimique, une taxation prohibitive est votée en 1937 sans distinguo entre cannabis récréatif et chanvre agricole, dont l'usage à bon marché concurrence l'industrie du coton, du nylon et du papier. Quant à Anslinger, il finit ses jours accro à la morphine pour soulager une prostate douloureuse.

Narcotrafic

En 2012, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, évaluait les revenus générés par le trafic de drogue à 320 milliards de dollars, soit peu ou prou le PIB du Portugal.

Il y a par ailleurs belle lurette que les revenus de la drogue alimentent les caisses noires de la finance mondiale. En 2012 toujours, la banque HSBC reconnaît avoir blanchi 881 millions de dollars provenant des cartels mexicains, mais préfère payer une amende de 1,92 milliard de dollars pour couper court aux poursuites – qui, de l'avis du département américain de la Justice, auraient pu provoquer un « désastre financier mondial ». Dès sa fondation en 1865, le groupe britannique trempait déjà jusqu'aux oreilles dans le commerce florissant de l'opium avec l'Asie. Pas facile de décrocher de vieilles accoutumances.

Peyotl

L'interdiction du peyotl en 1620 au Mexique par l'Inquisition préfigure en partie la politique menée par l'Occident contre les drogues naturelles. La prohibition des plantes magiques, assimilées à l'idolâtrie, aux plaisirs de la chair et à la sorcellerie, permettait aux missionnaires de dresser les murs de la société coloniale, derrière lesquels étaient relégués les indigènes, les métis, les mulâtres, les Noirs et les femmes (cf. Alessandro Stella, L'Herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition des drogues et l'Inquisition, Divergences, 2019). Si la coca échappe en partie à la prohibition, c'est qu'elle permettait de doper l'exploitation dans les mines. De même, l'abrutissement par l'alcool servait les intérêts des colonisateurs, comme en témoignait le vice-roi du Mexique en 1786, qui disait voir dans l'alcoolisation des indigènes « le meilleur moyen de créer un nouveau besoin qui les contraigne étroitement à reconnaître leur dépendance obligée à notre endroit ».

Toxicomanie

Au XIXe siècle, l'extraction des alcaloïdes d'opium et de coca accompagne une véritable révolution thérapeutique contre la douleur. Pourtant, comme un retour de bâton colonial, alors que l'opium, fer de lance de l'impérialisme en Asie, se répand dans la marge des métropoles occidentales, les « paradis artificiels » cèdent la place à la « toxicomanie » : « Le fléau est identifié, la lutte contre la drogue peut commencer. Le corps médical demande une loi qui assimile les toxicomanes aux aliénés et qui permette leur internement d'office », écrit l'historien Jean-Jacques Yvorel (cf. Les Poisons de l'esprit – Drogues et drogués au XIXe siècle, Quai Voltaire, 1992). Malgré le flou scientifique qui le définit, le toxicomane est vu comme un dégénéré, un déviant, un intoxiqué et un criminel qui doit être puni et sevré. En France, il est considéré comme un individu à la fois malade et délinquant selon la loi de 1970 toujours en vigueur. Le débat sur la dépénalisation semble toujours dans une impasse tandis que, partout, la logique prohibitionniste – imposée à l'échelle internationale sous patronage américain depuis la Convention de Shanghai en 1909 –, n'a fait que renforcer l'essor du crime organisé et de la corruption politico-financière tout en exposant les usagers aux risques, souvent mortels, des produits altérés et sans contrôle.

Mathieu Léonard

UMOJA & soutien à Estefano

Pour cette émission de juillet on n'est pas en direct. Une grande partie d'entre nous se retrouve aux rencontres radiorageuses dont on aura l'occasion de vous reparler à l'antenne.
- On a fait une interview avec Paulo, co-organisateur du festival UMOJA qui aura lieu à Marseille du 16 au 22 juillet !
- Après cette première partie d'émission, restez bien à l'écoute parce que vous entendrez aussi un son réalisé par Florencia en solidarité à Estefano. Estefano est une personne trans de 19 ans qui se retrouve actuellement en prison préventive au Chili pour s'être défendu contre une agression transphobe ayant provoqué la mort de son agresseur. Une interview avec un collectif chilien de soutien à Estefano pour rappeler que l'auto-défense n'est pas un délit. Merci à Aidan pour la traduction.
- On vous propose aussi une bonne playlist meuf-gouine-trans.

Bonne écoute !

Le podcast à télécharger

La grande pauvreté bien plus fréquente et beaucoup plus intense dans les DOM

La grande pauvreté est 5 à 15 fois plus fréquente dans les départements d’outre-mer (DOM) qu’en France métropolitaine. Elle y est aussi beaucoup plus intense. Dans les 4 DOM historiques (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion), les familles monoparentales, les personnes sans emploi ainsi que les retraités sont particulièrement touchés. Outre sa dimension monétaire, la caractéristique majeure de la grande pauvreté par rapport à des situations moins aiguës de pauvreté est la fréquence de privations, y compris pour des besoins fondamentaux comme la nourriture ou l’habillement pour 4 à 8 personnes sur 10 en situation de grande pauvreté. À l’exception de la Guyane, le renoncement à la voiture est moins fréquent qu’en France métropolitaine.

Entre une et trois personnes sur dix en situation de grande pauvreté dans les DOM historiques

La grande pauvreté est décrite au niveau statistique comme un cumul de très faibles revenus et de privation matérielle et sociale sévère. Elle touche des personnes en logement ordinaire ainsi que d’autres populations, au premier rang desquelles les personnes sans domicile. Les personnes en habitation mobile sont aussi très souvent en grande pauvreté [Blasco, Picard, 2021]. Cette publication se concentre uniquement sur les personnes vivant en logement ordinaire, faute de données descriptives sur les autres populations dans l’enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) (Sources).

Au seuil national, le taux de pauvreté monétaire est 2 à 4 fois plus élevé en outre-mer qu’en France métropolitaine, en lien avec des niveaux de vie plus faibles dans les DOM [Audoux et al., 2020]. La privation matérielle et sociale y est également de 3 à 5 fois plus fréquente [Robin, 2020]. Les écarts se retrouvent de manière accentuée sur la grande pauvreté. En 2018, la part des personnes vivant en logement ordinaire en situation de grande pauvreté est de 10 % en Martinique, 12 % en Guadeloupe, 14 % à La Réunion et atteint 29 % en Guyane, département le plus fortement touché, contre 2 % en France métropolitaine (figure 1). Au total, 18 % de la population française (hors Mayotte) en situation de grande pauvreté en logement ordinaire vit dans les DOM historiques (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion), alors que ces territoires rassemblent seulement 3 % de la population.

Figure 1 – Répartition de la population selon les situations de pauvreté

0102030405060708090100en %GuadeloupeMartiniqueGuyaneLa RéunionFrance métropolitaineGrande pauvretéPauvreté hors grande pauvreté¹Non-pauvretéPauvreté hors grande pauvreté¹lib1bLa Réunionlib2b42,1 %79,7 %—–79,7 %—–79.7—–79.7GuadeloupeFrance métropolitaine
  • 1. Pauvreté monétaire à 60 % du niveau de vie médian et/ou au moins 5 privations matérielles et sociales sur 13, hors grande pauvreté.
  • Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire.
  • Lecture : en 2018, en Martinique, 10,5 % des personnes sont en situation de grande pauvreté, 39,9 % sont dans une situation de pauvreté autre que la grande pauvreté et 49,6 % ne sont ni pauvres monétairement, ni en situation de pauvreté matérielle et sociale.
  • Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2018.

La grande pauvreté est aussi plus intense dans les DOM historiques qu’en France métropolitaine : le niveau de vie des personnes dans cette situation est plus bas dans les DOM, et particulièrement en Guyane. En Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, la moitié des personnes vivant en logement ordinaire en situation de grande pauvreté ont un niveau de vie inférieur à 700 euros par mois (figure 2), soit 1 400 euros de revenu disponible pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Ils ne sont qu’un quart dans ce cas en France métropolitaine. En Guyane, le niveau de vie médian des personnes en situation de grande pauvreté chute à 470 euros par mois, soit 1 000 euros de revenu disponible pour un couple avec deux enfants.

Figure 2 – Distribution des niveaux de vie de la population en situation de grande pauvreté

en euros par mois
Figure 2 – Distribution des niveaux de vie de la population en situation de grande pauvreté (en euros par mois) – Lecture : en 2018, en Guadeloupe, la moitié des personnes étant en situation de grande pauvreté ont un niveau de vie inférieur à 680 euros par mois.
1er quartile Médiane 3e quartile
Guadeloupe 500 680 830
Martinique 570 690 810
Guyane 340 470 710
La Réunion 550 690 820
France métropolitaine 670 790 850
  • Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire.
  • Lecture : en 2018, en Guadeloupe, la moitié des personnes étant en situation de grande pauvreté ont un niveau de vie inférieur à 680 euros par mois.
  • Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2018.

En matière de privation matérielle et sociale, la Guyane se distingue dans la mesure où près de la moitié des personnes en situation de grande pauvreté cumulent plus de 10 privations sur les 13 observées, contre moins d’une personne sur cinq en France métropolitaine et dans les autres DOM historiques.

Dans les DOM historiques, 4 personnes en situation de grande pauvreté sur 10 peuvent demander à des proches une aide matérielle ou financière. En France métropolitaine, cette proportion s’établit à 6 sur 10. Quel que soit le degré de pauvreté, la part des personnes ayant des proches pouvant les aider est plus faible dans les DOM ; ce constat pouvant notamment refléter les écarts de niveau de vie entre les DOM et la France métropolitaine.

Faute de pouvoir mesurer les privations matérielles et sociales, la grande pauvreté ne peut être appréciée de la même façon à Mayotte. La pauvreté y est cependant très prégnante : 194 000 personnes y vivent avec un niveau de vie inférieur à 50 % de la médiane nationale, soit 74 % de la population mahoraise. Au vu des conditions de vie beaucoup plus défavorables qu’en France métropolitaine, la quasi-totalité d’entre elles sont très vraisemblablement en situation de grande pauvreté [Blasco, Picard, 2021].

Les familles monoparentales, et les ménages complexes de Guyane, très exposés à la grande pauvreté

Dans les DOM comme en France métropolitaine, les familles monoparentales sont fréquemment en situation de grande pauvreté : 17 % de la population de ces familles est concernée en Guadeloupe et en Martinique, 24 % à La Réunion, 32 % en Guyane, et 5 % en France métropolitaine (figure 3a).

Figure 3a – Part de personnes en situation de grande pauvreté selon le type de ménage

051015202530354045           en %GuadeloupeMartiniqueGuyaneLa RéunionFrance métropolitainePersonne seuleFamille monoparentaleCouple sans enfantCouple avec enfantsMénage complexeEnsembleCouple sans enfantlib1bGuadeloupelib2b8 %2 %—–2 %—–2—–2GuadeloupeFrance métropolitaine
  • Champ : France hors Mayotte, personnes vivant en logement ordinaire.
  • Lecture : en 2018, en Guadeloupe, 20 % des personnes vivant seules sont en situation de grande pauvreté.
  • Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2018.

Les ménages complexes (ménages regroupant plusieurs familles, plusieurs générations, etc.) sont parmi les ménages les plus touchés en Guyane et en Guadeloupe : respectivement 42 % et 17 % de leur population sont en situation de grande pauvreté. En Guyane, ces ménages regroupent près du tiers de la population et sont majoritairement composés d’enfants ou de jeunes adultes (47 % des individus ont moins de 18 ans et 21 % ont entre 18 et 30 ans).

Les personnes vivant seules sont également très concernées par la grande pauvreté. C’est le cas d’environ 20 % d’entre elles à La Réunion et en Guadeloupe, près de 14 % en Martinique et en Guyane, contre 2 % en France métropolitaine.

Par ailleurs, dans les DOM, les enfants sont un peu plus souvent en situation de grande pauvreté que l’ensemble de la population : de 12 % en Guadeloupe à 36 % en Guyane. Ils vivent plus souvent dans une famille monoparentale ou un ménage complexe, contrairement à ceux de France métropolitaine qui vivent très majoritairement dans un ménage composé d’un couple. Quel que soit le type de ménage, l’absence d’emploi d’un adulte aggrave fortement la situation.

Un marché du travail difficile qui engendre de la grande pauvreté y compris à la retraite

L’emploi « protège » de la grande pauvreté : seules entre 3 % et 4 % des personnes en emploi vivant aux Antilles ou à La Réunion sont en situation de grande pauvreté, 8 % en Guyane (figure 3b). Le chômage et l’inactivité (hors étudiants et retraités) sont très répandus dans les DOM, sachant que les personnes dans ces situations sont les plus exposées à la grande pauvreté. Pour ces deux catégories de population, quels que soient le sexe et l’âge, la grande pauvreté est quasi équivalente et très fréquente : plus de 20 % aux Antilles, environ 25 % à La Réunion et 43 % en Guyane.

Contrairement à la France métropolitaine, les retraités vivant dans les DOM sont également exposés à la grande pauvreté : de 9 % en Martinique à 15 % en Guyane, contre moins de 1 % en France métropolitaine. La fragilité sociale des retraités dans les DOM est notamment à mettre en lien avec les caractéristiques du marché du travail dans ces territoires. En effet, beaucoup de ces retraités ont été confrontés au chômage, au temps partiel subi, voire au travail informel, entraînant ainsi des niveaux de pension réduits.

Des privations qui atteignent les besoins fondamentaux

Quel que soit le territoire considéré et le degré de pauvreté, l’ordre des privations les plus fréquentes est très proche. Ainsi quel que soit le niveau de ressources, les trois privations les plus fréquentes sont l’incapacité à faire face à une dépense imprévue de l’ordre de 1 000 euros, ne pas pouvoir remplacer ses meubles et ne pas pouvoir prendre une semaine de vacances hors du domicile (figure 4). La quasi-totalité des personnes en situation de grande pauvreté dans les DOM (au moins 97 %) sont confrontées à ces privations.

Figure 4a – Fréquence des privations selon les situations de pauvreté en Guadeloupe

0102030405060708090100en %Ne pas pouvoir faire face à des dépenses inattendues(environ 1 000 euros)Ne pas pouvoir remplacer des meubles hors d’usageNe pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances horsde son domicileNe pas pouvoir dépenser une petite somme d’argent poursoi sans avoir à consulter quiconqueNe pas avoir une activité de loisir régulièreAvoir des impayés de mensualités d’emprunts, de loyerou de factures d’électricité, d’eau ou de gazNe pas pouvoir retrouver des amis ou de la famille aumoins une fois par mois pour boire un verre ou pour unrepasNe pas pouvoir acheter des vêtements neufsNe pas pouvoir maintenir son logement à la bonnetempératureNe pas avoir deux paires de bonnes chaussuresNe pas pouvoir avoir un repas contenant des protéinesau moins tous les deux joursNe pas avoir accès à InternetNe pas avoir de voiture personnelleGrande pauvretéPauvreté hors grande pauvretéNon-pauvretélib1lib1blib2lib2blib31 %—–1 %—–1—–1Ne pas pouvoir faire face à des dépenses inattendues (environ 1 000 euros)Ne pas avoir de voiture personnelle
  • Champ : Guadeloupe, personnes vivant en logement ordinaire.
  • Lecture : en Guadeloupe, en 2018, 56 % des personnes en situation de grande pauvreté déclarent ne pas pouvoir acheter des vêtements neufs par manque de moyens financiers.
  • Source : Insee, enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV) 2018.

Les dépenses de loisirs sont ensuite juste derrière parmi celles affectées par la pauvreté. Ne pas pouvoir faire une activité de loisir, dépenser une petite somme d’argent pour soi, ou aller boire un verre entre amis, concernent de 6 à 9 personnes sur 10 en situation de grande pauvreté selon les territoires.

Une caractéristique majeure de la grande pauvreté est la fréquence de privations liées à des besoins vitaux, comme l’alimentation et l’habillement. L’impossibilité d’acheter des vêtements neufs touche 6 à 8 personnes en grande pauvreté sur 10 dans les DOM. Ne pas avoir deux paires de bonnes chaussures en concerne 4 à 6 sur 10. Ces privations liées à l’habillement sont 3 à 5 fois moins présentes parmi le reste de la population pauvre, et sont quasi inexistantes chez les personnes qui ne sont pas considérées comme pauvres. Concernant l’alimentation, la difficulté à pouvoir faire un repas contenant des protéines au moins tous les deux jours atteint 4 à 5 personnes sur 10 en situation de grande pauvreté.

Avoir une voiture et un accès à Internet : une nécessité même en situation de grande pauvreté ?

Chez les personnes en situation de grande pauvreté, malgré l’ampleur de la dépense, le renoncement à la voiture est l’une des privations les moins fréquentes que ce soit en France métropolitaine ou dans les DOM. Hormis en Guyane, cette privation est un peu moins fréquente dans les DOM qu’en France métropolitaine. La configuration des territoires et la faiblesse des transports en commun dans les DOM rendent la voiture d’autant plus incontournable pour conserver la capacité à se déplacer quotidiennement de manière autonome.

Internet est devenu indispensable dans la vie quotidienne, en particulier pour réaliser des démarches administratives, pour un coût relativement contenu. L’impossibilité de disposer à son domicile d’une connexion personnelle (fixe ou mobile) par manque de moyens financiers est l’une des privations les moins fréquentes, voire la moins fréquente en France métropolitaine, à La Réunion et en Martinique.

4 JOURS DE WEBRADIO RADIORAGEUSES ...

Comme presque chaque année, les personnes qui composent le réseau Radiorageuses se retrouvent pour des rencontres d'échanges de savoir, de création, et d'organisation ..., le tout en autogestion.
Ces rencontres auront lieu dans l'Aude entre les 7 et 11 juillet.

Elles seront l'occasion de faire vivre une Webradio temporaire que vous pourrez écouter en continu 24h/24 ; avec du direct, des créations sonores, de la musique, et une sélection d'émissions en rediffusion !

Pour nous écouter, connectez-vous sur le site radiorageuses.net entre le jeudi 7 Juillet, dès 7h du mat' et le lundi 11 juillet à midi.

LES TEMPS FORTS EN DIRECT DE CES RENCONTRES :

- Les matinales : de 9h à 9h30 (ou plus tard), entre vendredi 8 et dimanche 10.
- Le créneau entre 14h30 et 16h30, est réservé dès le jeudi 7 et jusqu'au dimanche 10, pour des prises de direct (plateaux radio, ateliers, etc.).
- Les créneaux du soir : de 21h30 à 22h, un troisième temps de direct avec des récits des ateliers de la journée, ou tout autre chose.

Et "Last but not least" : LA NUIT DE LA RADIO est fixée le samedi 9 juillet, dès 19h !

Enfin, cette année on a créé un serveur féministe pour héberger les données et les programmes et des logiciels de programmation. C'est notre première expérience d'auto-hébergement on a hâte de tester ça avec vous ! Alors si vous remarquez un bug en nous écoutant, ou que vous voulez nous envoyer des remarques le temps des rencontres, on vous laisse un mail : webradiorageuses[at]riseup.net

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 12/07/2022

0 / COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/ENOLA GAY

1/ AT THE DRIVE-IN (El Paso, US) « Governed by Contagion » from « In-ter-a-li-a » LP (2017)

2/ CATHARSIS (Tychy, Pologne) « Your Truth » from « Your truth » LP (1993)

3/ GORILLA ANGREB (Kobenhavn, Danemark) « De Kommer Ud op Natten » from « s/t » EP (2004)

4/ ANTI-SYSTEM (Bradford, UK) « Take a look at life » from « A Look at Life + Compilation Tracks & 1982 Demo » LP (2011)

5/ LOST CHERREES (London, UK) « Living in a Coffin » from « Singles 82-85 » LP (2012)

6/ THE SOCIAL (Liverpool, UK) « Disorder (The Exploited) » from 5-Track Demo (2022)

7/ NUEVA ETICA (Buenos Aires, Argentine) « Inquebrantable » from « Inquebrantable » LP (2006)

8/ NO HOPE FOR THE KIDS (Kobenhavn, Danemark) « Kolyma » from « s/t » LP (2003)

9/ ESKORBUTO (Bilbao, Espagne) « Mucha Policia, Poca Diversion » from « Jodiendolo Todo » LP (1983)

10/ NUKIES (Stockholm, Suède) « Dark Times » from « Can’t you tell that this is Hell » Tape (2022)

11/ OXY (Sacramento, US) « Plunge » from « s/t » EP (2022)

12+13/ FASTCASE (Sacramento, US) « Blue Virus » + « Zoloft » from « Fuck Your System » Tape (2022)

14/ DOCTRINA (Sevilla, Espagne) « Desprendimiento » from « Desprendimiento » LP (2022)

15/ LOW LIFE (Sidney, Australie) « Agony & XTC » from « From Squats to Lots : The Agony & XTC of Low Life » LP (2021)

16/ UTOPIE (Lille, France) « Mauvais Sort » from « Seconde Figure » LP (2022)

17/ BARRENCE WHITFIELD & THE SAVAGES (Boston, US) « Slowly Losing my Mind » from « Soul Flowers of Titan » LP (2018)

18/ NOMEANSNO (Vancouver, Canada) « It’s catching up » from « Wrong » LP (1989)

19/ POISON IDEA (Portland, US) « Plastic Bomb » from « Feel the Darkness » LP (1990)

20/ PROPAGANDHI (Winnipeg, Canada) « Victoria Lap » from « Victoria Lap » LP (2017)

21+22/ MOB TIES (Athens, Grèce) « You will see » + « Waste » from « Demo » (2022)

23/ STILETTO (Singapour) « It comes from below » from « Demo » (2022)

24+25/ LIVING WORLD (Pittsburgh, US) « Earthling Man » + « Safe » from « World » EP (2022)

26/ CIRCLE JERKS (Hermosa Beach, US) « Question Authority » from « Wild in the Streets » LP (1982)

27/ ANGRY SAMOANS (Los Angeles, US) « Right Side of my Mind » from « Inside my Brain » LP (1980)

28/ HAPPY DRIVERS (Angers, France) « Lame de Fond » from « War » LP (1990)

29+30/ RASHOMON (Washington DC, US) « Nin-Gen » + « Patriot » from « Nin-Gen » EP (2022)

31/ PERSONA (New York, US) « Race to the Bottom » from « Free yer mind » EP (2022)

32/ COMMANDO (Lyon, France) « Vide » from « Les Genoux Écorchés » LP (2022)

33/ THE RABBLE (Auckland, Nouvelle-Zélande) « This World is Dead » from « This World is Dead » LP (2007)

34/ THE RUTS (London, UK) « Something that I said » from « The Crack » LP (1979)

35/ THE UNDERTONES (Derry, Irlande) « My Perfect Cousin » from « Hypnotized » LP (1980)

36/ EX-PARENTS (Roanoke, US) « Slump » from « Demo » (2022)

37/ ANGRY RATS (Rennes, France) « New Clear War » from V/A « 1984: The First Sonic World War » LP (1984)

38/ KARNAGE (Clermont-Ferrand, France) « The Cops are coming » from « Total Terminus » EP (1984)

CIRCLE JERKS

Lilith : retour aux origines !

A la fin des années 2000, huit meufs se retrouve dans une vieille maison de Rive de Giers à monter une émission qui va révolutionner la bande FM, à l'époque où il n'y a que deux émissions féministes et demi. Elles s'appellent Lilith Martine et les autres et elles ont le désir de se faire entendre et de donner la paroles à celles qu'on entend jamais dans les médias.
Aujourd'hui, c'est une spéciale nostalgie : on vous raconte les débuts et les dessous de cette émission qui a aussi changé nos vies à toutes. Dans le studio, il y a pas mal de personnes qui ont participé à cette aventure, des pionnières aux nouvelles. Ce n'est pas la fin mais c'est l'occasion de se rencontrer, de se transmettre les témoignages et expériences et de célébrer la radio féministe.
Pour l'occasion, on a ressorti des archives de jingles, des bouts d'émissions et on a préparé tout un tas de question. On est direct pour une heure et peut-être plus d'échanges, de souvenirs et d'émotions.

Vacances au bled - La double présence des enfants d'immigrés

Oyez, pour la dernière émission des Oreilles loin du front de la saison, cette semaine, on parlera en plateau avec la sociologue Jennifer Bidet de son livre "Vacances au bled - La double présence des enfants d'immigrés"aux éditions Raisons d'agir.

Présentation de l'éditeur :
Depuis plusieurs décennies, les débats politico-médiatiques et les travaux scientifiques questionnent l'intégration des enfants de l'immigration postcoloniale à la République française. Ce livre renverse la perspective en étudiant leur sentiment d'appartenance à la nation algérienne. Que signifie « être algérien » quand on a toujours vécu en France, et que la connaissance de ce pays se réduit à de courts séjours de vacances ?

À partir d'archives, d'observations et d'entretiens collectés sur les deux rives de la Méditerranée, cette enquête donne à voir comment cette binationalité est vécue. Les vacances au bled font apparaître des appartenances territoriales et familiales plus éclatées que l'opposition binaire « Français/Algérien ». Selon les situations, les descendants d'immigrés se jouent des catégorisations ethniques pour définir leur place. Les récits et expériences de ce sentiment d'appartenance nationale varient selon les parcours de vie des descendantes et descendants d'immigrés, faisant éclater la fausse homogénéité de la « deuxième génération ».

Ces appartenances renvoient plus largement à un double positionnement dans des hiérarchies de classe, de sexe et ethno-raciales en France et en Algérie. Les vacances au bled révèlent les positions sociales divergentes des enfants d'immigrés et de leur famille entre les deux sociétés, soulignant les dynamiques de mobilité sociale en migration. Dans les maisons familiales ou sur les plages, leurs statuts d'enfants d'ouvriers immigrés sont rebattus – tout comme leurs rôles de genre et leurs assignations ethno-raciales.

Jennifer Bidet était déjà venue en plateau pour parler de Plages, territoires contestés avec l'historienne Elsa Devienne et de la BD Les vacances au bled.

Addictions en milieux TPG

Pour ce deuxième volet de nos émissions sur les addiction, on a interviewé trois personnes qui nous racontent leurs histoires avec la consommation de produits et les addictions. Ces merveilleuses personnes nous donnent aussi leurs différents points de vue sur la prise en compte de ces consos et plus largement des questions de dépendances dans les milieux TPG.
On espère que, comme pour nous, l'écoute de ces témoignages alimentera vos réflexions et vous donnera envie de discuter plus collectivement de comment on aborde nos rapports aux produits et aux addictions dans nos communautés... En tout cas, nous on souhaite fort que ces émissions permettent d'engager la discussion sur ces questions là.

Encore un gros merci aux personnes qui ont joué le jeu de répondre à nos questions pour cette émission !!!

Bonne écoute !!

Not an addict ?

On a constaté, et encore plus avec l'été qui arrive et les terrasses ensoleillées, que la consommation d'alcool est souvent très présente dans nos sociabilités, voire même la consommation d'autres produits... Du coup, on a eu envie d'aller questionner ces pratiques et aussi de nous questionner sur ce que ça implique pour certain.e.s d'entre nous quand ces consommations deviennent addictions... Alors on en a beaucoup parlé et dans cette émission on s'appuie sur la brochure "Mon edge est tout sauf straight" pour décortiquer un peu ce qui se joue dans nos vies par rapport aux produits et dans les milieux TPG. Aux zhérissons on en est pas toustes aux mêmes endroits sur la question des prods et des addictions et dans cette émissions on essaie de parler de nos places par rapport à tout ça. On espère que vous kifferez écouter et que ça vous donnera envie de développer plus de discussions collectives sur ces sujets ! Bonne écoute !

Brochure : Mon edge est tout sauf straight : vers une critique queer radicale de la culture de l'intoxication"

Musiques : K's Choice - Not An Addict / Emeline Tout Court - La Pochtronne / Jefferson Airplane -White Rabbit / Hoshi - Femme à la mer

Rencontre avec Aïda Salander

Salut !
en ce début de juillet nous sommes parties en vacances, mais nous avions envie de partager avec vous une rencontre de cet hiver.
On va écouter Aida Salander, DJ tunisienne, lors d'une fin de résidence aux beaux arts de Valence, puis un de ses djset.

Bonne écoute, bon été !

https://aa-e.org/fr/artiste/salander-aida/

https://soundcloud.com/aidasalander

Florilège de fin de saison 2021-2022

Pour cette (avant) dernière émission de la saison, l'équipe des Oreilles Loin Du Front vous a concocté un petit florilège avec une sélection des moments forts de l'année :
- avec l'historienne Claire Lemercier sur La valeur du service public.
- avec la sociologue Marie-Anne Dujarier sur Troubles dans le travail
- avec la sociologue Danièle Linhart sur L'insoutenable subordination des salariés
- avec la chercheuse Carine Clément sur Contestation sociale à bas bruit en Russie - Critiques sociales ordinaires et nationalismes
- avec la sociologue Rose-Marie Lagrave sur Se ressaisir - Enquête autobiographique d'une transfuge de classe féministe

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 28/06/2022

0 / COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/ENOLA GAY

1/ JALANG (Melbourne, Australie) « Derak Tulang » from « Santau » LP (2021)

2+3+4/ PETKAH (Melbourne, Australie) « Tortured »+ »Homophobic State »+ »Bringing Everyone » from « s/t » EP (2014)

5/ ACTIVE MINDS (Scarborough, UK) « Take a straight » from « Capitalism is a disease » EP (1991)

6/ BORN DEAD ICONS (Montreal, Canada) « War » from « Salvation on the Knees » LP (2002)

7/ LOOSE NUKES (Houston, US) « KGB » from « Dead Future » EP (2022)

8/ SYNDROME 81 (Brest, France) « Vivre et Mourir » from « Prisons Imaginaires » LP (2022)

9/ ADOLESCENTS (Fullerton, US) « Welcome to Reality » from « Welcome to Reality » EP (1981)

10/+11 FAITH (Washington DC, US) « No Choice «  + « Untitled » from « Subject to Change + First Demo » (2011)

12/ CONSUME (Seattle, US) « Stormcloud » from « s/t » LP (2004)

13/ TO WHAT END ? (Stockholm, Suède) « Kasserad Futur » from « Concealed below the Surface » LP (2004)

14/ EXPOLLUTANTS (New York, US) « Voicemail from a Deadman » from « s/t » EP (2022)

15/ SNUFFED (Chicago, US) « Coping Human Waste Pt.1 » from « Coping Human Waste » LP (2022)

16/ FRUSTRATION (Paris, France) « Too Many Questions » from « Relax » LP (2008)

17+18/ CUIR (Lorient, France) « Roi des Gogues » + « Prenons de la Drogue (Zeke) » from « E.P. » (2022)

19/ UZI (Bogota,Colombie) « Existencia Absurda » from « Cadena de Odio » LP (2019)

20/ REPEAT OFFENDER (Los Angeles, US) « Nobody’s Fool » from « Promo 2022 » (2022)

21/ GOING AWAY PARTY (Paris, France) « Ghost Train » from « A Ride with our Ghosts » LP (2021)

22/ HEAVY HEART (Nantes, France) « We’ll be around » from « Closer » LP (2021)

23/ MACADAME (Creuse, France) « Bien Pagao » from « Live Barrack » (2021)

24+25/ JARADA (Tel Aviv, Israël) « Sixth Column » + « Fed up with the Future » from « Ma’agal Sina’a » LP (2019)

26/ JUDGEMENT (Japon) ?

27/ KRIGSHOT (Orebrö/Stockholm, Suède) from « Maktmissbrukare » LP (1999)

28+29/ HÜSKER DÜ (Minneapolis, US) « Bricklayer » + « Punch Drunk » from « Everything Falls Apart » LP (1983)

30/ YELLOWCAKE (Phoenix, US) « Insensate Power » from « Can you see the Future ? » EP (2022)

31/ DESAMPARO (Santiago, Chili) « Izquierdistas Burgueses » from « Estas Condenado al Fracaso » Tape (2022)

32/ DIRTEEZ (Marseille, France) « Thirsty Road » from V/A « Une sale bande pour la Salle Gueule » Tape (2020)

33/ APES BRIGADE (Marseille, France) « The Interrogation of the God » from V/A « Une sale bande pour la Salle Gueule » Tape (2020)

34/ DISAFFECT (Glasgow, Écosse) « Storm Coming » from « An Injury to One is an Injury to All » EP (1992)

35/ KILL THE MAN WHO QUESTIONS (Philadelphia, US) « No Excuse » from « Pigeon English » EP (2000)

36/ ACCION NEFASTA (Mexico, Mexique) « Piojos y Pulgas » from « s/t » LP (2022)

37/ XUI (Oakland, US) « Pray4Pain » from « Demo » (2022)

38/ NO TREND (Ashton, US) « Cancer » from « You Deserve Your Life » LP (2018)

39/ GIRLS IN SYNTHESIS (London, UK) « Phases » from « Pre/Post 2016-2018, A Collection » LP (2019)

40/ CAPITALIST CASUALTIES (Santa Rosa, US) « On the take» from « Raised Ignorant » EP (1993)

41/ DESCENDENTS (Manhattan Beach, US) « We » from « Everything Sucks » LP (1996)

42/ SUB-REJECTS (Kuala Lumpur, Malaisie) « Revolution Inside » from « Humans are like Cock Fight » (2022)

43/ BLEAKNESS (Lyon, France) « Dancing with Darkness » from « Life at a Standstill » LP (2022)

44/ LIQUIDS (Hammond, US) « Little, Laughing Man » from « 100% Shit » (2020)

45/ CRESS (Wigan, UK) « Manslaughter » from « From Violence to Consumerism » LP (1999)

JALANG

#17 Journal d'un AssaSynth - Martha Wells

Pour ce dernier épisode avant l'été, on vous présente Journal d'un AssaSynth de Martha Wells. C'est une série de 6 romans d'action, plein de suspens et d'humour, avec une réelle attention aux représentations de genre. La plupart des tomes sont très courts et assez faciles à lire… parfait pour les vacances !

Si vous avez envie d'aller voir les textes qu'on cite dans cette émission :

Pour le montage, on s'est servi d'extraits de musiques du groupe rhonalpien Lovataraxxx.

Bonne écoute, et profitez bien de l'été !

#17 Journal d'un AssaSynth de Martha Wells #17 Journal d'un AssaSynth de Martha Wells
#17 Journal d'un AssaSynth de Martha Wells #17 Journal d'un AssaSynth de Martha Wells

Cette émission était diffusée le 27 juin 2022.

Il y a un flux RSS pour notre émission, si vous voulez vous abonner en mode podcast.

Les luttes féministes et l'antiféminisme des hommes et des femmes

Le 15 juin, on vous a diffusé des extraits d'une conférence de Christine Bard, professeure à l'université d'Angers, autrice de La révolution féministe et Les garçonnes, suivie d'un débat avec la participation de Sabine Lambert et de Héloïse Morel, membres du Planning familial. Animation : Louise Fromard.

Les luttes féministes ont une histoire ancienne et sont aujourd'hui en pointe. Et l'antiféminisme est toujours aussi vivace, un antiféminisme pétri d'idées reçues, bien représenté à l'extrême-droite et dans les courants traditionalistes, mais également plus diffus, dans la vie quotidienne, au travail, dans les institutions et parfois dans les mouvements sociaux. Penser cette histoire et partager l'expérience des luttes, c'est contribuer aux progrès d'une société fondée sur l'égalité.

Déb'Acteur

Ce soir, aux Oreilles loin du front on parle participation, immersion même, dans des ateliers de démocratie avec la Coop Déb'acteur. Une belle initiative pour renouer avec le débat public, s'emparer de sujets qui nous concernent toutes et tous et découvrir l'empathie politique !

Voir en ligne : Deb'acteur

Émission musicale, un melting-pot du début d'été !

On vous fait écouter nos petites découvertes du jour, nos coups de coeur du moment et nos morceaux préférés de toujours !

Un beau mélange musical, sans fil, sans cohérence de style ou de genre, mais que des trucs qu'on kiffe !

Musical sans genre

Bonne écoute !

Pour télécharger : clic droit sur l'icone et enregistrer la cible du lien sous

Musical sans genre
Voir en ligne : l'émission ici