Berlin (Allemagne): retour sur la journée agitée du 16 juin 2021 dans la Rigaer Strasse

Le matin du 16 juin, la Rigaer Straße, la Dorfplatz et jusqu’à la Zellestraße, ont été occupées par de nombreuses personnes, pour empêcher une tentative d’expulsion camouflée sous une prétendue inspection de la sécurité incendie, prévue pour le 17 juin. Ce 16 juin, la police voulait instaurer une «zone rouge» dans les rues alentour.

Peu avant 11 heures, des grandes barricades ont été érigées avec des pneus, des fils barbelés, des matériaux de chantier et des poubelles. Des pneus ont été enflammés de chaque côté de la Rigaer Straße. Alors que des importantes forces de police s’approchaient de ce secteur, les grandes barricades ont été incendiées elles aussi. Les barricadier.e.s ont repoussé la police à coups de pierres et de feux d’artifice lancés contre les petites unités de flics en tenue anti-émeute.

Pendant les deux ou trois heures qui ont suivi, les flics n’ont jamais vraiment tenté de prendre les barricades. Chaque pas en avant de leur part était bloqué dés le départ par des caillassages.

Ce temps a été utilisé pour renforcer les barricades et apporter du matériel en plus pour les défendre. En dehors de la zone autonome, le nombre de personnes a augmenté et des slogans ont été entonnés, des feux d’artifice ont été allumés dans des rues adjacentes, et du matériel pour faire des barricades a été disposé sur la chaussée. Le quartier Nordkiez a été noyé par des nuages de fumée noire et par les éclats de feux d’artifice venant de la Rigaer Straße. L’ancien squat Liebig34 était enveloppé d’une fumée noire et certaines des nouvelles fenêtres du bâtiment ont été brisées.

Tout autour, un nombre toujours plus important de flics prenait place. Après environ deux heures, les premières unités venant d’en dehors de Berlin, probablement mandatées à l’avance, sont arrivées, et peu après, vers midi, des canons à eau et des chars étaient en route sur la Karl-Marx-Allee pour déblayer la chaussée. Les positions respectives était devenues statiques.

Tout cela ne pouvait plus être résolu autrement qu’avec l’utilisation des gros moyens. C’est ce qui s’est passé un peu plus tard. Sous les caillassages, des canons à eau s’approchaient des barricades en feu depuis l’est et depuis l’ouest, éteignant les incendies et refroidissant l’asphalte qui fondait. Puis, les blindés ont commencé à pénétrer dans le secteur qui était l’objet du conflit. Peu après, les troupes à pied, d’habitude si sûres d’elles, sont arrivées, hésitantes, dans le secteur et ont dû lutter avant de pouvoir atteindre les entrées du bâtiment du 94 Rigaer Straße. Les feux d’artifice ont repris une fois encore, jusqu’à atteindre leur paroxysme, avant que la zone autonome temporaire ne se dissolve complètement et que le quartier ne soit soumis au contrôle total de la flicaille, presque au moment prévu par leur calendrier officiel. Selon les premières estimations, personne n’a été arrêté.

[Article rédigé à partir de la traduction par Attaque d’un article publié en allemand le 16 juin 2021 sur Kontrapolis.]

Leipzig (Allemagne): pour l’insurrection, pour Rigaer94 – Incendie à la Maison de la police et du Parquet

Dans nos pensées, pendant que nous mettions le feu à la Maison de la protection judiciaire de la jeunesse [Note d’Attaque: institution où des représentants du Parquet, de la police, de l’assistance judiciaire à la jeunesse et de la Ville travaillent ensemble pour réprimer et prévenir la «délinquance juvénile».], la nuit dernière, nous étions aux côtés des courageux.ses combattant.e.s de la zone autonome de la Rigaer Straße. Notre solidarité ira toujours aux personnes qui ne se rendent pas sans combattre.

Les Zones rouges entravent des quartiers entiers et sont l’un des moyens contre-insurrectionnels les plus efficaces. La Maison de la Protection judiciaire de la jeunesse, dans le quartier de Reudnitz, à Leipzig, est aussi un acteur de la pacification des individus rebelles, notamment des «délinquants juvéniles habituels», comme nous. Ici, les flics et le Parquet travaillent main dans la main. Du coup, nous avons pensé que c’était un bon signe de solidarité de mettre le feu à plusieurs pneus devant la Maison de la Protection judiciaire de la jeunesse, ainsi qu’à sa porte.

La Maison de la Protection judiciaire de la jeunesse a été frappée à plusieurs reprises ces dernières années. Ceux qui mettent «Police et Parquet», écrits en gros, sur leur porte d’entrée, seront attaqués!

Beaucoup de force aux gens de Berlin, pour les jours à venir!
Ne laissez pas les flics en paix!

[Publié le 17 juin 2021 sur Attaque. Traduit de l’allemand depuis un article publié le 17 juin 2021 sur Kontrapolis.]

Mobilisation nationale contre l'extrême-droite le 3 juillet à Perpignan

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ill

Rédaction ven 18/06/2021 - 15:48

UL CGT Béziers : appel à manifester contre l'extrême-droite le 3 juillet à Perpignan

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SALARIES, RETRAITES, PRIVES D’EMPLOI

TOUTES LES RAISONS DE NE PAS VOTER POUR L’EXTREME DROITE ET DE MANIFESTER A PERPIGNAN LE 3 JUILLET 2021 !

Rédaction ven 18/06/2021 - 15:08

Solidaires Finances Publiques : Pourquoi une lutte syndicale et spécifique contre le Fn / Rn ?

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Le syndicalisme est porteur de valeurs radicalement opposées aux idées du Fn / Rn.

Rédaction ven 18/06/2021 - 15:00

Services Publics Magazine n°120 : dossier spécial contre l'extrême-droite et page VISA

Expressions Solidaires n°100 : 3 questions à VISA

Communiqué unitaire sur les attaques de l'extrême-droite à Tarbes le 12 juin

Communiqué unitaire sur les attaques de l'extrême-droite à Tarbes le 12 juin

Une manifestation pour les libertés et contre les idées d’extrême droite s’est tenue hier à Tarbes, comme partout en France, à l’appel de nombreuses organisations locales syndicales, politiques et associatives.

Rédaction ven 18/06/2021 - 14:28

VISA 34 : 8 pages contre l'extrême droite

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Rédaction ven 18/06/2021 - 14:25

VISA 34 : faits et méfaits de l'extrême droite dans le 34 - mai 2021

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1er mai

 

Rédaction ven 18/06/2021 - 14:23

« Moi, petit blanc éduqué, j'ai découvert le monde des oubliés en passant une nuit en garde à vue »

Alors qu'ils manifestaient dans la Drôme pour interpeller Emmanuel Macron et pour réclamer une autre politique agricole, trois agriculteurs ont été interpellés avant de passer une nuit en garde à vue. L'un deux raconte.
Les mots peinent à venir. Moi, petit blanc privilégié, éduqué, j'ai passé la nuit en garde à vue (GAV). Oh, rien de nouveau, ça fait longtemps qu'on oublie les oubliés, ça fait longtemps. Mais moi, petit blanc éduqué, j'ai passé la nuit en GAV. J'avais rien fait. Ils le criaient aussi les (...)

- Témoignages / , ,

« Pôle emploi m'a radié et on m'a supprimé le RSA » : la pression s'intensifie contre les chômeurs

Le Conseil d'État doit décider s'il suspend ou pas la réforme de l'assurance chômage. Contrôlés, menacés de radiation, bloqués dans leur démarches de formation, les chômeurs font déjà l'objet d'une pression toujours plus grande. Témoignages.
Le 10 juin, le Conseil d'État a examiné la légalité de la réforme de l'assurance chômage, suite à sa saisie par les syndicats CGT, Solidaires et FSU. Cette réforme très contestée a été repoussée à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie. Sauf si le Conseil d'État la (...)

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Berlin: Rigaer 94 – à nos ami-es et camarades

Grâce à tout le soutien qui a été développé au cours des dernières semaines et surtout des deux derniers jours de préparation et de lutte collective contre nos ennemis communs, nous avons réussi à développer les journées de lutte les plus intenses que nous aurions pu imaginer. Des journées qui ont transformé tous les plans de l’État et de la capitale en une catastrophe. Un grand rappel pour nous-mêmes, notre collectif et ses partisan-es, de l’importance des réseaux du mouvement, des infrastructures de solidarité et d’auto-organisation.

En commençant par la défense du quartier contre l’établissement de la zone rouge, nous avons tiré la bonne conséquence des agressions de l’État et du marché immobilier contre les habitant-es de la ville. L’annonce de zones de danger et de zones rouges, où les gens deviennent des cibles faciles pour la police afin de créer une atmosphère d’isolement et de peur, est devenue une normalité dans cette ville de riches. Ces dernières années, nous avons assisté à de nombreuses occasions où, en tant que personnes visées par les attaques de l’État, nous avons dû protester presque silencieusement devant les barrières, gardées par une force de police militarisée. Citons l’expulsion de l’école Ohlauer à Kreuzberg, l’expulsion du Kiezladen Friedel54 et tous les autres projets comme Syndikat, Meuterei et nos voisins Liebig34. Cet état de fait ne peut plus être toléré – le peuple doit se soulever !

C’est pourquoi, pendant plus de 48 heures, nous avons réussi toustes ensemble, localement et de manière décentralisée, à prendre l’offensive dans les rues et à défendre nos structures et nos idées par des moyens militants et à faire pression avant même que les ennemis n’aient commencé leurs opérations de répression. Nous avons décidé de ne pas attendre que les laquais de l’État créent une autre zone où iels peuvent facilement cibler les structures autonomes et les quartiers rebelles. C’est pourquoi une zone autonome a été construite autour du Rigaer94 à une heure à laquelle les flics ne s’attendaient pas. Les rues ont été fermées avec de nombreuses personnes et une défense de longue durée des barricades a eu lieu, avec les moyens du mouvement autonome. Jusqu’au déploiement d’équipements techniques lourds comme un char d’expulsion et deux canons à eau, la police n’a pas pu entrer dans notre rue. Comprenons ces événements comme une proposition aux personnes dans le domaine métropolitain et en dehors de celui-ci, pour répondre aux attaques à venir. Pas seulement contre Rigaer94, mais aussi contre Köpi et tous les autres projets menacés et nos idées, ainsi que toute attaque de l’État et de sa simple présence.

Mais la guerre de l’État et du capital n’est pas encore terminée. Ils vont non seulement tenter d’attaquer à nouveau Rigaer94, mais aussi attaquer et cibler chaque structure et individu qui se bat quotidiennement contre cette société asphixiée. Nous devons continuer à nous organiser et élargir nos réseaux de solidarité. Nous appelons à une lutte plus intensive non seulement autour de Nordkiez pour renforcer la continuité de ce quartier rebelle, mais aussi de manière décentralisée, dans chaque coin de la ville.

Continuons à lutter toustes ensemble contre la ville des riches. Jusqu’à ce que tous les plans initiaux de l’Etat et de la capitale soient réduits en cendres !

Amies et camarades de Rigaer94

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La P'tite Blan et l'évolution des saveurs...

Notre monde s'effondre... Cette semaine, depuis sa campagne, la P'tite Blan nous parle de l'évolution des saveurs...

One ear later : Retour sur l'emission sur Rosa Luxemburg et la Commune

Depuis l'autre coté de la Manche, Marion dans sa chronique rétroactive revient sur l'émission avec Dominique Villaeys-Poirré sur Rosa Luxemburg et la Commune, une histoire de révolution pour aujourd'hui.

Le documentaire sonore "Un Morceau de Chiffon - Lorraine coeur d'acier"

Double anniversaire pour la radio qui fête en France le centenaire de la première émission et les 40 ans des radios libres. Pour célébrer ça, on reviendra ce soir sur l'aventure d'une radio pirate, libre et populaire, Lorraine Cœur d'Acier à travers des extraits du documentaire sonore "Un Morceau de Chiffon" réalisé par Pierre Barron, Raphaël Mouterde et Frédéric Rouziès.

Pour aller plus loin vous pouvez ecouter :
- notre émission avec l'historienne Ingrid Hayes sur son livre Radio Lorraine coeur d'acier, 1979-1980 Les voix de la crise
- notre émission avec Pierre Barron, Raphaël Mouterde et Frédéric Rouziès sur la création de leur documentaire sonore un morceau de chiffon rouge autour de l'aventure la radio Lorraine Cœur d'Acier.

Vous pouvez lire la bd Lorraine Cœur d'Acier Histoire d'une radio pirate, libre et populaire (1979-1981)

La fin du monde industriel ?

Pendant dix ans, de 2005 à 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de CQFD une chronique corrosive intitulée « Je vous écris de l'usine ». Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguisé sur l'impact des restructurations et des fermetures.

Illustration de L.L. De Mars

J'ai travaillé pendant plus de quarante années en usine. Une usine de l'industrie chimique de la région de Rouen (Seine-Maritime). Gasp ! Quarante ans dans la même usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je vous en ai déjà parlé, il y a quelques années, à travers ma chronique « Je vous écris de l'usine [1] ».

Et, ce n'est pas pour jouer au vieux con mais, pendant tout ce temps, j'en ai vu des usines fermer, des régions sinistrées, des ouvriers qui se battent pour leur survie, des suicides lors de licenciements, des chômeurs... Dans la région rouennaise, dès les années 1970, j'ai commencé à voir plier boutique les usines de filature et de métallurgie. Après, ce furent les usines chimiques – notamment d'engrais, nombreuses dans le coin –, suivies des sous-traitants de l'automobile. Cela a toujours entraîné des conflits, souvent durs et longs, rarement victorieux.

À chaque fermeture son lot de chômeurs mais aussi un brassage. Dans l'usine où je pointais, ce sont des ouvriers licenciés de papeteries ou d'usines d'engrais, des chaudronniers, des électriciens, qui arrivaient pour remplacer nos collègues partant en retraite. C'était une bonne chose pour nous : chacun amenait ses expériences de travail mais également de rapport à la hiérarchie voire de bagarres sociales.

Dans mon usine aussi, nous avons connu des restructurations ; des arrêts d'ateliers pour cause de vétusté ou d'obsolescence ; des produits qui se vendent moins bien, aux yeux des actionnaires. Ce qui fait que, de rachats en changements de nom, l'effectif de l'usine, en quarante années, est passé de 2 000 à 350.

De très nombreuses fois, nous avons pensé que la boîte allait fermer. À chaque annonce de plan « social », nous étions convaincus que ce serait le dernier. Quand nos usines sont passées sous le giron de Total, nous savions que c'était pour se débarrasser d'un secteur jugé pas assez rentable. La catastrophe d'AZF, à Toulouse en 2001, a obligé Total à ralentir ses velléités. Les fermetures ont tout de même eu lieu et près de dix usines ont disparu, année après année. En 2013, échaudé par un des procès de la catastrophe, à l'issue duquel la responsabilité d'une de ses filiales avait été pointée, Total a vendu ce qui restait : ses trois derniers sites de fabrication d'engrais (se situant dans des zones fortement agricoles et surtout céréalières) à Borealis, boîte autrichienne aux capitaux venant d'Abu Dhabi. Une 4e située à Mazingarbe (Pas-de-Calais) a été cédée à Maxam. Aujourd'hui, Maxam ferme l'usine et Borealis cherche à revendre ses sites français depuis deux ans. Ça continue.

*

Les restructurations et les délocalisations font partie de l'histoire industrielle. Les fabriques, ateliers, usines ont régulièrement connu des mutations, parfois brutales. Cela commença sans doute lorsque la vapeur et les turbines remplacèrent les moulins le long des fleuves et rivières. Ensuite il y eut le gaz puis l'électricité, le taylorisme, le toyotisme, l'automatisation, la robotisation, l'informatisation...

À chaque bouleversement technique son lot de changement de façon de travailler, mais aussi ses fermetures d'usines ou ses constructions de nouveaux sites.

Outre les modifications de produits et évolutions des techniques, outre les modes, outre les ateliers trop vieux, c'est désormais surtout une guerre économique qui se joue à coups de dividendes jugés toujours trop faibles par les actionnaires. Et si, devant les caméras, les PDG se tapent dans le dos, c'est pour mieux s'écharper sur les marchés. Chacun d'entre eux ne visant qu'à faire couler ou acheter le concurrent.

Évidemment, ceux qui trinquent sont celles et ceux qui travaillent dans ces boîtes. Aussi bien les salariés qui sont virés que ceux qui les remplacent dans un autre pays où l'usine a été réimplantée et où l'on bosse pour des salaires de misère.

En Europe, il semblerait qu'il y ait eu une certaine inertie dans les restructurations, notamment par rapport au continent américain où, pourtant, le tissu industriel s'amenuise aussi.

En moins de quarante ans, le nombre d'ouvriers en France, répertorié par l'INSEE, est passé de 6,9 millions à 5,3 millions... Ce n'est pas rien. Et c'est surtout dans l'industrie que ça s'est vidé.

Pour autant, au niveau mondial, le nombre d'ouvriers est en progression. Ils se trouvent maintenant en Asie, où l'agriculture intensive a vidé les campagnes et offert une main-d'œuvre pas cher aux entreprises qui prospèrent désormais en Inde, au Pakistan, en Chine, en Corée...

Aujourd'hui, la situation sanitaire et économique contribue à amplifier le mouvement vers une industrie connectée, déjà entrepris depuis quelques années. L'industrie asiatique a pris les devants mais, dans les pays occidentaux, pour ceux et celles qui ne se retrouvent pas sur le carreau, cela entraîne la casse des collectifs : télétravail et ubérisation des métiers. Ainsi que la fin du salariat (c'est autre chose que l'abolition du salariat revendiquée jadis) par la mise en concurrence de chacun, sommé de devenir autoentrepreneur.

*

La région de Rouen a été très touchée par ces restructurations. Le nombre d'usines a fondu comme neige au soleil. Le seul avantage, c'est qu'on y respire mieux (sauf quand Lubrizol s'est enflammée en septembre 2019). Le dernier gros bastion historique à avoir fermé, c'est la Chapelle Darblay, une papeterie historique de la région qui fabriquait du papier recyclé de qualité. Pour l'instant, il n'y a pas de repreneur.

Lorsque l'on suit les méandres de la Seine autour de Rouen, on ne voit plus que de gigantesques hangars en taule avec des plateformes de chargement pour semi-remorques. Bolloré et consorts ont pris la relève et livrent à présent par la route les contenus de containers arrivant par gros tankers, bourrés de big bags d'engrais ou de produits chimiques qui étaient fabriqués aux mêmes endroits avant.

Une autre usine historique de la région, la raffinerie Shell-Petroplus de Petit-Couronne, a été fermée il y a plus de six ans. Voilà qu'on apprend, après la dépollution du site, que, dans les grands hangars en cours de montage, c'est Amazon qui s'installe. Carrément. Un mouvement s'est créé pour empêcher cette implantation, avec pétitions et manifestations à la clé. Seul le maire de la ville milite pour que ça se fasse, « pour l'emploi ». Et quel emploi ! Des exploités en CDD qui doivent aller chercher les produits d'une allée à l'autre en vitesse (faisant jusqu'à 20 bornes par jour) et des livreurs, au statut imposé de micro-entrepreneurs, qui doivent livrer au plus vite et dans n'importe quelles conditions. Sans compter tout ce qu'implique Amazon dans la consommation.

Autre exemple de cette fin d'un monde industriel, à quelques kilomètres de ce site, en lisière de Rouen, juste aux portes de l'usine Lubrizol, la Métropole a lancé en 2011 la création d'un « écoquartier », ce qui est tendance. L'objectif étant en partie d'y faire venir vivre celles et ceux qui bossent à La Défense (une heure de route ou de train quand il n'y a pas de bouchon ou de parpaing sur les voies). Le hic, c'est que sur ce terrain se trouvaient auparavant des usines chimiques et métallurgiques. Il y a dans ces sols des hydrocarbures, des métaux lourds et j'en passe. Plutôt que de dépolluer, il a été décidé de faire venir des tas de terre par trains et camions pour remonter le sol de plus de six mètres.

Bienvenue dans le meilleur des mondes.

Jean-Pierre Levaray


- Cet article a été publié dans le dossier « Après l'usine » du numéro 199 de CQFD, en kiosque du 4 juin au 2 juillet.

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[1] Les épisodes de ces chroniques ont depuis été réunis dans un ouvrage éponyme publié chez Libertalia (2016).

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Berlin: Rigaer94, notre déclaration sur la situation actuelle

Aujourd’hui, au soir du 16 juin, nous nous remémorons une journée militante et une zone autonome temporaire et nous regardons vers l’avenir le poing serré. Oui, nous nous souviendrons longtemps des barricades de la Rigaer Straße et de leur défense collective avec un grand sourire sur le visage. Petit à petit, le Sénat et les propriétaires se brûlent les doigts devant la tentative de destruction de notre maison.

Après la rue, il y a maintenant des problèmes sur le plan juridique. Un tribunal administratif supérieur a considérablement compliqué la position de départ des responsables du Sénat et de la société de boîtes aux lettres pour l’attaque de notre maison. Cette dernière, représentée par Bernau, Luschnat et von Arentin, s’est vu interdire l’accès à nos locaux. De plus, les flics ne doivent avoir accès qu’à la cage d’escalier, au grenier, à la cour, etc, mais pas aux appartements privés.

En ce moment, l’expert, qui est maintenant déclaré responsable, est informé par nos avocats qu’il peut inspecter la sécurité incendie de notre maison sans aucun danger pour sa santé et qu’il peut entrer et sortir sans aucun problème. Bien sûr, sans le moindre flic, comme nous l’avons déjà déclaré en janvier 2021. Et nous tenons notre parole. Cela aurait dû être plus que clair aujourd’hui encore. Tout à fait à l’opposé de la parole de nombreux politicien-nes, que ce soit au district ou au sénat, de celle des flics ou même d’une entreprise de boîtes aux lettres douteuses. Certains d’entre eux osent encore prétendre qu’il ne s’agit pas d’une expulsion de Rigaer94.

Dans ce contexte, nous tenons à souligner que nous avons déjà effectué plusieurs évaluations de la sécurité incendie depuis novembre 2020 et que nous avons remédié aux déficiences par nous-mêmes. Il appartient au Sénat et à une société de boîtes aux lettres de ne pas l’avoir accepté et d’avoir ainsi progressivement démasqué leur argument prétextuel selon lequel il s’agit uniquement de la sécurité des résident-es de Rigaer94 et de leurs voisin-es.

Ainsi, si les politicien-nes décident de prendre d’assaut le bâtiment, iels suivront la voie que nous avons déjà prédite. Dans ce cas, nous nous défendrons. Contre les flics qui détruisent tout pour pouvoir déclarer notre maison « inhabitable » en conséquence. Contre le fait que notre lieu aimé et ses idées inhérentes de collectivité, d’entraide, de solidarité et d’autodétermination vont être détruits.

Aujourd’hui, nous avons montré à celleux qui en doutaient que nous sommes non seulement prêt-es mais aussi capables d’intensifier le conflit avec l’État et ses sbires. Nous les avons rencontrés à un moment où iels ne s’y attendaient pas et pour lequel iels n’étaient certainement pas préparé-es. Nous remercions toutes les personnes, voisin-es et ami-es qui ont fait preuve de solidarité et nous nous réjouissons des heures à venir.

Votre Rigaer94

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Rigaer94, le 16 juin 2021 https://rigaer94.squat.net/2021/06/16/rigaer94-unsere-erklarung-zur-aktuellen-situation/

Toulouse: attaque d’un cabinet d’huissier

En cette saison d’expulsions, la nuit toulousaine de ce lundi [14 juin 2021], s’est vu encore plus étoilée après les coups de marteau brise-vitre portés sur [les vitres] d’un cabinet d’huissier, et d’une agence immobilière qui, manque de pot, se trouvait à côté.

Solidarité avec les expulsé.es !

Vive le squat ! Vive la nuit ! Vive le vandalisme !

[Publié le mercredi 16 juin 2021 sur Indymedia-Nantes.]

Berlin (Allemagne): un véhicule de Vonovia incendié

Il est facile de reconnaître les mensonges du Sénat rouge-rouge-vert [Note d’Attaque: référence à la coalition SPD, Die Linke (gauche), Die Grünen (Verts), qui gouverne la ville-État de Berlin.], le Sénat des expulsions, derrière les excuses sur la sécurité incendie du squat Rigaer 94. La façon dont Geisel [Note d’Attaque: Andreas Geisel, politicien du SPD, actuel Sénateur à l’Intérieur de Berlin.] et ses acolytes ont paradé pendant des mois pour légitimer politiquement l’attaque prochaine de ce lieu, prévu pour le 17 juin, est d’autant plus éhontée. Mais les expulsions de la librairie Kisch & Co et de la Köpi-Wagenplatz sont imminentes elle aussi et elles poursuivent la vague d’expulsions des dernières années.

Mais quelle peut être une réponse appropriée à toute cette merde ? Cette question n’a pas de réponse facile. Malgré tout, ce qui est certain c’est que les conditions capitalistes qui, avant toute autre chose, rendent possible toute cette merde doivent être radicalement remises en question et détruites. Nous ne pensons pas que l’incendie d’une voiture d’une société immobilière soit un grand pas en avant sur ce chemin, mais ça marche très bien en tant que geste de solidarité et de résonance, dans une lutte commune. Et si nous sortons en nombre et attaquons les symboles de la domination, cela peut modifier l’équilibre des forces en jeu et faire vaciller l’existant. C’est pourquoi, la nuit dernière, nous avons mis le feu à un véhicule du géant de l’immobilier Vonovia, sur la Heidekampweg [Note d’Attaque: dans le secteur ouest de Berlin.]. Nous avons décidé de quel côté nous sommes.

Bas les pattes de Rigaer 94 !
Feu et flammes pour la ville des riches et pour le Sénat rouge-rouge-vert !

[Publié le 15 juin 2021 sur Attaque. Traduction d’un article publié le 14 juin 2021 sur Kontrapolis.]

Atlanta (USA): trois pelleteuses cramées en défense de la forêt

Dans une typique démonstration d’arrogance, les Blackhall Studios et les entreprises qu’ils ont engagées pour déboiser soixante acres de forêt n’ont pas cru que nous étions sérieux.ses lorsque nous nous sommes engagé.e.s à contrecarrer toute nouvelle tentative d’aménagement du «Parc Michelle Obama». Blackhall et la soi-disant Ville d’Atlanta jouent les méchants dans le dernier chapitre de la longue histoire, délibérément aseptisée, de la profanation des terres volées au peuple Muscogee et utilisées pour l’esclavage dans les plantations, l’esclavage dans les prisons et une violence énorme. Les promoteurs ont décidé de faire venir trois pelleteuses supplémentaires, pour compenser leurs pertes du mois dernier. C’était une erreur. Du coup, nous avons incinéré les trois excavatrices, les rendant immobiles et inutilisables. Nous sommes heureux.ses d’informer que les machines que nous avons détruites lors de notre dernière visite sont toujours aux mêmes endroits et dans le même état que nous les avons laissées.

Pendant ce Mois des fiertés, comme toujours, des entreprises sans âme se sont attelées à corrompre l’esprit rebelle queer. Ces sociétés exigent beaucoup de choses de nous. De l’argent de nos poches, du temps loin de ceux/celles que nous aimons, des données qu’elles peuvent transformer en publicités… mais les entreprises demandent aux queers une chose par-dessus tout: leur assimilation. À cet effet, les médias contrôlés par les entreprises fournissent une plateforme rien que pour les queers, qui deviennent complices ou responsables de la répression des autres. Grâce à cela, les cheffes de police lesbiennes, les politiciens gays, les employés non binaires de Raytheon™, les soldats bisexuels et Rupaul (au cas où vous n’en auriez pas entendu parler, c’est le saint patron, tant adoré, de la transphobie, de la toxicité et de la fracturation hydraulique pour obtenir du gaz de schiste [Note d’Attaque: dans son ranch de 240 km carrés dans le Wyoming.]) sont le modèle médiatique du queer acceptable.

Nous insistons pour suivre un autre chemin. Un chemin rempli de broussailles. Un chemin couvert de vignes sauvages, de boue et de branches. Ce chemin mène à la libération queer. C’est le chemin des pédés, des trans et des gouines et il est totalement incompatible avec les attentes de toutes les Caitlyn Jenner [Note d’Attaque: athlète et personnalité des médias américains, trans.], les Erika Shields [Note d’Attaque: déjà cheffe de la police d’Atlanta, lesbienne, qui veut une police démocratique et qui a quitté Atlanta après le meurtre d’un homme par les flics – elle est devenue chef de la police de Louisville.] et les Absolut Vodka de ce monde.

Nous ne marchons pas seul.e.s sur ce chemin. Nous suivons nos grands-parents trans, nous sommes aux côtés de nos frères et sœurs bisexuels, et nous savons que chaque lesbienne qui naîtra longtemps après que nous serons mort.e.s et que nous ferons à nouveau partie de la forêt se battra pour la défendre avec une véhémence inégalée.

Nous sommes conscient.e.s que ce chemin passe par les viles entités qui veulent détruire la forêt, que ce chemin mènera à des confrontations directes avec la ville d’Atlanta et Blackhall Studios.

Nous pensons que ces confrontations auront lieu bientôt.

Nous savons qu’il n’y a qu’un seul moyen de se tailler un espace vivable, dans un monde qui se préoccupe plus de films d’actions merdiques et de la primauté du monde carcéral que du fait d’avoir de l’air respirable et de l’eau potable. Le seul moyen est la résistance.

Nous renouvelons notre engagement immortel :
Toute tentative ultérieure de destruction de la forêt d’Atlanta entraînera une réaction similaire. Cette forêt était là bien avant nous, et elle sera encore là bien après.
Nous y veillerons.

9 juin 2021

[Publié le 13 juin 2021 sur Attaque. Traduit de l’anglais depuis un article publié le 11 juin 2021 sur AMWEnglish.]

Pour une histoire de l'anti-impérialisme anarchiste

La tradition de lutte contre l'impérialisme est ancienne parmi les anarchistes, elle remonte à l'aube du mouvement, dans les années 1860-1870, et se poursuit aujourd'hui encore. De Cuba à l'Égypte, à l'Irlande, de la Macédoine à la Corée, à l'Algérie et au Maroc, le mouvement anarchiste a payé de son sang son opposition à la domination et au contrôle colonial et impérialiste.

Des anarchistes ont participé à des luttes de libération nationale, mais ils ont toujours affirmé que la destruction de l'oppression nationale et de l'impérialisme doit inclure la destruction du capitalisme et du système étatique et mener à la création d'une communauté humaine sur des bases communistes ou collectivistes. Solidaires de toutes les luttes anti-impérialistes, les anarchistes s'efforcent d'en faire des luttes de libération sociale plutôt que nationale. Des sociétés anticapitalistes et anti-impérialistes qui se fondent sur l'internationalisme et non sur un chauvinisme étroit, où les luttes au centre des Empires soient liées étroitement aux luttes des régions colonisées ou opprimées, et où elles soient contrôlées par les ouvriers et les paysans et reflètent leurs intérêts de classe.

En d'autres termes, nous sommes solidaires des mouvements anti-impérialistes mais nous condamnons ceux qui veulent instrumentaliser ces mouvements pour propager des valeurs réactionnaires (tout comme ceux qui s'opposent à la lutte des femmes pour leurs droits au nom d'une prétendue culture) et nous nous battons contre toute tentative de capitalistes ou de petits-bourgeois locaux pour s'approprier ces mouvements. Nous dénonçons la répression des mouvements anti-impérialistes par les États, mais nous dénonçons tout autant le droit des États de décider quelles protestations et quelles luttes sont légitimes. Il n'y a pas de libération si seuls changent le langage ou la couleur de la classe dominante.

Contre le nationalisme

Voilà en quoi nous nous distinguons du courant politique qui domine les mouvements de libération nationale depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'idéologie du nationalisme.

Selon cette idéologie, la tâche essentielle de la lutte anti-impérialiste consiste à créer des États-nations indépendants : c'est par l'État que la nation en tant que telle pourra exercer sa volonté générale. Kwame N'krumah, le fer de lance de l'indépendance du Ghana, disait : « “Recherchez premièrement le royaume politique” est devenu le principal slogan du Convention People's Party, car sans l'indépendance politique, aucun de nos projets de développement social et économique ne pourrait être appliqué. » [1]

Pour atteindre cet objectif, les nationalistes prétendent qu'il faut unir toutes les classes au sein de la nation opprimée contre l'oppresseur impérialiste. Ils affirment que l'expérience commune de l'oppression nationale rend secondaires les différences de classes, ou encore que la notion de classe est un concept importé qui ne s'applique pas dans leur cas.

Les intérêts de classe dissimulés derrière l'idéologie nationaliste sont évidents. Historiquement, ce sont la bourgeoisie et la classe moyenne des nations opprimées qui ont inventé et propagé le nationalisme. C'est une forme d'anti-impérialisme qui souhaite se défaire de l'impérialisme mais conserver le capitalisme, un anti-impérialisme bourgeois qui veut donner à la bourgeoisie locale une nouvelle place, la possibilité d'exploiter la classe ouvrière locale et de développer un capitalisme local.

Notre rôle d'anarchistes face aux nationalistes est donc clair : nous pouvons lutter à leurs côtés pour des réformes et des victoires partielles contre l'impérialisme, mais nous luttons contre leur idéologie étatiste et capitaliste. Nous avons pour rôle de gagner le soutien des masses à notre critique de toute domination, d'éloigner les ouvriers et les paysans du nationalisme et de les gagner à notre programme anarchiste et internationaliste de classe.

Bakounine et la Première Internationale

Le soutien aux mouvements de libération procède directement de l'opposition des anarchistes à toute structure politique hiérarchique et aux inégalités économiques, et de leur projet de confédération internationale librement constituée de communes autonomes et d'associations libres de producteurs libres. Mais l'anarchisme rejette nécessairement les solutions étatiques à l'oppression nationale.

Si on peut désigner un fondateur de l'anarchisme [2], c'est bien Michel Bakounine (1818-1876). Sa théorie politique prend son origine dans les mouvements de libération nationale des peuples slaves, et toute sa vie il milita pour ce qu'on appelle aujourd'hui la décolonisation. Lorsqu'il évolua du nationalisme panslave à l'anarchisme, dans les années 1860-1870, à la suite du désastre de l'insurrection polonaise de 1863, il continua à soutenir les luttes pour l'autodétermination des peuples.

Bakounine ne pensait pas que l'« Europe impérialiste » pouvait maintenir dans l'asservissement les pays colonisés : « L'Orient, ces 800 millions d'hommes endormis et asservis qui constituent les deux tiers de l'humanité, sera bien forcé de se réveiller et de se mettre en mouvement. » Il proclame hautement ses sympathies « pour toute insurrection nationale contre toute oppression » : chaque peuple « a le droit d'être lui-même, et personne n'a celui de lui imposer son costume, ses coutumes, ses langues et ses lois ».

L'Europe de l'Est

Pour lui, la libération doit s'accomplir « dans l'intérêt tant politique qu'économique des masses populaires » : si la lutte anticolonialiste se mène « avec l'intention ambitieuse de fonder un puissant État » ou si elle se fait « en dehors du peuple et ne pouvant, par conséquent, triompher sans s'appuyer sur une classe privilégiée », elle sera forcément « un mouvement rétrograde, funeste, contre-révolutionnaire » [3].

« Toute révolution exclusivement politique, soit nationale et dirigée exclusivement contre la domination de l'étranger, soit constitutionnelle intérieure, lors même qu'elle aurait la république pour but – n'ayant point pour objet principal l'émancipation immédiate et réelle, politique et économique du peuple, serait une révolution illusoire, mensongère, impossible, funeste, rétrograde et contre-révolutionnaire » [4].

Si la libération nationale est entendue comme autre chose que le simple remplacement des oppresseurs étrangers par des oppresseurs locaux, le mouvement de libération doit donc fusionner avec le combat révolutionnaire de la classe ouvrière et de la paysannerie contre le capitalisme et l'État. Sans objectifs révolutionnaires sociaux, la libération nationale ne sera qu'une révolution bourgeoise.

La lutte de libération nationale des ouvriers et des paysans doit être résolument antiétatique, car l‘État est forcément la chasse gardée d'une classe privilégiée et le système étatique ne ferait que recréer l'oppression nationale : « Tout État qui... veut être un État réel, souverain, indépendant, doit être nécessairement un État conquérant... obligé de tenir en sujétion par la violence beaucoup de millions d'individus d'une nation étrangère. »

Cette lutte doit aussi revêtir un caractère internationaliste, remplaçant l'obsession de la différence culturelle par l'idéal universel de la liberté humaine ; elle participe de la lutte des classes internationale pour « l'émancipation totale et définitive du prolétariat de l'exploitation économique et du joug de l'État » et des classes qu'il représente. « La révolution sociale... par nature est internationale » et les peuples « qui aspirent à leur liberté doivent, au nom de celle-ci, lier leurs aspirations et l'organisation de leurs forces nationales aux aspirations et à l'organisation des forces nationales de tous les autres pays ». La voie « exclusivement étatique » est « fatale pour les masses populaires », alors que l'Association internationale des travailleurs « libère chacun de nous de la patrie et de l'État... Le temps viendra où... sur les ruines des États politiques sera fondée en toute liberté l'alliance libre et fraternelle, organisée de bas en haut, des associations libres de production, des communes et des fédérations régionales englobant sans distinction, parce que librement, les individus de toute langue et de toute nationalité » [5].

Ces idées ont été mises en pratique en Europe de l'Est depuis les années 1870 : on rappellera le rôle actif joué par les anarchistes dans les soulèvements de Bosnie-Herzégovine de 1873, contre l'impérialisme austro-hongrois, ou dans le « mouvement révolutionnaire national » de Macédoine contre l'empire ottoman. Au moins une soixantaine de personnes payèrent de leur vie leur participation à cette lutte, notamment lors de la grande révolte de 1903.

Quinze ans plus tard, la tradition anti-impérialiste anarchiste reprenait en Ukraine, où le mouvement makhnoviste organisa une révolte paysanne gigantesque qui chassa l'occupant allemand, tint en respect les armées rouges et blanches qui voulaient envahir le pays, tout en redistribuant les terres, en établissant dans certaines régions l'autogestion ouvrière et paysanne et en créant une armée révolutionnaire insurrectionnelle contrôlée par les paysans et les ouvriers [6].

Égypte et Algérie

Dans les années 1870, des anarchistes italiens commencèrent à organiser des groupes en Égypte et y publièrent des journaux ; un groupe anarchiste égyptien était représenté au congrès de 1877 de l'AIT antiautoritaire à Saint-Imier. Errico Malatesta représentait une Fédération égyptienne (avec des groupes à Constantinople et à Alexandrie) au Congrès révolutionnaire social international de 1881 à Londres. Malatesta, qui vécut en exil en Égypte, y prit part à la révolte d'Arabi Pacha de 1882, suscitée par la mainmise sur les finances égyptiennes par une commission franco-anglaise représentant les créanciers internationaux du pays. Il voulait y poursuivre un projet révolutionnaire lié à la révolte des indigènes et lutta avec les Égyptiens contre les colonialistes britanniques [7].

En Algérie, le mouvement anarchiste émergea au XIXe siècle. La Confédération générale du travail tendance syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR) avait une section en Algérie. Lors du centenaire de l'occupation française en Algérie, en 1930, une déclaration commune de l'Union anarchiste, de la CGT-SR et de l'Association des fédérations anarchistes dénonçait « le colonialisme assassin, la mascarade sanglante » : « Civilisation ? Progrès ? Nous disons : assassinat ! » [8]

Saïl Mohamed (1894-1953), un Algérien militant dans le mouvement anarchiste depuis sa jeunesse, fut un membre actif de la section algérienne de la CGT-SR ainsi que de l'Union anarchiste et du Groupe anarchiste des indigènes algériens, dont il fut un des fondateurs. En 1929, il était secrétaire du Comité de défense des Algériens contre les provocations du Centenaire. Il rédigeait l'édition nord-africaine du périodique de l'Alliance libre des anarchistes du Midi, Terre Libre, et écrivit régulièrement sur la question algérienne dans la presse anarchiste [9].

Maroc, Espagne

Avant la Première Guerre mondiale, l'opposition à l'impérialisme était au cœur des campagnes antimilitaristes anarchistes en Europe, qui soulignaient que les guerres coloniales ne servaient pas les intérêts des travailleurs, mais bien les objectifs du capitalisme.

La CGT française dénonçait par exemple dans sa presse le rôle des colons capitalistes français en Afrique du Nord. Le premier numéro de La Bataille syndicaliste, publié le 27 avril 1911, citait le « Syndicat marocain », ces « hommes de l'ombre » qui dictaient leur loi aux ministres et aux diplomates et attendaient qu'une guerre gonfle la demande d'armes, de terres et de chemins de fer et permette d'introduire une taxe sur les indigènes [10].

En Espagne, la « Semaine tragique » débuta le lundi 26 juillet 1909, lorsque le syndicat Solidaridad Obrera, dirigé par un comité composé d'anarchistes et de socialistes, appela à la grève générale contre le rappel de réservistes, ouvriers pour la plupart, pour la guerre coloniale au Maroc. Le mardi, les ouvriers contrôlaient Barcelone, la « rose de feu » de l'anarchisme, les convois militaires étaient stoppés, les trams renversés, les communications coupées, les rues coupées par des barricades. Le jeudi, les combats éclataient contre les forces gouvernementales et plus de 150 ouvriers furent tués lors de combats de rue.

Les réservistes étaient rendus amers par les campagnes coloniales désastreuses qui s'étaient déroulées peu avant aux Philippines et à Porto Rico. Mais la Semaine tragique doit être comprise comme une insurrection anti-impérialiste qui se situe dans la longue tradition de l'anti-impérialisme anarchiste en Espagne. Le « refus des réservistes catalans de servir dans une guerre contre les montagnards du Rif marocain », « un des événements les plus importants » des temps modernes, reflétait le sentiment général que la guerre était menée dans le seul intérêt des propriétaires des mines du Rif et que la conscription était « un acte délibéré de guerre de classe et d'exploitation par la puissance centrale ».

En 1911, la naissance de la Confederación Nacional del Trabajo (Confédération nationale du travail, CNT, qui succédait à Solidaridad Obrera) fut marquée par une grève générale le 16 septembre, en soutien aux grévistes de Bilbao, et en opposition à la guerre au Maroc. En 1922, après une bataille désastreuse en août contre les troupes d'Abd el-Krim, lors de laquelle au moins 10 000 soldats espagnols tombèrent, « le peuple espagnol laissa exploser son indignation, exigeant non seulement la fin la guerre, mais aussi le jugement sévère des responsables du massacre et des politiciens favorables aux opérations en Afrique ». Leur colère prit la forme d'émeutes et de grèves dans les régions industrielles [11].

Cuba

Au cours de la guerre coloniale à Cuba (1895-1904), les anarchistes cubains et leurs syndicats entrèrent dans les forces armées séparatistes et firent de la propagande auprès des troupes espagnoles. Pour leur part, les anarchistes espagnols faisaient campagne contre la guerre à Cuba auprès des paysans, des ouvriers et des soldats en Espagne. Tous les anarchistes espagnols désapprouvaient la guerre et appelèrent les ouvriers à désobéir aux autorités militaires et à refuser d'aller se battre à Cuba ; les mutineries parmi les recrues furent nombreuses. Les anarchistes cherchèrent aussi, dans leur opposition au nationalisme bourgeois, à donner un caractère de révolution sociale à la révolte coloniale. Lors de son congrès de 1892, l'Alliance ouvrière cubaine recommanda aux ouvriers cubains de rejoindre les rangs du socialisme révolutionnaire, et de prendre le chemin de l'indépendance : « Il serait absurde que ceux qui aspirent à la liberté individuelle s'opposent à la liberté collective du peuple, même si la liberté à laquelle ce peuple aspire est la liberté relative qui consiste à s'émanciper de la tutelle d'un autre peuple. » [12]

Lorsque l'anarchiste Michele Angiolillo assassina le chef du gouvernement espagnol Cánovas en 1897, il déclara avoir agi tant pour venger la répression contre les anarchistes en Espagne que pour répliquer aux atrocités commises par l'Espagne dans les guerres coloniales.

Le mouvement ouvrier cubain, où les anarchistes tenaient les devants, ne se borna pas à s'opposer à la domination coloniale mais il joua un rôle important pour surmonter les divisions entre Cubains noirs, blancs et ouvriers immigrés. Les anarchistes cubains « réussirent à incorporer au mouvement ouvrier un grand nombre de gens de couleur, et à mêler Cubains et Espagnols... faisant ainsi avancer la conscience de classe et contribuant à éradiquer les clivages de races ou d'ethnies parmi les ouvriers ». L'Alliance ouvrière parvint à « éroder les barrières raciales comme aucun syndicat ne l'avait fait auparavant », à mobiliser « toutes les masses populaires dans le soutien aux grèves et aux manifestations ». Non seulement les Noirs furent nombreux à entrer dans l'organisation, mais celle-ci lutta aussi contre les discriminations raciales au travail. La première grève, en 1889, réclamait par exemple que « les personnes de couleur puissent travailler ici ». Cette revendication réapparut les années suivantes, de même que celle réclamant que Noirs et Blancs aient le droit « d'être assis dans les mêmes cafés », exprimée lors de la manifestation du 1er mai 1890 à La Havane.

Le journal anarchiste El Productor, fondé en 1887, dénonçait « la discrimination exercée contre les Afro-Cubains par les employeurs, les commerçants et toute l'administration ». Par leurs campagnes et les grèves, les ouvriers anarchistes cubains parvinrent à éliminer « la plupart des méthodes disciplinaires héritées de l'esclavage », comme « la discrimination raciale contre les non-Blancs et le châtiment corporel des apprentis et des dependientes » [13].

Mexique, Nicaragua

Au Mexique, les soulèvements paysans indiens comme la révolte de Chávez López en 1869 et celle de Francisco Zalacosta dans les années 1870 furent menés conjointement avec des anarchistes. Par la suite, les anarchistes s'exprimèrent dans diverses organisations, comme le Parti libéral mexicain des frères Magón, la Casa del Obrero Mundial syndicaliste révolutionnaire (COM), la section mexicaine des Industrial Workers of the World (IWW). L'anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire mexicains ne cessèrent de résister à la domination politique et économique des États-Unis et de s'opposer à toute discrimination raciale à l'égard des ouvriers mexicains d'entreprises étrangères, comme aux États-Unis [14].

Dans les années 1910, les IWW du Mexique se sont concentrées sur des luttes matérielles qu'ils combinaient avec la perspective du contrôle ouvrier, trouvant de l'écho parmi les travailleurs, qui furent alors nombreux à abandonner l'idée « d'une révolution nationaliste qui cherchait à reprendre aux étrangers le contrôle sur les ressources naturelles de la nation, la production et les infrastructures économiques » [15].

Au Nicaragua, Augusto César Sandino (1895-1934), leader de la guérilla nicaraguayenne contre l'occupation états-unienne de 1927 à 1933, reste une icône nationale. Le drapeau noir et rouge de l'armée de Sandino « avait une origine anarcho-syndicaliste, car il avait été introduit au Mexique par des immigrants espagnols ». La politique éclectique de Sandino était teintée d'anarcho-communisme, « assimilé au Mexique au cours de la révolution mexicaine » où il découvrit « l'idéologie syndicaliste, l'anarcho-syndicalisme, le socialisme libertaire et le communisme rationnel. » [16]

Malgré ses faiblesses, le mouvement sandiniste fut de plus en plus marqué à gauche, au fur et à mesure que Sandino réalisait que « seuls les ouvriers et les paysans iront jusqu'au bout » du combat. Des coopératives paysannes furent organisées dans les territoires libérés. Les forces américaines durent se retirer en 1933, et les soldats révolutionnaires furent peu à peu démobilisés. Sandino fut assassiné en 1934 et les collectivités détruites sur ordre du général Somoza, le nouveau chef de gouvernement pro-américain.

Libye, Erythrée

Dans les années 1880 et 1890, « anarchistes et ex-anarchistes (...) furent parmi les opposants les plus fervents contre les aventures militaires de l'Italie en Erythrée et en Abyssinie ». Le mouvement anarchiste italien poursuivit cette lutte avec de grandes campagnes antimilitaristes au début du XXe siècle, qui culminèrent lors de l'invasion italienne en Libye le 19 septembre 1911.

Augusto Masetti, un soldat anarchiste qui tira sur un colonel s'adressant à ses troupes en partance pour la Libye, en criant : « À bas la guerre, vive l'anarchie ! », devint le symbole de ces campagnes. Le journal L'Agitatore publia un numéro spécial en sa faveur, qui proclamait : « La révolte anarchiste éclate dans la violence de la guerre. » Cela provoqua des arrestations en masse. Dans leur majorité, les députés socialistes votèrent en faveur de l'annexion, tandis que les anarchistes organisaient des manifestations contre la guerre et une grève générale partielle, et essayaient de bloquer les trains emmenant les soldats des Marches et de Ligurie vers les ports.

La campagne eut un énorme écho auprès des paysans et des ouvriers, et en 1914, la coalition antimilitariste dirigée par les anarchistes – mais ouverte à tous les révolutionnaires –, comptait 20 000 membres et travaillait en étroite collaboration avec les Jeunesses socialistes italiennes.

Le 7 juin 1914, le Premier ministre Antonio Salandra envoya ses troupes réprimer les manifestations impulsées par les anarchistes contre le militarisme, contre les bataillons punitifs dans l'armée et pour la libération de Masetti. Cela déclencha la « Semaine rouge » de juin 1914, un soulèvement de masse qui suivait la grève générale lancée par les anarchistes et l'Unione Sindacale Italiana (USI). Ancône fut tenue pendant dix jours par les rebelles, des barricades furent érigées dans toutes les grandes villes, de petites villes des Marches déclarèrent leur autonomie, et partout où passait la révolte « les drapeaux rouges étaient levés, les églises attaquées, les voies de chemin de fer arrachées, les villas mises à sac, les impôts abolis et les prix abaissés ». Le mouvement s'éteignit quand les syndicats socialistes appelèrent à la fin de la grève, mais il fallut 10 000 soldats pour reprendre le contrôle d'Ancône. Après l'entrée en guerre de l'Italie, en mai 1915, l'USI et les anarchistes continuèrent de s'opposer à la guerre et à l'impérialisme ; en 1920, ils lancèrent une vaste campagne contre l'invasion italienne de l'Albanie et contre l'intervention impérialiste visant la Révolution russe [17].

L'Irlande et James Connolly

En Irlande, pour prendre un autre exemple, les syndicalistes révolutionnaires James Connolly et Jim Larkin s'efforcèrent, dans les années 1910, de réunifier les travailleurs par delà les divisions religieuses sectaires et de transformer le grand syndicat qu'ils dirigeaient, Irish Transport and General Workers' Union, en une organisation syndicaliste révolutionnaire, « One Big Union » [18]. Selon eux, le socialisme devait arriver par la grève générale révolutionnaire : « Ceux qui mettent en place des organisations syndicales pour répondre aux besoins actuels préparent en même temps la société du futur (...) le principe du contrôle démocratique fonctionnera grâce aux ouvriers organisés dans (…) des fédérations d'industrie, et (…) l'État politique et territorial de la société capitaliste n'aura plus ni place ni fonction. » [19]

En anti-impérialiste cohérent, Connolly s'opposait à la ligne nationaliste selon laquelle « les travailleurs doivent attendre » et l'Irlande indépendante être capitaliste. Quelle différence, écrivait-il, si les chômeurs étaient réunis au son de l'hymne national irlandais, que les huissiers portent un uniforme vert frappé de la harpe celtique au lieu de la couronne d'Angleterre, et que les mandats d'arrêt soient aux armes de la République d'Irlande ? En fait, « la question irlandaise est une question sociale, et toute la longue lutte des Irlandais contre leurs oppresseurs se résout en dernière analyse en une lutte pour la maîtrise des moyens de production et de vie en Irlande » [20].

Connolly ne se fiait pas aux capacités de la bourgeoisie nationale de lutter vraiment contre l'impérialisme, car il la considérait comme un bloc sentimental, lâche et anti-ouvrier, et il s'opposait à toute alliance avec la classe moyenne naguère radicale qui « s'est agenouillée devant Baal et que des milliers de liens économiques (...) lient au capitalisme anglais, tandis que seuls des liens sentimentaux ou historiques en font des patriotes irlandais », de sorte que « seule la classe ouvrière irlandaise est l'héritière incorruptible des luttes pour la liberté en Irlande ». Connolly fut exécuté en 1916, après avoir tenté un soulèvement (l'Easter Rising) qui échoua mais qui fut le véritable déclencheur de la guerre d'indépendance de l'Irlande de 1919-1922, une des premières sécessions de l'Empire britannique à avoir réussi.

Une révolution anarchiste en Corée

Un dernier exemple mérite d'être mentionné. En Asie orientale, le mouvement anarchiste apparaît au début du XXe siècle et exerce une certaine influence en Chine, au Japon et en Corée. Lorsque le Japon annexe la Corée en 1910, des oppositions se font jour dans les deux pays et jusqu'en Chine. Au Japon, en juillet 1910, l'exécution de l'anarchiste de premier plan Kotoku Shusui et de ses compagnons fut notamment justifiée par la campagne qu'ils menaient contre l'expansionnisme japonais [21].

Pour les anarchistes coréens, la lutte pour la décolonisation a été une activité centrale : ils jouèrent un rôle clef dans le soulèvement de 1919 contre l'occupation japonaise, et formèrent en 1924 la Fédération anarchiste coréenne, dont le « Manifeste pour une révolution coréenne » déclarait que « la politique de brigand du Japon met en danger l'existence de notre nation, et c'est notre droit le plus strict de renverser le Japon impérialiste par des moyens révolutionnaires ».

Selon leur Manifeste, la question ne se résoudrait pas par la création d'un « État national souverain », mais par une révolution sociale des paysans et des pauvres, tant contre le gouvernement colonial que contre la bourgeoisie locale.

La Fédération anarchiste coréenne donna aussi une dimension internationale à la lutte, en créant en 1928 une Fédération anarchiste d'Orient s'étendant à la Chine, au Japon, à Taiwan, au Vietnam et à d'autres pays. Elle appelait « le prolétariat du monde entier, en particulier celui des colonies d'Asie », à s'unir contre « l'impérialisme capitaliste international ». En Corée même, les anarchistes s'organisèrent dans un réseau clandestin, la Fédération anarcho-communiste coréenne, pour mener une lutte de guérilla, des activités de propagande et d'organisation syndicale.

En 1929, les anarchistes coréens formèrent une zone libérée armée en Mandchourie, où deux millions de paysans et de guérilleros vivaient en coopératives paysannes librement associées. L'Association du peuple coréen en Mandchourie résista pendant plusieurs années aux attaques des forces armées japonaises et des staliniens coréens soutenus par l'Union soviétique, avant d'être réduite à la clandestinité. Mais la résistance se poursuivit dans les années 1930 malgré l'intensification de la répression, et plusieurs opérations armées sinocoréennes furent organisées après l'invasion japonaise de la Chine en 1937.

En conclusion : vers la destruction de l'impérialisme

Les anarchistes ne peuvent pas rester « neutres » dans les luttes anti-impérialistes. Qu'il s'agisse des luttes contre l'endettement du tiers-monde, contre l'occupation israélienne en Palestine, de l'opposition aux interventions militaires états-uniennes au Moyen-Orient, nous ne sommes pas neutres, nous ne pouvons pas être neutres si nous sommes contre l'impérialisme.

Mais nous ne sommes pas nationalistes. Nous reconnaissons que l'impérialisme lui-même est enraciné dans le capitalisme, et que remplacer des élites étrangères par des élites locales ne résoudra en rien les problèmes de la classe ouvrière et paysanne.

La création de nouveaux États-nations revient à créer de nouveaux États capitalistes au service des élites locales, aux dépens de la classe ouvrière et paysanne. La plupart des mouvements nationalistes qui ont « réussi », une fois au pouvoir, se sont retournés contre les travailleurs, ils ont écrasé les mouvements sociaux et les syndicalistes. En d'autres termes, l'oppression se poursuit sous d'autres formes à l'intérieur du pays.

L'impérialisme ne peut pas être détruit par la formation de nouveaux États-nations. Les États-nations indépendants font partie du système international des États, et du système capitaliste international, où ce sont les États impérialistes qui ont le pouvoir d'imposer les règles du jeu. En d'autres termes, la répression extérieure se poursuit sous d'autres formes.

Cela signifie que les nouveaux États – et les capitalistes locaux qui les contrôlent – sont bien incapables de remettre en question sérieusement le contrôle impérialiste. Ils cherchent plutôt à faire progresser leurs intérêts dans le cadre général de l'impérialisme. Les nouveaux États conservent des liens économiques étroits avec les pays occidentaux, tout en utilisant leur pouvoir d'État pour construire leurs propres forces, dans l'espoir d'accéder eux-mêmes au statut d'État impérialiste. En pratique, la manière la plus efficace pour la classe dominante locale de développer le capitalisme local, c'est de briser les mouvements des ouvriers et des petits paysans afin de vendre bon marché les matières premières et les produits manufacturés sur le marché mondial.

Ce n'est évidemment pas une solution. Nous devons abolir l'impérialisme, pour créer les conditions de l'autogestion de tous les gens dans le monde entier. Mais cela exige la destruction du capitalisme et du système étatique. En même temps, notre lutte est une lutte contre les classes dirigeantes du tiers-monde : l'oppression locale n'est pas une solution non plus. Les élites locales sont nos ennemies au sein des mouvements de libération nationale, et encore plus après la formation de nouveaux États-nations. Seule la classe ouvrière et paysanne peut détruire l'impérialisme et le capitalisme, et remplacer la domination des élites locales et étrangères par l'autogestion, l'égalité économique et sociale.

Voilà pourquoi nous sommes favorables à l'autonomie de la classe ouvrière, à l'unité et à la solidarité internationales, à travers les pays et les continents, et pour la création d'un système international anarcho-communiste par l'activité autonome de tous les ouvriers et paysans. Comme le disait Sandino, « dans cette lutte, seuls les ouvriers et les paysans iront jusqu'au bout ».


[1] Kwame N'krumah, L'Afrique doit s'unir, Paris, 1964 (première édition en anglais : 1963).

[2] Note des éditions de l'ours sans drapeau : cette recherche d'un « fondateur » de l'anarchisme n'a pas de sens, l'anarchisme ayant de multiples origines, lointaines et plus anciennes encore.

[3] Cité par Daniel Guérin, L'Anarchisme, Paris, 1965, pp. 81-82.

[4] Michel Bakounine [1866], « Points essentiels des catéchismes nationaux », in Guérin, D., éd., Ni Dieu ni maître, Paris, 1969, p. 202.

[5] Michel Bakounine [1873], Étatisme et Anarchie, Leiden, 1967, pp. 235, 240, 242, 274.

[6] Voir Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le cosaque libertaire, Paris, 1999.

[7] G. Woodcock, Anarchism : a History of Libertarian Ideas and Movements, Penguin, 1975, pp. 236-8. H. Oliver, The International Anarchist Movement in Late Victorian London, London, 1983, p. 15. V. Richards, Malatesta : Life and Ideas, London, p. 229. P. Marshall, Demanding the Impossible : a History of Anarchism, Fontana, 1994, p. 347. D. Poole, « Appendix : About Malatesta », in E. Malatesta, Fra Contadini : a Dialogue on Anarchy, London, 1981, p. 42.

[8] Saïl Mohamed, Appel aux travailleurs algériens (textes réunis et présentés par Sylvain Boulouque), Volonté anarchiste, 1994.

[9] Sylvain Boulouque, « Saïl Mohamed, ou la vie et la révolte d'un anarchiste algérien », in Saïl Mohamed, op. cit.

[10] F.D., « Le Syndicat marocain » in La Bataille Syndicaliste, n° 1, 27 avril 1911.

[11] R. Kedward, Les Anarchistes, Lausanne, 1970. P. Trewhela, « George Padmore : a critique » in Searchlight South Africa, vol. 1, n° 1, 1988, p. 50. M. Bookchin, The Spanish Anarchists : the Heroic Years 1868-1936, New York, London, 1977, p. 163. A. Paz, Un anarchiste espagnol, Durruti, Paris, 1993, p. 46.

[12] Frank Fernández, El Anarquismo en Cuba, Madrid, 2000, p. 36.

[13] J. Casanovas, Labour and Colonialism in Cuba in the Second Half of the Nineteenth Century, Ph.D. thesis, State University of New York, 1994 ; et « Slavery, the Labour Movement and Spanish Colonialism in Cuba, 1850-1890 », International Review of Social History, n°40, 1995, pp. 381-382.

[14] Voir N. Caulfield, « Wobblies and Mexican Workers in Petroleum, 1905-1924 », International Review of Social History, n°40, 1995, p. 52, et du même, « Syndicalism and the Trade Union Culture of Mexico » (paper presented at Syndicalism : Swedish and International Historical Experiences, Stockholm University : March 13-14, 1998) ; J. Hart, Anarchism and the Mexican Working Class, 1860-1931, Texas University Press, 1978.

[15] N. Caulfield, 1995, op. cit. ; N. Caulfield, 1998, op. cit.

[16] D.C. Hodges, The Intellectual Foundations of the Nicaraguan Revolution, cited in The Anarchist FAQ. Navarro-Genie, Sin Sandino No Hay Sandinismo : lo que Bendana pretende (ms : n.d.). A. Bendana, A Sandinista Commemoration of the Sandino Centennial (speech given on the 61st anniversary of the death of General Sandino, Managua, 1995).

[17] Carl Levy, « Italian Anarchism, 1870-1926 », in D. Goodway (ed), For Anarchism : history, theory and practice, London, 1989, p. 56. G. Williams, A Proletarian Order : Antonio Gramsci, Factory Councils and the Origins of Italian Communism, 1911-1921, London, 1975, pp. 36-37.

[18] Sur Connolly et Larkin, voir E. O'Connor, Syndicalism in Ireland, 1917-1923, Cork University Press, 1988. Sur les positions de Connolly sur le syndicalisme révolutionnaire après 1904, voir notamment les textes réunis par O. B. Edwards et B. Ransom, James Connolly : Selected Political Writings, London, 1973.

[19] J. Connolly [1909], « Socialism Made Easy », Edwards et Ransom, op. cit., pp. 271, 274, 262.

[20] J. Connolly, Labour in Irish History (Corpus of Electronic Texts : University College, Cork, Ireland [1903-1910]), pp. 183, 25.

[21] Ha Ki-Rak, A History of Korean Anarchist Movement, Daegu (Korea), 1986.

Publié initialement en 2001, en anglais, dans le recueil de textes anarchistes contre la guerre Against War and Terrorism, sous le titre « Towards a history of anarchist anti-imperialism ». Traduit de l'anglais par Marianne Enckell et publié dans la revue de recherches et expressions anarchistes Réfractions n°8 (« Fédéralisme et autonomie », printemps 2002) sous le titre « Les anarchistes contre l'impérialisme ».
La version des éditions de l'ours sans drapeau reprend en très grande partie celle de la revue Réfractions, avec quelques modifications pour être plus proche de la version originale.

Photo



Emission pour déconstruire le syndrôme de l'imposteur.ice

Dans cette émission, on revient sur la notion de syndrôme de l'imposteur.ice et on cherche à la déconstruire.
D'où vient cette notion ? en quoi est elle problématique ? est-ce que tout le monde est également concerné par le sentiment d'imposture ? est-ce que c'est forcément problématique et est-ce qu'il faut forcément lutter contre ?
On a posé toutes ces questions à des camarades et on en discute à l'antenne de DegenreE.

pour télécharger, clic droit et enregistrer sous


Quelques ressources utilisées pour préparer cette émission :

Illouz, Eva, et Cabanas, Edgard. (2018). Happycratie-Comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies. Premier parallèle.

Slaoui, Nesrine. (2021). Illégitimes. Fayard

Plée, Leslie. (2015). Eloge de la névrose en 10 syndrômes. Talpas

Diallo, Rokhaya. (2019). Ne reste pas à ta place !. Editions Marabout

Post de Sara Ahmed de 2016 'Losing Confidence' sur son blog 'feministkilljoys' : https://feministkilljoys.com/2016/03/01/losing-confidence/

Post de Sarah Gailey, 'Impostor/Abuser : Power Dynamics in Publishing', 2019 : https://firesidefiction.com/impostor-abuser-power-dynamics-in-publishing

Article de Ruchika Tulshyan and Jodi-Ann Burey, 'Stop Telling Women They Have Imposter Syndrome', 2021 : https://hbr.org/2021/02/stop-telling-women-they-have-imposter-syndrome

Article du Guardian écrit par Natalie Olah , 'Impostor syndrome' is a pseudo-medical name for a class problem', https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/oct/16/impostor-syndrome-class-unfairness

Article du Guardian écrit par Yomi Adegoke, 'Imposter syndrome is a response to a world that doesn't believe in women', https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2019/jul/17/impostor-syndrome-is-a-response-to-a-world-that-doesnt-believe-in-women

On renvoit aussi à l'émission Stop à l'Autokill ! de nos camarades de détournements féministes : https://www.radiorageuses.net/spip.php?article1059

Musiques

Je doute (Ms Mix) [Herr Silver Version] - Sexy Sushi

Les gens qui doutent- Anne Sylvestre

ILLUSTRATION POUR NADA EDITIONS

https://www.nada-editions.fr/

Syndicats : ils se remobilisent contre l’extrême droite

extrême droite syndicalisme
extrême droite syndicalisme

  Alors que l’extrême droite gagne toujours plus de terrain et que les premières échéances électorales approchent, les syndicats tentent de se mobiliser pour préparer une contre offensive. Une tâche aussi nécessaire qu’ardue.   Tribune des militaires, racisme audiovisuel décomplexé, […]

L’article Syndicats : ils se remobilisent contre l’extrême droite est apparu en premier sur Rapports de Force.

SOMALILAND

 Je ne sais pas si cette intro est nécessaire, en fait tous les éléments importants sont dans l'interviou de Clément Goutelle ci dessous... Il nous présente donc la BD "Somaliland" qu'il a réalisé avec Max Lewko et Léah Touitou aux éditions Jarjille. Une BD atypique sous forme de biographie de la musicienne militante Sahra Halgan, figure de la résistance Somalilandaise.

 

 
Tu avais il y a de cela quelques années réalisé un reportage sur Sahra Halgan pour le magazine Barré, comment as-tu eu connaissance de son existence ?
En fait, tout est parti d’un dessinateur de l’équipe de Barré. Ça devait être en début d’année 2017. Il venait de croiser un ami guitariste qui lui explique jouer avec une chanteuse somalilandaise. Il me raconte l’histoire en me disant “ ça pourrait faire un bon sujet pour Barré non ? ”. Mais comme beaucoup, je n’avais pratiquement jamais entendu parler du Somaliland avant d’avoir rencontré Sahra. C’est resté dans un coin de ma tête. Et quelques mois plus tard, en préparant le numéro 7 de Barré, le dernier sorti, je suis allé la rencontrer sur Lyon, sans trop savoir ce que je pourrais en tirer. Je savais juste qu’elle avait participée à la résistance somalilandaise et chantait pour faire reconnaître l’indépendance de son pays : le Somaliland.


Dans son parcours, qu'est ce qui t'a suffisamment intéressé, interpellé, pour que tu fasses cette démarche ?
Le fait que le pays ne soit pas reconnu par la communauté internationale est déjà un fait intéressant. Qu’on en ait très peu entendu parlé en France en est un autre. Une résistante qui a soigné les blessés, chanter pour appeler à la résistance durant la guerre, puis expatriée et qui lutte aujourd’hui en chanson… en fait le sujet est pas mal quand même. Mais surtout ça collait parfaitement à la ligne éditoriale de Barré : “ Parler de tout mais surtout d’autres choses ! ”

 

 

Tu penses que l'article a eu un petit retentissement ? Des personnes t'en ont causé, ensuite ?
Pas mal de gens ont appris l’existence du Somaliland à travers cet article. Après ça reste Barré, une publication à 1 200 exemplaires et un site confidentiel. L’information n’a pas spécialement été reprise. Le “ retentissement ” comme tu dis, le terme est déjà trop fort. Ce fut limité, mais c’est toujours un petit grain de sable de plus.
Ce qui était marrant avec Barré, c’est que lorsqu’on sortait un Barré, on retrouvait très très souvent un sujet traité dans d’autres publications indé ou dans le Monde diplomatique suivant. Mais je ne crois pas que le Somaliland avec l’histoire de Sahra en fasse partie.
Sinon, dans les sujets qui avaient retenus l’attention, on avait celui sur la loi du sang en Albanie. Une association nous avait contacté pour nous dire qu’ils s’appuyaient dessus pour défendre le sort de certains Albanais invités à quitter la France. Rien que ça, c’est déjà plus que ce qu’on aurait espéré en lançant Barré !


Du coup, tu trouves pas ça un peu chelou
que ce soient des “ médias alternatifs ” qui, finalement, s’emparent de ce genre de sujets ?
Je ne sais pas. S’il y a des “ medias alternatifs ” comme tu dis, c’est bien que certains sujets ne sont pas suffisamment traités au gout de certaines personnes. Sur le Somaliland, Le Monde donne des informations quand il y a un conflit. D’autres en ont déjà parlé. Chacun son rôle peut-être.   

  
Et tiens, tant qu’on y est, ça te dit de nous exposer rapidement la situation hors-norme du Somaliland ?
C’est compliqué en quelques lignes. Je fais un résumé sommaire : suite à la dictature de Siad Barré une guerre civile éclate en 1983 en Somalie. A la fin du conflit, en 1991, le Somaliland, une région du pays, s’autoproclame indépendant. Il y a des élections, un président, un parlement, mais le pays n’est pas reconnu par la communauté internationale. Et cela dure depuis trente ans.

 

 

Comment est arrivée l'idée de transposer cette rencontre dans un autre média ? Et pourquoi la BD, spécifiquement ?
Comme souvent, c’est l'histoire d’une  rencontre. Pour défendre le magazine, on participait à des salons et fêtes du livre. A celle de Saint-Etienne, surement en 2017 encore, on s’est retrouvé à côté de Jarjille éditions. C’est une maison d’édition spécialisée dans la bd. Ils sont du coin aussi mais on ne se connaissait pas. On a échangé. Michel de Jarjille connaissait Barré et aimait bien ce qu’on faisait. Le numéro 7 venait de sortir. C’était justement celui avec Sahra Halgan. Je lui passe un numéro et lui montre l’article en question. Je lui glisse juste que ça me botterait bien de faire une adaptation bd du parcours de Sahra Halgan. Il a lu l’article et m’a dit de lui envoyer un scenario. Ça a démarré comme ça.

 
Tu avais des contacts, dans le milieu de la BD ?

Franchement, pas spécialement. Je m’y intéresse et j’avais fait quelques interviews d’auteurs que j’aime bien comme Vincent Vanoli ou Ivan Brun, mais c’est tout. Sans Michel de Jarjille, cette bd n’aurait surement jamais vu le jour !


Ben du coup, présente-nous un peu les éditions Jarjille !

Jarjille est une maison d’éditions fondée par deux Stéphanois. Il y a Michel, scénariste sous le nom d’Alep, et Serge alias Deloupy, un auteur de bd reconnu et qui dessine parfois la une de Siné. C’est une petite maison qui est top pour commencer. Ils prennent le temps, accompagnent le projet, conseillent, etc. Ils sortent des choses assez variées mais y’a plein de belles sorties ! 

 
Puisque tu en causes, tu conseillerais quoi, chez eux ?

Tracer d’Ulric est vraiment sympa. Les livres de William Augel sont bien marrants. Je conseille aussi bien sûr Sunu Gaal et Café touba de Léah Touitou. Sinon, Halfbob et Raymonde Howard viennent de sortir une bd qui l’air très très bien.

 

 

Comment s'est faite la rencontre avec les auteurs qui t'accompagnent sur ce projet, au dessin et story-board ?
Là encore, c’est Michel de Jarjille. Je lui ai envoyé mon scenario et il m’a dit “ banco ”. Je ne voyais personne pouvoir bosser dessus en particulier. C’est lui qui a trouvé le dessinateur : Max Lewko. A la base il avait proposé à Léah Touitou qui avait plein de projets à ce moment-là. Elle était intéressée mais n’avait pas le temps. Vu que c’était notre première véritable bd pour Max comme pour moi, elle nous a filé la main sur le découpage, le story-board. On a commencé à trois. Quand on a vu la plus-value qu’elle apportait, on lui a demandé d’aller au bout. Elle a accepté et c’était super parce que je suis persuadé que c’est bien mieux comme ça.

 
Mais alors, comment s’organisait le travail ? Comment se répartissaient les tâches ? C’est pas un peu galère de se retrouver à bosser à trois, justement ?
Léah bossait avec Max ou moi pour passer du scénario de base au storyboard. Elle a vraiment fait le lien. Je ne crois pas qu’il y ait une manière de fonctionner idéale. Pour nous, ça s’est fait comme ça. Ce n’était pas galère, au contraire, c’était le plus simple pour nous.

   
Le noir et blanc, c’était un choix qui s’est imposé naturellement, ou ça répondait à des considérations “ économiques ” (genre : c’est moins reuch !) ?
L’éditeur nous a proposé d’entrer dans la collection en noir et blanc. Esthétiquement ça collait bien et c’était aussi un peu plus simple pour une première bd. C’est déjà suffisamment long comme ça ! Et franchement, je trouve que ça colle super bien avec le dessin de Max Lewko. Certains ont comparé son trait à Craig Thompson, c’est dire.

 


 

Pour toi, quelles ont été les plus importantes difficultés pour passer d'un reportage de journalisme pur à un scénar de BD ?
L’article ne suffisait pas. Je suis allé à la rencontre Sahra et son groupe à plusieurs reprises pour compléter le tout. Dans la bd, on est allé beaucoup plus dans le détail. Il faut que tout coule, que tout se tienne, ni vu ni connu. Et ça c’est du boulot. En avançant, pas mal de petites questions anodines sont apparues. Heureusement, Sahra est restée très disponible. Ensuite le rythme, la narration, ça a été grandement facilité par la présence de Léah Touitou. 


Tu dis que Sahra est “ restée très disponible ” : de quelle façon a-t-elle directement influé sur le résultat final de la BD ?
Elle est surtout restée disponible pour valider certains faits, vérifier certaines informations et compléter certains trous qu’il pouvait y avoir dans l’histoire. Au fil des planches, il y avait toujours quelques questions, quelques points en suspens. 


Je sais que tu aimes Crumb, mais sinon, dans le 9eme art, ya d'autres trucs qui t'ont marqué ? Lire de la BD, c'est un truc que tu fais occasionnellement ou c'est plus que ça ?
J’aime bien ça mais je ne suis pas un inconditionnel. J’ai d’abord accroché par des classiques allant de Larcenet à Art Spigelman. Je suis aussi le travail de quelques auteurs. Ces dernières années, Fabcaro me fait marrer, mais je ne suis pas le seul. En fait, je trouve surtout que la bd est un bon media pour passer une information. Dans Barré on essayait d’ailleurs d’intégrer un article dessiné à chaque fois. 


Il y a une forme de petite “mode" de la BD historique / sociale ces derniers temps; tu penses que "Somaliland" s'inscrit dans ce courant, ou c'est une pure coïncidence ?
La revue dessinée et toutes ces bd reportages ont forcément joué. Inconsciemment, ça m’a surement permis de me dire : “ tiens c’est possible ”. Mais, on le faisait depuis le début de Barré en fait. On essayait toujours d’insérer un article dessiné. Franchement, la bd est un super media pour rendre accessible n’importe quel sujet. Par exemple, dans le premier tiers de la bd sur Sahra Halgan, il y a un passage historique et géopolitique sur la Somalie. C’est un passage obligatoire qui passe crème en bd mais si tu sors un chapitre là-dessus dans un bouquin, ça rebutera un paquet de lecteurs.  


Mais t’as pas peur que la BD soit un peu “ noyée ” dans cet océan actuel de BD “ didactiques ”, justement ?
Si et elle l’est. On a sorti la bd début septembre 2020. On a pris la décision courant aout où tout avait rouvert. Michel de Jarjille a dit “ on y va ”. On a dit “ ok ”. Quinze jours après les restrictions recommençaient. C’était mort. Les salons et festivals ont tous été annulés… Adieu Lyon, Paris, Angoulème… On a eu le nez creux ! 

 

 

Pour l’instant, tu as eu des “ retours ” sur la BD ? ça a intéressé un public plus large que celui du 9eme art, tu penses ?
Je ne sais pas trop. La période a été compliqué pour défendre le livre. Mais un lycée m’a contacté pour une intervention sur la bd Somaliland auprès des élèves. Ça c’est un public plus large… 


Il n’existe qu’un album (assez récent) de Sahra Halgan ? Elle joue toujours régulièrement ?
Oui ils ont connu comme tout le monde une année compliquée et de nombreux concerts annulés, mais ils jouent toujours. Ils font des tournées. Sahra revient du Somaliland quelques semaines avant. Ils répètent avant d’enchainer les dates. 


Et comment a-t-elle accueilli la BD ? Tu as eu son sentiment là-dessus ? Et plus largement, c’est pas un peu “ gênant ” pour elle de personnifier ainsi les luttes du Somaliland, à force ?
On lui avait présenté les planches et elle était déjà très émue. Elle nous avait dit que de voir sa vie en dessin avait quelque chose de magique. Elle était vraiment touchée d’avoir l’objet final en main. Après, je ne crois pas que ce soit gênant pour elle. C’est le combat de sa vie comme on dit.

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