Bagnolet (93) : mardi 2 mai, au Rémouleur, proj' du docu "Le chemin de la liberté - paroles de révolutionnaires syriens" + discussion

Mardi 2 mai, à 19h30,
au Rémouleur, 106, rue Victor Hugo, 93170 Bagnolet, métro Robespierre ou Gallieni

Projection du documentaire "Le chemin de la liberté - paroles de révolutionnaires syriens" de Naïssam Jalal et Samuel Lehoux (2013, 0h45, VOSTFR) suivie d'une discussion avec les réals et des révolutionnaires de Syrie

Ce documentaire donne la parole à trois révolutionnaires syriens, réfugiés en France, présents à Damas dès les premières manifestations contre le régime syrien. En livrant leur expérience, ils viennent tordre le cou à nombre d'analyses erronées, parfois volontairement, qui ont circulé à propos de la révolution syrienne. Cette soirée sera également l'occasion de revenir sur le livre Echos révolutionnaires de Syrie, conversation avec deux anarchistes d'Alep ainsi que sur la situation en Syrie depuis 2011.

Entrée libre et gratuite.

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La prière qui n’a pas sauvé François Fillon

Vendredi dernier, c’était veillée d’arme pour les cathos fillonistes. « Adorons le Seigneur. Quelle foi pour la France ? » A la basilique Notre-Dame-des-Victoires à Paris, ils étaient conviés à « une veillée à caractère exceptionnel pour la France ». Rien que ça. Au menu : enseignement du père Nicolas Buttet, un Suisse fondateur d’une communauté tradi, messe, adoration. « Une démarche aussi patriotique que spirituelle, une rencontre à ne pas manquer », dixit le tract bardé de bleu-blanc-rouge. « Pas question de donner de consignes de vote, mais simplement de proposer des éléments de discernement », déclare l’organisateur Semeurs d’Espérance. Pendant la veillée, entre allusion aux manifs pour tous, accepter « l’imperfection de nos politiques », on est prié de lire entre les lignes. « C’est incroyable, nos candidats ne sont pas des saints », lance le prédicateur. L’assemblée rit au diapason. « Nous faisons l’acte le plus révolutionnaire qui existe, déclare le curé suisse. Nous sommes des insurgés de Dieu. Nous proclamons le primat de Dieu dans nos vies et dans la société civile et politique. » Mais pas un mot pour le policier tué. Adhérent de Flag, l’association LGBT de la police et pacsé, il n’entrait sans doute pas dans les critères de la Manif pour tous…

Mais c’est à la buvette après la prière que les participants se lâchent. « Dans la demande de justice dans la société actuellement, je vois l’Antéchrist à l’œuvre », déclare un homme, la cinquantaine, petit foulard en soie autour du cou. Plusieurs jeunes discutent. « Avec ses affaires, Fillon il est vraiment chrétien ? J’hésite à voter pour lui… », dit l’un. « Bien sûr, il faut voter pour lui. Avec Fillon, la famille sera au centre. » répond une jeune femme. « Et les juges l’ont innocenté. Je l’ai lu sur facebook, lance une autre. C’est bien un emploi fictif, mais c’est de la faute de son directeur de cabinet qui a fait une erreur. » Vive le royaume de la fake news ! Et de conclure : « Je vais prier pour vous pour que vous votiez pour lui. » Une obsession de nombre de participants : « Fillon, vous êtes sûrs qu’il n’est pas franc-maçon, au moins ? Et Macron ? » D’autres déclarent vouloir voter Dupont-Aignan ou Marine Le Pen « pour le redressement national ». KTO, la télé catho, était venue filmer la veillée pour la diffuser cette semaine. Histoire de chauffer les électeurs pour le second tour, sans doute. Raté ! La prière n’a pas sauvé le petit frère des riches.

Whirlpool : quand Marine Le Pen refusait de lutter contre les délocalisations

La visite « surprise » de Marine Le Pen aux salariés en grève de Whirlpool d'Amiens, ce 26 avril 2017, est d'un cynisme sans nom, quand on s'intéresse au vote des députés FN au Parlement européen. La candidate du FN a décidé in extremis de perturber le déplacement d'Emmanuel Macron, venu dialoguer avec les représentants syndicaux et les salariés de l'usine. Celle-ci sera délocalisée à Lodz en Pologne.
Coût social : 290 emplois directs supprimés, et le double d'emplois indirects menacés. Les salariés de l'usine (...)

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« Das Himmel über Tokyo » (Group A, GNOD – Cave12, 25 avril)

Group A 1

Quelques images des deux découvertes d’hier, Group A et Gnod à Cave12. Floues et surexposées comme il se doit.

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Spoken-word suffoquant sur beats irradiés. Parasites, anti-musique industrielle et martiale. La musique de Group A ne semble qu’une composante parmi d’autres d’un projet total.

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Costumes, graphisme, vidéos, tout est soumis à une même esthétique radicale et négative dans laquelle on se retrouve immergé le temps de leur concert/performance. Pas très loin de ce qu’on trouve chez certains groupes hardcore/grind, d’ailleurs.

Group A 3

Gnod est un collectif noise-rock psyché anglais. La pochette de leur dernier disque laisse penser que leur musique intègre une forte dimension politique mais sur scène ça ressemblait surtout à un grand exhutoire de rock bruitiste, frontal et massif.

a3774987830_10.jpgGnod

Group A


Bure (Meuse): le Bois Lejuc est expulsable sans délais !

Nous y revoilà, quelques mois après une expulsion brutale de l’occupation du Bois Lejuc survenue en juillet 2016, ce mercredi 26 avril le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc a tranché : le bois est à nouveau expulsable sans délais, la préfecture peut réinvestir les sous-bois à grands renforts de grenades et bruit de bottes ! Mais cela ne se passera pas de la même manière, depuis un an nous nous sommes renforcés : nous avons été des centaines à réinvestir cette forêt, à y manifester, y lutter, y construire, y vivre et apprivoiser chacun de ses reliefs.

Des dizaines d’opposant.es se sont installé.es au fil des mois dans les villages autour de Bure, nous avons remporté une série de victoires juridiques et fait perdre de précieux mois à un projet qui joue la course contre la montre. À plusieurs reprises nous avons bloqué les tentatives de l’ANDRA de pénétrer dans le Bois et de reprendre des travaux.

Dès à présent nous appelons à venir nous rejoindre, nombreu.ses, durant les jours et semaines à venir. Nous sommes déterminées à opposer une résistance farouche en cas d’expulsion du Bois Lejuc !

(Plus d’informations à venir sur vmc.camp.)

[Publié le 26 avril 2017 sur vmc.camp.]

Le mouvement syndical résiste plutôt bien à la lepénisation du pays

Le syndicalisme constitue encore un frein efficace au vote frontiste. Chez les votants qui se déclarent « proches d'un syndicat », 13 % ont voté pour Marine Le Pen au 1er tour, un score bien en-dessous de sa moyenne nationale (21%), selon l'enquête Harris interactive réalisée pour Liaisons sociales. Quel que soit le courant syndical, la tentation FN stagne ou est en perte de vitesse comparé à 2012. Le vote frontiste y atteignait alors 20% chez les « proches d'un syndicat ». Le syndicalisme résiste (...)

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FRENCH JERKS : MONARCH - Sabbracadaver - 2x12′’Il me semble que ce soit au...



MONARCH - Sabbracadaver - 2x12′’

Il me semble que ce soit au moins le quatrième album de nos chère amis du sud ouest de la France. Vous savez qu’on retrouve des membres dans tous les groupes qui sonnent plus ou moins bien autour du Bordeaux, en passant par le d-beat de base mais pourtant adulé au post-hardcore chiadé qui fait dans l’innovation. Monarch reste Monarch, enfin pas de gros chamboulement sur disque qui date de 2015, et qui est chez Musci Fear Satan, le label des groupes qui vont bien et qui se portent plutôt bien financièrement ces derniers temps. Et tant mieux pour eux. Bref, du Corrupted avec une voix encore plus ésotérique et en plus de ça travaillé par des pédales d’éffets en veux-tu en voilà. Si vous êtes pas du genre à vous tapez des wall of noise de drone-doom c’est pas la peine.

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Barbès Blues au temps du couvre-feu (61) / Farid Taalba

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Puis, abandonnant la pieuse direction de Aïn El Hammam, l’esprit agité et la chair brulante, Madjid plongea son regard terrorisé dans l’obscurité de la plaine. Quand il releva son chef, face à lui, il buta conte la muraille de crêtes qui lui barrait l’horizon en escortant, du massif de Gueldaman jusqu’à la mer, la rive droite de la vallée. Vertigineusement élancées, alertes et inquiétantes, leurs imposantes silhouettes dangereusement crénelées planaient au- dessus de la plaine que Madjid voyait comme un immense cimetière à ciel ouvert ; elles semblaient le surveiller dans le silence qui y régnait. Seul au milieu de la plaine, sur la rive gauche, le piton d’Akbou se tenait en sentinelle détaché de tout massif de crêtes et face à celles de Gueldaman qui lui faisait autoritairement face. Derrière lui, des glapissements de chacals suivis de hurlements le firent sursauter ; il se plut cruellement à y entendre une plainte, un appel au secours de Zahiya. N’avaient-ils pas jailli du côté où se situait son village ? Tout à coup, les parois de son esprit se tapissèrent de son image. Dans toute direction qu’il se portait, il la voyait, démultipliée sous d’impressionnistes couleurs psychédéliques. Pris de vertiges, il eut beau se ressasser qu’il perdait la tête, qu’il n’avait pas entendu les pleurs de sa bien-aimée, qu’il avait trop bu, mais ces propres larmes lui nouaient déjà des nœuds dans la gorge. Même les yeux fermés, il retrouvait toujours la multitude de son visage désespéré ; elle le frappait d’abattement et de regrets amers comme la grêle crevant les jeunes pousses d’un printemps mort-né. Il se prit la tête entre les mains et rumina sa mouscaille en hachant des mots devenus incompréhensibles même pour lui ; il suait d’alcool, son sang courait dans ses veines et, au bord de l’étouffement, il croyait, qu’à chaque souffle, il allait s’effondrer. Mais, sur sa droite, descendant la route du col de Chellata, des lueurs le surprirent et attirèrent son regard comme s’il retrouvait enfin la réalité. Dans l’obscurité, elles surlignaient les lacets en balayant les bas-côtés d’où surgissaient des arbres et des rochers saisis dans un flash d’appareil-photo. En suivant leurs mouvements, il n’osa y croire. Mais les bruits qu’il entendit aussitôt après ne lui laissèrent aucun doute. Des véhicules approchaient, il y en avait deux. « Qui, s’interrogea-t-il soudain requinqué par la peur, cela peut-il être ? Et à cette heure ?! Avec tout ce qui se passe maintenant ! ». Il mangeait des yeux les arbres et les rochers qui défilaient au fur et à mesure de la progression des véhicules. Jusqu’au moment il crut reconnaître un groupe de rochers dont il avait gardés le souvenir. Quand Madjid compris que les arbres et les rochers éclairés étaient ceux situés entre le village de Mliha et celui de Tifrit, et vu qu’il se trouvait sur un talus surplombant la route par laquelle ces véhicules ne pouvaient qu’arriver à lui, Madjid se précipita derrière lui en grimpant la pente : « Les militaires, les militaires ! ». Il tenait à peine sur ses jambes ; gêné par sa valise, il glissa plusieurs fois à terre. A quatre pattes, comme un chacal en fuite, il se cacha derrière une barrière de figuiers de Barbarie en poussant devant lui son paquetage. Quand la lumière balaya les figuiers de Barbarie, il ne put rien distinguer dans l’aveuglement des phares. Aux ronflements des moteurs, s’ajoutait un air de musique qui ressemblait à ceux qu’il avait déjà entendus avec Môh Tajouaqt, quand un jour il l’avait persuadé de le suivre dans une cave de jazz au quartier de Saint-Michel. Dans les grésillements d’un électrophone aux haut-parleurs desquels on aurait posé un mégaphone, il entendit les voix éraillée et débridée de jeunes garçons reprendre les paroles derrière le chanteur dans une langue qu’il identifia vite même s’il ne la comprenait pas :

Without your love

It’s honky-tonk parade

Without your love

It’s a melody played

In a penny arcade

Quand l’éblouissement des phares s’atténua en ne laissant plus que traverser quelques minces rais de lumières entre les interstices des larges raquettes disjointes des figuiers de Barbarie, tels les derniers éclats du bout d’une queue de comète, Madjid sortit son museau de sa planque pour voir cette boite à musique ambulante dévaler la route. Il eut juste le temps de reconnaître deux voitures de sport décapotables dans lesquelles des silhouettes de jeunes européens éméchés dansaient tout en poussant des cris de fête qui lui coupèrent le souffle. Aussitôt, toujours sur sa droite, ses pupilles dilatées sentirent poindre un halo de lumière l’avertissant de l’approche d’un troisième véhicule juste derrière qu’il n’avait pas prévu. Pris de panique, il se retrancha le museau derrière son camouflage de figuiers de Barbarie et, dans un moment d’inattention qu’avait provoqué sa précipitation, il plaqua son dos contre les troncs acérés dont il ressentit la vive douleur, mordant en sus sa main pour ne pas crier. Sur un fébrile rythme de congas et un accompagnement de cuivre en feu, une pluie de rais de lumière lui raya le costume comme dans une boite de nuit. Serrant les dents, il entendit le carnaval que le dernier véhicule tirait derrière lui, accompagné cette fois des rires d’une jeune fille toute frémissante de joie et claquant des mains parmi de deux voix d’hommes qui l’encourageaient à la transe par leurs exclamations d’étonnement émerveillées :

Au bout d’leur mambo

Ils sont en lambeaux

Mais ils ont du bon temps

Car ils se croient vingt ans

Et tout le monde est content

« Ouah ! » ponctuèrent en chœur les voix des deux hommes avant que le chanteur ne relance « Papa loves mambo, mama loves mambo », les cheveux de la jeune fille voletant sous le vent alors qu’elle se déhanchait. Madjid n’eut pas le temps non plus d’admirer la voiture rouge vif qui filait à Akbou juste en contrebas, à quelques centaines de mètre, en dénudant les bas-côtés de la chaussée avec ces halos aveuglants. La musique et le vrombissement des moteurs disparus, il dégagea son dos du cactus. Se tenant le bas du dos meurtri par les épines qui l’avaient éraflé, il n’osa pas sortir de nouveau le museau mais scruta en direction de la route du col de Chellata ; seules brillaient les petites constellations immobiles des feux parsemant les villages qu’elle desservait. Il découvrit alors les murmures du bourg. Il s’étonna même de ne pas s’en être rendu compte alors qu’ils montaient maintenant jusqu’à lui : froissements de conversations et de promenades dans le scintillement des petite grappes de loupiotes qui enguirlandaient discrètement ce petit bourg assoupie sur un plateau, face au Gueldaman et au Piton devant lesquels il n’était qu’un matou aux pieds de ses maîtres. Le bourg était devant lui ; derrière, il ne restait que son passé, même si, avant, il s’était profondément attardé sur les minces lueurs du village de Mliha d’où était originaire sa défunte mère, à défaut de se recueillir sur la tombe qu’on lui avait creusée dans, ce que Madjid appelait désormais, le village de mon père plutôt que mon village, situé au-delà de Mliha, derrière les montagnes qui lui en barraient la vue. S’il ne pouvait plus compter sur sa belle étoile qui, dans l’exil même, lui donna la force de surmonter, il ne lui restait que le lieu de rendez-vous que le maître lui avait indiqué et qui portait le nom de « Café de l’Etoile ».

Darcus Howe à Race Today : « A I see it! »

Darcus Howe (1943 – 2017), né à Trinidad et Tobaggo, installé à Londres depuis 1961, journaliste et homme de télévision, a été un farouche militant pour l’égalité raciale et la justice sociale, impliqué dans de multiples campagnes politiques marquées par le souci de l’auto-organisation hérité du Black Power’s Mouvement.
Dans un entretien qu’il nous a accordé en mai 1991 dans les locaux du Race Today Collective à Brixton, il revient sur plusieurs épisodes déterminants de l’histoire politique des Noirs en Grande-Bretagne, dont l’affaire des Mangrove 9 contre le harcèlement policier (Notting Hill, 1970-71), le New Cross Massacre, The Black Day of Action et l’insurrection de Brixton (1981).

Enfin, il nous fait part de son point de vue sur le militantisme radical noir en 1991 qui, d’après lui, n’a pas su se remettre en cause face aux mutations du contexte politique national et international. Polémique et critique comme à son habitude, une posture régulièrement assumée, notamment dans sa chronique « As I see it! » publiée par le journal Race Today (années 1980).

Les extraits de cet entretien mené par Mogniss H. Abdallah sont tirés du documentaire Britain’s Black Legacy (45 min – 1991) produit par l’agence IM’média (Paris) et Migrant Media (Londres). L’intégralité de l’entretien devrait être disponible prochainement au George Padmore Institute (Londres) et à La Bibliothèque de Documentation internationale contemporaine (BDIC – Nanterre).

 

Emmanuel Macron devrait peut-être écouter les perdants de sa « mondialisation heureuse »

Emmanuel Macron semble foncer tête baissée dans le piège tendu par Marine Le Pen et le FN. Par son attitude pleine de dédain envers les laissés-pour-compte de la « mondialisation heureuse », rien n'indique qu'il ait saisi l'ampleur du problème. En continuant de considérer les 39 millions d'électeurs inscrits qui n'ont pas voté pour lui comme de simples variables d'ajustement, le candidat d'En marche risque de s'exposer à d'énormes désillusions au soir du 7 mai.
C'est désormais clair. Marine Le Pen et ses (...)

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L'oligarque des médias Vincent Bolloré contre Benoît Collombat, journaliste du service public

S'il y a au moins un domaine dans lequel le groupe Bolloré excelle c'est bien celui de l'application de la stratégie de la poursuite-bâillon [1] contre des journalistes qui enquêtent sur ses activités africaines.

Nous avons déjà relevé à plusieurs reprises ce qui s'apparente à une forme de harcèlement judiciaire du site d'informations Bastamag de la part de l'employeur de Cyril Hanouna. Le « traitement » que le groupe Bolloré réserve au journaliste de France Inter Benoît Collombat depuis bientôt huit ans est une autre illustration de ces méthodes symboliquement musclées.

Acte 1 : Où il est démontré qu'il est risqué pour un journaliste d'enquêter sur l'« empire africain » de Bolloré


- 29 mars 2009 : France Inter diffuse dans l'émission Interception un reportage de Benoît Collombat titré « Cameroun : l'empire noir de Vincent Bolloré ».

- 26 juin 2009 : dépôt d'une plainte en diffamation du groupe Bolloré contre Benoît Collombat à propos de ce reportage (soit presque trois mois après sa diffusion, le délai de prescription de l'action en diffamation étant de trois mois après la prononciation des propos attaqués).

- Les audiences du procès ont lieu le 15 décembre 2009 et les 10 et 11 mars 2010.

- 6 mai 2010 : « La 17e chambre du tribunal correctionnel (…) condamne [Benoît Collombat], ainsi que le PDG de Radio France, Jean-Paul Cluzel à l'époque, à un euro de dommages et intérêts, une amende de 1 000 euros, ainsi qu'à 10 000 euros au titre des frais de justice. » [2] Radio France ne fait pas appel de ce jugement

Le 24 juin 2011 Benoît Collombat écrit sur le site de France Inter :

« Dans son jugement (...) la 17ème chambre correctionnelle a reconnu trois passages précis comme diffamatoires (sur le non-respect des engagements financiers lors de la concession du chemin de fer, sur l'utilisation abusive du personnel du port et le fait de recourir à des tentatives d'intimidation à l'encontre des salariés du port autonome de Douala et le non-respect du droit du travail). Mais les témoignages concernant les conditions de travail de SOCAPALM n'ont pas été jugé diffamatoire par le Tribunal.

(...) Le groupe Bolloré avait refusé de répondre à nos questions, pendant l'élaboration du reportage. Vincent Bolloré a également poursuivi en diffamation une photographe indépendante (par ailleurs, citée comme témoin par France Inter dans la procédure en diffamation visant l'émission « Interception ») pour des propos tenus dans une émission de France Inter (« Eclectik »), évoquant son travail dans les plantations de la SOCAPALM, au Cameroun. Bolloré s'est finalement désisté de cette plainte. »


Acte 2 : Où Benoît Collombat et David Servenay montrent que des journalistes peuvent ne pas se laisser intimider par un oligarque


- 7 décembre 2010 : France Inter diffuse un « sujet » de Benoît Collombat titré « Plainte auprès de l'OCDE contre Bolloré et ses partenaires », dans lequel le journaliste révèle, conjointement avec David Servenay, sur le site Rue 89, « l'existence d'une action auprès de l'OCDE d'un collectif d'ONG dénonçant les conditions de travail et les atteintes à l'environnement dans les plantations au Cameroun. »

- 31 janvier 2011 : le « sujet » en question fait l'objet du dépôt d'une plainte en diffamation de Bolloré contre Benoît Collombat, ainsi que contre David Servenay (soit presque trois mois après la diffusion du reportage, le délai de prescription de l'action en diffamation étant de trois mois après la prononciation et/ou la publication des propos mis en cause).

- 3 juin 2013 : les ONG qui ont déposé la plainte auprès de l'OCDE obtiennent la publication du rapport final du Point de contact national (PCN) français [3] dans cette affaire, qui selon l'ONG Sherpa (dont nous publions le communiqué en annexe) « relate clairement les violations aux principes directeurs de l'OCDE. »

- 07 janvier 2014 : après avoir demandé plusieurs reports d'audience, le groupe Bolloré retire les plaintes déposées contre Benoît Collombat et David Servenay.

Acte 3 : Où Vincent Bolloré continue son acharnement contre Benoît Collombat


- 30 septembre 2015 : parution d'Informer n'est pas un délit [4], un ouvrage collectif dans lequel Benoît Collombat signe le chapitre « Les filets dérivants » [5], chapitre dans lequel il décrit méticuleusement ses démêlés judiciaires (et une partie de ceux de ses confrères) avec le groupe de celui qu'il appelle « Bolloré l'Africain ».

- 29 décembre 2015 : le groupe Bolloré dépose une plainte pour « diffamation publique envers un particulier » (soit presque trois mois après la parution du livre, le délai de prescription de l'action en diffamation étant de trois mois après la première publication des propos concernés). Les propos poursuivis figurent en annexe de cet article.

- 8 décembre 2016 : Benoît Collombat est mis en examen par un juge d'instruction (ainsi que le directeur de publication des éditions Calmann-Lévy). Une mise en examen qui est automatique dans les plaintes en diffamation : le juge n'enquête pas, il vérifie simplement que l'individu mis en examen est bien l'auteur des propos poursuivis. Le « fond » du dossier sera examiné à l'audience dont aucune date n'a encore été fixée à ce jour.

***


Nous tenons à remercier chaleureusement Vincent Bolloré : son acharnement contre Benoît Collombat semble avoir réussi à convaincre France Inter qu'enquêter sur les trajectoires et pratiques des dominants est une des missions premières d'un service public d'information et d'investigation ainsi qu'en témoignent les récentes enquêtes de la station consacrées aux oligarques Patrick Drahi et à Marc Ladreit de Lacharrière.

Grâce à Vincent Bolloré, on apprend enfin quelles sont les limites que ce farouche défenseur de la liberté de la presse entend lui fixer. En effet, parmi les passages poursuivis par Bolloré dans sa dernière plainte, figure celui-ci :

« Plus efficace encore que le harcèlement judiciaire, l'arme fatale de Bolloré reste incontestablement l'argent. Ainsi, selon le Canard enchaîné, l'homme d'affaires a récemment fait supprimer d'importants budgets publicitaires de l'agence Havas au journal Le Monde, à la suite de deux articles qui lui ont profondément déplu. Le premier présente Bolloré comme « le plus grand prédateur de la place de Paris ». L'autre article concerne l'implantation de Bolloré en Côte d'Ivoire, notamment les conditions dans lesquelles il a décroché la concession du deuxième terminal à conteneurs du port d'Abidjan. Au total, il s'agit d'une perte de plus de sept millions d'euros sur deux ans pour le quotidien détenu par les hommes d'affaires Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse. »

Nous ignorions que la description de certains mécanismes régissant une partie de l'espace médiatique pouvait déclencher une plainte en diffamation.

Denis Souchon



Annexes

1. Communiqué du Sherpa [6] du 9 juillet 2013

Au sujet de la plainte auprès de l'OCDE contre Bolloré et ses partenaires, déposée en septembre 2010.

2. Les passages incriminés par la plainte de Bolloré de décembre 2015

Passages extraits de l'ouvrage Informer n'est pas un délit :

« Sur le continent noir, Bolloré est omniprésent dans le transport, la logistique et le secteur des plantations, un héritage colonial issu du groupe Rivaud, repris par l'homme d'affaires en 1996. Cet héritage constitue "la face cachée de l'empire Bolloré", pour reprendre les termes de Martine Orange. Cette journaliste de Médiapart a longuement enquêté sur le sujet et observe que les dettes restent au Cameroun tandis que la trésorerie repart vers des cieux plus cléments, au Luxembourg ou au Lichtenstein. »

[…]

« J'ai recueilli des témoignages inédits de Camerounais qui font apparaître le groupe Bolloré comme peu soucieux du développement du pays ou du bien-être des salariés. Comme un héritier aussi des méthodes de la Françafrique. »

[…]

« Le responsable d'une association camerounaise, Hilaire Kamga, estime que Bolloré est plus intéressé par la logistique ferroviaire que par la qualité du transport des passagers. »

[…]
« Les gens qui coupent le palmier ne sont pas protégés. Ils n'ont pas de casque, pas de protection », explique ainsi un témoin. Il décrit des conditions d'hygiène et de logement déplorables autour de la plantation : "La société considère le palmier plus important que l'homme qui travaille pour le palmier, conclut cet employé. Nous subissons un esclavage modernisé, ici, à la Socapalm." »
[…]
« La pression s'exerce aussi sur certains témoins que j'ai décidé de faire citer à la barre. Isabelle Ricq, photographe, s'est rendue (avec la journaliste Camerounaise Danielle Nomba) à peu près à la même époque, dans les mêmes plantations de palmiers à huile que moi. Ses images témoignent de la destruction massive des forêts, de la confiscation des terres, de l'expulsion des villageois et des populations pygmées, de la population des cours d'eau, du recours généralisé à la sous-traitance et du manque de protection dont pâtissent les ouvriers dans les palmeraies. »
[…]
« Isabelle Ricq évoque aussi au micro les ouvriers qu'elle a croisés sur la palmeraie : "Ils s'appellent eux-mêmes les esclaves de la Socapalm." »
[…]
« Lors de ce procès marathon, j'ai été marqué par le courage et la dignité dont on fait preuve les témoins camerounais venus témoigner à la barre. Ces syndicalistes, journalistes, citoyens ordinaires, savaient pertinemment les risques qu'ils prenaient en osant critiquer un acteur économique aussi puissant que Bolloré. Même à des milliers de kilomètres de Yaoundé, leur présence dans un tribunal à Paris devait forcément avoir des répercussions pour eux. »
[…]
« Son collègue Edouard Tankwe tente de défendre les droits des dockers malgré les intimidations : "On peut vous garder deux ou trois jours en cellule, en nous conseillant d'être moins bavards." »
[…]
« Vincent Bolloré profite d'un contexte, poursuit cette figure camerounaise. La concession du rail au Cameroun est un scandale. Les plantations Socapalm sont l'illustration parfaite de cette forme d'esclavagisme qui prévaut encore aujourd'hui au Cameroun. Des employés qui travaillent pour des salaires de misère mais aussi des gens qui doivent transporter des tonnes de noix de palme pour soixante euros par mois, et à côté de cela l'expropriation de population entière pour développer les exploitations. On dépouille des populations entières dans une sorte de négociation mafieuse avec l'État. C'est une forme d'esclavagisme que de ne pas payer aux ouvriers le juste prix de leur travail et d'arracher aux populations leurs terres. Si on résiste, on met le feu à votre maison. »
(…)
« Aujourd'hui, je parle pour les pygmées, les ouvriers de la Socapalm, les sans voix, ceux qui travaillent l'huile de palme. Chez moi, on meurt sans être malade. »
(…)
« Plus efficace encore que le harcèlement judiciaire, l'arme fatale de Bolloré reste incontestablement l'argent. Ainsi, selon le Canard enchaîné, l'homme d'affaires a récemment fait supprimer d'importants budgets publicitaires de l'agence Havas au journal Le Monde, à la suite de deux articles qui lui ont profondément déplu. Le premier présente Bolloré comme « le plus grand prédateur de la place de Paris ». L'autre article concerne l'implantation de Bolloré en Côte d'Ivoire, notamment les conditions dans lesquelles il a décroché la concession du deuxième terminal à conteneurs du port d'Abidjan. Au total, il s'agit d'une perte de plus de sept millions d'euros sur deux ans pour le quotidien détenu par les hommes d'affaires Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse. »


[1] Une stratégie qui, selon Alain Garrigou, « consiste, pour des citoyens riches, ou des entreprises, à attaquer leurs critiques sur le terrain judiciaire. Rejouant la partie du pot de fer contre le pot de terre, ils tentent ainsi d'imposer à leurs adversaires des frais judiciaires démesurés. Quant à eux, ils ne risquent pas grand-chose, puisque leur fortune leur permet de perdre en justice. Ils soulignent le danger de s'en prendre à eux, même avec de bonnes raisons. »

[2] Benoît Collombat dans Informer n'est pas un délit (Sous la direction de Fabrice Arfi et Paul Moreira), Calmann-Lévy, 2015, p.119.

[3] Présenté ainsi sur le site du Trésor public : « Le Point de contact national français pour la mise en oeuvre des Principes directeurs de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) à l'intention des entreprises multinationales est une structure tripartite rassemblant les syndicats, les entreprises et l'administration. Son activité est coordonnée par la direction générale du Trésor. Dans chacun des pays adhérant aux Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales, un Point de contact national (PCN) est chargé de promouvoir ces principes, de les diffuser et de répondre à des saisines pour non-respect de ces principes. »

[4] Calmann-Lévy.

[5] pp.105-128. Une très grande partie de nos informations provient de ce chapitre.

[6] Qui se présente ainsi sur son site : « SHERPA, association loi 1901 basée à Paris, a été créée en 2001 en vue de protéger et défendre les populations victimes de crimes économiques. »

Après le nucléaire, comment l'Allemagne se prépare à une sortie du charbon

Depuis que l'Allemagne a définitivement décidé, après Fukushima, de sortir de l'énergie atomique à l'horizon 2022, cette politique est souvent décriée en France : elle aurait eu pour conséquence une augmentation du recours au charbon, extrêmement polluant. Pourtant, la part du charbon dans le mix énergétique allemand n'a pas augmenté depuis 2011. Elle reste en revanche très élevée, à 40 % de l'électricité produite. Mais les choses changent. Et le débat sur une sortie de ce combustible fossile, incontournable (...)

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Après le 1er tour des élections présidentielles, unité syndicale contre le FN !

VISA vous propose les communiqués de la CGT, de la FSU et de l'Union syndicale Solidaires, publiés suite au résultat du 1er tour des élections présidentielles.

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 25/04/2017

Playlist :

Coche Bomba (F) / Rappresaglia (Italie) / Soberania Personal (Argentine) / Vlaar (F) / Nailed In (Croatie) / Sex Prisoner (US) / N.E.G. (US) / 013 (Finlande) / Wasted (Finlande) / Disasseln (Allemagne) / Luftungsschacht (Allemagne) / Mon Autre Groupe (F) / Chepang (Nepal) / Redcrap (Pologne) / Crippled Fox (Hongrie) / Mandanga ! (Espagne) / Boom (F) / Koenigstein Youth (F) / Mururoa Attack (Allemagne) / Tombouctou (F) / Diktat (F) / Les Rats (F) / This is the Enemy (US) /Ass (US) / Ramonas (Allemagne) / Umluft 180° (Allemagne) / Los Ladrones (Porto Rico) / Century Palm (Canada) / Dezerter (Pologne) / Mass Milicja (Pologne) / Joey Molinaro (US) / Nihil Baxter (Allemagne) / Animals Revenge (Mexique) / Desechables (Espagne) / Salmiakki Youth (Finlande) / Disorder (UK) / Lexomyl (F) / Elaoin Sdretu (F) / Deposit Man (Finlande) / Antisocial Skills (Rép.Tchèque) /Loser Youth (Allemagne) / Another Terrorist Organisation (US) / Dödlage (US)

DISORDER

Dumbéa (Kanaky): cinq cabanes détruites au squat Kavatawa

Ce matin, mardi 25 avril, une procédure d’expulsion de quatre familles, soit une quinzaine de personnes, a été menée dans le squat Kavatawa, à Dumbéa.

Cerné par Kenu-In, les Palmiers 3 et l’Entre-deux-Mers, ce site est au cœur de toutes les convoitises immobilières. Le squat est ainsi voué à disparaître afin de laisser place aux projets immobiliers et aux infrastructures du futur centre urbain de Koutio. Une sorte de processus de gentrification made in Nouvelle-Calédonie…

Sauf que la légitimité de ce foncier, revendiqué par le clan Kamodji, fait l’objet d’un vif débat depuis des années. Ce matin, le ton est donc vite monté entre forces de l’ordre, représentants de la mairie et membres du clan.

Déboutées en justice, ces familles avaient été averties à plusieurs reprises, notamment le 28 mars dernier, qu’elles seraient prochainement délogées du squat. Mais bien que considérées comme prioritaires pour les demandes de logement par la ville, aucune solution de relogement n’a pour le moment été trouvée, puisque seule une nuit d’hôtel leur a été proposée… Foutage de gueule à l’autre bout du monde aussi !

[Source: Les Nouvelles Calédoniennes.]

A votre bon coeur, une petite pièce pour papy Le Pen !

Alors que Marine Le Pen a annoncé qu’elle ne sera pas de la partie pour le traditionnel pataquès du 1er mai devant la statue de Jeanne d’Arc, papa Le Pen, qui ne manque pas une occasion de tacler sa gamine, a pour sa part décidé de conduire « le grand défilé en l’honneur de Jeanne d’Arc et du Travail« . Oui, mais bon, voilà, ça coûte cher d’organiser ce petit rassemblement des ultras de l’extrême droite, qui finit parfois par un lancer de personne ne ressemblant pas à Vercingétorix dans la seine, avec les conséquences que l’on sait : la mort. Alors, papy s’est lancé dans l’écriture d’une bafouille dans laquelle il demande l’obole.

Il lui faut 35.000 euros. Le millionaire de Montretout n’a visiblement plus un rond devant lui, à moins qu’il préfère ne rien débourser, étant désormais hors course (présidentielle) ?

Elections 2017 : Pas une voix pour le FN !

Lors de ce premier tour des élections présidentielles, avec plus de 7,5 millions de voix, le FN a réussi son pari :  Récupérer des voix d'électeur-trices en souffrance sociale et politique en les agglomérant sur sa base idéologique réactionnaire et toujours fascisante.

Les scores du FN aux présidentielles augmentent dramatiquement depuis 15 ans : 4,8 millions de voix au 1er tour de 2002 et 5,5 au second tour ; 6,4 millions en 2012.

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A Vittel, le bien commun ne coule pas de source

Photo Harald Bischoff (CC)

Franck Perry, premier adjoint (Finances et économie) au maire de Vittel, comparaîtra ce mercredi 26 avril devant le tribunal de grande instance d’Épinal, dans une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Il s’agit d’une affaire d’usage de faux en écriture et d’escroquerie dans le cadre de son activité professionnelle. Le maire LR, Jean-Jacques Gaultier souhaite se faire élire député. Ce serait donc son premier adjoint, Franck Perry, qui lui succéderait.

L’ambiance à Vittel est visiblement assez particulière. Selon les documents que Reflets a pu consulter, la mairie semble faire peu de cas du bien commun.

Premier point, le laboratoire d’analyses médicales dirigé par le maire, Jean-Jacques Gaultier, a acheté en 2003 une maison 630 000 euros, et réalisé des travaux pour environ 200 000 euros (passés en amortissements et venant en déduction du résultat fiscal de l’entreprise) avant de revendre la masure, treize ans plus tard, à un certain Gaultier Jean-Jacques, pour la somme de… 653 000 euros. La dépréciation des biens immobiliers à Vittel est terrible.  La maison avait été vendue au laboratoire de biologie médicale par la Société des eaux minérales de Vittel, elle-même appartenant au Groupe Nestlé Waters France, entreprise que l’on retrouvera un peu plus bas.

Second point, la deuxième adjointe au maire, Claudie Pruvost, fait l’objet du deuxième signalement au procureur par l’association Anticor.

Ca pompe sec

En 2015, l’élue dirigeait la Commission locale de l’eau (CLE), chargée de trouver une solution pour mettre un terme au déficit de la nappe d’eau Grès trias inférieur (GTI) exploitée principalement par le Groupe Nestlé Waters France – notamment pour sa marque d’eau minérale Bonne source – et par le groupe L’Ermitage. A elles seules, les deux entreprises consomment 47% de l’eau puisée dans cette nappe contre 22% pour les usages domestiques.

La nappe étant en déficit (« on » pompe trop) le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) a été amené à produire un rapport mettant en garde les autorités. L’État a décidé en 2010 de mettre en place un Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) dont l’élaboration est confiée à la fameuse CLE.

Celle-ci a décrété que la solution passait par des économies de la part des particuliers, les utilisateurs industriels n’étant visiblement pas au centre des préoccupations de la commission.

Ce qui a sans doute ravi un certain Bernard Pruvost, mari de Claudie Pruvost, mais surtout, directeur « Recherche et déve­loppement » chez Nestlé. Un léger conflit d’intérêts qui avait sans doute échappé aux deux époux. De nouvelles élections ont eu lieu et Claudine Pruvost n’est plus présidente de la CLE mais « seulement » membre du bureau…

Anticor est revenu à la charge car Claudie Pruvost, multi-casquette, est également représentante du Conseil départemental au Comité départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) où elle a participé à un vote sur une demande d’autorisation de forages sup­plémentaires pour Nestlé Waters. Pourtant, Le CODERST, qui avait été alerté de la situation d’éventuel conflit d’intérêt, n’a pourtant pas demandé à Claudie Pruvost de s’abstenir lors des débats ou du vote. Elle a bien sûr émis un vote favorable sur cette demande.

Reflets a tenté en vain de joindre Jean-Jacques Gaultier, Franck Perry et Claudine Pruvost, tous trois visiblement très occupés.

PRÉ-COMMANDE! Comment sortir avec quelqu'un quand on est trans et queer - Assignée garçon BD

PRÉ-COMMANDE! Comment sortir avec quelqu'un quand on est trans et queer - Assignée garçon BD:

Hé les gens! Il ne reste plus qu'une semaine pour pré-commander ma nouvelle BD, “Comment sortir avec quelqu'un quand on est trans et queer”! Les précommandes incluent un petit cadeau d’ Assignée Garçon BD. Le livre contient une vingtaine de pages exclusives que vous ne verrez pas ici, en plus de plusieurs pages tirées de la BD en ligne <3

Maloka - Brèves : élections ...

Ni patrie, ni patron : seule la lutte paie !

Alors ça y est, les heureux gagnants de la loterie électorale sont donc Marine Le Pen et Emmanuel Macron. En dépit de la versatilité des intentions de vote, cette campagne électorale a donc finalement eu le résultat le moins inattendu : les partis dits « de gouvernement » (PS, LR) se retrouvent distancés par deux candidats qui prétendent apporter une « alternance », une « rupture avec le système », pour reprendre les mots de Le Pen et Macron le soir même des résultats du premier tour.
Mais de quelle alternance, de quelle rupture parle-t-on ?

C’est au contraire sur les candidats qui représentent à la fois, mais chacun à
leur façon, le capitalisme le plus sauvage et le nationalisme le plus étroit
que se sont portés l’essentiel des suffrages exprimés.
Car ne nous y trompons pas : l’un comme l’autre, dans leur projet économique
et social, défendent une vision fondamentalement inégalitaire des rapports
entre les gens. Aussi, quelque soit le résultat dans quinze jours, si on place
nos espoirs dans les urnes, on a déjà perdu : face aux capitalistes et aux
nationalistes, qu’ils-elles viennent d’En Marche ou du Front national, il
faudra s’opposer, pied à pied et sur tous les fronts, pour défendre nos
valeurs d’égalité et de solidarité.
Frankreich über alles
En 2002, la présence de l’extrême droite au second tour avait surpris et ému,
poussant des milliers de gens dans les rues le soir même. Aujourd’hui,
plusieurs centaines de personnes ont tenté de manifester, et en ont été
violemment empêchéEs par des policiers déchaînés, dont plus de 50% votent FN.
Surtout, bien peu de gens s’inquiètent que Marine Le Pen se retrouve en
deuxième position, alors même qu’elle rassemble sur son nom 2,5 millions de
voix de plus que son père, et qu’elle a plus de chance que lui de l’emporter
au second tour. Mais il y a pire : car après trois mois de campagne électorale
dominés par des surenchères chauvines, de la France insoumise au Front
national, le grand vainqueur de l’élection est d’ors et déjà le nationalisme
le plus décomplexé. Dans les luttes à venir, nous devrons rappeler que
revendiquer l’appartenance à la communauté nationale n’est pas un argument,
mais au contraire un obstacle à la constitution d’un front de lutte uni.
Par ailleurs, alors que tous les candidats, sans exception, se déclarent «
anti-système », les trois-quarts des votantEs se sont rangéEs sagement
derrière la droite et l’extrême droite, et la quasi-totalité derrière les
défenseurs les plus acharnés de l’autorité. Loin d’être des symboles d’un
quelconque renouveau, Macron et Le Pen sont aux aussi les héritiers et les
garants de l’ordre établi. Ils prétendent tous deux représenter une rupture,
alors qu’ils sont les purs produits, l’un de la social-démocratie la plus
libérale, et l’autre de l’extrême droite la plus traditionnelle.
Alors, que faire ?
Voter reste pour nous un acte individuel, un droit que chacunE est libre
d’exercer ou non. Pourtant, nous savons que nombreux vont être celles et ceux
qui vont tenter de culpabiliser les abstentionnistes au nom du « vote utile »,
tout en se donnant bonne conscience à moindre frais. CertainEs nous diront
qu’il faut faire barrage au nationalisme, tandis que les partisans de
l’extrême droite joueront les dissidents : mais Macron se dit « le président
des patriotes », et Le Pen n’a eu de cesse de chercher à se faire adouber par
le patronat pour « crédibiliser » son projet.
Voter Macron ne fera que dégrader les conditions de vie du plus grand nombre,
mais cela fera aussi progresser le Front national, qui prospère sur la
précarité : loin d’être un rempart au FN, c’est un toboggan qui nous y
entraîne. Pour s’opposer à l’ultra-libéralisme, le projet FN est non seulement
la pire alternative, mais également un miroir aux alouettes, car les rapports
d’exploitation ne sont jamais remis en cause par le parti de Marine Le Pen,
qui séduit aussi bien les patrons que les employés.
De notre côté, nous pensons, plutôt que de « faire barrage » au Front
national, qu’il faut s’inquiéter de la progression des idéaux inégalitaires,
de l’audience des sirènes nationalistes et populistes, et de se mobiliser dans
la rue, sur nos lieux de travail, pour s’y opposer. C’est ce que nous faisions
avant les élections, et c’est ce que nous ferons après.
La Horde
http://lahorde.samizdat.net/2017/04/24/ni-patrie-ni-patron-seule-la-lutte-paie/

Archipel d'attente

L'arrivée, en 2015, de près de 850 000 personnes sur les îles grecques a permis à l'Union européenne de justifier la « solution hotspot » : une flopée de camps insalubres où parquer des réfugiés jugés indésirables. Bloqués pendant des mois dans celui de Samos, plus d'un millier d'entre eux attendent, indéfiniment, de pouvoir en sortir.

Au large des côtes turques, un drapeau grec détrempé surplombe l'amas de blocs en préfabriqués et de tentes battues par la pluie enserrés dans le hotspot de Samos, l'un de ces centres de tri de migrants à ciel ouvert construits à la hâte sur les îles égéennes. Il est, avec ceux de Lesbos et de Chios, le symbole implacable des politiques migratoires de l'Union européenne (UE), soucieuse de contenir, ficher et enfermer celles et ceux ayant eu l'audace de franchir la mer meurtrière pour rejoindre ses terres défendues. Toutes et tous y sont convoyés dès leur réception, après une traversée incertaine et glaçante sur une embarcation constamment prête à chavirer : « Dans le bateau, il faut garder la même position, sans bouger, pendant des heures, se souvient Jonathan, exilé burundais maintenu sur l'île pendant plus de dix mois. Au moindre mouvement, on sent le bateau sur le point de se renverser. Pour nous, ça allait encore – ça n'a pris que cinq heures. Mais pour d'autres, ça a duré toute la nuit... » L'accueil qui leur est fait à l'arrivée annonce la manière dont ils seront traités pour les semaines, voire les mois, à venir : femmes, hommes, enfants et bébés sont immédiatement enfermés dans l'« espace d'identification », zone de confinement à l'intérieur du camp. Ils doivent y prendre leur mal en patience, souvent plus de 10 heures, le temps que policiers, agents du gouvernement grec et de l'UE procèdent à un interrogatoire et à un fichage en règle [1]. « Les flics les bousculent, les poussent comme des chiens, voire les frappent s'ils insistent trop pour recevoir à manger ou à boire, raconte Ion, bénévole depuis près de cinq mois à Samos. Il faut toujours négocier pour pouvoir leur fournir quelques vêtements secs et de l'eau. »

Un camp « fait pour les animaux »
Une fois en poche le morceau de papier leur assignant une identité provisoire, rétrécie, les nouveaux arrivés rejoignent le quotidien étouffant du camp, dont la surpopulation endémique accentue la précarité : en décembre dernier, près de 1 900 réfugiés, dont 450 enfants, y vivaient, pour une capacité d'accueil de 850 personnes. Si la plupart d'entre eux sont originaires de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak, plus d'une trentaine de nationalités sont représentées. Les appels du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à accélérer les transferts vers les terres continentales, où les conditions de vie sont un peu moins dures, sont restés lettre morte tout l'hiver, l'entassement de tentes fines et fragiles, parfois juxtaposées aux sanitaires, étant considéré comme une solution acceptable [2]. Abdullah, venu d'Alep, a dû vivre dans l'une d'elles pendant quatre mois. Il en garde un souvenir amer : « Ceux qui gèrent le camp savent qu'il est fait pour des animaux, pas pour des êtres humains. » Eau chaude souvent inaccessible, toilettes insalubres, accès difficile aux soins médicaux et psychologiques (d'ailleurs presque entièrement pris en charge par des bénévoles), nourriture insipide voire impropre à la consommation [3], épuisement régulier de produits d'hygiène : une situation catastrophique que certains réfugiés, en janvier, ont tenté de mettre en lumière en entamant une grève de la faim. Mais celle-ci fut interrompue dès le deuxième jour, explique Hessam, témoignant de cette conscience partagée, ici, de l'indifférence que l'Europe porte aux exilés pris dans les barbelés de ses frontières : « Ça ne valait pas le coup. Les policiers n'essayaient pas de nous en empêcher, ils nous ont simplement dit que ça ne servait à rien. C'était vrai. »

L'engorgement du camp, la recrudescence des tensions et des violences qui en a découlé, et l'incapacité des autorités à satisfaire les besoins vitaux des détenus a transformé le hotspot de Samos : d'un centre de rétention, il est devenu un camp mixte, où se croisent bénévoles, fonctionnaires grecs, agents de Frontex, salariés de compagnies privées de sécurité, policiers et militaires. Une évolution qui a permis aux réfugiés de franchir les grilles et de se rendre dans la ville de Vathi, capitale de l'île, située non loin en contrebas. Seulement, ici comme ailleurs, les contrôles au faciès systématiques et les arrestations arbitraires servent à marquer le territoire en les confinant hors de l'espace public. Essentialisés comme de potentiels fauteurs de troubles, ils subissent un flicage accru lorsque la nuit tombe : « Les mères ne laissent plus leurs fils sortir le soir, témoigne Muneeb, jeune afghan arrivé il y a presque un an. Tout le monde est au courant que des gars ont été arrêtés, tabassés et mis en prison sans raison. » Abdullah confirme : « Les policiers du camp nous mettent la pression lorsqu'on rentre trop tard. Ils nous interrogent, insistent pour savoir si l'on est saoul, avec qui on était et ce qu'on faisait. Ils nous disent : “Pour cette fois, ça va, on laisse couler. Mais la prochaine fois, ça ne se passera pas comme ça…'' »

Une machine à broyer l'espoir
L'oppression policière et les conditions d'existence dans le camp rendent plus insupportable encore l'attente sans bornes et absurde dans laquelle toutes et tous sont ici plongés. Les entretiens avec les agents chargés de faire le tri entre réfugiés tolérables et migrants expulsables, passage obligé pour espérer quitter Samos, sont toujours renvoyés à une date future et inconnue. Une existence suspendue, que Jonathan peint, malgré tout, en riant : « Dormir, manger, dormir, manger : c'est ça, la vie, ici ! » Mais le sourire s'estompe vite quand il pense à tous ces mois perdus à attendre des rendez-vous, une réponse, un mouvement : « On n'a pas traversé tout ça pour en arriver là. Tous les jours, tu te dis que demain ça ira mieux, mais c'est toujours demain, demain… » L'inertie bureaucratique ne peut expliquer à elle seule le maintien de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants, dans des conditions précaires et humiliantes pendant des mois. Tout, ici, forme une machine à broyer l'espoir, afin de décourager les migrants désirant rejoindre l'Europe, tout en poussant celles et ceux déjà présents à partir « volontairement ».

« Le pire, c'est de ne pas savoir, ajoute Abdullah. J'ai décidé d'arrêter de penser au futur, de cesser d'avoir des projets ou des attentes. Je ne peux plus. Qu'ils me renvoient en Turquie ou m'autorisent à rester, je veux juste savoir. » C'est que tout a changé depuis l'accord du 18 mars 2016 conclu entre l'UE et la Turquie, lequel a entériné le renforcement des contrôles aux frontières de cette dernière tout en facilitant les expulsions vers son territoire [4]. Le temps passé par les exilés à Samos, Chios ou Lesbos s'est considérablement allongé, et la menace d'un renvoi vers le royaume d'Erdogan pèse au-dessus de toutes les têtes. Abdullah rapporte que, lors de l'unique entrevue qui lui a été accordée, ses interlocuteurs « n'ont posé que des questions sur la Turquie, sur [son] séjour là-bas ». Rien sur la Syrie, sur Alep, sur les terres ployant sous la mitraille qu'il a dû fuir. C'est pourtant sur cette base que sa demande d'asile a été refusée. Contraint de patienter à nouveau plusieurs mois pour recevoir une réponse à l'appel qu'il a déposé, Abdullah explique cette obsession des services grecs et européens : « Ils cherchent à prouver que la Turquie est un pays sûr, pour pouvoir y renvoyer les gens. » Plus de 900 renvois vers le territoire turc ont déjà été recensés. Et ceux-ci sont destinés à se multiplier, Athènes ayant annoncé fin février l'ouverture prochaine de six nouveaux « centres de détention pré-expulsion » sur les îles égéennes, destinés à enfermer les déboutés de l'asile. Qu'importe les alertes concernant l'exploitation au travail, la précarité, l'absence de protection et d'information juridique, voire l'incarcération arbitraire auxquels sont confrontés près de 3 millions de réfugiés en Turquie : l'Europe poursuit ses politiques répressives, à ses frontières et au-delà.

Aller plus loin...

Le site tenu par Léna Coulon : <eclats-d-exils.blogspot.com>


[1] L'UE y tient par-dessus tout : le large fichier Eurodac (où sont consignées informations personnelles, empreintes digitales et photographies) permet l'application du règlement Dublin II, qui prévoit l'expulsion systématique des demandeurs d'asile vers le premier pays par lequel ils sont entrés sur le territoire européen. L'annonce d'une reprise, ce mois-ci, des expulsions vers la Grèce (un temps exemptée du règlement) est inquiétante, plus de 60 000 réfugiés y vivant déjà dans des conditions de vie précaires.

[2] Environ un millier de personnes vivent aujourd'hui dans le camp de Samos, les transferts ayant été accélérés à partir du mois de février, c'est-à-dire après quatre mois d'hiver.

[3] La découverte de vers dans la nourriture distribuée par l'armée, relayée, photos à l'appui, par des réfugiés sur les réseaux sociaux, n'y a rien changé. Les uniformes ont nié farouchement, affirmant qu'« aucune preuve » n'avait été présentée, tout en s'empressant d'appeler les ONG présentes à ne pas en faire état, sous peine de se voir interdire l'accès au camp.

[4] L'accord stipule que tous les migrants déboutés de l'asile arrivés par la Turquie y seront renvoyés, et que pour chaque réfugié syrien renvoyé, un autre Syrien doit être relocalisé en Europe. En contrepartie, l'UE s'est engagée à verser 3 milliards d'euros à la Turquie et à supprimer l'exigence de visas pour ses citoyens se rendant en Europe.

Carnets du réveil

25 APRILE SEMPRE !

Résistons Ensemble No 162 / Les fossoyeurs de gôche et leurs porteurs d’eau

Voici en pdf, le No 162, avril 2017, du petit journal mobile « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires. Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions, propositions, critiques …

à bientôt.
L’équipe de rédaction

Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf : http://resistons.lautre.net/IMG/pdf/re162-avril-2017.pdf

Les fossoyeurs de gôche et leurs porteurs d’eau

Alors que l’état d’urgence court depuis plus d’un an, la loi sur « la sécurité publique », assouplissant l’usage des armes à feu pour les forces de l’ordre, vient d’être promulguée le 1er mars. Un mois après, ça fonctionne déjà : 2 morts par balle en quatre jours. Angelo Garand, un « déserteur », abattu par les super gendarmes du GIGN dans Loir-et-Cher. Il a été désigné comme « gitan » par les médias pour que ça « passe » mieux sans doute. (voir l’appel de sa sœur p. 4). L’autre assassiné, c’est M. Liu, abattu par les BAC d’une balle à bout portant chez lui, devant sa famille. Remarquez, il était en train de découpeR du poisson avec des ciseaux, c’est grave.
Un autre signe de cette montée en grade répressive est visible dans le traitement réservé aux lycéens mobilisés autour de Théo. À Saint-Denis (93) la police tabasse, matraque, gaze, humilie avec une violence rare des centaines d’élèves du lycée Suger (voir P. 4).
Voilà l’héritage que laisse ce pouvoir de « gôche » à l’agonie. Avec la caution de la nouvelle loi et l’état d’urgence maintenu, la police a les mains libres. Face à leur désastre électoral prévisible, les partis de « gôche » parlementaire commencent à se repositionner. Tout d’un coup, ici et là on entend leurs critiques des violences policières, critiques softs bien sûr, qui ne mettent pas en cause les corps répressifs, mais leurs soi-disant « brebis galeuses ».
Ce qui est grave c’est qu’au lieu de démasquer ces manœuvres, il y en a qui les couvrent. La tentative de manipulation de la manifestation du 19 mars en est une illustration. Cela fait plusieurs années qu’une mobilisation est organisée à la mi-mars cristallisant la lutte contre la violence d’État – d’ailleurs ce combat a toute une histoire. Cette année encore des milliers de personnes ont marché à Paris contre les violences policières, derrières plusieurs familles qui ont perdu un fils, un frère. Or leur colère et leur détermination pour avoir « vérité et justice » ont été détournées. Les organisateurs de la marche, en premier le Parti des Indigènes de la République (PIR), ont instrumentalisme les familles et les marcheurs. Au profit de qui ? Le PCF, le Parti de Gauche de Mélenchon… ont ainsi pu marcher au sein de cette manifestation. L’embauche des vigiles privés avec l’argent collecté est déjà une première dangereuse et détestable.
Mais c’est en éliminant la lutte contre l’islamophobie des revendications de la mobilisation que le PIR et ses compagnons de route se sont couchés devant la « gauche » islamophobe. Alors que l’islamophobie est un des outils de tous les pouvoirs, de gauche comme de droite. Pour diviser les pauvres, pour humilier et réprimer ceux et celles que les pouvoirs désignent comme musulmans. Un exemple ? Encore fin mars, les CRS ont envahi la mosquée de Clichy (92), victime d’une belle promesse électoraliste, pour la fermer et la transformer en une… médiathèque !
Il faut être vigilant. La « gôche » parlementaire commence à se repositionner en vue de sa défaite électorale prévisible. Pour se refaire une virginité elle n’hésitera pas à protester, faux cul, contre l’application de ses propres lois « sécuritaires » par les vainqueurs. Nous ne serons pas dupes, nous ne marcherons pas derrière les fossoyeurs de « gôche » des libertés. Même s’ils sont dans l’opposition.

Liu Shaoyo – Justice et vérité !
Le soir même de son assassinat, le 26 mars par la BAC, a commencé une série de manifestations souvent réprimées par la police…. Dimanche 2 avril, la place de la République à Paris était noire de monde, 6 ou 10 mille personnes, mélangées, même si majoritairement d’origine chinoise. Toute cette foule, d’opinion de plus au moins radicale, a unanimement rejeté l’accusation du pouvoir d’une soi-disant « légitime défense » et comme quoi le fait que ces manifestations de plus en plus massives seraient organisées par la mafia chinoise et l’Ambassade de Chine. Extraits d’un tract « Police, Assassin », distribué dimanche : « … légitime défense ou bavure ? Comment peut-on nous faire croire qu’un groupe de policiers entrainé ne puisse pas arrêter un vieil homme de 57 ans et d’1 m 60 sans passer par des armes ? Pourquoi ont-ils tiré sans aucun mot, ni aucune sommation ? » La colère et la volonté de lutte ne risquent pas de s’éteindre.

Cagnotte de solidarité…
Lettre de la sœur d’Angelo (extraits) « Angelo avait bénéficié d’une permission il n’a pas regagné la maison d’arrêt… Tout a été très vite, plusieurs hommes sont sortis (de la camionnette banalisée) cagoules… mon frère n’était pas armé contrairement à ce qu’ils ont pu dire, à peine ils sont rentrés dans la grange les coups de feu ont retenti, Angelo a été exécuté sans sommation… Nous avons besoin de votre solidarité pour les frais d’obsèques de mon frère Angelo que nous enterrons mercredi et les premiers frais pour ouvrir une procédure par un avocat que nous rencontrons demain pour nous constituer partie civile. Merci à tous pour votre générosité. » Aurélie Garand https://www.leetchi.com/fr/Cagnotte/18210352/d72ff64d

Répression des lycéens : de pire en pire
Le vendredi 3 mars un groupe d’élèves s’est rassemblé devant le lycée Jean Zay à Aulnay-sous-Bois, la police est intervenue très brutalement ce qui a donné lieu à un communiqué de protestation de la part des profs du lycée. Ce même vendredi les lycéens de Louis Armand Paris 15ème tentent également un blocus : les flics tapent dans le tas et gazent sans sommation provoquant une crise chez une lycéenne asthmatique qui se retrouvera à l’hôpital. Les profs voulant apaiser la situation sont menacés par des flash balls. Un élève excédé s’en prend au flic gazeur, il se retrouve au comico où les flics le cognent et tentent de l’étrangler. Finalement 15 élèves ont passé entre 30 et 40h en GAV et sont en attente de leur procès. Le proviseur menace d’un conseil de discipline tous ceux qui ont été mis en examen. Quelques profs solidaires font pression pour leur éviter cette double peine et manifestent leur soutien aux élèves.
Mais c’est à Saint Denis qu’un cap a été franchi. Le mardi 7 mars, 3 foyers d’incendie se sont déclarés dans les étages du lycée Suger. On parle aussi d’un tir de mortier. La direction panique et finit par faire sortir les 1200 élèves. Sur le parvis, c’est la police qui les attend, les gaze, tire dans le tas au flash ball, et en interpelle 55 élèves au hasard. Plus de 30 heures en GAV, certains sortiront couverts de bleus… insultes, humiliations pleuvent. Les parents ont été laissés sans nouvelles pendant toute la durée de la GAV. Finalement 7 personnes sont poursuivies dont 6 mineurs pour violences sur flics, attroupement armé et/ou rébellion. Ce jour-là il s’agissait de faire comprendre aux lycéens des quartiers populaires qu’il fallait renoncer à bouger le petit doigt et accepter sans broncher leur relégation scolaire et sociale. On ne fera pas taire la jeunesse. Et c’est tant mieux.

> chronique de l’arbitraire

Rémi Fraysse
La famille de Rémi Fraisse, tué par la grenade offensive d’un gendarme le 26 octobre 2014 à Sivens (Tarn) craint un non-lieu. C’est pourquoi elle a déposé une requête à la Cour de Cassation pour empêcher que la mort de leur fils ne se solde par un non-lieu, les parents ont déposé deux plaintes en janvier dernier. L’une pour homicide involontaire à l’encontre du préfet, et de son chef de cabinet, l’autre à l’encontre de trois gendarmes, dont l’auteur du tir mortel de grenade, pour faux témoignages.

Amadou Koumé
Mort au Commissariat du Xème à Paris, le 6 mars 2015. Deux ans de combat pour obtenir la mise en examen pour « coups mortels » du policier de la BAC, déjà sanctionné en interne pour usage disproportionné de la force ! D’après le rapport d’autopsie, le décès résultait d’un « œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie et de traumatismes facial et cervical ». Pour autant, le parquet de Paris classe l’affaire. La famille dépose plainte. Ce n’est qu’un an plus tard, qu’une information judiciaire est ouverte en juin 2016, qui aboutit le 28 mars 2017 à la mise en examen de l’auteur de cette mort.

Geoffrey
Le policier condamné pour un tir de flashball sur un lycéen atteint au visage, et qui a vu sa peine alourdie en appel, se pourvoit en Cassation ! En octobre 2010, Geoffrey, un lycéen de 16 ans avait été grièvement blessé par un tir de flashball. Presque sept ans plus tard, la Cour d’appel de Paris a condamné à 18 mois de prison avec sursis l’auteur du tir, mais a refusé d’assortir la peine d’une interdiction d’exercer. La victime, elle, souffre toujours de graves séquelles.

Hommage à Edouard
Il était cheminot, avait 42 ans, travaillait à la gare Saint Lazare et était délégué Sud Rail du personnel. Harcelé par la direction, il s’est jeté sous un train sur son lieu de travail le 10 mars. Ses collègues qui souffrent de cette même maltraitance au travail y ont vu, plutôt qu’un suicide, un crime patronal.

Beaucoup de bruit pour rien
Le 23 mars 2017, la Cour d’Appel de Bordeaux a finalement prononcé la relaxe pour les 3 militants du D.A.L33 qui ont soutenu des familles démunies, accusés en quelque sorte de délit de solidarité. Trois années de combat pour la vérité. Perquisitions, gardes-à-vue, interrogatoires, pressions multiples…combien de temps, combien d’argent perdu à se défendre. Voilà comment l’arme judiciaire s’occupe d’étouffer les luttes sociales. http://dal33.over-blog.com/

Parechoquage de véhicule
Le 11 mars, trois mois jour pour jour après la mort de Mehdi poursuivi par la police à Vénissieux (voir RE 160), deux jeunes du quartier de la Velette à Rillieux-la-Pape roulant en scooter croisent une patrouille de police municipale. Les voyant sans casque, la PM se lance dans une course-poursuite. Le conducteur finira grièvement blessé aux urgences. La révolte gronde, le jour même plusieurs voitures sont brûlées. La version policière nie totalement la prise en chasse. Pourtant plusieurs témoignages sont formels, ainsi selon le conducteur du scooter, la voiture de police était tellement proche de lui que s’il ralentissait, il tombait, ne lui laissant pas d’autre choix que d’accélérer. Le jour même sur le plateau de la Duchère, un scooter conduit par des jeunes de Vaise est également parechoqué par la police. Heureusement pas de blessé, mais là encore la course poursuite a soulevé une vague de colère et entraîné des affrontements avec la police.

Antonin a quitté Fleury
Mis en examen (comme 8 autres personnes) pour tentative de meurtre sur policier suite à l’incendie d’une voiture de police le 18 mai 2016. Il a ensuite été enfermé à Fleury durant 10 mois. Grâce à la mobilisation de sa famille et de ses amis, notamment aux côtés de la famille Traoré), il a été libéré par la Cour d’appel de Paris le 29 mars mais reste sous contrôle judiciaire et interdit de présence à Paris.

Blindés et armes de guerre
Après une 1ere livraison à auteur de 17 millions d’euros, en octobre 2016, le gouvernement remet ça et révise le budget à la hausse  : 250 millions d’euros. Des véhicules blindés, avec le bas coté et le pare-brise résistant aux tir d’armes de poing pour patrouiller dans les quartiers populaires, 5000 pistolet-mitrailleur HK UMP pour remplacer les traditionnels Beretta, encore 690 fusils d’assaut HK G36 pour les Bac et Psig… le plan prévoit aussi près de 2 300 lanceurs de balles de défense, sachant les mutilations dont il est capable…

> agir

Liberté pour Bagui Traoré !
Le 14 décembre 2016 se tenait à Pontoise le procès de Bagui et Yssoufou Traoré, accusés de “violence”, “outrage” et “menaces de mort” sur agents de la police municipale. Témoignages “évolutifs” des forces de l’ordre, voir “mensongés” (un policier ayant porté plainte contre X pour violences, s’était en vérité fait mordre par son propre chien), malgré l’inconséquence de l’accusation les deux frères ont été déclaré coupables. Youssouf a été condamné à 3 mois de prison aménageables. Bagui est depuis condamné à 8 mois d’emprisonnement avec maintien en détention et deux ans d’interdiction à Beaumont-sur-Oise. Depuis, de lourdes charges ont été ajoutées sur Bagui Traoré. Le Comité Vérité et Justice pour Adama analyse l’acharnement judiciaire. « Ces accusations d’une extrême gravité servent essentiellement à nous noyer sous les procédures, à ralentir notre combat et à nous affaiblir. Bagui est le témoin clé dans l’affaire de la mort de son frère Adama. Pour les institutions judiciaires et la gendarmerie… il est nécessaire de décrédibiliser le témoignage de notre frère, et surtout le détruire psychologiquement tout en détruisant notre famille. » La famille a fait appel, RDV le mardi 25 avril 2017, au tribunal de Versailles. À Paris le 22 avril 14 h meeting pour la liberation de Bagui à la Bourse du Travail métro République.

Logement, papiers, liberté pour tou.te.s !
Depuis le 1er avril 2017, le centre social Attiéké (habité et auto-organisé) est expulsable. Son collectif exige que « la mairie et la préfecture du 93 prennent leurs responsabilités, qu’elles relogent les habitant.e.s de l’Attiéké et réquisitionnent un lieu équivalent sur la ville, et au-delà tous les immeubles vides. En cas d’expulsion, il y aura occupation. » 31marcelsembat@riseup.net / collectifattieke.wordpress.com

Appel à témoins
Le 5 juillet 2017 Fred a été arrêté devant l’Assemblée nationale. En préparation du procès il lance un appel à témoins, et recherche d’éventuelles photos ou vidéo de son arrestation. Contact : Frédéric Raguénès sur Facebook.


Gisquettes' Talks #71 - Emission du 21 avril 2017 - Interview Charly's Angels.

Podcast, tracklist et liens.
Tracklist :
Charly's Angels - Bastard
Barb Wire Dolls - Revolution
Angry Amputees - Want Dead
Stranglehold - Take Control
Charly's Angels - Up your kilt
Funeral Dress - Fade away
Burning Lady - Story of my scene
Lunachicks - Don't Want you
Central Massif - The last woman on earth
Charly's Angels - Loose Control
Action Pact - People
Flees - You cant break me
The Expelled - Make it alone

 

Lien :
https://www.facebook.com/thecharlysangels

Pour télécharger le podcast, cliquez sur l'article.

Aux États-Unis, un quart des impôts enrichit le complexe militaro-industriel

« Être contre les impôts est typiquement associé au conservatisme, il existe pourtant une tradition, certes discrète, mais ancienne au sein du mouvement progressiste de refuser de payer ses impôts, en particulier ceux qui vont à la guerre », rappelle Lindsay Koshgarian, chargée de campagne à l'ONG états-unienne National Priorities Project dans le journal en ligne indépendant Truthout. Aux États-Unis, selon les calculs de l'ONG à partir des données rendues publiques par le gouvernement, près d'un quart (...)

- En bref / , ,

« A qui profite le crime? Narcotrafic, contre-insurrection et crimes d’État »

Discussion à Paris le jeudi 27 avril 2017 à 20heures.

Des quartiers populaires et des mouvements révolutionnaires décimés par la drogue.
Des soulèvements insurrectionnels écrasés par l’économie du crime, les mafias et les cartels…

aquiprofite

Discussion autour de la publication en français du livre Rendez-nous les vivants. Une histoire orale des attaques contre Ayotzinapa (éditions CMDE) et de la brochure Capitalisme + Came = Génocide

Avec John GIBLER, auteur de Mourir au Mexique. Narcotrafic et terreur d’État.
Et Mathieu RIGOUSTE, « A qui profite la guerre au crime? » Gestion (para)étatique des marchés des drogues et contre-révolution sécuritaire.

18H30 : Présentation de « RENDEZ-LES NOUS VIVANTS ! Une histoire orale des attaques contre Ayotzinapa avec John Gibler, auteur du livre, à la la librairie Quilombo 23 rue Voltaire 75011 Paris.

20H : Discussion au C.I.C.P. 21 ter, rue Voltaire 11e, Metro : Rue des boulets ou Nation

Éditions CMDE, CSPCL, Collectif Paris Ayotzinapa

TRUSTY - Goodbye, Dr Fate Cd 95 (Dischord)















Jim, un lecteur du blog m'a suggéré pour la fin du blog, d'accéder à toutes les requêtes qu'on me faisait. Pas de soucis, de toute façon, c'est un principe que j'ai appliqué tout le long de l'existence du blog, si on me demandait un disque et que je l'avais, j'en parlais. Alors Jim m'a proposé tout un tas de disques parmi lequel je n'avais que ce cédé de Trusty. C'est pas un mauvais choix Trusty, c'est même plutôt pas mal pour pas dire que c'est excellent voir même sublime! Bon d'accord faut aimer la pop punk et ça tombe bien parce que c'est mon cas. Enfin des fois, quand c'est bien fait et pas trop mièvre. Et ça tombe bien, parce que c'est tout à fait comme ça qu'on pourrait définir Trusty, pop punk bien faite et pas trop mièvre. C'est pas le genre de groupe qu'on attendait sur un label comme Dischord qui nous a plutôt habitué à des trucs plus matures mais pas forcément plus intéressant mais c'est un autre débat.
Trusty donne dans le punk pour adolescent façon Green day et consorts mais a  débuté dans ce qu'on pourrait appelé du hardcore positif. Logique quand on sait que le groupe vient de la région de DC... Pardon, on est en train de me souffler dans mon oreillette que le groupe n'était pas de DC mais de l'Arizona ce qui est surprenant car je pensais qu'on trouvait exclusivement des groupes de DC sur Dischord. Au temps pour moi... Donc Trusty était un groupe arizonien mais le batteur a également joué dans Senator flux, groupe de DC dans lequel on trouve Geoff Turner célèbre producteur et musicien de Washington DC, ce qui expliquerait peut être pourquoi Trusty s'est retrouvé sur Dischord bien que je me pose quand même la question de savoir comment le mec faisait pour répéter à la fois dans un groupe de DC et un groupe l'Arizona vu que ça se trouve à l'opposé l'un et l'autre, ce qui à l'échelle des États unis représente quelques milliers de kilomètres. Mais à la rigueur on s'en fout. Le disque est bon, les mélodies accrocheuses. Un bon album de punk sucré pour l'été qui arrive et qui s'annonce radieux. Je remercie Jim de me l'avoir fait sortir des cartons.


TRUSTY - Goodbye, Dr Fate Cd 95 (14 mp3 en 320kbps + livret 12 pages = 94MB)

Avant le premier tour, Le Monde n'aurait pas roulé pour Macron ? La complainte du médiateur

Emmanuel Macron, qui pendant des mois a été l'objet de l'intérêt unanime, systématique et complaisant de la presse, jusqu'à être parfois érigé en superstar médiatique, est donc qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle. Un résultat qui n'aura sans doute pas trop fâché dans les principales rédactions nationales… Et certainement pas celle du Monde où le médiateur maison, Franck Nouchi, interpellé par nombre de lecteurs, a dû s'employer pour tenter de démontrer que son quotidien n'aurait pas soutenu le candidat d'En Marche ! Un article d'autojustification, riche en contorsions, dont on ne sait s'il apporte la preuve de l'indépendance farouche du quotidien vespéral ou de l'aveuglante mauvaise foi de son médiateur.

« Comme il est suave, Emmanuel »


« Nous traitons Emmanuel Macron comme n'importe quel autre candidat », clame Franck Nouchi, citant l'une des deux chefs du service politique du quotidien. Par la voix du journaliste spécifiquement chargé de la couverture de la campagne d'Emmanuel Macron, le médiateur tient à assurer que le candidat d'En Marche « ne bénéficie d'aucun traitement particulier ». Vraiment ? Certes Le Monde se veut un journal d'information et non d'opinion ; certes, il n'a pas officiellement pris parti dans la campagne. Mais le battage médiatique inédit du Monde (avec d'autres) autour d'Emmanuel Macron n'a pu rester sans effet. Il faut y insister : il n'est pas besoin de parti-pris clair et officiel pour qu'un journal contribue à faire le jeu de tel candidat plutôt que de tel autre. Le choix des sujets, l'angle adopté, la mise en image et en « unes » de celui-ci plutôt que de celui-là ou de celle-là sont autant de façons de nourrir l'intérêt du lecteur pour tel candidat plutôt que pour tel ou telle autre. Sans recourir à un complotisme absurde, il faut se souvenir à quel point la couverture par Le Monde du candidat marcheur fut parfois docile sinon stupéfiante, en tout cas sans équivalent pour les autres concurrents :



Le suspense soigneusement entretenu autour de sa candidature méritait-il tant d'articles aussi creux ? Fallait-il vraiment faire mousser à ce point ce qui était littéralement un non-événement ? Pourquoi nul autre candidat, dont le progressisme du discours et du programme n'avait objectivement rien à envier à celui de Macron, n'a-t-il bénéficié de « Unes » aussi bienveillantes et brumeuses à la fois ?



Et que dire du « grand défilé d'Emmanuel Macron », en majesté dans le supplément M Le Monde du 6 décembre 2016, admirable roman photo dont les prodiges de la mise en scène n'eurent d'égal que la complaisance du commentaire – qui mériterait une explication de texte à lui seul, une fois l'hilarité passée ?












Il n'est pas exagéré de dire que l'étude du « cas Macron » atteste que Le Monde est visiblement un journal d'opinion, comme c'est son droit, mais qui préfère le dissimuler quand ça l'arrange. Et si l'on ne peut passer sous silence la dimension pour ainsi dire « qualitative » de la couverture du primo-candidat, l'analyse quantitative va également à rebours du satisfecit que s'octroie le médiateur.

Scrutons la dernière ligne droite, moment où les élections se font et se défont – et l'élection présidentielle tout particulièrement. Pour le seul mois de février 2017, on a recensé pas moins de 80 articles dans Le Monde dont le titre incluait le nom du jeune baron du hollandisme. En mars, ce fut même 108 ! En d'autres termes, on est passé de 2 à 3 articles par jour à 3 à 4 articles par jour, moyenne sans équivalent, il va sans dire, pour les autres aspirants à l'Élysée. Et tout cela sans compter les tribunes et autres prises de position de ses soutiens…ou de ses propriétaires. Un journalisme de référence, en somme, manifestement impartial et équilibré.



Étude de cas


« Totale indépendance », nous dit encore Franck Nouchi, en concédant qu'« il est exact que l'un de nos actionnaires, Pierre Bergé, a pris parti pour ce candidat, en particulier dans un tweet ainsi rédigé :

"J'apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie. " " Nos actionnaires sont libres de leurs prises de position, dit Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, mais celles-ci n'engagent en rien notre rédaction. Je suis le garant de cette indépendance éditoriale : elle est totale. La déclaration de Pierre Bergé n'a et n'aura aucun impact sur notre contenu rédactionnel. " »

Nous ne croyons pas un instant que Pierre Bergé s'invite en conférence de rédaction pour y imprimer son orientation. Mais de quelle indépendance parle-t-on quand le propriétaire d'un journal déclare officiellement sa flamme au candidat social-libéral ?

Arrivé presque au terme de son plaidoyer, dans un paragraphe d'anthologie qui mérite d'être longuement cité, le médiateur du Monde semble en proie à de dangereuses hallucinations :

« Une dernière chose : pour bien les connaître je peux dire ici que les journalistes du service Politique du Monde sont, d'abord et avant tout, des journalistes rigoureux. Vous ne les verrez que très rarement sur les plateaux de télévision se livrer au petit jeu des commentaires à chaud ; ils ne vous expliqueront jamais comment il faut voter. Très expérimentés pour la plupart, imperméables à la courtisanerie, ils travaillent dans une totale indépendance. »


Arrêtons-nous sur deux de ces oiseaux rares : Arnaud Leparmentier et Françoise Fressoz. Quant à la discrétion à la radio et à la télévision du premier, rappelons que le vice-pape du Monde participe chaque semaine sur Europe 1 au « Grand Rendez-vous », émission consacrée à la politique française. Il est également présent chaque jeudi sur Arte dans l'émission d'information « 28 minutes » tout en tenant une chronique les lundi, mardi et mercredi dans l'émission de radio animée par Nicolas Demorand intitulée « Un jour dans le monde ».

En ce qui concerne Françoise Fressoz, on observe qu'en un an à peine (entre le 6 avril 2016 et le 31 mars 2017), elle a rédigé 139 articles dont presque la moitié (61) parle d'Emmanuel Macron, à l'exclusion ou non d'autres candidats. À l'évidence, elle n'est pas plus ostracisée dans le paysage médiatique que son collègue : présente chaque semaine dans « Questions d'info », émission hebdomadaire diffusée sur La Chaîne Parlementaire, elle est une habituée de l'émission « C dans l'air » et n'hésite pas à apporter son expertise sur les plateaux télé et à la radio, que ce soit sur France 3 (« Dimanche en politique » le 3 février) sur LCI (« 24h en questions » le 9 mars, présenté par Yves Calvi qui lui manquait sans doute terriblement depuis son départ de « C dans l'air ») ou encore chez Nicolas Demorand un soir d'entre deux tours de la primaire de gauche (25 janvier). Mais il est vrai que la rareté de la présence médiatique est chose toute relative… C'est la même Françoise Fressoz – journaliste d'abord et avant tout rigoureuse, dixit le médiateur – qui dans un entretien vidéo où elle se demande « qui marche pour Emmanuel Macron ? » affirme (en toute rigueur, donc) :

Sylvie Chayette (journaliste politique au Monde) : « [..] La 1ère question qu'on a envie de vous poser, c'est simplement comment on explique un succès d'un mouvement qui est né il n'y a même pas un an, il y a 8 mois ? »

Françoise Fressoz : « Je pense que EM a plusieurs atouts dans sa poche, d'abord, il incarne le renouveau […] on essaie de chercher un homme qui a un langage un peu nouveau et qui sorte si vous voulez de cette alternance gauche/droite, où finalement vous avez un nombre de chômeurs qui s'accroît, un pays un peu dépressif et EM, il incarne un peu ça . »

Et de vidéos en éditos, la journaliste du Monde n'aura jamais de mots assez doux à l'endroit du jeune candidat à « la tête bien faite », au « culot désarmant », « flibustier » qui « fonce », « montre les muscles », « n'a pas froid aux yeux » mais qui a, en revanche, « toute l'insolence de ses 38 ans ». C'est bien sûr le droit le plus strict de Françoise Fressoz d'être transportée par cet « énarque pétri de philosophie ». Mais son devoir serait de reconnaître que son journal (et elle-même au sein de celui-ci) n'a rien fait pour entraver l'ascension du fils prodige. Bien au contraire.

Morceaux choisis :

- Hollande-Macron, la vraie primaire de la gauche (21.04.2016

« Le ministre de l'économie ose une nouvelle offre politique par-delà les clivages. Agé de 38 ans, le ministre de l'économie rappelle furieusement le Valéry Giscard d'Estaing des années 1960, celui qu'on appelait « Valy » et qui, en mars 1966, avait entamé « un tour de France de la réflexion et de l'action », pour se démarquer du gaullisme finissant. Mêmes causes, mêmes effets : tandis que le cycle d'Epinay s'achève, laissant deux gauches face à face – celle qui veut encore gouverner et celle qui ne le veut plus –, Macron ose une nouvelle offre politique par-delà les clivages. L'ambitieux fait le triple pari que la société a pris une longueur d'avance sur le monde politique, que la France en a assez de ne plus s'aimer et que la décomposition politique est si avancée que tout se recomposera à la faveur de 2017. Le jeune inspecteur des finances ne manque pas d'atouts : il est séduisant comme « Valy ». S'affiche, comme « Valy », libéral et européen mais aussi préoccupé de justice sociale et désireux de vaincre cette « fatigue des démocraties » qui peut, si on n'y prend garde, conduire à toutes les aventures. »

- Emmanuel Macron ou l'art de brouiller les lignes (07.05.2016)

« Emmanuel Macron, c'est d'abord un âge (38 ans), une tête bien faite (DEA de philosophie, ENA), un parcours atypique (jamais élu, ex-banquier d'affaires), une ingénuité politique revendiquée : « Je suis dans la bienveillance, je n'ai jamais dit une phrase négative contre tel ou tel, je ne veux pas être embarqué dans la comédie humaine », jure-t-il tout en flirtant allègrement avec la ligne jaune. En réalité, une sorte de flibustier qui « casse le verrou de cette profession réglementée qu'est devenue la politique », dixit son ami Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne. Mais Emmanuel Macron, c'est aussi une offre politique atypique qui prétend enjamber le traditionnel clivage gauche-droite pour construire une majorité en 2017. Macron ou l'art de brouiller les lignes avec quelques idées bien arrêtées. (…) Macron ou la confiance retrouvée. »

- Juppé-Macron : du rififi dans le camp progressiste (18.10.2016)

« Ils ont tout pour s'entendre : la tête bien faite, le même parcours d'excellence, un ADN libéral contrebalancé par un sens de l'Etat revendiqué. Et puis encore l'envie de réformer, la foi dans le progrès, la volonté de rendre les Français moins malheureux qu'ils ne le sont. »

On comprend mieux, à la lecture de ces articles aussi lyriques qu'ébouriffants, la très récente mise en garde reproduite ci-dessous adressée par Jérôme Fénoglio, directeur du Monde, à ses journalistes face à certains de leurs emportements voire de leurs débordements récents. Résumé des contradictions d'un journal d'opinion qui ne veut surtout pas dire son nom, ces quelques lignes rappellent on ne peut mieux que depuis les « éditoriaux érotiques du Monde en faveur d'Edouard Balladur en 1995 » selon le mot d'Aude Lancelin dans un récent post de blog, jusqu'aux déclarations enflammées à Emmanuel Macron aujourd'hui, le quotidien du soir a souvent transigé, ces vingt dernières années, avec son idéal non partisan d'équilibre et d'indépendance. Et l'on peut concevoir que pour certains encore attachés à un journal historiquement situé plutôt à gauche, le virage brutal à droite des dernières décennies n'aille pas sans état d'âme.



Pour tenter de sauver la face ou ce qui peut encore l'être, et puisque l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, le médiateur se fait fort, néanmoins, de rappeler en conclusion de son article que « vous êtes nombreux à nous féliciter pour la couverture de cette campagne électorale. » D'ailleurs, le verdict du Decodex n'est-il pas sans appel ?



Le Monde roule-t-il pour Macron ? Il lui déroule en tout cas un impressionnant tapis rouge, quoi qu'en dise son médiateur…

Un médiateur en équilibre instable


Encore ne faudrait-il pas accabler Franck Nouchi, condamné – comme d'autres « médiateurs, dans d'autres médias [1] – par le poste qu'il occupe à endosser des positions, sinon des postures, intenables.

Comment un journaliste du Monde – fût-il son médiateur – pourrait-il être le mieux placé pour dire s'il est vrai – ou pas – que le Monde roule pour Macron ? Si la neutralité théorique de la fonction qui est la sienne devrait lui permette de juger en toute impartialité qui des lecteurs mécontents, de l'entourage du candidat Macron ou des journalistes du Monde voient le plus juste, la réponse qu'il apporte n'étonne pas vraiment : peut-on sérieusement imaginer qu'il prenne sa plume pour tancer voire décrédibiliser la rédaction à laquelle il appartient, quelle que soit la réalité du positionnement de son journal ?

Finalement, c'est le rôle même de médiateur du Monde qui semble on ne peut plus contestable, pour ne pas dire chimérique [2].

***


Il faut finalement reconnaître la lucidité du médiateur sur un point : nous ne pensons pas plus que lui que Le Monde soit « inféodé à je ne sais quelle officine » ni même que sa rédaction soit aux ordres d'un puissant lui dictant chaque matin et en coulisses sa ligne éditoriale – aussi puissant que soit son trio BNP (Bergé, Niel, Pigasse) d'actionnaires.

Reste que l'analyse du médiateur néglige un facteur crucial permettant de comprendre pourquoi une bonne partie du Monde ne peut que se retrouver dans la candidature du dernier produit d'appel politique en date. En effet, plutôt que de traquer les pressions ou les censures qui s'exerceraient en haut lieu sur le journal et qui lui enjoindraient d'adopter « la ligne Macron », c'est d'abord et avant tout l'homogénéité sociale entre l'ex Ministre de l'économie et les journalistes du Monde (en particulier sa chefferie éditoriale) qui sont au principe d'affinités objectives et électives patentes : si le Monde roule pour Macron, c'est surtout que leurs codes sont les mêmes et que le cadre idéologique proposé par Macron est celui auquel le quotidien de référence s'est converti depuis deux décennies au moins. Nul besoin de concertation ou d'injonction préalables cependant : tout se passe comme si tout était déjà pré-accordé et pré-ajusté entre la ligne du Monde, chaque jour un peu plus acquise à la logique des marchés (il suffit de songer au supplément « économie » désormais quotidien), et le très libéral candidat à la présidence de la République.

Des remarques qui valent pour nombre de journalistes macrophiles qui peuplent les rédactions, de L'Obs à Challenges, par exemple…

Thibault Roques et Françoise Sandrine


[1] Voir par exemple le cas de Bruno Denaes, médiateur de Radio France.

[2] On se reportera avec profit aux analyses détaillées de Patrick Champagne et notamment à ce qu'il en synthétise dans son dernier livre : tout en étant officiellement garant de l'histoire et de la ligne du journal, son existence même révèle et entérine les mutations qui traversent le champ médiatique à partir des années 1980. Chargé d'une mission impossible, il doit justifier des choix éditoriaux guidés par le souci de rentabilité, du journal en ne cédant rien (ou le moins possible…) sur la qualité de l'information produite. C'est précisément ce qui le conduit, le plus souvent, à « légitimer l'inévitable ». On comprend dès lors qu'au Monde, comme dans maints autres médias, le médiateur est contraint à un jeu savant d'équilibriste visant d'abord et avant tout à justifier le quotidien d'être ce qu'il est et ce qu'il est devenu – un journal de référence pour les cadres à fort pouvoir d'achat – sans afficher un mépris trop souverain pour un lectorat rétif à épouser ou à simplement cautionner une telle évolution.