Prince D’Arabee – La vie est belle

 

C’est le siècle de la peur, du mépris, du repli sur soi
Police, quartier, média, Islam, paranoïa
Répression, mondialisation, « starification » : Alléluia !
Jeunesse sous « cess » bercée aux airs de Kennedy-Carla
Immigration, incarcération, inflation, pouvoir d’achat
Nouvelle politique version gangster et grand pacha
Pas d’antidote, poison lancé à la gueule comme un crachat
Un vote aux antipodes de ma réalité, une grosse « tarcha »
La vermine se répand d’Casablanca à Kinshasa
Evolution, pauvreté, des sœurs jumelles, des vraies lopsa
Le mal à visage découvert braque le bien et c’est comme ça
Époque de fou où chacun prêche pour son unique madrassa
Bientôt le brassard, symbole des dérives flash-back dans l’histoire
C’est la ruée vers l’or noir, suprématie, abus de pouvoir
La rétine s’imprègne, banalise nos actes barbares
L’amnésie frappe nos esprits de plein fouet, c’est le trou noir
Noir, noir, noir comme l’avenir, sombre
Flou, j’suis pas Madame Soleil mais j’viens prédire
« Rrrtfooouuu » sur toute la face du globe
La médiocrité humaine me répugne et parfois dedans je m’englobe
Trop d’information pourtant l’impression de savoir walouh
Manipulation, à toi de savoir qui sont les vrais voyous
Trop de spéculation jusqu’à nous mettre la tête dans le trou
Wallah trop de citoyens se noient et plus moyen de tenir debout
Le monde tourne à l’envers frère
Inchallah le paradis vu qu’on vit déjà l’enfer
Malheur et tragédie pour un bonheur éphémère
Alors pourquoi vivre tant qu’la mort nous attend, chacun sa croix au bout du revolver
Je pourrais t’décrire la beauté et ses rondeurs
Mais l’emballage est tellement crade, la surface l’emporte sur la profondeur
Je suis dans l’aigreur, le dégoût, le vomi comme bagout
L’avarice, la luxure, les politiques, les discours, les magouilles
Et on s’en bat les c***** de ta condition misérable de ton niveau minable, t’es pas digne d’être respectable
Le poids des mots, le choc des photos, guerre médiatique
Slogan nauséabond pour un monde virtuel pathétique
Attends j’t’explique, y’a rien d’magique, rien qu’ca s’agite
Tout va trop vite, y’a plus de logique, y’a plus d’limite, trop de tminik, peu de mérite, trop de répliques et peu de pépites
Trop de flics au mètre carré, trop de frères barrés au son du clic-clic, ooooh shit !!!
Un monde en mode « gangsta » and if you don’t quick
Tu t’feras soulever non-stop, frère ça s’complique
Je me trompe pas d’ennemi, j’constate l’opinion publique
J’suis paré et vivement qu’on s’tape, yeah !
Ras-le-bol, plus que marre, au bord du pétage de câble, du suicide collectif, désigné coupable sans être responsable
Nouvelle ère : nouveaux fléaux
On crame, crame nos idéaux
Exposé depuis le préau
Nos exploits sont sur vidéo

On cédera pas sous le poids de la peur
La vérité est travestie sous le masque de la terreur
Y’a plus de place pour la raison et les cœurs sont tous scellés
Le siècle de la surenchère : qui sera le plus fêlé ?
Jeunesse perdue dans un « game » grandeur nature
Gouvernement du divertissement à la recherche d’une stature
A qui profite le crime ? Toujours les mêmes en tête de liste
Au nom du « saint profit » pousse l’humanité vers l’apocalypse

Une loi qui va vraiment contrer le rachat des terres agricoles par les multinationales ?

Suite aux quelques inquiétudes sur les rachats de terres agricoles dans le Berry (et un peu ailleurs) par 2 multinationales entre 2014 et 2016, (dont Reflets vous a retranscrit les modes opératoires dans deux articles, ici et ), des coups de gueule ont eu lieu à l’Assemblée nationale. Une nouvelle loi vient donc d’être approuvée, ce 18 janvier 2017 pour « protéger la France du rachat de terres agricoles par des multinationales ». En gros.

Pourtant, une loi, la « Loi d’avenir pour l’agriculture » était censée faire la même chose : autoriser les Safer  à être alertées en cas de rachat d’actions de SCEA, même partielles (selon Le Foll, voir plus loin). Puisque jusque là, quiconque rachetait 99% d’une SCEA échappait à tout contrôle ou toute régulation (droit de préemption de la Safer). Ce qu’ont fait les multinationales Hong Yang et Beijing Reward International. Face à ces controverses, au cours d’une question à l’Assemblée nationale, le gouvernement français avait répondu. Fermement. Parce que c’était un peu injuste.

Notre ministre de l’agriculture, le bien nommé Le Foll, se félicitait donc, en mai 2016, de cette « disposition légale de 2013 » (en réalité adoptée en 2014) qui désormais, selon lui, empêchait des méchants investisseurs chinois de venir piquer les terres agricoles des petit paysans français — souvent bien endettés — et mal en point. Puisque les Safer étaient prévenues depuis le 1er janvier 2016, date du décret d’application. Et comme tous ces rachats avaient été faits avant 2016, c’était ballot, mais on ne pouvait rien faire. Mais maintenant c’était bon. En France, une loi de 2014 — vitale pour protéger l’agriculture contre les appétits des industriels — met au bas mot 2 ans avant d’être appliquée. Parce que c’est compliqué, ou bien qu’on a du mal à trouver les bonnes imprimantes. Enfin c’est comme ça. La réponse du ministre de l’Agriculture est donc très claire :

Ah bah non, en fin de compte, ça marche pas vraiment

Reflets expliquait pourtant que « ça marchait pas bien » toujours dans cet article qui attestait de rachats de terres par les multinationales , comme avec le rachat de la SCEA La Bergerie, le 28 janvier 2016. Extrait :

L’opération à 942 000 € qui a permis au groupe Beijing Reward International (associé à Hong Yang) de devenir propriétaire à 99% de la SCEA la Bergerie (encore) dans l’Indre, dément cette assertion. Personne ne semble en avoir entendu parler, selon nos sources, et la Safer — si elle a été mise au courant — a laissé l’opération se faire. Chinois : 1 Le Foll : 0.

 

Reflets étant généreux, nous mettons à disposition le document notarié dans son intégralité à destination de ceux en charge de faire appliquer la loi et qui nous le demanderaient. Et même à tous les autres.

Or, donc, si « ça ne marchait pas bien », c’est donc que Le Foll avait oublié des choses, puisqu’une nouvelle loi spécifique vient d’être adoptée sous la pression de vilains écologiste ? Oui, il manquait une chose importante, le fait que la « Loi d’avenir pour l’agriculture » n’était de toute façon pas suffisante, puisqu’une autre loi, la « Sapin 2 » sur « la gestion du foncier » avait été votée en 2016, mais retoquée par le Conseil constitutionnel en décembre de la même année. 

C’est un peu compliqué. Mais comme le site spécialisé dans l’agricole Terres.net le précise :

« Cette [nouvelle] proposition de loi reste identique aux mesures censurées de la loi Sapin 2. « Le Conseil constitutionnel a censuré les mesures sur la forme et non sur le fond », a rappelé Dominique Potier. »

Puis :

La censure du Conseil constitutionnel a donc débouché sur deux textes quasiment identiques, l’un déposé par un député socialiste, l’autre par un sénateur LR.

Bon. Ok. Et ensuite, plein de petits détails un peu pointus, mais dans le corps de la loi une chose attire le regard :

Ainsi l’article 1er reprend le dispositif de l’article 90 de la loi Sapin 2 : il prévoit que l’acquisition de foncier agricole se fasse par l’intermédiaire d’une société dont l’objet principal est la propriété agricole. Cette obligation est proportionnée puisqu’elle ne s’impose qu’aux acquisitions futures et aux propriétés dont la surface est supérieure aux seuils prévus par le schéma directeur régional des exploitations agricoles.

Bien, bien. Mais donc, une multinationale, si son objet principal est l’agricole, peut encore acheter des terres ? Ok, elle ne peut plus si elle ne fait pas de l’agricole. Voyons la suite :

Elle ne s’impose pas aux sociétés ou associations dont l’objet est par nature la propriété agricole, ni aux groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC), ni aux entreprises agricoles à responsabilité limitée (EARL).

Ah, oui, mais donc : toutes les structures qui gèrent de l’agricole ne sont pas concernées par la loi. Ce qui veut dire que Hong Yang et Beijing Reward International, par exemple, à la tête de 2 groupements fonciers, peuvent encore acheter des terres ? Non ? Si ? Et si d’autres multinationales rachètent des GFA, ou montent des EARL, ils ne seront pas sous le coup de la régulation de la Safer ? Si ?

Tout ça est très compliqué. Mais le Sénat pourrait rassurer tout le monde :

(…) crée une obligation, pour les acquisitions de terres par des sociétés, de constituer des structures dédiées, comme des GFA, dont l’objet principal est la propriété agricole, et instruit une possibilité pour les Safer de disposer d’un droit de préemption sur les cessions partielles de parts de ces structures, de manière à maîtriser, voire à prévenir, les phénomènes d’achats massifs de terres au détriment des agriculteurs locaux (…)

Ah. Quand même. Mais ce n’est pas encore fait. Même pas à l’agenda du Sénat :

Contrairement au texte de Dominique Potier, qui sera débattu en séance publique le 18 janvier prochain, le texte déposé au Sénat n’a pas encore trouvé sa place dans le calendrier des sénateurs.

Conclusion provisoire

La conclusion provisoire au sujet de la nouvelle loi de « protection contre l’accaparement des terres agricole et au développement du biocontrôle » reste que des juristes spécialisés devraient se pencher dessus. Fortement. Sachant que les 2 multinationales chinoises pourraient continuer (si besoin) de racheter des terres agricoles, puisqu’elles ne sont plus des multinationales, mais des SCEA et des GFA bien françaises, et que d’autre part, les subtilités juridiques du texte pourraient laisser quand même laisser pas mal de possibilités de montages.

Avec en tête que tous ces textes peuvent prendre des années avant d’être appliqués, puisque cliquer « ok » pour valider une loi au Journal officiel est quelque chose d’assez complexe d’un point de vue administratif dans ce beau pays qu’est la France, que le Conseil constitutionnel peut toujours passer par là, et puis qu’avec le prix du toner laser et des imprimeurs, mieux vaut — dans une période de rigueur budgétaire bien nécessaire — ne pas trop dépenser dans ce truc du Journal officiel.

De notre côté, à Reflets, nous allons essayer de bientôt vous donner des nouvelles de Marc Fressange, le Chinois de France, de sa holding parisienne qui contrôle le petit empire agricole de Hong YangBeijing Reward International, et des activités de toutes ces « petites entreprises » agricoles françaises.

Mais pensez quand même à nous faire des dons. Ca aide…

Accords de libre-échange : la carte des mobilisations du 21 janvier avant le vote du Parlement européen

L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada (CETA) doit être voté au Parlement européen le 2 février prochain. Cet accord, malgré les quelques avancées obtenues par le parlement de Wallonie en octobre 2016, continue d'être fortement critiqué par des mouvements sociaux, les syndicats et les écologistes. Possibilité pour les multinationales de poursuivre des Etats devant des tribunaux privés, système juridique parallèle pour les investisseurs, libéralisation des services publics, (...)

- ça bouge ! / , , ,

“La meilleure option”.Un des conseils de vie se...



“La meilleure option”.

Un des conseils de vie se retrouvant dans mon nouveau livre sur Ciel et son poulet!

quand y'en a plus...

... bah ouais, y'en a encore, dis-donc !

STRONG AS TEN "covers fifteen strong covers" LP
Héhé, les thrashers de Metz nous livre là un album de reprises sous une superbe et hilarante pochette (et insert) de Nagawika. Cette pochette bute, sans dec' ! Et le contenu est excellent aussi, alors que l'exercice est plutôt périlleux.  Alors bien entendu, quand ils reprennent des trucs de thrash-metal, je peux pas trop juger de la qualité de la reprise vu que je connais pas les originaux ! Mais ils s'attaquent aussi à des titres des Big Boys, Reagan Youth, Black Flag, Los Crudos, DRI, Drop Dead et j'en oublie, et ça passe aussi bien qu'un chivas regal 25 ans d'âge ! Super ludique, complètement bonnard. En fait, le seul truc chiant c'est que l'étiquette du rond central n'est pas "percée", faut donc la déflorer avant d'écouter le skeud ahaha. Magnez vous, ya que 100 copies en vinyl mais il y aura aussi une version K7, ouf ! (Destructure)

SHORT DAYS "bleak city E.P." 7'
J'avais bien aimé les précédents trucs de ces Lillois et je suis pas déçu par ce nouveau skeud ! Bon, c'est certain, on sent toujours l'envahissante influence des Observers / Red Dons mais je trouve que sur ce disque, ils sonnent moins résolument "moody punk moderne" et même parfois plus comme Agent Orange à l'époque de "Living in darkness", tiens. Du punk mélodique et ombrageux, avec des refrains accrocheurs et un son aéré, quoi. C'est vraiment très cool, et en plus je trouve la pochette juste parfaite, avec sa chouette photo tirée d'un des mes films préférés (le mésestimé... "Meantime" !). Chopez le ! (No Glory)

KINO "demo" CD-R
Et zou, un duo toulousaing au sein duquel on retrouve un vieil activiste stéphanois, membre de Spit ou Too Drunk To Dub en son temps ! Mais là, on est pas dans le punk-HC ni dans le punky-reggae: les titres sont tous des instrumentaux, agréablement dispensés par un ukulélé, une basse et une boite à rythme (qui sonne d'ailleurs plus comme une batterie). Pour vous donner une idée du truc, je dirais que ça sonne parfois comme les Minutemen dans leurs moments les plus electro-acoustiques, comparaison qui veut aussi dire que j'aime bien, ahaha ! Alors ok, des fois je me dis "putain, y'aurait un chant, ce serait encore meilleur", mais les deux instruments savent te poser une ambiance singulière et les lignes mélodiques malines te prennent par la main sans problèmes. Et puis, c'est pas du tout-mou pour les babeloches, hein, ça reste entraînant et dynamique. L'emballage linogravé est juste splendide, en forme de cerise sur le proverbial gâteau. (infrabars at gmail point com)

SHOT DOWN chapitre final
Ah le con ! (le con ! le con ! le con !), voilà-t-y pas que le gars Mickson décide d'arrêter son zine... beuhhhh. Donc là, c'est vraiment le dernier numéro, ce qui me fait bien chier vu que je me demande où  je vais trouver des tonnes de chroniques ultra bien tournées de "pop teen trash sous-culture" maintenant, moi ?  Et ouais, comme d'hab', donc, une chiée de films, séries, disques, comics loués avec son sens inimitable de la formule; le truc qui te permet de t'orienter sur des choses que tu n'aurais sans doute jamais pensé à choper sans ça... Bref, je suis pas content-content... (micksoune at gmail point com)




Dans Le Monde, publicité dissimulée pour Kartable, start-up parrainée par Xavier Niel

« Avec Kartable, les cours, c'est dans la poche » : cette formule n'est pas un slogan publicitaire, mais le titre d'un article publié sur le site de M le Magazine du Monde le 14 janvier 2017 et consacré à la start-up Kartable, spécialisée dans l'apprentissage et le soutien scolaires sur Internet. Un chef d'œuvre de complaisance qui ressemble à s'y méprendre à un publireportage pour l'entreprise fondée en 2013 par deux anciens étudiants de HEC, avec le soutien d'un certain… Xavier Niel, co-propriétaire du Monde.

Précisons d'emblée que l'article consacré à Kartable est signé d'une journaliste du Monde (Pascale Krémer) et ne porte pas de mention « publireportage ». Il s'agit donc bel et bien, en théorie, d'un article destiné à informer les lecteurs, et non d'un encart publicitaire. Mais à la lecture de la prose de la journaliste du quotidien du soir, on se demande bien ce que des publicitaires avisés auraient pu inventer pour mieux assurer la promotion de la start-up.




« Des cours de rêve »

Un titre-slogan, donc, mais aussi une accroche qui ne fait pas dans la demi-mesure :

Qui les nouveaux bacheliers ont-ils remercié, le 5 juillet 2016, sur Twitter ? Leurs parents aimants et nourriciers ? Leurs profs les plus patients ? Les bienveillants concepteurs de sujets ? Fausses pistes… Sur le réseau social, les « Merci !!! », les « Je t'aime ! », les « C'est grâce à toi que je l'ai ! » accompagnés de cœurs, de bisous, de mains jointes, de « MDR » et d'émoticônes en pleurs, s'adressaient à Kartable.

Tout simplement.

Et le reste de l'article est à l'avenant. On y apprend que « quel que soit leur niveau, [les élèves] trouveront gratuitement sur Kartable le socle de connaissances sur lequel leur avenir est censé reposer », que Kartable propose « des cours de rêve, qui passent par six niveaux de relecture et ne sont jamais interrompus par le moindre problème de discipline », ou encore que « cet accompagnement automatisé ne cesse de s'affiner, s'adaptant, grâce à des algorithmes, au profil d'apprentissage de chaque utilisateur. »

Pour soutenir son admiration, la journaliste donne longuement la parole aux deux fondateurs de la start-up, Sarah Besnaïnou et Julien Cohen-Solal, dont on apprend qu'ils ont « le triomphe discret des startuppeurs trentenaires non encore millionnaires » et qui, sans doute dans l'espoir de le devenir, précisent que Kartable propose des « cours digestes sans dégrader le contenu, comme un très bon prof ferait en classe », mais aussi que « Kartable, c'est un univers avec des progressions, récompenses, classements qui matérialisent les acquis et créent l'émulation ».

Conclusion : « Le succès est tel que supprimer l'appli de son smartphone vaut désormais rituel de passage à l'âge adulte. » Une « punchline » qui, précisons-le puisque cela ne va pas de soi, n'est pas à attribuer aux fondateurs de Kartable, mais à la journaliste du Monde elle-même.


Où sont les profs ?

Parole de journaliste : les élèves adorent (« Sur Twitter, c'est une surenchère de gratitude »), et les parents aussi, en tout cas le parent interviewé dans l'article. Un certain « Guillaume Darbon, consultant en finance », témoigne : « Les contenus sont sérieux, exhaustifs, limite austères, mais Kartable les motive. Peut-être parce que ce sont des contenus par essence interactifs, et qu'ils peuvent s'y comparer, ce qu'ils adorent. » Décidément, la perfection n'est peut-être pas de ce monde, mais avec Kartable, on semble la toucher du doigt. Soulignons au passage que nous n'avons toujours pas compris pourquoi un « consultant en finance » a été sollicité pour donner son avis sur un site de soutien scolaire. Peut-être est-ce parce que le magazine Challenges a retenu Kartable dans sa sélection 2014 des « 100 Start-up où investir »...



Mais une chose est certaine : on ne peut qu'être frappé, à la lecture de l'article du Monde, par l'absence de toute critique, même modérée, de la start-up, et de toute parole venue des enseignants. Pis : la journaliste semble non seulement avoir jugé inutile de demander à ces professionnels ce qu'ils pensaient de Kartable, mais lorsque les enseignants sont évoqués, c'est uniquement pour donner la parole à des élèves qui les dénigrent :

Au début de l'année, le professeur de philosophie de Mathilde, 18 ans, en terminale L, a écrit « Chapitre I, la liberté » au tableau. « Mais il n'y a jamais eu de chapitre II, regrette-t-elle. Il part dans tous les sens. Avec Kartable, il y a des grands A et des petits a, ils expliquent toutes les théories de philosophie, avec des exemples, on comprend bien. » […] Alors, évidemment, le prof IRL [1] pâtit parfois de la comparaison (« Sur Kartable, l'Histoire, c'est grave intéressant alors qu'en cours j'ai envie de me pendre », lit-on sur Twitter), quand il n'est pas soupçonné de copier (« Mon cours d'SVT, C 100 % Cartable »).

On relèvera l'audace journalistique qui consiste à relayer, sans commentaire, les propos de ces deux élèves, le tout sans offrir la possibilité aux enseignants qui, à en croire ces grands témoins, « partent dans tous les sens » et donnent « envie de se pendre », de se prononcer sur les vertus, et les vices éventuels, de Kartable [2]. Évoquer des points de vue d'enseignants, c'est ce qu'avait fait, par exemple, La Tribune en septembre 2015, dans un article consacré à cette même plate-forme de soutien scolaire, où l'on apprenait que « les profs [se situent] entre enthousiasme modéré et franche hostilité ». Ce travail – minimum – avait également été réalisé par Ouest-France un an plus tôt, dans un article qui citait notamment un communiqué syndical du SNALC-FGAF (qui, certes, est minoritaire et ne passe pas toujours pour très progressiste…) s'insurgeant contre Kartable : « les contenus proposés sont tout à fait hallucinants : indigents, cours truffés d'erreurs, données loin d'être à jour, ponctuation défaillante, règles fausses, etc. »


L'ombre de Xavier Niel ?

Les critiques sont en réalité nombreuses, comme nous l'ont confirmé quelques coups de téléphone que nous avons passés à des syndicalistes enseignants, ainsi que plusieurs billets de blogs rédigés par des professeurs [3]. Les griefs sont de plusieurs ordres : contenus parfois médiocres, privatisation, voire « ubérisation » du soutien scolaire, financement public de la start-up [4] alors qu'elle propose des contenus payants, etc.

Ces critiques sont-elles fondées ? Il ne nous appartient pas d'en juger. Mais elles ne sont pas marginales et ont été relatées par d'autres organes de presse. Il est donc pour le moins fâcheux de constater qu'elles sont totalement absentes de l'article du Monde.

Silence non moins significatif : l'absence de toute mention du fait que Kartable fait partie des start-up lauréates, en 2013, d'un concours organisé, entre autres, par… Xavier Niel, co-propriétaire du Monde [5].

Est-ce la raison pour laquelle l'article ne manifeste aucun recul critique ? Rien ne le démontre, de même que rien ne démontrait que la raison pour laquelle un article du Monde présentait (comme nous l'avions relevé en novembre dernier) Xavier Niel comme un « aventurier exceptionnel » était dû à la place de l'aventurier dans la propriété du journal.

Mais ce silence est d'autant plus gênant que le « coup de pouce » de Xavier Niel au lancement de la start-up n'est pas anecdotique. Ainsi, dans un article publié par Le Figaro en décembre 2013 à propos de ce prix attribué à 101 start-up [6], dont Kartable, on pouvait lire ceci : « À la clé pour les lauréats : une aide financière de 25.000 euros, mais aussi un suivi personnalisé par Xavier Niel, des conseils, l'appui du formidable réseau des trois entrepreneurs et une reconnaissance vis-à-vis de l'extérieur. »

Le dépliant publicitaire gratuit dans Le Monde fait-il partie de ce « suivi personnalisé » ? Nul ne le sait. Mais chacun avouera que la coïncidence est fort troublante.


Julien Salingue


[1] IRL = « In Real Life », formule utilisée, notamment sur les réseaux sociaux, pour parler de la vie hors Internet (note d'Acrimed).

[2] On notera au passage que l'auteure de l'article, Pascale Krémer, se présente comme une journaliste « tournée vers les sujets sociétaux », après avoir travaillé « au service Économie, puis Société, [s]'occupant de la consommation, des modes de vie, des familles. » Mais de l'Éducation, non.

[4] Kartable a reçu des fonds de la Banque Publique d'Investissement.

[5] Lire par exemple, sur le site de La Tribune : « La semaine des start-up : Niel, les vertus de l'échec… » (décembre 2013).

[6] Dans le jury de l'opération « 101 projets », on trouvait, aux côtés de Xavier Niel, Marc Simoncini fondateur de Meetic, et Jacques-Antoine Granjon, créateur de vente-privee.com.

Neige artificielle, tout voiture, abandon du bio... Comment la droite prend sa revanche sur l'écologie

Des canons à neige contre la crise climatique ? Depuis un an, une majorité de régions françaises sont gérées par des élus Les Républicains. Quelles conséquences en matière d'écologie ? Des fédérations de chasse largement subventionnées au détriment des associations de protection de l'environnement, la route privilégiée par rapport au rail, l'agriculture paysanne et biologique sabrée, des millions d'euros pour acheter des canons à neige... Basta ! s'est penché sur les nouvelles orientations budgétaires de ces (...)

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Politique

Les 100 propositions du Collectif Racine : analyse du SNUipp

Après FN et Ecole : 100 propositions du ‘Collectif Racine’, article de VISA publié début janvier, et le dossier consacré par la revue de Questions de classe(s) sur le même sujet, VISA vous propose l'analyse réalisée par le SNUipp :
 
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La Cie la Félure présente : Carnet de Bal d'une Courtisane de GRISÉLIDIS RÉAL

40 ans après la “révolution des prostituées”, la compagnie La Fêlure s'empare des textes d'une des figures charismatiques des mobilisations de 1975. Grisélidis Réal conçoit la prostitution comme un acte révolutionnaire et non une déchéance sociale. À travers sa voix, la fêlure ouvre le débat. Alors que la parole des travailleuses du sexe reste le plus souvent étouffée, comment cet engagement continue-t-il de résonner pour nous aujourd'hui ?
Entre 1977 et 1995, Grisélidis Réal a consigné, dans une sorte de pense-bête professionnel, les prénoms, les prix, les manies, les préférences et particularités de chacun de ses clients. Le recueil « Carnet de bal d'une courtisane » réunit ce « Carnet Noir » et une série de textes, témoignages historiques et militants empreints d'une poésie vertigineuse et sauvage.

“Comme à l'origine du monde occidental, aux temps de la Grèce Antique, Griselidis Real revendique la sexualité comme un acte sacré, « un Art, un Humanisme et une Science ». Lucide et pas victime, elle reconnait également le côté sordide de son travail, surtout depuis que le mot travail existe.
Mais moderne et provocatrice, elle proclame aussi la prostitution comme un acte révolutionnaire. Un spectacle est aussi une aventure, un mystère.

1H30 avec la Cie la Félure
Performance collective
Carne Cruda, Queen Blandine, Sasana, Macda, Cosette

Congés

Circuler

Température

Barbès Blues au temps du couvre-feu (54) / Farid Taalba

kabylie

Barbès Blues au temps du couvre-feu (épisode précédent)

Complètement estourbi, la poitrine oppressée par mille angoisses remontant de son estomac où elles se nouaient dans la nausée, scié à ne plus pouvoir prononcer un mot, et si conscient de l’état de délitement qui l’avait gagné et sapé ses si puissantes jambes devenues à peine capables de le porter, qu’il se dépêcha d’emprunter la route fuyant vers Ighzer Amoqran, loin de cette gare, de ce lieu public dont on pouvait dire : « Il y a eu un mot et il en est ensuite né une dizaine ! ». Le soleil était à son zénith, encore plus implacable, inlassable pluie de coups de fouets lui tombant sur sa nuque pesante. La vaste plaine s’était vidée de ses habitants livrés à une profonde sieste sous les incessants leitmotivs des cigales et des grillons invisibles qui faisaient le bœuf. Devant lui, au loin, entre les affolantes lignes de crêtes qui se défiaient de part et d’autre de la vallée écartelée, le paysage se dilatait comme une tâche d’huile irisée. Et bien qu’il se fût engagé sur une route aussi publique que nationale, il trouvait là, à cette heure désertique, dans un état quasi somnambulique, la solitude, que la nature lui tendait comme une cruche, pour étancher ce chagrin naissant qu’il voyait déjà intarissable. Et la grandeur des paysages venait magnifier sa douleur, son incompréhension, son aveuglement ; elle s’offrait à lui comme le théâtre prêt à accueillir le chant funèbre monté en lui au rythme de la fièvre qui l’avait gagné. Il exprimait la tristesse infinie du chêne qui ne fleurissait jamais. Le refrain martelait tout le temps : « La peine sortira pour moi vers la lumière ! ». Pour le moment, son

œsophage le brûlait ; il se raclait la gorge irritée par la bile qui s’y émoussait ; il en sentit bientôt le goût âcre se répandre sous son palais et sur sa langue. Un haut-le-cœur, suivi d’un violent hoquet le firent vaciller et le stoppèrent dans sa course folle. Heureusement que sa main, visiblement encore lucide, achoppa in extremis la branche pendante d’un acacia assommé de chaleur et lesté de cette poussière ocrée dont les vents l’avaient arrosé. Il lutta pour reprendre sa respiration et garder son équilibre ; puis il chercha avidement des yeux quelque chose dans le paysage, la bouche ouverte dont les coins sécrétaient une bave mousseuse qui coulait en deux petits filets jaunâtres le long des deux côtés de son menton, le visage émacié de rougeurs qui avaient été si soudaines et qui s’étaient enflammées sous le cagnard comme le feu dévore la forêt. Madjid aperçut enfin des peupliers ; ils se dressaient dans le renforcement de deux pentes différentes ; un petit ru devait les séparer par un long et mince ravin verdoyant au milieu de la sècheresse d’un maquis qu’une simple étincelle pouvait réduire en cendre. Il reprit alors sa marche vers cette oasis qu’il supposait être, branlant du chef comme un ivrogne. Ah, il était loin le temps où, dans les mauvaises passes que l’exil lui avait réservées, il lui suffisait de se tourner vers sa bonne étoile, sa Zahiya comme il disait, pour faire face aux défis. « Maintenant, délira-t-il, de simples peupliers guident mes pas !». Et le même disque qui tournait désormais autour de sa tête juste pour la lui prendre un peu plus :

Assoiffes, oh mon dieu

Fais que ses champs soient brûlés

Et que les criquets dévastent ses récoltes

Heureusement les peupliers approchèrent ; il entendit le gargouillis d’un ruisseau ; il s’égayait comme une cour de récréation chahutée par des flots d’enfants. Et il arriva bientôt à cet endroit où l’eau se répand sur la route et où il crotta ses beaux souliers vernis dans la poussière transformée en boue. Il ne comprit pas tout de suite d’où elle pouvait provenir ; cela d’autant plus qu’il avait bien remarqué que le ruisseau tenait toujours bien son lit et qu’il passait sous la route à travers un énorme drain qui canalisait sa course vers la Soummam en contre-bas. Aux deux extrémités du drain, des lauriers levaient leurs branches vertes piqués de ces magnifiques fleurs roses dont la beauté ne pouvait faire oublier leur violente amertume. En les apercevant, il trembla. Le proverbe ne disait-il pas : « Oh langue faite de tendre chair, prends garde, méchante, de te changer en laurier-rose ! ». A sa gauche, tournant le dos à ces mauvais augures, il grimpa rapidement vers les arbres en remontant le courant. A ses côtés, le ruisseau bruissait le concert de sa course, cachant son eau vive sous le buissonnement d’une verdure miraculeuse, rafraichissante, miroitante d’éclats de lumière tamisée par l’ombre des arbres qui le bordaient comme par enchantement au milieu de la sécheresse. C’est alors qu’il vit bientôt les racines des peupliers plonger leurs racines dans l’eau du ruisseau qui s’était enfin dénudé enfin devant lui. A l’écart du ruisseau, il remarqua une fontaine qu’on avait aménagée dans la cavité d’un rocher suintant d’eau. Une choppe de fer blanc pendait au bout d’une chaîne forgée qu’on avait scellée à même l’ouvrage de maçonnerie d’où sortait un tuyau en acier ; l’eau y tombait dans une vasque dont elle débordait goulument pour dévaler la pente par de multiples rigoles avant de se répandre ainsi sur la route. Malgré la chaleur, sans précautions, il plongea sa tête sous le jet glacé que la bouche métallique de la fontaine crachait inlassablement en semant sa douce pluie de clapotis interminable à la surface de la vasque, surface à travers laquelle il voyait les bords et le fond polis par des années d’écoulement ; les parois étaient aussi maculées de mousses, des herbes vertes s’effilochaient dans le courant comme sa vie qui s’éparpillait sous ses yeux troubles, entraînée dans un avenir incertain par le mauvais coup du sort. Il se mit à tortiller du caberlot quand il crut entendre la cornemuse de Si Lbachir Amellah dans un écho lointain, sourd, enchanté :

On va s’imaginer que je serai évoqué

Ou bien que je le ferai

Mais la vague m’a submergé

Cartes en mains, je les ai mélangées

Persuadé que j’allais gagner

J’ai tiré et ma levée s’est effondrée

Au bord de l’asphyxie, ayant fait le plein de soute, Madjid retira sa tête de l’eau pour se décrasser les éponges à l’air libre. Un filet d’eau fraîche coula le long de sa colonne vertébrale ; malgré la chaleur, il en frissonna, ses yeux s’écarquillèrent. Tout à coup, un vent souleva les branches des arbres ; des feuilles et de la poussière tournoyèrent en tornade, il crut entendre le bruit d’un hélicoptère s’apprêtant à atterrir. Il houssa les mécaniques pour se redresser et recouvrer ses esprits. Mais, dès ses premiers pas, il chancela, on guinchait une valse à mille temps dans sa caboche ; puis, tentant de reprendre sa marche vers l’ombre d’un frêne, pris de vertige, il piqua du nez, tituba, tomba au sol et roula comme une pierre dans l’herbe grasse avant de s’étendre, inanimé, les cheveux étalés dans une rigole, démêlés et filant dans l’eau qui, comme le temps, n’attendait personne.

Jean-Claude sera expulsé de « son chez lui » sur le trottoir parisien

Basta ! a publié il y a quelques jours le portrait de Jean-Claude, son enfance digne des Misérables, ses dix ans de cabane et trente ans de rue, et son quotidien dans « son coin à lui », aménagé depuis trente ans sur un grand bout de trottoir à l'angle des rues de Meaux et Sadi-Lecointe, dans le 19ème arrondissement de Paris. C'est le site Sans A_, dont l'objectif est de « rendre visibles les invisibles », qui est allé à sa rencontre. Aujourd'hui Jean-Claude va être expulsé de son chez lui sur le (...)

- ça bouge ! / , , , ,

Nevraska : l’art du bruit

 

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Ça pourra paraître sûrement un peu niais de commencer comme ça, mais peu importe : faire l’interview de Nevraska est un vrai bonheur. Parce que les deux musiciens sont aussi accessibles et passionnés que leur musique urgente et sincère le laisse supposer, d’abord. Ensuite, parce qu’eux-mêmes parlent du bonheur de cette nouvelle aventure sonique. Leur concert au Brin de Zinc à Barberaz a été l’occasion de les questionner sur la génèse de leur premier album, Grave Romance.

Sur votre site vous évoquez un peu votre façon d’écrire et vous dîtes que vous avez jeté autant que construit. Comment ça marche l’écriture chez vous ?

Pascal : Quand on dit « jeter », c’est tout le parcours qu’on a eu, déjà. Avant d’arriver à Nevraska, j’ai monté trois ou quatre groupes. J’ai essayé des styles, j’ai essayé des mecs. Quand on dit « jeter », c’est que ça marchait pas. On n’avait pas le feeling. Il y a des choses qu’on a gardées en nous pour Nevraska et il y a des choses qu’on a jetées parce qu’on a vu que ça marchait pas. C’est ça qu’on appelle « jeter ».

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Pascal, Nevraska (© Elsa Dumoulin)

Et le centre du truc pour Nevraska, c’est que le feeling est là. Donc je propose un riff, je le fait écouter à Cyril, tout de suite on tapote dessus, on essaye. Si ça nous convient tout de suite, on approfondit. Si on ressent pas quelque chose de suffisant, on essaye de le faire évoluer. Et on a quelques riffs, on avait senti un truc mais finalement c’était pas suffisant.

Et à chaque fois que j’amène un truc, il faut que tous les deux on ressente exactement la même chose. Si on ressent ça, c’est qu’on se fait mutuellement confiance et que ça va être bien. Et on garde.

Il y a un morceau qui m’a particulièrement frappé sur votre disque, c’est « Kollapse ». Trois petites notes que vous faîtes évoluer, avec un roulement de caisse claire assez épique à un moment. Comment s’est écrit ce morceau-là ?

P : Moi j’avais en tête un truc un peu à la Botch, voire à la Breach, pour ce morceau. Peut-être que ça n’a rien à voir mais c’était cet environnement dissonnant… D’ailleurs, entre nous on l’a appelé « Breach » pendant longtemps…

Cyril : C’est pour ça qu’on l’a appelé « Kollapse » avec l’orthographe suédoise !

P : Et donc à chaque fois, c’est la même chose : on improvise sur le riff, on essaye de voir si on ressent la même chose et puis on agrémente . C’est pour ça que tout de suite derrière, il y a un espèce de blast. On s’est dit « ça va être drôle, ça ». Et c’est marrant parce que ce morceau divise les gens : c’est carrément pour ou carrément contre. Certains le trouvent monstrueux et d’autres disent que c’est celui qu’ils aiment le moins. Retour ligne automatique
C : Il y a le petit riff qui groove. Serge Moratel nous avait dit : ça fait très Chicago.

C : C’est d’ailleurs le seul morceau qu’on a joué sans clic. Sur celui-là, le métronome empêchait le feeling de sortir.

P : Avec un peu de bouteille, on se dit que c’est bien d’essayer d’étirer les riffs pour bien qu’on soit dedans. C’est le travail qu’on essaye de faire : d’étirer…

C : D’exploiter au maximum…

P : Ouais, d’exploiter un autre rythme, une autre note qui va avec le riff ou qui va en amener d’autres. Et puis le but c’est de bosser à la sensation, au ressenti, donc effectivement on fait tourner. On essaye de voir ce qu’on ressent.

C  : Le plus simple, pour un musicien, c’est d’enchaîner des trucs. Le plus dur c’est d’exploiter un riff et d’en faire quelque chose. La plupart des grands morceaux sont basés sur un riff et puis un bridge et puis voilà. En tous cas, exploiter un riff et arriver à en faire quelque chose qui se développe, c’est balèze. C’est certainement plus complexe que de fonctionner avec des méthodes et des chapitres, des plans.

P : Il y a des groupes qui le font très bien. Mais moi, mon gros problème depuis toujours – enfin, là, ça va mieux – c’est ça : j’ai un riff, j’ai un riff, j’ai un riff… Dans tous les groupes, c’était ça. On a plein de riffs. Putain, on en a trop ! Mais on a quand même une sensation de pas assez ! Et là tu te dis : on a mille riffs et on a une sensation de pas assez ! C’est juste fou !

C : Et ça, en fait, c’est le fait de rentrer dans un concept musical qui t’empêche de faire autrement. Ah non, on peut pas faire groover un truc parce que ça va pas faire métal !

P : Et nous comme on n’en a rien à foutre ben, du coup, on s’en fout ! Et même ça nous fait rire de mettre le blast alors qu’on partait sur truc hyper lent et ensuite sur un truc groovy pour filles qu’apparemment certains n’aiment pas.

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Cyril (© Elsa Dumoulin)

Et donc, j’imagine que ça ne vous arrive jamais d’avoir une idée et de vous dire « Ah non, ça, c’est pas pour Nevraska ».

P : Surtout pas ! Nevraska, c’est quoi ? On le dit depuis le début, Nevraska, c’est rien, on n’en a rien à foutre, on fait ce qu’on veut. Comme c’est rien, faisons tout !

C : Il peut y avoir des problèmes d’approche. On peut se dire « Ah, ça, on connaît pas. On a jamais exploité ce genre de choses. » Mais le but, c’est de se libérer.

P : Et ce qui nous fait plaisir, c’est qu’en live, comme en album maintenant, on a ce même retour les gens nous disent « On se fait jamais chier, zique après zique. Il y a tout le temps un petit truc différent. » J’ai eu deux ou trois retours personnels où les mecs me disent « Généralement, sur un album on zappe deux ou trois morceaux et surtout sur un album de potes où c’est plus petit niveau, et là, on écoute de A à Z. » On est contents. C’est ça qu’on veut pas perdre. Demain, on peut faire un truc hyper lent ou bourrin. Un groupe, c’est l’empreinte que tu donnes. Ça serait complètement fou de se dire on fait tel ou tel style, surtout à notre niveau…

Votre album s’intitule Grave Romance, d’où vient ce nom ? Il évoque un univers un peu folk…

C : Grave romance, c’est des histoires anglaises sur des thèmes presque macabres, je dirais. Plusieurs personnes sensibles nous ont dit qu’on avait l’impression d’écouter une histoire avec des passages qu’on pourrait interpréter comme une rencontre, un accident, etc. Il n’y a pas vraiment de chant qui explique tout ça donc c’est juste de la musique, une image. Mais c’est pas dans un sens sucré ou hyper positif : on fait pas de la musique populaire ou très gaie. Mise à part « Kollapse » peut-être un peu ! (Rires)

P : Moi dans « Grave romance », j’aime le mineur/majeur. C’est beau, puis c’est triste, puis c’est beau et triste et puis tu sais plus. J’aime tous ces groupes qui font ça. Genre Microfilm. J’ai adoré ce groupe parce qu’ils ont des riffs et des thèmes et des harmonies… T’as envie de pleurer et puis t’as envie de rire à la fois. Je trouve ça très beau.

Je pense que c’est peut-être un truc de notre génération, qui s’est beaucoup développé avec l’émo, le hardcore à tendance émotionnelle…

C : Ouais, Neurosis.

P : Et puis le screamo. Moi c’est pour ça que j’ai beaucoup aimé le screamo à une époque. Il y avait des trucs très beaux et ça pouvait être bourrin en même temps.

Pour en revenir au groupe, comment le fait d’être deux influence votre musique, voire votre façon d’être sur scène ?

P : C’est deux choses différentes. Niveau musique, être deux, ça simplifie. Et encore, on n’est que deux mais parfois on passe des heures à dire non…, mais si…, mais je crois que…, mais non…, etc.

Et puis, être deux ça vous laisse plus d’espace à chacun, aussi…

C  : C’est peut-être plus simple en termes de décision mais par contre ça demande beaucoup plus de travail. Moi sur mon instrument je développe plus qu’avant, j’ai les samples à gérer, un peu de chant – chose que je n’avais jamais faite auparavant. Ça demande du boulot et niveau mise-en-place, concentration, c’est pas tout de suite que tu deviens à l’aise.

P : C’était pas le but qu’on commence à deux et c’est vrai que c’est à double tranchant : il y a un espace qui se libère mais faut le compléter. Avec un jeu plus fourni, des pédales, des samples. Donc ça se réfléchit encore plus.

C : T’as plus ton guitariste pour te dire « Je vais te faire ces petits sons, là ». C’est à toi de les trouver…

P : Ou, tout simplement, t’as plus ton guitariste qui te fait un truc et tu te dis « Ah ben voilà, ça sonne »

Plusieurs chroniques que j’ai pu lire parlent du dialogue très dynamique entre vos deux instruments…

P : Ça se fait naturellement…Retour ligne manuel
C : Enfin, ça s’est pas fait en une semaine, hein ! Il a fallu presque un an avant qu’on ait cette complicité. On avait jamais joué ensemble avant, mine de rien ! On commence à avoir un bagage mais Il a quand même fallu un temps d’adaptationRetour ligne manuel
P  : Et en plus on est parti sur une base très simple, saine : on s’amuse et on verra bien ce que ça donne. Et, petit à petit, on s’est dit « Ah, c’est plutôt pas mal ! »

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(© Elsa Dumoulin)

Et par rapport à votre son, quelle idées vous aviez ?

P : Je te pose une question : est-ce que, en écoutant l’album, tu ressens les lives ?

… Ouais je retrouve quelque chose…

On a travaillé à mort avec Serge Morattel mais l’idée c’était vraiment de retranscrire ce qu’on fait en live. Amélioré bien sûr, mais je voulais pas qu’il y ait un différence où ça fait waouh et en live : bof. Au début , « Tomoe Gozen » et d’autres, je les faisais sans disto, en vrai basse-batterie, et puis après il faut enrichir alors le naturel revient au galop donc tu te dis on va y mettre un coup de pêche, un coup de disto…Retour ligne manuel
Et j’ai fait évoluer mes pédales en même temps que le groupe évoluait. J’ai jamais été trop pédale en tant que bassistes et puis là je me suis éclaté. Je réfléchissais. Je me suis dit je vais peut-être faire deux réseaux, gratte et basse, pour amener plus… Donc le son s’est fait comme ça, en même temps que l’évolution du groupe, pendant un an et demi…

C : Arrivés chez Serge Moratel, ça a été un sale cirque. Ils ont revu pleins de choses…

P : Même si tu veux ressortir la même chose en répète et en live, ça sortira différent au final. Du coup, il faut « tricher » pour s’efforcer d’avoir le même rendu en studio. Ça n’a pas été facile.Retour ligne automatique
Sur certains trucs ça sortait pas du tout comme je voulais, il y avait une espèce de latence dégueu, très différente du jeu en live. Ça le faisait pas, comment on peut faire ?

C : L’ingé-son doit rentrer dans son monde à lui, se mettre à sa place, avec son matériel. C’est pas évident, je voyais bien qu’on lui posait problème parfois. C’est parfois très long pour faire un son.

Et là, vous n’êtes pas restés longtemps, en plus ?

C : Non, on était pris par le temps ; on est restés une semaine en studio. On a du prolonger de 3 jours, en coupant la poire en deux avec Serge Moratel.Retour ligne manuel
P : On avait 8 jours et on avait commencé par faire des re-amp de basse. On s’est rendu compte que ce n’est pas ce qu’il fallait.

On s’est mis d’accord, et j’y suis retourné pour tout redoubler et là on a pris tout un week-end à se demander ce qu’on voulait pour chaque partie de chaque morceau, quel ressenti on veut lui donner, et là ça a pris tournure, d’autant qu’on mettait encore d’autres effets lors des prises. On a retravaillé chaque passage.

Il a été disponible et le travail était intense

C : Il était content, je pense, mais il s’est un peu tiré les cheveux. C’était une découverte un peu pour chacun et le temps prévu initialement n’était pas suffisant pour ce projet.Retour ligne manuel
P : On avait fait « Nébula » et « Lirü » dans un état de grâce, enregistré en 20 minutes et mixé en une journée. Mais ce rythme-là, c’était impossible à tenir sur un album.Retour ligne manuel
C : Serge Moratel a dit qu’avec le recul, il était impressionné. Il a posté sur facebook spontanément pour présenter Nevraska, ce qui n’est pas son habitude.Retour ligne manuel
P : C’est un amoureux de la musique, il sort pas un truc qu’il n’aime pas de son studio.

C : On a trop bien fait d’aller le voir !

Est-ce qu’il y a un titre dont vous êtes particulièrement fiers sur cet album ? Ou que vous aimez particulièrement ?

P : Fier, non, mais pour moi, celui qui qui rassemble tout, c’est « Reason to claim ».Retour ligne manuel
C : J’adore « Runaway », il est un peu à part… Il est simple et il a quelque chose de pétillant et qui passe bien.

Sur « Alkaline », il y a un plan qui fait presque electro, avec la batterie linéaire, ça ressort carrément.

P : Ben là, pareil, on s’est dit : on aime bien le dub, on va se faire une ambiance dub à la Nevraska !Retour ligne manuel
P : Et lui, il (Serge Moratel NDLR) a agrémenté avec un ampli qui apportait un grésillement en arrière-plan derrière la disto, il nous a dit « Bon les gars, vous faîtes quand même du noise, hein ! On laisse ! ».

Par rapport à la pochette du disque, est-ce que l’aspect visuel est important pour vous ?

P : On avait très peu de temps, c’est ma copine qui a fait le premier jet et je l’ai terminé. On était étonnés par la côté végétal. Retour ligne automatique
C : On sort du stéréotype du groupe math-rock – quoique la tendance au végétal gagne un peu mais c’est pas fait exprès. J’ai trouvé sympa la coupure qui suit les lignes du logo, juste ce qu’il faut. On s’est un peu pris la tête pour la couleur…Retour ligne automatique
P : Faite rapidement, mais je la trouve magnétique et c’est le plus important.Retour ligne automatique
C : Une pochette qui donne pas envie laisse présager la même chose pour la musique.Retour ligne automatique
P : Une pochette exprime un ressenti du groupe, comme la zique en fait. Enfin, je crois….

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(© Elsa Dumoulin)

Quelles sont les esthétiques auxquelles vous êtes sensibles ? Quelles sont les pochettes ou les groupes dont l’esthétique vous ont marqués.

C : Les pochettes de Converge, par exemple, très expressives. Il y a vraiment un travail artistique, c’est pensé… Après, parfois les pochettes toutes bêtes font de l’effet aussi.Retour ligne manuel
P : Moi, je serais plus attiré par le côté minimaliste.Retour ligne manuel
C : Je pense qu’il faut essayer de s’amuser avec tout, faire des pochettes qui n’ont rien à voir avec les anciennes ou les prochaines. C’est bien le changement, je change constamment les breaks de batterie. Je m’ennuie, sinon.

Qu’est-ce qu’on peut attendre de vous à l’avenir, en termes de projets et en termes musicaux ?

P  : On va défendre l’album, déjà, on a déjà quelques dates pour le début d’année sur Walk the line. Et d’autres salles cool à venir…Retour ligne manuel
C : On espère qu’avec l’album il va se passer quelque chose… On est preneur de pouvoir tourner plus…Retour ligne manuel
P : Clairement, on manque de temps pour démarcher autant qu’on le voudrait…

P : Musicalement, ben, on a plein d’idées…Retour ligne automatique
C : On cherche un peu à sortir de l’album…Retour ligne automatique
P : Là, on a fait un morceau qui n’a rien à voir…. On va la faire ce soir, histoire de voir un peu ce que ça donne. Elle est un peu spéciale. Pour moi, c’est limite du Pink-Floyd math-rock (Rires) !

C’est toi qui t’occupe des samples, Cyril ?

C : J’essaie de m’adapter techniquement, et de m’y mettre un peu pour créer, mais Pascal est plus avancé que moi.Retour ligne manuel
P : Cyril a amené l’idée des chants bulgares dans « Nemesis »Retour ligne manuel
C : J’ai mis des heures à faire ce qu’un mec qui sait ferait en deux minutes mais bon c’est comme ça que tu apprends…Retour ligne manuel
P : Le morceau initial avait un riff jazz au milieu et l’ensemble ne marchait pas, ça a fini par donner au final deux des titres de l’album « Dux Bellorum » et « Nemesis ».Retour ligne manuel
P : Au final elles ont chacun leur identité.Retour ligne manuel
C : « Dux Bellorum », C’est une entrée en scène. C’est comme un souffle qui avance, progressivement.

Comme vous êtes un groupe très actuel, j’avais envie de vous demander trois groupes ou musiciens qui représentent pour vous le rock d’aujourd’hui et que vous nous conseilleriez ?

P : Moi je trouve ça très bien de faire des choses comme ça , j’aimerais qu’il y ait bien plus de groupes qui partagent leurs goûts. Comme tu nous avais dit « rock » et « actuel »…Retour ligne automatique
C  : Ah merde, y’avait « rock » et « actuel » ?Retour ligne automatique
P : …et ben : Retour ligne manuel
- Electric electric Sad Cities Handclappers, c’est ce qui m’a fait chavirer dans le Math-rock Retour ligne manuel
- Mouse on the Keys : un groupe japonais qui te font du math-rock piano batterie. Je m’en suis jamais remis. Retour ligne manuel
- Lite : PhantasiaRetour ligne automatique
Après, il y en a plein d’autres : Doppler…Retour ligne automatique
C : Moins math rock : Candiria Beyond reasonnable doubt – le batteur a été une grosse influence. Converge…. Eighties Matchbox B-line Disaster : le premier album est énorme. Simple, direct mais il fallait le faire. Et puis, si je vis vieux, je pense que « It’s me god », de Breach restera toujours près de moi…


Medellín (Colombie): une opération d’expulsion mise en échec par les habitant-e-s d’un quartier pauvre de Bello

À Bello, en banlieue nord de Medellín, le jeudi 12 janvier 2017, selon divers médias mainstream colombiens, huit personnes ont été blessées par la police lors d’une opération d’expulsion de logements squattés visant environ 175 familles dans le quartier de Nueva Jerusalén (et trois flics auraient été blessés).

La police n’a pas pu effectuer son sale boulot dans le calme: des habitant-e-s du quartier ne se sont pas laissé faire et des affrontements ont eu lieu. Cette résistance n’a pas été vaine puisqu’elle a permis d’annuler la journée d’opération d’expulsion (surtout que l’expulsion devait être suivie de la démolition des logements expulsés).

Sur les 175 familles menacées (depuis quatre ans pour la plupart), 24 auraient signé un accord avec les autorités locales pour partir d’elles-mêmes.

Ce jour-là, malgré les grenades lacrymogènes, les flashballs et les coups de matraque, aucun logement n’a été expulsé. Selon le général Óscar Antonio Gómez Heredia lui-même, commandant de la Policía Metropolitana del Valle de Aburrá, l’opération prévue n’a pas pu avoir lieu, à cause de « la résistance d’environ 2 000 personnes qui ont empêché l’expulsion des familles ».

Mais les jours suivants, les flics sont revenus. Et le lundi 16 janvier, cinquième jour consécutif à essayer d’expulser une partie des logements visés par l’opération, les flics étaient plus nombreux et déterminés, avec cette fois, en plus des effectifs de police habituels: les flics anti-émeute de l’Esmad et les Carabineros, avec canon à eau et hélicoptère !

Des affrontements ont eu lieu à nouveau, faisant une vingtaine de blessé-e-s parmi les habitant-e-s du quartier. Mais cette fois encore, aucun logement n’a été expulsé, les flics ne pouvant que se contenter de déblayer certains accès des barricades les empêchant d’avancer.

Quoi qu’il arrive, face au pouvoir, la lutte et la solidarité sont nos meilleurs outils.

[Sources: Caracol 1 & 2 | El Colombiano 1 & 2 | La FM.]

Présidentielle 2017 : l'appel citoyen et commercial de Laurent Joffrin

Dans un dépliant publicitaire adressé à d'éventuels lecteurs, Libération met en images et en mots sa stratégie pour couvrir la campagne présidentielle. Avec du Laurent Joffrin à la « Une ».

L'enveloppe, recto et verso, est aussi engagée et engageante qu'une publicité pour les soldes d'hiver.



Le courrier lui-même ressemble à une tentative ultime de racolage pour sauver un journal en perdition. À l'intérieur donc on découvre la lettre de Laurent Joffrin que tous les destinataires attendaient avec impatience, ainsi que la raison de cette lettre.



Le bon citoyen doit s'abonner à Libération

Dans son « Appel aux citoyens lecteurs », Laurent Joffrin lui-même s'engage… pour que les citoyens s'engagent… à s'abonner à Libération (dont les ventes sont en chute libre). Pour tenter de les séduire, il annonce ce que le quotidien proposera durant les six prochains mois dans le cadre de la couverture de la campagne présidentielle. L' « Appel », citoyen et commercial, décline les grandes lignes du sommaire des prochains numéros du quotidien : « Chaque jour, de cette fin année jusqu'à l'été, Libération publiera dans ses pages et sur son site internet le journal de la présidentielle. »

La missive mérite d'être lue patiemment. Elle commence par une adresse aux indifférents qui peut passer pour un éloge de la démocratie : « Si la politique ne vous intéresse pas, si le sort du pays vous indiffère, si vous préférez laisser les autres décider à votre place, ce message n'est pas pour vous. » Mais le manifeste, en vérité, est une glorification commerciale de Libération : « si vous pensez qu'un citoyen ne peut se désintéresser des affaires publiques, si vous estimez qu'il doit connaître les enjeux, évaluer les hommes, juger les propositions, détecter les manœuvres de coulisse et les artifices de communication, alors la lecture de Libération vous est indispensable. »

Annonce séduisante ! Annonce prometteuse ! Pourtant à la lecture du reste de l'appel, il semble que Libération ait choisi de privilégier le jeu politicien plutôt que les enjeux politiques… Ainsi, la description du contenu laisse rêveur : « Une vingtaine de journalistes experts, avec l'appui de l'ensemble de la rédaction, suivront l'évolution des rapports de force, le comportement des chefs de file, les secrets de campagne, les ruses du "story-telling", les implications idéologiques ou concrètes des projets présentés par les protagonistes. » Pour faire simple, durant les prochaines semaines, les journalistes de Libération vont se passionner pour les petits jeux du microcosme politique. Le « comportement », les « secrets » ou les « ruses », sont autant de termes qui rappellent les éléments de langage des séries américaines, mais surtout qui enflamment le microcosme journalistique…


« Intrigues », « rebondissements » et « trahisons »

D'ailleurs Joffrin explicite une vision de la politique, hélas partagée par nombre d'éditorialistes et de journalistes politiques : « La présidentielle est un roman, avec ses intrigues, ses rebondissements, ses trahisons et ses fidélités, ses triomphes et ses chutes. » Nous sommes ici plus proches de Game of Thrones que d'une élection présidentielle, ainsi que nous l'analysions déjà lors de la campagne de… 2007 [1] : « La médiatisation des campagnes électorales double et redouble la figure du récit sportif par celle du feuilleton. Un feuilleton dont la mise en scène, presque intégralement dédiée, non aux textes, mais aux personnages, tend à transformer les programmes en simples éléments de décor. » [2]

« Sur 4 pages, précise ensuite Joffrin, tous les jours, avec des dossiers d'actualité, des archives, des analyses de vote, des rubriques désintox ou portraits, des données et des infographies, un décryptage des sondages et des évolutions souterraines [sic !], Libération vous racontera cette bataille cruciale. » On se demande bien à quoi peuvent correspondre ces « évolutions souterraines » mais gageons que Laurent Joffrin et son équipe de « journalistes experts » sauront les débusquer à la sortie du tunnel… Quoi qu'il en soit, comme d'habitude, les commentateurs vont commenter les commentaires et spéculer sur les spéculations des spéculateurs…

Enfin, les deux pages intérieures du dépliant sont faites pour allécher les clients. On peut y découvrir, outre la promesse de pages « Idées », l'attention portée au FN …



… et une confirmation que Libération ira à l'essentiel :



Laurent Joffrin et avec lui Libération espèrent séduire le chaland en proposant un abonnement de 25 euros par mois avec des recettes éculées. Si les médias traditionnels subissent une crise de confiance et si la presse est en perte de vitesse, ce n'est certainement pas en utilisant les méthodes qui ont contribué à son discrédit qu'ils vont sortir la tête de l'eau. Libération, bien plus que les autres quotidiens, a tous ses voyants dans le rouge : une baisse de 29,46% des ventes en kiosque entre décembre 2015 et novembre 2016 et une diminution de 17,08% de la diffusion payante en France sur la même période. Seul élément positif : la diffusion non payée (gratuite, donc) est passée de 753 exemplaires à 7 917 entre décembre 2015 et novembre 2016 [3]. En somme, pour gonfler les ventes auprès des annonceurs, on préfère donner le journal plutôt que de le vendre…


***


À n'en pas douter, en soulignant, à quelques réserves près, qu'ils vont couvrir la campagne présidentielle à la manière d'une « compétition décisive » – présentée ici comme une course de chevaux, Joffrin et les publicitaires de Libération confirment qu'ils n'ont pas compris que c'est justement pour cela que le journal n'est plus lu : son goût pour le « story-telling », sa passion des « portraits » et des personnages politiques, et son penchant pour le commentaire. Mais de cela, Laurent Joffrin se moque probablement, car si le quotidien fondé par Jean-Paul Sartre disparaissait, nul doute que comme ses prédécesseurs Serge July ou Nicolas Demorand, il saurait trouver un point de chute…


Mathias Reymond


[2] Tous les médias sont-ils de droite ?, Mathias Reymond et Grégory Rzepski pour Acrimed, Syllepse, 2008, p. 39.

[3] Source : ACPM (ex-OJD).

Sophie, intérimaire de nuit à l'aéroport de Roissy : une « bouche-trou » traitée « comme de la merde »

Depuis plus de dix ans, chaque jour vers dix-sept heures, Sophie attend que son téléphone sonne. Ce coup de fil, c'est l'assurance de pouvoir aller bosser une fois la nuit tombée, à l'aéroport de Roissy. Une décennie d'intérim à se flinguer la santé, à subir les abus de pouvoir, le mépris et le sexisme au travail. Ouvrière de nuit, femme, épouse, maman, l'histoire de Sophie, c'est un peu celle de tous les galériens du travail. De ceux qui subissent pour gagner plus, mais perdent beaucoup. L'histoire d'une (...)

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Sortie de "Merhaba Hevlano mensuel" n°11 - des nouvelles du Kurdistan (janvier 2017)

11e édition du mensuel Merhaba Hevalno, janvier 2017 : entretiens, analyses, infos sur le Kurdistan.

Extraits de l'édito :

Plus rien ne devrait nous étonner en terme de collaboration criminelle entre les gouvernements européens et leur allié turc. Et pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de sursauter à chaque nouvelle trahison des populations kurdes par l'Europe.

L'année 2016 s'est terminée sur le classement de l'affaire accusant un membre des renseignements turcs de l'assassinat de trois militantes kurdes à Paris en 2013. C'était sans doute la femme la plus influente du PKK, Sakine Cansız, qui était visée par cette exécution ; celle-ci avait été acceptée en France en tant que réfugiée politique. Or, les autorités françaises (services de renseignements, juges et gouvernement) ont tout fait pour que rien ne soit dévoilé sur cette affaire. La date du 9 janvier qui devait être un moment d'hommage à la lutte de ces trois femmes, a été marqué en 2016 par une nouvelle exécution en Turquie de trois femmes militantes kurdes, puis en 2017 par la clôture du dossier en France.

(…)

On aurait pu finir cet édito en vous souhaitant une année 2017 pleine de santé, d'amour et de rage, mais nous préférons terminer sur une note plus sarcastique… Cette année les Kurdes de Turquie ne manquaient pas d'un certain humour noir pour se souhaiter la bonne année. « Deux personnes sont passées chez moi aujourd'hui. Ils m'ont demandé ton adresse, ton numéro et tout le reste. Je t'ai pas demandé, et je leur ai donné. J'espère que tu m'en veux pas. Je leur ai demandé pourquoi est-ce qu'ils te cherchaient. Ils m'ont dit que samedi soir ils allaient passer chez toi. Le nom d'un des deux est Bonheur, et l'autre Santé. Et toute l'année ils vont rester chez toi et chez moi. Santé, Bonheur, et que la Paix nous accompagne. Belle année. »

SOMMAIRE :

  • Édito
  • [Bakûr, Turquie] - L'état d'urgence en Turquie et les LGBT+ kurdes
  • [Rojava, Syrie] - Lettre du Rojava
  • [Rojhilat, Iran] - Les Kolbers, ces travailleurs oubliés du Rojhilat
  • [Turquie] - Les Kurdes dans le processus de réconciliation arméno-turc
  • [Turquie] - Lorsque les Kurdes entendent le mot « Tak », ils et elles savent ce que cela signifie : vengeance
  • [Europe] - Les femmes contre les féminicides
  • [Europe] - Je ne suis pas coupable, j'accuse !
  • Glossaire & agenda

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LA FRANCE PUE RADIO SHOW 17/01/2017

Playlist :

Coche Bomba (F) / Call The Police (US) / Juggling Jugulars (Finlande) / Sin Apoyo (Chili) / Hard Skin (UK) / 2084 (Espagne) / Score (UK) / Calloused (US) / Shitlist (US) / Autarch (US) / Mental Distress (F) / Snuffx (Inde) / Death Reign (F) / Negative Runners (F) / Pervers & Truands (F) / Zero Gain (F) / Boom (F) / Fast (US) / Mega City 4 (UK) / Fugazi (US) / Härdä Ut (Suède) / Massgrav (Suède) / Haram (US) / Mind of Asian (Japon) / End of All (Suède) / Bait (UK) / Les Porte-Mentaux (F) / Intercision (US) / Sunshine Ward (US) / Tragedy (US) / John Doe (F) / Movement / Stiff Little Fingers (Irlande) / The Damned (UK) / Anal Trump (US)

MEGA CITY 4

cineffable 2015 : festival du film lesbien et féministe à Paris

D'où viennent toutes ces festivalières ?

Être visible : c'est se montrer aux autres mais aussi apprendre à se voir, avoir conscience de sa force, se rassembler pour pouvoir construire, se légitimer soi-même pour, simplement, ne pas quémander le droit d'exister. Les lesbiennes résistent à toute définition, elles sont ce qu'elles veulent bien montrer, à une, à deux, au lit ou ailleurs, à des milliers...

Le festival : c'est justement un de ces ailleurs, lieu éphémère, carrefour d'idées, détonateur. Nous improvisons ensemble, organisatrices et festivalières, une incroyable performance. Le festival c'est un théâtre, le grand théâtre des lesbiennes qui se mettent au centre du monde.

Le but : organiser un festival de films de réalisatrices pour les lesbiennes, par les lesbiennes, qui offre un rendez-vous fixe tous les ans, un temps fort pour montrer des images de lesbiennes, des images féministes, susciter des débats et des rencontres et s'ouvrir à tous les arts.

1H30
À Paris novembre 2015
CINEFFABLE festival féministe et lesbien

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LE POIL QUI DÉPASSE 1 : FESTIVAL FÉMINISTE À NANTES

UN TRUC FÉMINISTE À NANTES
allons voir

Du Mardi 01 Mars au Samedi 05 Mars 2016
19:00 à 00:00
salle du TNT

Des acteurs-RICEs des luttes féministes, ou non, des spectateurs-RICES, des artistEs, des salariéEs, des chômeurs-SES, des enfants, des hommes, des transgenres, des travestiEs, des sans-genre…
Le festival propose des ateliers d'auto-défense féministe, des apéros-débat-lecture, des tables rondes et des spectacles. Rassembler, dire, échanger, penser, observer, remettre en cause à travers des mots et des objets artistiques, autour des questions féministes et de genre.

1H30
festival féministe le poil qui dépasse à Nantes
collectif l'envers libre
https://www.lenverslibre.fr/la-compagnie/

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Valls : un déchaînement pâtissier

Manuel a peut-être un super-pouvoir,  celui de déchaîner des vocations au sein du « peuple français ». Après l’enfarinneur, spécialisé dans le saupoudrage de candidat, voici un homme qui aime les tartes, et tente d’en poser une à notre Valls national de la République forte. Attention, âmes sensibles, détournez le regard lorsque le gorille du service d’ordre s’occupe de notre maître-pâtissier. Il y a comme du Erdogan dans l’air…

EXTRAIT 2 : DES Rencontres RADIORAGEUSES 2015

suite

EXTRAIT 1 : DES Rencontres RADIORAGEUSES 2015

Le village des Magnans rencontres RADIORAGEUSES, 2015.
Échange de savoirs et de savoirs faire de personnes regroupées autour de la plate forme radio féministes, meufs, gouines, trans : RADIORAGEUSES

1H30
partie 1

Déléguer

Finance

Nation

Ciné-club « L’art et la résistance dans le cinéma palestinien » / 29 janvier

fcpCiné-club « L’art et la résistance dans le cinéma palestinien »

 

Pour la deuxième Séance du Ciné-Club du Festival Ciné-Palestine, nous vous donnons rendez-vous le dimanche 29 Janvier 2017 à partir de 16h au Bar Le Lieu-Dit.
6 rue Sorbier, Paris 20e / Métro Ménilmontant (Ligne 2) ou Gambetta (Ligne 3)/ Bus n°96
La thématique choisie pour cette projection est « l’art de résister »

▪︎Au Programme :
Sélection de courts métrages autour de l’art et la résistance, dans le cinéma palestinien
Programmation issue de la 2e édition du FCP.
Démarrage des projections à 16h dans l’ordre suivant :
➜A Boy, a Wall, and a Donkey (2008, 5′) d’Hany Abu-Assad.
➜ Ismail (2012, 28′) de Nora Alsharif
➜ Maqloubeh (20?, 10′) de Nicolas Damuni
➜ House (2013, animation, 4′) d’Ahmad Saleh
➜ Discussion/Pause
➜ Drawing for better dreams (2015, 4′) de Dia’Azzeh et May Odeh
➜ Journey of a freedom fighter (2014, 30′) de Mohamad Moawia
➜ Nation Estate (2012, 9′) de Larissa Sansour
➜ Discussion avec les membres du FCP
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▪︎Synopsis des films

▪︎▪︎ A Boy, a Wall, and a Donkey (2008, 5′) d’Hany Abu-Assad
Trois gamins rêvent de tourner un western, avec pistolet, lasso et monture. Ils se postent devant l’interphone de la porte d’une villa, espérant que la caméra filmera leur mise en scène. Mais la matrone surgit et les fait dégager. Comment enregistrer leur histoire ? Peu importe, ils savent où trouver une autre caméra.
http://festivalpalestine.paris/fr/film/boy-wall-and-donkey-ولد،-جدار-وحمار

▪︎▪︎ Ismail (2012, 28′) de Nora Alsharif

Inspiré d’une journée de la vie du peintre palestinien Ismail Shammout, Ismail raconte l’émouvante histoire d’un jeune homme qui lutte pour aider ses parents après leur expulsion vers un camp de réfugiés par les forces armées israéliennes en 1948. Malgré des conditions de vie désastreuses, il s’accroche à son rêve : partir à Rome pour apprendre à peindre. Un jour, après avoir vendu avec son petit frère des pâtisseries à la gare ferroviaire, ils pénètrent dans un champ de mines, par inadvertance. Tandis qu’Ismail fait face à la mort tout en essayant de les sauver, lui et son petit frère, il montre son vrai caractère.
http://festivalpalestine.paris/fr/film/ismail-إسماعيل

▪︎▪︎ Maqloubeh (20?, 10′) de Nicolas Damuni

Cinq jeunes étudiants, de milieux différents, vivent ensemble à Ramallah. Ils sont bloqués dans leur appartement à cause d’un couvre-feu et des combats. Cet enfermement les mène à préparer un maqloubeh, le plat traditionnel palestinien, dont l’ingrédient principal diffère d’un village à un autre. Après discussion, le groupe d’amis finit par s’entendre sur les ingrédients et réussit à cuisiner le plat ensemble. Mais avant même qu’ils ne puissent commencer à manger, ils sont interrompus par l’intrusion d’invités inattendus. Le scénario du film est de Hani Zurob, peintre palestinien.
http://festivalpalestine.paris/fr/film/maqloubeh-مقلوبة

▪︎▪︎ House (2013, animation, 4′) d’Ahmad Saleh

Depuis plusieurs générations, une famille vivait dans une belle maison, chaleureuse et spacieuse. La convivialité faisait entièrement partie de leur vie. Les invités y passaient souvent d’agréables séjours, jusqu’au jour où un invité débarqua avec une autre idée en tête.
http://festivalpalestine.paris/fr/film/house

▪︎▪︎ DISCUSSIONS / PAUSE

▪︎▪︎ Drawing for better dreams (2015, 4′) de Dia’Azzeh et May Odeh
En utilisant des images dessinées par des enfants palestiniens, entre 9 et 12 ans, « Drawing for Better Dreams » nous emporte vers les Territoires palestiniens occupés, dans les pensées de ces jeunes enfants, qui vivent sous l’occupation. En animant de simples dessins au crayon, ce film émouvant, évoque les difficultés auxquelles sont confrontés quotidiennement ces enfants, et met en avant la force – et la nécessité – de laisser la jeunesse rêver.
http://festivalpalestine.paris/fr/film/drawing-better-dreams

▪︎▪︎ Journey of a freedom fighter (2014, 30′) de Mohamad Moawia

Journey of a Freedom Fighter suit Rabih Turkman pendant son passage de la résistance armée à la résistance culturelle. Rabih a rejoint la résistance armée durant la seconde Intifada. Sur les conseils d’un ami, combattant comme lui, il décide de rejoindre le Théâtre de la Liberté, dans le camp de réfugiés de Jénine, après la trêve de 2007. À la suite de l’une de ses performances, Rabih explique : « Les gens me regardaient avec dédain pour avoir troqué mon fusil contre le théâtre. Avec cette pièce, j’ai retrouvé leur estime. Ce n’est pas du théâtre ordinaire. »
http://festivalpalestine.paris/fr/film/journey   freedom fighter رحلة-مقاتل-الحرية

▪︎▪︎ Nation Estate (2012, 9′) de Larissa Sansour

Nation Estate est le projet d’un court-métrage de science-fiction de 9 minutes, accompagné d’une série de photographies, qui propose une vue cliniquement dystopique, mais aussi humoristique de la situation d’impasse au Moyen-Orient. Avec un mélange brillant d’images générées par ordinateur, d’acteurs réels, et une bande originale d’électro arabisante, le film Nation Estate imagine une solution verticale pour un Etat palestinien. Les Palestiniens voient se concrétiser leur Etat sous la forme d’un unique gratte-ciel : le Nation Estate. Un immeuble colossal héberge l’ensemble de la population palestinienne, qui enfin, peut mener la grande vie.
http://festivalpalestine.paris/fr/film/nation-estate

▪︎▪︎ Discussion avec les membres du FCP