Maloka - Brèves : news antifa !

La lettre d'infos du site antifasciste La Horde

En ce mois de mars, on jette un œil attentif sur les résistances contre l'extrême droite américaine pro-Trump, et sur celles du côté de Toulouse et la campagne contre le Front national et la mascarade électorale. On est aussi revenu ces derniers temps sur Civitas et son monsieur anti-IVG, les mobilisations nantaises contre le FN ou encore la solidarité avec les Femmes Réfugiées Isolées. Plus de détails juste après.

ACTUALITÉS Ce que révèle la candidature de Nolan Lapie
http://lahorde.samizdat.net/2017/03/11/ce-que-revele-la-candidature-de-nolan-lapie/

Lu sur Bretagne-info.org : Depuis hier, Nolan Lapie n’est plus ce jeune un peu paumé du pays de Lamballe qui avait giflé Valls, depuis hier c’est officiellement un harki.

La suite ici:http://lahorde.samizdat.net

livre du samedi : La couleur de la justice / Michelle Alexander

« Il y a plus d’adultes africains-américains sous main de justice aujourd’hui – en prison, en mise à l’épreuve ou en liberté conditionnelle – qu’il n’y en avait réduits en esclavage en 1850. L’incarcération en masse des personnes de couleur est, pour une grande part, la raison pour laquelle un enfant noir qui naît aujourd’hui a moins de chances d’être élevé par ses deux parents qu’un enfant noir né à l’époque de l’esclavage. »
Dans ce livre devenu un classique des luttes contre la prison et le système judiciaire aux États-Unis, ­Michelle Alexander revient dans des pages ­fulgurantes sur les mutations de la domination ­raciale et de l’enfermement. De l’esclavage aux innombrables prisons actuelles, en passant par la ségrégation de l’ère « Jim Crow », ce livre explore la façon dont en quelques décennies, avec la « guerre contre la drogue », les Noirs et les Latinos ont commencé à être enfermés en masse, jusqu’à dépasser aujourd’hui deux millions de prisonniers. Du quadrillage policier aux ­cellules, en passant par le profilage racial et une machine judiciaire implacable, l’auteure dévoile tous les ­mécanismes de cette nouvelle ségrégation qui a créé une nouvelle « sous-caste raciale », une « race des prisonniers ».

 

Introduction1

Jarvious Cotton ne peut pas voter. Comme son père, son grand-père, son arrière-grand-père et son arrière-arrière-grand-père, on lui a refusé le droit de participer à notre démocratie électorale. L’arbre généalogique de la famille Cotton résume l’histoire de plusieurs générations de Noirs nés aux États-Unis mais à qui on dénie une des libertés les plus élémentaires que promet la démocratie, celle de choisir par le vote ceux qui édicteront les règles et les lois qui gouvernent notre vie. L’arrière-arrière-grand-père ne pouvait pas voter car il était esclave. Son arrière-grand-père fut battu à mort par le Ku Klux Klan pour avoir tenté de voter. Son grand-père en fut empêché par les menaces du Ku Klux Klan. Son père ne put le faire à cause des taxes électorales et des tests d’alphabétisation. Aujourd’hui, Jarvious Cotton ne peut pas voter parce que, comme de nombreux hommes noirs aux États-Unis, il a l’étiquette de « criminel » et se trouve en liberté conditionnelle2.

L’histoire des Cotton illustre bien le vieil adage selon lequel « il faut que tout change pour que rien ne change ». À chaque génération, de nouvelles tactiques ont été utilisées pour atteindre les mêmes objectifs, ceux que s’étaient déjà fixés les Pères fondateurs. Pour ces derniers, il était fondamental de refuser la citoyenneté aux Africains-Américains, alors que se constituait l’Union originelle. Deux siècles plus tard, l’Amérique n’est toujours pas une démocratie égalitaire. Les arguments et justifications maintes fois avancés pour défendre la discrimination et l’exclusion raciales sous ses diverses formes ont changé mais le résultat est en grande partie le même. Aujourd’hui, un pourcentage extraordinaire d’hommes noirs aux États-Unis sont légalement privés du droit de vote, comme leurs ancêtres l’ont été tout au long de l’histoire américaine. Il subissent également une discrimination légalisée à l’embauche, au logement, à l’éducation, aux prestations sociales, au droit à être juré, tout comme leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents à leur époque.

Les changements survenus depuis l’effondrement du système Jim Crow concernent moins les structures fondamentales de notre société que le langage employé pour les justifier. À l’ère de l’indifférence à la couleur de peau [color-blindness], il n’est désormais plus socialement acceptable de justifier la discrimination, l’exclusion et le mépris en invoquant explicitement la race. Nous ne le faisons donc pas. Plutôt que la race, c’est le système judiciaire qui est employé pour étiqueter des gens de couleur comme « criminels » et pour reproduire toutes ces pratiques supposées appartenir au passé. Aujourd’hui, il est parfaitement légal de discriminer les « criminels » tout comme il était auparavant légal de discriminer les Africains-Américains. Une fois que vous êtes étiqueté « criminel », les formes de discrimination traditionnelles – à l’embauche, au logement, au droit de vote, à l’éducation, aux aides alimentaires et autres prestations sociales, ainsi qu’au service comme juré – deviennent soudainement légales. En tant que « criminel », vous avez à peine plus de droits, et êtes sans doute moins respecté, qu’un homme noir vivant dans l’Alabama au plus fort du système Jim Crow. Nous n’avons pas mis fin aux castes raciales, nous les avons simplement remodelées.

C’est avec réticence que je suis parvenue aux conclusions que présente ce livre. Il y a dix ans, j’aurais protesté énergiquement contre son affirmation centrale : quelque chose ressemblant à un système de castes raciales existe actuellement aux États-Unis. Si Barack Obama avait été élu président à cette époque, j’aurais considéré que son élection marquait le triomphe de la nation sur les castes raciales, qu’elle constituait le dernier clou planté dans le cercueil de Jim Crow. Mon euphorie aurait été tempérée en constatant le chemin restant à parcourir pour atteindre la terre promise de la justice raciale en Amérique, mais ma conviction que rien ne ressemblant même de loin à Jim Crow n’existe dans ce pays serait demeurée.

Aujourd’hui, mon enthousiasme au sujet de l’élection d’Obama est pondéré par beaucoup plus de circonspection. En tant que femme africaine-américaine, mère de trois enfants supposés ne jamais voir un homme noir être élu président des États-Unis, j’étais aux anges le soir de l’élection. Cependant, alors que je quittai les festivités, encore pleine d’espoir et d’enthousiasme, je fus immédiatement rappelée aux brutales réalités du nouveau Jim Crow. Un homme noir était à genoux dans le caniveau, menotté dans le dos, entouré par plusieurs officiers de police qui discutaient, blaguaient, ignoraient son existence. Les gens continuaient à sortir de l’immeuble, beaucoup fixaient pendant un moment cet homme noir prostré dans la rue, puis détournaient leur regard. Pour cet homme, que signifiait l’élection de Barack Obama ?

Comme beaucoup d’avocats des droits civiques, les victoires des années 1950 et 1960 m’ont poussée à suivre des études de droit. En dépit du développement d’une opposition politique et sociale aux politiques correctrices telles que la discrimination positive, je m’accrochais à l’idée que les maux de Jim Crow appartenaient au passé et que même si un long chemin restait à parcourir pour réaliser le rêve d’une démocratie égalitaire et multiraciale, nous avions fait de véritables progrès et devions lutter pour préserver nos acquis. Je pensais alors que mon rôle d’avocate des droits civiques était de me joindre aux alliés du progrès racial pour résister aux attaques contre la discrimination positive et éliminer les derniers vestiges du régime Jim Crow, notamment notre système éducatif toujours ségrégué et inégalitaire. Les problèmes qui frappaient les communautés de couleur pauvres, y compris ceux liés à la délinquance et à l’augmentation des taux d’incarcération, étaient pour moi une conséquence de la pauvreté et de l’absence d’une éducation de qualité, le legs vivace de l’esclavage et de Jim Crow. Je n’avais jamais envisagé sérieusement la possibilité qu’un nouveau système de castes raciales fonctionne dans ce pays. Ce nouveau système avait été mis en place rapidement et était largement invisible, même pour les gens comme moi.

Cette idée d’un nouveau système de castes raciales m’a effleuré pour la première fois l’esprit il y a plus de dix ans, quand mon regard fut attiré par une affiche orange. Je me pressais pour prendre mon bus, quand je remarquai sur une pancarte agrafée à un poteau téléphonique ces grosses lettres hurlant : LA GUERRE CONTRE LA DROGUE EST LE NOUVEAU JIM CROW. Je m’arrêtai un moment pour parcourir le texte du tract. Un groupe radical organisait dans la communauté un meeting sur les violences policières, la nouvelle loi californienne des trois fautes et l’expansion du système pénitentiaire américain. Le meeting était organisé à quelques blocs de là, dans une petite église pouvant accueillir tout au plus une cinquantaine de personnes. Je soupirai et marmonnai quelque chose du genre « oui, le système judiciaire est raciste à bien des égards, mais ça n’aide pas de faire ce type de comparaison absurde. Les gens vont simplement croire que vous êtes fou ». Puis je traversai la route et sautai dans le bus. J’allais prendre mes nouvelles fonctions de directrice du Racial Justice Project de l’American Civil Liberties Unions (ACLU) du nord de la Californie.

À l’époque où je commençai à travailler à l’ACLU, je pensais que le système judiciaire avait des problèmes liés à des a priori raciaux, tout comme l’ensemble des grandes institutions majeures de notre pays. En tant qu’avocate ayant mené de nombreuses actions collectives et plaidé dans des affaires de discrimination à l’embauche, j’étais très consciente des nombreuses façons dont les stéréotypes raciaux peuvent façonner les prises de décision, avec des conséquences dévastatrices. J’étais familière des défis posés par la réforme d’institutions dans lesquelles la stratification raciale est considérée comme la conséquence naturelle de différences d’éducation, de différences culturelles, de motivation et, comme certains le croient encore, d’aptitudes innées. Une fois à l’ACLU, je me concentrais sur la réforme du système judiciaire et tentais avec d’autres d’identifier et d’éliminer le biais racial dès qu’il montrait son visage hideux.

En quittant l’ACLU, j’en suis venue à penser que j’avais tort au sujet du système judiciaire. Il ne s’agissait pas simplement d’une autre institution infectée par le biais racial mais d’un monstre tout à fait différent. Les activistes qui avait agrafé la pancarte sur le poteau téléphonique n’étaient pas fous, pas plus que la poignée d’avocats et de militants à travers le pays qui commençaient à établir un lien entre notre actuel système d’incarcération de masse et des formes antérieures de contrôle social. Je me suis rendue compte assez tardivement que l’incarcération de masse était un système de contrôle social racialisé, à la fois total et dissimulé, qui fonctionnait d’une façon semblable à Jim Crow.

D’après mon expérience, les personnes incarcérées font facilement le parallèle entre les deux systèmes de contrôle. Une fois libérées, elles sont souvent privées du droit de vote, exclues des jurys et condamnées à une existence de ségrégation raciale et de subordination. Une toile d’araignée faite de lois, de règlements et de règles informelles, puissamment renforcés par la stigmatisation sociale, les confine dans les marges de la société dominante et leur refuse l’accès à l’économie légale. Elle leur refuse également la possibilité d’obtenir un emploi, un logement, des prestations sociales, tout comme les Africains-Américains assignés à une citoyenneté ségréguée et de seconde classe à l’époque de Jim Crow.

Ceux d’entre nous qui ont observé ce monde à une distance confortable – tout en affichant de la compassion pour la détresse du « sous-prolétariat » [underclass] – tendent à interpréter l’expérience de ceux qui sont pris dans les filets du système judiciaire à travers une version popularisée des sciences sociales, attribuant l’augmentation sidérante des taux d’incarcération dans les communautés de couleur aux conséquences de la pauvreté, de la ségrégation raciale, des inégalités scolaires et des réalités, supposées, du marché de la drogue, « réalités » qui incluent la croyance erronée selon laquelle la plupart des dealers sont noirs ou latinos.

Dans le cadre de mon travail, j’ai parfois vu des gens suggérer que la guerre contre la drogue pouvait être une conspiration raciste pour remettre les Noirs à leur place. Ce type de remarque était invariablement accompagné d’une rire nerveux laissant penser qu’une telle idée ne devait pas être prise au sérieux.

La plupart des gens sont persuadés que la guerre contre la drogue est une réponse à la crise provoquée par le crack dans les quartiers pauvres de centre-ville. Dans cette perspective, les disparités raciales affectant les condamnations et les peines de prison dans les affaires de drogue, tout comme l’explosion rapide de la population carcérale, ne refléteraient rien de plus que les efforts zélés, mais bien intentionnés, du gouvernement pour faire face à la criminalité endémique liée à la drogue dans les quartiers pauvres habités par des minorités. Cette idée, compréhensible au vu du traitement médiatique sensationnaliste du crack dans les années 1980 et 1990, est tout simplement fausse.

Le président Ronald Reagan lança l’actuelle guerre contre la drogue en 1982, avant que le crack ne devienne un sujet médiatique ou qu’il serve d’explication à la crise des quartiers noirs pauvres. Quelques années après le déclenchement de cette guerre, le crack commença à se répandre rapidement dans les quartiers noirs pauvres de Los Angeles avant de faire son apparition dans d’autres villes3. En 1985, l’administration Reagan mit sur pied une équipe afin d’obtenir un soutien public et législatif à la guerre4. La campagne médiatique fut un succès colossal. Presque nuit et jour, les médias étaient saturés d’images de « putes à crack » [« crack whores »] noires, de « dealers de crack » noirs et de « bébés du crack » [« crack babies »] noirs, des images qui confirmaient les pires stéréotypes raciaux. L’effervescence médiatique autour de cette « nouvelle drogue diabolique » contribua à faire de la guerre contre la drogue une véritable guerre.

La crise du crack contribua à alimenter les théories du complot et les spéculations selon lesquelles la guerre contre la drogue faisait partie d’un programme génocidaire du gouvernement destiné à détruire le peuple noir aux États-Unis. Dans les rues, se mirent à circuler des histoires affirmant que le crack et d’autres drogues étaient introduites dans les quartiers noirs par la CIA. Finalement, même la Urban League en vint à prendre au sérieux les accusations de génocide. Dans son rapport de 1990 sur l’« état de l’Amérique noire », elle déclarait : « Une notion est indispensable pour comprendre la nature tentaculaire et insidieuse du problème de la drogue pour la communauté africaine-américaine. Et cette notion, bien que cela soit dur à accepter, est celle de génocide5. » Si les théories du complot ont d’abord été rejetées comme loufoques, la rue a finalement eu raison sur au moins un point. En 1998, la CIA reconnut que les guérillas qu’elle soutenait activement au Nicaragua faisaient entrer de la drogue aux États-Unis, drogue qui creusait son sillon dans les rues des ghettos noirs sous la forme du crack. En pleine guerre contre la drogue, la CIA reconnut également qu’elle bloquait les efforts des agences de police enquêtant sur les réseaux de trafic de drogue qui l’aidaient à financer sa guerre clandestine au Nicaragua6.

Il faut souligner que la CIA n’a jamais admis avoir voulu détruire la communauté noire en permettant l’importation de drogue et qu’aucune preuve ne permet d’appuyer cette accusation. Néanmoins, les tenants de la théorie du complot n’ont pas à être dénigrés pour avoir proféré ces accusations de génocide, au vu de la dévastation provoquée par le crack, par la guerre contre la drogue et au vu, surtout d’une curieuse coïncidence : lorsque cette guerre a commencé, l’usage de drogues était en déclin7. Dans les communautés noires, la crise liée à la drogue n’a pas précédé la guerre, elle en a été la suite.

L’impact de cette guerre a été considérable. En moins de trente ans, la population carcérale s’est envolée, passant d’environ 300 000 personnes à plus de 2 millions, les condamnations pour drogue étant responsables de l’essentiel de cette augmentation8. Aujourd’hui, les États-Unis ont le taux d’incarcération le plus élevé du monde, surpassant de loin celui de presque tous les pays développés et surpassant même ceux de régimes répressifs comme la Russie, la Chine ou l’Iran. En Allemagne, on compte 93 détenus pour 100 000 habitants, adultes et mineurs confondus. Aux États-Unis, le taux est environ huit fois plus élevé, avec 750 détenus pour 100 000 habitants9.

Le trait le plus frappant de cette incarcération de masse est sa dimension raciale. Aucun autre pays dans le monde n’emprisonne autant ses minorités raciales ou ethniques. Les États-Unis incarcèrent un plus grand pourcentage de sa population noire que l’Afrique du Sud au plus fort de l’apartheid. À Washington, on estime que trois jeunes hommes noirs sur quatre (et presque tous dans les quartiers les plus pauvres) doivent s’attendre à faire de la prison10. Des taux d’incarcération similaires existent dans les communautés noires du pays.

Ces fortes disparités ne peuvent être expliquées par le taux de criminalité liée à la drogue. Des études montrent que les gens de toutes les races consomment et vendent des drogues à des taux remarquablement semblables11. Ces recherches indiquent même que les Blancs, en particulier les jeunes Blancs, sont plus susceptibles de commettre des délits liés à la drogue que les gens de couleur12. Ce n’est pourtant pas ce qu’on déduirait en pénétrant dans les prisons de ce pays, pleines à craquer de Noirs et de Latinos condamnés pour drogue. Dans certains États, les hommes noirs sont incarcérés pour des délits liés à la drogue vingt à cinquante fois plus que les Blancs13. Et désormais, dans les grandes villes ravagées par la guerre contre la drogue, jusqu’à 80 % des jeunes Africains-Américains ont un casier judiciaire qui les soumet à une discrimination légalisée pour le restant de leur vie14. Ces jeunes hommes font partie d’une sous-caste en pleine expansion, qui fait en permanence l’aller-retour entre la prison et l’extérieur.

On pourrait s’étonner que la délinquance liée à la drogue fût en déclin quand la guerre fut déclarée. Mais une mise en perspective historique suffit à démontrer que l’absence de corrélation entre crime15 et châtiment n’est pas une nouveauté. Les sociologues ont souvent fait observer que les gouvernements utilisent le châtiment avant tout comme un instrument de contrôle social, et de ce fait que la sévérité ou la longueur des peines est souvent sans lien avec les caractéristiques de la délinquance. Dans Thinking About Crime, Michael Tonry explique que « les gouvernements décident du degré de répression qu’ils veulent, et ces décisions ne sont aucunement liées de façon directe aux taux de criminalité16 ». Bien que le taux de criminalité aux États-Unis n’ait jamais été plus significativement élevé que celui d’autres pays occidentaux, le taux d’incarcération s’y est envolé alors qu’il est demeuré stable ou a baissé dans d’autres pays. Entre 1960 et 1990 par exemple, les taux de criminalité officiels en Finlande, en Allemagne et aux États-Unis étaient presque identiques. Pourtant, alors que le taux d’incarcération de ces derniers quadrupla, celui de la Finlande chuta de 60 % et celui de l’Allemagne resta stable durant cette période17.

Aujourd’hui, après une récente baisse, les taux de criminalité des États-Unis sont passés en dessous de la moyenne internationale. Pourtant, ce pays affiche fièrement un taux d’incarcération six à dix fois supérieur à celui des autres pays industrialisés18, et cette hausse est directement imputable à la guerre contre la drogue.

La dure réalité est que, pour des raisons presque sans rapport avec les véritables caractéristiques de la criminalité, le système judiciaire américain est devenu un système de contrôle social unique dans l’histoire mondiale. L’ampleur de ce système pourrait faire croire qu’il touche la plupart des Américains, mais ses cibles principales sont essentiellement définies sur une base raciale. Le phénomène est d’autant plus étonnant si l’on songe qu’au milieu des années 1970, les plus éminents criminologues prédisaient la fin du système carcéral. De nombreux experts concluaient alors que la prison n’avait aucun effet dissuasif sur la délinquance. Ils constataient que les personnes ayant des opportunités économiques et sociales étaient peu susceptibles de commettre des délits, tandis que celles qui étaient emprisonnées étaient plus susceptibles d’en commettre de nouveau. La meilleure illustration de ce consensus parmi les experts fut la recommandation que la National Advisory Commission on Criminal Justice Standards and Goals fit en 1973 : « Aucun nouvel établissement pour adultes ne doit être construit et les établissements pour mineurs existants devraient être fermés19. » Cette recommandation découlait de ce constat : « Tout ce à quoi la prison et les maisons de correction sont parvenues, c’est à un échec flagrant. Il existe des preuves accablantes que ces institutions créent de la criminalité plutôt qu’elles ne la préviennent20. »

De nos jours, on trouve souvent loufoques les activistes qui en appellent à un « monde sans prisons ». Il y a quelques décennies, cependant, l’idée que notre société serait meilleure sans prisons, et que la fin des prisons était plus ou moins inévitable, était dominante dans le champ de la criminologie et inspira même une campagne nationale demandant un moratoire sur la construction de prisons. D’après Marc Mauer, le directeur du Sentencing Project, le plus remarquable, rétrospectivement, dans cette campagne pour le moratoire, est le panorama pénitentiaire de l’époque. En 1972, moins de 350 000 personnes étaient incarcérées contre plus de 2 millions aujourd’hui. Le taux d’incarcération était si bas qu’il semblait impossible, pour les partisans du moratoire, que le taux d’incarcération atteigne des niveaux très élevés. « Les partisans du moratoire, avance Mauer, peuvent être excusés d’avoir été si naïfs car l’expansion de la prison qui allait se produire était sans précédent dans l’histoire de l’humanité21. »

Les prisons ne sont pas prêtes de disparaître. Et malgré des taux d’incarcération sans précédent dans la communauté africaine-américaine, le monde des droits civiques demeure étrangement silencieux. Si les choses continuent ainsi, un jeune Africain-Américain sur trois fera de la prison, et dans certains villes plus de la moitié des jeunes adultes noirs se trouveront sous main de la justice – en prison, en conditionnelle ou en mise à l’épreuve22. Et pourtant, l’incarcération de masse tend à être vue comme une question judiciaire et non comme une question de justice raciale.

L’attention des militants des droits civiques s’est largement focalisée sur d’autres questions, comme la discrimination positive. Le combat pour maintenir ce type de dispositifs dans l’éducation supérieure, et ainsi préserver la diversité dans les universités les plus élitistes du pays, a épuisé l’essentiel des ressources et a dominé le discours sur la justice raciale dans les médias.

Mon expérience personnelle illustre cette évolution. Quand j’ai rejoint l’ACLU, personne n’imaginait que le Racial Justice Project allait se focaliser sur la réforme du système judiciaire. Tout le monde pensait que ce projet consacrerait ses efforts à la défense de la discrimination positive. Peu après avoir quitté l’ACLU, j’ai rejoint le comité directeur du Lawyer’s Committee for Civil Rights de la Bay Area de San Francisco. Cette organisation avait parmi ses priorités essentielles la défense de la justice raciale mais accordait peu d’intérêt à la réforme du système judiciaire.

En janvier 2008, la Leadership Conference on Civil Rights, une organisation composée des dirigeants de plus de 180 organisations des droits civiques, envoya une lettre à ses alliés et à ses soutiens pour les informer d’une vaste initiative visant à établir un historique des votes des membres du Congrès. Il s’agissait de montrer « ce que chaque représentant et sénateur avait voté à propos des questions majeures liées aux droits civiques en 2007, notamment le droit de vote, la discrimination positive, l’immigration, les investitures, l’éducation, les crimes racistes, l’emploi, la santé, le logement et la pauvreté ». La réforme du système judiciaire ne faisait pas partie de cette liste. En octobre 2007, cette même coalition organisa une grande conférence intitulée « Pourquoi nous ne pouvons pas attendre : s’opposer aux reculs dans le domaine des droits civiques ». Cette conférence incluait des groupes de discussion sur la déségrégation des écoles, la discrimination à l’embauche et à l’attribution de logements sociaux, la justice économique, la justice environnementale, les droits des personnes handicapées, l’âgisme et les droits des immigrés. Une fois encore, pas un seul de ces groupes n’était consacré à la réforme du système judiciaire.

Le pouvoir des élus de la communauté africaine-américaine est bien plus décisif que celui des groupes des droits civiques mais eux aussi ignorent le système judiciaire. En janvier 2009 par exemple, le Congressional Black Caucus demanda à des centaines de dirigeants de communautés et d’organisations de leur fournir des informations générales sur leur activité et sur leurs priorités. Il en résulta une liste de plus de 35 sujets dans laquelle la refonte du système judiciaire était absente.

Malgré tout, un travail considérable de réforme du système judiciaire a été entamé. Les militants des droits civiques ont vigoureusement remis en cause certains aspects spécifiques du nouveau système de castes. Un exemple notable est la contestation menée par le Legal Defense Fund de la NAACP contre une opération antidrogue menée à Tulia dans le Texas. En 1999, cette descente de police aboutit à l’incarcération de près de 15 % de la population noire de la ville. Il s’avéra que l’opération était un coup monté, reposant sur le faux témoignage d’un informateur recruté par le shérif de Tulia. Plus récemment, des groupes des droits civiques ont lancé des actions en justice et des campagnes de terrain contre les lois de privation des droits pour les personnes condamnées et se sont vivement opposés aux politiques de « tolérance zéro » liées au crack. De son côté, l’ACLU a développé un programme de justice raciale axé sur le système judiciaire et a lancé un prometteur Drug Law Reform Project. Grâce au militantisme agressif de l’ACLU, de la NAACP et d’autres organisations, le profilage racial est désormais largement condamné, même par des membres de la police qui auparavant le pratiquaient ouvertement.

Malgré ces changements notables, l’ampleur démesurée de la crise ne semble pas être appréciée à sa juste mesure. Aucun mouvement doté d’une base large ne tente de mettre un terme à l’incarcération de masse et aucun effort comparable à ceux employés en faveur de la discrimination positive n’est déployé contre cette incarcération. Au sein de la communauté des droits civiques subsiste encore une tendance à considérer que le système judiciaire n’est qu’une institution de plus infectée par les survivances des préjugés raciaux. En mai 2008 par exemple, sur le site Internet de la NAACP, on pouvait lire que « malgré les victoires passées dans le domaine des droits civiques, les préjugés raciaux imprègnent encore le système judiciaire ». Les visiteurs du site étaient incités à rejoindre la NAACP afin de « protéger les droits civiques durement acquis au cours des trente dernières années ». En visitant ce site, personne ne pouvait apprendre que l’incarcération de masse des Africains-Américains avait déjà mis en pièces la plupart de ces acquis durement gagnés.

Imaginez un instant que dans les années 1940, les organisations des droits civiques et les leaders africains-américains n’aient pas placé le régime ségrégationniste Jim Crow au premier rang de leur programme pour la justice raciale. Cela aurait semblé absurde tant la ségrégation raciale était le moteur du contrôle social racialisé à cette époque. Ce livre avance que l’incarcération de masse est le nouveau Jim Crow et que tous ceux qui se soucient de justice sociale devraient s’engager pleinement dans le démantèlement de ce nouveau système de castes raciales. L’incarcération de masse – et non les attaques contre la discrimination positive ou les problèmes d’application des lois sur les droits civiques – est la manifestation la plus néfaste de la réaction contre le mouvement des droits civiques. Le récit très répandu qui insiste sur la fin de l’esclavage ou de Jim Crow et célèbre le « triomphe sur la race » de la nation avec l’élection de Barack Obama est dangereusement trompeur. Le consensus autour de l’indifférence à la couleur de peau, c’est-à-dire la croyance selon laquelle la race n’a désormais plus d’importance, nous a aveuglés face aux réalités raciales de notre société et a facilité l’émergence d’un nouveau système de castes.

Ma façon de voir le système judiciaire a sans aucun doute beaucoup changé depuis le jour où je suis passé devant cette affiche orange vif agrafée à un poteau téléphonique. Pour moi, le nouveau système de castes est désormais aussi évident que le reflet de mon visage dans un miroir. À l’instar d’une illusion d’optique, dans laquelle l’image incrustée est impossible à voir tant que ses contours n’ont pas été repérés, le nouveau système de castes se tapit, invisible, dans le labyrinthe des rationalisations que nous avons développé pour expliquer la persistance des inégalités raciales. Il est possible, et même plutôt facile, de ne jamais voir cette réalité incrustée. Ce n’est qu’après des années passées à travailler sur la réforme du système judiciaire que ma perspective a finalement changé, et que l’inflexible système de castes m’est lentement apparu. Jusqu’à devenir évident. Il me semble curieux, désormais, de n’avoir pas réussi à le voir avant.

Connaissant la difficulté à voir ce que la plupart des gens s’acharnent à nier, je m’attends à ce que ce livre soit accueilli avec scepticisme, dans le meilleur des cas. Certains trouveront que la caractérisation de l’incarcération de masse comme un « système de castes raciales » est exagérée, voire hyperbolique. Oui, nous avons sans doute des « classes » aux États-Unis, vaguement divisées en classes supérieures, moyennes, inférieures, et nous avons peut-être même une « sous-classe » (« underclass ») (un groupe tellement exclu de la société dominante qu’il est hors de portée du mythique ascenseur social), mais, diront-ils, nous n’avons rien dans ce pays qui ressemble à une « caste ».

L’objectif de ce livre n’est pas de s’aventurer dans les vifs débats qui agitent depuis longtemps la littérature universitaire à propos de ce mot. Dans ce livre, j’utilise le terme de caste raciale de la façon dont il est communément utilisé pour désigner un groupe racial stigmatisé confiné dans une position inférieure par les lois et les coutumes. Jim Crow et l’esclavage étaient des systèmes de castes. Tout comme l’actuel système d’incarcération de masse.

Afin de comprendre la nature fondamentale de ce nouveau système de castes, il peut être utile de considérer le système judiciaire non pas comme un système indépendant mais plutôt comme une passerelle dans un système plus large de stigmatisation raciale et de marginalisation permanente. Ce système, que l’on appellera ici l’incarcération de masse, n’enferme pas uniquement des personnes derrière les barreaux de véritables prisons, mais également derrière des barreaux et des murs virtuels. Le terme d’incarcération de masse ne renvoie pas uniquement au système judiciaire mais également au réseau plus large de lois, de règlements, de politiques et de coutumes qui contrôle ceux qui sont étiquetés criminels, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des prisons. Une fois libérés, les ex-détenus pénètrent dans un monde occulte de discrimination légale et d’exclusion sociale permanente. Ils sont membres de la nouvelle sous-caste de l’Amérique.

Le mot de caste pourra sembler étrange ou inhabituel à certains. Les discussions publiques sur les castes raciales en Amérique sont relativement rares. Nous évitons de parler de castes dans notre société car nous avons honte de notre histoire raciale. Nous évitons également de parler de race. Nous évitons même de parler de classe. La réticence à discuter de la classe tient en partie à la tendance à imaginer que l’appartenance de classe reflète le caractère d’une personne. Un des éléments centraux de la façon dont l’Amérique appréhende la classe est la croyance, constamment infirmée, que n’importe qui, avec suffisamment de discipline et de volonté, peut s’élever des classes inférieures à une classe supérieure. Nous reconnaissons que la mobilité sociale peut être difficile, mais l’élément central de notre propre représentation collective est l’idée que l’ascension sociale est toujours possible, et ainsi que l’échec de quelqu’un à s’élever reflète son caractère. Par extension, l’échec d’un groupe racial à s’élever façonne très négativement l’image du groupe tout entier.

Ce qui est oublié dans les rares débats publics consacrés aujourd’hui à la détresse des Africains-Américains est le fait qu’un grand pourcentage d’entre eux ne sont pas libres de s’« élever ». Non seulement ils manquent d’opportunités, fréquentent des écoles misérables et sont frappés par la pauvreté. Mais les lois, et les institutions auxquelles ils ont affaire, leur interdisent encore cette ascension. Pour dire les choses clairement : le système de contrôle actuel confine un large pourcentage de la communauté africaine-américaine en dehors de la société et de l’économie dominantes. Le système opère à travers les institutions judiciaires mais il fonctionne plus comme un système de castes que comme un système de contrôle de la criminalité. Dans cette perspective, ladite « sous-classe » doit plutôt être définie comme une sous-caste : une caste inférieure d’individus que la loi et les coutumes excluent de façon permanente de la société dominante. Bien que ce nouveau système de contrôle social racialisé prétende être indifférent à la couleur de peau, il crée et maintient la hiérarchie raciale comme le faisaient les systèmes de contrôle antérieurs.

Cette idée peut étonner au vu de l’élection de Barack Obama. Et beaucoup se demanderont comment une nation qui vient d’élire son premier président noir pourrait avoir un système de castes raciales. C’est une question légitime. Mais comme nous l’expliquons dans le chapitre 6, à l’ère de l’indifférence à la couleur de peau, il n’y a pas la moindre contradiction entre l’élection de Barack Obama et l’existence d’un système de castes raciales. Le système de contrôle actuel dépend des exceptions noires ; ces dernières ne le disqualifient ou ne le sapent pas. D’autres se demanderont comment un système de castes raciales peut exister alors que la plupart des Américains, de toutes les couleurs, s’opposent à la discrimination raciale et font leur l’indifférence à la couleur de peau. Comme nous le verrons dans les pages qui suivent, les systèmes de castes raciales ne requièrent pas d’hostilité raciale ou de haine explicite pour prospérer. Ils ont seulement besoin d’indifférence raciale, comme Martin Luther King Jr. le signalait il y a plus de quarante-cinq ans.

Les décisions prises récemment par certains États, notamment celui de New York, d’abroger ou d’amoindrir les lois sur les peines plancher pour les délits liés à la drogue ont conduit certains à croire que le système de contrôle racial décrit dans ce livre est en voie de disparition. À mon sens, une telle conclusion est une sérieuse erreur. La plupart des États qui sont revenus sur leurs sévères politiques pénales ne l’ont pas fait par souci des vies et des familles détruites par ces lois ou de la dimension raciale de la guerre contre la drogue, mais dans le but de réduire leur budget. En d’autres termes, l’idéologie raciale qui a donné naissance à ces lois demeure largement intacte. Un changement de conjoncture économique ou une hausse des taux de criminalité pourraient facilement se traduire par un revers de fortune pour ceux qui commettent des délits liés à la drogue, en particulier s’ils sont perçus comme étant noirs ou latinos. Ce qu’il est également important de comprendre est qu’une simple réduction de la longueur des peines ne perturbe pas l’architecture fondamentale du nouveau Jim Crow. Aussi longtemps qu’un grand nombre d’Africains-Américains continueront à être arrêtés et étiquetés comme drug criminals, ils continueront à être relégués à un statut de seconde classe permanent après leur libération, indépendamment du temps passé derrière les barreaux. Le système d’incarcération de masse est fondé sur la marque de la prison, pas sur le temps passé en prison.

Le scepticisme face à ces affirmations est justifié. Il existe sans aucun doute d’importantes différences entre l’incarcération de masse, Jim Crow et l’esclavage. L’incapacité à reconnaître des différences significatives, ainsi que leurs implications, desservirait le discours de justice raciale. Cependant, beaucoup de ces différences ne sont pas aussi prononcées qu’elles peuvent le paraître à première vue ; d’autres permettent d’illustrer les modalités à travers lesquelles les systèmes de contrôle racialisé sont parvenus à se transformer, à évoluer et à s’adapter aux changements de contexte politique, social, législatif à travers le temps. En fin de compte, je pense que les similarités entre ces systèmes de contrôle surpassent leurs différences et que l’incarcération de masse, comme ses prédécesseurs, a été largement immunisée contre sa contestation juridique. Si l’on admet la validité de cet argument, les implications sont profondes pour le militantisme et la justice raciale.

Avec le recul nous pouvons affirmer qu’une politique fondée uniquement sur des réformes parcellaires et des actions en justice aurait été une méthode futile pour démanteler le régime de ségrégation Jim Crow. Ces stratégies avaient certainement leur place, mais le Civil Rights Act de 1964 et le tournant culturel concomitant n’auraient jamais pu se produire sans la maturation d’une conscience politique critique au sein de la communauté africaine-américaine et sans l’activisme stratégique et étendu qui en découla. De même, l’idée que le nouveau Jim Crow pourrait être démanteler en ayant recours aux traditionnelles stratégies juridiques et réformistes déconnectées d’un mouvement social majeur est profondément erronée.

Cependant, un tel mouvement est impossible si les plus engagés dans l’abolition de la hiérarchie raciale continuent à parler et agir comme si un système de castes raciales appuyé par l’État n’existait plus. Si nous continuons à nous bercer avec les mythes répandus sur le progrès racial, ou pire encore, si nous nous disons que le problème de l’incarcération de masse est trop grand, trop intimidant pour que nous puissions y faire quelque chose et que nous devrions plutôt consacrer notre énergie à des batailles plus faciles à gagner, l’histoire nous jugera sévèrement. Un cauchemar pour les droits humains est en train de se produire sous nos yeux.

Si nous espérons un jour abolir le nouveau Jim Crow, un nouveau consensus social doit être forgé au sujet de la race et de son rôle dans la définition des structures fondamentales de notre société. Ce nouveau consensus doit commencer par un dialogue, une discussion qui nourrisse une conscience critique, un préalable crucial à toute véritable transformation sociale. Ce livre tente de s’assurer que cette discussion ne se finira pas sur un rire nerveux.

Il est impossible d’écrire un livre relativement court qui explorerait tous les aspects du phénomène de l’incarcération de masse et ses implications pour la justice raciale. Ce livre ne s’y est pas essayé. Il dresse un tableau à grands traits, et de ce fait beaucoup de questions importantes n’ont pas reçu l’attention qu’elles méritent. Par exemple, on trouvera peu de choses sur l’expérience particulière des femmes, des Latinos et des immigrés dans le système judiciaire, et ce bien que ces groupes soient particulièrement exposés aux pires abus et à des souffrances qui sont importantes et spécifiques. Ce livre se focalise sur l’expérience des hommes africains-américains dans le nouveau système de castes. J’espère que d’autres universitaires et militants reprendront le livre là où il s’arrête et développeront une critique plus approfondie ou appliqueront les thématiques esquissées ici à d’autres groupes et d’autres contextes.

L’objectif de ce livre, son seul objectif, est d’ouvrir une discussion indispensable sur le rôle du système judiciaire dans la création et la perpétuation d’une hiérarchie raciale aux États-Unis. Le destin de millions de personnes, en réalité le destin de la communauté noire elle-même, dépendra de la disposition de ceux qui se soucient de justice raciale à réexaminer leurs présupposés sur le rôle du système judiciaire. Le fait que dans de nombreuses grandes villes américaines, plus de la moitié des jeunes hommes noirs soient actuellement sous le contrôle du système judiciaire ou traînent un casier judiciaire, n’est pas, comme beaucoup l’avancent, un simple symptôme de la pauvreté ou de mauvais choix, mais plutôt la preuve qu’un nouveau système de castes raciales est à l’œuvre.

Le chapitre 1 revient brièvement sur l’histoire du contrôle social racialisé aux États-Unis, en répondant à cette question essentielle : comment en sommes-nous arrivés là ? Ce chapitre décrit le contrôle des Africains-Américains à travers des systèmes de castes raciales, comme l’esclavage et Jim Crow, qui à chaque fois semblent s’éteindre mais renaissent aussitôt sous une nouvelle forme, adaptée aux besoins et aux contraintes de l’époque. Comme nous le verrons, une certaine structure caractérise la naissance et la mort des castes raciales en Amérique. À chaque fois, les plus fervents partisans de la hiérarchie raciale ont réussi à créer de nouveaux systèmes de castes en déclenchant l’effondrement des résistances dans l’ensemble de l’éventail politique. Ce tour de force est accompli en grande partie en en appelant au racisme et la vulnérabilité des Blancs des classes inférieures, un groupe désireux de s’assurer qu’il ne se trouvera jamais piégé en bas du totem américain. Ce modèle qui remonte à l’époque de l’esclavage, a encore donné naissance à un nouveau système de castes raciales aux États-Unis : l’incarcération de masse.

Le chapitre 2 décrit de façon relativement détaillée la structure de l’incarcération de masse, en évoquant plus particulièrement la guerre contre la drogue. Dans cette guerre, peu de règles juridiques restreignent l’activité de la police, et d’énormes incitations financières ont été accordées aux forces de l’ordre pour procéder à des arrestations massives en adoptant des tactiques militarisées. Une fois aspiré par le système, les chances d’être véritablement libre un jour sont minces, presque inexistantes la plupart du temps. Les accusés sont habituellement privés d’une véritable représentation juridique, poussés à opter pour le plaider-coupable face à la menace de longues peines de prison puis placés sous contrôle, en prison, en mise à l’épreuve ou en conditionnelle. Après leur libération, les ex-détenus sont discriminés, en toute légalité, pour le restant de leur vie et la plupart finissent par retourner en prison. Ce sont les membres de la nouvelle sous-caste américaine.

Le chapitre 3 s’intéresse au rôle de la race dans le système judiciaire américain. Il décrit une folie méthodique permettant qu’un système judiciaire en théorie racialement neutre parvienne à arrêter et incarcérer un nombre extraordinaire d’hommes noirs et latinos, alors qu’ils ne sont pas plus susceptibles de se rendre coupables de délits liés à la drogue, et de nombreux autres types délits, que les Blancs. Ce chapitre tord le cou à l’idée que le taux d’incarcération des hommes noirs peut être expliqué par les taux de criminalité et pointe du doigt les profondes disparités raciales existant à chaque étape du processus judiciaire, de l’interpellation initiale, la fouille et l’arrestation au plaider-coupable et la condamnation. En résumé, ce chapitre explique comment les règles juridiques qui structurent le système garantissent des résultats discriminatoires.

Le chapitre 4 se penche sur la façon dont le système de castes opère une fois que les gens sortent de prison. À bien des égards, la libération ne constitue pas le début de la liberté mais plutôt une nouvelle phase cruelle de stigmatisation et de contrôle. Une multitude de lois, de dispositions et de règlements discriminent les personnes condamnées et empêchent efficacement une véritable réinsertion dans l’économie et la société dominantes. Je soutiens que la honte et la stigmatisation attachées à la « marque de la prison » sont, à bien des égards, plus néfastes pour la communauté africaine-américaine que la honte et la stigmatisation que produisait Jim Crow. La criminalisation et la diabolisation des hommes noirs a tourné la communauté noire contre elle-même, détruisant les liens communautaires et familiaux, décimant les réseaux d’entraide et intensifiant la honte et la haine de soi dont fait l’expérience l’actuelle caste de parias.

Les nombreux parallèles entre l’incarcération de masse et Jim Crow sont explorés dans le chapitre 5. Le plus évident d’entre eux est la discrimination légalisée. Tout comme Jim Crow, l’incarcération de masse marginalise de larges segments de la communauté africaine-américaine, les ségréguant physiquement (dans les prisons et les ghettos) avant d’autoriser la discrimination à leur encontre, dans les domaines du droit de vote, de l’emploi, du logement, de l’éducation, des prestations sociales et des jurys. L’appareil judiciaire fédéral a efficacement immunisé le système actuel contre sa contestation sur la base de l’invocation de biais raciaux, tout comme les systèmes de contrôle précédents étaient protégés et soutenus par la Cour suprême. Pourtant, les parallèles ne s’arrêtent pas là. Comme Jim Crow, l’incarcération de masse contribue à définir le sens et l’importance de la race en Amérique. En effet, le stigmate de la criminalité fonctionne en grande partie comme le stigmate racial. Il trace une frontière légale, sociale et économique entre « eux » et « nous ». Le chapitre 5 explore également certaines différences entre l’esclavage, Jim Crow et l’incarcération de masse : tandis que cette dernière est conçue pour entasser une population considérée comme superflue, non nécessaire au fonctionnement de la nouvelle économie globale, les systèmes de contrôle antérieurs étaient destinés à exploiter et contrôler la force de travail noire. En outre, ce chapitre évoque l’expérience des Blancs dans ce nouveau système de castes ; bien qu’ils ne soient pas les cibles principales de la guerre contre la drogue, ils en ont également été victimes. Enfin, ce chapitre répond aux sceptiques pour qui l’incarcération de masse ne peut être considérée comme un système de castes raciales car beaucoup de politiques de « tolérance zéro » sont soutenues par des Africains-Américains. Ces affirmations, comme je le souligne, ne sont pas plus convaincantes que les arguments avancés, par des Blancs et des Noirs, il y a une centaine d’années, selon lesquels la ségrégation raciale reflétait simplement la « réalité » et non une quelconque animosité raciale ; arguments selon lesquels, pour leur bien les Africains-Américains ne devaient pas contester le système Jim Crow mais chercher à s’améliorer en son sein. Tout au long de notre histoire, il y a eu des Africains-Américains qui, pour des raisons diverses, ont défendu ou se sont rendus complices du système de contrôle en vigueur.

Le chapitre 6 réfléchit sur ce que la reconnaissance de l’existence du nouveau Jim Crow implique pour le militantisme pour les droits civiques. Je soutiens qu’à l’exception d’un large mouvement social, rien ne parviendra à démanteler le nouveau système de castes. Des réformes significatives pourraient être obtenues sans un tel mouvement, mais tant que le consensus public soutenant le système actuel n’aura pas été bouleversé, sa structure fondamentale demeurera intacte. Pourtant, construire un large mouvement social ne suffit pas. Il ne suffit pas de persuader l’électorat que nous avons eu excessivement recours à l’incarcération ou que la consommation de drogue est un problème de santé publique et pas un délit. Si le mouvement de contestation échoue à affronter ouvertement le rôle crucial de la race dans la structure fondamentale de notre société, et s’il échoue à forger une éthique du souci de l’autre, de compassion et d’attention à tout être humain, quelle que soit sa classe, sa race, sa nationalité, donc en incluant les Blancs pauvres souvent dressés contre les pauvres de couleur, alors la fin de l’incarcération de masse ne signifiera pas la mort des castes raciales en Amérique. Inévitablement, un nouveau système de contrôle social racialisé émergera. Aucune tâche n’est plus urgente pour les militants de la justice raciale que de s’assurer que l’actuel système de castes raciales soit le dernier.

1. Chapitre traduit par le collectif Angles Morts.

2. Jarvious Cotton était plaignant dans l’affaire Cotton vs Fordice (157 F 3d 388, 1998), dans laquelle il fut estimé que les dispositions de l’État du Mississippi quant à la privation des droits civiques pour les criminels avaient perdu leur caractère discriminatoire sur le plan racial. Les informations sur l’arbre généalogique de la famille Cotton ont été obtenues par Emily Bolton, le 29 mars 1999, lors d’un entretien réalisé avec Cotton à la prison d’État du Mississippi. Jarvious Cotton fut libéré en conditionnelle, dans un État, le Mississippi, qui refuse le droit de vote aux personnes en conditionnelle.

3. C’est dans un article du New York Times publié fin 1985 que l’on trouve la première référence spécifique au crack dans un média d’envergure nationale. Le crack fit son apparition dans quelques quartiers pauvres de Los Angeles, New York et Miami début 1986. Voir Craig Reinarman, Harry Levine, « The crack attack : America’s latest drug scare, 1986-1992 », dans Images of Issues : Typifying Contemporary Social Problems, New York, Aldine De Gruyter, 1995, p. 152.

4. La décision de l’administration Reagan de donner de la visibilité à des « histoires d’horreur » liées au crack est évoquée plus longuement dans le chapitre 1.

5. Clarence Page, « The Plan : a paranoid view of black problems », Dover Herald, 23 février 1990. Voir également Manning Marable, Race, Reform, and Rebellion : The Second Reconstruction in Black America, 1945-1990, Jackson, University Press of Mississippi, 1991, p. 212-213.

6. Voir Alexander Cockburn, Jeffrey St. Clair, Whiteout : The CIA, Drugs, and The Press, New York, Verso, 1999. Voir également Nick Shou, « The truth in “Dark Alliance” », Los Angeles Times, 18 août 2006 ; Peter Kornbluh, « CIA’s challenge in South Central », Los Angeles Times, 15 novembre 1996 ; et Alexander Cockburn, « Why they hated Gary Webb », The Nation, 16 décembre 2004.

7. Katherine Beckett, Theodore Sasson, The Politics of Injustice : Crime and Punishment in America, Thousand Oaks, Sage Publications, 2004, p. 163.

8. Marc Mauer, Race to Incarcerate, New York, The New Press, 2006, p. 33.

9. PEW Center on the States, One in 100 : Behind Bars in America 2008, Washington, PEW Charitable Trusts, 2008, p. 5.

10. Donald Braman, Doing Time on the Outside : Incarceration and Family Life in Urban America, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2004, p. 3, qui cite des données des services pénitentiaires de Washington pour l’année 2000.

11. Voir par exemple US Department of Health and Human Services, Substance Abuse and Mental Health Services Administration, Summary of Findings from the 2000 National Household Survey on Drug Abuse, 2001, qui rapporte qu’en 2000, 6,4 % des Blancs, 6,4 % des Noirs et 5,3 % des Latinos étaient usagers de drogues. Voir également Results from the 2002 National Survey on Drug Use and Health : National Findings, 2003, qui révèle des chiffres quasiment identiques de consommation de drogues chez les Noirs et les Blancs, à 1 % près. Results from the 2007 National Survey on Drug Use and Health : National Findings, 2008, aboutit pour l’essentiel aux mêmes conclusions. Voir également Marc Mauer, Ryan S. King, A 25-Year Quagmire : The « War on Drugs » and Its Impact on American Society, Washington, Sentencing Project, 2007, p. 19, qui citent une étude suggérant que les Africains-Américains ont des taux de consommation de drogue légèrement plus hauts que ceux des Blancs.

12. Voir Howard N. Snyder, Melissa Sickman, Juvenile Offenders and Victims : 2006 National Report, Washington, US Department of Justice, 2006, qui rapportent que les jeunes Blancs sont plus susceptibles de dealer de la drogue que les jeunes Noirs. Voir également Lloyd D. Johnson, Patrick O’Malley, Jerald G. Bachman, John E. Schulenberg, Monitoring the Future : National Survey Results on Drug Use, 1975-2006, vol. 1, Secondary School Students, 2007, p. 32, qui écrivent : « Les lycéens africains-américains de dernière année montrent invariablement les mêmes taux d’usage que leurs homologues blancs pour la plupart des drogues, à la fois licites et illicites. » Voir également Lloyd D. Johnson, Patrick O’Malley, Jerald G. Bachman, Monitoring the Future : National Results on Adolescent Drug Use : Overview of Key Findings 2002, 2003, qui livrent des données montrant que les adolescents africains-américains présentent des taux d’usage de drogues légèrement inférieurs à ceux de leurs homologues blancs.

13. Human Rights Watch, Punishment and Prejudice : Racial Disparities in the War on Drugs, HRW Reports, vol. 12, n° 2, 2000.

14. Voir par exemple Paul Street, The Vicious Circle : Race, Prison, Jobs, and Community in Chicago, Illinois, and the Nation, Chicago, Chicago Urban League, Department of Research and Planning, 2002.

15. NdE : Le système judiciaire américain ne repose pas sur la distinction française entre délits et crimes. De ce fait, l’usage récurrent dans ce livre de « crime » et de « criminel » ne reflète pas la « gravité » ou la qualification pénale du fait en question mais constitue une option de traduction afin de ne pas calquer des catégories juridiques ou des distinctions qui ne sont pas celles du système judiciaire américain.

16. Michael Tonry, Thinking About Crime : Sense and Sensibility in American Penal Culture, New York, Oxford University Press, 2004, p. 14.

17. Ibid.

18. Ibid., p. 20.

19. National Advisory Commission on Criminal Justice Standards and Goals, Task Force Report on Corrections, Washington, Government Printing Office, 1973, p. 358.

20. Ibid., p. 597.

21. Race to incarcerate, op. cit., p. 17-18.

22. Cette estimation indiquant qu’un homme noir sur trois ira en prison au cours de sa vie est tirée de Thomas P. Boncszar, « Prevalence of imprisonment in the US population, 1974-2001 », US Department of Justice, Bureau of Justice Statistics, août 2003. À Baltimore, comme dans de nombreuses grandes villes, la majorité des jeunes Africains-Américains se trouvent actuellement sous main de justice. Voir Eric Lotke, Jason Ziedenberg, « Tipping point : Maryland’s overuse of incarceration and the impact on community safety », Justice Policy Institute, mars 2005, p. 3.

Bruxelles: ouverture d’un nouveau centre social anarchiste

2017-03_Bruxelles_squatruegodecharles-a Ce 21 mars 2017, en cette fin de pseudo-trêve hivernale, a eu lieu pour la deuxième année consécutive la manifestation «Un logement pour toutes et tous» à Bruxelles. Cette manifestation autonome s’est déroulée dans une atmosphère conviviale et déterminée, sans être perturbée par la police. Tout au long du trajet, les murs tristes de la ville se sont vus recouvrir de messages en couleurs dénonçant l’austérité et la répression. Tandis que dans les rues résonnaient des chants et des slogans contre la loi anti-squat, pour la liberté de squatter, d’être et de circuler, au rythme d’une batoukada effrénnée. Au bout de deux heures de marche, la masse a pris d’assaut la rue Godecharle, tandis qu’aux fenêtres d’un bâtiment se laissait échapper une fumée colorée et qu’une banderole au message «C’est vide donc j’occupe. Non à la loi anti-squat. Leek, dus ik kraak» s’est vue déployée. Après un moment de frénésie collective, le collectif PiratonsBxl invita la manifestation à les rejoindre à l’intérieur de cette nouvelle occupation, bâtiment qui comme des dizaines de milliers d’autres était laissé à l’abandon. Les nouveaux.elles résistant.e.s se retrouvèrent autour d’un chaleureux repas et d’un petit concert humoristique de George Le Pigeon – le squatteur énervé. Ensuite, une assemblée horizontale prit place pour discuter collectivement de ce qu’adviendrait du lieu. Beaucoup d’énergie et de motivation étaient présentes, les idées, projets et propositions fusaient de toutes parts. Très vite l’envie collective semblait s’orienter vers la création d’un centre social. Au fur et à mesure de la discussion cette envie devenait de plus en plus concrète, jusqu’à finir par être actée. Tout le monde s’organisait alors pour essayer de mettre en place une logistique d’occupation, de résistance et de survie pour l’organisation des prochains jours.

Dès le lendemain, une nouvelle assemblée plus décisionnelle et organisationnelle s’est tenue en soirée. Les occupant.e.s semblaient être une nouvelle fois sur la même longueur d’onde dans les grandes lignes et les premiers groupes de travail ont commencé à se former : un nouveau centre social anarchiste a vu le jour à Bruxelles !

Parmi toutes les idées et envies partagées, certaines activités sont programmées, d’autres sont encore en cours de construction.

Voici les prochaines activités programmées au CSA:

– Dimanche 26 mars, 15h : Café Vie Privée à propos de la surveillance, des luttes et de l’anonymat.
– Lundi 27 mars, 19h : Soirée jeux de rôles et de société. (Amenez vos jeux ! )
– Mercredi 29 mars, 14h : Atelier d’initiation au cirque
– Mercredi 29 mars, 18h : Table d’hôte
– Mercredi 29 mars, 19h : Boxe Antifa
– Vendredi 31 mars, 19h : Coiffure

Dans ce qui est dans les projets en cours de formation et qui demandent de l’aide et du soutien :

– Garderie pour enfants
– Ecole de devoirs
– Atelier de soudure
– Radio Pirate avec la Coordination des Sans-Papiers et le soutien de Radio Paniek
– Journal du Centre Social Anarchiste
– Activités en lien avec les personnes sans-papiers
– Salle informatique
– Cryptoparty
– Création d’une bibliothèque et d’un infokiosque
– Ecrivain public : aider personnes avec et sans-papiers, éprouvant des difficultés dans l’administration.
– Création d’un atelier d’art
– Création d’un atelier d’une permanence construction
– Et d’autres à venir !!!

Continuez de vous informer en venant sur place ou en nous contactant ! N’hésitez pas également si vous avez du soutien logistique à nous apporter, des choses à nous donner.

Centre social anarchiste / 21-23 rue Godecharle / Ixelles / Belgique / occuponsbxl@@@riseup.net

Bientôt, des outils de communication propres au centre social seront à disposition (adresse mail, blog, …).

[Publié le 24 mars 2017 sur Piratons BXL.]

Parution du numéro un de Nunatak (hiver/printemps 2017)

Sommaire

- Une sensation d'étouffement
- Aux frontières de l'Iran et de l'Irak
- Pâturages et uniformes
- La Banda Baudissard
- À ceux qui ne sont responsables de rien
- Des plantes dans l'illégalité
- Conga no va !
- Mundatur culpa labore

Cette revue se veut un support pour développer et partager nos critiques, du point de vue des régions montagneuses que nous habitons. Nous désirons aussi chercher des moyens de concrétiser notre opposition au monde tel qu'il se présente à nous, dévier du sentier balisé des flux de la marchandise et de l'autorité, nous attaquer à ce qui nous sépare les uns des autres, nous plonger dans les histoires que racontent les ruisseaux, les êtres, les arbres ou les rochers...

Le prochain numéro de Nunatak est prévu pour la fin de l'été. Si vous êtes intéressés pour participer à la revue, vous pouvez vous mettre en contact avec la rédaction par courrier ou par mail via les adresses ci-dessous. N'hésitez pas à nous transmettre vos propositions de textes ou d'illustrations. Pour la distribution, il est possible de demander des exemplaires que l'on s'arrangera pour vous faire parvenir d'une manière ou d'une autre. Nous sommes disponibles pour effectuer des présentations publiques de la revue.

Les articles et les numéros de Nunatak sont consultables en ligne :
revuenunatak.noblogs.org

Contact :
revuenunatak@@@riseup.net
Nunatak c/o Café du siècle - Bibliothèque, 1 Rue Biron, 34190 Ganges, France.

Ali / Dialogue

 

L’ami, la vie n’est pas un monologue
Adorateur du créateur, commandement un du décalogue
Du chemin, que se poussent les démagogues
Nos gosses n’ont pas besoin de mythos mais de bons pédagogues
Pas de paix face à Gog et Magog
Mon corps vogue, l’esprit aiguisé comme Ghost Dog
Pas de Seppuku de tragédies à la Van Gogh
Vers la porte de l’éternité nos destins s’engagent
« Salam » dans les mosquées, « shalom » dans les synagogues
Seuls les cœurs sincères sont ouverts au dialogue
L’ami, la vie n’est pas un monologue, salut à mes homologues
Scientifique près des astronomes, loin des astrologues
Livre céleste, tout est écrit
De nos paroles à nos gestes, de la préface jusqu’à l’épilogue

Salut à mes homologues
Dialogue, dialogue, dialogue
Dialogue, dialogue, dialogue
La vie n’est pas un monologue
Dialogue, dialogue, dialogue
Dialogue, dialogue, dialogue
Salut à mes homologues

Les ennemis se battent pour le dernier mot du débat
Il en est ainsi avant même d’arriver ici-bas
Dès le début Iblis nous combat, tant de coups bas
J’encaisse en silence avec la grâce d’un boxeur de Cuba
J’ai l’art de la guerre comme un guerrier nouba
Bâtisseur de la paix, d’ici à tout bas
Loin des endroits où être mauvais n’est plus un tabou
Celui que tu aides deviens celui qui t’abats
Le venin des hommes est pire que celui d’un mamba
Paris a le stress comme Rio a la samba
Des ennemis se battent pour le dernier mot du débat
Il en est ainsi de l’Assemblée jusqu’au Sénat
Ni de l’ENA, ni de Sciences Po’
J’ai partagé les bancs avec X-Men et les Sages Po’

Aux chiottes les caméras !

“La com’, c’est plus c’que c’était. Sont d’venus cons ces salariés quand même”.

Entre pâté et cornichons, ballon de rouge en main, le Directeur de Création nous joue l’air du “c’était mieux avant”.

Figure-toi que y’a quelques temps, on allait faire une campagne pour du papier toilette. Alors moi, je propose de mettre des caméras dans les toilettes de l’agence pour voir quel usage font les gens du PQ. Normal. Faut bien se docu(l)menter avant de produire une créa. Non ?”

J’écoute, atterré.

Je ne sais pas vous, mais moi, quand quelqu’un présente un certain niveau de connerie, ou mieux, un niveau de QI en dessous de 7, je reste comme médusé. Je l’ai déjà écrit dans un précédent billet, mais pourquoi ne pas le redire ? Dans ces cas particuliers, j’observe la personne avec la même attention que si je voyais un insecte hallucinant cloué avec une épingle dans une boite, sous verre. Tous les détails m’intéressent. Je veux tout voir, tout observer.

“Et tu sais quoi ? Ces cons, ils ont gueulé, genre ouaaaaiiiss, on peut pas mettre des caméras dans les toilettes, comme si j’étais dingue de proposer ça. Ca va, faut se détendre du string les gars, on bosse dans une créa ! J’y crois pas… Y’a quelques années ça les aurait fait tripper, au contraire !

Vraiment, moi non plus, je ne comprends pas ces salariés à qui on apporte paix, amour, joie, harmonie, ondes positives et bonheur avec du Feng-Shui via la plus grande experte dans ce domaine depuis les temps immémoriaux de la Chine antique (Lao Tseu reviens, ils sont devenus fous).

Sont cons quand même.

Et vraiment pas détendus du string.


Morpho-Safran : la société algopolitique dystopique du futur a débuté

Morpho-Safran — comme cet article de Reflets l’expliquait il y a peu — est une entreprise de high-tech excessivement pointue dans le domaine de la biométrie, et qui depuis plusieurs années travaille sur des outils de « détection du crime » à base d’IA prédictives. Une première tentative de réalisation d’un logiciel en partenariat avec le Teralab de Mines Télécom et nommé Anticrime/Horizon a été effectuée. Selon les informations de l’époque, ce logiciel semblait destiné avant tout à concurrencer Predpol, le fameux logiciel de détection du crime américain.

Mais la spécificité de Morpho-Safran, axée sur le traitement de données biométrique, et proche des services de l’Etat (rappel : Morpho réalise la première version du fichier monstre français TES), en fait une entreprise aux possibilités très importantes en termes d’algopolitique et d’algogouvernance. Et si Morpho-Safran participait déjà à organiser la société dystopique de la surveillance automatisée et du contrôle des populations par reconnaissance visuelle d’intelligences artificielles ?

1 milliards d’Indiens fichés par Morpho : et moi, et moi, et moi ?

La volonté des États de ficher et identifier leurs populations de façon numérique existe depuis longtemps. En 2017, elle est en cours de réalisation. Safran-Morpho explique avec simplicité cette « nécessité » de fichage biométrique sur son site :

« L’utilisation de la biométrie est la contribution la plus efficace aux registres de population. Elle garantit l’unicité et la viabilité de l’identité d’un individu.

Les solutions d’enregistrement de population de Safran Identity & Security utilisent les trois principales biométriesl’empreinte digitale, le visage et l’iris -, sélectionnées en fonction des contraintes culturelles, budgétaires et sécuritaires de chaque pays. Elles reposent sur notre savoir faire technologique et leur robustesse éprouvée. »

Cette technologie d’enregistrement biométrique a de nombreuses déclinaisons, pour autant de produits Safran différents dans le catalogue. L’une d’elles se nomme Morpho Argus  et peut servir à :

Comparer des portraits à une liste prédéfinie de personnes. Lorsqu’il y a correspondance, une alarme est générée. Elle peut être envoyée soit au personnel de sécurité, soit à un autre système ou peut être revue par un agent en faisant une comparaison d’images côte à côte. Créer une base de données en ligne qui pourra être utilisée plus tard pour localiser une personne dans l’espace comme dans le temps.

Dans ce cas, son portrait sera comparé à la base de données en ligne et une liste de candidats sera communiquée à l’agent pour revue. Ces cas d’utilisation ne sont pas exclusifs, Morpho Argus est capable de faire les deux en même temps et sur le même flux vidéo. Morpho Argus peut analyser simultanément des flux vidéo provenant de plusieurs caméras IP sur un même réseau. Il utilise un moteur biométrique et une base de données centralisés pour réaliser des comparaisons faciales et les stocker. Morpho Argus peut gérer plusieurs listes de recherche et inclut un logiciel permettant de les modifier et de les gérer globalement..

L’Inde a sauté le pas depuis 2009 dans le cadre de son programme Aadhaar de fichage biométrique de ses 1,2 milliard d’habitants. Le but affiché du gouvernement indien — comme dans le cas français — est de limiter la fraude, l’usurpation d’identité, et d’arriver sous peu à pouvoir identifier de façon formelle et informatique n’importe quel citoyen indien. Mais quelle entreprise est capable de réaliser une chose pareille ? Plusieurs ? Non. Une seule. Et quelle est cette entreprise qui a remporté ce marché ? (ceux qui savent se taisent…) : Safran-Morpho.

Un fichier méga monstrueux de plus d’un milliard d’individus est donc en cours de réalisation. Fichier biométrique et certifié French-tech et  Morpho-Safran conforme. Avec les visages des personnes, leurs empreintes numériques digitales, leur iris. Le même fichier qui arrive en France, mais à l’échelle du sous-continent. Bien entendu, comme dans le cas français, ces fiches informatiques très précises ne doivent pas [normalement, et pour l’heure] être utilisées dans d’autres cas que le contrôle de l’identité des personnes. L’objectif affiché de ce fichier est donc, de façon officielle, de simplement permettre aux administration d’être certaines que la personne demandeuse ou contrôlée est bien celle qu’elle prétend être. Pour l’heure.

Quand Morpho vend ses IA de détection/investigation faciale aux policiers 3.0

Depuis 2016, Morpho-Safran se vante d’avoir vendu deux systèmes de reconnaissance faciale « intelligents » aux forces de police néerlandaises et française. Le premier se nomme Morpho Argus/ Morpho Bis, et est utilisé en Hollande.

« Le système, déployé au niveau national et doté de fonctions de recherche, de comparaison et d’analyse, a été récemment installé au Centre national de la police judiciaire du pays. Les policiers hollandais peuvent désormais comparer la photo d’un visage avec celles de leurs bases de données et ainsi gagner un temps précieux. »

Ce logiciel capture en temps réel les visages humains et les compare avec un fichier de personnes recherchées ou non-autorisées. Une sorte de « comparateur de visages numérique automatisé », mais qui permet quand même de créer « des listes de surveillance à partir des visages détectés dans un flux vidéo » : automatisation de la création de fichiers de visages ? Pour constituer à la volée des bases de données de visages ? La question mérite d’être posée et la publicité de Morpho-Safran mériterait d’être éclaircie à ce niveau là…

Petite vidéo promotionnelle pour le Morpho-Argus :

Cette technologie ciblée de détection et comparaison de visages été étendue à des outils plus élaborés, permettant de suivre à la trace des suspects. L’un d’eux est nommé MVI (Morpho Vidéo Investigator) et c’est lui a qui a été vendu en 2016 à la police nationale française. C’est un « détecteur de suspects », un enquêteur et investigateur numérique. Une IA flic. Cette intelligence logicielle qui se connecte aux caméras de surveillance, aux réseaux sociaux, à Google images, etc., est donc capable de repérer des personnes suspectés d’actes criminels dans une foule, d’établir des correspondances d’identification à travers tout type de fichiers publics ou non, et de suivre ces personnes à la trace. Repérage des véhicules empruntés, plaques d’immatriculation, trajets, tout est enregistré et traité par l’IA. Jusqu’à, par exemple, « prédire » le lieu de rencontre de deux suspect, comme la vidéo promotionnelle suivante le démontre :

Changement de société ou simple amélioration des outils ?

L’exemple de la « détection du crime », d’identification et d’investigation par des logiciels spécialisés, semi-autonomes, pur produit des recherches en intelligence artificielle, est symptomatique du basculement en cours. De la mutation très discrète, mais profonde de la société. Ou plus précisément, de la gestion politique de la société française. Pour de nombreux observateurs, et le plus souvent pour le public en général, des logiciel comme MVI et Argus ne sont rien d’autre qu’une « évolution logique » et technologique des outils mis à la disposition des fonctionnaires, dans le cas d’espèce de la police nationale. Un peu comme ce que serait le passage du portrait robot dessiné à la main à Photoshop.

En réalité, il n’en est rien, puisque l’arrivée de ces IA est un profond changement de paradigme, la porte ouverte à une nouvelle forme de société, où l’Etat aidé d’acteurs économiques privés établirait un contrôle sur les corps et les esprits, délégués à des agents numériques aux fins d’empêcher ou prévenir toute possibilité de transgression des citoyens. Nous sommes là dans la définition d’une société totalitaire. Une dystopie basée sur la surveillance des machines intelligentes. Qui s’installe, sans un bruit, sans concertation. Pour la sécurité, et contre les libertés. Mais qui s’en précoccupe un tant soit peu aujourd’hui dans la classe politique ?

Émission mars 2017 –

L’émission est à écouter ici (pour télécharger l’émission, cliquer droit sur la barre de lecture). Au cours de cette émission, nous sommes allées à la rencontre de l’association « Réfugiés Bienvenue », sur l’initiative de Cynthia. Lina apporte le témoignage de son … Continue reading

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Owen Jones : « La gauche a besoin d'une vision optimiste et inspirée, plutôt que de rester toujours sur la défensive »

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Un complexe dual, mi-civil, militaire

La Ville rose et son agglo bichonnent un tissu industriel qui met la guerre au cœur de la paix.

Depuis les moulins à poudre royaux ouverts en 1536, Toulouse tient à son esprit explosif. Combiné à cet héritage industriel, l'éloignement des fronts a fait de la Ville rose un bastion de l'industrie dite « stratégique », tant parce qu'elle fournit la guerre que pour les profits qu'elle génère. Le marché de la « sécurité globale » (la guerre chez soi ou chez les autres) est estimé à 100 milliards d'euros dans le monde, 30 milliards pour l'Europe, 10 pour la France. Acteur en vue du maintien de l'ordre, le pays des droits de l'Homme rayonne mondialement, exportant 55 % de cette production. Les contrats passent par la Sofremi, Société française d'exportation de matériels et de services du ministère de l'Intérieur, filiale de la Sofema, Société française d'exportation de matériel d'armement, dont les actionnaires principaux sont l'état et des grands groupes d'armement. Principaux bénéficiaires : les multinationales de défense, Safran, Nexter, Thales, Dassault, Sagem, BAE Systems, Airbus group, la plupart implantées à Toulouse. Si certaines sociétés sont clairement identifiées comme fournisseurs de matériel de guerre, elles travaillent généralement tant pour le civil que pour le militaire. Les entreprises de l'aéronautique et du spatial (un salarié sur deux à Toulouse) servent a 25 % – ou plus – le marché militaire  [1]. Ainsi, Paul Boyé Technologies, dont les marchés balayent « émeutes, terrorisme, banditisme, risques technologiques, catastrophes naturelles » fournit des tenues de combat à l'armée et des gilets pare-balles au GIGN, habille tous les gendarmes, leur livre jambières et protège-bras, vend des gilets à motif camouflage aux chasseurs, du sportwear pour le loisir de plein air, ou des « gilets réfrigérants » à application médicale, militaire et sportive. Le laboratoire Emitech teste tout ce qu'on lui soumet, du jouet au missile. Lacroix fourgue feux d'artifice et déclencheurs d'avalanches mais aussi des grenades pour le maintien de l'ordre. Début novembre, Lacroix était au Salon de l'armement aérien à Dubaï pour y vanter des systèmes équipant avions de chasse, hélicos de combat et transports de troupes.

Aéropostales-aéromartial
Penser les usines d'armement comme des entités séparées et identifiées est aujourd'hui complétement obsolète. Civiles, militaires, les productions sont totalement imbriquées, ce qui maintient un appareil industriel capable de fournir des grandes quantités, sans pour autant stocker des tonnes de matériel sans débouché immédiat. Tout compte fait, les vols longs-courriers sont plus fréquents que le bombardement aérien. Et l'Aéropostale, puis l'Aérospatiale, c'est quand même plus seyant que fournisseur de système électrique d'automitrailleuse, tel que Nexter Electronics au sein d'un groupe vendant des chars d'assaut, des obus, des roquettes et des blindés de maintien de l'ordre.

Pour la légende, Toulouse a ses pionniers comme Saint-Exupéry, le papa du Petit Prince. Mais les zingues ont toujours plus passionné les généraux que les facteurs. Dès la guerre 14-18, Latécoère produit chasseurs et bombardiers à Toulouse. En 1920, Dewoitine produit des avions de combat qu'il vend aussi à l'étranger. En 1937, le Front populaire nationalise l'important tissu d'industrie militaire dédié à l'aéronautique dont trois aérodromes toulousains voués au militaire. Après la guerre 39-45, le civil gagne du terrain mais les usines produisent aussi pour les états-majors. La technologie des avions supersoniques guerriers sert au programme du Concorde qui, en retour, a permis des avancées pour le Mirage F-1. Au fil des ans, de nombreux constructeurs et sous-traitants s'installent dans la région, créant près de 70 000 emplois directs. Quelque 40% des 360 entreprises étrangères installées dans la région travaillent aujourd'hui dans ce secteur.

Engrais, pesticides et médocs
Quand AZF a pété, ça a sauté à la figure de tout le monde : l'engrais (ici du nitrate d'ammonium), c'est hautement explosif. Impossible d'invoquer un effet secondaire accidentel. L'usine de Toulouse a toujours produit pour la guerre et l'agriculture. De fait, AZF était directement reliée à l'usine voisine, la SNPE, Société nationale des poudres et explosifs, au nom explicite même si beaucoup de Toulousains croyaient que n'en sortait « que du carburant pour la fusée Ariane ». Comme si on mobilisait des centaines d'ouvriers en 3x8 pour envoyer en l'air une fusée par an… AZF, la SNPE et sa filiale Tolochimie censée être spécialisée en vernis, pesticides et fongicides, constituent alors un complexe imbriqué où circule ammonitrate, azote, phosgène et méthanol. Ce qui continue sur le site de la SNPE, aujourd'hui Herakles-Safran. Imperturbable, le maire raconte, en 2013, que les risques sont strictement confinés « au territoire de l'usine ». Les riverains dorment beaucoup mieux, depuis… Et si les missiles balistiques produits par la boîte explosent partout dans le monde, après tout, c'est loin tout ça. Mieux vaut déblatérer sur les médicaments produits sur le site qu'au sujet du carburant d'« engins stratégiques de la force de dissuasion » ou des missiles Exocet qui ont tué 32 marins anglais pendant la guerre des Malouines en 1982. Associé à un labo pharmaceutique comme Pierre Fabre, le groupe Herakles-Safran fait aussi dans la « filière chimie verte », dite « propre », respectueuse de l'environnement. Défense de rire.

La paix c'est la guerre
Historiquement, le tissu industriel toulousain se construit autour de l'armement, chevillé à la Recherche et à l'enseignement supérieur local. Certains programmes de recherche publique sont d'ailleurs entièrement dédiés à l'économie du casse-pipe et financés par le ministère de la Défense. Ces liens ne cessent de se renforcer au fil des accords passés par la Direction générale de l'Armement avec le ministère de l'Enseignement et la Recherche, ou directement avec des établissements universitaires. Supérieur, secondaire ou primaire, l'Enseignement distille ici la culture militariste dès la maternelle, avec ses délégués à la Défense dans les facs, ses classes jumelées avec des régiments, l'option « défense et sécurité » dans les lycées, stages à la clé dans l'armée pour les potaches.

Bizarrement, l'idée de guerre ne faisant pas rêver, on préfère le terme de sécurité. On parle de maintien de l'ordre et d'interventions militaires, autant de guerres qui ne disent pas leur nom. Ce qui a quand même beaucoup plus de gueule que l'impérialisme, la gloire de la race ou les vils intérêts financiers. La police se militarise, les militaires mènent des opérations de police. S'y ajoutent le marché des « savoir-faire », le partage des moyens, les échanges d'expériences. Sans compter le bénéfice symbolique qu'amène le fait d'intervenir pour cette valeur suprême qu'est la sécurité. L'envol des drones en est un parfait exemple. Bientôt les mêmes appareils survoleront l'Afghanistan, Roubaix ou le quartier du Mirail avec des « équipements adaptés » à chaque situation. Toulouse a d'ailleurs une des premières écoles pour pilotes de drones, montée par un ex-commandant de bord de l'armée de l'air sur l'ancienne base militaire de Francazal, où l'on déleste les particuliers de 2 900 euros pour cinq jours de formation. Elle participe au « Groupement d'intérêt scientifique microdrones » rameutant plus de 100 chercheurs spécialisés. « Pour les contrôleurs aériens et les forces de l'ordre », Egis Avia a inventé un système de détection des drones inconnus. Game of drones, le nouvel eldorado du business mêlant répression, guerre et loisirs.

À lire le gros travail d'information sur le complexe militaro-industriel et universitaire toulousain : Toulouse Nécropole. Spécialités locales pour désastre global. La production d'armement dans la région toulousaine, Auto-édition, 2014.


[1] Rapport INSEE 2013 sur l'économie en Midi-Pyrénées.

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Humains !

Vous n'avez qu'un ennemi. C'est le plus dépravé de tous. La tuberculose et la syphilis sont des fléaux terribles qui font souffrir l'homme. Mais il existe un fléau plus dévastateur que la peste qui ravage le corps et l'âme de l'homme, une épidémie incomparablement plus terrible, plus sournoise et plus pernicieuse : j'ai nommé la presse, cette catin publique.

Toute révolution, toute libération de l'homme manque son but si on ne commence pas par anéantir sans pitié la presse. Tous les péchés seront remis à l'homme, mais le péché contre l'esprit ne lui sera jamais pardonné.

Anéantissez la presse, chassez de la communauté des humains ces maquereaux à coups de fouet, et tous vos péchés vous seront remis, ceux que vous commettez et ceux que vous n'avez pas encore commis.

Pas une réunion, pas une assemblée d'êtres humains ne doit se dérouler sans que retentisse la déflagration de votre cri : Anéantissez la presse !

Ret Marut, Der Ziegelbrenner n°15, 30 janvier 1919.

demain !


Chaque jour, huit personnes sans abris meurent dans la rue en France

Ils s'appelaient Greg, Anne-Marie, Lionel, Julio... Le plus jeune était un bébé de trois semaines, la plus âgée avait 96 ans. Ils font partie des 501 morts de la rue sur le territoire français, recensés par le Collectif Les Morts de la Rue pour l'année 2016. Une lecture de leurs noms, avec le jour et le lieu de leur mort, a eu lieu le 21 mars sur la place du Palais Royal à Paris pour leur rendre hommage et leur offrir des funérailles dignes. Selon le Collectif, le nombre réel de décès de personnes sans (...)

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Maloka - Brèves : à la conquéte du pain !

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Justice pour Lahoucine

Lagos (Nigeria): plus de 5 000 personnes expulsées de leur logement en un week-end

Le vendredi 17 mars 2017, la police et l’armée nigériannes ont procédé à une opération de destruction-expulsion de logements d’une ampleur inouïe, avec un résultat assez horrible puisqu’apparemment près de 5 000 personnes ont perdu leur logement en un week-end, toutes habitantes du bidonville d’Otodo-Gbame, situé à Lagos, capitale du Nigeria.

Lors de cette intrusion policiaro-militaire, de violents affrontements éclaté, les habitant-e-s s’opposant aux forces de l’ordre avec leurs faibles moyens et leur colère immense.

L’État justifie évidemment son opération de destruction par l’illégalité des habitations de fortune visées. Car au Nigeria comme ailleurs, il n’est pas illégal de vivre dehors, sans logement ni rien ; ce qui est illégal, c’est d’occuper un terrain ou un logement qui est une « propriété privée » (ou « d’État », ce qui revient à peu près au même). Ce qui est illégal, ce n’est pas de dominer et d’écraser les autres en bénéficiant d’un système qui produit toujours plus d’inégalités socio-économiques, ce qui est illégal c’est d’essayer de survivre par ses propres moyens.

Coups de feu, gaz lacrymogènes et bulldozers ont fait partie des moyens utilisés par les forces de l’ordre pour venir à bout de leur opération.

Des associations de défense des droits de l’homme ont même indiqué que les autorités de la ville de Lagos ont ignoré une ordonnance du tribunal interdisant l’expulsion forcée des résidents de cette zone…

En novembre dernier, déjà, c’est plus de 30 000 personnes qui avaient été expulsées d’Otodo-Gbame ! Certain-e-s étaient resté-e-s sur place et avaient reconstruit leurs logements, sans aucune perspective de pouvoir se loger ailleurs.

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[Sources: AP | Al Jazeera | Punch.]

Bruxelles: communiqué suite à l’occupation du bâtiment rue Godecharle

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de la manifestation d’un logement pour tous et toutes.

DE L’OCCUPATION DU BÂTIMENT RUE GODECHARLE 21/23

« Nous sommes le Printemps qui toujours revient »

CONSIDÉRANT, les difficultés qu’il y a aujourd’hui a créer et faire vivre un lieu à la fois politique, culturel, artistique, d’échange et d’entraide ; tant à cause du coût qu’entraînerait la location d’un tel lieu que des barrières politiques sciemment dressées face à toute tentative de réappropriation, d’occupation, et d’animation d’un bâtiment propice à accueillir nos légitimes aspirations ;

CONSIDÉRANT, l’estimation du nombre de SDF à 5 000 personnes et l’estimation du nombre de bâtiments vides entre 15 000 et 30 000 ;

CONSIDÉRANT, que 50 000 ménages sont actuellement en attente d’un logement social ;

CONSIDÉRANT, la nette augmentation des loyers cyniquement orchestrée par les spéculateurs de toutes boues, les propriétaires carnassiers sous le regard bienveillant de nos multiples parlements et alcôves de pouvoir ;

CONSIDÉRANT, l’acharnement avec lequel ces dites institutions politiques chassent les classes populaires – travailleuses et travailleurs avec ou sans papiers, SDF et allocataires sociaux – du cœur de la ville, puis criminalisent toutes formes de résistances à travers une répression violente et infondée ;

CONSIDÉRANT, le projet de loi dite « anti squat » qui a mûri dans le cerveau – si conventionnel – de monsieur le ministre de la Justice Koens Geens, visant à accélérer les procédures d’expulsion ainsi qu’à transformer l’occupation d’un bâtiment vide en un délit passible d’être jugé au pénal ;

CONSIDÉRANT, les éternels efforts de négociation, de consultations, de cogestion, de quémande et de compromissions qui n’ont mené qu’à la mort des spontanéités et des créativités, la pacification de nombreux lieux à même visée ;

DÉCLARONS avoir pris possession du lieu rue Godecharle 21/23 dont l’avenir est décidé actuellement en assemblée générale ouverte à toutes celles et ceux prêts à apporter un peu de leur volonté et de leur créativité pour ériger ce lieu politique, culturel, artistique, d’échange et d’entraide qui manque tant à Bruxelles et au creux duquel nous tentons d’inventer de nouvelles formes d’existence, de réjouissance et de résistance ;

« Vivre, c’est squatter poétiquement le monde »

[Publié le 22 mars 2017 sur Piratons BXL.]

Dijon: rassemblement en soutien au squat de la rue des ateliers

Appel à rassemblement / Vendredi 24 mars 2017 à 9h / Tribunal, boulevard Clémenceau.

Ce vendredi a lieu, au tribunal d’instance de Dijon, l’audience du squat de la rue des ateliers. Cet ancien hôtel, laissé vide depuis plusieurs années, jusqu’à son occupation en août dernier, est aujourd’hui la seule solution d’hébergement pour les personnes migrantes qui y ont élu domicile. A ce jour, ce sont entre 60 et 80 personnes qui y vivent dans des conditions dignes, le bâtiment étant composé d’une vingtaine de chambres équipées de douches et de sanitaires, ainsi que d’une pièce collective et d’un espace de cuisine permettant aux habitants de s’organiser (cours de langue, préparation de repas, démarches administratives, …).

Aucune autre solution n’a, à ce jour, été proposée par les pouvoirs publics aux personnes vivant sous ce toit. Par ailleurs, aucun projet ne concerne ces locaux. Nous demanderons donc au juge d’accorder le délai maximum prévu par la loi, à savoir : un an.

Pour être tenu informé-e du résultat et être prévenu-e en cas de mobilisation pour la défense de ce lieu de vie, écrire à :
soutien-asile-21@@@potager.org

En solidarité avec les personnes menacées par une expulsion,

Collectif de soutien aux demandeurs d’asile et migrants

(Collectif réunissant notamment : ACAT Dijon / Action Catholique Ouvrière / AFRANE / AGIRabcd 21 / Amis de la Confédération Paysanne / Amnesty International Dijon / ATTAC 21 / ATMF Dijon / CFDT 21 / CGT 21 / Club Unesco Dijon / CCFD Terre Solidaire / CLCV / CNT 21 / Confédération Paysanne / CSF / Espace Autogéré des Tanneries / Euphorbe en Illabakan / FCPE / FSU 21 / LVN personnalistes et citoyens / Ligue des Droits de l’Homme / MAN / Mouvement de la Paix / MRAP / Pastorale des Migrants / RESF 21 / SAF / SOS Refoulement / SOS racisme / Solidaires / Solidarité afghane / UJFP / Tends la Main / Urgence Solidaire.)

Zinat, étudiante : « Une plus grande implication des citoyens dans la démocratie, c'est ça la gauche du futur »

Qu'est-ce qu'être de gauche selon vous ? Y a-t-il encore du sens à se dire de gauche ? Comment voit-on la gauche du futur ? Quelles sont ses valeurs, ses idées, ses projets, ses défis ? #imagineLaGauche, c'est la série lancée par Basta !, pour comprendre, reconstruire, rêver, renouveler, mettre en débat… Salariés, chômeurs, retraités, étudiants, paysans, militants associatifs, syndicalistes, artistes, chercheurs, jeunes et moins jeunes, témoignent. Aujourd'hui Zinat, 19 ans, de Sarcelles, étudiante à (...)

- Débattre /

Degenerated kid : Le collectif Needle and Bitch envahit la distro Eternel...





Le collectif Needle and Bitch envahit la distro Eternel détour!

Patchs :
Still not loving…1€
It’s ok not to vote ! 1€
Fuck your corporate fashion label 0,50€
I’m not a science experience 1€
Keep governement out of our bedroom 0,50€
Monsanto 1€
I  <3 hand made 1€
I <3 Zine 1,50€
I <3 Zine 1€
Love is Love
Love sex hate sexism 1€
Crafty queer 1€
Vote X Nobody 1€

Ayo bikin Zine ! 3€

Bruxelles : activités à Acrata en mars-avril 2017

Acrata
rue de la Grande Ile 32
1000 Bruxelles
acrata@@@post.com

Jeudi 30 mars – 19h30 - Projection
La nostalgia de la luz (documentaire de Patricio Guzmán, 2010)
Au Chili, à trois mille mètres d'altitude, les astronomes venus du monde entier se rassemblent dans le désert d'Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu'elle permet de regarder jusqu'aux confins de l'univers. C'est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains : ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi, les ossements des prisonniers assassinés lors de la dictature de Pinochet. Tandis que les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées, regardant littéralement dans le passé de l'univers, au pied des observatoires, des femmes remuent les pierres, à la recherche de leurs parents disparus, creusant dans un passé si récent dont la mémoire ne peut qu'inspirer d'âpres batailles contre le présent qu'on nous impose…
Avec une petite introduction sur le contexte dans lequel s'est déroulé le coup d'Etat de Pinochet.

Jeudi 6 avril – 19h30 - Projection
La lutte à Hambach contre les mines a ciel ouvert de lignite
Dans la région du Rhin en Allemagne, l'entreprise énergétique RWE exploite trois grandes mines à ciel ouvert pour extraire du lignite (houille brune), alimentant cinq centrales électriques. A part d'impliquer de nombreuses nuisances comme la destruction des forêts et des campagnes, les déplacements de villages, la pollution et les émissions cancérogènes, l'énergie sur base de lignite relève d'un intérêt stratégique pour le capitalisme et l'État allemand. Depuis plusieurs années, des résistances variées s'opposent à cette activité minière et sa continuelle expansion (33km² actuellement, 85 km² dans l'avenir). Les derniers mois, on a pu observer une forte recrudescence d'actions de sabotage et d'agir autonome contre les infrastructures minières, les intérêts de RWE, les dévastateurs de l'environnement.
Des compagnons actifs au sein de cette lutte viendront parler du développement de ce conflit et des perspectives qui s'y dessinent. Ce sera sans doute aussi l'occasion de s'interroger sur la pertinence de luttes spécifiques ou encore sur l'importance de l'énergie (sous toutes ses formes : nucléaire, fossile, gaz, solaire, éolienne, …) pour le maintien de la domination.

Jeudi 20 avril – 19h30 – Discussion
Avalanche n°10
Discussion autour du nouveau numéro de Avalanche, correspondance anarchiste internationale, qui sortira en mars et qui sera disponible à la bibliothèque.

Samedi 29 avril – 14h et le reste de la journée
Journée de discussion contre la technologie et son monde
Toute une journée autour de la lutte contre la technologie et son monde. Avec plusieurs discussions sur les nouvelles technologies mortifères telles que les biotechnologies et les nanotechnologies, sur la mise en cage de ce monde par « l'Internet des Objets » et les « Smart Cities » ainsi que des lectures de critiques de la société industrielle, projections de documentaires et un repas le soir.

Keep the rage : Keep The Rage #208 - Vendredi 17 mars - Playlist et Podast

Keep The Rage #208 - Vendredi 17 mars - Playlist et Podast
Playlist:

01 - ANGELIC UPSTARTS - We Are The People - ( Teenage Warning - 1979)
02 - THE DECLINE - Heroes On Empty Streets - ( Heroes On Empty Streets - 2017)
03 - BIRDS IN ROW - Torches (Personnal war - 2015)
04 - LA VERMINE - Entre Deux feat. Schlom (Stratégie De Paix)  Sticky Snake (L'Alerte Rouge) -  (Echos De L'Epoque - 2016)
05 - DIREWOLVES - The liar's choice (Aegri Somnia - 2014)
06 - PARABELLUM -  Dernier trocson - (  Parabellum - 1990)
07 - LEASH - Dead End Breed (Dead end breed - 2016)
08 - HEIMAT LOS - alles in krématorium - ( Compilation "1984 the second - 1987)
09 - FUCKING INVINCIBLE - Cut Out (Split w Lifespite - 2016)
10 - BAD RELIGION - Atomic Garden - ( Generator - 1992)
11 - MELCHIOR - Gradually Sudenly (It Means Nothing To Me - 2016)
12 - ELOM 20CE - Théorie du Chaos
13 - EAST SHERMAN - Bury Your Head (Desertification - 2016)
14 - MAUVAISE GRAINE - autogestion - ( interdit de penser - 2010)
25 - RASH - Rat (Skinner Box - 2016)
16 - REGESTAE - protectores de la real contradiccion - ( s/t - 2005)
17 - PUNCH - Do It Yourself (Nothing lasts - 2011)
18 - BLITZ - your revolution - (Voice Of A Generation - 1982)
19 - RADIGALS - No regret (Fight to unite - 2017)
20 - CASEY -  Apprends à ttaire  Clip - ( Album Libérez la bête - 2010)

Pour télécharger le podcast, cliquez sur l'article.

Sortie de "Merhaba Hevlano mensuel" n°13 - des nouvelles du Kurdistan (mars 2017)

13e édition du mensuel Merhaba Hevalno, mars 2017 : entretiens, analyses, infos sur le Kurdistan.

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EXTRAIT :

APPEL FÉMINISTE À SOUTENIR LE NON AU RÉFÉRENDUM EN TURQUIE

Un référendum qui renforce les attaques du patriarcat et de l'État-nation contre les femmes

Le 16 avril 2017 aura lieu en Turquie et au Kurdistan du Nord (Bakur) un référendum à l'initiative du président turc Erdogan. Ce référendum vise à changer la constitution pour passer d'un système parlementariste à un système présidentiel. Il s'agit d'un pas de plus vers la consolidation d'un régime dictatorial d'Erdogan et de son parti, l'AKP.

Ces dernières années, et particulièrement depuis la tentative de coup d'état du 15 juillet 2016, le gouvernement de l'AKP s'attaque à toutes les personnes qui s'opposent à son pouvoir. Une partie de ces attaques étatiques visent spécifiquement les femmes et renforcent la violence patriarcale. Cela passe par :
- Une promotion de la maternité doublée d'une remise en cause du droit à l'avortement et de la stigmatisation des femmes qui n'ont pas d'enfants.
- Des accords de l'État avec le patronat pour mettre en place des formes de travail salarié précaire et sous-payé à destination des femmes exclusivement, dans le domaine du travail domestique et de soin.
- Des déclarations publiques ouvertement sexistes qui ne sont qu'une expression parmi d'autres de la légitimation par le pouvoir d'état des représentations patriarcales les plus misogynes.
- Des licenciements massifs de toute personne suspectée d'être opposée au président et ce dans les secteurs où les femmes sont les plus nombreuses, comme dans l'enseignement primaire et secondaire.
- L'arrestation et la déshumanisation systématiques des femmes identifiées comme militantes : arrestations, tortures et menaces de viol, exposition des corps dénudés dans les réseaux sociaux après leur exécution.
- Des pressions et intimidations permanentes pour empêcher les manifestations du 8 mars
- Une mise sous tutelle des municipalités kurdes avec pour conséquence une remise en cause de la représentation politique des femmes élues et la fin des dispositifs de lutte contre les violences sexistes.

Un appel à soutenir la résistance des femmes en Turquie et à Bakur

En Turquie et à Bakur, les femmes s'organisent et résistent au quotidien face à ces attaques. Elles savent que le renforcement du pouvoir présidentiel ne peut que renforcer l'hétéropatriarcat, l'État-Nation et la guerre du système contre les femmes.

En tant que féministes nous appelons à soutenir l'initiative et les luttes menées par les femmes en Turquie et à Bakur contre le référendum : c'est par les solidarités que nous nous renforcerons partout où nous sommes.

Être solidaires avec leur lutte, c'est dénoncer le silence complice de l'Union européenne et de la France face à la politique répressive et réactionnaire de l'Etat turc.Vive la lutte des femmes ! Vive la solidarité internationale !

Pour envoyer vos signatures écrivez à : solidaritefemmeskobane ARROBAS gmail POINT com

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SOMMAIRE :

  • Agenda
  • La sale guerre continue au Bakûr
  • Au Kurdistan, la loi du silence
  • Le modèle alternatif du Rojava
  • Karayilan : « Si la Turquie nous atttaque, elle aura ce qu'elle mérite »
  • Nouvelles attaques contre les yézidi.e.s, le PDK envahit le Shengal
  • La Turquie coordonne des attaques génocidaires contre les Kurdes sur son territoire et à l'étranger

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Téléchargez le PDF, imprimez-le, photocopiez-le et diffusez-le autour de vous, partout !

(Pour imprimer en mode "livret", choisissez du papier A3 pour faire tenir deux pages sur chaque face.)

Pour télécharger les numéros précédents, cliquez sur Kedistan MH.

Pour nous contacter : actukurdistan[at]riseup.net

Nous voudrions, en publiant ce bulletin Merhaba Hevalno, mettre en mots et en acte notre solidarité avec les mouvements de résistance au Kurdistan.

Ce bulletin mensuel autour de l'actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille, Angers, Lyon et d'ailleurs y participent…

Montréal (Québec): vandalisme contre la gentrification à St-Henri

Le 15 mars 2017, près d’une douzaine de propriétaires de condos ont dû sortir leur char hors des bancs de neige de la plus grosse tempête de l’hiver à Montréal, pour finalement constater que leurs pneus avaient été lacérés durant leur sommeil.

Nous avons fait cette simple action à la veille de la 20e manifestation contre la brutalité policière, qui a eu lieu à Hochelaga. Nous voulions mettre l’emphase sur le fait que la lutte contre la police et celle contre la gentrification sont une seule et même chose: la création d’un monde hostile au contrôle social et à toutes les formes de domination.

Cela n’a requis qu’un minimum de planification et aurait pu être fait à des dizaines d’endroits dans le quartier.

Avec cette action, nous avons réfléchi aux choix tactiques consistant à prendre pour cible des individus yuppies (aléatoirement) et des personnes riches dans le contexte d’activités anti-gentrification. Un moyen souvent mentionné comme tactique désirable est de causer des dommages à des voitures de luxe. Un peu moins de la moitié des voitures garées dans les stationnements des condos que nous avons visité avaient clairement une marque de luxe. Nous avons lacéré les pneus de toutes les voitures. Plusieurs yuppies décident de démontrer leur richesse autrement que par des BMW et des Mercedes. Peu importe leurs choix de consommation, ça vaut le coup de leur procurer un sentiment d’insécurité dans le quartier en endommageant à leur propriété. Et prendre pour cible tous les propriétaires de condos ou les voitures des yuppies pourrait rendre la tâche plus difficile à la police d’attraper les gens qui le font, puisqu’ils tenteront de le faire si ces pratiques se répandent. Ce sera aussi plus dur pour les propriétaires d’assurer la sécurité de leurs véhicules, dans des stationnements intérieurs par exemple. Par contre, il pourrait être avisé de se concentrer sur les voitures de luxe avec d’autres formes de vandalisme qui sont plus visibles pour les passants que des pneus lacérés, afin que les actions puissent être intelligibles aux voisin.es et aux gens sur la rue.

Fuck la police, vive la dégentrification!

[Publié en mars 2017 sur Montréal Contre-Information.]

Leipzig (Allemagne): double attaque incendiaire contre la gentrification

Chantier et pelleteuses incendiés

Dans la nuit du 4 au 5 mars 2017, nous avons cramé deux pelleteuses dédiées à la construction d’un parking sur un ancien petit parc situé Karl-Heine-Straße. Dans la nuit du 16 au 17 mars, nous avons causé un incendie plus important sur et dans un des bâtiments en construction au ‘Lindenauer Hafen’.

Nous avons assez souvent entendu que la gentrification est un processus compliqué sur lequel nous avons du mal à peser. Nous ne comprenons pas cela comme une justification pour rester en dehors de ce processus. De toute manière, peu importe les raisons pour lesquelles nous agissons, puisque nous faisons ce qui nous procure le plus de plaisir, à savoir détruire la propriété des gens qui se font des couilles en or grâce à la revalorisation des quartiers.

Le capital a vraiment pu s’amuser avec le marché du logement à Leipzig et la fête ne semble toujours pas arriver à son terme. A l’avenir, on a aussi l’occasion d’en être, même avec un porte-monnaie quasi-vide : des engins incendiaires ne coûtent pas les yeux de la tête, et il existe même des pierres gratuites !

Le siège de la ville par les flics en cette fin de semaine est chiant, l’État policier passe le bonjour. Le renforcement de la surveillance n’est pas parvenu à empêcher ces attaques et d’autres contre les néonazis, les flics et cette ville aseptisée. Notre haine est plus forte que tout déploiement policier !

Saluts solidaires à toutes les personnes visées par la répression !

A bas l’État ! Attaquons le G20 !

[Traduit de l’allemand depuis Indymedia-Linksunten par Le Chat Noir Émeutier.]

États Généraux de l’éducation dans les quartiers populaires

Vendredi 24 Mars


9H30 – Ouverture Amphithéâtre Pierres Vives à Montpellier
Présentation du collectif des parents d’élèves Petit Bard Pergola

10H00 – Rencontre Débat : Mixité sociale et école
Projection : sommes-nous des citoyens de seconde zone?
Quelle société voulons-nous pour nos enfants, si l’école du plus jeune âge jusqu’à l’adolescence accentue l’entre soi et les sépare ?
Comment feront-ils société commune, si tous les enfants de la République ne se côtoient plus sur les bancs de l’école ?
Intervenants : Choukri Benayed ( Professeur des universités de sociologie à l’université de Limoges, chercheur au GRESCO);Collectif parents petit bard pergola, Collectif parents Izards Toulouse Représentants institutionnels à déterminer ( Éducation nationale, Conseil du département), Etienne Butzbach, Président Prisme.
12H30 – Buffet

14H30 – Rencontre Débat: Ségrégation scolaire / ségrégation urbaine, quelle justice sociale ?

Acceptons-nous le fonctionnement d’une école à deux vitesses qui ne respecte pas les valeurs de notre République?
Peut-on refonder l’école sans repenser les inégalités, ni vouloir les dissiper ?
Intervenants : Fabrice Dhume ( Enseignant chercheur de sociologie à l’université de Paris 7, membre URMIS); Collectif parents Marseille, Fils et fille de la République Créteil, , Représentants institutionnels à déterminer ( Ministère politique de la ville (CGET), Éducation Nationale)

17h30- GROUPE DE TRAVAIL
Constitution de groupes de travail pour préconisations avec la participation des chercheurs, collectifs, élus, enseignants, institutionnels autour des thèmes des conférences:

20H00 – Apéritif dînatoire

21h – Projection film:
Maison pour tous François Villon

Samedi 25 Mars
Amphithéâtre Lycée Jean Monnet à Montpellier

9H30 – Café

10H00 – Rencontre Débat: Quelle place pour l’expertise citoyenne dans les quartiers populaires?
Intervenants : Samir Hadj Belgacem (Docteur en sociologie ENS et EHESS, Prix Le monde de la recherche universitaire 2016, Ater à la faculté de droit et de sciences politiques de l’université de Versailles); Zouina MEDDOUR Militante quartier populaire échos des cités Blanc Mesnil, Takticollectif Toulouse, Représentants institutionnels à déterminer: (Ministère de la ville, Préfecture, )

11H30- GROUPE DE TRAVAIL
Constitution de groupes de travail pour préconisations avec la participation des chercheurs, collectifs, élus, enseignants, institutionnels autour des thèmes des conférences

13H00 – Buffet
« Repas »

14H00 – Clôture
Restitution des groupes de travail
Préconisations

19H00 Repas partagé

21h – Concert
Maison pour tous André Chamson Samedi 25 Mars
Amphithéâtre Lycée Jean Monnet à Montpellier

 

Qosmos renvoyé à son DPI par la 17ème chambre du TGI de Paris

[Full disclosure : l’auteur de cet article était cité comme témoin par la défense dans ce procès] Dans son jugement du 26 janvier, la chambre spécialisée dans les délits de presse a savamment assaisonné Qosmos qui poursuivait pour diffamation James Dunne, un de ses anciens salariés, et une journaliste de France 24. Alexandra Renard avait signé un reportage intitulé « Des logiciels français vendus aux dictateurs ? » dans lequel était interviewé James Dunne.

Qosmos estimait être diffamée par les propos suivants :

« Il travaillait pour QOSMOS, une société française d’informatique qui a créé une technologie hyper-perfectionnée, une technologie capable de surveiller de d’analyser avec précision des nations entières via Internet, le tout en temps réel. C’est ce bijou de surveillance massive qu’a vendu leur partenaire français AMESYS au colonel Kadhafi, une arme numérique idéale pour traquer les opposants du régime ».

« A l’époque je ne savais pas qu’on avait livré à la Libye, je ne savais pas qu’on était en train de livrer à la Syrie ».

« Ce que je souhaite, c’est qu’on ne puisse plus vendre impunément de tels logiciels, de telles technologies à des dictatures tout simplement ».

Il n’est pas inintéressant de noter que Qosmos n’a pas poursuivi les dizaines de media qui ont relayé le même type d’analyses. L’auteur des propos, James Dunne, était sans doute l’homme à faire taire, lui qui avait alerté la presse par ses écrits sur son blog à propos des activités peu recommandables, sur un plan éthique notamment, de Qosmos et d’Amesys.

La 17ème chambre a donc jugé que ces propos n’étaient pas diffamatoires. Mais c’est l’argumentation de la cour qui est intéressante. Elle s’est appuyée sur les arguments habituels de Qosmos (ou d’Amesys d’ailleurs) pour débouter la société.

La Cour souligne ainsi :

 » […] force est de constater :

Qu’il n’est pas imputé à la société la commission d’une infraction pénale, le fait que des opposants soient arrêtés étant à l’évidence en lien avec l’action des dirigeants des États mis en cause et ne résultant pas d’une action directe de la société QOSMOS, dont le rôle se limite à avoir fourni une technologie ».

Sur ce point, la cour utilise l’argument récurrent de Qosmos : nous vendons des briques technologies, pas à des États mais à des intégrateurs, l’utilisation qui en est faite nous n’en sommes pas responsables…

« Que le fait de fournir une technologie, certes sensible, à des régimes autoritaires ne contrevenait en outre à aucune règle légale, […] à tout le moins jusqu’à la fin de l’année 2014 »

Le PDG de Qosmos, Thibaut Bechetoille a toujours dit que le commerce du DPI n’était pas assez encadré, y compris dans la mémorable interview qu’il avait accordée en 2011 à des contributeurs de Reflets sur Techtoc.tv :

Dans cette interview, Thibaut Bechetoille explique : « Je crois que l’utilisation de la technologie de DPI doit être…. Doit être encadrée bien sûr ».

Devant les juges du Pôle Crimes contre l’humanité du Tribunal de Grande Instance de Paris, il estimait que « Qosmos milite pour une réglementation internationale concernant la vente des produits de surveillance électronique ».

« Que livrer du matériel technologique sensible à des régimes autoritaires ne peut non plus être considéré comme un comportement moralement condamnable, le commerce international justifiant de travailler avec nombre d’États, dont certains non démocratiques ; qu’il n’en résulte pas un manquement évident à la morale commune, sauf à considérer des pans entiers de l’industrie française, notamment l’industrie d’armement ou le secteur des hautes technologies, comme étant objectivement et par nature condamnables.

Ainsi, s’il est fait état, dans les propos en voix off et dans l’interview, d’un fait précis pouvant faire l’objet d’un débat probatoire, il n’en résulte pas, pour autant, une atteinte à l’honneur et à la considération de la société QOSMOS »

Les propos poursuivis ne représentent donc pas un caractère diffamatoire au sens du droit de la presse.

Ainsi, sans qu’il y ait lieu de se prononcer sur les autres moyens soulevés, les prévenus seront renvoyés des fins de la poursuite.

La cour met ici sur le même plan les vendeurs de DPI et les vendeurs d’armes en disant qu’il arrive que ce type d’industrie vende à des pays peu démocratiques. Un euphémisme… Il n’est donc pas diffamatoire de le dire.

Qosmos n’a pas fait appel de cette décision. De fait, elle aurait dû, le cas échéant, se battre contre ses propres arguments, ce qui aurait été assez cocasse.

Ce procès est le troisième que Qosmos perd contre James Dunne (4 procédures). Les deux premiers étant liés à son départ de l’entreprise. Thibaut Bechetoille avait une relation très particulière avec son ancien employé devenu lanceur d’alerte. Dans un café où il recevait des journalistes avec une agence spécialisée dans la communication de crise (Clai), il s’était emporté, criant que James Dune était fou, qu’il fallait l’enfermer. En 2013, réagissant à un article de Mediapart, Thibaut Bechetoille indiquait :

« Nous restons confiants dans l’issue de la procédure, tant les faits qui nous sont reprochés par cet ancien salarié sont faux et calomnieux. Nous rappelons que nous avons porté plainte pour diffamation contre cet ancien salarié. »

Des faits faux et calomnieux… Ce n’est pas du tout l’avis de la 17ème chambre. On imagine mal Thibaut Bechetoille présenter des excuses à James Dunne. Mais on peut s’interroger sur deux points.

Le premier concerne les particuliers qui sont attaqués par des entreprises. Ils doivent faire face avec des moyens très faibles au rouleau compresseur du service juridique de l’entreprise qui les attaque avec, généralement, de gros moyens financiers. Le temps et l’argent jouent pour les entreprises. Le combat est inégal. Avis aux candidats à la présidentielle…

Le second concerne la presse. Elle a rarement le réflexe de consacrer de la place au résultat final. Et c’est fort dommage. Car dans le cas de James Dunne, par exemple, le particulier attaqué est accusé de tous les maux et cela laisse des traces, dans quantité d’articles. James Dunne a donc été accusé par Qosmos d’être un diffamateur pendant des années. Or in fine, il se trouve qu’il ne l’est pas. Doit-on en conclure , au contraire, que ce sont Thibaut Bechetoille et Qosmos qui se sont rendus coupables de diffamation en affirmant aux journalistes, de manière répétée, que James Dunne était un diffamateur ?

et encore plein de choses !


OSTAVKA "s/t" LP
L'année dernière, ces cold-waveux (ahah) de l'ouest de la frônce avait sorti un agréable petit 45t, et ce coup-ci on a droit à 5 titres sur un LP. Première remarque: l'artwork est une nouvelle fois splendide, t'es vraiment content d'avoir un aussi bel objet entre les mains. Deuxième remarque: le groupe a vachement progressé depuis le 45t. Ici, tout est plus convaincant, de l'écriture à l'exécution en passant par la production. On retrouve des traits typiques de classiques de la cold-wave: arpèges à la Cure époque "Faith", ambiances froides au possible; mais ça ne sonne pas non plus complètement comme un repompage appliqué, ouf ! Parce qu'en fait, ya aussi quelques breaks bien punk et un chant féminin atypique qui relèvent le tout. A l'arrivée, c'est parfois assez proche en "communauté d'esprit" de certains trucs post-punk / anarcho-punk du genre Lost Cherees ou Rubella Ballet, tiens. Après, je pense que le fan de early-Cure y  retrouvera ses petits, hein, mais c'est pas à réserver seulement aux corbaks ahaha. Les chansons sont bien torchés, le son aux petits oignons, bref c'est carrément cool. Ya juste la durée des chansons qui m'embête un peu mais je pinaille. (Ostavka)


LITOVSK "s/t" LP
Raaah merde, j'ai mis un max de temps à le récup' ce Lp, j'ai honte ! ahaha. Comme le groupe précédent, v'là un groupe Breton qui fait dans le post-punk / cold-wave mais en version rapide et punk, on va dire. Ouais, parce que les tempos sont ici quand même plus élevés que dans la moyenne du genre et la gratte est pas tout le temps sur des plans "arpèges en son clair à fond de reverb", mais bourrine sec aussi par instants. Bref, on est à mi chemin entre Cure (encore !) et des trucs punk anglais comme Zounds ou Omega Tribe, je trouve. Un des deux chants peut aussi évoquer des trucs "moody punk" genre Observers, tiens. Quoi qu'il en soit, c'est bien bien cool, bien entraînant et le refrain de plusieurs titres s'incruste directos dans le cerveau. Bonne dynamique tout du long, le truc cohérent de bout en bout que je ne vais pas écouter qu'une paire de fois, j'en suis certain: ya assez de substance pour que je le ressorte régulièrement. Seul petit bémol: un des deux chants est parfois un brin monotone, mais ça ne m'empêche pas de vous le conseiller ! (Litovsk )


BAKOUNINE / DISPOSE "split" LP
Aaahhhh enfin autre chose que de la cold-wave uhuhu ! Non, là c'est du D-Beat... et moi, j'y connais walou, en d-beat ! En fait, le jour où y'avait le cours sur Discharge à l'université du ponk, je crois bien que je devais être en train de jouer au baby et de boire des demis dans le bar à côté ! Mais par contre, la face Bakounine me le fait carrément: ça envoie le bois bien comme il faut, c'est agressif au possible, bref j'adhère. Je trouve même que certains titres (ceux avec le chant bien punk) tirent plus sur du fast-hc à la Crudos voir même sur les trucs les plus speeds de Poison Idea... mais d'après leur gratteux, ce que je crois être du fast-core, c'est du d-beat joué à fond les ballons héhéhé ! A l'arrivée on s'en tape, c'est juste très bon. Avec l'alternance de styles de chants (certains hurlés, d'autre plus traditionnellement hard-core), ça donne presque l'impression d'écouter une compile, des fois, mais c'est vraiment pas gênant bizarrement... Par contre, j'avoue que la face Dispose, j'ai un peu de mal: d-beat / raw punk, donc, avec les paroles en haïkus et tout, mais le son est tellement bof que j'ai du mal à rentrer dedans. Et la comparaison avec l'autre face ne joue pas en leur faveur, faut avouer. (Bakounine )

Bakounine: Chroniques de tournée 2012-2016
Et zou, un des gars de Bakounine a sorti ce petit zine et c'est bien fendard: toutes les âneries faites, les plans foireux rencontrés en tournée, faut avouer ça fait toujours bien rigoler, surtout quand c'est bien écrit comme c'est le cas ici (bah ouais, c'est le copaing qui sortait "Au paul emploi", donc ça gère !). A votre place, je me démerderais pour le choper. (boudoumterror at riseup point net)

ROTTEN EGGS SMELL TERRIBLE n°33
Terrible ! Le nouveau numéro du zine à Thierry ! En fait, cette fois il s'est fait un peu aider: Val de La Faute à Qui ? a interviewé Torquemada, Lolo de l'Oreille Cassée a interviewé Val du mythique zine Havrais Aliénation et ya aussi une nouvelle de Fred de Fort Gono et une autre (hilarante) d'un autre gars qui est décidément partout ! On rajoute des tas de trucs sur Washington Dead Cats, Headliners, Julie Colère, etc... du punk, de la oi!, du rock'n'roll dans tous les sens ! Indispensable, bien entendu. (3 euros + port: Mundodrama, BP 17, 12450 Luc la Primaube)


SEB and the RHAA DICKS "pop apocalyptique" CD
Deuxième album de cet excentrique lyonnais amateur de chaussettes de couleurs flashy. On retrouve les même éléments que sur le précédent: pop bricolée, punk tubesque, folk brinquebalante, new-wave iconoclaste, garage fantaisiste. Je sais pas vous, mais moi des fois il me rappel Camper Van Beethoven; mais si ces derniers avaient été une seule personne hyper-active hihihi ! Encore une fois, il arrive à nous pondre quelques petits hits évidents, turbulents et enjoués. Et encore une fois, j'ai un peu du mal à m'enfiler tout l'album d'une traite car il est épuisant, c't'homme là ! Le disque sort aussi en LP, et c'est vraiment le truc impecc' si vous en avez marre des groupes super codifiés ! (Seb & the rhââ dicks )

SLOW SLUSHY BOYS "whelk time ! 1994-1997" CD
Ah tiens, une sorte de best-of des savoyards reprenant des titres de leur deux 10' de 1995 et 1997 et de certains 45t de la même époque. Remarque, ça tombe bien, vu que ces disques doivent être épuisés depuis belle-lurette, j'imagine. Perso, c'est ma période préférée du groupe, la transition entre le garage 60's des débuts et la soul / r'n'b qu'ils pratiquent depuis bien quinze ans. A cette période, ils naviguaient dans un mélange de british-beat et de r'n'b revu par les groupes garage US des sixties, et leur son était vraiment super agréable, classe et racé. On notera une reprise excellente des Real Kids et plusieurs chansons qui rappellent finalement les Kinks: bonnard ! (Larsen )