Direct des Rencontres Radiorageuses 2018

Saaalut ! Vous ne l'attendiez plus ! On a cru qu'il était perdu ! Vous pensiez ne jamais plus pouvoir l'entendre ! On a cru qu'il s'agissait d'une légende urbaine, qu'il n'avait jamais existé, ou encore, qu'on avait plus de chance de voir une promesse électorale respectée que d'en entendre parler à nouveau ! Mais non, vous vous fourvoyiez, car il est là !

LE DIRECT DE RADIORAGEUSE 2018 !!!

Venez trembler, vous émouvoir, vous marrer et vous remémorer ces moments précieux ! Ca va vous mettre des paillettes dans les yeux mais ça fera pas mal !

Partie 1 :
- « Jean-Michel passe une mauvaise journée »
- « Attentat sonore » par des féministes racisé-e-s

Partie 2 :
- « ratte attaque »
- groupe pan-bi
- mouvement « prenons la ville » à Genève et féministe avec le GAP
- lutte anti-raciste avec « outrage » à Lausanne

Partie 3 :
- l'horoscope
- « le racisme existe aussi en Algérie » avec Sonia
- texte en musique de Mia

Partie 4 :
- « Hey, j'ai envie de leur dire que c'est important... »
- lecture de « Blanche tire sa révérence » de Barbara Neely avec Roxanne.

Et tous ça enrobé d'innombrables musiques dont on a pas tous les nom parce que en plus ils sont pas tous présentés bravo les collègues !

- Jarina de Marco - « Tigre »
- Reverie - « Black Heart »
- Petra Pied de Biche - « Boniche »
- Aja - « Brujeria » (FEAT Mitch Ferrino)
- « Bibifoc »
- Niagara - « Quand la ville dort »
- Princess Nokia - « Tomboy »
- Shiloh - « Dyke City » (Rack City Remix)
- Sianna - « Sur la tête de Marine le Pen »
- Lylice - « 28 ème jour »
- Tshegue - « Muanapoto »
- Mona Haydar - « Hijabi »

Et plein d'autres pépites !
Allez venez, laissez-vous embarquer dans la nébuleuse qui n'a pas finie de briller !
Bonne écoute.

Au moins 200 000 manifestants contre la loi sur la sécurité globale

Featured Video Play Icon

Featured Video Play Icon

  Malgré les contorsions de l’exécutif cette semaine autour de l’article 24 de la proposition loi, l’opposition au renforcement des pouvoirs de police monte d’un cran ce samedi. Les images extrêmement choquantes de violences policières contre les migrants lundi soir et […]

L’article Au moins 200 000 manifestants contre la loi sur la sécurité globale est apparu en premier sur Rapports de Force.

Un été à Berlin contre les expulsions et la gentrification

Table des matières

Avant-propos

I) Berlin, les House Projects et l'Interkiezionale
Projets menacés d'expulsion

II) Organiser la guerre sociale sans mouvement social
Appel pour les Jours J d'expulsion
Rejoignez-nous !
Compte rendu de la manif du 1er août 2020 "Sortons de la défensive"
Analyse critique de la manif du 1er août 2020 "Sortons de la défensive"
Compte rendu & analyse de la sauvage post-expulsion du 8 août 2020
Couleur et pierres contre la Startup Factory
Attaque de pavés sur des voitures de la société immobilières Vonovia
Destruction d'une bagnole de flics
Barricades enflammées contre l'expulsion
Attaque des locaux de Vonovia : boule de peinture et portes scellées à Leipzig
La boutique de serrurerie de l'expulsion hors service
Peinture et verre brisé pour Saga
La sauvage s'est faite défoncer, exprimons notre colère ailleurs
Du feu pour le Syndikat
Une pelleteuse Eurovia-Vinci incendiée
Tous les jours c'est pareil, on casse les vitres du SPD
De la couleur et des pierres pour le campus EUREF
Dussman incendié

III) Sur la défense collective et la répression
Infos sur l'anti-répression pour la manif du 1er août 2020

IV) Perspectives
Tract d'appel à solidarité contre l'expulsion de la Liebig34
Appel à la semaine d'action du 7 au 13 septembre 2020 à Berlin
Appel à la manif internationale à Berlin le 31 octobre 2020


Avant-propos

Durant l'été 2020, nous avons passé plusieurs semaines dans un House Project de Berlin, suite à l'invitation d'ami.es qui avaient déjà habité ici, pour aider les compagnon.nes sur place dans leur lutte contre l'expulsion de plusieurs lieux. Notre séjour s'est articulé autour de deux dates, celle de la manif du 1er août 2020 contre l'expulsion des projets menacés et celle du 7 août contre l'expulsion du bar collectif Syndikat. Ces quelques semaines, assez intenses, nous ont fortement marquées, tant par les lieux habités ou traversés que par les personnes rencontré-es ou notre participation sur place à plusieurs actions et manifestations. L'idée d'écrire cette brochure provient des nombreuses discussions et réflexions que nous avons eu sur place, entre nous ou avec d'autres habitant.es : il nous a paru rapidement indispensable de partager ce que nous étions en train de découvrir, d'abord pour inciter à plus de solidarité internationale, mais aussi parce que les formes d'engagements et d'organisations rencontrées nous semblaient inspirantes.

Il est important de garder en tête que la lutte sur place est loin d'être terminée, que cette brochure ne recherche pas l'exhaustivité et ne reflète que notre passage limité dans le temps et l'espace. D'autres actions sont prévues après notre départ, tout comme beaucoup d'autres actions nous ont précédé. Ce texte ne pourra jamais remplacer une expérience concrète, donc n'hésitez pas à vous rendre sur place !

Afin de rendre compte au plus près de la lutte contre les expulsions, nous avons rassemblé des éléments de contexte, des textes de présentation sur la manière dont la lutte s'organise issus de blogs de collectifs, des appels à manifestations et action directes et des communiqués d'actions publiés durant le temps de notre séjour. Nous voulons préciser que les différents éléments de contexte sont tirés de nos discussions avec des compagnon.nes sur place, de recherches historiques rapides et de ce que nous avons compris directement en participant à la lutte contre les expulsions. Tout ce que nous avons écrit a été relu ou validé par des habitant.es du House Project qui nous a hébergé. Les textes issus de blogs ont été traduits avec l'aide d'habitant.es du House Project et comme toutes traductions elles sont sujettes à une certaine interprétation. De plus, nous avons choisi de féminiser les textes allemands qui ne l'étaient pas pour rendre compte de la participation des meufs dans la lutte. Nous avons annoté par le sigle « NDA » (note des auteur.e.s) certains textes traduits pour faciliter leur compréhension.

Pour des raisons de sécurité numérique, nous conseillons vivement de visiter les liens qui figurent dans la brochure par l'intermédiaire du système d'exploitation Tails et du navigateur de recherche Tor.

Berlin, les Houses Projects et l'Interkiezionale

Les modes d'organisation que nous avons expérimentés nous semblent liés de près à la morphologie de la ville. Berlin est une ville beaucoup plus étendue et beaucoup moins dense que Paris. Il y a aussi plus de parcs qui restent ouverts toute la nuit. La limite entre le « centre » et la périphérie est moins marquée, voir difficile à cerner. Comme il y a moins de relief, et aussi pour des raisons de surveillance, tous nos déplacements se sont faits à vélo - et il est assez facile de s'en procurer ;). Pour le plus grand bonheur des individu.es mobiles, il n'y a presque pas de caméras, ce qui donne parfois l'impression étrange que tout est envisageable. D'autant plus qu'il est possible, à l'aide d'une simple carte découpée dans une bouteille en plastique, de pénétrer dans beaucoup de halls de la ville, ceux-ci donnant accès à des cours intérieures.

L'omniprésence des tags, les traces d'actions passées, les petites rues pavées, les parcs ouverts et les nombreux House Projects semblent rendre la ville plus habitable. Dans tout Berlin, on peut trouver plus de 200 House Projects. Ce sont des lieux d'habitation collectifs qui existent depuis la vague de squat des années 90. Après la chute du mur, durant plusieurs mois, l'Est Berlinois s'apparentait à une zone libre. Les flics de l'Ouest ne pouvaient pas encore se rendre à l'Est tandis que les flics de l'Est désertaient. Cette année a permis la réquisition d'énormément de bâtiments, certaines rues étaient même entièrement squattées. Cependant, après l'expulsion de tous les squats de la rue Mainzer qui a donné lieux à des émeutes sur plusieurs jours, de nombreux squats ont choisi la voie de la légalisation par peur de l'expulsion. La majorité des Houses Projects aujourd'hui à Berlin sont donc des anciens squats qui ont obtenu des baux précaires et ne sont parfois même plus considérés comme des lieux politiques. La plupart sont loués ou achetés individuellement voir collectivement, parfois à travers des sortes de coopératives, et peuvent aussi tout à fait être récupérés comme des lieux alternatifs qu'il fait bon avoir dans sonquartier branché. Certains House Projets, comme la Rigaer94 ou la Liebig34 sont cependant encore totalement ou partiellement squattés et sont ainsi emblématiques du Berlin autonome et révolutionnaire. Ces House Projects minoritaires qui refusent de négocier avec les pouvoirs publics ou le proprio subissent des menaces constantes d'expulsion.

En effet, Berlin n'échappe pas aux processus métropolitains propres au capitalisme mondialisé, et la plupart de ses quartiers « centraux » se gentrifient ou sont déjà totalement embourgeoisés. Les House Projects squattés sont un frein à la promotion immobilière, en plus d'être des lieux d'organisation politique. Ils subissent donc une double pression agissant conjointement : celle des propriétaires, souvent des grands groupes immobiliers qui ont racheté les immeubles et souhaitent aménager la parcelle ; celle des flics qui patrouillent autour en camion, stationnent à proximité ou harcèlent les habitant.es des House Projects les moins conciliants.

Les House Projects, bien que pratiquement tous situés à l'Est de Berlin, ne sont pas forcément dans des quartiers dits alliés. Certains sont même plutôt situés dans des quartiers définitivement perdus car trop avancés dans le processus de gentrification. Ils sont alors des îlots de résistance dans des quartiers devenus luxueux, entourés d'immeubles neufs, de restaurants pour jeunes branchés et d'espaces de co-working, mais n'hésitent pas à entretenir une dynamique offensive par rapport à leur voisinage. D'autres se trouvent dans des quartiers encore populaires mais en cours de gentrification. La question des rapports entre les House Projects et leur voisinage est donc un sujet majeur de réflexion.

Comme nous l'avons dit, les House Projects squattés subissent des menaces d'expulsion constantes. Et si chaque House Project est autonome dans son organisation, une structure inter-quartier, l'Interkiezionale (kiez signifie quartier), permet depuis 2018 de coordonner la lutte contre les expulsions en fédérant 7 ou 8 projets menacés, malgré certaines différences politiques. C'est l'Interkiezionale qui organise des manifestations ou qui publie des appels à soutien et à action lorsque des lieux sont menacés. Cette lutte contre les expulsions s'est articulée à la lutte contre la gentrification de la ville. Ce n'est plus seulement la question de la préservation des lieux existants, c'est une lutte pour une certaine vision de Berlin, comme peut le montrer ce communiqué tiré du blog de l'Interkiez :

Projets menacés d'expulsion
Attaquer la ville des riches - défendre les projets

La gentrification à Berlin se poursuit sans cesse. Non seulement les personnes mais aussi les espaces sont touchés : les espaces du mouvement radical, les espaces ouverts, les espaces plus sûrs pour les personnes discriminées, les espaces non commerciaux, les espaces de la sous-culture, les réseaux politiques et les espaces où les gens essaient de vivre des utopies concrètes.

Une lutte - un combat

Ces dernières années, des espaces tels que le projet de maison Liebig14, le centre de jeunesse Drugstore, l'espace communautaire Friedel54, l'espace DieselA & Sabot Garden occupé par des roulottes (« wagon place »), l'occupation de la O- Platz et l'école occupée sur la Ohlauer Straße ont déjà disparu.

Mais cela ne s'arrête pas là. De nombreuxautres espaces sont actuellement menacés. Le centre de jeunesse Potse, le House Project Liebig34 et le bar collectif Syndikat & Meuterei s'attendent à une expulsion avant la fin de l'année (NDA : le Syndikat a été expulsé le 7 août 2020). D'autres espaces comme le House Project Rigaer94, le House Project Köpi137, la maison communautaire Lause10/11 ou le jardin communautaire Prachttomate sont confrontés à une menace similaire dans un avenir proche. (NDA : les projets portent souvent le nom de la rue dans la quelle ils se trouvent).

Pas d'espace - pas de mouvement

Ce sont des espaces qui vivent et se battent pour un Berlin différent : un Berlin dans lequel nous connaissons nos voisins, dans lequel nous créons nos maisons et notre quartier ensemble et déterminons conjointement la manière dont l'espace public est utilisé. Un Berlin où il y a de la place pour des manières de vivre que nous choisissons par nous-mêmes. Un Berlin dans lequel nous pouvons expérimenter des alternatives aux relations d'exploitation et d'oppression du travail salarié, du travail du care, du système éducatif, du loyer et de la propriété.

Comment voulons-nous nous battre pour une telle ville lorsque ces espaces sont expulsés ? Où nous réunissons-nous pour des assemblées ? Où peignons-nous des banderoles ? Où pouvons-nous organiser des événements pour nous éduquer ? Où pouvons-nous organiser des événements non commerciaux et sous-culturels, des concerts, des groupes de lecture, des ateliers, des formations ou avoir une cantine populaire ? Où peut-on se sentir en sécurité face à la violence patriarcale et raciste ? Où pouvons-nous nous réunir loin du contrôle autoritaire - par exemple des parents, des enseignants, des professeurs, de la police, des supérieurs ou du personnel de sécurité - ou sans rien consommer ?

Dans notre lutte pour une ville vivable, la lutte pour ces projets est un élément essentiel. Nous luttons pour la préservation de :

Liebig34 : La Liebig34 est un House Project anarchiste, queer-féministe et auto-organisé, situé directement sur la "Dorfplatz" à Berlin dans le quartier Friedrichshain. La maison est utilisée par différents collectifs : l'info-kiosque "Daneben", le L34-bar et le collectif d'habitant.es qui est organisé sans mec cis. Des personnes du monde entier, avec des origines et des identités de genre différentes.
Il est urgent de créer des espaces où nous pouvons expérimenter la vie collective, modifier le genre et l'identité, où nous pouvons développer, étendre et exercer des structures anti-patriarcales, des espaces où nous révélons les structures de pouvoir et les privilèges et où nous pouvons nous renforcer mutuellement.
Notre contrat s'est terminé en décembre 2018 et le propriétaire G. Padovicz a refusé de le prolonger, mais nous sommes resté.es. Le 3 juin 2020, le tribunal a tranché en faveur de notre propriétaire et nous nous préparons maintenant à l'annonce de notre jour d'expulsion (NDA : l'expulsion de la Liebig34 est prévue pour la mi-septembre 2020).

Meuterei : Meuterei est un pub de quartier organisé collectivement à Berlin dans le quartier de Kreuzberg depuis près de 11 ans. Il sert de lieu de rencontre, de salle de réunion ou de lieu d'information et de manifestations musicales pour les gens de la scène et du quartier. Depuis un an maintenant, le pub existe sans contrat de location et risque une expulsion, car Goran Nenadic de Zelos Properties ne veut pas prolonger le contrat de location et est arrivé avec des offres d'achat absurdes entre 650.000 et 750.000€.

Syndikat : Syndikat est un bar collectif qui existe depuis 1985 à Berlin dans le quartier de Neukölln. Dès le début, ce fut plus qu'un bar habituel, mais plutôt une salle de séjour étendue et un espace d'organisation pour les résident.es et au-delà. En 2018, son contrat a été résilié sans raison et sans négociations. Des recherches menées par le collectif et ses amis ont mis au jour un réseau de boîtes aux lettres appartenant à la famille milliardaire britannique Pears. Jusqu'alors totalement inconnues à Berlin, elles font aujourd'hui partie des 10 plus grands propriétaires immobiliers de Berlin. Le procès devant le tribunal a été perdu en novembre 2019 et l'expulsion est datée du 7 août.

Potse : Le Potse et le drugstore sont les deux plus anciens centres autonomes de jeunesse à Berlin. Depuis près de 50 ans, les jeunes ont une activité antifasciste, non commerciale et autonome à Berlin dans le quartier de Schöneberg. En 2015, cependant, le district berlinois de Tempelhof-Schöneberg a arrêté de payer leur loyer et a mis fin à leur contrat. Les loyers n'étaient plus abordables car le quartier connaissait une violente gentrification. Les 2 centres de jeunesses autonomes ont été remplacés par l'agence de cohabitation et de co working Rent 24 et l'école de commerce BSBI. Fin 2018, le Drugstore a dû mettre les clés sous la porte. Le Potse continue d'occuper les lieux afin d'exercer une pression sur les politiciens et de lutter pour des espaces alternatifs. Le 8 juillet, le tribunal a ordonné l'évacuation du centre de jeunesse.

Et davantage :
Hausprojekt B5355 (le contrat touche bientôt à sa fin) - Wagenplatz DieselA (squatté depuis septembre 2018, s'est fait expulser et a déménagé, nouvelle occupation depuis juin 2020) - Kiezladen Friedel54 (expulsé en juin 2017, en exil jusqu'à ce qu'iels trouvent un nouveau lieu en juin 2020) - Großbeerenstr.17A (expulsion illégale en avril 2019) - Hausprojekt Köpi137 (les propriétaires ont vendu au printemps 2020, avenir incertain) - Hausgemeinschaft Lause 10/11 (menacé depuis un changement de propriétaire en 2017) - Besetzte Ohlauer Schule (expulsé en janvier 2018) - Jugendzentrum Drugstore (en exil depuis décembre2018) - Hausprojekt Rigaer94 (le gouvernement cherche des moyens de les expulser, propriétaire inconnu) - Wagenplatz Sabot Garden & öffentliche Brache “Widerst(r)and” (squatté sous le nom de DieselA en septembre 2018, expulsion illégale en février 2020) - Gemeinschaftsgarten Prachttomate (menacé d'expulsion depuis novembre 2018, futur incertain).

Organiser la guerre sociale sans mouvement social

En France, nos luttes se structurent généralement autour des « mouvements sociaux ». Mis à part lors du dernier mouvement des gilets jaunes, les manifestations, blocages, occupations et actions se concentrent majoritairement pendant quelques mois, lorsque les syndicats majoritaires décident de hausser le ton pour tenter de s'imposer dans des négociations autour d'une loi ou d'une restructuration d'entreprise. C'est triste à constater, mais nous n'avons pas encore réussi à dépasser cette temporalité qui nous échappe, et le cortège de tête en est l'exemple le plus flagrant : l'expression de notre radicalité peine parfois à dépasser les manifestations syndicales.

En Allemagne, il n'y a plus de mouvements sociaux à proprement parler. Ou plutôt, la pacification semble plus étendue encore qu'en France. Imaginez que la CFDT devienne le modèle du syndicalisme : plus de grèves massives, plus de manifs tous les jeudis et surtout vous n'êtes vraiment plus les bienvenu.es en tête des cortèges. Les festivités du 1er mai sont organisées par la mairie donc vous n'êtes plus les bienvenu-es non plus.

Pour exister politiquement, s'organiser et se défendre, les compagnon.nes ne peuvent compter que sur elleux-mêmes. Ainsi, les groupes autonomes constituent une force politique à part entière. Les différents groupes affinitaires, qui ne correspondent pas toujours aux différents House Projects, se rencontrent régulièrement pour réfléchir aux stratégies les plus adaptées selon leur analyse du rapport de force actuel et planifient leur propre calendrier d'actions ou de manifs de façon autonome, puis se répartissent les taches d'organisation. Il nous a semblé que l'autonomie des compagnon.es quant à leurs pratiques de luttes permet une importante diversité de modes d'actions. Des actions centralisés ou décentralisés, appelées publiquement ou entre groupes affinitaires, offensives ou plus conviviales peuvent très bien cohabiter sans qu'il y ait de hiérarchie entre elles. Par exemple, dans la mobilisation contre l'expulsion du Syndikat, il y a eu des rassemblements, des manifs appelées publiquement, des manifs sauvages (appelées Sponti) et des actions décentralisées. Construire sa propre force politique permet ainsi d'être autonome quant à la façon de mener une lutte. Voici un exemple d'une des façons dont l'Interkiezionale compte réagir à l'expulsion des projets menacés :

Appel pour les "Jour J" d'expulsion :

Nous appelons à des actions décentralisées et à une manif sauvage déter et vener à 21H, le jour de l'expulsion (jour J). Cela signifie que si le Syndikat, Liebig34, Potse ou Meuterei sont expulsés, il y aura des actions décentralisées dans la journée et une manif sauvage à 21H. Le point de départ sera annoncé ici dans la journée. On ne sait pas encore si le jour J sera annoncé à l'avance par les flics. C'est la raison pour laquelle nous appelons à des actions décentralisées toute la journée dans Berlin et ailleurs. Préparons-nous et agissons de manière auto-organisée !

Mais nous ne voulons pas seulement attendre le jour J. Invitez-nous à vos événements pour des moments d'information, venez à Berlin ou organisez des actions dans vos propres villes. Soyons créatives, solidaires, résistantes et militantes, contre la ville des riches, défendons nos squats !

Ce texte et le suivant proviennent de l'Interkiezonale et peuvent être retrouvés ici en anglais.

Rejoignez-nous !

Pour nous, le jour J (jour de l'expulsion) c'est déjà trop tard. Nous voulons empêcher une expulsion et nous défendrons nos espaces quoi qu'il arrive. C'est pourquoi nous luttons déjà contre ceux qui veulent nous expulser : entre autres les propriétaires, les tribunaux, la police et le Sénat de Berlin. Des élections auront lieu à Berlin l'année prochaine et ceux qui vendent la ville cherchent des voix. La dernière chose que les partis gouvernementaux veulent, ce sont des émeutes et des actions directes qui assombrissent leur campagne électorale.

Vous voulez vous battre avec nous ? Invitez-nous à des événements d'information, passez nous voir ou faites des actions dans votre propre Kiez et votre ville. Surveillez les annonces, venez à nos événements d'information. Soyons créatif.ives, solidaires, résistant.es et militant.es. Contre la ville des riches - défendons les projets !

En plus de ces appels à sponti (manif sauvage) les jours d'expulsion, l'Interkiezionale organise aussi des manifestations déclarées. L'auto-organisation de ses propres manifs permet une meilleure préparation de celles-ci. Le trajet est pensé pour permettre le plus de conflictualité possible, des points de départ en sponti et des points de dispersion sont planifiés à l'avance, des codes visuels et sonores sont choisis, un plan B est prévu, les premières lignes sont pré-établies. Une carte de la manif avec le parcours et les points de tensions potentiels est rendu publique quelques jours avant les manifs. Organiser des manifs avec ses propres forces permet aussi de se sentir plus à l'aise quant à certaines pratiques : tout le monde est masqué, ganté, vêtu de noir et personne ne viendra vous faire la morale si vous vous en prenez à la première banque qui passe. Le 1er Août 2020 a eu lieu une manifestation déclarée, organisée par l'Interkiezoniale, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes avec un fort degré d'intensité. Voici un compte rendu par l'Interkiezionale de cette manif.

(...)

Parallèlement à ces moments de manifs déclarées ou sauvages il y a eu, pendant notre séjour, beaucoup d'actions directes réunissant parfois un grand nombre de compagnon.nes et pouvant être synchronisées dans plusieurs villes/secteurs différentes pour faire pression contre les expulsions. Nous vous avons traduit quelques communiqués d'actions en lien avec le mouvement qui ont eu lieu pendant que nous étions sur place, vous pouvez les retrouver en allemand pour la plupart sur le site chronik.blackblogs.org :

Couleur et pierres contre la Startup Factory

2 août 2020, Berlin

Le 1er août 2020, une manifestation organisée à l'échelle nationale sous le slogan "Sortons de la défensive" a eu lieu à Neukölln. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre les prochaines expulsions du Syndicat, et d'autres projets menacés tels que la Liebig 34, le Potse/Droguerie, la Mutinerie et Rigaer94. Du début à sa dissolution prématurée, la manifestation a été exceptionnellement puissante et dynamique.

Plusieurs lieux symboliques de la répression et de l'embourgeoisement ont été attaqués pendant la manifestation, et même après la dissolution, les gens marchaient encore dans les rues en petits groupes pour exprimer leur colère. Dans la soirée, une manifestation spontanée a eu lieu à travers le Prenzlauer Berg. Nous étions très heureux.ses de cette manifestation, pour laquelle beaucoup de gens avaient évidemment déjà pensé à des actions décentralisées.

Nous aussi, nous ne voulions pas laisser cette journée se terminer et nous voulions apporter une nouvelle contribution à l'Interkiezionale. Dans la nuit du 1er au 2 août, nous avons visité la startup Factory de Treptow. Avec beaucoup de gens, nous avons attaqué le bâtiment avec des pierres et de la peinture . Certains spectateurs ont remarqué l'action et ont demandé si nous étions des Antifa et s'ils pouvaient participer. Il est évident qu'il y a aussi des personnes en dehors de nos structures qui ne veulent pas accepter les conditions qui prévalent et qui comprennent et partagent notre langage et notre motivation. Dans la Factory, la nouvelle classe créative et enthousiaste de la technologie se réunit et, sous le patronage de grandes sociétés de technologie et d'investissement, elle est censée faire vivre son idée de start-up. Les lieux comme la Factory ont un effet rétroactif sur le quartier dans lequel ils s'installent. Depuis des années, Berlin tente de devenir le nouveau point chaud de la scène des start-up. Le fait que cela change la ville au détriment des personnes à faibles revenus est politiquement calculé et voulu.

Nous continuerons à lutter contre le bradage de la ville et à empêcher l'expulsion de nos lieux et projets.

Vendredi prochain, le 7 août 2020, le Syndikat, en tant que premier des projets menacés sera évacué. Si l'on en arrive là, le jour X sera déclaré.

Nos idées et nos conceptions d'un autre monde ne peuvent pas être effacées !
Sortons de la défensive !

Attaque de pavés sur des voitures de la société immobilière Vonovia
Réaction militante à l'occupation du Schillerkiez, quartier du squat Syndikat

6 août 2020, Berlin

Nous sommes partis en petit groupe hier soir pour mettre hors service trois voitures de l'entreprise Vonovia [1] à trois endroits différents de la ville. Nous avons utilisé des pavés pour nous assurer que les voitures seraient belles et bien hors d'usage le jour suivant.

Cette action est une réaction à l'opération d'expulsion du Syndikat qui a commencé hier. Le SPD, la gauche, les Verts et leurs sbires ont décidé d'occuper le quartier résidentiel environnant deux jours avant l'expulsion de demain pour réprimer les protestations. L'autorité chargée d'accepter ou non les rassemblements et manifs, qui pendant des semaines n'a tout simplement pas réagi à l'enregistrement de la « Longue Nuit » [2] de la Weisestraße, l'a maintenant interdite en coordination avec les flics responsables du plan d'expulsion. Cette stratégie montre qu'il est définitivement temps de passer de la protestation à la résistance.

Il existe une longue pratique militante contre les grandes sociétés immobilières comme Vonovia. En lançant nos pavés, nous sabotons leurs opérations et développons nos compétences en matière de conspiration, qui font tout simplement partie intégrante de journées comme celle-ci.

Défendons le Syndikat !
Vive la solidarité inter-quartiers !

Destruction d'une bagnole de flics
Une patrouille dispensée

7 août 2020, Berlin Kreuzberg

Bonjour, chers porcs,

A l'occasion de l'expulsion du Syndikat, nous avons brisé les vitres de l'une de vos bagnoles devant l'hôpital Urban.
Mais ne vous inquiétez pas, vous pourrez les retrouver en mille morceaux sur le siège de votre voiture.

Amusez-vous bien à les assembler !

Syndikat Jour J – Barricades enflammées contre l'expulsion

7 août 2020, Berlin

Alors que des centaines de personnes étaient dans les rues de Schillerkiez, s'opposant aux sbires du capital, nous avons décidé de saboter l'expulsion du Syndicat à un autre endroit. Avec des pneus et quelques litres d'essence, nous avons barricadé le Britzer Damm [3] à 5h30 du matin, à la hauteur de l'accès à l'autoroute , qui a ensuite été fermée pendant plus d'une heure. Depuis le pont piéton, une banderole a fleuri enmême temps, visible de loin : « Feu et flammes pour la ville des riches - le Syndikat reste ! »

Le gouvernement du SPD, des Verts et de la Gauche a montré une fois de plus comment il défend les intérêts du capital : avec la violence de ses tas d'ordures en uniforme. Notre haine est dirigée envers ceux qui sont au pouvoir, notre sympathie et notre solidarité vont au peuple qui lutte pour une ville d'en bas !

P.S. : +++ 21 heures Day-X Sponti Richardplatz +++

Attaque des locaux de Vonovia à la boule de peinture et portes scellées à l'est de Leipzig

7 août 2020, Leipzig

Dans la nuit du 6 au 7 août, nous avons laissé un petit message de solidarité pour le Syndikat du quartier Schiller de Berlin sur la façade du site de Vonovia dans la Oststraße.

Si vous nous prenez nos locaux, nous savons qu'ensuite ils participeront de manière significative à la planification, à la construction et à l'obtention de revenus dans les villes des riches - qu'il s'agisse d'une société de boîtes aux lettres ou d'une société immobilière de plusieurs milliards de dollars.

Une lutte, un combat !

La boutique de serrurerie hors service

7 août 2020, Berlin - Charlottenburg [4]

Le service de serrurerie "Karlheinz Hinz" qui a été sollicité par l'huissier, ne participera pas au spectacle de l'expulsion du Syndikat.

Vers 3 h 30 du matin, toutes les vitrines de son magasin au 93 de la Kaiserin-Augusta-Allee à Charlottenburg ont été détruites. Sa voiture a été aplatie et du hareng fermenté (une friandise suédoise qui sent mauvais) a été versée dans la cabine du conducteur.

Chaque expulsion a son prix !

Commentaire : Fenêtres brisées sur la flottwellstraße près de Ziegert
7 août 2020
Pendant la nuit, les fenêtres de deux salles d'exposition de Ziegert-immobauten dans la flottwellstraße ont été endommagées.

Peinture et verre brisé pour SAGA, un cadeau pour Schenz

8 août 2020, Hambourg

En réponse à l'expulsion du Syndikat, nous avons décidé d'attaquer un acteur local du déplacement de population et de l'embourgeoisement. Nous, une cellule anti-terroriste autonome, avons été obligés de décorer la façade du bureau de gestion de biens de la SAGA (Methfesselstraße 37, Eimsbüttel) dans la nuit du jour J. Avec 10 bombes de peinture, faites de simples bombes à eau et de peinture murale dissoute dans l'eau, une pierre et des graffitis , nous avons reçu la mission de venger l'expulsion du Syndikat ! Le pavé est un beau cadeau et la vitrine est percée d'un trou de 20 cm de large. Les bombes de peinture décorent maintenant la façade du bâtiment en rouge et annonce "Syndi lives" - en signe de solidarité avec le Syndikat malheureusement expulsé.

SAGA est le premier groupe immobilier de Hambourg et possède plus de 135 000 appartements et plus de 1 500 immeubles commerciaux. Cela en fait l'une des forces les plus puissantes de l'embourgeoisement de notre ville. (...) Nous n'accepterons ni ne tolérerons que nos quartiers et nos espaces ouverts soient encore plus dégradés ! C'est une raison suffisante pour mener à bien une telle action. ALERTA !

Jour J : La sauvage s'est faite défoncer - Nous avons exprimé notre colère ailleurs

8 août 2020, Berlin

Au cours des dernières semaines, des émeutes répétées ont eu lieu à Berlin entre des personnes déter et les flics. Que ce soit parmi les jeunes qui traînent aux parcs Mauer et Gleisdreieckspark, de manière spontanée ou lors de manifestations. (NDA : pendant la crise du coronavirus des jeunes se réunissaient dans les parcs cités pour s'attaquer à la police).

Lors de la manifestation de samedi dernier, plusieurs centaines de flics ont dû manger des pierres et divers autres objets jetables. En outre, des bâtiments et des institutions qui, selon nous, représentent la ville des riches, ont été attaqués. Un sentiment d'impuissance, qui prévaut souvent lors des manifestations (berlinoises), a été collectivement brisé et transformé en une dynamique offensive.

Après que la sauvage du Jour J ait été arrêtée et encerclée après 50m la nuit dernière, nous avons utilisé le courage gagné ces dernières semaines pour exprimer ailleurs notre colère à propos de l'expulsion du SyndiKat. La même nuit, nous avons attaqué le bureau de la société immobilière Covivo et martelé ses fenêtres . Covivo est l'une des plus grandes sociétés immobilières d'Europe et possède également 40 000 unités résidentielles en Allemagne. Ici, à Berlin, ils font la publicité de la vie branchée dans le centre-ville.

Surtout lorsque les manifestations se soldent en défaites, sont arrêtées ou dispersées, la soirée n'est pas terminée pour nous, elle ne fait que commencer !

En solidarité avec le Syndikat et tous les autres projets menacés ! Flics, chacals de l'immobilier – cassez-vous de nos villes !

Du feu pour le Syndikat

8 août 2020, Berlin

Dans la nuit du 8 au 9 août, nous avons laissé un camion de l'entreprise de construction Strabag partir en flammes dans la Wadowstraße. Après l'expulsion du Syndikat et la destruction de plusieurs de nos manifs par les flics, nous tenons notre promesse de rembourser ces attaques par des dommages matériels.

Prolongez le jour J !

Une pelleteuse Eurovia-Vinci incendiée

9 août 2020, Berlin

Dans la nuit du dimanche 9 août, nous avons mis le feu à une pelleteuse appartenant au géant français de la construction Eurovia-Vinci dans la rue Alexandrinens à Berlin dans le quartier de Mitte. Ce groupe gagne son argent, entre autres, grâce au commerce de l'enfermement, sous forme de projets de construction de prisons, de construction de camps de détention de sans papiers ou de sécurisation des frontières. Mais Eurovia- Vinci est aussi un acteur majeur dans les projets d'infrastructures tels que les autoroutes et les aéroports, et est responsable de la destruction massive de la planète et de la transformation de notre environnement en désert de béton.

C'est donc une cible appropriée pour exprimer notre colère face à l'existant et, actuellement, contre l'évacuation d'espaces collectifs et auto-organisés tels que le Syndikat vendredi dernier. Mais cette attaque doit également être comprise comme un geste de solidarité avec les prisonnier.es et en particulier avec les accusé.es du procès de Parkbank à Hambourg [5]. Même si la situation a été un peu plus calme ces derniers temps, nous ne vous avons certainement pas oublié ! Salutations chaleureuses et beaucoup de force ! (A)

Tous les jours c'est pareil, on casse les vitres du SPD

10 août 2020, Berlin

Ce que le SPD de Berlin [6] et les flics n'ont pas signalé jusqu'à aujourd'hui, ce sont les fenêtres brisées du bureau du SPD de Thomas Isenberg dans le centre commercial de Hansaplatz, dans le quartier de Tiergarten à Berlin, avec le slogan "chaque expulsion a son prix".

Le même bureau a déjà été la cible de jets de pierres en 2017.

Les lignes de conflit sur le terrain sont restées les mêmes. Un service de sécurité privé vient d'être engagé pour patrouiller sur la Hansaplatz afin d'expulser les sans-abri. 40% des coûts sont payés par le district.

Que les expulsions s'arrêtent maintenant !

De la couleur et des pierres pour le campus EUREF - Chaque expulsion a son prix

11 août 2020, Berlin

Au bord de l'île rouge à Schöneberg, un "quartier urbain intelligent" [7] se développe depuis 2008 autour du « gazomètre » sous le nom de Forum européen de l'énergie, ou Campus EUREF en abrégé. Des dizaines d'entreprises font des recherches et développent la "ville intelligente du futur" sur le site, qui sert de référence pour la stratégie de la ville intelligente du Land (NDA : région) de Berlin, au sein d'un consortium de grandes sociétés établies comme la Deutsche Bahn, GASAG ou bientôt Tesla et des start-ups. Un véritable laboratoire pour rendre Berlin attrayante en tant que site technologique sur le marché mondial.

Mais à y regarder de plus près, ce qui est présenté ici sous le couvert de la protection du climat et de la durabilité se révèle être un cauchemar cybernétique. Après tout, la ville intelligente et le réseau global qui l'accompagne impliquent avant tout un contrôle de grande envergure. Pour qu'une ville devienne intelligente, elle a besoin d'une énorme quantité de données, et chaque mouvement doit donc être enregistré et évalué afin d'être valorisée puis rentabilisée. Cela rend le comportement des habitant.es de plus en plus prévisible et contrôlable, et c'est précisément l'intérêt des entreprises qui travaillent sans relâche à la restructuration de la ville à l'aide d'innovations technologiques. Il est évident qu'il n'y aura pas de place pour une vie autodéterminée et des espaces incontrôlés au-delà du recyclage et de la consommation [8].

Mais attention, là où des visions d'un avenir effrayant prennent forme, là où les machines sont censées apprendre à agir et à se déplacer de manière autonome, les lanceurs de pierres autonomes ne sont parfois pas loin. Nous aussi, dans la nuit du 11 août, nous avons déclaré que cet endroit était notre véritable laboratoire et nous nous sommes entraînés à jeter des pierres et des verres de couleur en tant que spectateur.trices indésirables. Deux immeubles de bureaux sur le site sont maintenant bien sales et la caméra est devenue aveugle grâce à notre extincteur de peinture. (...) La raison de notre action est l'expulsion du Syndikat vendredi dernier, qui nous met sacrément en colère.

(...)

Sur la défense collective et la répression

La question de la répression et la façon de s'organiser face à celle-ci a été très présente lors de notre passage. Nous avons été impressionné.es par la volonté de se défendre collectivement. Pour vous donner une idée, voici une série d'infos partagées sur le blog de l'Interkiezonale visant à se préparer au mieux à la manifestation du 1er août.

Infos sur l'anti-répression pour la manif du 1er août

La manif aura lieu dans le quartier de Neukölln à Berlin. Le Nord Neukölln est depuis longtemps un quartier où vivent des personnes précaires et aux faibles revenus, et aussi des personnes issues de l'immigration. Jusqu'il y a quelques années, le quartier était composé d'appartements et au rez-de-chaussée des kiosques, des bars à chicha, des boulangeries, des épiceries et des petits commerces. Le secteur s'est de plus en plus gentrifié depuis quelques temps maintenant. Du coup, des cafés et magasins hors de prix ainsi qu'une population plus aisée s'est installée à la place des anciens petits magasins et locataires. De plus en plus de magasins ou de grandes entreprises aparaissent sur les places et dans les rues principales de Neukölln. Ces dernières années, l'État a notamment contribué à l'embourgeoisement et au déplacement des habitant-es. Les grands projets de construction, les raids réguliers contre les petites entreprises de migrants et les flics qui criminalisent et expulsent les gens dans la rue jouent un rôle central dans le changement qui a lieu à Neukölln. Le quartier abrite également le Syndikat, le bar menacé d'expulsion.

[...]

Quelques tactiques des flics de Berlin :

Les flics berlinois ont une tactique anti-insurrectionnelle vieille de dix ans, dont certaines sont spécifiques à Berlin. Les représentations suivantes sont basées sur des expériences du passé et ne constituent pas une prédiction de la stratégie des flics ce jour-là.

Une procédure courante pour les manifestations autonomes consiste à encercler le point de départ de la manifestation et à contrôler et fouiller les personnes qui veulent se rendre au point de départ. En outre, mais moins fréquemment, les flics contrôlent les routes et les stations de métro à proximité. Il est rare que les flics contrôlent les points d'accès à Berlin (gare centrale, Ostkreuz, etc.).

Souvent, les flics essaient de contrôler les manifs en marchant à proximité ou en se plaçant en rang juste à côté de la manif. Dans des cas extrêmes, les flics créent une nasse ambulante, où la manifestation est accompagnée de près par des flics de tous les côtés. Les flics de Berlin filment beaucoup et se concentrent sur des détails tels que les chaussures ou d'autres caractéristiques des vêtements (marques, coutures colorées, patchs, etc.). Outre l'obtention de "preuves", l'objectif est d'identifier les auteur.trices présumé.es à un stade ultérieur, car les arrestations n'ont souvent lieu qu'à ce moment-là.

Les flics attendent souvent la dissolution officielle de la manifestation ou arrêtent même les gens des heures plus tard dans les rues autour de la manifestation.

Comment vous préparer à la manifestation :

Portez des masques et des gants pour vous protéger et protéger les autres. Familiarisez-vous à l'avance avec l'itinéraire et les environs. Réfléchissez à la façon dont vous pouvez participer à la manif avec votre ami.e, vos ami.es et/ou votre groupe affinitaire afin de prendre vous-même des initiatives. Faites attention aux personnes qui vous entourent et aux annonces par mégaphone. Si vous observez des arrestations, signalez-le à l'équipe juridique.

(...)

Ce que vous devez laisser à la maison : téléphone portable privé, stupéfiants, objets pouvant servir d'armes, chiens, vélos.
Ce que vous devez apporter : un masque, des gants.
Ce qui peut être cool d'avoir : la carte d'action imprimée, banderoles, parapluie, veste de pluie ou vêtements de rechange.

Lieux de couchage :

Veuillez envoyer toutes les demandes et offres le plus tôt possible à : interkiezkissen[at]riseup.net.

[...]

La version originale en anglais peut être retrouvée ici :
https://eninterkiezionale.noblogs.org/

mande pour sa gestion anti-émeute basée sur la désescalade, c'est-à-dire la diminution de la tension entre flics et manifestant.es, comparée à une police française jugée trop agressive. A certains moments, nous avons eu l'impression que la police choisissait effectivement d'éviter de rentrer dans la foule, là ou on aurait bien imaginé des BRAV charger et matraquer dans le tas. A ces moments là, les anti-émeutes allemands se contentaient de bloquer la manif ou de « pousser ». ACAB cependant, et les anti-émeutes allemands sont aussi bourrins et violents que leurs homologues français. Ils peuvent décider de disperser la manif, sans gaz, sans flashball, mais par de longues charges en colonnes, à coups de poings. L'organisation de la manif prend en compte ce type d'intervention et souvent les premières lignes pré-organisées, compactes ou équipées de banderoles, tentent d'empêcher ces incursions. Les garde-à-vue sont moins longues, mais la détention provisoire plus fréquente, notamment pour les étranger.es.

Un autre élément qui nous a marqué, c'est une certaine forme de rigueur dans l'organisation. De ce qu'on a vu, les gens arrivent à l'heure (quelle que soit l'heure), et quelque soit la météo, ne boivent pas d'alcool dans les réunions, s'écoutent, viennent sans leurs portables ou sont capables de se transmettre des messages rapidement sans passer par les moyens de communication traditionnels, réalisent leurs tâches à temps et sans qu'on les relance, ne parlent pas de tout n'importe quand et n'importe où. Et tous ces éléments relèvent de l'évidence, c'est à dire que les 57 compagnon.nes ne prennent même plus la peine de les préciser. Là ou parfois en France on a l'impression que ce sont les mêmes personnes qui galèrent à répéter toujours les mêmes infos ou à demander de respecter des protocoles de sécurité basiques, sur place ces questions ne se posaient même pas. C'est peut-être caractéristique du lieu et des gens que nous avons rencontré, mais ces pratiques semblaient tout de même répandues.

Pour certain.es d'entre nous, il a semblé lourd de s'organiser avec autant de rigueur. Pour d'autres cette rigueur était nécessaire à leur participation aux actions. Dans tous les cas, selon nous, il manquait parfois un travail d'accompagnement et de care entre les gens qui pourrait très bien s'articuler avec cette rigueur.

Malheureusement, c'est peut-être le renseignement et la criminalisation des compagnon.nes qui engendre cette rigueur. En effet, les personnes les plus ciblées par la police ou la justice ne sont pas mises au ban de la lutte, mais c'est l'organisation collective qui s'adapte à leur besoin de sécurité. Par ailleurs, le renseignement allemand, c'est autre chose que chez nous. On a entendu pléthore d'affaires où les compagnon.nes apprenaient dans leurs dossiers qu'ielles étaient suivi.es, que leur ADN les avaient trahi.es ou qu'ielles étaient sur écoute. On nous a même raconté une histoire où la voiture d'un.e compagnon.ne avait été remplacée par une reproduction au détail près équipée de micro et de GPS. Les compagnon.nes s'organisent en prenant sérieusement en compte la menace du renseignement et attendent que vous fassiez de même. Penser la possibilité des filatures, des écoutes etc n'est pas considéré comme une peur exagérée mais comme une nécessité pour éviter de se faire prendre.

En plus de la répression générale du mouvement, certains lieux connaissent une répression spécifique ciblée géographiquement. A Berlin, il existe des « Danger zones », des zones définies par les keufs où ils peuvent contrôler, fouiller, ou arrêter les personnes sans motif, pénétrer les logements et perquisitionner sans avis du juge. Il en existe une par exemple pour le Gorlitzer Park, réputé pour être une zone de vente de drogue, mais aussi sur la rue Rigaerstrasse, qui abrite entre autre deux House Projects anarchistes et combatifs, la Rigaer94 et la Liebig34. Dans les faits, cela permet aux flics de venir et d'intervenir comme bon leur semble dans la zone dite dangereuse.

Dans le cas de la Rigaerstrasse, la zone n'est même pas officiellement délimitée géographiquement, sûrement pour empêcher une organisation collective contre celle-ci, et les patrouilles sont incessantes. Il est arrivé que des camions de flics restent devant la porte des lieux, contrôlent toutes les personnes qui souhaitent y rentrer et vérifient que leur domiciliation officielle corresponde. Les flics peuvent même interdire à une personne de revenir sur la zone pendant 48h. Ils ont également mené un raid début juillet 2020 contre Rigaer94, occupant une petite partie de l'immeuble pendant plusieurs semaines après avoir découpé la porte d'entrée, sans autorisation préalable d'un juge. Pour un marché ouvert à prix libre ou pour un concert de rap, les flics ont déjà déboulé et attaqué les compagnon.nes, qui n'ont pas tardé à riposter à coups de pierres ou de barricades.

Perspectives

Si nous écrivons cette brochure, c'est à la fois pour partager l'expérience de la lutte berlinoise contre la gentrification et pour nous inspirer des modes d'organisation des compagnon.nes de Berlin. Depuis trop longtemps nous faisons le constat d'un manque de coopération entre les groupes à Paris. Combien de fois avons-nous renoncé à certaines actions car nous nous sentions incapables de réunir suffisamment de personnes pour les réaliser ? Que chaque groupe ait ses propres objectifs politiques ne doit pas nous empêcher de pouvoir construire notre propre force autonome par des projets communs.

Nous pensons qu'apprendre à se faire confiance est une étape indispensable pour nous permettre d'atteindre la portée d'action et de subversion que nous désirons. Pour gagner en offensivité, nous devons démocratiser certaines pratiques comme l'utilisation d'outils de sécurité numérique pour communiquer. Créer une culture de la défense collective dans la rue, que ce soit en manif (se changer/masquer/ganter, utiliser des banderoles ou des parapluies, rester groupé.es en cas d'incursion, tenter de désarrêter les compagnon.nes, se donner des moments de débrief collectifs à posteriori) ou en action (repérer les caméras, faire attention à l'ADN, mettre des guetteurs, débrieffer) nous semble nécessaire. Cette sécurité est un gage de durabilité de notre présence politique, permettant de limiter la répression et de maintenir la capacité d'action des individus et leur confiance mutuelle le plus longtemps possible.

Pour cela, nous pourrions ouvrir des espaces d'organisation collective hors de nos cercles affinitaires, coopérer en premier lieu sur des actions moins risquées juridiquement, et monter progressivement en intensité au fur et à mesure que la confiance s'installe. A terme, nous pensons que nous sommes capables d'imposer notre propre calendrier d'action dans les mouvements sociaux, ne plus être éternellement dépendant.es des syndicats mainstreams ou des partis politiques qui au mieux nous trahissent et au pire nous dénoncent.

À Paris, nous avons l'impression que le militantisme est souvent un passage pour les étudiant.es, qui s'éloignent ensuite quand iels doivent trouver un travail. Dans le lieu qui nous a hébergé, nous avons eu l'impression d'une moindre dépendance à la nécessité de travailler, permettant une plus grande mixité d'âge dans le milieu autonome allemand, où des très jeunes côtoient des vieux/vieilles militants.es de la chute du mur. Construire une force politique autonome doit selon nous aussi passer par prendre en charge collectivement nos besoins. Nous pensons que squatter offre des solutions aux problématiques quotidiennes (logement, nourriture, loisirs) en libérant du temps, nous permet de nous investir plus durablement.

Cette mixité permet une certaine transmission des savoirs, évitant de repartir de zéro sur les réflexions et pratiques à chaque nouveau mouvement social. Nous pensons qu'il est nécessaire pour cela de réduire au maximum l'écart que nous ressentons parfois entre les personnes qui ont une certaine expérience dans ces pratiques et celleux qui n'ont pas les codes de la culture militante (culture de la sécurité ou de l'action par exemple).

La gentrification implique la pacification de nos espaces de vies et la marginalisation des éléments gênants à la marchandisation de la ville : les pauvres, les étranger.es, les subversif.ves et les révolté.es. Elle aménage une ville rentable, une métropole verte, policée, surveillée, monotone et sans goût. Nous avons le sentiment que la lutte contre la gentrification, qui passe notamment par la réquisition de lieux, pourrait fédérer assez largement les différents pans du mouvement social : anticapitalistes, féministes, anti-racistes, anti-autoritaires, écologistes.

La capacité des compagnon.nes de Berlin à partir de leur problématiques (défense de lieux) pour construire des perspectives plus large de lutte (contre la violence policière, contre la gentrification) et surtout leur volonté de sortir des logiques défensives pour proposer d'attaquer frontalement les dynamiques urbaines actuelles nous ont fortement marqué.

Si nous avons écrit cette brochure, c'est aussi pour donner envie à nos compagnon.nes de venir à Berlin participer avec nous à la lutte contre les expulsions, et elle est loin d'être terminée ! Le prochain projet menacé d'expulsion est la Liebig34, un House Project anarcha-féministe. Des dates sont d'ores et déjà posées et nous tenions à vous les transmettre.

Tract d'appel à solidarité contre l'expulsion de la Liebig34

Liebig 34 est occupée depuis 1990 et a été légalisée a posteriori. Quand le collectif Liebig 34 a essayé d'acheter la maison en 2008, Gijora Padovicz a fait une proposition d'achat supérieure et a donc acquis la propriété. Il a donné un contrat de location au collectif qui a pris fin en décembre 2018.

Padovicz possède plus de 200 immeubles dans Friedrichshain et ses alentours et il est connu pour l'achat, l'expulsion, et la destruction d'ensembles de maisons. Pour nous, le collectif Liebig 34, Padovicz ne nous laisse aucune perspective légale de rester. Au contraire il a déjà demandé un titre d'expulsion, mais cela ne nous pousse pas à quitter la maison.

Pour Padovicz notre maison ne représente qu'une propriété potentiellement rentable de plus. Quant à nous elle est un refuge contre les injonctions du capitalisme et du patriarcat. Un endroit où nous pouvons vivre des alternatives aux formes de domination loin de la vie quotidienne classiste raciste cis-sexiste, et de l'état de normalité de l'exploitation et de la domination. Un lieu de résistance. Un lieu que nous défendrons à tout prix contre un système que nous voulons détruire ensemble.

Nous nous battrons pour garder Liebig 34. Et nous avons besoin de votre soutien pour réussir.

Fais une banderole, écris un texte de soutien, diffuse ces infos. Organise un événement de soutien, participe aux frais d'avocats et d'antirépression, écris des lettres en masse à Padovicz, sois créatif.ve, écris sur tous les murs « Liebig 34 stays ». Organise-toi contre la gentrification le capitalisme l'État et le patriarcat.

Nous nous battrons.
Liebig 34 résiste !

Appel pour une semaine d'action du 7 au 13 septembre 2020 à Berlin

Liebig 34 est menacée d'expulsion. Lorsque l'État, les flics et le propriétaire voudront procéder à une expulsion, ils n'auront qu'un désastre sur les bras.

En tant que house project anarcho-féministe auto-organisé sans mec cis, situé directement sur la place "Dorfplatz" à Friedrichshain, Liebig 34 est un lieu où des actions de résistance et des moments collectifs sont décidés et organisés. Un lieu où l'auto-organisation devient un mot dangereux, où un projet devient un point de départ de luttes et pas seulement un espace d'autoréférence et de divertissement alternatif. Le projet lui-même a participé à la planification de nombreuses manifestations, a publié de nombreux appels et textes et a mené diverses actions radicales. Mais il est aussi un symbole de radicalisation et d'empowerment pour la scène antagoniste à Berlin et en Allemagne, car il montre comment résister par différents moyens.

Liebig34 est un collectif qui s'efforce de surmonter les structures de plus en plus intériorisées du capitalisme et du patriarcat. Dans un monde où le patriarcat constitue l'un des principaux piliers du système capitaliste, les groupes et collectifs féministes militants, qui font clairement savoir que la résistance et la riposte ne sont pas un privilège des mec cis, sont plus que nécessaires. Dans un monde patriarcal, où le patriarcat et le capitalisme sont entremêlés, il est plus que nécessaire de lutter réellement contre le patriarcat et de ne pas le voir figurer en marge d'un texte. Ne nous laissons pas diviser par l'oppression et luttons ensemble pour une société libérée.

Rejoignez le combat et défendons Liebig34 ! [9]

Appel à venir à Berlin pour la manif internationale contre l'expulsion des projets menacés le 31 octobre 2020

Le 1er août 2020, une grande manifestation auto-organisée, fédérant des milliers de personnes dont des autonomes de plusieurs villes d'Allemagne et d'ailleurs, a parcouru les rues d'un quartier populaire en soutien aux projets collectifs et auto-organisés menacés d'expulsion. Malgré la violence des flics, cette manifestation fut considérée par beaucoup de compagnon.nes allemand.es comme une réussite, par sa taille et son offensivité. En parallèle de cette manifestation, des dizaines d'attaques nocturnes ont ciblé dans toute l'Allemagne des entreprises participant aux expulsions, des symboles du capitalisme moderne ou de la répression.

La lutte contre les expulsions de lieux collectifs à Berlin s'est structurée depuis plusieurs mois autour d'une lutte plus générale contre la gentrification de la ville. « Attaquons la ville des riches, défendons nos projets » introduit désormais les tracts et marque les banderoles de tête. Il ne s'agit plus seulement de défendre la dizaine de lieux subversifs menacés constamment par les flics et les propriétaires, mais d'attaquer directement les logiques urbaines contemporaines. La gentrification, c'est-à-dire l'éviction toujours plus loin des populations pauvres des centres urbains, touche avec la même intensité nos quartiers et nos villes. Les loyers augmentent au fur et à mesure que les stations de métro s'ouvrent, des éco-quartiers aux prix inabordables surgissent sur les ruines des quartiers populaires ou industriels. La pression des promoteurs et de leurs alliés flics se fait toujours plus pressante là ou subsiste encore quelques espaces solidaires fonctionnant en dehors des logiques marchandes, sexistes et racistes qui structurent l'ensemble de nos sociétés.

Le 31 octobre prochain, les compagnon.nes de Berlin organisent une nouvelle manifestation dans le centre ville, une fois encore contre la gentrification et pour la défense des lieux autogérés. Les acteurs de la gentrification berlinoise sont parfois les mêmes qui gentrifient ici-même et dans tous les cas, les mêmes logiques sont à l'oeuvre dans toutes nos villes. Nous relayons leur appel et invitons à se rendre massivement à cette manifestation, en soutien aux compagnon-nes en lutte à Berlin, contre la gentrification. Nous appelons également à développer partout la lutte contre la gentrification. Reprenons les slogans allemands ! Attaquons les promoteurs et les multi-propriétaires, squattons massivement !

Pour plus d'infos sur la manif, RDV sur eninterkiezionale.noblogs.org.


[1] NDA : Vonovia est un des plus grands propriétaires et gestionnaires immobiliers allemands. Cette entreprise figure dans le DAX 30, soit le top 30 des entreprises les plus côtées à la bourse de Francfort.

[2] NDA : Nom donné à la nuit précédant l'expulsion.

[3] NDA : Équivalent du périph'.

[4] NDA : Charlottenburg est un quartier de Berlin.

[5] NDA : détails sur ce procès sur le site parkbankprozess.blackblogs.org.

[6] NDA : parti social-démocrate.

[7] NDA : Smart city.

[8] Plus d'infos : https://anarchistischebibliothek.org/library/anonym-smarter-shit.

[9] NDA : ce texte est un communiqué de la Liebig34 publié sur le blog de l'Interkiezionale.

Krawall Cavale Editions 2020

Violences policières, chômage, violences faites aux femmes

  Une semaine très riche en actu ! Des violences policières à gogo, un gouvernement qui se casse les dents sur l’article 24 de la loi sur la sécurité globale, mais aussi sur la réforme de l’assurance chômage, des mobilisations qui refusent […]

L’article Violences policières, chômage, violences faites aux femmes est apparu en premier sur Rapports de Force.

Photo



Police, le choix des armes

Après des mois de déni, l’exécutif esquisse un début de prise de conscience du problème que sont devenues les violences policières. Désormais au coeur du débat, elles sont cependant régulièrement traitées uniquement du point de vue de la doctrine du maintien de l’ordre ou de l’usure – réelle – des forces de l’ordre très sollicitées.

Une autre question, pourtant, reste en suspens, celle de l’arsenal utilisé par ces dernières. Ces armes, dont les noms reviennent souvent dans l’actualité, ces LBD, ces grenades de désencerclement, ces gazs lacrymogènes, ont aussi un sens politique.

Comment et pourquoi ces armes ont-elles fait leur apparition ? De quelle façon et dans quel  but sont-elles utilisées ?

Thomas Rozec reçoit Paul Rocher, économiste et auteur de « Gazer, mutiler, soumettre : Politique de l’arme non létale » (éd. La Fabrique, 2020).

Antilles empoisonnées : le scandale du chlordécone

En Guadeloupe et en Martinique, 9 personnes sur 10 sont contaminées par le chlordécone, pesticide utilisé pendant plus de 40 ans dans les bananeraies. Présentée comme un remède miracle contre les nuisibles par la science agronomique, cette molécule a provoqué une crise environnementale et sanitaire sans précédent sur ces territoires. Malgré son interdiction française en 1990, le chlordécone fut utilisé jusqu’en 1993 aux Antilles, voire au-delà, avec la complaisance des agences sanitaires et des filières de l’agro-alimentaire.

Qu’est-ce que ce scandale environnemental révèle des conflits sociaux, raciaux et économiques aux Antilles françaises ? Quelle place occupe l’État dans cette crise sanitaire ? Comment les victimes combattent-elles ce mal invisible ?

Rokhaya Diallo et Grace Ly reçoivent Jessica Oublié, scénariste du roman graphique Tropiques Toxiques (2020, Steinkis). L’invitée relie le scandale du chlordécone aux luttes de pouvoir issues d’un héritage colonial encore prégnant.

Maria Candea : « Le langage est politique »

Maria Candea est enseignante-chercheuse en linguistique et sociolinguistique à l’université de Paris 3 (Sorbonne Nouvelle) et membre du comité de rédaction de la revue électronique GLAD ! — sous-titrée Recherche sur le langage, le genre et les sexualités. Pour cette chercheuse engagée, longtemps militante dans l’association féministe Mix-Cité, les convictions politiques sont parfaitement compatibles avec la recherche, à condition d’être réinterrogées en permanence. Quoi de plus normal que d’interroger politiquement un objet politique, le langage ? Oui, un objet politique, historique et social. Sait-on assez que le masculin ne l’a pas toujours emporté sur le féminin ? Que l’Académie française, qui assure décréter ce qu’est le « bon français », est pour l’essentiel composée d’absentéistes ? Que les citoyens ont un mot à dire sur les choix qui gouvernent notre orthographe ? 


Les membres de l’Académie française ont rendu hommage à Simone Veil, en parlant de leur « confrère décédée ». Ils ne vont pas jusqu’à dire « consœur », mais ils accordent au féminin ! Un grand pas en avant depuis la notice d’Assia Djebar, entièrement rédigée au masculin1… Dans le même temps, le Premier ministre lance un « Madame le ministre », au JT de France 2. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ça montre que, petit à petit, les gens prennent conscience du fait que le langage est politique. Le fait que l’Académie française n’ait pas osé masculiniser Simone Veil (et ait corrigé presque en cachette la notice d’Assia Djebar !) montre qu’ils sont forcés de s’adapter à une certaine évolution politique — pour le coup, on peut accorder au masculin, vu la présence masculine et l’idéologie masculiniste de l’Académie ! C’était sans doute difficile de masculiniser une figure féministe comme Simone Veil… Quant à Édouard Philippe, en disant « Madame le ministre », il affiche certaines positions politiques. Quand quelqu’un comme lui, de son âge, de sa génération, emploie le masculin pour parler d’une femme ministre, c’est forcément un choix, une condescendance délibérée. Cela montre que, pour lui, être ministre reste un métier traditionnellement masculin : on accepte les femmes mais on les garde sur des strapontins.

Cette sortie n’a pas relancé les débats sur la féminisation, contrairement au fameux « Madame le Président » lancé à l’Assemblée nationale, en 2014, à Sandrine Mazetier2

« J’en veux à l’Académie française de diffuser ces messages sexistes, conservateurs, réactionnaires. »

Ce n’est pas un sujet nouveau. Les débats, on les a eus ; les arguments sont connus. Maintenant, les gens prennent position. Tout le monde ne prend pas les mêmes positions sur l’égalité et d’autres sujets politiques : pourquoi serait-on d’accord sur le langage ?

Vous avez co-écrit3 un ouvrage, L’Académie contre la langue française, qui est une attaque en règle contre l’Académie, son ignorance et ses nuisances. Pourquoi tant de haine ?

Alors, haine… Oui, si quand même, c’est de la haine ! (rires) Avec le temps, l’Académie française a bien réussi sa politique de communication, si bien qu’il y a encore beaucoup de gens qui pensent que c’est à l’Académie de dire comment on doit parler. Pour ma part, je ne leur reconnais aucun rôle, aucune légitimité — mais il y a tellement de gens qui pensent qu’ils sont légitimes que je leur en veux de diffuser ces messages sexistes, conservateurs, réactionnaires.

En vous lisant, on se rend compte — et c’est frappant — qu’on a effectivement tendance à penser que l’Académie française est légitime à parler de langue française, alors qu’on ne sait pas grand-chose de cette institution. C’est peut-être représentatif d’un rapport de confiance spontanée et aveugle envers les institutions…

Oui, on pense spontanément que l’Académie française est légitime à parler de langue française, alors que c’est vraiment une position usurpée. Il n’y a aucun linguiste parmi eux ! Ils ne sont pas du tout cooptés sur la base d’une quelconque formation linguistique. Il y a par exemple Valéry Giscard d’Estaing. En quoi serait-il légitime à dire quelque chose sur la grammaire ? Mais l’incompétence des académiciens remonte bien plus loin. Selon ses premiers statuts, à sa création, l’Académie était censée faire un Dictionnaire, une Grammaire, une Poétique et une Rhétorique. En presque quatre siècles, ils ont bouclé à peine huit éditions de leur dictionnaire et ont édité une seule grammaire, en 1930… immédiatement tournée en ridicule par les linguistes à cause de sa piètre qualité.

© Stéphane Burlot

Vous montrez que les académiciens sont extrêmement absentéistes et ne font pas le travail pour lequel ils sont payés. On a une image de l’Académie un peu ridicule, un peu poussiéreuse, mais pas forcément l’image d’une institution parasite.

C’est un point qui a notamment été étudié par Daniel Garcia4. L’Académie française a un patrimoine exorbitant, parce qu’ils ont des legs de toute sorte. Qu’ils fassent une amicale privée avec tout leur argent, d’accord, mais que ça ne soit pas encore cautionné et augmenté par l’État et nos impôts ! Ils sont extrêmement absentéistes. Le dernier dictionnaire de l’Académie, par exemple, est en train d’être rédigé par des agrégés employés par le service du dictionnaire, pas par les académiciens. Ils sont censés coordonner un peu le dictionnaire mais ne le font quasiment jamais — c’est pour ça qu’ils mettent plus de cent ans à en faire un ! C’est vrai, ça fera bientôt cent ans, leur dernier dictionnaire date de 1935 ! Ils travaillent à la 9e édition depuis les années 1980… Maintenant, grâce au professionnalisme des équipes du Robert, Hachette, Larousse, on n’a pas besoin du dictionnaire de l’Académie. Ils ne servent vraiment à rien.

L’Académie française a donc un pouvoir abusif ?

« Grâce au professionnalisme des équipes du Robert, Hachette, Larousse, on n’a pas besoin du dictionnaire de l’Académie. Ils ne servent vraiment à rien. »

L’Académie française a été, depuis sa fondation, un pouvoir politique abusif — d’ailleurs, c’est un peu bizarre qu’une institution, en 2017, se dise légitime en se revendiquant de l’Ancien Régime… Elle a été créée par Richelieu pour prendre le pouvoir sur les lettres et les gens de lettres. Même le Parlement de l’époque ne voulait pas entériner les statuts de l’Académie parce qu’elle était déjà perçue comme un pouvoir abusif !

Vous montrez également qu’il ne s’agit pas seulement d’un pouvoir abusif linguistique, mais bien d’un pouvoir politique. L’Académie française prend le prétexte de la langue pour faire passer des idées réactionnaires. On se souvient de la phrase de l’académicien Pierre Gaxotte, en 1980 : « Si on élisait une femme, on finirait par élire un nègre… »

C’était à propos de l’élection de Marguerite Yourcenar, la première académicienne… Après, Senghor a été élu. Mais tout ne s’est pas terminé dans les années 1980 ; les préjugés sexistes et racistes des académiciens ne se sont pas évaporés entre-temps !

Justement : Alain Finkielkraut. Il se sert de sa légitimité « d’Immortel » et d’« amoureux de la langue française » afin de véhiculer des messages politiques. Lors d’un petit déjeuner organisé par l’UMP, il avait associé les « Beurs » et l’accent « de banlieue » tout en déplorant un accent qui n’est plus « français tout à fait », ajoutant qu’il n’est du reste pas possible d’être né en France et d’avoir un « accent ». Autant d’aberrations linguistiques, non ?

Finkielkraut semble ignorer la diversité des accents régionaux de France, ce qui est sidérant. Je travaille depuis quelque temps sur le mythe de l’accent de banlieue, car c’est un mythe, tout comme le stéréotype du jeune-de-banlieue. Ce qu’on appelle l’accent de banlieue n’est pas lié à l’immigration, à un territoire, à une religion, comme le dit Finkielkraut, ni même à un profil social, mais à une affiliation de groupe. C’est une pratique stylistique liée à la culture de rue. Et tous les jeunes d’un quartier ne se sentent pas concernés de la même manière par cette culture ! C’est fluide, c’est un style et aussi un phénomène de mode, avec quelques traits hérités du français populaire (par exemple, un certain type de prononciation, l’allongement de l’avant-dernière syllabe, décrit depuis le XIXe siècle). Ce n’est donc en aucun cas un accent hérité de parents immigrés, qui montrerait quoi que ce soit d’« anti-français ». D’ailleurs, la plupart du temps, les parents de ces jeunes ne parlent pas du tout comme leurs enfants ! Les propos de Finkielkraut relèvent, pour moi, tout simplement du racisme (le mot « beur » prend, du reste, une connotation raciste de nos jours) et de l’ignorance. Ça contribue à propager des clichés qui n’ont rien à voir avec les dynamiques linguistiques.

© Stéphane Burlot

On est également surpris par l’extrême pauvreté des arguments de l’Académie française contre les tentatives de féminisation des noms de métiers…

Bien souvent, ce ne sont même pas des arguments. Par exemple, les académiciens n’aiment pas doctoresse parce que ça rime avec fesse. Comment peut-on compter cela comme un argument contre l’accord grammatical ? À ce compte-là, ça rime aussi avec princesseenchanteresse… Fumaroli ne veut pas qu’on dise rectrice, qui lui fait penser à rectal, alors que tout le monde dit directriceactrice. Tous ces arguments esthétiques ne veulent pas dire grand-chose ; ce sont juste des questions d’habitude. Un autre exemple de mauvaise foi : dans une interview en 2015, sur Arte, Érik Orsenna a déclaré qu’écrivaine n’était pas un joli terme parce qu’on entendait vaine. Toujours le même pseudo-argument éculé, rejeté par la journaliste, Nadia Daam, qui lui a fait remarquer que dans écrivain on entendait aussi vain. Il n’y avait même pas pensé…

L’Académie française accepte la féminisation des métiers situés en bas de l’échelle sociale, mais pas celle de ceux tenus pour « importants »…

« Les académiciens n’aiment pas doctoresse parce que ça rime avec fesse. Comment peut-on compter cela comme un argument contre l’accord grammatical ? »

Oui, ça n’a absolument aucune cohérence linguistique ; on voit bien que leur position est politique. Cela témoigne de leur sexisme mais aussi de leur mépris de classe. Ils se battent pour les fonctions qui leur semblent importantes. On voit que ce combat se déplace quand on observe l’histoire des mots : par exemple, étudiante est jugé comme un mot extrêmement vulgaire à la fin du XIXe siècle, quand les femmes qui s’étaient battues pour avoir accès à l’université y sont enfin parvenues. Étudiante, ça voulait dire prostituée pour étudiant. Maintenant, plus personne, même pas l’Académie, ne trouve ce mot choquant. Au lieu d’admettre qu’en français tous les noms de métiers s’accordent avec le genre de la personne qui les exerce, l’Académie préfère légiférer au cas par cas, de manière arbitraire. Pharmacienne figure dans le dernier dictionnaire de l’Académie, mais chirurgienne n’est pas admis : allez trouver une logique…

On a tendance à penser la langue comme apolitique et anhistorique : peut-être est-ce l’une des raisons qui nous conduit à ne pas prendre la mesure de toutes ces manipulations ?

Oui. On ne connaît pas l’histoire de la langue ni celle de la normalisation de la langue. Ce n’est absolument pas enseigné à l’école et on en voit les effets — par exemple avec les croyances au sujet de l’orthographe. Les gens pensent sincèrement que « la langue de Molière » est la même que la nôtre, que si on fait une réforme de l’orthographe on va déformer « la langue de Molière ». Alors que Molière, comme Racine, c’est retranscrit, c’est retraduit. Il y a eu plusieurs réformes de l’orthographe depuis les éditions de la fin du XVIIe, qu’on peut retrouver sur Gallica. Ce qui a changé, c’est le vocabulaire, en partie, la syntaxe, un peu, mais surtout l’orthographe. Elle était très différente au XVIIe siècle : pas de différence entre le u et le v, pas de circonflexe, l’usage des tildes ~ pour noter les nasales…

© Stéphane Burlot

L’orthographe est historique, mais serait-elle aussi politique ?

Oui. Il y a toujours eu plusieurs variantes orthographiques en concurrence dans les usages, mais la tradition de l’Académie française a toujours été de choisir les variantes les plus difficiles. C’était un choix nettement politique et élitiste ; il s’agissait de choisir les variantes les plus éloignées de l’écriture « des ignorants et des simples femmes », qui avaient très peu accès à l’éducation scolaire et qui écrivaient de manière plus proche de la prononciation. Pourtant, le courant « phonétiste », qui plaidait pour une écriture proche de la prononciation, a existé dès le XVIIe siècle, y compris parmi les premiers académiciens, mais il n’a jamais réussi à s’imposer. Pendant longtemps, l’écriture a été dissociée de l’orthographe. On apprenait d’abord à écrire et puis ensuite, éventuellement, à « mettre l’orthographe » en lien avec l’étude du latin et du grec. À l’époque, jusqu’au XIXe-XXe, l’orthographe n’est vraiment pas destinée à tous : c’est une pratique de distinction sociale. Cela a posé beaucoup de problèmes quand, à la fin du XIXe, avec la démocratisation de l’enseignement, il s’est agi d’enseigner à tout le monde quelque chose qui avait justement été inventé pour ne pas être pour tout le monde. On souffre actuellement de cette situation-là dans l’enseignement, par rapport à d’autres langues romanes comme l’espagnol, dont l’orthographe respecte bien davantage la prononciation et non l’étymologie.

Pouvez-vous donner un exemple de choix orthographique de pure distinction sociale, sans logique linguistique ?

« On ne connaît pas l’histoire de la langue et l’histoire de la normalisation de la langue. Ce n’est absolument pas enseigné à l’école. »

Oh, il y en a plein. Boursouflé s’écrit avec un seul f, tandis que soufflé s’écrit avec deux. Il y aurait beaucoup à dire sur les consonnes doubles en français… De même, la transcription des mots d’origine grecque a toujours fait débat. En français, on a choisi de privilégier la représentation de l’étymologie dans l’orthographe, contrairement à l’italien, à l’espagnol, au portugais, au catalan ou au roumain, où il n’y a pas de ph mais un f, pas de y mais un i. On a donc longtemps écrit rhythme en français, pour marquer par la notation de trois sons le fait que ce mot venait du grec. Mais au XIXe siècle, même l’Académie a fini par trouver que trois lettres grecques dans un seul mot, ça faisait trop : ils ont quasiment tiré au sort pour savoir laquelle enlever de manière à ne jamais dépasser deux lettres grecques dans un mot ! Il n’y a aucune cohérence là-dedans. Un autre exemple dont on a parlé dans les médias récemment, c’est nénufar. Tout le monde a hurlé quand la réforme de 1990 a été appliquée, réforme qui prescrivait d’écrire nénufar et non pas nénuphar. Tout le monde a condamné une simplification de la langue, la baisse du niveau sous prétexte qu’avec cette réforme les élèves ne verraient plus l’étymologie grecque, etc. On a tellement tendance, de nos jours, à penser que l’orthographe est immuable et se confond avec la langue… Sauf que ce mot n’est pas du tout d’origine grecque : le latin l’a emprunté à l’arabe qui à son tour l’avait emprunté au persan. Il se trouve que tous les dictionnaires de l’Académie avaient recommandé d’écrire nénufar jusqu’au 8e dictionnaire, celui de 1935, qui a décidé tout d’un coup de mettre un ph. Pourquoi ? On ne sait pas. Probablement par erreur.

Si c’est tellement absurde, pourquoi existe-t-il encore tant de personnes hostiles à des réformes de l’orthographe ou à la féminisation de certains termes ?

Parce que ces personnes ne savent pas que les langues figées sont des langues mortes ! Et que le français n’est pas un « génie » qui serait aujourd’hui en danger, mais tout simplement un ensemble de pratiques socialement codifiées. Parce qu’on leur dit que la valeur de la langue française est dans l’orthographe. Parce qu’elles ne connaissent pas l’histoire de la langue, des langues. Parce qu’elles pensent qu’avec une orthographe proche de la prononciation, on ne pourrait pas avoir une pensée complexe ! Il suffit pourtant de leur rappeler qu’il existe une littérature extraordinaire en espagnol… Pour la féminisation, c’est pareil, il suffit d’enseigner l’histoire de la langue pour se rendre compte qu’il y a eu plusieurs vagues de masculinisation du français fondée sur des raisons politiques et profondément sexistes, raisons souvent contestées et parfaitement réversibles. On devrait enseigner que la fameuse règle « Le masculin l’emporte sur le féminin » n’est pas du tout une règle universelle. Ce mythe du masculin comme neutre, qui l’emporterait donc sur le féminin, a émergé au XVIIe siècle. C’est une invention ; contrairement à l’allemand ou à l’anglais par exemple, il n’y a pas de neutre en français. Au moment de cette réforme, à l’âge classique, il y avait des règles concurrentes, beaucoup de variations, et cette règle du « masculin l’emporte » a mis beaucoup de temps à s’imposer.

© Stéphane Burlot

Les autres règles, comme celle de la proximité, qui implique l’accord en genre et nombre avec le terme le plus proche, étaient encore en vigueur : on retrouve des exemples de cette règle dans Racine — « Surtout j’ai cru devoir aux larmes aux prières / consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières » (Athalie). Cette règle de la proximité existe dans d’autres langues romanes, en portugais, en espagnol, où on trouve encore de la variation. On prend la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin comme une règle instituée depuis toujours alors qu’énormément de gens ont trouvé ça absurde et ont résisté contre cette masculinisation forcée, comme l’explique Éliane Viennot dans son ouvrage5. On peut citer par exemple Madame de Sévigné, qui rétorquait : « Vous direz comme il vous plaira […] mais pour moi, je croirais avoir de la barbe au menton si je disais autrement. » Le problème, c’est qu’aujourd’hui on fait confiance à des institutions, à des dictionnaires, sans chercher à comprendre comment sont prises les décisions en matière de normalisation du langage. Qui décide de ce qui est correct et selon quels critères ? Nous devons nous saisir du langage ; c’est un enjeu de lutte symbolique. Si ça te paraît important, puisqu’on dit vendeuse, qu’on dise aussi chirurgienne ou professeure, alors il faut se battre pour que cela soit accepté par tous les dictionnaires.

Le langage se fonderait alors sur le ressenti et les besoins du locuteur ou de la locutrice ?

« On devrait enseigner que la fameuse règle Le masculin l’emporte sur le féminin n’est pas du tout une règle universelle. »

Le langage ne peut être ni complètement individuel ni complètement unifié. On ne peut pas avoir toutes et tous le même usage du langage mais, en même temps, le langage est forcément collectif. Plus la communauté de gens qui utilisent une langue est grande, plus les usages seront différenciés. Il y aura une certaine unité sur la syntaxe, mais pas sur le lexique, la prononciation, ni même les graphies. Comme pour toutes les pratiques sociales, on utilise le langage pour afficher nos affiliations à des groupes de gens, à des communautés culturelles, sociales.

Mais est-ce un but politique à rechercher, de s’identifier ou d’être identifié.e malgré soi à un groupe social ? Parce que ce n’est pas toujours un choix….

C’est une vraie question : jusqu’à quel point rêve-t-on d’égalité et d’uniformité ? Jusqu’à quel point a‑t-on besoin de se distinguer ? Quel genre de société veut-on construire et en quoi le langage y participe ? C’est ce genre de questions qui importe, avant de décider si ça doit s’écrire avec f ou ph. Mon travail n’est pas d’y répondre, mais d’amener les gens à se poser cette question sur des bases solides et d’avoir les moyens de construire des réponses argumentées, documentées, éclairées. J’ai un avis sur cette question, mais c’est surtout un avis citoyen, pas seulement un avis de linguiste : à une question politique, il faut des réponses politiques. L’orthographe est une question politique. La confier à l’Académie, c’est comme confier à l’Église le pouvoir de faire les lois sur la famille, sous prétexte que c’est la tradition !

© Stéphane Burlot

Cela peut nous renvoyer à l’attitude à avoir vis-à-vis des langues régionales. Il paraît désormais oppressif de lutter contre celles-ci mais, pendant la Révolution française, c’était un enjeu important afin d’unifier le territoire, de combattre contre la « langue du curé »…

Tout à fait : la question des régionalismes ne doit pas être posée de manière figée. Les luttes sont toujours liées au contexte politique. Le plus important est d’abord de comprendre que le langage est une pratique sociale, qui, dès lors, s’inscrit dans un contexte historique. Avec le combat pour la féminisation, on lutte pour une vraie parité. Peut-être que, plus tard, une fois la parité gagnée, on essaiera d’aller plus loin en luttant pour une non-distinction des genres, avec un vrai neutre. Les combats, quels qu’ils soient, doivent être adaptés aux situations politiques. Si on prend la question de l’avortement, on ne peut pas la poser de la même manière dans des territoires où les femmes n’ont pas eu la même histoire, dans les DOM-TOM où souvent l’avortement et la stérilisation étaient importants, voire forcés, et en France où il était interdit. C’est la même chose pour la langue.

Prônez-vous la féminisation ou la dé-masculinisation pour des raisons militantes ou politiques ?

« Le langage est une pratique sociale qui s’inscrit dans un contexte historique. »

Il faut que les gens aient accès à l’histoire de la langue pour se former un avis. Mais une fois cela fait, pour moi, c’est surtout pour des raisons politiques. Je ne veux pas instaurer une régularité et une logique parfaite dans la langue — les mots les plus courants sont irréguliers. Par contre, le fait d’utiliser un langage où on donne la prééminence au masculin, où, quand on parle d’un groupe, on ne sait jamais s’il est mixte ou seulement masculin, c’est très problématique. Le fait de dire « un homme et cent cinquante femmes sont arrivés » n’a qu’une seule raison : institutionnaliser par le langage la domination masculine. Dans des cas de ce type, un accord à la majorité ne devrait choquer personne. Quand on prend conscience du sexisme de la langue, qu’il s’agisse de cette règle d’accord ou du caractère sexiste ou homophobe des insultes (« con », « pute », « pédé ») ou encore des expressions (« avoir des couilles »), c’est une révélation très choquante… C’est comme prendre conscience de ce que signifie dans la société d’être une femme. Je ne sais pas comment ça se passe pour un homme, même s’il y en a qui prennent conscience de leurs privilèges. On prend conscience d’un désavantage et on a un sentiment aigu d’injustice.

Un contre-argument souvent opposé aux tenantes de la féminisation, c’est la valeur symbolique de leur combat. Ce serait un combat dérisoire, il faudrait plutôt s’occuper des « vraies » inégalités, des différences de salaires, des violences conjugales…

En général, ce sont les mêmes qui s’occupent du langage et mènent tous les autres combats, car ils sont parfaitement compatibles ! J’ai l’impression que celles et ceux qui trouvent toujours des combats plus importants ne s’impliquent dans aucun. Bien sûr qu’il faut lutter contre les violences conjugales ! Mais je pense que le symbolique est aussi important, parce que le symbolique peut ajouter des freins ou, au contraire, libérer un potentiel d’imaginaire. Reprenons l’exemple de la féminisation des noms de métier, qui était pourtant une mini-réformette : il s’agissait simplement que les noms de métiers s’accordent en genre avec la personne qui les exerce ! Ça peut paraître tellement anecdotique… Mais quand on regarde la virulence des réactions machistes et les flots d’encre que ça a fait couler, on se dit que oui, c’est important. Le langage contribue à créer le réel.

Appel pour les marches des libertés samedi 28 novembre partout en France

La coordination « StopLoiSecuriteGlobale », composée de syndicats, sociétés, collectifs, associations de journalistes et de réalisateurs.trices, confédérations syndicales, associations (dont Acrimed), organisations de défense de droits humains, comités de familles de victimes, de collectifs de quartiers populaires, d'exilés, de Gilets jaunes, appelle toutes et tous à signer cet appel, à se mobiliser et à organiser des Marches des Libertés partout en France ce samedi 28 novembre 2020.

Nous appelons à participer aux Marches des Libertés organisées partout en France, à Paris et dans de nombreuses autres villes, ce samedi 28 novembre 2020. A Paris, celle-ci aura lieu de 14 heures à 18 heures de la place de la République jusqu'à la place de la Bastille, sur laquelle un rassemblement se tiendra avec des grandes voix en défense des libertés. Nous vous invitons à marcher avec une croix « X » sur votre masque, symbolisant l'atteinte à la liberté d'expression.

Après les rassemblements du 17 novembre à l'Assemblée Nationale, du 21 novembre sur la place du Trocadéro et aux quatre coins du pays, réunissant des dizaines de milliers de personnes, le mouvement pour la liberté de l'information et pour le respect de l'État de droit et de nos libertés ne cesse de croître. Le ministre de l'Intérieur nous a reçu sans nous écouter. Face à cette politique autoritaire et au basculement possible dans un État de Police, comme sur la place de la République, dans la nuit du lundi 23 novembre au cours de laquelle des demandeurs d'asile et des journalistes ont été tabassés par les forces de l'ordre, il est urgent de rassembler toutes les forces syndicales, associatives, politiques et culturelles du pays qui s'opposent au Nouveau schéma national du maintien de l'ordre ainsi qu'à la Loi Sécurité Globale, avant qu'elle ne soit soumise au Sénat.

Nous ne voulons pas d'une loi qui porte atteinte aux libertés fondamentales et au regard des populations.

Nous refusons que la France soit le pays des violences policières et des atteintes à la liberté d'informer.

Nous alertons sur le fait que la France risque de se retrouver cette année aux côtés du Pakistan, du Soudan, de la Somalie, de la Turquie, d'Israël et de la Chine... sur la liste des pays qui violent la liberté de la presse, lors de la prochaine session du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme des Nations-Unies, à Genève, début 2021.

Nous soutenons que sans images diffusées par la société civile, les violences policières resteront impunies.
Nous ne voulons pas d'une société où l'État peut voir avec des drones et des caméras piétons, sans être vu.

Nous rappelons que le droit français sanctionne les actes et non les intentions, comme le prévoit l'article 24.

Nous affirmons que l'atteinte au droit des citoyens et de la presse à informer est disproportionnée et que l'arsenal juridique existant est amplement suffisant pour protéger les forces de l'ordre d'éventuelles agressions consécutives à la diffusion d'images.

Nous rappelons que l'article 12 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen institue une force publique et non pas une force floutée.

Nous sommes aux côtés de l'ONU, de la Commission européenne, du Parlement européen, de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH), de la Défenseure des Droits, et de toutes les forces progressistes pour condamner ces lois liberticides.


Premiers signataires :

Philippe Martinez (CGT), Benoît Teste (FSU), Murielle Guilbert - Simon Duteil (Solidaires), Malik Salemkour (LDH), Jean-Baptiste Eyraud (DAL), Aurélie Trouvé (Attac), Pauline Boyer (Alternatiba), Estellia Araez (SAF), Anzoumane Sissoko (CISPM), Nicolas Girod (Confédération Paysanne), Jean-François Julliard (Greenpeace), Arnaud Schwartz (FNE), Benoît Piedallu (La Quadrature du Net), Rodrigo Arenas (FCPE), Hakima Bounemoura (CFDT-Journalistes), Tristan Malle (SGJ-FO), Emmanuel Poupard (SNJ), Emmanuel Vire (SNJ-CGT), David Dufresne (SRF), Edwy Plenel (Mediapart), Pouria Amirshahi (Politis), Edouard Perrin (INPD), Taha Bouhafs (REC), Julia Cagé (Au bout du monde), Pauline Perrenot (Acrimed), Julie Lallouët (Profession : pigiste), Elizabeth Drevillon (GARRD), Sonia Reyne (UCP2F), Priscillia Ludosky (gilet jaune), Fatou Dieng (Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng), Arié Alimi (avocat), Assa Traoré (Comité vérité et justice pour Adama), Michel Forst (Ancien Rapporteur Spécial des Nations-Unies sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme 2014-2020), Abd Al Malik (artiste), Alice Diop (réalisatrice), Annie Ernaux (écrivaine), Béatrice Dalle (comédienne), Bertrand Bonello (réalisateur), Bertrand Faivre (producteur), Catherine Corsini (réalisatrice), Christophe Honoré (réalisateur), Corinne Masiero (comédienne), Denis Freyd (producteur), Elisabeth Lebovici (historienne de l'art), Etienne Balibar (philosophe), Frédéric Lordon (philosophe), Guillaume Meurice (humoriste), Jacques Audiard (réalisateur), Jeanne Balibar (comédienne), Josiane Balasko (comédienne), Julie Bertuccelli (réalisatrice), Laëtitia Moreau (réalisatrice), Lucie Borleteau (réalisatrice), Malik Chibane (réalisateur), Mélanie N'Goye Gaham (collectif Mutilés pour l'exemple), Oriane Bonazzi (femmes gilets jaunes), Pascale Ferran (réalisatrice), Pierre Richard (comédien), Rémi Lainé (réalisateur), Stéphanie Chevrier (éditrice), Thomas Bidegain (scénariste), Virginie Despentes (écrivaine), William Bourdon (avocat).


Organisations signataires :

SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, SGJ-FO, LDH, Collectif REC (Reporters en Colère), Acrimed, Act Up-Paris, Action Non-Violente COP21, AequitaZ, Alternatiba, Ardhis, Art en grève Paris-Banlieues, Association de la presse judiciaire, Association des auteurs-réalisateurs du Sud Est, Association des cinéastes documentaristes (ADDOC), Association des directeurs de casting (ARDA), Association des journalistes LGBTI, Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI), Association des professionnels du cinéma et de l'audiovisuel de Bourgogne-Franche-Comté, Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID), Association Encrages, Association française des juristes démocrates, Association Naais, Attac, Autres Brésils, Black Robe Brigade, CGT, Cinémas UTOPIA (Montpellier), CNNR, Collectif des Non-Titulaires de Paris 3, Collectif étudiant.e.s journalistes, Collectif Extra Muros, Collectif gilet jaune Rungis, Collectif Kelaouiñ, Collectif La Meute, Collectif Les Plumé.e.s, Collectif mutilés pour l'exemple, Collectif National pour les droits des femmes, Collectif OEIL, Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage, Collectif vies volées, Combactive association, Construire et Alerter par la Non-Violence Active, Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics, CRID, Csp75, DAL, Diivines Lgbtqi+, Divergence Image, Environmental Investigative Forum (EIF), Fédération européenne des journalistes (FEJ), Fédération internationale des journalistes (FIJ), Fédération Léo Lagrange, FEMEN, Femmes Gilets Jaunes, Fondation Copernic, France Amérique Latine (FAL), France Nature Environnement, Front uni des immigrations et des quartiers populaires, Frustration magazine, Greenpeace France, Groupement pour le cinéma de recherche GREC, Informer n'est pas un délit, Initiatives pour un Autre monde (IPAM), La Casa, La Guilde des auteurs réalisateurs de reportages et de documentaires (Garrd), La Plateforme, La Quadrature du Net, La Société des réalisateurs de films (SRF), Le Groupe 25 Images, Les Amis de la Terre, Macadam Press, Oxfam France, Paris d'exil, Profession : Pigiste, Ras la plume, RegardOcc, Rencontre des Justices, RSVP Communication, SAF (Syndicat des Avocats de France), SAFE, SFR-CGT, SIPMCS-CNT, SPIAC-CGT, UCP2F, UJFP, Union des Clubs de la presse de France et francophones, Union syndicale Solidaires, WATIZAT, ABC'éditions, AEF Info, AOC, Basta !, Editions La Contre Allée, Editions La Découverte, Le Zéphyr, Là-bas si j'y suis, Les Allumés du Jazz, Mediapart, Mr Mondialisation, Politis, Rédaction de L'Humanité, Rédaction de Reporterre, Reflets.info, SDJ Arrêt sur images, SDJ de BFMTV, SDJ NRJ Group, SDJ Le Média TV, SDJ France 3 National, SDJ de Konbini, SDJ de LCP, SDJ de Premières Lignes, SDJ de M6, SDJ de Mediapart, SDJ de Midi Libre, SDJ de L'Express, SDJ de Télérama, Société des personnels de L'Humanité, Société des Rédacteurs d'Europe 1, StreetPress.com, Tënk, Société des journalistes et du personnel de Libération.


Soutiens :

Clémentine Autain (LFI), Delphine Batho (Génération Ecologie), Julien Bayou (EELV), Esther Benbassa (EELV), Olivier Besancenot (NPA), Damien Carême (EELV), Emilie Cariou (Nous Demain), Éric Coquerel (LFI), Alexis Corbière (LFI), François Damerval (CAP21), Christian Eckert (PS), Olivier Faure (PS), Gérard Filoche (GDS), France Gamerre (Génération Ecologie), Raphaël Glucksmann (Place publique), Quentin Guillemain (Génération Ecologie), Patrick Kanner (PS), Jean-Yves Lalanne (GDS), Aurore Lalucq (Place publique), Pierre Laurent (PCF), Audrey Lejeune (Génération.s), Noel Mamère, Jean-Luc Mélenchon (LFI), Claire Monod (Génération.s), Corinne Narassiguin (PS), Danièle Obono (LFI), Jean-François Pellissier (Ensemble), Marie Pierre de la Gontrie (PS), Eric Piolle (EELV), Christine Poupin (NPA), Philippe Poutou (NPA), Jean Rapenne (CAP21), Mélanie Raphaël (Radicaux de gauche), Sandra Regol (EELV), Roberto Romero (Génération.s), Fabien Roussel (PCF), Virginie Rozière (Radicaux de gauche), Aurélien Taché (Nous Demain), Igor Zamichiei (PCF), Guillaume Chiche (Nous Demain), Delphine Bagarry (Nous Demain), Christiane Taubira.

Cette Féministe Blanche Adorait Ses Dreadlocks – Voilà Pourquoi Elle Les A Coupées

Traduction d’un article d’everydayfeminism écrit par Annah Anti-Palindrome en août 2015. J’ai mis tous les liens qu’il y avait dans l’article, sauf quelques uns qui ne marchaient plus. Ils amènent vers des pages en anglais.
Et tant qu’on est sur le sujet de l’appropriation culturelle, je vous invite à réfléchir aux autres manières dont il est possible de s’approprier des cultures. Par exemple, porter un bindi, se tatouer des symboles qui ont beaucoup d’importance dans une autre culture juste parce qu’on trouve ça joli, adopter “l’esthétique” d’une culture qu’on trouve “exotique” pour se donner un style… etc.

image

source photo : Istock

J’ai senti la pression sociale de la féminité se faufiler comme la peste.

Il semblait qu’un jour plus tôt j’étais en train de construire des cabanes et d’attraper des lézards, et qu’en un rien de temps je m’étais retrouvée à rentrer le ventre, à tripoter ma peau et à naviguer dans une honte inéluctable de mon corps – une honte que j’ai passé les vingt dernières années à essayer d’esquiver.

Je me souviens d’avoir fait le deuil de mon enfance à l’âge de dix ans – cette courte période de temps où j’avais eu le droit d’exister sans cette préoccupation de mon apparence physique constamment derrière la tête – un moment où mon estime de moi-même n’était pas basée sur le fait d’être jolie ou non, assez mince, assez plantureuse, assez sexy.

Le temps est passé, et plus la féminité hétéronormative oppressive semblait inatteignable, plus je me haïssais et haïssais tous les gens autour de moi.

À la fin de mon adolescence, j’ai enfin abandonné. J’ai bricolé une tenue composée de tissus convenant à toutes les saisons et je ne me suis pas changée pendant une année entière.

J’ai laissé mes poils de jambes et d’aisselles pousser, et j’ai laissé mes cheveux se transformer en un nid de cordes, s’enchevêtrer et s’emmêler (un style de coiffure que j’appellerais ensuite, de manière ignorante et appropriative, des “dreadlocks”).

J’ai fugué de chez moi – commençant à faire du stop à travers le pays, allant à des festivals de musique féministes, me retranchant derrière la compagnie d’autres grrrls* (pour la plupart blanches) qui évitaient les routines d’hygiène féminine (se raser, prendre des bains, se peigner les cheveux, bref tout régime d’entretien de la beauté) dans le but de “dire merde au patriarcat”. (C’était cool, ok ?)

Nous idolâtrions des musiciennes telles que The SlitsBabes in Toyland, 7 Year BitchAni DifrancoL7, et Switchblade Symphony – toutes des féministes qui écrivaient des chansons autour du fracassement des standards de beauté mainstream – et toutes des groupes ayant pour membres des femmes blanches qui avaient porté leurs cheveux en dreadlocks à un moment de leur carrière musicale.

Comment C’était d’Être Une Fille Blanche avec des Dreadlocks

En naviguant au sein d’une subculture punk féministe principalement blanche, je n’ai jamais pensé à me demander si porter des dreadlocks était offensant – du moins envers autre chose que Le Patriarcat.

Porter des dreadlocks était une des choses qui me permettaient de cesser d’être obsédée par mon apparence.

Du moment que je les portais, la pression – du moins la pression faite sur moi, femme blanche cisgenre – pour atteindre les standards de beauté hétéronormatifs et mainstream ne pouvaient pas m’atteindre.

Je suppose que cette façon rebelle de m’exclure moi-même de ces standards me donnait l’impression d’être plus forte (c’était une alternative à l’exclusion forcée, due au simple fait que j’échouais à être féminine).

Bien qu’on m’ait deux ou trois fois insultée dans la rue de “gouine dégueu”, la blancheur de ma peau permettait généralement aux gens de me considérer plutôt comme “originale” et “ayant un style alternatif”.

Je n’étais pas suivie par un agent de sécurité à chaque fois que j’entrais dans un magasin. Je n’étais jamais harcelée par des flics simplement parce que je traînais avec mes ami-e-s au coin de la rue. Je n’étais jamais jetée en prison simplement parce qu’on avait supposé que j’étais membre d’un gang en raison de mon apparence non conventionnelle.

Pour mieux vous faire comprendre ce que je veux dire, être une grrrl* blanche avec des dreadlocks, mais aussi une personne qui portait des vêtements rafistolés et tenus par des épingles à nourrices, du fil dentaire et des patchs de groupes, j’étais toujours considérée comme employable et digne de confiance.

Sans jeter un regard à mes qualifications personnelles, et même avec une fiche d’incarcération dans mon casier judiciaire et sans éducation supérieure, je bénéficiais souvent de responsabilités qui me mettaient en position d’autorité sur mes collègues racisé-e-s.

Malgré mon apparence rebelle, je profitais d’un niveau de tolérance de la part des figures d’autorité et de la société en général qui ne pouvaient être attribués qu’à ma peau blanche.

Tout a changé quand j’ai cessé de voyager, que j’ai commencé à m’investir dans des projets activistes locaux, et que j’ai commencé à construire une communauté plus vaste et multiraciale.

Pour la première fois, mes pairs avaient beaucoup de questions et de critiques liées à mon choix de porter des dreadlocks.

Les réactions que les autres activistes avaient concernant mes cheveux allaient d’une légère irritation à une véritable colère.

Les gens faisaient sans cesse des commentaires discrets sur “l’appropriation culturelle” quand ils passaient à côté de moi – je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait.

Quelques ami-e-s ont fini par me suggérer quelques lectures et ressources qui m’aideraient à comprendre.

Je les ai lues et j’ai appris plus de choses sur l’histoire et le symbolisme des dreadlocks aux Etats-Unis dans le contexte des mouvements de résistance des Noir-e-s contre la suprématie blanche. J’ai appris que les Noir-e-s qui portaient des dreadlocks aux Etats-Unis n’étaient pas vu-e-s comme “originaux” et “ayant un style alternatifs”, mais comme “dangereuxses” et “militant-e-s”.

J’ai appris à identifier les façons dont les mentalités colonialistes blanches apparaissent dans nos vies quotidiennes, aujourd’hui encore.

J’ai réalisé que je participais à une réalité de merde qui, pendant des siècles, a laissé les blanc-he-s le sentiment de mériter d’avoir tout ce que leur coeur désire – des continents entiers, des corps humains, des ressources naturelles, et, oui, n’importe quels éléments des cultures des communautés qu’iels ont colonisées qui étaient jugés intrigants à cette époque.

Les Messages Négatifs Que Je Faisais Passer dans le Monde en tant que Femme Blanche avec des Drealocks

Au final, j’ai compris que porter des dreadlocks en étant blanche revenait à communiquer de manière non-verbale l’équivalent de cette phrase aux personnes racisées :

“Regarde ! Je peux rejeter les attentes de la société mainstream et toujours être traitée avec plus de respect que toi !”

“Ton héritage de résistance culturelle est tellement insignifiant qu’il est devenu rien de plus qu’un accessoire de mode qui me permet de m’évader des critères de féminité qu’on attend de moi en tant que femme blanche !”

Je m’en fiche que ma présence illicite provoque une gêne et communique parfois ce qui est vu comme un irrespect flagrant !”

“Je m’en fiche que la façon dont je stylise mes cheveux symbolise le genre de sentiment de tout mériter qu’on les blanc-he-s et qui a provoqué des siècles de violence coloniale et globale.”

Etcetera.

J’ai honte de le dire… mais même après avoir réalisé tout ça j’ai toujouuuuurs eu beaucoup de mal à les laisser partir.

Voici quelques exemples des derniers arguments que j’ai pu avoir :

1. “Beaucoup de cultures ont eu des dreadlocks au cours des siècles ! Je suis en partie Scandinave ! Mes ancêtres étaient des vikings !”

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

Oui il est vrai que les dreadlocks sont portées dans différentes cultures autour du monde, mais le contexte dans lequel elles sont portées aux Etats-Unis est explicitement ancré dans la résistance symbolique des Noir-e-s (et des Rastafarians en particulier) contre la suprématie blanche.

Lorsque les blanc-he-s aux Etats-Unis portent des dreadlocks, le pouvoir de cette résistance symbolique est réduite à un moment fashion “exotique” au sein duquel l’oppresseur-se peut “jouer”, temporairement, à être “autre” et “exotique” sans prendre en compte ou expérimenter aucune des discriminations quotidiennes auxquelles les Noir-e-s font face.

2. “Nous vivons dans une société interculturelle. Les femmes Noires portent des coiffures de blanches, alors c’est quoi ce double standard ?

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

On dit aux femmes Noires qu’afin de paraître “respectables” dans la société américaine, elles doivent investir énormément de temps et d’énergie à “avoir l’air plus blanches”.

En raison de cette pression sociale de merde – et du pouvoir institutionnel que les blanc-he-s ont, leur permettant de déterminer les standards de beauté mainstream – ce n’est pas la même chose.

3. “Personne ne peut me contrôler ! Je fais ce que je veux !”

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

… et tu sais quoi ? Tu es blanche, alors c’est tout à fait normal que tu aies ce sentiment.

4. “En portant des dreadlocks, j’abandonne mon privilège blanc pour me tenir aux côtés des racisés.”

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

Tu es une touriste de l’oppression – une fille blanche qui aura toujours une voie pour s’échapper, qui pourra toujours retourner se jeter dans les bras grands ouverts de la suprématie blanche une fois qu’elle aura terminé de se rebeller. Tu peux arrêter à tout instant.

Prétendre le contraire ou te considérer comme une martyre est malavisé et offensant.

5. “Mais il y a une différence entre “appréciation” et “appropriation”, non ?

Mes ami-e-s m’ont fait passer des articles comme celui-ci, disant :

J’essaie de penser à des exemples de choses que je respecte et à la façon dont je montre ce respect. J’ai du mal à penser à un moment où j’ai respecté quelque chose, et décidé que la meilleure façon de montrer ce respect était en prenant cette chose. Tu sais comment je montre le respect ?

J’écoute.

J’écoute du mieux que je peux, j’écoute profondément, et j’écoute sans cesse. J’écoute des récits, j’écoute des histoires, j’écoute pour apprendre, et j’écoute pour comprendre le moment où j’ai dérapé. J’écoute pour devenir un être humain plus complet.

6. Mais ce n’est pas ce que je voulais dire ! Que devient la raison pour laquelle je les porte ?

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

Que tu aies compté être irrespectueuse ou pas, ce que tu communiques est hors de ton contrôle. Certains symboles culturels auront toujours un poids sémiotique – tu ne porterais pas un pendant avec une swastika juste parce que tu trouves ça joli.

La Coupe de Cheveux

Je les ai finalement coupées – et quand je l’ai fait je me suis sentie (littéralement et métaphoriquement) cent fois plus légère.

Bien que j’aie un style toujours assez “alternatif”, j’ai appris à me battre contre les systèmes d’oppression en faisant des démarches dans ma vie quotidienne. Je n’attends plus naïvement que mon apparence physique (toute seule) fasse cela pour moi.

Couper mes dreadlocks a été une forme de responsabilité – une façon de reconnaître les manières dont j’ai bénéficié (et continue de bénéficier) des héritages d’une violence racialisée extrême.

Couper mes dreadlocks n’a pas instantanément fait de moi “une bonne personne blanche” ou même une alliée digne de confiance, mais ça a de toute évidence démantelé certaines des barrières qui se tenaient devant moi pour cultiver des relations profondes et significatives basées sur le respect mutuel, la confiance et la solidarité.

En tant que féministes, nous devons continuer à travailler dur pour démanteler les messages oppressifs de la société sur la féminité, mais nous devons aussi penser aux intersections de race, de classe, et de genre, à la façon dont certaines d’entre nous bénéficient du système dans lequel nous vivons, et de la façon dont on peut avoir du pouvoir et nous libérer sans contribuer à l’oppression de quelqu’un d’autre.

Combien de sexes ?

Les rapports sociaux de sexe ou de genre, la division sexuelle des tâches, la définition de l’individu et de la personne, de la parenté et de la famille – mais également de la normalité, de l’anormalité et de la différence – sont des questions sociales et politiques omniprésentes dans les sociétés occidentales. Si les sociologues, anthropologues, philosophes, juristes et historiens se penchent sur ces débats, leur intérêt est la traduction, dans le domaine « savant », des mobilisations sociales par des personnes souvent traitées comme des « tiers ». Ces personnes sont rejetées aux marges de la société, parfois sujettes à des interventions médicales et juridiques afin de les « normaliser », ou même à des internements dans les prisons. Ce dossier invite à des réflexions critiques qui prennent en compte les obstacles auxquels sont trop souvent confrontés les tiers exclus et met en lumière également la présence innovante dans l’histoire, la jurisprudence, la recherche scientifique, les arts ou la littérature du « troisième sexe social », concept développé par Bernard Saladin d’Anglure, à partir la conception inuit des relations de sexe, de genre, de la famille et de l’identité fondée non pas sur le binarisme occidental et sa logique du tiers exclu, mais sur celle du tiers inclus, tout en situant le débat bien plus sur le plan du sexe social que sur celui de l’orientation sexuelle.

Quand un film t’explique que tu dois mourir

Avec Licarion on a filmé une vidéo un bullshit-o-mètre il me semble
sur le film Avant toi ou en anglais Me Before You la traduction est un peu nul la traduction du titre est un peu nul et c’est un film qui parle de l’histoire d’un jeune homme qui est handicapé suite à un accident parce que bien sûr c’est le seul type de personnes handicapées qui existe, les personnes handicapées suite à des accidents. Donc ce jeune homme est très triste et il rencontre une jeune femme qui est en fait employée par ses parents pour essayer de le rendre un peu plus heureux et en fait il a comme projet de se suicider parce que il veut pas faire de la peine aux autres tout ça et à la fin du film il meurt voilà et ce jeune homme en gros part du principe et même tout le monde autour de lui part du principe que si tu peux pas faire tout ce que tu pouvais faire avant, si tu peux pas faire ce que tu voudrais faire, si tu es un poids pour les autres autour de toi tu devrais mourir et c’est mieux et c’est quelque chose de complètement romantique que de se suicider.

[Podcast] Rencontres intersexes

Dannie, Vincent et Ikram sont intersexué.e.s. Les médecins et leurs parents leur ont choisi un sexe à la naissance. Ils.elles racontent aujourd’hui leurs difficultés et leurs besoins.

Dannie n’a pas poursuivi d’études, mais il.elle se met très tôt à pratiquer cette langue universelle qu’est la musique.

Quand j’avais dix ans je suis tombé.e par hasard sur La Métamorphose de Kafka. Un homme qui se réveille et qui se transforme en blatte, en cafard. Je rêvais ensuite que j’étais un cafard qui se transformait en humain. C’était tout aussi horrifiant.

J’ai fait une longue introspection pour comprendre ce qui n’allait pas dans ma tête. Au bout d’un moment, dans le ciel gris de mon âme, j’ai aperçu une petite lumière bleue. C’était l’espoir.

On m’a fait jouer un rôle dès le départ. Assigner une vie à quelqu’un est un enfer.

Le handicap n’existe pas. La seule chose qui existe c’est la différence. Les intersexes se battent contre la barbarie des mutilations à la naissance, qui visent à normaliser ces enfants.

Ikram et Vincent sont très ému.e.s par leur rencontre. Vincent explique à quel point il est dur d’affirmer cette différence déniée par les autres.

Les cicatrices sur mon torse, mon sexe, s’infectent parfois. C’est écrit dans mon corps que j’ai été modifié et malgré ça je me demandais souvent si je ne délirais pas. Pour ceux qui sont transformés en filles c’est pire, car les cicatrices sont à l’intérieur. Il n’y a pas de traces.

Vincent a été mutilé.e tard, à sept ans.

Quand j’ai eu l’appendicite, les médecins m’ont ouvert et ont dit à mes parents qu’ils allaient me réparer. Pendant toute mon adolescence, ils ont mené ce qu’ils appellent des « explorations fonctionnelles ». Personne ne sait ce qu’ils ont fait précisément.

Ikram a ainsi été élevé.e comme une fille sans jamais réussir à s’y faire.

Quand j’étais petit, je me travestissais. Ma mère ne me genre plus aujourd’hui, elle a peur surtout de la méchanceté des autres. Un jour un homme m’a insulté, je lui ai alors renversé mon café dessus et je me suis réveillé à l’hôpital.

Il y a des caractéristiques biologiques à l’intersexuation, j’aimerais que ce soit reconnu et qu’on arrête de me prendre pour un fou.

L'appel à des Marches des Libertés « face au basculement possible dans un État de Police »

Suite à l'adoption de la loi Sécurité globale par l'Assemblée nationale, des Marches des Libertés sont prévues partout en France ce samedi 28 novembre. La Coordination Stop Loi Sécurité Globale, dont fait partie la rédaction de Basta !, appelle à participer à ces marches pour le respect de l'État de droit et de nos libertés. Découvrez la carte des 95 cortèges, marches, rassemblements qui vont se tenir dans toute la France et même au-delà. La coordination « StopLoiSecuriteGlobale », composée de syndicats, (...)

- ça bouge ! / , ,

Violences policières, le poids des images

Depuis quelques jours, les manifestations contre le racisme et les violences policières se multiplient à travers le monde. D’abord aux États-Unis, où l’on proteste contre le meurtre de Georges Floyd, puis en France, où l’on fait le parallèle avec la mort d’Adama Traoré et le combat de sa famille.

À la périphérie des combats contre les violences policières, la question de la multiplication de vidéos difficiles sur les réseaux, qui détaillent les coups et les agressions. Une martyrisation des corps noirs, une mise en scène qui interroge.

Thomas Rozec interroge Rokhaya Diallo, journaliste, autrice et réalisatrice.

Appel à dons : 20 000 euros pour préparer 2021 !

Depuis vingt-cinq ans, Acrimed fait vivre une critique des médias indépendante et exigeante. Mais nous n'avons (toujours) pas les moyens des grands groupes de presse, de Vincent Bolloré ou de Xavier Niel ! C'est pourquoi nous avons (encore) besoin de vous pour continuer.

L'année 2020 a été difficile : une grande partie de nos activités associatives a dû être reportée, et pour la première fois de son histoire, la publication d'un Médiacritiques a été annulée… Mais nous avons poursuivi malgré tout : critique du traitement médiatique des mobilisations sociales, de l'information en temps de crise sanitaire, focus sur les chaînes d'info en continu, mobilisation contre la proposition de loi « Sécurité globale »…

En 2021, nous comptons poursuivre notre activité de critique indépendante... et en accès libre et gratuit ! Et reprendre, dès que possible, nos actions, événements, réunions publiques, etc.

C'est pourquoi nous faisons appel à vous en cette fin d'année, pour nous permettre de boucler notre budget 2020 et de commencer 2021 dans les meilleures conditions !


Vous souhaitez soutenir Acrimed ?

- Vous pouvez faire un don

- ou adhérer à l'association


Nous vous rappelons que les dons et les adhésions réalisés avant le 31 décembre ouvrent droit à déduction fiscale pour votre déclaration 2021.

Pour ce faire nous vous invitons à visiter notre boutique, où vous pourrez régler par carte bancaire, virement, Paypal, chèque ou prélèvement automatique. Un grand merci à vous, et vive la critique des médias !



L'équipe d'Acrimed


Post-scriptum : Vous trouverez ci-dessous plus d'informations sur notre financement et sur notre association.



Nous tenons à notre indépendance : Acrimed ne perçoit aucune subvention et n'a pas recours à la publicité. De plus, nous avons fait le choix d'un site gratuit, accessible sans condition. L'action de l'association repose donc avant tout sur la générosité de nos sympathisant·e·s : les ressources d'Acrimed étaient de 165 000 € en 2019, dont plus des trois-quarts issus des dons et adhésions, soit 125 000 €.

Ces rentrées d'argent correspondent au minimum qui nous permette de fonctionner : nos dépenses se limitent à la rémunération de trois salarié·e·s à temps plein et aux achats courants (loyers du local, frais d'impression et d'affranchissements, frais d'hébergement du site Internet, etc.). En suivant ce lien, vous trouverez toutes les informations sur notre association et son financement.


Notre association


Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l'Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d'un observatoire des médias s'est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour.

Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante. Acrimed poursuit plusieurs objectifs :

Informer

Informer sur l'information (sur son contenu et sur les conditions de sa production), sur les médias, sur les journalismes et les journalistes, grâce à la mise en commun de savoirs théoriques, de savoirs professionnels, de savoirs militants.

Contester

Contester l'ordre médiatique existant, sa concentration, sa financiarisation, la marchandisation de l'information et de la culture, l'anémie du pluralisme et du débat politique, l'emprise des sondages (et des instituts qui en font commerce), les connivences, les complaisances, l'implication des entreprises médiatiques dans la contre-révolution néolibérale… Contester également celles et ceux qui dominent et perpétuent un ordre médiatique qui, en l'état, est tout sauf le pilier d'une véritable démocratie.

Mobiliser

Mobiliser et se mobiliser avec toutes les forces disponibles (partis, syndicats, associations…) pour construire un véritable front de lutte à la mesure des enjeux. La question des médias est une question politique essentielle, elle doit le devenir ou le redevenir, et doit faire l'objet d'un combat politique.

Proposer

Proposer des transformations en profondeur des médias. Si un autre monde est possible, d'autres médias le sont aussi. Et pour qu'un autre monde soit possible, d'autres médias sont nécessaires. C'est pourquoi Acrimed s'efforce d'élaborer des propositions, précises et concrètes, qui font l'objet d'un débat toujours ouvert au sein de l'association et avec nos partenaires.

L'info indépendante se renforce avec vous, #BoostezBasta !

Le compte à rebours est lancé ! Nous avons jusqu'au 31 décembre pour Booster Basta ! en réunissant 100.000 euros. Aidez-nous à y parvenir !
Chaque mois, vous êtes près d'un million à lire nos articles et ça fait plaisir, un immense merci !
En proposant une information à prix libre, sans abonnement et sans publicité, nous faisons un pari audacieux : ne compter que sur votre soutien pour assurer notre pérennité.
Aujourd'hui, votre participation est essentielle pour permettre à Basta ! de poursuivre sa (...)

- Chroniques /

« Sélom et Matisse : pourquoi des jeunes courent ? » : une enquête à écouter

Après avoir mené une enquête pour Basta ! sur les conditions du décès de deux jeunes lillois, en décembre 2017, et l'éventualité d'un lien avec une intervention policière, le journaliste Yann Lévy et Radio Parleur ont réalisé une série de podcasts sur cette affaire.
« Sélom et Matisse : pourquoi des jeunes courent ? » est une enquête en huit épisodes de 15 à 20 minutes chacun, diffusée sur Radio Parleur chaque mercredi et samedi jusqu'au 9 décembre 2020. Elle est le fruit d'un travail de plusieurs mois initié (...)

- Décrypter / ,

Cancers pédiatriques : « On dirait qu'ils ont réfléchi à la meilleure manière de faire disparaître le cluster »

« Pourquoi y a-t-il tant d'enfants malades sur notre territoire ? » C'est la question que se posent les parents du collectif Stop aux cancers de nos enfants, basé en Loire-Atlantique. En cinq ans, 24 enfants sont tombés malades aux alentours de la commune de Sainte-Pazanne, cinq sont morts. Les autorités sanitaires ont décrété qu'il n'y avait rien d'anormal. Sidérés, les parents poursuivent leurs recherches. Deuxième volet de notre série sur les cancers pédiatriques.
Qu'est-ce qui entraîne le (...)

- Résister / , , , , ,

Villeurbanne: le Collectif Solidarités Cusset ouvre un squat rue de l’Egalité

Nous, Collectif Solidarités Cusset, avons occupé depuis le mercredi 18 novembre un bâtiment vacant au 4-6 rue de l’Egalité à Villeurbanne. Nous sommes un collectif de quartier réunissant des habitant·es de Cusset. Depuis le premier confinement, nous avons décidé de nous organiser collectivement face à la situation sanitaire et sociale afin de proposer une solidarité concrète et populaire avec les plus précaires : étudiant·es, chômeur·euses, sans-papiers, travailleur·euses, familles nombreuses, retraité.es…
Durant 4 mois, nous avons tenté d’apporter notre contribution pour parer à l’urgence alimentaire et sanitaire par la distribution de denrées alimentaires et de produits d’hygiène sous la forme d’un marché gratuit, avec le soutien de plusieurs associations villeurbannaises. Sur ces 4 mois, deux fois par semaine, nous tenions ces distributions, et c’est plus de 80 familles et personnes isolées que nous aidions.

Fort.es de cette expérience et des liens multiples que nous avons tissés, nous nous sommes remobilisé.es au début de ce deuxième confinement, notamment à travers l’organisation de maraudes. Celles-ci nous ont permis de constater que nos moyens n’étaient pas à la hauteur de la grande précarité dans laquelle se trouvaient de trop nombreuses personnes, en particulier celles qui n’avaient pas de logement.

C’est pourquoi nous avons décidé d’occuper un bâtiment vide depuis de nombreuses années situé au 4-6, rue de l’égalité, à Villeurbanne. Cette occupation s’inscrit pleinement dans la continuité de nos actions antérieures, tout en permettant d’élargir l’éventail de nos activités. Elle fait également suite à une demande officielle de local par le collectif auprès de la Mairie de Villeurbanne en septembre, dont la réponse qui nous a été faite n’a pas été satisfaisante au vue des conditions que nous requérions. Nous pouvons espérer le soutien de la mairie suite à la Déclaration des droits des personnes sans-abri qu’elle a adopté en conseil municipal le 12 octobre 2020 et qui stipule que : « Tout abri, qu’il soit de fortune ou mis à disposition, doit être reconnu et respecté en tant que tel » (article 2).
Dans sa partie habitable, ce lieu hébergera des personnes ayant besoin d’un logement. Au rez-de-chaussée, nous aménagerons le local du Collectif Solidarités Cusset ainsi que des espaces dédiés aux activités répondant aux besoins réels du quartier : soutien scolaire, outils pour pallier à la fracture numérique, aide administrative aux plus isolé.es, lieu d’accueil, cantine solidaire…

Face à la crise économique majeure et aux attaques liberticides menées par le gouvernement, nous voulons ouvrir un lieu qui soit au service de notre quartier et ancré dans celui-ci, où chacun.e puisse se sentir à l’aise. Nous voulons un espace ouvert, où les solidarités se nouent au fil des initiatives collectives, et où les discriminations et l’autoritarisme n’auront pas leur place. Permettre l’existence d’un tel lieu, c’est déjà résister aux politiques d’appauvrissement en cours.

Pour remettre en état le bâtiment et débuter le plus vite possible nos activités, nous avons besoin d’un certain nombre de choses, d’où l’appel à dons :

***** ELECTRICITE*****

– Chauffages d’appoint
– Machines à laver
– Multiprises / prises
– douilles + ampoules
– dominos
– Lampes et ampoules
– Imprimantes + ramettes de papiers
– interrupteurs

******PLOMBERIE******

– Eviers + robinets
– Cumulus
– Lavabos + robinets
– bacs de douche + pomettes
– lunette de toilette

****** MEUBLES/ AMENAGEMENT*****

– Gazinières
– Ustensiles de cuisine : Grande casseroles, poêles, saladiers, vaisselles (assiettes, couverts, verres, tasses, bol), etc..
– Cafetières et bouilloires
– poignées de portes
– Tables et chaises
– Bureaux
– Canapés
– Tables basses
– Matelas + sommiers
– Tables de nuit
– Couvertures
– Draps
– Tapis
– Stylos, feutres
– Enceintes
– Etagères (ou planches permettant d’en construire)
– Rideaux

****** OUTILS******

– Outils de bricolage de base (marteaux, clés, tournevis, pinces, furet pour déboucher les tuyaux, scie à bois, scie à métaux, embouts pour visseuse, …)
– Peinture, pinceaux, rouleaux
– carreaux
– enduis/ plâtre

*****NOURRITURE******

Et toujours besoins de dons alimentaires et d’hygiène !

!!!!!! Attention !!!!! : Nous n’acceptons pas de dons de vêtement pour l’instant.

Vous pouvez déposer vos dons toute la journée au 6 rue de l’égalité à Villeurbanne (pour cette semaine. La sonnette d’entrée fonctionne !

Organisons la solidarité de nos quartiers !

Le Collectif Solidarités Cusset

4-6 rue de l’Egalité
69100 Villeurbanne
collectif-solidarite-cusset [at] riseup [point] net
https://squ.at/r/84ck


Des squats à Lyon https://radar.squat.net/fr/groups/city/lyon/squated/squat
Des squats expulsés à Lyon https://radar.squat.net/fr/groups/city/lyon/field_active/1/squated/evicted
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Lyon https://radar.squat.net/fr/groups/city/lyon
Des événements à Lyon https://radar.squat.net/fr/events/city/Lyon


Rebellyon le 26 novembre 2020, https://rebellyon.info/Le-Collectif-Solidarites-Cusset-22751

Tenue de rentrée

Lilith Martine et les autres fait seulement (et enfin !) son émission de rentrée parce qu'on a un peu galéré à choisir comment nous habiller et trouver notre plus belles tenue de rentrée ! Mais finalement est-ce que c'est si important ? Comment on peut se défaire de toutes les normes véhiculées par les vêtements, le style, la mode ? Pourquoi s'habiller comme ci ou comme ça ? Avec des vêtements faits par qui et comment ?

Dans cette émission il sera question d'un docu sur les luttes des
ouvrières du textile dans le roannais, de soutif (ou pas), de tenue
républicaine et autres crop top, d'habillages musicaux et littéraires…

Bonne écoute !

Références :

– En découdre, réalisé par Jordane Burnot et Arnaud Béal

– La planète victime de la mode. Revue silence.

– Pour vous mesdames ! La mode en temps de guerre.

– Stone butch blues de Leslie Feinberg

– Lettre ouverte de Jeanne – Tô' « Cachez ce sein que nous ne saurions voir »

Musiques :

– Casual Tonight, Litige

– En bande organisée (versions meuffes)

Voir en ligne : ECOUTER ICI

Violences au travail : les femmes en première ligne

  Agressions sexuelles, harcèlement, viols : au travail aussi, les femmes sont la cible de violences sexuelles et sexistes. En ce 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes, rendez-vous devant un Mc Donald’s lyonnais pour écouter […]

L’article Violences au travail : les femmes en première ligne est apparu en premier sur Rapports de Force.

Loi « Sécurité globale » : BFM-TV et LCI désinforment par omissions

Le 21 novembre, des dizaines de syndicats de journalistes, sociétés de journalistes rédacteurs, associations et collectifs divers ont organisé des manifestations pour la défense du droit d'informer (entre autres), mis en cause par la loi « Sécurité globale ». Sur BFM-TV et LCI ? Rien… voire pire que rien : sur la chaîne de Bouygues, un « débat » vient se substituer aux reportages, débat confisqué par des communicants unanimement convaincus que rien, dans cette loi, ne menace les libertés publiques.

Informer sur toute l'actualité un même jour ? Impossible : à l'évidence, chaque média doit faire des choix. Hiérarchiser l'information ? Inévitable : tous les événements ne pèsent pas du même poids. « Dis-moi ce que tu privilégies, je te dirai ce que tu es ». « Dis-moi ce que tu passes sous silence, je te le dirai aussi ». Et quand, à l'évidence, l'actualité impose certains événements, les passer sous silence (ou presque) relève de la désinformation : la désinformation par omission(s).

Les chaînes d'information en continu nous offrent en abondance des exemples de cette désinformation. Nous avions déjà relevé avec quel talent BFM-TV, officiellement dévouée au soutien des personnels soignants en ces temps de Covid, était parvenue à rendre inexistante la grève nationale de la santé du 15 octobre 2020. Cette fois, BFM-TV et LCI ont généreusement omis d'informer – d'informer vraiment – sur les dizaines de manifestations pour la défense… du droit d'informer, auquel, n'en doutons pas, ces chaînes sont amoureusement attachées.


En direct du néant


« Une place majeure de Paris noire de monde contre une loi sécuritaire dénoncée par l'ONU, par les ONG, par le Défenseur des Droits, par la presse internationale et les syndicats de journalistes. Et pas la moindre seconde de reportage sur les chaînes d'info » s'indignait Benjamin Amar (CGT) le 21 novembre.

Pendant près d'une semaine en effet, c'est le « Procès Daval » qui, avec le Covid et la retransmission des promenades gouvernementales, a occupé l'essentiel des temps d'antenne. Passons (pour l'instant) sur le feuilletonnage racoleur et la mise en scène indigne [1] que les deux plus grandes chaînes d'info ont fait de ce procès. Le 21 novembre, jour des plaidoiries et du verdict, il a en tout cas une nouvelle fois polarisé l'essentiel de l'attention des rédactions. Sur les mobilisations contre la loi « Sécurité globale » en cours le même jour dans plusieurs villes de France ? Rien, ou presque !

Sur BFM-TV, quelques mentions fugitives, soutenues par une image du Trocadéro. On trouve ainsi à 15h20 un « reportage » en direct de l'esplanade parisienne. Reportage d'une minute et trente secondes, réussissant le tour de force de ne jamais tendre un seul micro à un manifestant, et de ne jamais retransmettre le début du commencement d'une prise de parole, alors que plus d'une vingtaine d'organismes (associations, médias, syndicats, etc.) se sont succédé à la tribune pendant près de deux heures.

Sur LCI, même ascèse. Compensée, si l'on peut dire, par l'inévitable « débat », avec, comme d'habitude, quelques images de la mobilisation parisienne en fond d'écran pour décorer le bavardage. « Débat » qui plus est confisqué par des experts et communicants triés sur le volet. On n'entendra ainsi aucun représentant des organisateurs de la manifestation, là non plus, pas même sous-forme de micro-trottoirs. En leur lieu et place, les « vrais » spécialistes sont de plateau.

À commencer par l'inénarrable Céline Pina, qui intervient en sa qualité de porte-parole du groupuscule « Viv(r)e la République » [2], sévissant très régulièrement sur LCI mais également dans d'autres médias comme Front Populaire, Causeur, La Revue des deux mondes, ou Marianne, ce dont elle s'honore sur son profil Twitter. Bien connue d'Acrimed pour ses positions en défense des libertés [3], elle pourfend cette fois-ci les créateurs de « faux combats » et de « faux problèmes » avant de prendre à partie la France insoumise...

… de décréter que le meurtre de Cédric Chouviat est un simple « accident »...

… et de clore, sans personne pour lui apporter la contradiction, par une diatribe contre « la gauche », dans un retournement aussi spectaculaire que hors-sol :

Les attaques les plus fortes portées sur la démocratie émanent d'une certaine gauche, plus que d'une certaine droite. [….] Une extrême gauche […] encore plus dangereu[se] pour la démocratie que ne sont aujourd'hui nos gouvernants.

Face à elle, on retrouve le chroniqueur déguisé de Valeurs actuelles Arnaud Benedetti. Ainsi que le très représentatif Olivier Cimelière, qui, pas vaniteux pour un sou comme en témoigne son blog, est pompeusement présenté comme « journaliste-communicant »… la présentatrice omettant évidemment de mentionner qu'il fut un soutien de la première heure d'Emmanuel Macron [4]. Que lui-même se présente comme « ex-journaliste » n'empêche pas LCI de lui conférer ce titre… dont le même Olivier Cimelière prétend en revanche déposséder Taha Bouhafs et Gaspard Glanz, contre lesquels il part en croisade sur le plateau.

Un plaidoyer caractéristique de ceux que nous nommions les « garde-frontières ». Qui, sans aucune autre forme de légitimité que leur suffisance, ne cessent de préconiser un « tri entre les journalistes », avant de s'y livrer en actes, en excluant « ceux qui s'improvisent journalistes » et « provoquent des incidents pour faire le buzz »… Et dont il est vrai que le travail de terrain ne représente pas grand-chose face à la sagesse d'un obscur consultant, auto-baptisé « communication strategist » et invité en tant qu'« expert en communication » par les chaînes d'info !

Soit, pour résumer « l'information » selon LCI concernant la loi « Sécurité globale » : unanimisme sur le fait qu'aucune disposition ne menace les libertés publiques, dénonciation d'un quasi coup monté de l'ultra gauche (décidemment fort influente ces temps-ci…) contre la démocratie, et une disqualification en règle des journalistes indépendants. Il n'y a pas à dire, ce fut là un plein exercice du « droit d'informer » par LCI…


Violences ? Quelles violences ?


On ne trouvera a fortiori rien non plus sur les diverses entraves et les violences exercées par la police pendant et à la fin de la manifestation parisienne. Nos preux défenseurs du droit d'informer s'évitant ainsi la peine de s'interroger sur les illégalités et les abus une nouvelle fois commis par des policiers et gendarmes. Ainsi de la fouille de sacs effectuée en l'absence de réquisition judiciaire. Ainsi de la présence d'un drone de la police au-dessus de la tribune, et dont l'usage a suscité une plainte de l'avocat et membre du bureau de la LDH Arié Alimi. Ainsi des entraves subies par les journalistes et photo-reporters indépendants Hannah Nelson, Gaspard Glanz, Valentin Stoquer, Filippo Ortona.

Dans son édition parisienne, autour de 21h30, BFM-TV titre en revanche sur « 23 interpellations et un policier blessé à Paris ». Publication flanquée d'un reportage mentionnant « des incidents entre manifestants et forces de l'ordre après une demande de dispersion », une « confusion » et des « nasses ». Rien de plus dans cette minute d'information : le téléspectateur ne saura donc pas qu'une des nasses en question a entravé en fin de soirée une cinquantaine… de journalistes !

C'est peu dire que les directions éditoriales se sentent concernées. Ne change visiblement rien à l'affaire le fait que la SDJ de BFM-TV soit signataire de la tribune « Proposition de loi Sécurité globale : la liberté d'informer attaquée ! » – dont on ne trouve par ailleurs aucune trace sur le site de la chaîne…

Du reste, lors du premier rassemblement devant l'Assemblée nationale, le 17 novembre, les chaînes d'info avaient déjà très largement fait l'impasse sur la manifestation (et les violences policières). Pire : le lendemain, alors que LCI diffuse la conférence de presse post-Conseil des ministres, elle décide d'interrompre net le direct au moment où une journaliste questionne Gabriel Attal sur les sommations policières contre les journalistes :


Une grossièreté répétée quasi à l'identique sur BFM-TV : si la chaîne laisse la journaliste en question s'exprimer, elle coupe à son tour son successeur, un confrère de Reuters, qui pose une question plus large sur la loi « Sécurité globale », introduite par une référence au rapport de la Défenseur des droits :



Comprenez… Point trop n'en faut.


***


C'est là, en définitive, un nouvel exemple de la désinformation dont sont capables les chaînes d'info, d'autant plus problématique qu'un volet de la loi « Sécurité globale » concerne certains de leurs journalistes et reporters d'images présents sur le terrain. Une désinformation par omission, consistant à monopoliser l'antenne pendant une journée entière avec seulement deux sujets. Les quelques miettes restantes ne suffisent pas à informer : la parole des manifestants et des organisateurs passe systématiquement à la trappe, au profit de duplex minimalistes et décoratifs, ou de débats en plateau entre faux experts.


Henri Maler et Pauline Perrenot


[1] Nous aurons l'occasion de revenir sur la surface médiatique occupée par ce double procès : au tribunal, et devant les caméras. Ainsi que sur la fait-diversion (voire la fictionnalisation) de ce féminicide, très rarement remis en perspective, par les chaînes d'info.

[2] Un groupuscule n'ayant globalement d'existence que médiatique et virtuelle…

[3] Céline Pina a par exemple activement participé à la campagne médiatique contre les « islamo-gauchistes ». Lors du rassemblement pour Samuel Paty, elle revendiquait fièrement « refuse[r] de défiler auprès des syndicats enseignants » qu'elle accusait (associés à la FCPE, SOS Racisme, la Ligue des droits de l'homme, la FIDL et l'Unef) de « légitimer la sauvagerie ».

[4] Signataire de plusieurs tribunes en soutien à En marche, dont le martial « De droite, du centre, de gauche, nous sommes En Marche ! avec Emmanuel Macron » paru sur le Huffpost en janvier 2017.

Lucine et Enzo

Salut à toutes et tous !

Non, je n’étais pas partie aux Bahamas (j’aurais bien aimé, mais bon, hein.) Je travaillais sur cette BD 🙂

Un grand merci pour les relectures à mon poilu et à Alex qui a bien dû se fader la BD 250 fois.

Merci aussi à l’association Hypersupers, et notamment Catherine Langlet et Christine Getin, pour leur travail bénévole indispensable, toutes les sources qu’elles m’ont envoyées, et la mise en contact avec les personnes qui ont témoigné. Vous pouvez les trouver ici https://www.tdah-france.fr/

Merci aussi au Professeur Castelnau pour sa disponibilité et son expertise.

Enfin, big up et merci à toutes les mamans qui ont pris du temps pour me parler de leur parcours, et particulièrement à Lucine pour la confiance qu’elle m’a accordée en me confiant son histoire. Vous êtes des warrior.

Cette BD est assez longue, donc n’hésitez pas à suspendre et y revenir après. Vous pouvez aussi consulter les liens en description. Et je vous mets des petits conseils lecture en commentaire !

Un documentaire à voir absolument https://www.plongezennostroubles.com/

Un manuel complet et accessible pour comprendre le TDAH https://www.editions-eyrolles.com/Livre/9782212572025/manuel-de-l-hyperactivite-et-du-deficit-de-l-attention

Pour comprendre le fonctionnement des neurones quand on n’y connaît rien https://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/developpement-de-l-enfant/petites-bulles-de-lattention_9782738133762.php

Un livre à destination des enfants (mais pas que, je trouve) https://www.tdah-france.fr/Mon-Cerveau-a-Besoin-de-Lunettes.html

Si une version papier vous intéresse, écrivez-moi à contact@emmaclit.com je vous transmettrai un formulaire de contact !

Place de la République : la face visible des violences policières contre les migrants

  Les images de l’évacuation de la place de la République ont suscité l’indignation, obligeant Gérald Darmanin à s’exprimer en plein débat sur la loi « sécurité globale ». Cette fois, les violences se sont déroulées au cœur de Paris, […]

L’article Place de la République : la face visible des violences policières contre les migrants est apparu en premier sur Rapports de Force.

Bagnolet-Montreuil (93): parution de « L’En-Ville » n°3

Le n°3 de L’En-Ville a été édité par le Collectif Prenons la ville en mai 2020 dans la banlieue est de Paris, mis en ligne sur infokiosques.net depuis fin septembre. Sous-titré « Récits de transformations urbaines sur Montreuil et Bagnolet », ce numéro de L’En-Ville concerne la période qui va de janvier 2016 à mai 2020.

Sommaire :
– Edito
– La rue interdite aux pauvres
– Nouvelles lubies pour mieux dégager
– Lutter pour habiter
– Les Baras toujours là !
– Projets à combattre
– Docu-graphie critique

Comme le n°1 et le n°2, le n°3 de L’En-Ville est disponible en PDF sur infokiosques.net (ainsi qu’en version lisible directement sur écran).

Contact: degage-onamenage@@@riseup.net

Deux mille enfants déclarent un cancer chaque année, et toujours aucune explication

Plus de 2000 enfants déclarent un cancer chaque année en France. Certains parents tâchent de savoir pourquoi, mais se heurtent à l'inertie, voire à l'hostilité des autorités sanitaires, et parfois de leurs élus. Le sujet est complexe, poser des questions semble dérangeant. Basta ! est allé à la rencontre de ces familles, pour raconter leurs quotidiens et s'interroger, avec elles, sur ce grave problème de santé publique. Premier article d'une série de reportages que nous publions jusqu'au 1er décembre. (...)

- Décrypter / , , , , ,

Pétroleuses un jour, pétroleuses toujours

La légende de la « pétroleuse » a été inventée durant la Commune de Paris pour stigmatiser les femmes combattantes, mais aussi toutes celles qui n'entraient pas dans l'imaginaire étriqué de ce que devait être une femme. La pratique de stigmatisation n'a pas changé, mais l'expression « pétroleuse » désigne aujourd'hui le courage des femmes. Voilà que la fake news s'est retournée contre ses inventeurs.

D.R. {JPEG}

« Elle boirait le sang de sa propre mère dans le crâne du dernier de ses enfants. »

Jean de la Brenne, La femme politique (1875)

***

Ils avaient déjà tenté le coup en 1789 avec les tricoteuses, sobriquet donné aux femmes (alors dépourvues de droits politiques) qui participaient aux houleux débats révolutionnaires. Jugées trop combatives, elles se voyaient signifier par cette appellation qu'elles feraient mieux de rester à la maison à « tricoter » plutôt que de semer le zbeul.

Rebelote en 1871 pendant la Commune : le terme pétroleuse est propagé comme une traînée de poudre par Le Figaro et le reste de la presse versaillaise pour susciter le dégoût des femmes. Sûrement que le bourgeois se sent un peu trop menacé par le courage de ces communardes, reflétant sur lui sa propre veulerie. Toute une imagerie bidon (c'est le cas de le dire) met en scène ces femmes brandissant des bouteilles et des arrosoirs remplis de pétrole (ancêtres du cocktail Molotov). On les décrit comme des sorcières sans mœurs, la lie de l'humanité. Grand témoin de la Commune, le journaliste Prosper-Olivier Lissagaray raconte : « Alors fut inventée cette légende des pétroleuses qui, propagée par la presse, coûta la vie à des centaines de malheureuses. Le bruit court que des furies jettent du pétrole enflammé dans les caves. Toute femme mal vêtue ou qui porte une boîte à lait, une fiole, une bouteille vide peut être dite pétroleuse. Traînée en lambeaux contre le mur le plus proche, on l'y tue à coups de revolver. [1] »

Après l'écrasement sanglant de la Commune, de nombreuses femmes comparaissent devant la justice militaire, qui en profite pour questionner leur moralité, leur consommation d'alcool et leurs rapports aux hommes. Le 3 septembre 1871 a lieu le procès des pétroleuses. Malgré leurs multiples délires accusatoires, les juges ne parviennent pas à « démontrer la participation [des accusées] à des incendies » [2]. De lourdes peines sont tout de même prononcées contre des communardes. Citons les noms de quelques courageuses : Joséphine Marchais, condamnée à mort, peine commuée en travaux forcés à perpétuité au bagne de Cayenne ; Eulalie Papavoine, condamnée à mort, peine commuée en déportation en Guyane. Léontine Suétens, déportée à Cayenne…

D.R. {JPEG}

Les héritières

Trois décennies plus tard, c'est en Angleterre que s'organisent les suffragettes de la Women's Social and Political Union. Énervées d'être considérées comme trop inférieures intellectuellement pour voter, quelques-unes décident de passer à l'action directe : elles posent des explosifs dans des lieux publics – vides. Les plumitifs de l'époque les comparent à des « terroristes », mais heureusement, ce qualificatif n'est encore pas reconnu juridiquement. Les Anglaises attendront 1918 pour obtenir le droit de vote, et encore, qu'à partir de l'âge de trente ans.

Rosa Luxemburg, Emma Goldman, Rosa Parks et toutes les autres, la plupart anonymes... Chapeau bas à ces pétroleuses, qui ont payé cher le fait d'avoir tenté de défoncer les portes (blindées) de leur époque pour que les générations suivantes puissent continuer les luttes contre toutes les formes d'injustices. La liste est longue.

Foutre une rouste aux gars du coin

Disons quelques mots de Madonna Thunder Hawk, activiste amérindienne née en 1940 qui, à 16 ans avec ses copines, fout une rouste monumentale aux gars du coin pour qu'ils arrêtent de violer les filles de sa communauté. Et ça marche ! Thunder Hawk se consacre ensuite tout entière aux combats contre l'imbécilité de l'homme blanc, dominateur et destructeur de son peuple. Très active au sein de l'AIM (American Indian Mouvement), elle participe à l'occupation, entre 1969 et 1971, de l'île d'Alcatraz (ancienne prison notoire) que les Amérindiens, avec ironie, souhaitent racheter aux Américains en échange de perles de verre et de chiffons de toile. Elle crée également les Survival Schools, alternatives aux écoles des Blancs. Elle est aussi l'une des premières à dénoncer le scandale des enfants amérindiens enlevés à leurs familles pour être mis dans des pensionnats blancs afin de les « civiliser ».

Autre action digne du terme pétroleuses, celle de la Angry Brigade, branche anglaise de la lutte armée d'extrême gauche des années 1960-1970. En novembre 1970, ses membres (femmes et hommes mélangés) installent une bombe artisanale enveloppée du torchon The Times sous le camion de la BBC qui devait retransmettre au monde entier l'élection de Miss Monde au Royal Albert Hall de Londres. L'attentat ne fera aucun blessé (la diffusion télévisée ne sera d'ailleurs même pas annulée) mais le message est clair : à bas l'image médiatique débile assignée aux femmes – et la débilité des médias. Selon Servando Rocha, auteur d'un livre [3] sur la Angry Brigade, le mouvement britannique de libération des femmes n'a réellement pris son essor qu'après cette explosion.

On a tous en nous quelque chose d'une pétroleuse. Bizarrement, le sobriquet pétroleurs a moins bien résisté au temps que son versant féminin. Et pourtant ils existent…

Samantha Lavergnolle

La Une du n°178 de CQFD (juillet-août 2019), illustrée par Marine Summercity {JPEG}

Cet article est une archive issue du n°178 de CQFD (été 2019), dont le dossier central (20 pages) était consacré aux féminismes. En voir le sommaire.


[1] Journaliste et barricadier, Prosper-Olivier Lissagaray a écrit le chef-d'œuvre Histoire de la Commune de 1871 quasi en temps réel pendant les événements. Cet ouvrage est disponible à la Découverte.

[2] Dominique Lagorgette, « La ou les pétroleuses ? Du politique au sexuel, et retour », La face cachée du genre – Langage et pouvoir des normes, Natacha Chetcuti et Luca Greco (dir.), Presses Sorbonne Nouvelle, 2012.

[3] Angry Brigade : contre-culture et lutte armée en Angleterre (1968-1972), L'échappée, 2013.

La P'tite Blan et les violences envers les femmes...

Notre monde s'effondre... En cette Journée Internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, cette semaine, depuis sa campagne, la P'tite Blan nous parle des violences envers les femmes.

One ear later : Retour sur l'emission avec Nabil Wakim sur son livre l'arabe pour tous

Depuis l'autre coté de la Manche, Marion dans sa chronique rétroactive revient sur l'émission avec le journaliste Nabil Wakim que nous avions reçu à l'occasion de la sortie de son livre L'Arabe pour tous - Pourquoi ma langue est taboue en France publié aux éditions du seuil.