Le Salon de l'agriculture se relocalise : découvrez les fermes ouvertes près de chez vous

Pas de Salon de l'agriculture à Paris cette année, optez pour le Salon à la ferme ! Du 27 février au 7 mars, 200 fermes dans plus de cinquante départements ouvrent leurs portes pour faire découvrir l'agriculture paysanne.
L'édition 2021 du Salon international de l'agriculture ayant été annulée, le syndicat de la Confédération paysanne a décidé de faire salon partout en France. Ils organisent du 27 février au 7 mars, avec leur réseau, des fermes ouvertes pour faire découvrir, au plus près du terrain, (...)

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Les réformes de la Convention climat sabotées par les lobbys industriels : notre grande enquête

Avion, automobile, agro-business, publicitaires... Le rouleau compresseur des lobbys a réussi à vider de toute substance le projet de loi censé donner suite à la Convention Citoyenne pour le Climat. Découvrez l'intégralité de notre enquête en cinq volets, appuyée par le rapport de notre Observatoire des multinationales.
Ce 26 février débute la dernière session de la Convention citoyenne sur le climat, en visioconférence. Au programme des trois jours : donner un avis sur la réponse du gouvernement (...)

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Bruxelles: récupération politique avec la convention d’occupation du squat rue de Koninck

Le groupe qui squattait depuis mars 2020 une ancienne imprimerie au 44 rue Honoré Longtin à Jette était menacé suite à l’ordonnance d’expulsion d’octobre dernier. Depuis décembre, une campagne d’occupation a permis d’ouvrir plusieurs squats (L’Hospitalière à Saint-Gilles, le bâtiment de Citydev, la Belle au Bois Dormant et le Garage Opel à Molenbeek ) et de reloger les habitant.es du squat de Jette dans ces nouveaux squats.

Communiqué de la Campagne de Réquisition Solidaire du 25 février 2021:

Une réquisition médiatique, politique et associative de notre action !!
Incroyable communiqué mensonger de la commune de Jette (et repris dans plusieurs médias) !

Alors que pendant de longs mois, les pouvoirs publics ont été incapables de trouver une réponse à la situation et n’ont rien fait, ils se félicitent aujourd’hui d’avoir trouvé une solution « définitive » (faux : la convention est signée pour un an) et se réapproprient la réponse solidaire et auto-organisée de notre Campagne : la réquisition d’un bâtiment public vide.

L’action « de nombreux partenaires » et les « nombreuses réunions des pouvoirs publics » n’ont abouti à rien, alors que c’est la région (via Citydev, son bras armé immobilier) qui est propriétaire du bâtiment, et que cette solution aurait pu être envisagée d’emblée. Il a fallu que nous occupions un bâtiment de citydev, pour forcer la négociation et la signature d’une convention pour les 12.000m2 (situé au 38 rue de Koninck) qui accueillent aujourd’hui la plupart des ancien·nes occupant·es du squat de Jette.

Rappelons que nos actions de réquisitions solidaires sont des actions directes, qui nous font courir des risques juridiques et répressifs. Si – face à leur inaction – nous sommes obligé·es de faire leur boulot, les pouvoirs publics pourraient au moins avoir la décence de se taire !

Chers pouvoirs publics, vous n’avez rien eu à faire ! Vous vous félicitez et vous vous réappropriez des actions de lutte que vous ne menez pas, ce sont elles qui contribuent à faire valoir les droits des personnes. Notre souhait n’est pas une reconnaissance de la Campagne, mais bien que des choix politiques conséquents soient posés pour le droit au logement et la régularisation des personnes sans papiers. Notre volonté ultime serait de ne pas devoir exister, et que ce qui est dit aujourd’hui dans la presse soit une réalité et pas uniquement de l’opportunisme politique.

Assez de mensonges et d’inactions ; réaffirmons ce pour quoi nous luttons !


Des squats à Bruxelles: https://radar.squat.net/fr/groups/city/bruxelles/country/BE/squated/squat
Des squats en Belgique: https://radar.squat.net/fr/groups/country/BE/squated/squat
Des groupes en Belgique: https://radar.squat.net/fr/groups/country/BE
Des événements en Belgique: https://radar.squat.net/fr/events/country/BE


Indymedia Bruxelles, le 25 février 2021 https://bxl.indymedia.org/A-propos-de-la-recuperation-mediatique-politique-et-associative-de-la-campagne-de-requisition

Un demi-milliard d'euros pour détruire des terres agricoles : « Le monde vivant contre le monde d'avant »

Avignon, son pont, son festival... et son projet de contournement routier à un demi milliard ! Qui risque en plus d'aggraver la pollution de l'air et de détruire biodiversité et terres agricoles selon ses opposants.
Comme dans de nombreuses autres villes (Rouen, Strasbourg, Montpellier, Maubeuge, Arles... [1]) les habitant.e.s d'Avignon doivent affronter un projet routier d'une autre époque : la Liaison Est Ouest (LEO). Lancée il y a plus de trente ans, cette 2x2 voies de plus de 13 km au sud de (...)

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Les employeurs de Quentin, cordiste mort dans un silo, ont été condamnés

Le tribunal de Saint-Brieuc a rendu son jugement et condamne les employeurs de Quentin Zaraoui-Bruat. Cordiste, il est décédé sur son lieu de travail, happé dans un silo de l'usine de sucre Cristal Union.
Le 21 juin 2017, Quentin Zaraoui-Bruat trouvait la mort sur son lieu de travail, à Bazancourt (Marne). Cordiste au sein d'une usine de sucre de Cristal Union, il a été enseveli dans un silo de drêches (résidus du brassage des céréales). Le pôle social du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc a reconnu (...)

- En bref / , ,

Agriculteurs sinistrés dans la vallée de la Roya : « Nous allons rester, mais on va devoir s'accrocher »

Bêtes et tracteurs emportés, pertes de terres… La tempête du 2 octobre 2020 n'a pas épargné les agriculteurs de la Roya. Quatre mois plus tard, beaucoup doivent repenser la commercialisation de leur production, alors que les déplacements restent très difficiles.
Des tiges de bois nu, légèrement penchées, hérissent le cours d'eau. En amont du hameau de Vievola, dans le haut de la vallée de la Roya, ces arbres – ou ce qu'il en reste – sont encore debout, malgré le déferlement de milliers de mètres cube (...)

- Résister / , , , ,

Consentement[s]

Sommaire

- Edito
- T'inquiète pas, c'est normal
- Le placard
- Disko
- Pourquoi, moi, féministe, bien à la page du consentement, j'ai fermé ma gueule ?
- Touche pas à mes cheveux !
- Consommer avec modération
- Trois fois rien
- Comme une voleuse
- Et mon corps a regretté
- Comme si de rien n'était
- Dix sept
- Contretemps
- Et maintenant ?
- Ressources

Edito

C'est quoi ?

Ceci n'est pas un rapport scientifique ni une étude sociologique.
Ce n'est pas non plus un manuel avec des bonnes réponses.

Ceci est un recueil de témoignages : des histoires personnelles qui sont venues nous questionner sur notre rapport au consentement corporel. Aussi, les ressentis et prises de positions (claires ou pas), internes aux textes, ne représentent pas la vérité, mais la vérité de la personne qui écrit au moment où elle écrit.

Ce recueil est le fruit d'expériences qui nous ont questionnées : ces expériences parfois dures à partager, ces expériences longtemps gardées pour nous, ces expériences que nous ne sommes pas seul·e·s à vivre.

Nous pensons que le sujet est encore trop absent dans nos vies.

Nous voulons que ces témoignages nous aident à nous poser des questions sur nos expériences passées mais aussi sur nos rapports à l'autre, aux autres, à notre corps et aux corps. Que ces témoignages nous permettent d'aborder le sujet avec nous-même (conscientiser des situations non-consenties, réfléchir à nos envies et nos limites), dans nos relations affectives et nos cercles d'ami·e·s.

Ce recueil, c'est aussi une ouverture vers d'autres ressources liées à cette notion. Celles que nous connaissions, celles que nous avons découvertes, celles que nous avons envie de partager.

Pour qui et pour quoi ?

Pour tout le monde. Et pour en faire ce que vous voulez.

• Pour vous questionner sur vous : vos limites, vos envies
• Pour partager ces questionnements dans vos cercles, dans vos relations
affectives, sexuelles
• Pour écrire à votre tour, le partager, à nous, à d'autres ou le garder pour vous.
• Pour avoir des ressources (voir la fin du recueil)

Par qui ?

Le recueil est le fruit d'un travail collectif : 1, puis 3, 4, 5 personnes pour l'introduction, l'édito, les ressources, les premiers textes, la mise en page, la mobilisation autour du projet, la diffusion et moins d'une dizaine pour les témoignages à ce jour.

Les auteurs·trices rassemblé·e·s ici, autour de ce thème, sont des personnes diplômées, trentenaires, de couleur dite “blanche”, dites “valides”, des femmes en majorité (malgré les sollicitations mixtes), plutôt cisgenres [1] et plutôt hétérosexuelles. Nous avons anonymisé les auteurs·trices et les personnes citées dans leurs témoignages, aussi lorsque vous voyez des prénoms, ce sont des prénoms modifiés.

Nous souhaitons préciser que le regroupement de ces témoignages s'est fait par bouche-à-oreille et que nous serions heureux·ses et curieux·ses d'accueillir dans une suite potentielle des témoignages variés par leurs contenus et leurs formes.

Nous souhaitons remercier les personnes qui ont participé au projet de nous avoir fait confiance en nous livrant leurs témoignages ou illustrations.

Peut-être vous ? L'idée de ce projet est aussi de favoriser la parole autour du sujet. D'autres livrets pourraient être amenés à voir le jour. Si vous souhaitez participer, rendez-vous en fin de livret pour plus d'infos.

Attention, nous souhaitons vous mettre en garde que la lecture de certains textes peut être difficile. Ecoutez-vous, prenez-soin de vous et autorisez-vous à remettre la lecture à plus tard si vous n'êtes pas dans de bonnes conditions.

*****

Pendant longtemps ça n'a pas été un sujet pour moi. C'était simple : d'un côté il y avait le sexe pour s'amuser et de l'autre les agressions sexuelles, les viols... Blanc ou noir. Oui ou non. Et puis sont venues les expériences entre deux, où les limites du consentement me sont apparues de plus en plus difficiles à définir.

Entre récits d'ami·e·s, lectures, podcasts, je m'interroge sur la définition du consentement et sur mes propres expériences du consentement. Comment j'en ai souffert et comment j'en ai abusé.

Aujourd'hui j'ai envie d'accorder au consentement une place particulière dans mes relations, d'aborder le sujet avec mes partenaires et de poser un cadre. J'ai aussi envie de mettre le sujet sur la table et d'en parler avec mes proches et même au-delà de mes cercles d'ami·e·s.

Il y a quelques mois, je propose à mon colocataire d'aller voir un documentaire sur le consentement. Il me répond que « ça ne le concerne pas ». Puis finalement, faute de mieux, il me suit. De ce documentaire émergent des débats dans la bande de potes. Alors que les propos de certain·e·s me choquent « non mais parfois les filles abusent, elles nous chauffent et ensuite rien ». Mon coloc reconnaît « Merci, j'ai appris des choses, c'était intéressant ».

Ces questions sont encore trop absentes de nos discussions. Taboues pour certain·e·s, un non-sujet pour d'autres et pourtant chacun·e d'entre nous est concerné·e. Je reste persuadée que plus nous en parlerons, plus nous nous sensibiliserons les un·e·s et autres à l'importance du consentement, plus nous éviterons les abus.

Voilà quelques histoires qui me sont arrivées à moi, à d'autres et qui nous questionnent sur notre rapport au consentement.

T'inquiète pas, c'est normal

Adolescente. Je suis encore vierge. Avec mon ex-copain, nous avions commencé à explorer nos corps avec douceur mais je ne lui ai pas offert « ma première fois ». Cette année, un mec de ma classe me plaît. Une copine va lui dire. On se donne rendez-vous après les cours, on s'embrasse. Le lendemain, au lycée, on se cache pour se dire bonjour et s'ignore le reste de la journée. Deux jours après, il veut me parler : en fait on va arrêter.

Quelques jours plus tard, on fête l'anniversaire d'un ami. Il est là. On boit. L'alcool aidant, on se rapproche à nouveau. On s'embrasse. Cette fois-ci, on s'éloigne dans les champs. On commence à se toucher. J'ai pas le temps d'être excitée qu'il me pénètre avec ses doigts.
Moi : « ça me fait mal ».
Lui, sachant que je suis vierge : « t'inquiète pas, c'est normal ».
La suite je ne m'en souviens pas mais ce qui est certain c'est que pour rien au monde je lui aurais donné ma première fois.

A l'époque, j'étais peu sûre de moi et surtout pas dans le domaine de la sexualité. Depuis, j'y repense et voilà ce que j'aurais aimé lui dire : « Le sexe c'est se donner mutuellement du plaisir, on est d'accord ? Alors mec, d'où tu sors que "ça fait mal", "c'est normal" ? »

PS : Retiens que quand je te dis « ça me fait mal », en fait je voulais dire « non, pas comme ça mais tu peux essayer autre chose ».

Le placard

Adolescence. Une fête. L'alcool, les flirts. Le placard. Non mais vraiment. Comment on en est arrivé.e.s à rentrer là-dedans ? Alors ça. Y avait quoi dedans ? Je saurais pas bien dire, du matos de ménage ? On tenait à peine toustes les deux debout là-dedans. A vrai dire, on lui a pas demandé son consentement, au placard, pour le pénétrer comme ça à deux et y rester.

BREF. Moi je voulais des câlins, des bisous, des caresses, du lien, pas spécialement plus. Je me souviens pas avoir de plan en fait. Je sais que lui, et je l'ai vite su une fois entré·e·s, il voulait que je le suce. Je sais que je disais soit rien, un peu gênée, soit non. Des « non » avec mon corps : je ne bouge pas, je me tends, ou des « non » avec ma voix : je dis « non ». A un moment, je mets mes mains dans les siennes. Il en dirige une pour la mettre sur son pénis. « BAH ! D'où il sort celui-là, comment ça se fait qu'il n'est pas rangé ? Ca s'est passé quand ça ??? euh ça a l'air doux. » Est-ce que c'était la première fois que j'en touchais un ? Bah merde alors... ça se pourrait bien. Dans ma tête c'était pas vraiment ça le processus, ce serait plutôt du type : 1. s'embrasser 2. s'enlacer et ensuite... J'avais pas spécialement prévu de suite en fait je crois.

Bon, je ne saisis pas. Enfin, si, je saisis ce qu'il veut. Je ne saisis pas la façon de le faire, et je ne « saisis » pas la proposition... enfin si on peut appeler ça une proposition. Bon j'ai pas vraiment ce que je cherche (des embrassades), et je suis pas très à l'aise avec ce qui se présente. De l'autre côté du placard, ça s'agite. Certains essaient d'entrer, spéculent, ou crient entre encouragements, rires, curiosités et envie de voir, savoir. Du coup, bah... j'ai pas spécialement envie qu'on me voit là, comme ça. L'idée c'était que ce soit un moment d'intimité j'imagine, si on est venus se blottir ici. J'ai pas tellement envie, non plus, de l'image que j'imagine : lui avec son pénis à l'air et moi là « les bras ballants ». J'ai pas non plus tellement envie de sortir maintenant avec l'animation derrière la porte. Bon en tout cas, il veut toujours que je le suce. Et moi, je ne suis toujours pas chaude.

On n'avance pas tellement entre moi qui veut des embrassades que je n'obtiens pas, et lui qui veut que je le suce. A un moment, me demandez pas comment, je me retrouve plus ou moins assise sur un tas de trucs. Et il cherche ma bouche avec son pénis. Je le sens sur ma joue. Bon. Je crois qu'il veut que je le suce. C'est fou que ça soit aussi clair dans ce noir complet.

On finit par sortir. Le prochain souvenir que j'ai, c'est une amie qui me dit « tu veux pas ? » « tu sais c'est facile tu ouvres la bouche, tu fais attention aux dents c'est tout ». Et moi qui ai un appareil dentaire. Bon je ne sais plus pourquoi j'ai honte. Parce que je ne suce pas, parce que je suis quelqu'une qui se retrouve enfermée avec un gars fraîchement arrivé (mais pas tout à fait frais quand même) dans un placard en soirée, d'être quelqu'une qui se retrouve dans un placard ET POURTANT qui ne suce pas ? De pas être sûre de moi ? D'avoir peur de pas savoir faire bien, voire pire de faire mal, et qu'il le raconte ? Ce que je peux dire aujourd'hui, c'est que si la question s'est posée de faire ce qu'il me demandait c'était plus par soucis de convention sociale je crois. ça avait l'air attendu et normal de toute part.

En tout cas, le lendemain après avoir nettoyé les vomis dont celui de ce cher partenaire, je trouve sa photo d'identité que je garderai quelques temps...

Un trophée ?

A ranger dans un placard alors ?

Disko

Allemagne. Voyage scolaire. On va en “Disko”.
Moi c'est la première fois de ma vie. Je suis en 3ème. J'ai un pantalon orange bouffant, un pull fluo. Pas trop miss sexy style. Je me sens pas une cible, j'observe les délires, je crois pas en faire réellement partie.
Ca me fait marrer cette ambiance. Je vais sur la piste de danse je bouge un peu, je délire avec mes copines, pas plus, comme ça quoi. Et puis, je sens un truc qui se colle à mes fesses. Je me retourne, un mec vient de me coller son bassin au cul. J'hallucine tellement, ça me paraît tellement incongru, ça me fait marrer-outrer.

Pourquoi, moi, féministe, bien à la page du consentement, j'ai fermé ma gueule ?

Ce soir, je sors avec Sara.
Je ne sais pas pourquoi mais ça nous est tombé dessus toutes les deux le jour de nos 27 ans : notre libido est montée en flèche. Depuis, c'est la fête dans nos slips et sur Messenger où l'on partage toutes nos folles aventures.

Ce soir, on ne dérogera pas à la règle. En plus, on a une envie folle de faire la fête. Je dois avouer que ça me prend rarement. Habituellement, je fais plutôt partie du clan tisane/dodo, mais ce soir c'est différent.

On s'est donné rendez-vous en centre-ville. On se rejoint à la terrasse d'un café, il ne fait pas si froid pour un mois d'octobre alors on s'y installe.
Il fait nuit, je commande notre première tournée de pintes. On a le sourire jusqu'aux oreilles, on rit beaucoup et on se raconte nos aventures.
What's next ?
Sur les événements facebook, on voit qu'il y a une grosse fête dans un bar qu'on adore. C'est juste parfait. On finit nos bières, on file délivrer nos vélos qu'on enfourche pour aller bouger nos bodys.

Là-bas, on croise plein de filles qu'on connaît. C'est assez drôle, on est toutes en repérage ce soir. C'est ambiance jungle dans le bar : on guette nos proies potentielles. On nous prête des déguisements et j'enfile la tenue de choppe parfaite : une combinaison une pièce à paillettes, avec un dos nu digne du film “Le grand blond avec une chaussure noire”.
Je t'aperçois au loin. Toi que je croise souvent et sur qui je fantasme depuis près de deux ans. Toi que j'essaye de séduire et qui m'ignore toujours.
Tu n'es pas très grand, tu es brun, tu sembles assez timide, « dans ton truc », mais je dois avouer que t'es vraiment canon. Tu danses avec tes amis. Je ne trouve pas que tu danses très bien, mais on pardonne tout pour celui sur qui on fantasme depuis si longtemps pas vrai ?

J'ai su il y a quelque temps que tu étais en couple. J'ai donc arrêté de te regarder à chaque soirée, de te faire ces petites blagues que tu ne remarquais même pas, de baver sur toi.
Mais ce soir, un copain me dit dans l'oreillette que c'est fini avec elle. Que tu es seul maintenant. Je te guette donc à nouveau, et je danse en te regardant, ma tenue à paillettes archi-moulante aidant à te faire ouvrir les yeux et à diriger ton regard vers mes hanches.

Je suis soutenue psychologiquement, j'ai toute la foule de connaissances qui me disent « allez Anna, vas-y fonce ! ». Je prends mon courage à deux mains, j'ai le coeur qui bat mais je t'intercepte lorsque tu passes près de moi. Tu t'arrêtes, tu me regardes, je dois probablement te baragouiner un truc du genre :
Salut Lucas, ça fait longtemps que je t'ai repéré ici. Je sais que tu avais une copine mais on vient de me dire que c'est fini, alors je voulais te dire que tu me plais bien.”

Ni une, ni deux, tu poses ta main sur ma taille et tu m'embrasses. Si j'avais su que ce serait si facile. Mais ta main est molle et me répugne, et ton bisou est petit, un peu dur, un peu forcé. Puis tu me dis quelque chose, mais j'ai du mal à saisir. Je comprends surtout que tu es bourré, et qu'on n'a pas grand chose à se dire je crois. Je commence à regretter de t'avoir alpagué.
Heureusement, tu es un habitué ici, et tout le monde te connaît. Les gens viennent te parler, et à chaque fois j'en profite pour m'éclipser. Tu t'excuses et reviens me voir à plusieurs moments de la soirée.
J'essaye de lancer la discussion, mais en vain. C'est comme ça, le deuil est à faire : nous n'avons rien à partager. L'alchimie n'opère pas. Tu es une belle proie mais peu savoureuse.

***

Il est une heure du matin et le bar ferme. Je suis dehors avec Sara, nous sommes prêtes à repartir. Tu es toujours dans le bar, et j'ai l'impression de partir comme une voleuse. Je ne me vois pas partir sans te prévenir, même si je ne veux rien entre toi et moi.
Je passe te dire que je pars, ciao bello, mais tu me demandes où on va, et sans même me demander mon avis tu dis « je viens avec vous ». J'ai l'impression de trainer un boulet. Je n'ai pas envie de t'avoir avec moi, Sara non plus. On a envie de s'amuser, de danser, et toi, toi tu ne nous inspires rien. Mais ta formulation ne laisse pas de place au libre arbitre et je dis « okay » bêtement.
Si j'avais su dire non.

Tu montes sur mon porte bagage, j'ai peur que mon vieux vélo ne tienne pas la route, mais je n'ai aucune envie de passer 15 minutes à marcher à tes côtés. Tu me prends par la taille pendant que je pédale, et ce n'est pas désagréable.
On arrive dans ce club, les gens dansent, mon amie part aux toilettes et je me retrouve seule avec toi. Tu danses mal, collé à moi.
Ma gêne augmente à mesure que la chanson défile.
« Je suis fatiguée, je vais partir Anna », elle me dit.
Je me retrouve seule avec toi, je détache mon vélo. Je joue la carte de l'honnêteté et de la transparence. Je te dis clairement que je te trouve très beau mais que je ne sens aucun courant passer entre nous, que nos conversations sont vides, que je n'aime pas nos baisers. Je vais rentrer seule, je suis fatiguée, je n'ai pas envie de toi chez moi.

Tu fais ton petit air penaud, “ah bon, ah bah moi je trouve pas. C'est qu'on n'a pas vraiment eu le temps de discuter entre le bar, le club, le vélo. Mais moi, j'ai envie de venir chez toi. Tu me plais.
À mesure que tu insistes, c'est la guerre entre ma tête et mon corps : mon corps n'a aucune envie, et ma tête se dit que “putain Anna, depuis le temps que tu fantasmes sur ce gars, ce serait con de refuser”. C'est comme si tous les efforts investis depuis ces deux ans à te séduire obstruaient mon jugement. Biais cognitif de merde.
Et toi aussi tu insistes. Ça dure au moins 10 minutes. Et je continue à te dire que non, je n'ai pas envie. Mais mes yeux bavent toujours sur ta belle gueule. Puis tu finis par me dire, “t'inquiète on va chez toi et si jamais tu le sens pas tu me le dis”.
Alors, bon, ok, d'accord.

On marche, mes pieds sont fatigués d'avoir dansé toute la soirée. Il est tard. Tu es soûl, et non nos conversations ne deviennent pas plus intéressantes à mesure que l'on avance. J'ai l'impression que tu es l'archétype du mec que je ne peux pas supporter : soûl, arrogant et suffisant.

Je ne te veux pas chez moi, et je sens que ce que je veux ou ne veux pas, n'est clairement pas important pour toi. Tu as déjà gagné la bataille.

***

On arrive chez moi, on enlève nos manteaux. Je veux te servir un verre d'eau, histoire que tu désoûles et qu'on prenne notre temps. À peine je me penche pour attraper un verre d'eau que tu me retournes et commences déjà à m'embrasser.
J'essaye de me mettre « dans le bain », en vain. Tu me mets sur mon canapé, baisse le haut de ma combinaison à paillettes et tu commences à me sucer les seins. J'ai l'impression que ce moment dure une éternité. Tu es comme absorbé par ma poitrine, et moi je ne ressens rien, sauf le dégoût de te savoir entre mes seins.
Je suis sous le choc de voir à quel point tu ne remarques rien. Je suis presque immobile, je suis un pantin qui fait semblant, je n'émets aucun son. Je vais jouer le pantin pour me libérer de toi le plus vite possible.

Freeze, fight, or flight.
Ce sont les trois stratégies face à un moment comme celui-ci. La règle des trois F, que je connais très bien. Bats-toi, casse-toi ou immobilise-toi. Et F***, ce que j'aurais aimé prendre la fuite, ou te croquer la bite. Mais je reste là. J'obéis. Je joue la marionnette. Je n'ose pas dire non.

On se met nu.e.s. Tu as beau être petit mais ta bite, elle, est grande et je pense déjà à la douleur qu'elle va me faire. Tu me masturbes, je suis si sèche, ça m'irrite, me fait mal. Je grimace, et tente de trouver une issue.
Je me dis que si je te branle bien, jusqu'à te faire venir, je n'aurai pas à subir plus. Alors je me mets au dessus de toi et je m'applique. Silencieuse et consciencieuse, je te branle mécaniquement pour te faire éjaculer.
Mais tu veux plus, tu essayes de me pénétrer sans capote et enfin j'ose prendre la parole. Je dis non. Non. Je ne prends pas de contraception. Tout en priant (pourvu) que tu n'en aies pas. Bien sûr que j'en ai des préservatifs, mais quelle belle stratégie de l'omettre pour stopper ce massacre.
Mais tu tends la main, et sors l'objet de la poche de ton manteau. Tu le déroules sur ton long sexe dur et je capitule.
« Non » c'est pourtant facile à prononcer, mais je reste silencieuse et me soumets. Je n'ose pas. J'ai l'impression de m'abandonner moi-même. De me regarder couler mais de ne pas intervenir. De ne pas venir à ma propre défense.
Puis, tu me pénètres. C'est fou comme une chose que l'on adore peut se transformer en pire cauchemar lorsqu'une règle est omise : le consentement.
Tu ne remarques rien, et tu me prends, en levrette. Tu y vas fort et tu touches le fond de mon vagin. Une immense douleur se réveille dans mon utérus. Je crie “AÏE doucement tu me fais mal”. Rien ne te perturbe, tu t'en fous, tu continues sur ta lancée. Tu es comme absent, ton regard est vide, tu es happé par ton désir et tu continues.

Tu mériterais un seau d'eau et une série de coups de poings dans la gueule. Mais je ne dis rien. Je suis tétanisée par la douleur. Je me demande quand est-ce que tout ça va finir.
Je me mets dessus, pour retrouver un peu de contrôle et faire attention à ne pas me faire trop mal. Tu es hypnotisé par mon corps et le tien me dégoûte. J'ai l'impression que ton corps est celui d'un enfant de 12 ans. Tu es chétif.
À un moment, tu viens enfin. La délivrance.
Je file dans la salle de bain. J'ai mal, j'urine, je m'essuie et je me rends compte que pour la première fois de ma vie, je saigne après une pénétration. Mon cerveau peine à comprendre ce qui m'arrive.
J'ai besoin de me nettoyer, de retrouver le contrôle sur mon corps. Je fais couler l'eau brûlante sur mon corps. Je me sens mal.
Quand je sors de la salle de bain, tu es toujours là, tu te rhabilles. J'ai l'impression que tu retrouves un peu la raison. Tu me dis « j'aurais pas dû », tu me dis « y'a du sang sur le canapé » et tu fais ton petit air penaud à nouveau. « Je dors pas ici hein c'est ça ? »
Bien sûr que tu n'aurais pas dû. Tu crois quoi ? Je te l'avais dit pourtant.

Non, ça veut dire non.
Je n'ai pas envie, c'est non.
Je veux rentrer seule, c'est non.
Je le sens pas, c'est non.
Tu ne m'attires pas, c'est non.
Je veux rentrer dormir tranquille, c'est non.
Je n'aime pas comment on s'embrasse, c'est non.
Ok... si tu veux, c'est non.
Peut-être, c'est toujours non.
Le consentement, c'est seulement quand on a dit oui.
Pas peut-être, pas on verra, pas le silence, pas quand on dit rien. Et même quand on dit oui, à tout moment, le non est permis.

Et ta bonne petite gueule toute désolée. Et moi, qui fais quoi ? Moi qui ne t'enfonce même pas, qui ne te traite même pas de tous les noms. Moi qui te rassure, qui te dis que je vais nettoyer le sang sur le canap, que demain ça ira mieux et que ce n'est pas si grave. Comme si je voulais m'en persuader moi-même.
Merde alors, c'est comme un nouveau viol. Je le valide avec mes paroles. Tu récupères le rôle de la victime. Puis tu pars. Il est 4 heures du matin quand la porte claque et que mes larmes coulent.

***

Le lendemain, je me réveille une première fois vers 8 heures du matin. Je n'ai dormi que 4 heures. Mon corps se sent seul, la douleur résonne toujours au fond de mon utérus, et je ne cesse de pleurer jusqu'à ce que je me rendorme.
Je me rendors et lorsque je me réveille, il est 15 heures.
15H00. Ça doit bien faire dix ans que je ne me suis pas réveillée si tard.
Mon corps avait bien besoin d'un reset.

On fait comment maintenant ?
J'appelle ça comment ?
Est-ce un viol ou juste une mauvaise soirée ?
Est-ce une agression sexuelle ou une mauvaise baise ?
Es-tu mal intentionné ou juste complètement con ?
Tu n'as rien remarqué ou t'as fait semblant ?
Pourquoi je ne t'ai pas foutu dehors ? Pourquoi je n'ai pas sauté sur mon vélo et filé chez moi avant qu'il ne soit trop tard ?
Trop tard pour quoi ? Il est jamais trop tard pour dire stop.
Pourquoi moi, féministe, bien à la page du consentement, j'ai fermé ma gueule ?
Ça tourne dans ma tête, et j'ai du mal à y voir clair. Mais que s'est-il passé ? Et comment ai-je laissé ça arriver ? Je m'en veux, et le sang coule toujours lorsque je vais aux toilettes. Je n'arrive pas à penser à autre chose, et la douleur dans mon utérus me le rappelle à chaque pas.

Je dédie les prochains jours à me faire du bien, à ma guérison. Je me câline, je reprends contact avec mon corps, je touche mes bras, mes jambes, mon ventre avec amour et respect. Je m'enlace dans le lit. Ce corps n'appartient qu'à moi. Je me douche, beaucoup. J'imagine tes empreintes peu à peu disparaître de mon corps, qui se nettoie de toi.
Je dessine les images qui tournent en boucle dans ma tête, ta bite, toi sur moi, et des NON tout autour de nous. Je dessine ma vulve aussi, entourée de fleurs, je la dessine renaître et fleurir.
J'en parle à ma meilleure amie, à quelqu'un qui me supporte, me comprend, me soutient et ne réfute pas ce que je peux penser ou dire.
Je fais une méditation allongée les jambes écartées, les pieds joints, une main sur mon bas ventre et l'autre sur ma poitrine. Je visualise de la belle lumière qui jaillit de mon utérus. Je ne suis pas sale, je ferme la blessure que tu m'as faite.

Je reste presque toujours seule ce week-end là. J'écoute un podcast et je regarde des vidéos Youtube sur le consentement. Des femmes qui elles aussi sont restées immobiles, et partagent des ressentis communs. Je me sens soutenue par la sororité. Je me fais plaisir, je cuisine, je lis sur mon balcon. Je laisse mes larmes couler lorsqu'elles en ont envie, j'accueille ma tristesse.

Je nettoie mon appartement, j'aère, je me débarrasse des preuves de ton passage. Je brûle de la sauge dans mon appartement, la fumée emporte ta connerie, et s'échappe peu à peu par la fenêtre.

Je m'aime et me pardonne. Je pleure le sort de trop de femmes. Je les porte toutes dans mon coeur. Je m'enlace et m'embrasse.

Touche pas à mes cheveux !

Au cours de ma formation, je me retrouve, cette fois-ci, à l'hôpital, au service des urgences. Là bas, ça court partout, chacun a une place dans cette fourmilière géante, mais il est parfois difficile de savoir où se mettre quand on arrive. La personne qui m'encadre m'explique rapidement ce que je dois faire, et me propose donc de commencer à aller voir des patients dans les box, de les interroger, les examiner, et rédiger une observation à la suite. Puis, on refera le point ensemble.
J'en suis donc à mon deuxième jour, les équipes changent très souvent, et je ne connais personne hormis les quelques étudiants de ma promotion qui sont en stage avec moi.
Je suis allée voir un patient, et je commence à taper mon observation sur l'ordinateur. Je suis assise sur un tabouret, face à un mur, dans un espèce de grand couloir. Mes cheveux sont attachés en queue de cheval. J'ai toujours eu les cheveux longs, ondulés, ils font partie de moi, de ma personne.

Les soignants font des allers-retours derrière moi, allant d'une pièce à l'autre, de la pharmacie à la salle des ordinateurs, d'une chambre à l'autre.
Et soudain, je sens les mains de quelqu'un dans mes cheveux. Qui est-il ? Je ne connais pas cet homme. Il commence à les toucher, quelques secondes sans doute, mais qui m'ont parues très longues. Et je l'entends s'esclaffer très fort « J'aimerais vraiment que ma future femme ait des cheveux comme toi ». Tout le monde rigole autour. Je deviens rouge pivoine. J'esquisse sans doute un sourire bête, totalement prise de court par cet homme. Je me sens dans l'incapacité de répondre, je viens d'arriver ici, ce sont des personnes qui pourront m'aider plus tard, m'épauler. Je ne veux me mettre personne à dos… Et puis, de toute façon, aucun mot ne sort de ma bouche. Personne autour n'a semblé choqué de cet évènement. L'homme s'en va, je n'ai jamais su son nom, je ne lui ai jamais reparlé.
A posteriori je m'en veux de ne pas lui avoir répondu. Quelle idiote ! Et pourtant, sur le moment, c'est moi qui me suis sentie bête, je me suis même dit « mais pourquoi n'as-tu pas fait un chignon ce matin ? ». Je ne comprends toujours pas que personne n'ait réagi.

Le soir, j'ai fait 2 shampoings et un soin pour laver mes cheveux de ses gros doigts dégueulasses.

Consommer avec modération

Ca faisait déjà tout un temps que mon amie Emma m'avait lancé sur le sujet « Non mais t'imagines pas comme ça arrive tellement vite. C'est hyper fréquent qu'on se retrouve à faire des choses qu'on voulait pas du tout. Et c'est vraiment pas facile de savoir dire non ».

Moi ça m'étonnait vachement.
De un, parce que je pense être un gentleman. Je ne pourrais jamais insister pour obtenir d'une fille qui me plait ce qu'elle ne souhaite pas. Bon, gentleman ça peut aussi être le synonyme de timide. Qui peut même devenir le synonyme de “j'ose pas aborder les filles qui me plaisent” mais c'est un autre sujet j'en conviens.
De deux, parce que j'avais l'impression que c'était pas compliqué de dire qu'on a pas envie lorsqu'on a… pas envie.
Et puis j'arrivais pas trop à visualiser toutes les formes que pouvaient prendre les abus de consentement.
Je pensais aussi que c'était comme le viol ou les agressions sexuelles, des situations qui ne s'appliquent qu'aux femmes et même si je me montrais solidaire sur ces dérives scandaleuses, je ne me sentais pas vraiment concerné.

Mais il y a quelques mois, je suis à une soirée chez des copains et on boit des bières. Plein de bières. Trop de bières. Puis arrive ce moment alors que la nuit était déjà bien avancée où je me retrouve seul avec cette fille. Et rapidement, on se rapproche et on s'embrasse. Moi, en bon gentleman que je suis, je me dis (et je lui dis) que les bisous me suffiront pour ce soir. J'ai encore cette vision très catholique (archaïque me dirait mon amie Emma) où le sexe est relié à l'amour. C'est encore un autre sujet j'en conviens mais toujours est-il que je ne veux pas aller plus loin. Je suis ivre mais assez clair dans mes propos pour lui dire que je compte dormir cette nuit là et rien de plus. Sur le coup, elle semble accepter ma volonté mais insiste tout de même pour dormir à côté de moi. Je trouvais déjà que ça sentait le roussi cette histoire mais j'accepte cette proposition mi-naïf, mi-conciliant.

On se retrouve alors dans un dortoir commun à se caler sur deux matelas de camping malheureusement aussi grands que ma détermination du moment. Elle est très vite entreprenante et sa main “dérape” dans mon caleçon en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Je la retire une première fois avant qu'elle ne revienne et ainsi de suite. A ce petit jeu, on n'est pas rendu. Et pour le coup je me retrouve bloqué, autour de nous dormait une dizaine de personnes et je n'ose pas hausser la voix ou la repousser de manière trop agressive. J'ai du mal à dire combien de temps dure cette scène absurde de ses avances face à mes refus. Il arrive un moment où je ne vois plus d'autres options que d'accepter cette relation sexuelle qu'elle attendait avec ardeur. Nous sortons du dortoir et faisons l'amour dans la salle de bain tout en essayant de ne pas réveiller nos amis. Pendant l'acte, je suis ailleurs : à la fois stressé de faire du bruit et déçu de de ne pas avoir su imposer mes envies plus clairement.

Le lendemain matin, on se parle à peine et depuis, nous avons chacun repris le fil de nos vies sans plus jamais se croiser.

J'ai eu l'occasion d'en reparler quelques fois avec des proches. Notamment avec mon amie Emma qui m'a dit “ben tu t'es fait violer !”. Après en avoir d'abord rigolé, on a réfléchi à la question et si on accepte le terme dans sa définition stricte de “rapport sexuel imposé à une personne sans son consentement”, je dois reconnaître qu'on en est plus très loin. Un autre ami me disait que c'était malhonnête de ma part de dire ça car il aurait été simple de partir ou de m'éloigner d'elle. Il entend par là simple physiquement. Probablement. Néanmoins tout ça amène donc la question de la violence ou au moins de la domination psychologique portée par une personne sur l'autre. Les postures que l'on prend dans chaque situation spécifique varient et j'ai tendance à croire qu'une personne pourra très facilement passer du côté du dominant à celui de dominé en fonction du partenaire et du moment.

Et d'un autre côté, on parle aussi beaucoup des séquelles laissées par un viol. Si on revient sur mon expérience, je ne pense pas avoir de trace et j'en rigole plus volontiers que je ne m'en offusque. On pourrait donc dire que l'affaire est close mais si j'ai voulu écrire ce texte et plus globalement partager mon expérience, c'est que j'ai le sentiment que nos comportements sont par nature fondamentalement égoïstes. On considère souvent à tort que si l'autre ne réagit pas de manière brutale ou même si il hésite c'est qu'il doit bien avoir envie aussi.

Entre temps, j'ai appris à regarder de manière plus exigeante les rapports de séduction qui se déroulent en soirée. Et ce qui me semblait être une innocente tentative d'intimidation m'apparaît aujourd'hui comme un potentiel abus. Je ne dis pas qu'il est interdit de jouer de ses charmes pour impressionner l'autre et obtenir ce que l'on attend. La relation sexuelle peut être prémisse à une relation de couple tout à fait formidable. Mais je suis convaincu que nos rapports gagneraient à se construire sur une écoute plus approfondie des besoins et des envies des deux protagonistes. Quand un “non” est lâché, il est temps de lâcher l'affaire (et ça n'est pas le nom que je donne à mon organe génital) !

Trois fois rien

Rentrée à l'université. Tour de table. On dit d'où on vient. Ce qu'on a fait avant. Une fille parle d'innovation. Ça me plait. C'est la seule qui a prévu sa lunchbox pour le midi. Je me dis qu'elle aime cuisiner. Alors je vais lui parler. Elle deviendra ma super-copine, ma confidente, celle avec qui je teste les restos vegans et avec qui je passe mes week-ends.

Week-end à la mer. On cherche quelqu'un chez qui squatter sur couchsurfing.
Un mec propose de nous héberger sur son bateau. Bingo, on prend ! Avec son bateau il organise des sorties pour touristes : tour des îles du coin avec alcool à volonté toute l'après-midi. Allez, on y va. Les paysages sont magnifiques. On se baigne. On plonge. On fait des photos. On rigole. Et on boit. Un verre. Deux verres. Puis trois. J'arrête de compter.

17h, retour au port. Il nous propose de nous amener sur une plage un peu spéciale. Une plage d'argile. Allez go, on y va. Au passage, on achète une bouteille d'alcool fort. On est déjà bien bien bourré.e.s mais on continue. Sur la plage, personne. On se sert un verre chacun et on va se baigner, nos verres à la main. L'eau est chaude et nous aussi. On joue avec l'argile. Lui. Elle. Et moi. Chacun son tour on sort pour aller remplir les verres. Lorsque c'est son tour à lui, j'en profite pour vérifier qu'elle comprend la même chose que moi : il est en train de se passer un truc. Oui et c'est ok pour toutes les deux. On en rigole.

Il revient, on continue à se masser avec l'argile. Et nos mains dérapent dans nos maillots. Et nos langues font connaissance. C'est lui et elle puis lui et moi. Trou noir. Puis je comprends qu'on doit se dépêcher. Il doit aller bosser. Sa copine ne doit se douter de rien.

Minuit, je me réveille dans un lit dans un dortoir. Comment je suis arrivée là ? Qui m'a ôté mes vêtements ? Où est-elle ? Où est-il ? Toujours un peu bourrée, je reprends conscience doucement et je pars en exploration. Elle est là. Dans le dortoir. Ouf. Je descends les escaliers et je le trouve là. Il est à la réception de l'auberge – au travail. Il m'explique : il bosse ici et il nous a ramené ici pour qu'on puisse dormir tranquillement. Il me rassure : vous ne payerez rien. Mais ce qui m'inquiète le plus c'est mon trou noir. Alors je lui demande : « Est-ce qu'il y a eu pénétration ? » « Est-ce qu'on s'est protégé ? ». Il m'affirmera qu'on n'a pas pris de danger. Je n'ai aucune confiance en lui, je ne le crois pas. Le jour d'après, angoissée, je prendrai la pilule du lendemain. Au cas où.

Maintenant je suis réveillée et bien plus en forme qu'il y a quelques heures. Le gars me plait. Il me chauffe à nouveau et me propose de s'isoler. On va dans la cuisine. Je lui dis que j'ai pas envie qu'on nous surprenne. Je ne veux pas qu'on puisse nous voir. Il me rassure et ferme la porte. Il m'allonge sur la table, on échange quelques caresses. Cette fois-ci il n'y aura pas de pénétration et j'en suis sûre. En remontant me coucher, je repère l'écran dans le couloir de l'accueil, sur lequel il y a la vidéo-surveillance. Alors oui, la porte était bien fermée mais pendant ce temps là, les touristes rentrant de soirée auraient / ont pu profiter du spectacle à la télé.

Le lendemain. Rires. Honte. Peur. Mélange subtil entre fierté de pouvoir cocher une nouvelle ligne sur la liste des choses à expérimenter et regrets. Retour à la vie normale.

Comme une voleuse

Je dois avoir 10 ans. Ce jour là, je suis dans un supermarché/bric-à-brac, en centre ville avec ma mère. Une après-midi shopping entre filles, un moment que j'apprécie particulièrement.

Nous sortons du magasin et voilà que l'alarme se met à sonner. Rougissant facilement, et n'aimant pas me faire remarquer, je vous laisse imaginer la couleur écarlate de mes joues. Bien sûr que non, je n'ai rien volé, mais le fait que les vendeurs puissent me prendre pour une voleuse me rend très mal à l'aise. Je regarde Maman, qui sait que je n'ai rien pris. On attend juste que la vendeuse vérifie nos achats et nous laisse ressortir. Mais cela ne se passe pas du tout comme prévu. La vendeuse appelle un de ses collègues. Je vois un « homme-de-sécu » arriver, il doit faire 3 fois ma taille et 5 fois ma largeur. Dans mes souvenirs, un monsieur très grand, très impressionnant et au regard très méchant. Il me demande ce que j'ai volé, je lui dis « rien ».

Il nous demande de le suivre. Maman est avec moi. Nous nous retrouvons dans un tout petit cagibi dans le magasin. Je n'ai qu'une petite robe sans poche sur moi. Il me demande de me mettre en sous-vêtements. C'est l'été et je suis en maillot de bain sous ma robe, nous allons à la plage ensuite.

Je regarde Maman qui acquiesce, et j'ôte ma robe. J'ai l'impression de me retrouver « à poil », face à lui, en maillot de bain. Il me regarde de loin mais ne me touchera pas. Effectivement, je n'ai rien caché dans les recoins de mon maillot. Il me demande de me rhabiller.

Nous retournons finalement à la caisse. Il s'avère que ce sont les nouvelles chaussures que j'ai aux pieds, qui ont toujours leur antivol.

Cet évènement m'a vraiment perturbé, dans ma petite tête de gamine de 10 ans. Pendant des années, je n'ai plus voulu retourner dans ce supermarché. Au point même que j'attendais devant l'entrée du magasin quand les gens que j'accompagnais y allaient.

A l'aube de mes 20 ans, j'ai enfin réussi à retourner dans ce magasin, même si j'ai toujours le « palpitant » en passant les portes de sortie.

Pourquoi ce monsieur s'est-il permis de me demander ça ? Avait-il le droit ? Comment moi, petite fille de 10 ans aurais-je pu refuser de retirer ma robe devant lui ? Comment se pose la question du consentement quand il y a un rapport de force ? L'adulte, l'autorité, face à l'enfant ?

Et mon corps a regretté

C'est l'hiver et comme chaque hiver depuis maintenant 3 ans, je télécharge Tinder pour combler le vide affectif hivernal. A peine téléchargé, je match avec Xavier. Grand voyageur et bénévole dans une association de vélo... il me plaît. Quelques points communs plus tard, il me propose d'aller boire un verre dans la semaine. J'habite à la campagne, il habite à Lyon et n'a pas de voiture. Il viendra donc en stop. La campagne nous offre peu d'options. Le verre se transformera donc en repas à la maison. Le deal est clair, si ça ne match pas, la chambre d'amis est pour lui.

A son arrivée, c'est confirmé : il m'attire. Mais après quelques discussions cordiales, son côté introverti, sa manière de parler sans s'arrêter et son fort accent suisse me laissent dubitative. Une fois de plus, ce n'est pas la personne fantasmée. Ses paroles me fatiguent. J'ai envie d'aller me coucher. Mon cerveau fait des bonds dans tous les sens. C'est oui, c'est non, c'est peut-être. Alors je décide de “laisser faire le destin” et de voir ce qu'il en pense. Il me dit qu'il a envie de passer la nuit avec moi, je lui partage mes doutes et il me suit dans ma chambre. Ça ne m'aide pas, je ne sais toujours pas ce que je veux. On finira par coucher ensemble.

Au réveil, je n'ai qu'une hâte : qu'il s'en aille. Je n'ai plus envie de le voir. Son odeur mêlée à celle de son joint me dégoute. Je m'en veux, je n'aurais pas dû. J'ai l'impression de m'être salie, de m'être manquée de respect. J'ai confondu son lui-physique, référence au lui-virtuel fantasmé et son lui-personnalité bien réel. C'est avec sa photo et son pseudo que j'avais envie de passer la nuit, pas avec la personne que j'avais en face de moi. Ma tête s'est bataillée avec mon corps, elle a perdu. Et mon corps a regretté.

On grimpe dans la voiture. Sur la route, pas un geste, pas un regard, je lui fais comprendre que je ne veux plus le voir. Je suis en colère contre moi, il n'y est pour rien. Je le dépose à l'arrêt de bus le plus proche. Je rentre et je passe de longue minutes sous la douche, j'aère ma chambre pour me débarrasser de son odeur comme incrustée dans mes draps.

Comme si de rien n'était

La fille des amis de mes parents

J'avais 13 ans. Une fête chez des amis de mes parents. La fille de ces amis a environ le même âge que moi. Sur le canapé elle commence à vouloir appuyer sa tête sur mon épaule. Moi, prenant peur, j'ai un geste de recul et je marque la séparation avec un oreiller que je place entre nous deux. Je m'en suis voulu d'avoir été aussi froid et catégorique. Je crois que le fait qu'il y ait beaucoup de monde, mes parents y compris, ajoutait à ma gêne. Le regard de ma mère qui ne me lâche jamais, elle se serait sans doute moqué de moi ou aurait au moins eu une remarque montrant qu'elle me voyait.

Plus tard dans la soirée, avant qu'on s'en aille, la fille m'a proposé « qu'on sorte ensemble ». Je crois que mon cœur est parti en vrille et que je me suis senti complètement désemparé. Je ne sais même plus si j'ai répondu quelque chose. Que répondre à ça ? Qu'est-ce que cela signifie exactement ? Je crois qu'ensuite elle m'a suggéré que je réfléchisse à sa proposition. De mon côté je n'ai jamais su formuler une réponse pour lui en faire part. Je pense que ma vie était presque incompatible avec le fait « qu'on sorte ensemble ». On habitait trop loin et j'aurais dû faire face à énormément d'obstacles : le regard de mes parents, de ses parents, l'appeler au téléphone (ma phobie !). Assez vite j'en suis venu à douter qu'elle m'ait réellement fait cette proposition, que cette demande ait réellement eu lieu.
Trop incroyable.

J'aurais trop eu la honte de lui avouer qu'elle me plaisait. Et par là de l'avouer à tout mon entourage.
Mon esprit l'a refoulé.

Cet événement en deux moments m'a beaucoup marqué, tourmenté. J'y ai toujours repensé avec de la gêne et sans avoir l'idée d'en parler à quiconque. Beaucoup de culpabilité et de frustration de n'avoir pas su exprimer quoi que ce soit d'autre que de la négation par blocage, peur irrationnelle. L'impression d'avoir été snob malgré moi. Regret d'avoir été paralysé. Je précise que le sexe et les relations amoureuses ont toujours été quelque chose de très tabou dans ma famille.

La famille amie de mes parents par contre était beaucoup plus décomplexée sur ces questions. Moi j'étais timide et ils me faisaient peur, ils m'impressionnaient et la fille en particulier.

Avec mon regard d'aujourd'hui, éclairé par des lectures sur le consentement et la prise de conscience de la culture du viol dans laquelle on baigne, je suis plus indulgent avec moi-même, je suis moins bloqué dans un sentiment d'infériorité. J'ai quelques questions auxquelles je ne sais pas répondre : N'y avait-t'il pas dans son attitude un petit quelque chose d'une volonté de me provoquer, de se moquer de ma timidité ? Qui ferait du coup que sa demande n'était pas totalement sincère. C'est peut-être ma parano d'ancien timide pas tout-à-fait guéri qui parle. Ne s'est-elle pas faite l'agente, même très jeune, d'une norme sociale des relations amoureuses ? Au contraire ne m'a-t'elle pas mis face à une peur, qui aurait déjà été présente en moi à cet âge, du désir féminin ?

La queue du collège

Au collège, j'avais autour de 14 ans. Je faisais la queue avec mon ami pour manger à la cantine. Derrière nous deux meufs rigolent, se moquent de nous. L'une d'elle nous met la main entre les jambes à chacun de nous. Attouchements sexuels. De mon côté j'ai honte et je suis excité à la fois. Honte parce qu'elles semblent nous trouver ridicules et qu'à l'époque je suis timide et complexé par mon image d'intello coincé. J'ai le souvenir qu'on se regarde avec le pote de manière interrogative. Lui est plutôt en colère, moi intrigué. Il me dit un truc du genre « fais pas gaffe à elles ». Je crois que je tente timidement d'entrer dans une discussion avec notre attoucheuse. On est plutôt isolés, socialement rejetés avec mon pote, et moi qui souffre beaucoup de ça, je suis plutôt heureux d'exister pour elles, qu'une fille entre en contact, même si c'est de cette manière-là. Je cherche donc à prolonger la connexion établie. Au final ça n'a débouché sur rien. Je crois qu'on en n'a même pas reparlé ensuite avec le pote.

Plus tard à 20 ans c'est moi qui commettrai un attouchement sexuel non-consenti sur une amie.

Maladresse dans le hamac

J'avais autour de 15 ans. Dans un jardin avec cousins et cousines. Ma cousine du même âge est dans un hamac avec quelqu'un d'autre. Il n'y a plus de place !

Je m'installe derrière elle, jambes écartées, elle se retrouve entre mes jambes.

Elle ne bouge pas mais me dit quelque chose comme : « Mon cousin est un pervers. ». Je sais plus ce que j'ai répondu, je crois que j'ai ri mais sans réagir tout de suite. J'ai du changer de position ou m'en aller au bout de 2 minutes. Ce souvenir qui est resté dans ma mémoire me questionne sur mon intention à l'époque. Qu'il n'y ait plus de place était-il un prétexte pour me coller à elle de cette manière ? Je crois que j'aurais préféré que la place en face d'elle soit vide pour simplement partager de la tendresse de manière moins ambiguë. Moments de tendresse qui étaient plutôt de son initiative d'habitude. C'est le genre d'événement qui met en évidence ma construction masculine à l'époque.

Égoïsme masculin : Il n'y a plus de place dans le hamac ? Je m'immisce quitte à ce que ça soit inconfortable pour tout le monde.
Incapacité (maladresse ?) à faire preuve de tendresse sans y mettre une dimension sexuelle.

Dix-Sept

Je suis à un week-end teuf avec une amie dans un coin de France où je n'avais encore mis aucun pied. Grosse bande de potes (que je ne connais pas), fumette, picole, jeux, piscine, été. J'ai pas trop envie de boire. Je connais à peu près personne, et finalement même cette amie je la connais depuis peu. Et je ne saurais même pas dire où je suis sur une carte de France. On est dans la forêt ou en tous cas, un endroit verdoyant. On m'a emmené en voiture. Je ne sais pas où est le prochain habitat habité.

Y a un gars qui est avenant avec moi, il me sourit. Bon un faisceau d'indices fait que je dirais qu'il me drague. J'ai pas vraiment envie, mais en même temps (attention, là arrivent les excuses à mon comportement pas assez NON) c'est une opportunité dans un milieu inconnu quand quelqu'un vient vers toi. Alors je joue un peu du jeu. Jeu. Un bon moyen de sympathiser. Je vais assister au jeu en cours : le touché-coulé alcoolique. Je fais l'arbitre, comme ça je m'intègre aux activités sans vraiment prendre part et boire. Lui il vient aussi, il veut jouer en équipe avec moi. Je dis non. 1 fois, 2 fois, peut-être 3. Et puis je veux pas non plus être la meuf qui veut pas boire, qui veut pas draguer, qui veut pas jouer ? Je sais pas. Je joue.
Touché coulé avec des shooters sur les bateaux. On a perdu, vite fait bien fait. Donc en 10min j'ai bu des shooters de vin rouge, whisky, rhum ou je ne sais plus quoi… Et oui on trouvait ça judicieux les mélanges…

22h. C'est le début du concert. Je danse 5 min. Je vomis. 1 fois. Le lendemain ma pote me racontera que le mec m'emballait... avant que je vomisse ? Entre deux vomis ? Je ne sais plus, je ne sais pas. Je n'aurais pas su en fait si elle me l'avait pas dit.

Ma pote et d'autres dont lui vont me coucher. Alors voilà, direction camping. Là-bas, je sais pas. Je suis allongée sur mon tapis de sol devant ma tente. Il reste avec moi. En fait il m'embrasse je crois. A un moment je suis rappelée dans le présent, dans mon corps. Pour dire Non. Qu'il m'enlace et me tienne chaud quand je suis dans le mal me va bien, qu'il me tripote alors que je comate plus ou moins passe encore, mais sentir son pénis au contact de mon pubis. Non. Mon esprit revient pour arrêter ça. Après je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être qu'il a rejoint la soirée. Peut-être qu'il est resté.

Je me souviens du lendemain. J'ai compté. J'ai vomi 17 fois. Je suis restée allongée dans l'herbe toute la journée, m'accrochant à la surface du sol. Avec quelques tentatives d'assises, quelques tentatives d'ingurgiter... pour mieux régurgiter. Bon 17 vomis, vomis est un bien grand mot quand l'estomac est vide. 17 rejets ? En tous cas moi j'étais dans le mal, et j'étais presque désolée pour lui, avec qui j'avais partagé de la salive, de ne pas être disponible. J'acceptais ses bras, ses étreintes, les sensations physiques présentes autres que l'acidité intérieure. J'étais éreintée. Ensuite, pendant 1 semaine, j'étais à l'envers. Je n'arrivais pas à manger sans remontée acide. Que nul ne rentre. 1 ou 2 ans plus tard, avec metoo, j'ai capté. J'ai capté ce qu'il avait fait. J'ai capté que c'était pas ok d'entamer une relation sexuelle avec quelqu'une qui ne tient pas debout, qui vient de vomir sa life. J'ai capté ce que personne n'a remarqué pendant la soirée, même pas moi. J'étais dégoûtée d'avoir été si gentille avec lui le lendemain. Y a pas longtemps, j'ai réalisé que j'ai peur des états de conscience qui m'empêcheraient de pouvoir bouger, de dire non rapidement. Une anesthésie générale ? Une séance profonde de méditation ? …

Contretemps

C'était après la soirée de mariage d'un couple de copains. J'y étais allée avec Tom, un ami qui m'y avait emmenée.
Tom me propose de monter pour boire un dernier verre. C'est vrai que la journée est passée vite et qu'on n'a pas pris le temps de vraiment discuter comme on le fait souvent.
Tout en sirotant un gin citron-romarin, on refait le monde, on parle des copains et puis de nous. Je lui raconte ma vie sentimentale, peu glorieuse à ce moment là. J'étais en couple mais j'avais l'intention de mettre fin à cette relation assez néfaste pour moi.
On passe un bon moment, il y a même un fond de musique. Encore un peu fous et très joyeux de cette belle fête, on s'est mis à danser en faisant de grandes enjambées, et des “sauts de biches”, l'espace nous le permettait. Habillés en costume pour l'un et en robe à fleurs pour l'autre, on avait les cheveux défaits. La situation devait sembler cocasse de l'extérieur.

Vers 4 heures, j'évoque finalement l'idée de rentrer chez moi. Tom, semble déçu que la fête s'arrête pour de bon, il me propose de rester et de dormir dans la chambre d'amis qu'il vient d'aménager. Je réponds que je préfère rentrer chez moi. Il réitère sa proposition en y ajoutant un soupçon de pathos : « Demain c'est mon anniversaire, je suis attendu chez mes parents, à tous les coups ma mère n'aura même pas fait de gâteau. Tu veux pas passer un bout de dimanche avec moi ? ça sera plus chouette ! ».
Amusée et attendrie par sa franchise, j'accepte de passer la nuit là. Après tout, c'est sympa et ça n'était pas très raisonnable de rentrer chez moi en pleine nuit.
Je me sens super bien accueillie. Un grand lit est bordé et trône au milieu de la jolie chambre d'amis. Dans la salle de bain, il y a tout ce qu'il faut pour me rafraîchir et être à l'aise. C'est royal.

De la main, j'envoie un bisou à Tom avant d'aller me glisser sous l'épaisse couette de la chambre et m'endormir ! Tom part se coucher dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, sur un ton blagueur et en projetant sa voix de manière à ce que je l'entende depuis ma chambre, il me demande de venir lui faire un bisou. Je crie sur le même ton qu'il n'est plus l'heure. Bonne nuit !
Mais le bougre ne lâche rien. Désespéré, il m'envoie un texto pour me demander si je dors, je réponds que oui. Je l'entends venir en marmonnant je ne sais quoi. Il frappe à ma porte et me demande s'il peut s'allonger un peu à côté de moi.

La situation m'amuse, j'ai passé une bonne soirée avec Tom et je ne suis pas contre l'idée de dormir avec lui. Une chose est sûre, je n'ai pas mis de point final à ma relation actuelle, il ne se passera rien ce soir. J'espère que c'est clair pour lui aussi.
Tom s'infiltre dans le lit, penaud. On discute en chuchotant en se faisant des papouilles dans le dos et dans cheveux, ça n'est pas désagréable. Je suis à deux doigts de m'endormir, mais bientôt, ses caresses descendent sur le ventre et les bisous de Tom se multiplient. Un bisou dans le cou, un autre sur le coin de la bouche. Je dois être forte et dire “Stop”. Il ne m'aide pas, il argumente, il tente. Il sait y faire ce Tom, il est doux et me fait rire. Je suis attirée pourtant je ne suis pas tranquille, je n'ai pas le coeur en paix. La légèreté ne suffit plus, je finis par mettre le holà. On se tourne le dos et on s'endort dos à dos.

Après une courte nuit, je l'entends s'extraire du lit. Je me demande bien ce qu'il est parti faire et comment la journée va se passer, une fois qu'on aura désaoulé. Finalement je me rendors pour quelques heures. A mon réveil, ça sentait le café, Tom avait été chercher des croissants et des pains au chocolat, il m'attendait pour le déjeuner. S'en voulait-il ? On n'a pas reparlé de cette nuit là.

Et maintenant ?

Les risques d'écrire et de partager

Lors de nos échanges, nous avons remarqué que ces expériences sont parfois partagées sur un ton plus ou moins léger (stratégie de banalisation bien ancrée ? gêne ?)... Pour autant, nous avons aussi pu observer nos difficultés émotionnelles à les écrire, à se les remémorer, à les faire lire, à se les faire corriger ou commenter, à imaginer les voir circuler.

Ici nous souhaitons vous partager quelques réflexions que nous avons eu lors de ce travail d'écriture… enfin surtout, nous, les femmes qui avont participé à ce travail d'écriture :

« Si j'écris ça, que c'est lu, imagine si c'est une personne impliquée dans le récit ? Imagine ça ne correspond pas aux souvenirs de cette personne ? Les miens étant parfois si flous... Imagine ça la blesse ? Imagine qu'elle se sente mal, accusée, ça l'énerve ? Imagine qu'elle t'attaque en retour ? »

En commençant à travailler sur le projet, nous nous sommes questionné·e·s sur l'anonymat de la démarche et notamment les réactions potentielles de notre entourage à la lecture des témoignages.
« Imagine ta mère, ta soeur, ta tata, ton papa lit ça. Imagine ielles captent que c'est toi. Imagine ielles te disent "t'avais qu'à boire moins", "t'aurais pas dû sortir à cette heure là", "fallait pas rester toute seule" et... "tu vas où demain ?" »

En parler c'est le « risque » de se faire infantiliser. On en a marre d'entendre qu'une femme ne devrait pas voyager seule, qu'elle ne devrait pas faire de stop seule, qu'elle ne devrait pas rentrer chez elle seule tard le soir, qu'elle ne devrait pas ci, pas ça et plutôt ci, plutôt ça. On n'a pas envie d'entendre « t'aurais dû... ».

Alors si on en parle, la dernière chose dont on a envie c'est que nos mères, nos pères, nos grand-mères, nos potes, nos connaissances, nos ex·e·s, nous disent « tu vois, tu devrais faire plus attention / faire ceci / penser cela ».
Non, nous n'avons pas envie d'être plus encore bridé.e.s dans nos libertés.

Ce n'est pas en contraignant les libertés des femmes que nous allons résoudre le problème. C'est en parlant, en s'éduquant toustes sur le sujet.

Nous nous sommes aussi attardé·e·s sur nos propres ressentis, nos émotions vis à vis du partage de ces textes.
« Non mais ça, je ne peux vraiment pas en parler, c'est vraiment gênant. »
« Je me sens trop nul·le d'avoir fait ça, ça craint ! »
En parler c'est aussi avoir peur de se sentir jugé·e. Malgré l'anonymat. Peur d'entendre des personnes parler de nos propres textes, nos comportements, devant nous.
Avoir honte parfois. Honte de ne pas avoir réussi à exprimer son consentement. Honte de ne pas avoir réussi à écouter ce que l'autre désirait vraiment. Honte de ne pas avoir réussi à être soi, le “soi” qu'on aimerait être.
Alors ce recueil nous aide aussi à apprendre à accepter, à s'accepter. A faire le deuil de certaines situations. Accepter qu'on est humain et vulnérable. Pour certain·e·s, ce travail d'écriture est aussi une thérapie, une façon de “déposer son sac”, de passer à autre chose. Se remettre en question, accepter la personne que l'on est, et apprendre à découvrir celle que l'on veut devenir. Se découvrir en écrivant et apprendre à savoir ce que l'on veut vraiment. Apprendre à se poser les bonnes questions. A appréhender certaines situations. Se mettre à nu. Accepter ses faiblesses. Et en sortir grandi.

Témoignage d'une participante au projet :
« En écrivant, en racontant à l'oral ensuite (j'ai raconté une de mes histoires, non publiées pour la première fois suite à l'écriture, devant un groupe mixte, en moment informel) je me suis rendue compte de certaines distorsions de ma mémoire, de ma perception. Et ça m'aide à remettre certaines choses en place, à reprendre mon pouvoir, à discerner à quel moment je me dis maintenant que je ferais / serais différemment et comment, à discerner mon rôle dans l'histoire et ainsi pouvoir contacter ma scénariste interne pour lui demander des ajustements. J'aurais presque envie de faire un process : 1. écrire 2. raconter 3. questionner 4.revoir 5 réécrire » en mode théâtre-forum de l'écriture. »

Et toi ?

Toi aussi tu as une(des) histoire(s) qui t'ont initiées au questionnement sur la notion de consentement ?
Tu peux nous les partager par mail à consentements@@@protonmail.com.

Le texte doit :

• Etre sur le consentement corporel
• Se baser sur une expérience personnelle, et potentiellement son analyse avec le recul
• Respecter ton anonymat et celui des des personnes citées (changement ou disparition des lieux, dates, prénoms et autres caractéristiques facilitant l'identification,...)
• Avoir un titre
• Comporter une mention, lors de l'envoi, précisant si tu veux ou si tu ne veux pas qu'il soit partagé par Facebook, Instagram, livret (bref, partagé).

Il peut être illustré si tu le souhaites.

Et après ?

Nous avons bien aimé travailler sur ce sujet, ça nous intéresse et dans l'idéal, nous aimerions bien continuer.
Par exemple, faire d'autres livrets : un pour parler de situations où on a été témoin de moments qui nous ont posé question en terme de consentement dans l'idée de se questionner sur le rôle du témoin et de comment intervenir.
Ou encore, parler de situations super chouettes, où on a beaucoup aimé les modalités de consentement.

Si toi aussi c'est un projet qui te parle, que tu as du temps, de l'énergie à y consacrer, tu peux nous contacter.

Ressources

Ici nous te proposons des vidéos, des lectures et quelques d'outils pour aller plus loin, disponibles sur le web. Sur le livret numérique, tu peux cliquer sur les ressources pour accéder directement aux liens.

À REGARDER

- Comprendre le consentement, analogie avec une tasse de thé (Youtube)
- La roue du consentement (Youtube)
- Body Sovereignty and kids : how we can cultivate a culture of consent (en anglais, Youtube)

À ÉCOUTER

- Série OK/Pas OK, série des jeunes qui parlent aux jeunes de consentement

À LIRE

- Non c'est non - Petit manuel à l'usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire - infokiosques.net et en librairie
- Le consentement : 100 questions sur les interactions sexuelles - infokiosques.net
- Apprendre le consentement en 3 semaines - infokiosques.net
- Fascicule sur le consentement - Je suis Indestructible
- La règle du « fuck yes » - Les fesses de la crémière
- Soutenir un·e survivant·e d'agression sexuelle - infokiosques.net
- The consent Check-list (en anglais) - Rewriting the rules


[1] Être cis est le fait que son assignation de genre à la naissance correspond à son identité de genre.

Recueil édité en France en juillet 2020.

Paris : petite fête du livre des éditions Noir et Rouge, les 27 et 28 février 2021

Petite fête du livre,
samedi 27 février 10h-17h,
dimanche 28 février 10h-16h,
EDMP, 8 impasse Crozatier, 75012 Paris (Métro Faidherbe-Chaligny ou Gare de Lyon).

Port du masque obligatoire et distance à respecter (sauf par rapport aux livres !).

Des milliers de livres neufs et d'occasion.
De la BD, des romans, des essais, des livres d'art, d'histoire et de politique, etc.
Des livres parfois rares, épuisés et introuvables à prix d'occasion !

Plus d'infos :
https://editionsnoiretrouge.com/

Grenoble: manifestation de solidarité avec l’occupation de l’Abbaye, samedi 6 mars 2021

Une manifestation est prévue le 6 mars 2021, à 13h30 devant l’occupation (place Laurent Bonnevay), pour se rendre à la mairie remettre la pétition « POUR LE RÉTABLISSEMENT DES FLUIDES, POUR UN RELOGEMENT » à M.le maire.

A l’Abbaye, les huit appartements sont toujours occupés, mais rien n’a bougé malgré des rencontres avec le vice-président de la Métro au logement et à l’hébergement. L’énergie est toujours coupée, et aucun plan de relogement n’est en cours de discussion alors que la plupart des occupantEs sont prioritaires selon les critères établis par l’Etat et la Métropole, parfois depuis des années.

Nous manifesterons aussi contre les coupures brutales dont sont victimes chaque année, à la fin de chaque trêve hivernale, les habitantEs précaires qui ne peuvent plus assumer ces charges de plus en plus chères chaque année, et qui doivent choisir entre se chauffer et se nourrir.

Dans le cas de l’Abbaye, ces coupures interviennent clairement pour déloger les occupantEs sans passer par un acte judiciaire, à l’heure où le gouvernement passe des lois de plus en plus répréssives contre les mal-logéEs cherchant à se mettre à l’abri par leurs propres moyens. Pourtant, dès le début de l’occupation les occupantEs ont déclaré qu’ils n’attendaient qu’un relogement digne et pérenne pour quitter les lieux. A défaut de quoi, ils occupent encore.

La pétition pour le rétablissement des fluides et le relogement des 52 occupantEs est donc clôturée, à 2 500 signataires et une longue liste de célébrités (…).

Nous vous espérons nombreuses et nombreux, [pour] soutenir la lutte de ces familles extrêmement courageuses et engagées dans une lutte pour la dignité et le droit de vitre.

Condamnée à 125 000 euros pour avoir dénoncé la présence de pesticides dans du vin

Valérie Murat était poursuivie en justice pour avoir, sur la base d'analyses, accusé des vins certifiés « haute valeur environnementale » de contenir des molécules toxiques. Contactée par basta !, elle annonce faire appel.
« Le tribunal donne raison à l'omerta. » Valérie Murat, et la petite association Alerte aux toxiques dont elle est porte-parole, viennent d'être condamnées en première instance ce 25 février par le tribunal de Libourne pour « dénigrement collectif à l'égard de la filière » des vins de (...)

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Texas : vague de froid + peur du socialisme = chaos

Texas
Texas

  Au moins 58 morts, des hôpitaux débordés, des supermarchés vides, 14 des 28 millions de Texans privés d’eau, 4,5 millions d’entre eux privés d’électricité par -18 °C. Le Texas a connu une vague de froid exceptionnelle. Mais le refus idéologique […]

L’article Texas : vague de froid + peur du socialisme = chaos est apparu en premier sur Rapports de Force.

Une presse agricole dominée par les industriels et le syndicat majoritaire

Avec son aimable autorisation, nous reproduisons ci-dessous un article extrait de la dernière livraison de la revue Transrural Initiatives [1]. Ce numéro (483) présente un dossier intitulé « Rapprocher médias et jeunes agriculteurs, ça urge ! », qui fait un tour d'horizon critique sur les rapports entre médias et monde rural, particulièrement sa jeunesse. On y trouvera (entre autres) un panorama critique du paysage médiatique ; une interview avec l'un des fondateurs du trimestriel d'investigation La Topette ; le témoignage d'une journaliste de la PQR (groupe Rossel) ; l'extrait d'une étude des chercheurs Ivan Chupin et Pierre Mayance concernant la « porosité des frontières entre les métiers de communicant et de journaliste dans le secteur agricole » ; plusieurs articles autour de l'éducation aux médias, etc. Celui que nous reproduisons dresse un portrait de la presse agricole : « Au-delà de l'influence des actionnaires et de la publicité, l'auto-censure et les intérêts communs ou liens personnels avec le secteur agricole orientent les sujets traités par les journalistes. » (Acrimed)

Difficile de trouver dans la presse agricole une voix dissonante sur l'industrialisation de l'agriculture, la politique de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricole (FNSEA - le syndicat majoritaire) ou plus largement des enquêtes sur les principaux acteurs du monde agricole, notamment sur les questions sociales ou environnementales. De manière générale, la presse professionnelle se présente comme un outil pour aider des professionnels grâce à l'information sur leur secteur – marchés, législation, concurrence, produits – ou à des conseils pratiques pour mieux vendre, s'équiper...

La critique de ces professionnels, qui sont les lecteurs et les sources des journalistes, y est peu courante : la mainmise des industriels de l'agroalimentaire et de la FNSEA sur la presse agricole (environ 150 titres papier et internet), la proximité entre journalistes et communicants (cf. Transrural initiatives, n˚483, déc. 2020 - jan. 2021, p. X.) et le recrutement endogène des journalistes sont particulièrement poussés dans la presse agricole. Elle joue pourtant un rôle déterminant. « Elle montre des choses qui marchent, c'est une presse économique et de la réussite qui construit symboliquement le groupe de référence », notent les politologues Ivan Chupin et Pierre Mayance.


LA FNSEA dirige 55 médias locaux et 24 nationaux


La FNSEA, par le biais de la société Réussir-Agra, dirige 55 médias locaux et 24 nationaux sur différentes filières (lait, betteraves, grandes cultures...) tirés pour la plupart à moins de 5 000 exemplaires.

Agra-presse est l'équivalent de l'Agence France presse dans le domaine agricole et rural. Réussir, constitué en 1986 pour réaffirmer la place centrale d'un syndicat majoritaire alors remis en question, est dirigé par Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA. Le groupe France agricole (GFA) qui édite La France agricole, hebdomadaire de référence avec 100 000 abonnés, et plusieurs mensuels spécialisés est indépendant du syndicat, mais détenu par Isagri, une société de logiciels agricoles et l'industriel Sofi protéol.

Parmi les principaux titres de la presse professionnelle agricole, on trouve aussi l'hebdomadaire Paysan Breton, détenu par Groupama, le Crédit Mutuel de Bretagne et Coopagri ou le site Internet Terre-net.fr, détenu également par Isagri. Au-delà du relai d'influence, la presse est aussi une activité rentable pour les actionnaires [2].


Pas de place pour l'opposition syndicale


La mainmise de la FNSEA se traduit concrètement par l'occultation d'une partie de l'information dans les titres de Réussir : « On relaye toutes les prises de position du syndicat et le compte rendu des réunions de la Chambre d'agriculture. Non, on ne parle pas des autres syndicats, on n'est pas vraiment dans la critique », explique un journaliste d'un titre local du groupe. Le syndicat étant majoritaire dans la plupart des chambres d'agriculture et organisations professionnelles et souvent plus en cogestion avec le ministère qu'en opposition, ces pratiques s'étendent à l'ensemble du secteur, même si certains débats et critiques qui existent au sein de la FNSEA – sur la Mutualité sociale agricole, les prix payés par les coopératives, la réglementation, le soutien à l'agriculture biologique… – figurent dans certains titres. « Les numéros sont construits avec les élus référents sur le magazine. À aucun moment les sujets chauds ne sont écartés : les élus sont même d'avis de mettre les pieds dans le plat pour faire intervenir des personnes critiques de l'élevage », rapporte Matias Desvernois, rédacteur en chef de JA Mag, le journal du syndicat JA, proche de la FNSEA. Au-delà de l'actionnariat, les contenus sont orientés par les revenus publicitaires, près d'un tiers du chiffre d'affaires pour certains titres, même s'il reste possible dans La France agricole de publier un papier critique sur un annonceur. « Les rédacteurs en chef ont longtemps assuré l'étanchéité entre publicité et journalisme, explique un journaliste. Au service grandes cultures, c'était plus compliqué. Il y a aussi eu des tentatives d'un machiniste qui a donné des enveloppes, sans compter les voyages de presse qui coûtent plusieurs milliers d'euros. Il y a aussi des liens entre la publicité et les journalistes, ce sont parfois des amis, ils s'échangent des infos ».


Manque de temps et autocensure


Il faut donc se reposer sur la presse généraliste pour comprendre d'où vient la fortune de Lactalis, quels sont les montages fiscaux des grands groupes et coopératives, quel est l'impact environnemental des pratiques agricoles, quelles sont les conditions de travail des saisonniers et qui en profite, en quoi l'industrialisation et le suréquipement posent problème...

Plusieurs journalistes évoquent une autocensure assez forte – la peur de froisser des sources, collègues ou amis – et un manque de temps pour réaliser des investigations. « La plupart ne sont pas dans cet état d'esprit. Ils aiment le reportage mais pas l'investigation, ajoute une ancienne journaliste de La France agricole. Aujourd'hui, les jeunes restent deux ou trois ans, ils n'ont pas le temps d'enrichir leur réseau, de suivre l'évolution d'un secteur, de se faire un avis, de développer une analyse. Il y a une perte de cette culture de la presse, ce n'est pas encouragé et c'est un risque pour la qualité de l'information ». Pour d'autres, le recrutement des journalistes, presque tous issus de formations agricoles et ingénieurs agronomes, qui ont la même vision technico-économique, est un frein à l'analyse critique.


Peu de contrepoids


Il y a bien quelques contrepoids. La Confédération paysanne compte quelques titres locaux et un mensuel, Campagne solidaires, tiré à 4 500 exemplaires. D'autres titres sont liés à des associations comme Nature & progrès. Mais la faillite fin 2020 de L'Avenir agricole en Pays de la Loire, indépendant sur le plan capitalistique des syndicats ou industriels, est un mauvais signe [3].



Créé en 1944, cet hebdomadaire s'est émancipé de la Coopérative des agriculteurs de la Mayenne en 1990. « Les journaux du groupe Réussir vantent les très bonnes actions de la FNSEA et des chambres. Nous, ce n'était pas le cas, on faisait parler tout le monde, explique Rémi Hagel, son dernier rédacteur en chef, issu d'une formation de journalisme. On parlait de techniques innovantes, marginales, différentes, mais sans privilégier l'une ou l'autre des visions de l'agriculture : il y a avait bien sûr des articles sur le Space [4] et les nouvelles technologies mais aussi sur l'Atelier paysan. On était à l'écoute pour relayer les évolutions de pratiques, notamment la bio, bien avant que les chambres ne mettent le nez dedans. On était indépendant mais dépendant des publicités et des lecteurs. »


Fabrice Bugnot


[1] Transrural Initiatives est une revue bimetrielle indépendante d'information sur le monde rural publiée par l'ADIR (Agence de diffusion et d'information rurales). Elle se présente notamment comme suit : « En illustrant concrètement des alternatives à la mise en concurrence généralisée, à la disparition des liens sociaux et à l'exploitation aveugle des ressources naturelles, Transrural initiatives entend résolument sortir de la morosité ambiante et invite à l'action ».

[2] GFA réalisait en 2019 deux millions d'euros de bénéfice net ; Réussir et Agra, un million.

[3] À ce sujet, lire « La presse locale agricole est sous le joug de la FNSEA », Reporterre, 23 janvier [Note d'Acrimed].

[4] Salon international de l'élevage.

Lucerne: manifestation, restauration de l’Eichwäldli maintenant !

Cher*es ami*es de l’Eichwäldli, cher*es ami*es d’une ville lucernoise vivante, cher*es critiques de la démarche du conseil municipal

Les événements autour de l’Eichwäldli se sont multipliés ces derniers jours. Alors que les habitant*es résistent toujours à la démolition imminente et font campagne pour la restauration de la caserne, le conseil municipal a déposé une plainte pénale jeudi dernier. Ceci malgré le fait que de nombreuses personnes de la population, dont plus de 200 travailleu*ses culturels, ont exigé la préservation de l’Eichwäldli.

Même la majorité du conseil municipal a voté en faveur de la restauration du bâtiment, mais un conseiller impitoyable a ignoré le postulat accepté par le conseil municipal. Pourquoi se bat-il bec et ongles contre une restauration qui lui est gratuite ?

Une équipe d’experts renommés est prête à effectuer une restauration de la caserne. Parmi eux figurent les architectes renommés Rolf Mühlethaler et Dieter Geissbühler, l’ingénieur Philipp Hess et une entreprise de construction en bois. Les coûts d’une telle restauration et des mesures de réparation nécessaires seraient entièrement pris en charge par les résident*es.

Le rapport de l’ingénieur Edi von Deschwanden après une visite de la maison et l’analyse minutieuse des données disponibles confirme nos hypothèses : « Il n’y a pas de danger d’effondrement. Le bâtiment d’habitation et la caserne ne constituent pas actuellement une menace structurelle pour les habitant*es ». Avec des mesures gérables, le bâtiment serait habitable pendant au moins 10 ans de plus, selon l’ingénieur.

Nous exigeons une restauration de la caserne.
Pas de démolition de logements de solidarité !

Nous allons nous faire entendre et nous nous rassemblons maintenant chaque jour à midi devant la mairie !
Venez en masse, portez des masques et gardez vos distances.

Nous vous tiendrons informer!
Salutations,
Les soutiens de l’Eichwäldli

Brochure et plus d’informations en pdf.
N’hésitez pas à les faire suivre !

Eichwäldli
Murmattweg 2
6005 Lucerne, Suisse
eichwald [at] immerda [point] ch
https://squ.at/r/6709
https://eichwaeldlibleibt.noblogs.org/


Backbord, agenda de la subculture et de la politique de gauche en Suisse centrale https://radar.squat.net/fr/backbordtk
Des squats en Suisse: https://radar.squat.net/fr/groups/country/CH/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en Suisse: https://radar.squat.net/fr/groups/country/CH
Des événements en Suisse: https://radar.squat.net/fr/events/country/CH


Backbord https://squ.at/r/87ux

Secret, opacité et conflits d'intérêts règnent au sein du Traité sur la charte de l'énergie

« Le Secrétariat », l'instance qui administre le Traité sur la charte de l'énergie, est loin d'être un modèle de transparence, tant ses experts censés en garantir l'impartialité multiplient les proximités gênantes avec l'industrie fossile. Deuxième volet de l'enquête d'Investigate Europe.
Autour d'elle, les piles de documents forment un rempart infranchissable. Dossiers épais, ouvrages économiques, rapports scientifiques reliés débordent de son bureau, sur les tables et même au sommet du piano de son (...)

- Décrypter / , , , ,

En démantelant EDF, le gouvernement abandonne toute idée de stratégie industrielle en matière d'énergie renouvelable

La mobilisation parviendra-t-elle à faire reculer le gouvernement qui prévoit de démanteler EDF ? C'est à souhaiter. Les précédents en matière de libéralisation du secteur sont connus : augmentation des coûts pour l'usager, dégradation du service et frein à la transition énergétique.
Voilà près de deux ans que le gouvernement français et la Commission européenne négocient la réorganisation d'EDF. Pour le moment, l'État détient 84 % du capital de cet établissement public, transformé en SA en 2004, et introduit (...)

- Résister / , ,

Ces « penseurs » qui rendent fou

L'année 2020 laisse incontestablement un goût d'inachevé : non pas que les intellectuels médiatiques aient disparu des écrans – il s'en faut – mais, virus oblige, il a fallu faire sans certains petits bonheurs habituels.

Note : cet article est tiré du numéro 37 de notre revue Médiacritiques, qu'il est encore temps de commander !

Ainsi, point de « croisière culturelle » cette année avec Luc Ferry ou Franz-Olivier Giesbert à la barre ; pas non plus de pièce de théâtre signée BHL, dressant un état des lieux aussi lucide qu'impitoyable sur le monde comme il va ; pas – encore – de conférence sur les heurs et malheurs de la civilisation contemporaine par Pascal Bruckner dans le prestigieux écrin parisien de la salle Gaveau.

En bon fast thinkers capables de penser plus vite que leur ombre, la plupart de nos athlètes intellectuels ont quand même commis des ouvrages ces derniers mois qui leur ont permis de conserver leur quasi-monopole sur les plateaux TV, antennes radio et dans les colonnes de journaux. Disons-le tout net : nous ne fûmes jamais déçus. Parions qu'ils sauront encore trouver des ressources insoupçonnées au cours de l'année qui vient. Quoi de mieux, en attendant, qu'un florilège de leurs plus belles saillies récentes ?

À tout seigneur tout honneur : remercions d'abord un BHL courroucé d'avoir trempé la plume dans la plaie et de s'être élevé le premier contre Ce virus qui rend fou… notamment son compère Michel Onfray, visiblement atteint, comme d'autres, sur le plateau de CNews au lendemain du premier confinement : « On se dit, bon, “Covid-19”, c'est qu'il y en a eu 18 précédemment ». Téméraire, celui qui en toute modestie animait jadis une émission nommée « Le monde selon Michel Onfray » publie dans la foulée un ouvrage, La vengeance du pangolin, consacré à la question du moment, dont le sous-titre ne laisse aucun doute sur la profondeur et l'humilité du bonhomme : « Penser le virus ».

S'emportant comme ses frères d'armes contre « le sanitairement correct », André Comte-Sponville a signé un retour fracassant à la faveur de l'épidémie, tant il est vrai que son verdict sans appel « Je préfère attraper la Covid-19 dans une démocratie que de ne pas l'attraper dans une dictature » rivalisait avec ses considérations coutumières mais toujours lumineuses sur la liberté, l'amour et la démocratie.

Dernier rempart de (à ?) la pensée, Pascal Bruckner s'est lui aussi particulièrement distingué en 2020 : non content d'éructer à longueur d'entretiens et de chroniques – innombrables – contre « le maccarthysme néoféministe », il n'a cessé de dire tout haut ce que même les éditocrates les plus réactionnaires osent à peine penser tout bas, évoquant entre (beaucoup d') autres, « l'avantage moral que nous avons gagné en tant que nation victime du terrorisme islamiste » (France Inter, le 22 octobre dernier).

Ne rechignant pas à se poser en « vieux mâle blanc hétérosexuel », on ignore si notre intellectuel de parodie est réellement Un coupable presque parfait ; c'est en tout cas un essayiste qui ne manque jamais une occasion de vociférer contre les nouveaux censeurs, sur les plateaux qu'il accapare et dans les chroniques qu'il multiplie. Signe, peut-être, que la « cancel culture » n'est pas forcément où l'on croit…

Les amateurs de valeurs sûres en ont aussi eu pour leur argent : dans un papier tout en nuances daté du 6 décembre sur « le grand déclassement : la France en miettes » (FigaroVox), l'historien de salon Jacques Julliard s'est surpassé, déplorant pêle-mêle « la fin de la classe ouvrière », « la fin de l'ambition intellectuelle », la « fin du primat de l'intelligence » dans une version ripolinée d'une « fin de l'histoire » aux contours toujours aussi flous.

Où l'on revient à Luc Ferry, toutologue notoire, capable d'expliquer doctement « pourquoi le véganisme est intenable » le matin, de disserter sur « la mondialisation salvatrice » le soir, tout en livrant « les leçons du Covid » entre deux confinements. Laissons-lui donc le dernier mot, à peine altéré, lui qui dans un édito paru le 7 octobre dans Le Figaro et sobrement intitulé « L'insoutenable finitude humaine », s'inquiétait du « miracle de la notoriété (médiatique) qui transforme en vérités les sornettes les plus niaises ». Qu'on se le dise, les alchimistes de la pensée tiendront encore le haut du pavé en 2021. Et les intellocrates de demain ont toutes les chances de ressembler furieusement à ceux d'hier.

Merci à Monsieur Phi (youtubeur « philo » et auteur de la vidéo « Pourquoi les philosophes médiatiques disent de la merde », 20 nov.) et au fil Twitter pertinent et percutant (réellement, en l'occurrence…) de Sébastien Fontenelle, auxquels nous empruntons certaines citations.


Thibault Roques

Joseph Ponthus : « L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit »

Entretien avec l'auteur d'À la ligne, pépite noire décrivant trois années passées dans l'enfer quotidien des abattoirs et conserveries de poisson. Il y est question de temps volé par le capitalisme, de travail à la chaîne, des différentes facettes du monstre-usine et de littérature qui rue dans les brancards.

Par Baptiste Alchourroun {JPEG}

Ce 24 février 2021, six mois après la publication de cet entretien sur papier dans le n°190 de CQFD, nous apprenons le décès de Joseph Ponthus. Nous publions donc cet entretien sur ce site en guise d'hommage.

***

L'ami Joseph Ponthus, dit Ubi pour les intimes d'alors, je l'ai connu il y a quelques années à l'époque de feu Article11, canard cousin de CQFD dans lequel il livrait des chroniques habitées sous l'intitulé « Sévice social ». D'une plume sensible et lyrique, il y racontait son quotidien d'éducateur dans un quartier de Nanterre – les gamins qui déconnent gentiment, la justice implacable, les horizons balafrés. Il en a finalement tiré un livre fort recommandé, coécrit avec quatre mômes qu'il suivait au quotidien : Nous, la Cité (Zones, 2012). Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et on s'est un peu perdus de vue – la vie. J'ai bougé à Marseille, lui à Lorient, pas exactement la porte à côté.

En Bretagne, il a vite compris que ses compétences littéraires et sociales n'allaient pas aider à faire bouillir la marmite. Sans un rond, classique, il s'est tourné vers l'intérim. C'est ainsi qu'ont commencé trois années de labeur particulièrement éprouvantes – une dans des conserveries de poisson, deux dans des abattoirs. Un quotidien bouffé par l'usine, qu'il décrit dans À la ligne – feuillets d'usine (La Table ronde, 2019), bouquin à la forme si « expérimentale » – vers libres, pas la moindre ponctuation – qu'il semblait condamné à végéter en solitaire dans les rayons de librairie. Sauf que non : le livre cartonne, est traduit un peu partout, et Ubi a pu dire au revoir à cette foutue usine. Il faut dire qu'il est parvenu, en bon alchimiste littéraire, à rendre particulièrement vivant et touchant ce monde que l'on cantonne généralement à des visions sanglantes de carcasses et de corps découpés. Sans misérabilisme mais avec les tripes, il livre un témoignage qui se veut universel, ode au courage de ses collègues et réquisitoire implacable contre ce mangeur de vie que peut être le salariat, surtout version intérim.

Le texte ci-dessous est le quasi verbatim d'un entretien téléphonique avec Ubi, entrecoupé de quelques citations de son livre.

***

« Tout cela a commencé fort classiquement : ma compagne et moi n'ayant plus une thune, il fallait que je trouve du taf, sachant que dans ce coin les boulots pour un éducateur de quarante ans ne sont pas légion. Je n'avais qu'une seule possibilité : l'intérim. Or, en Bretagne, ce qu'on t'y propose est généralement lié à l'agroalimentaire. C'est la plus grosse région d'Europe pour cette industrie, un héritage de 1945, quand la région était sinistrée et que les lobbies et le patronat local ont tout fait pour encourager cette filière avec un discours simple en direction des politiques : “Vous allez nous faire des belles routes et nous on va fournir tout ce que vous voulez en bouffe, poiscaille comme barbaque.” Leur argument : ils disposaient d'une réserve de mecs durs au mal, ceux qui tuent le cochon à la ferme. Bref, c'est devenu une marque de fabrique. Aujourd'hui, un tiers de la population bretonne vit directement ou indirectement de l'agroalimentaire.

L'immersion a été quasiment immédiate : “Tu commences demain à six heures du mat.” Et là je me suis retrouvé plongé dans un autre monde. La seule comparaison qui me vient à l'esprit, c'est le film Les Temps modernes de Charlie Chaplin et sa représentation du travail à la chaîne abrutissant. On te file un poste, on te montre, puis on te dit : “On se retrouve dans 8 heures.” Voilà.

Au départ, je ne pensais pas y rester longtemps. Je voyais l'intérim comme un mal temporaire, me disant que j'allais trouver autre chose. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit. Quand tu rentres chez toi, tu n'as qu'une seule envie : dormir. Tu as beau avoir lu tous les bouquins possibles, prolétaires, prolétariens, tu ne comprends pas ce qui t'arrive. C'est ce que dit Robert Linhart dans L'Établi [1] quand il explique qu'il avait beau avoir bossé sur Marx pendant vingt ans, il lui a fallu attendre sa première journée d'usine pour comprendre ce qu'était le concept de plus-value. »

« C'est le week-end / Je devrais reconstituer ma force de travail / C'est-à-dire / Me reposer / Dormir / Vivre / Ailleurs qu'à l'usine / Mais elle me bouffe »

« Dès lors que tu y as mis les pieds, l'usine est partout. Elle te bouffe le quotidien. Cela m'évoque la manière dont les mineurs évoquaient la mine, disant d'elle que c'était une “mangeuse d'hommes”. L'usine c'est pareil. Les hommes et les femmes qui y bossent ne pensent qu'à ça : l'heure que tu vas mettre sur le réveil, celle de la pause, le prochain arrivage. C'est une perpétuelle lutte contre le temps. Il n'est d'ailleurs pas anodin que le documentaire en quatre épisodes de Stan Neumann récemment diffusé sur Arte soit intitulé Le Temps des ouvriers [2]. Plongeant dans les racines du capitalisme, il démontre parfaitement que dès le XVIIIe siècle tout a été fait pour baisser les salaires et accroître la productivité. Voler le temps des ouvriers, donc. Un système implacable, qui s'est totalement imposé.

À cela il faut ajouter la condition d'intérimaire, qui au début passe par une forme de bizutage. On te propose quelques jours ici et quelques autres ailleurs. On modifie tes horaires. On te fait changer d'usine. Et toi tu sais que si tu l'ouvres et protestes, alors tu es grillé : tu n'auras plus de boulot dans tout le bassin d'emploi. Il faut encaisser et fermer ta gueule.

Au bout d'un moment, on te file des missions plus longues. Ma première, ça a été les bulots, dont je pelletais des tonnes tous les jours pour les faire cuire. Le troisième jour, j'ai posé une question qui me semblait élémentaire : “Ça serait pas plus simple avec une machine ?” La réponse du chef : “Embaucher des intérimaires coûte moins cher.” Sachant que si demain tu n'es pas là, rien de plus simple que de trouver quelqu'un d'autre. »

« La répétition des douleurs / La vanité de l'affaire / Tout ça pour des bulots qui ne s'arrêteront jamais »

« C'est le coup de génie du patronat : ils ont réussi à faire en sorte que la conscience de classe ouvrière soit atomisée. Aujourd'hui, tu ne te définis plus comme ouvrier, ou comme employé d'une usine spécifique (Renault, Lip...), mais par rapport à ton poste de travail, sur lequel il y a concurrence. Cela débouche sur un constat : il n'y a plus de lutte collective possible. Avec en outre cette spéci fi cité bretonne : contraire ment aux vieux bassins ouvriers, comme celui de la sidérurgie lorraine, l'habitat est extrêmement dispersé, les gens venant travailler de plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Conséquence : il n'y a pas de lieu de socialisation, de possibilité de se rencontrer ailleurs qu'à l'usine. C'est le triomphe du capitalisme dans ce qu'il a de plus violent.

Et puis, en bossant dans une usine d'agroalimentaire, tu n'as pas la fierté de la production. Dans une usine “normale”, tu pars de rien et tu arrives à un produit fini. L'agro, c'est l'inverse, c'est la déconstruction : tu prends un produit entier, une vache par exemple, et tu arrives à un steak. Impossible de tirer une fierté de donner la mort. Il s'agit juste de faire son taf le mieux possible, de la manière la plus noble et la moins douloureuse possible. »

« Les veaux ne me regardent plus de leurs yeux morts et froids »

« On m'a invité à témoigner dans un documentaire que je trouve très réussi, Les damnés des ouvriers en abattoir [3]. Son approche renverse la vision habituelle de ce boulot : ce sont des témoignages très puissants d'ouvriers racontant leur quotidien. Mais, pour ne pas les renvoyer à cette imagerie de l'abattoir, du sang, des tripes, ils sont filmés dans un décor de forêt. Il s'agit de ne pas les cantonner à un décor dévalorisant. Et j'ai voulu faire pareil : un objet littéraire, ouvert et déglingué. Si tu racontes uniquement l'horreur quand tu rentres chez toi le soir, tu n'y retournes pas le lendemain.

Dès ma première semaine d'embauche, j'ai commencé à rédiger des passages en rentrant à la maison, l'après-midi ou le soir selon mes horaires, quand je n'étais pas trop K.-O. Mon objectif était d'écrire de manière similaire à celle dont fonctionnaient mes pensées quand j'étais au boulot.

À l'usine, tu es confronté à la question de la cadence, soit la production imposée par l'usine. Tu as une minute pour faire la tâche qu'on te demande. Par exemple serrer vingt boulons. Au départ tu ne connais pas le geste et tu es maladroit, donc tu ne fais que quinze boulons à la minute. C'est le copain qui est derrière qui doit rattraper les cinq manquants. Car la chaîne avance inéluctablement. Mais une fois que tu arrives à effectuer le bon geste, à faire corps avec l'outil, ou la machine, tu peux le faire en, par exemple, quarante-cinq secondes. Il te reste plus ou moins quinze secondes de “libre”. C'est là que tu as le temps de penser. Et moi je songeais à des bouquins, des poésies, aux phrases que j'allais écrire le soir en rentrant. »

« Ici le temps n'en finit pas »

« C'est ici que la question du rythme littéraire s'est imposée. Parce que je voulais écrire sur ces quinze secondes de liberté. Si j'avais choisi de m'adapter au rythme régulier de l'usine, une tâche par minute, alors j'aurais écrit en vers réguliers, de type alexandrins. Mais mon rythme à moi était différent, puisque je luttais contre la cadence, avec des irrégularités, des fois cinq secondes, des fois dix ou quinze. Je ne pouvais donc écrire qu'en vers libres.

L'usine est le personnage principal de mon livre. Un peu comme Ivo AndriĆ racontait l'histoire de la Bosnie à travers son Pont sur la Drina (1945). Mais pour cela il faut ruser, prendre ton sujet de biais. Cette masse d'acier, de mort, de souffrance, tu dois l'aborder par des moyens détournés : les collègues, les moments volés, les pauses grattées, les micro-solidarités, les petites récups. Parce qu'il est impossible de vraiment décrire un univers où tu te fais bouffer, ces fragrances de peur, de merde, de métal. Si l'usine est vivante, c'est seulement par les ouvriers qui bossent à l'intérieur chaque jour. »

« L'usine m'a eu / Je n'en parle plus qu'en disant / Mon usine »

« Je me suis fait virer de l'abattoir le jour où j'ai envoyé des exemplaires du livre à l'agence d'intérim et à la direction de l'abattoir. Pourtant je n'ai pas écrit un témoignage à charge. J'aurais pu décrire les magouilles, certains scandales qui auraient fait couler de l'encre. Si je ne l'ai pas fait, c'est par crainte que les copains se retrouvent au chômage, avec leur crédit à payer et leur monde qui s'écroule. Au fond, ce que je voulais c'est que eux soient fiers du livre, s'y reconnaissent. Parce qu'il est extrêmement difficile de raconter ce quotidien. Quand tu dis “Je bosse en abattoir”, la discussion est toujours faussée, les gens te regardent autrement. Alors qu'en fait ça renvoie à nombre d'expériences professionnelles dépassant ce cadre. Depuis que je présente le livre dans divers endroits de France, je suis confronté à une foule de témoignages de gens racontant ne plus en pouvoir de leur quotidien professionnel. Des employés en Ehpad qui te disent : “Moi c'est pareil, je fais des trucs horribles parce qu'on ne me laisse pas le temps de bien bosser.” Des infirmiers qui soufflent : “Ça fait quinze ans qu'on réclame des lits.” Des caissiers qui te lâchent : “Comme les pauses pipi sont interdites, on vient bosser en couches-culottes.” On en est là. Il faut imaginer la détresse de ce mec qui va à la pharmacie du village acheter ses couches, qu'il planque dans sa bagnole et enfile dans le vestiaire. L'humiliation absolue.

Face à ce champ de ruines, si mon livre permet de rendre un peu de noblesse à ce métier d'ouvrier, alors c'est déjà énorme. Et c'est pour ça que je me réjouis que quelque chose prenne autour du livre, avec des ventes inespérées, des prix littéraires et des traductions dans plein de pays. Alors qu'au départ, c'était tout sauf gagné : raconter l'agroalimentaire breton en vers libres ? Difficile de faire moins vendeur. Et pourtant il marche. Parce qu'il raconte simplement ce que c'est de devoir encaisser, bosser. Les intérimaires de cinquante ans qui ploient sous les carcasses. Le corps qui lâche. La production qui impose tout. C'est universel.

Quand j'ai débouché là-dedans, ce n'était pas du tout mon monde. J'étais éducateur, avec des études de littérature derrière moi. Ça a été une vraie expérience de déclassement, qui m'a appris énormément de choses. Du jour au lendemain je me suis retrouvé avec des mecs qui m'ont appris le métier, à m'occuper de mes mains, à ne pas me blesser, me tuer. Toutes proportions gardées, je rapproche ça de la littérature de la guerre de 14, quand des gens comme Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire ou Maurice Genevoix se sont retrouvés confrontés à quelque chose auxquels ils n'étaient pas du tout préparés, avec le petit peuple, la boue, la mort. Après cela, ils ne pouvaient plus écrire de la même manière, impossible. »

Quand tu rentres / À la débauche / Tu zones / Tu comates / Tu penses déjà à l'heure qu'il faudra mettre sur le réveil / Peu importe l'heure / Il sera toujours trop tôt »

« Dans le documentaire sur les travailleurs en abattoir, je dis que chaque week-end il me fallait “réapprendre à parler le langage des vivants”. Parce qu'il faut bien comprendre qu'avec les collègues tu ne parles pas pendant la semaine. D'abord parce que tu portes des bouchons d'oreille, des casques. Et ensuite pour dire quoi ? Les seuls échanges sont des ordres, des invectives. Pendant une semaine tu es formaté en non-langage, en mode performatif – combien d'heures il reste à tirer, ta gueule, pousse plus fort… Tu ne parles pas. À la pause, tu fumes ta clope, tu bois ton café, et rien d'autre. Comme t'es dans l'industrie de la mort, ça te bouffe le soir, la nuit, tu fais des cauchemars. Tu ne penses qu'à une chose : au week-end prochain. Mais ce moment est lui aussi rattrapé par l'usine.

Tout cela est très dur à expliquer. Qu'est-ce que tu veux raconter aux gens ? Le sang plein la gueule ? Les foies qui t'explosent dessus ? Tes huit heures à balayer des bouses de vache ? Dans l'usine, t'es dans le purgatoire. Tu travailles avec la mort. Ça sent la mort. Tu participes à ça. T'es un bourreau à ta façon mais tu veux te faire croire que tu ne l'es pas. Imagine : 700 têtes de vaches par jour, 1 400 yeux de vaches qui agonisent. Et toi tu te dis : les collègues tiennent depuis quarante ans, pourquoi je pourrais pas ? Une chose est sûre : les groins coupés, les mamelles tranchées, ça ne se raconte pas avec le langage des vivants, parce que personne ne peut comprendre. Le langage bute. Ce quotidien, il passe par les yeux, les expressions du visage de l'ouvrier, une main qui tape sur l'épaule – mais pas par la voix. Il n'y a que l'écriture qui permette de le faire.

Cette expérience m'habite encore : je fais des cauchemars toutes les semaines. Ce sera toujours là. L'expérience la plus belle et la plus dure de ma vie. J'y ai vécu des choses que je n'aurais jamais imaginées, rencontré des camarades qui le seront toujours. Au fond du sordide se niche aussi la plus grande noblesse. Ce sont des gens qui ne la ramènent pas, n'étalent pas leur condition sur la place publique, mais qui pourtant font bouffer la France. C'est pour cela que je tenais tant à ce qu'ils apprécient le livre. Après en avoir chié tout ce temps à leurs côtés, ça m'a particulièrement touché de voir qu'ils insistaient pour que je mette leurs vrais noms et disent se reconnaître dans les passages qu'ils découvraient. Ce sont les premiers à qui je l'ai fait lire, comme ça avait été le cas avec les gamins de Nanterre, pour Nous, la cité. Sauf qu'à Nanterre, j'étais en position de savoir. Là c'était l'inverse quand je suis arrivé à l'usine : ce sont eux qui m'ont tout appris sur cet univers. »

Propos recueillis par Émilien Bernard

[1] Ouvrage publié en 1978 et symbole de ces maoïstes qui avaient choisi d'aller travailler en usine pour fomenter la révolution auprès des « masses travailleuses ».

[2] Joseph Ponthus intervient à plusieurs occasions dans ce documentaire.

[3] Documentaire d'Anne-Sophie Reinhardt, visible sur le site de France Télévisions.

Le care avec Sandra Laugier et Najat Vallaud-Belkacem

Si la crise du Covid a mis un élément en pleine lumière dès le premier confinement, c’est bien la place centrale des enjeux de l’éthique du care et de celles et ceux qui exercent des fonctions s’y rapportant. Le 10 décembre dernier, au micro de Lauren Bastide et en public, Sandra Laugier, l’une des plus importantes penseuses de ce concept féministe en France et Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l’ONG One qui lutte contre l’extrême pauvreté ont décortiqué tout l’apport de cette philosophie à la situation actuelle. Toutes deux déplorent la réaction du gouvernement et sa rhétorique guerrière face à la pandémie (06:00), mais aussi la disparition des femmes de l’espace médiatique, au moment même où leurs rôles sont au cœur de la réponse au virus (08:32). En effet, si nos interdépendances ont été visibilisées de façon flagrante, cette vulnérabilité partagée n’est pas égalitaire : certain·e·s y sont bien plus exposé·e·s que d’autres (10:57). Et sans prisme féministe (14:30) et antiraciste (31:54), impossible de comprendre pourquoi les fonctions les plus essentielles sont aussi les plus dévalorisées et pourquoi les personnes exerçant ces fonctions sont aussi parmi les moins protégées. Ce concept philosophique introduit en France sur la base des travaux de Carol Gilligan grâce à Sandra Laugier, Pascale Molinier ou encore Patricia Paperman (23:15), a mis longtemps avant de trouver sa place comme outil d’analyse dans le champ politique (19:10). Par ailleurs, Najat Vallaud-Belkacem et Sandra Laugier soulignent comment l’obsession de l’universalisme empêche de s’en saisir pleinement en refusant de nommer et visibiliser les inégalités existantes (28:18). Elles relient les enjeux du care à la préoccupation écologique (42:00) et appellent à s’appuyer sur l’expertise citoyenne, celle des femmes et des personnes racisées pour qu’une politique de l’attention et du soin puisse voir le jour (58:15).

Au Triangle de Gonesse, « tant qu'il y aura le projet de gare, il y aura des zadistes »

Le 23 février, la zone à défendre de Gonesse, dans le Val-d'Oise, a été évacuée par les forces de l'ordre. Depuis deux semaines, les occupants avaient établi un campement pour s'opposer à la bétonisation de ces terres agricoles. Mise à jour : Le 23 février, au petit matin, la Zad de Gonesse a été expulsée. Des dizaines de CRS et Gendarmes mobiles ont encerclé la « zone à défendre ». Les occupants ont « emporté leurs affaires personnelles avant de sortir un à un », rapporte le Collectif Pour le Triangle de (...)

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Éducation : les pions repartent en grève en mars

AED
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  Après une première mobilisation inédite de 24 h en décembre, puis plusieurs journées de grève entre le 19 et le 21 janvier, la Coordination nationale des collectifs d’assistants d’éducation (AED) appelle à une « semaine morte dans les Vies scolaires » à partir […]

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Daria Marx, ma vie en gros

Daria a les cheveux blond platine, un piercing, des tatouages, un caractère bien trempé et elle est grosse. Des discriminations, elle en a connues toute sa vie, petite à l’école, puis adulte dans son milieu professionnel, mais aussi dans la rue, chez le médecin. Ce film nous plonge dans sa vie et dans celle de ses ami-e-s, et nous permet de comprendre leur parcours, mais aussi leur révolte contre une société qui voudrait les effacer. Ce récit à la première personne d’une vie de gros, entre combat et fragilité, entre rires et obstacles, met en lumière toute la complexité d’une discrimination qui peine à faire entendre son nom en France : la grossophobie. «Je suis grosse depuis ma naissance. C’est ce qu’on a toujours dit de moi. Je suis celle qu’on a mis de côté, celle qu’on a jugé incapable, celle qui devait toujours en faire plus; je suis celle qui devait changer. J’ai 38 ans. Je suis grosse, pour de vrai. Je n’ai pas changé. Je suis devenue le cauchemar de ceux qui jugeaient ma silhouette d’enfant anormale. Je suis cette obèse morbide diagnostiquée comme malade de la volonté par mes pairs. Je suis très grosse, pas ronde, pas forte, pas voluptueuse, pas pulpeuse. Mon corps est lourd et gras, j’ai du ventre, mes chairs tombent, et pourtant j’existe. Je pousse depuis des années dans le noir, dans l’ombre embarrassée d’une société qui me refuse le droit de prendre ma place». Ces mots sont ceux de Daria Marx qui après des années de souffrance a décidé d’accepter sa condition et revendique aujourd’hui «le droit d’exister», sans être jugée ni moquée. Si elle a accepté l’idée de ce film, c’est non seulement pour s’exprimer, mais aussi pour faire entendre la parole de ceux et celles qui, comme elle, sont les victimes invisibles d’une discrimination dont on ne veut pas entendre parler en France : la grossophobie. « Daria Marx, ma vie en gros » est avant-tout le portrait de cette femme révoltée et déterminée à ne plus se taire pour faire entendre la voix d’une minorité bafouée et oubliée. L’histoire d’une enfant différente devenue le fer de lance de la lutte contre la grossophobie en France. C’est à travers son récit singulier, ses choix de vie et ses prises de position, à travers ses mots, que le film propose de bousculer le regard que nous portons sur les gros. Ce film, c’est aussi le portrait de cette nouvelle génération qui milite pour faire valoir ses droits et en finir avec les préjugés. Daria est entourée d’une bande d’ami-e-s soudé-e-s : Eva, qui a co-fondé « Gras politique » avec elle, Crystal, Anouch, Sofia, Guillaume, eux aussi membres du collectif. Tous souffrent d’obésité et de la stigmatisation qui en découle; tous ont décidé de ne plus se cacher et de lutter contre cette discrimination qui gangrène leur quotidien. Ce combat, ils le mènent le front haut, non sans humour et avec une forme de jouissance cathartique et communicative.

« Notre résistance, c'est de raconter cette histoire »

Dans la région du sertão, au nord-est du Brésil, le peuple autochtone des Pankararu résiste aux pressions pour continuer à occuper librement ses terres, spoliées pendant la colonisation portugaise. Au terme d'une lutte acharnée, les Pankararu ont finalement réussi à faire reconnaître par l'État brésilien leurs droits sur une partie de leur territoire d'origine. Ils restent pourtant menacés par les anciens occupants des terrains, confortés par l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro et l'inaction des pouvoirs publics.

Photographie de Narimane Baba Aïssa et Lucas Roxo

« C'est de la vengeance gratuite : comme les anciens propriétaires ne peuvent plus occuper ces terres, ils font en sorte que nous ne puissions pas y vivre en paix », déplore Alexandre Pankararu Santos, cinéaste et responsable de la communication pour la communauté, en évoquant les récentes intimidations auxquelles son peuple a été confronté. À l'été 2020, les Pankararu ont en effet vu se multiplier les messages hostiles : arbres sacrés déterrés, barrières détruites et affiches menaçant de mort leurs leaders. Des pressions qui faisaient suite à de nombreux incendies ou saccages advenus depuis qu'ils ont récupéré leurs terres.

Les territoires ancestraux de la communauté pankararu se situent sur les rives du fleuve São Francisco, en plein cœur du sertão, zone semi-aride du Nordeste brésilien. Après l'arrivée des colons portugais, les Pankararu se sont retrouvés pour la plupart exterminés. Quant aux survivants, ils ont été dépossédés de leurs terres, éparpillés à travers le Brésil ou réduits en esclavage. Même après l'indépendance du Brésil, ils ont dû attendre 1940 pour être finalement reconnus comme communauté autochtone par l'État. C'est seulement à la fin de la dictature militaire (1964-1985) et suite à la promulgation d'une nouvelle Constitution garantissant des droits aux autochtones que la démarcation, quoiqu'incomplète de leur territoire ancestral, a été homologuée.

Une longue lutte

Après avoir saisi la justice à de nombreuses reprises, sans succès, les Pankararu ont finalement obtenu l'usufruit d'une parcelle de 142,94 km2. Mais en dépit de cette reconnaissance foncière, et d'une compensation versée aux anciens occupants des lieux, ces derniers ont refusé de s'en aller. S'en est suivie une multitude de conflits, jusqu'à ce qu'en 2018, la police militaire finisse par expulser les récalcitrants. En partant, ces anciens propriétaires terriens ont détruit maisons, écoles, postes de santé… Leur ultime méfait ? Loin de là : deux ans plus tard, ils continuent leur entreprise de sabotage en mettant régulièrement le feu à certaines infrastructures.

« Notre terre a été la propriété d'autres personnes pendant plusieurs années », insiste Eliza Urbano Ramos Pankararu. Professeure et anthropologue, celle qui vit dans une maison au centre d'un village restauré tient à préciser les fondamentaux de la lutte de son peuple : « Notre résistance est avant tout spirituelle. Cette terre est au centre de nos relations avec nos divinités. ? Une résistance de longue haleine qui a permis de souder la communauté à ses rituels ancestraux, que la colonisation a pourtant tenté d'effacer. « La colonisation a d'abord eu pour effet de déconstruire cette relation sacrée à la terre en lui imposant une relation de propriété », explique Eliza, qui voit une filiation directe entre les anciens colons portugais, l'État brésilien actuel et les « squatteurs » qui exercent une prédation sur ces territoires.

« Nous avons été parqués »

Autre spoliation, une partie du territoire ancestral des Pankararu n'a pas été incluse dans les 142,94 km2 récupérés : celle qui permet un accès au fleuve, particulièrement stratégique dans cette région sujette aux sécheresses. « L'homologation du territoire pankararu nous a relégués à une dizaine de kilomètres de la rivière. Or, la terre de nos ancêtres était sans barbelés, sans délimitation : ils fréquentaient les eaux du fleuve et y réalisaient leurs rituels. Mais la démarcation de 1940 nous en a exclus. Et nous ne pouvons plus y retourner depuis la construction du barrage hydroélectrique. Nous avons donc été éloignés, puis parqués dans ce carré de 14 294 hectares », précise Eliza.

Suite à une infructueuse tentative de négociation avec la compagnie locale d'électricité (Chesf), les Pankararu sont passés à l'action, comme l'explique Washington Tenório Silva, représentant spirituel de la communauté : « Comme nous savions jusqu'où va réellement notre territoire, nous avons décidé de l'occuper. » Depuis quatre ans, quelques familles pankararu occupent une partie de ces terres dans l'espoir d'une future homologation. Mais les membres de la communauté ne sont pas optimistes : « Nous espérions que la Funai viendrait nous aider, mais jusqu'à présent, rien », déplore Washington. La Funai ? La « Fondation nationale de l'Indien ». Au Brésil, c'est l'organisme censé protéger les terres des peuples autochtones. Un rôle qu'elle remplit plus ou moins bien en fonction des gouvernements. Or, une des premières mesures de Jair Bolsonaro a été de lourdement réduire son budget et ses pouvoirs.

« Dans d'autres communautés, ils se font carrément expulser »

Pour Sarapó Pankararu, vice-cacique, représentant politique de la communauté pankararu, l'arrivée de Bolsonaro a marqué un tournant : « Dès son élection, il a enlevé la Funai du ministère de la Justice pour la placer sous le giron du ministère de l'Agriculture, qui est traditionnellement occupé par les “ruralistas”, des ennemis des peuples autochtones. » Représentants des lobbies de l'agrobusiness, les ruralistas forment l'un des groupes les plus puissants et organisés du Parlement brésilien.

Selon Washington, la donne est claire : « Bolsonaro passe au-dessus des droits des peuples autochtones. Notre droit à la terre, nous l'avons gagné, il est inscrit dans la Constitution, mais en arrivant au pouvoir, il a clairement dit qu'il ne donnerait pas un centimètre de terre aux autochtones. Et encore, dans d'autres communautés, ils se font carrément expulser. » Le 22 janvier dernier, le célèbre cacique kayapo Raoni a d'ailleurs déposé plainte contre le président brésilien devant la Cour pénale internationale, suite aux meurtres et expulsions subis par les peuples autochtones.

Un mépris des droits de ces populations qui s'est particulièrement ressenti pendant la crise sanitaire, lors de laquelle Bolsonaro a brillé par son incompétence. Alors que le Sesai (Secrétariat spécial de la santé indigène) a promis l'accès au vaccin aux membres des communautés autochtones vivant sur un territoire homologué, il n'a rien garanti pour ceux vivant toujours exclus de leurs terres. Et question décompte des morts liés au Covid-19, le nombre de décès au sein des populations autochtones est largement sous-estimé.

Médias et réseaux sociaux : les nouveaux alliés

Une injustice qu'Alexandre a dénoncée sur les réseaux sociaux, ce qui lui a valu une menace de procès de la part du Sesai. Mais cela n'a pas été plus loin, grâce à une forte mobilisation médiatique : « Ces dernières années, notre manière de communiquer a évolué. Avant, nos médias étaient plutôt dirigés vers les Blancs puisque l'accès était difficile dans nos communautés. Maintenant que nous avons accès à Internet, notre public s'est agrandi et il est essentiellement autochtone. »

À partir de 2004, Alexandre a participé au lancement de certains des premiers médias communautaires autochtones. L'objectif était de démentir les fausses informations relayées à leur égard, mais aussi de démystifier l'image véhiculée, parfois très exotisante. « Aujourd'hui, chaque communauté a son propre réseau de communication », se félicite-t-il. Des plateformes qui permettent aux Pankararu de dénoncer les menaces des propriétaires terriens et de recevoir un écho médiatique favorable de la part de médias mainstream. Si la conjoncture politique est plus menaçante que jamais, les Pankararu ont désormais des leviers pour imposer leur propre récit, comme le souligne Eliza : « Ce sont toujours les vainqueurs qui racontent les histoires. Jamais les vaincus. Notre mission, notre résistance, c'est de raconter cette histoire du point de vue des vaincus. »

Texte & photo : Narimane Baba Aïssa & Lucas Roxo
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Légende de la photographie en tête d'article : Washington est le “pajé” de la communauté, soit l'un des leaders spirituels. Depuis cinq ans, il occupe ces terres pour que l'État brésilien reconnaisse enfin la présence Pankararu sur les lieux.

La réaction dogmatique du gouvernement au menu unique sans viande dans les cantines

« Plutôt que de diffuser les messages éculés des lobbys de la viande dont il défend les intérêts, le gouvernement devrait se réjouir que de plus en plus de jeunes végétalisent leur alimentation » soulignent les nutritionnistes, professeurs et médecins signataires de cette tribune.
Plusieurs ministres se sont émus que la mairie de Lyon ait l'audace de proposer un menu unique sans viande. Ce menu temporaire a pour objectif principal de fluidifier le service des cantines scolaires, encombré par la (...)

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Pour se remotiver, des étudiants réinvestissent leurs amphis et organisent des cours autogérés

Depuis le 25 janvier, des étudiants de Sciences Po à Lyon ont décidé d'occuper leur lieu d'études. Ils organisent leurs propres cours, des ateliers-débats avec d'autres étudiants d'université, et se remotivent ensemble pour le second semestre.
C'est un mail, reçu mi-janvier, qui a provoqué les premiers remous. « Alors qu'on était en plein partiel, on nous a annoncé qu'on ne reprendrait pas les cours », se remémore Sofia, en première année à l'Institut d'études politiques de Lyon. Comme d'autres élèves de sa (...)

- Inventer / , , ,

[archive] La toute petite histoire du punxrezo.. Du web 2.0 au Web soviétique.

Ce texte est extrait du livret de la compilation de soutien au Punxrezo, parue en 2012. Le PunxRezo a cessé de fonctionner en 2015, dans ce qu'il faut bien appeler l'indifférence générale (et sur un serveur agonisant). J'y narrais la création du machin et faisais l'apologie d'un "web soviétique" dont le Punxrezo aurait été un des soviets. Afin d'éviter toute méprise, sachez qu'un Soviet est l'équivalent d'une Assemblée Générale, il représente l'auto-organisation décentralisée face à la centralisation bureaucratique.  Mais j'explique tout cela ci-dessous...

 


 

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La toute petite histoire du punxrezo..

           Du web 2.0 au Web soviétique.

 

Le punxrezo est un site web de type "réseau social" orienté vers la scène punk (d'où son nom, en fait) et personnalisé pour les groupes de musique. C'est surtout un lieu où les membres peuvent partager leur musique, montrer leurs dessins, photos, fanzines, sans agression publicitaire. Il a été fondé par un obscur groupuscule au nom fleuri de "la balayette connexion", dont fait partie l'auteur de ces lignes. Petit retour en arrière sur le pourquoi du comment...


The great "Web 2.0" swindle
Le "Web 2.0" repose sur une double arnaque, technique et sémantique, pour finir en hold-up planétaire. La définition exacte du web 2.0 n'existe pas ; l'inventeur du machin, Tim O'Reilly est revenu dessus à plusieurs reprises sans pour autant apporter de réponse définitive. De manière générale on nous vend la soupe comme étant une révolution technique -la programmation en Ajax- et pratique -le web serait devenu "participatif". C'est beau mais c'est totalement bidon ; l'Ajax n'est qu'une appellation générique pour désigner un ensemble de technologies déjà existantes, et Internet n'a pas attendu un hypothétique web 2.0 pour être participatif, les forums et les webzines ayant commencé à se répandre dès le début des années 2000 (avec la démocratisation des solutions à base PHP/Mysql comme phpbb, spip, phpnuke...).
Or le Web2.0 existe bel et bien, et il a réellement révolutionné Internet. A la façon d'un "grand bond en arrière" (pour reprendre l'expression de Serge Halimi). Le Web2.0 désigne le hold-up d'Internet au profit de quelques grosses plateformes, par la centralisation des données et la monétisation systématique de tout ce qui peut l'être. D'un point de vue technique, le Web 2.0 c'est du Minitel (il faut voir la conférence de Benjamin Bayart, "Internet libre ou Minitel 2.0?" [1]), c'est à dire que toutes les données sont centralisées sur quelques gros sites (Facebook, Youtube, Myspace). Internet se réduit désormais à une dizaine de monstruosités commerciales ; on ne dit plus "j 'ai un site" mais "j 'ai un myspace" ou "viens sur mon facebook". On parle de "suicide social" quand on quitte Facebook. En pratique, le Web 2.0, c'est la transformation intégrale de l'individu en marchandise. Basé sur un concept commercialement génial ; l'UGC, le User Generated Content (contenu généré par l'utilisateur). Autrement dit l'entreprise ne fait absolument rien ; c'est l'utilisateur qui fait tout, gratos. L'utilisateur fournit gracieusement ses données personnelles, qui sont revendues à prix d'or aux régies publicitaires, l'utilisateur fournit gracieusement le contenu du site, et enfin il fournit le temps de cerveau disponible de ses visiteurs par l'affichage imposé de bannières publicitaires. Et comme pour entrer en communication avec un utilisateur, il faut s'inscrire, et bien l'utilisateur fournit aussi des
nouveaux membres. C'est le jackpot à tous les étages. La société (Facebook, Myspace..) ne fait rien, ne produit rien, mais monétise tout ce qui ne lui appartient pas ; le contenu, les données personnelles, le lien social. Pour vendre son concept, elle l'emballe dans une terminologie humaniste à base de "participatif", de "réseau social" et de "gratuité" (où avez vu du gratuit la dedans ?[2]), et ça roule tout seul. Bingo. Facebook c'est une valeur boursière de 100 milliards
de dollars... et tout ça sans produire aucun contenu.

Le cas Myspace(c) ..
MS est l'entreprise du Web 2.0 sur laquelle nous avons dès le départ focalisé notre attention pour la simple et bonne raison qu'elle a entièrement gangrené le milieu musical et associatif. MS, au même titre que Darty ou Carrefour, est une entreprise ; chaque fois qu'on la cite, on provoque un impact publicitaire. Que tel groupe ou telle asso soit sur tel site de rencontre, cela les regarde, mais quand cette page devient leur unique point d'accès au web, c'est gênant. Un peu comme si pour rencontrer quelqu'un vous imposiez qu'on vous retrouve à Macdo ou au rayon Hi-fi de la Fnac. Non seulement vous l'imposez, mais en plus vous le faites savoir partout ; sur les flyers, les affiches, les livrets de CD, les inserts de disques, etc. "Asso Super Rebelle / Rayon boucherie Auchan Velizy". C'est agaçant. Comme si, parce qu'elle concerne internet, la publicité devenait magique et n'avait plus aucune conséquence.
C'est donc effectivement en grande partie afin d'essayer de débarrasser la scène "punk" (au sens large) de ces scories publicitaires (pour un site de rencontre qui, rappelons-le, appartenait à Rupert Murdoch, éminent propagandiste d'extrême droite et ultra belliciste patron de Fox News) que nous avons tenté de mettre en place une alternative. Le but n'étant pas de concurrencer MS, mais de permettre aux groupes, fanzines, asso, de se créer un espace sur Internet où leurs visiteurs ne seraient pas obligés de donner leur temps de cerveau disponible à Coca cola (selon l'expression désormais consacrée). C'est pénible de devoir se farcir des bannières de pub pour découvrir un groupe "anarcho punk anti capitaliste". Que les gens manquent de cohérence, cela ne regarde qu'eux, mais qu'ils imposent de la publicité à leur visiteur, c'est disposer de leur attention à leur insu. Pour regarder TF1 on paye Bouygues en regardant de la publicité. Je ne vois pas pourquoi je paierai Rupert Murdoch pour écouter des groupes punks (ou toute autre musique d'ailleurs). Ca n'a pas de sens.

Et le punxrezo dans tout ça ?

Le Punxrezo est né quand nous avons eu en main la solution technique. Aucun de nous n'ayant la connaissance suffisante pour construire un site de A à Z, tout était resté plus ou moins à l'état de cahier des charges [3]. Quand j'ai découvert le projet "Elgg" [4], j'ai de suite vu qu'il était ouvert non seulement par le code (open source) mais aussi dans l'esprit avec ses multiples flux RSS[5]. Enfin nous avions un logiciel de réseau social permettant d'interagir avec les autres types de sites, pourvu que ceux-ci gèrent aussi les flux RSS. A partir de là nous avons commencé à personnaliser l'environnement ; ajout d'un lecteur musical et d'un lecteur vidéo, d'un agenda de concert partagé, d'un système de publication d'actualités (appelé "telex"), etc. En bref nous avons équipé le punxrezo du minimum syndical afin qu'un groupe puisse présenter son actu, ses concerts, sa musique. Il faut préciser que cette solution ne correspond pas au cahier des charges initial. Au départ nous voulions une solution totalement décentralisée ; un petit logiciel facilement installable par tout le monde, sur n'importe quel hébergement, et pouvant se connecter de manière naturelle avec tous ceux qui auraient installé le même logiciel, créant ainsi, au gré des connexions, un réseau entièrement décentralisé. Mais il faut se rendre à l'évidence, c'est en pratique totalement illusoire.
En une dizaine d'années, les utilisateurs ont massivement désappris Internet, et envoyer un script sur un hébergement web représente désormais une tache trop complexe pour le communs des internautes[6] . Viser la décentralisation totale est donc une utopie, mais doit rester malgré tout un objectif à atteindre. Comme il est en pratique impossible aujourd'hui, nous considérons que le punxrezo n'est qu'une étape dans le retour à un internet décentralisé [7].

Le pouvoirs aux soviets, pas à Facebook..

Notre objectif n'est donc pas de grossir indéfiniment, au contraire. Un punxrezo avec cinq mille membres serait totalement incohérent. Tout cela prendra véritablement un sens lorsque d'autres "punxrezos" verront le jour (réseaux locaux, réseaux thématiques, etc) et que nous trouveront le moyen de nous fédérer et d'évoluer ensemble. Ce que nous ne pouvons faire pour l'instant au niveau de l'individu nous devons le faire au niveau du groupe, c'est-à-dire du réseau social.
Pour contrer ces immenses plateformes commerciales centralisées, nous devons élaborer un web à base de réseau sociaux de petites tailles et fédérés entre eux. Vous excuserez ma vision un poil romantique et certainement simpliste de l'histoire, mais je ne peux m'empêcher de penser aux marins de Cronstadt qui, en 1 921 dans la Russie bolchevique, luttaient contre le pouvoir d'un parti unique et centralisé pour le donner aux soviets[8] . Alors plutôt que de parier sur un "web 3.0" dont les bases ultra techniques (web sémantique, cloud computing, et autre charabia d'expert) vont éloigner encore plus l'internaute d'Internet, je préfère miser sur l'avènement d'un "web soviétique", composé de réseaux sociaux autogérés et fédérés entre eux.
Le terme est évidemment choisi à dessein ; historiquement parlant les soviets incarnent l'auto-organisation du peuple en lutte contre un pouvoir centralisateur (et bureaucratique)[9].
C'est clairement afin de poursuivre cet objectif que la version "Cronstadt" du punxrezo a vu le jour au cours de l'année 2011 . Hormis quelques évolutions et mises à jour techniques, le réseau s'est doté d'une structure autogérée ; comité d'autogestion, comités techniques, comité de rédaction (pour gérer la page d'accueil du site, la newsletter ainsi que "Vive l'(a)social", le propagandzine du pxrz). Il ne reste plus qu'à créer une fédération. Parce que se fédérer tout seul, techniquement c'est pas très difficile, mais d'un point de vue utile, c'est très limité.
L'étape suivante c'est donc la créations en masse de cyber-soviets, de punxrezo-like, qui se fédèreront joyeusement en dehors de la sphère centralisatrice et publicitaire du "web 2.0" qui a transformé l'Internet du DIY en un immense hypermarché dans lequel l'être humain changé en marchandise "like" des trucs, poste des comz, et "+1 " des vidéos de chatons. ou de clebs. ou de saucisses.
Qu'il pousse des réseaux sociaux comme des communes dématérialisées, qu'ils se fédèrent et que tout ce beau monde déserte les multinationales centralisées.
Il ne restera plus ensuite qu'à passer du réseau social à l'outil de production réel. Et le vieux
monde pourra s'écrouler.

abFab

[1 ] http: //www.fdn.fr/internet-libre-ou-minitel-2.html
[2] "l’utilisateur accepte en fait de céder gratuitement cette information (ses données personnelles, nda) à la plateforme, qui pourra, elle, la vendre aux annonceurs. Dans cette perspective, l’accès aux services de la plateforme est bel et bien payant dans la mesure où l’utilisateur cède gratuitement une information qu’ il aurait pu vendre." (No free lunch sur le Web 2.0! Ce que cache la gratuité apparente des réseaux sociaux numériques, in Regards Economiques, numéro 59)
[3] Un "dawaspace" basé sur Spip, a bien été tenté, mais il n'était pas suffisamment ergonomique le grand public.
[4] http: //elgg.org
[5] Les flux RSS sont à la base de la syndication, ils permettent d'afficher les nouveautés d'un site sur un autre.
[6] A cette époque le web pullulait de sites personnels entièrement faits main avec une poignée de code html, sur lesquels les internautes racontaient leur vies et montraient des photos de chatons (les blogs n'ont rien inventé). Aujourd'hui l'immense majorité des internautes pense qu'il faut être ingénieur pour faire un site.
[7] Il ne faut pas oublier qu'à l'origine Internet n'est qu'une connexion d'ordinateurs, c'est son état naturel que d'être totalement décentralisé.
[8] Le mot d'ordre du soviet de Cronstadt était : "le pouvoir aux soviets pas aux partis". Lire :
http: //fra.anarchopedia.org/Cronstadt
[9] Dans l'ère post-tsariste de février 1 91 7, c'est le foutoir en Russie et le peuple s'auto-organise en conseils (soviets). "[...] la Russie devenait incontinent une République des soviets, de comités, que les forces centralisatrices, gouvernement, partis politiques ou syndicats, allaient essayer de contrôler, de reprendre en mains. Une épreuve commence en Février et ne s'achève que bien après octobre." (Marc, Ferro, "Des soviets au communisme bureaucratique").

 

 

 

Villeurbanne: procès de l’Ile égalité, rassemblement de soutien

Vendredi 26 février 2021, rassemblement de soutien à 8h30 au tribunal de Villeurbanne.

L’île égalité, lieu d’hébergement et de solidarités du Collectif Solidarités Cusset, est en danger. Après 3 mois d’existence , de rénovation, d’activités et de rencontres, la survie du lieu est menacée par une décision de justice. Appel à soutien !

Après un premier report, notre procès aura lieu vendredi 26 février suite aux poursuites engagées par la Fondation Richard, propriétaire du bâtiment, qui demande l’expulsion immédiate des habitant.es. En période de grand froid et en pleine crise sanitaire, la Fondation Richard va jusqu’à demander qu’ils.elles soient privé.es de la protection garantie par la trêve hivernale !

Depuis le premier confinement, un collectif de quartier réunissant des habitant·es de Cusset a décidé de s’organiser collectivement face à la situation sanitaire et sociale afin de proposer une solidarité concrète avec les plus précaires : étudiant·es, chômeur·euses, sans-papiers, travailleur·euses, familles nombreuses, retraité.es… Durant 4 mois, ils.elles ont apporté leur contribution face à l’urgence alimentaire et sanitaire. Ils.elles ont mis en place des distributions de denrées alimentaires et de produits d’hygiène sous la forme d’un marché gratuit, avec le soutien de plusieurs associations villeurbannaises.

Lors du second confinement, privé de local pour maintenir son activité, le collectif s’est installé dans un bâtiment à l’abandon depuis 2015, situé au 6, rue de l’égalité (Villeurbanne). Rebaptisé « L’île égalité », ce lieu permet l’hébergement d’une dizaine de personnes en situations de grande précarité. Après une remise en état des lieux, le Collectif y propose désormais des activités solidaires et gratuites à destination des habitant.es du quartier : distributions alimentaires, lavomatique, cours de français, permanences administratives et juridiques… Conscient.es des enjeux sanitaires, toutes les activités sont proposées dans le respect strict des gestes barrières.

L’accueil enthousiaste de la part des habitant.es du quartier lors des journées portes ouvertes et des différentes activités témoigne de la nécessité et de l’utilité sociale d’un tel lieu. Ces actions solidaires sont d’autant plus importantes au regard de la situation sanitaire et sociale difficile que nous traversons et qui touche de plein fouet les quartiers populaires.

Aujourd’hui, cette démarche collective d’entraide est mise à mal par la Fondation Richard qui se sert de son image publique de structure sociale pour cacher le fait qu’elle se comporte en réalité comme n’importe quel grand propriétaire privé. Elle n’hésite pas, en plein hiver, à mettre des personnes sans logement à la rue, tout en participant aux logiques de spéculations immobilières.

Pour toutes ces raisons, nous nous opposons fermement à l’expulsion de l’île égalité.

Grâce à votre soutien, l’Île résistera à la tempête !

Pour nous soutenir, une pétition en ligne à signer et à faire tourner : https://www.change.org/p/juge-des-contentieux-de-la-protection-de-villeurbanne-non-a-l-expulsion-de-l-%C3%AEle-egalite

Collectif Solidarités Cusset
4-6 rue de l’Egalité
69100 Villeurbanne
collectif-solidarite-cusset [at] riseup [point] net
https://squ.at/r/84ck
https://www.solidarites-cusset.org/


Des squats à Lyon https://radar.squat.net/fr/groups/city/lyon/squated/squat
Des squats expulsés à Lyon https://radar.squat.net/fr/groups/city/lyon/field_active/1/squated/evicted
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Lyon https://radar.squat.net/fr/groups/city/lyon
Des événements à Lyon https://radar.squat.net/fr/events/city/Lyon


Radar https://squ.at/r/87rx
Rebellyon https://rebellyon.info/Appel-a-rassemblement-en-soutien-a-l-Ile-22937

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 23/02/2021

0/ COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/Enola Gay (1995)

1/ PINKU SAIDO (Lyon-Tokyo, France-Japon) « Laughing War » from « Poketto » LP (2017)

2/ SHUDDER AND THE SPIT (Kiel, Allemagne) « Lunatic » from « Lunatic » LP (2013)

3/ NEGATIVE APPROACH (Detroit, US) « Nothing » from « s/t » EP (1982)

4/ L7 (Los Angeles, US) « Wargasm » from « Brick are Heavy » LP (1992)

5/ WAKE UP ON FIRE (US) « Dust » from « s/t » LP (2005)

6/ ZYPHILIS (Malmö, Suède) « Smittan » from LP (2020)

7/ HIATUS (Liège, Belgique) « Entombed Universe » from « Way of Doom » EP (1993)

8/ MISERY (Minneapolis, US) « God Squad » from « From where the sun never shines » 2xLP (2021)

9/ RED RED KROVVY (Melbourne-Sydney, Australie) « Before You Die » from « Managing » LP (2020)

10 / ROTURA (Barcelona, Espagne) « Pisadas (Confinament) » from « Estamos Fracasando » LP (2021)

11/ ADELIT@S (Portland, US) « No te Rindas » from « Un Solo Grito » EP (2008)

12/ OLD CITY (Portland, US) « Not here, not on the other side » from split EP w/Ignition Block M (2020)

13/ KYLESA (Savannah, US) « Welcome Mat to an abandoned Life » from « To walk a Middle Course » LP (2005)

14/ ACID KING (San Francisco, US) « Into the Ground » from « III » LP (2005)

15/ CHAMBRE FROIDE (Bordeaux, France) « Puissance du Vide-Triomphe des Morts » from « Puissance du Vide-Triomphe des Morts » LP (2020)

16/ DEMAIN LES CHIENS (Toulouse, France) «Sherpas de nos Solitudes » from Demo (2020)

17/ EPIC PROBLEM (New Mills, UK) « Tall Poppies » from « False Hopes » EP (2017)

18/ SAMIAM (Berkeley, US) « Someone’s got to Lose » from « Soar » LP (1991)

19/ LEBENDEN TOTEN (Portland, US) « Inferno » from « Synaptic Noise Dissociation » LP (2020)

20/ O.T.H. (Montpellier, France) « La Parole est à l’Accusé » from « Classé XXX » LP (1981-2021)

21/ CONFLICT (London, UK) « A Question of Priorities » from « Conclusion » LP (1993)

22/ WHIPPING POST (Leeds, UK) « Lame Man » from « Cheating the War Game » LP (2020)

23/ EAT YOUR MAKE UP (Bourg-en-Bresse, France) « Never Forever » from « Things as they should be » LP (2008)

24/ WIRE (London, UK) « Mannequin » from « Pink Flag » LP (1977)

25/ GENERATION DECLINE (Bremerton, US) « Apocalypse Selfie » from « The Death of Hubris » LP (2020)

26/ RAMPAGE (Athens, Grèce) « Nightmares » from « Thoughts of a Distorted Mind » Tape (2020)

27/ CONDENSE (Lyon, France) « This is Good » from split EP w/Skull Duggery (1996)

28/ DEAD GUY (New Brunswick, US) « Pins and Needles » from « Fixation of a coworker » LP (1995)

29+30/ SUBURBIO 99 (Sao Paulo, Brazil) « Resto do Resto » + « Quando o Absurdo Virarotina » from « s/t » EP (2021)

31/ ZIG ZAG (Miami, US) « More or Less » from « It gets worse » EP (2021)

32/ XENOFOBIA (Mexico, Mexique) « Muerte en Americano » from « Muerte en Americano » EP (1987)

33/ AUS-ROTTEN (Pittsburgh, US) « B.A.T.F. » from « The System works…for them » LP (1996)

34/ STUCK PIGS (Washington D.C., US) « Go Away » from « Bleed Like » (2015)

35/ HUMAN COMPOST (Besançon, France) « Des Beaux Jours en Gris » from « Le Jardin des Bennes » LP (2009)

36/ ASOCIAL (Avesta, Suède) « KrossenNazismen / Militärdiktatur » from « Aldrig Som Er » LP (2021)

NEGATIVE APPROACH

Dossier n°8 de VISA : Contre les virus de l'extrême droite, VISA développe son vaccin AntiRN

Dossier n°8 de VISA : Contre les virus de l'extrême droite, VISA développe son vaccin AntiRN Rédaction mar 23/02/2021 - 16:19

Avant propos : Le sujet des vaccins est sur toutes les lèvres en ce moment. Pour, contre, mitigé, attentiste, tout le monde y va de son avis et de son ressenti, mais en s'éloignant petit à petit des graves problèmes économiques et sociaux provoqués par la pandémie, sa gestion et ses conséquences.

Dossier n°8 de VISA : Contre les virus de l'extrême droite, VISA développe son vaccin AntiRN

Dossier n°8 de VISA : Contre les virus de l'extrême droite, VISA développe son vaccin AntiRN

mar 23/02/2021 - 15:39

Avant propos : Le sujet des vaccins est sur toutes les lèvres en ce moment. Pour, contre, mitigé, attentiste, tout le monde y va de son avis et de son ressenti, mais en s'éloignant petit à petit des graves problèmes économiques et sociaux provoqués par la pandémie, sa gestion et ses conséquences.

Gonesse (95): expulsion de la ZAD du Triangle de Gonesse

Ce matin, mardi 23 février 2021, dès 6h, la police a envahi en grand nombre la ZAD de Gonesse, pour expulser ses occupant·e·s et démolir ses habitations et autres lieux d’activité.

Au moins 25 personnes ont été arrêtées, dont la quasi-totalité sont actuellement détenues en garde-à-vue au commissariat de Cergy, devant lequel un rassemblement est en cours.

Un autre rassemblement aura lieu, pour continuer la lutte pour préserver les terres du triangle de Gonesse, aura lieu à Cergy le vendredi 26 février à 12h30 devant la préfecture du Val d’Oise.

Plus d’infos, à suivre, sur Twitter.