A BAS L’HUMANITE A l’UNANIMITE 15

Démantèlement des services publics : une émission radio dresse le véritable bilan social des privatisations

Quel est le réel bilan des privatisations ? Celle de France Télécom se solde par un procès exceptionnel, ouvert le 6 mai et qui se conclura le 11 juillet : les trois principaux hauts dirigeants de la multinationale devenue Orange y sont accusés de harcèlement moral suite au profond mal-être social qui a frappé l'entreprise. D'autres services publics – Aéroports de Paris, La Poste, la SNCF, les hôpitaux, EDF – sont en cours de démantèlement, voire de privatisations. Comment les salariés vivent-ils cette (...)

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Qu’est-ce qu’il est drôle, je me disais, et tiens c’est marrant mais il est plus grand et plus beau que dans mon souvenir. Alors que d’autres s’affairent sérieusement pour un concert juste à côté, je déconne avec Claude François. Allongé … Continue reading

Malgré la destruction de l'Amazonie, les dirigeants européens négocient un traité commercial avec le Brésil

Les discussions entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), ouvertes il y a 20 ans, pourraient aboutir cette semaine à un vaste accord de libre-échange. Dans une lettre ouverte, plus de 340 organisations appellent les présidents des institutions européennes, en amont de la réunion des ministres des affaires étrangères, à interrompre immédiatement ces négociations commerciales. En cause : la détérioration des droits humains et de la situation écologique au (...)

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Payés des mois après avoir enseigné, et sans protection sociale : le scandale des vacataires à l'université

Des milliers d'enseignants vacataires sont employés par les universités ou recrutés par des formations sélectives pour pallier le manque de postes. Ces enseignants, souvent des jeunes chercheurs, travaillent la plupart du temps sans contrat, sans bulletin de salaire, sont payés avec plusieurs mois, voire un an, de retard. Pire, l'administration les oblige parfois à travailler sous le statut d'auto-entrepreneur. Après des promesses non tenues en 2016, des collectifs se remobilisent. Leur première (...)

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« Encore aujourd'hui, la violence des femmes surprend, dérange, choque »

Avec À armes égales, les femmes armées dans les romans policiers (Éditions Ressouvenances), Caroline Granier interroge la place des figures féminines dans le polar, leur puissance et leur force de frappe quand il s'agit de déconstruire les stéréotypes de genre. Entretien.

Par Emilie Seto

Les violences faites aux femmes sont un peu au polar ce que les histoires d'amour sont au roman Harlequin. Inspiré.es des chroniques judiciaires les plus sordides, les auteur.es de romans noirs font souvent du féminicide la clé de voûte de leurs intrigues. Plus qu'un miroir grossissant de ce qui se joue dans la réalité, ce genre, explique Caroline Granier, peut aussi devenir un support de choix quand il s'agit de penser la critique sociale. Interview.

Pourquoi les auteures de polars sont-elles plus attendues au tournant que leurs homologues masculins ?

« Prenons l'exemple d'un été pourri [1], de Maud Tabachnik. L'intrigue repose sur des violences commises envers des prédateurs sexuels qui se retrouvent agressés à leur tour. À la sortie du livre, beaucoup de critiques ont réagi vivement en demandant à l'auteure : “Dans votre livre, des hommes sont émasculés. Est-ce une forme de vengeance ou n'aimez-vous pas les hommes ?” une question qu'on ne poserait pas à un auteur masculin qui raconterait une scène de crime sexuel. En fait, cela renvoie à la question de la violence exercée par les femmes. Encore aujourd'hui, cette violence surprend, dérange, choque. »

Qu'est ce qui explique cette approche genrée de la violence ?

« D'un point de vue historique, sociologique, anthropologique, la violence des femmes reste un tabou qui puise ses origines dans notre construction sociale. Dans l'idée selon laquelle les hommes, de par leur présence dans la sphère publique, seraient naturellement mêlés à la guerre, au pouvoir. Leur violence serait en partie légitime. L'image de la femme a été construite comme plus passive, plus soumise. Comme si c'était une donnée naturelle. Sauf que les anthropologues ont clairement démontré comment la société avait confisqué aux femmes les outils de cette violence. Par exemple, alors que les femmes avaient pris une grande part à la Révolution française, la Constitution de l'an I fait de tous les hommes des citoyens et des soldats, tandis que les femmes sont exclues des armées en 1793. Finalement on leur a interdit de se défendre, comme l'explique Elsa Dorlin dans Se défendre, une philosophie de la violence [2]. »

Il existe une idée éculée selon laquelle une lectrice peut facilement s'identifier à un personnage masculin…

« Ce qu'il y a d'intéressant dans les romans policiers utilisant des personnages féminins pour mener l'enquête, c'est qu'ils permettent aux femmes de ne pas s'identifier qu'au personnage de victime. Avoir des modèles identificatoires sur lesquels s'appuyer, sur lesquels se projeter me semble extrêmement précieux pour la construction de soi. Quand bien même cela reste du domaine du fantasme. Le fait pour une femme d'admirer des héros essentiellement masculins n'est pas sans effet sur sa construction. Ce que j'ai voulu démontrer, c'est l'importance de ces images de femmes puissantes qui ont un pouvoir sur leur propre vie. Des femmes qui ne sont pas celles mises en avant dans le polar traditionnellement et qui rompent avec les clichés de femmes fatales, présentées comme nocives, ou de victimes en attente du secours d'un homme. »

Les enquêtrices hard-boiled [3] reprennent souvent à leur compte des codes très masculins. Que penser de cette virilisation des personnages féminins ?

« En détournant les codes virilistes, on ne remet pas forcément en cause l'ordre patriarcal. Les détectives construites sur le modèle des enquêteurs masculins ne modifient pas fondamentalement l'ordre des choses : elles parviennent à se faire une place au sein d'un univers masculin en partie parce qu'elles mettent de côté tout un pan de leur vie, amoureuse et familiale. Cela véhicule encore une fois l'idée selon laquelle une femme, si elle ne se travestit pas, doit rester bien à sa place dans la sphère privée. La division est tenace entre d'un côté, les femmes “ libres ” dans la sphère publique et de l'autre, les épouses et mères, cantonnées à la sphère privée. »

Quand elle n'est pas virilisée, l'image de ces enquêtrices flirte parfois avec le ridicule. Comme quand l'héroïne de la série Hannah Wolfe [4], de Sarah Dunant, s'approprie des stéréotypes sexistes en affirmant au sujet de son sac à main : « Le poids de tout le bazar que j'y transporte est suffisant pour mettre KO n'importe quel assaillant »…

« Pour moi, à ce moment-là, on est également dans le détournement. De même que les talons, qui peuvent aussi être une entrave abominable, le sac à main peut à un moment devenir une arme extrêmement efficace entre les mains d'une enquêtrice ! À ce moment-là ce qui était un outil de domination devient une force. En revanche, ce genre d'héroïne peut aussi très vite tomber dans une sorte de “girl power” assez affligeant. On voit de nombreux polars avec des héroïnes qui ne remettent pas en cause les attributs stéréotypés de la féminité ni leur statut d'objet sexuel. C'est par exemple le cas d'un roman de Carolina Garcia-Aguilera, Bloody Waters [5], dans lequel l'enquêtrice Lupe Solano disserte sur les armes à feu : “Si c'était une femme qui avait conçu le premier revolver, elle aurait bien trouver le moyen de le recharger sans abîmer son vernis à ongles. ” Cela devient ridicule. »

Pourquoi estimes-tu qu'il « ne suffit pas de se trouver du bon côté du couteau pour s'affranchir des rapports de domination » ?

« J'ai voulu nuancer un peu mon enthousiasme pour ces romans féministes, en montrant que j'étais consciente que certains ne remettent pas fondamentalement en cause la structure du pouvoir. Parfois on est face à des enquêtrices qui deviennent aussi violentes et dominatrices que les hommes. Ce qui, certes, est intéressant d'un point de vue féministe, mais qui a des limites d'un point de vue politique. Certains personnages féminins font une critique plus radicale de la société en se servant de leur position sociale pour critiquer toute forme de rapport de pouvoir. Je pense par exemple à des justicières qui agissent en dehors de toute institution, comme par exemple les amazones dans le roman Les Carnassières [6] de Catherine Fradier. »

Propos recueillis par Tiphaine Guéret

[1] J'ai lu, 2000.

[2] Éditions Zones, 2017.

[3] Littéralement « dures à cuire ». Le terme fait référence à un sous-genre du roman noir particulièrement violent.

[4] Éditions Scribner.

[5] Éditions Bourgois, 1997.

[6] Éditions Baleine, 1999.

St-Denis (93): journées d’autodéfense populaire, les 28-30 juin au CSA de la rue Poterie

Partage d’expériences de solidarité et de lutte pour le logement, les papiers et l’émancipation de tou·te·s !

Les 28, 29 et 30 juin 2019 à Saint-Denis, rencontrons-nous autour de pratiques d’autodéfense populaire, de dynamiques de personnes qui se défendent par leurs propres moyens face aux injustices, aux inégalités, à la précarité. Ces journées s’inscrivent dans la continuité de celles de la Campagne pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion (Crea) de Toulouse. Le but est d’offrir un espace-temps d’échanges sur des combats collectifs, de l’information et des pistes d’action. Face aux galères, on s’organise.

Luttes pour le logement, mémoires d’expulsions et de résistances, analyses critiques et oppositions aux grands projets qui transforment la ville sur le dos de ses habitant·es souvent les plus pauvres (plans de rénovation urbaine, Grand Paris, Jeux olympiques), entraide collective administrative et matérielle, luttes pour la fin de toutes les discriminations, contre le paternalisme, contre la Françafrique et le pillage des anciennes colonies, pour l’ouverture des frontières et la régularisation de tou·te·s, contre le racisme d’État, les violences policières et l’impunité des forces de l’ordre, contre la précarité organisée et la domination des patron·ne·s (qu’on soit ou non déclaré·e)…

Plusieurs collectifs et associations de Saint-Denis et au-delà du 93 se sont réunis pour proposer ces journées afin d’essayer de trouver ensemble des moyens concrets d’aller de l’avant. Chacun·e pouvant apprendre et tirer de la force de l’expérience des autres.
Nous partirons des territoires qu’on habite et des luttes qui les traversent.

Quels sont nos objectifs respectifs, nos pratiques, nos tactiques ? Comment fonctionnons-nous, avec quelles difficultés et réussites ? À quels adversaires avons-nous affaire ? Quels bilans tirons-nous ? Qu’imaginer en commun ?…

Discussions, ateliers, cartographie, exposition photo, spectacle, projection, espace pour les enfants, concerts et repas à prix libre alimenteront ce week-end.

L’UNION FAIT LA FORCE !
ENTRAIDE ET SOLIDARITÉ !
AUTO-ORGANISATION POPULAIRE !

Au centre social Attiéké, habité et autogéré
5 rue de la Poterie, Saint-Denis 93200

Contact: attieke-poterie@@@riseup.net

Ici, le programme détaillé des trois jours, en PDF.

Rennes: mercredi 26 juin, barbecue contre les expulsions

L’AG inter-squats ainsi que l’inter organisation de soutien aux personnes exilées appelle à un rassemblement revendicatif et festif contre les expulsions devant la Préfecture. Le lieu occupé de l’Aubière (Thorigné-Fouillard), ainsi que le squat d’Estrémadure sont menacés d’expulsion dans les prochaines semaines. Les habitant.es de la Tour Europe (Maurepas) vont devoir quitter les lieux le 8 juillet. Ce sont des centaines de personnes sans solution qui vont se retrouver à la rue. L’Etat veut les mettre dehors. Les permanences d’association sont à bout de souffle, les familles à la rue se multiplient depuis le mois d’avril, auxquelles risquent de s’ajouter les personnes qui vivent dans les lieux occupés, menacés d’expulsion.

A Lille, le squat des 5 étoiles a été sauvagement expulsé par la Préfecture, des centaines de personnes ont été mises dehors, des dizaines enfermées en CRA.
A Caen, le plus gros squat de France, Le Marais où vivent 250 personnes est menacé d’expulsion à partir du 28 juin.
A Paris, les Gilets Noirs multiplient les actions. Après avoir occupé Roissy il y a un mois, ils viennent d’obtenir des gages d’une multinationale qui exploite des travailleurs sans papiers à la Défense.

A Rennes la situation s’aggrave de plus en plus et il est urgent de rester mobilisé.e.s ! Occupant.e.s des différents lieux, soutiens, militant.e.s, répondons présent.e.s à l’occasion d’un barbecue devant la Préfecture pour exiger des solutions, des papiers, des sous et des logements pour tout le monde !


Des squats à Rennes https://radar.squat.net/fr/groups/city/rennes/squated/squat
Des groupes à Rennes https://radar.squat.net/fr/groups/city/rennes
Des événements à Rennes https://radar.squat.net/fr/events/city/Rennes

Les sans-papiers: https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers


Publié sur Radar: https://squ.at/r/76wj

Des milliers d'activistes occupent pendant deux jours la mine de charbon la plus polluante d'Europe

Durant tout le week-end, quelque 4000 activistes venus de toute l'Europe ont investi le complexe minier de Garzweiler, dans le nord-ouest de l'Allemagne, bloquant sa production avant d'être évacués par la police. Le mouvement Ende Gelände organise des actions d'occupation des mines de charbon allemandes depuis plusieurs années. Avec l'émergence d'un nouveau mouvement climatique dans toute l'Europe, d'Extinction Rebellion aux Fridays for future, cette nouvelle action marque un tournant.
Ce vendredi 21 (...)

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Furax Barbarossa / Mona Lisa

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure « Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix ! », je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous ! Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir. »

sous pression! #446

artiste – album – titre

dysenthry – insanité nationale – le travail c’est la mort
jeunesse apatride – pas de compte à rendre à personne – la gamique
rené binamé – le temps payé de revient plus – tic-tac
les morts – home marde – travailler (oui c’est dur en ostie)
toujours rien – démo 2009 – depuis que tu travail
lexomyl – lexomyl – au travail
poésie zéro – l’album bleu – boulot
ultraptérodactyle – la plage – la dernière fois
grimskunk – fieldtrip – lâchez vos drapeaux
la société elle a mauvaise haleine – tout va très bien – le meilleur des mondes
propagandhi – today’s empires, tomorow’s ashes – fuck the border
propagandhi – potemkin city limits – iteration
fortune cookie club – les chansons de la honte – le printemps se dresse
demain – demain – stalingrad
secteur pavé – secteur pavé – travail bien fait
tulamort – main d’oeuvre internationale – dans ton quartier
mayday – excepté une fois à verdun – si seulement
l’équipe – déclarer forfait – pas d’trouble
wd-40 – la nuit juste après le déluge – besoin de personne

clic droit pour télécharger

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Quand la presse portait Macron au pinacle – et au pouvoir

Deux ans après l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence, une partie des médias dominants déchantent, plus ou moins ouvertement. Mais aucun ne rappelle qu'en 2017, chacun joua son rôle dans la partition du véritable panégyrique déversé sur le corps électoral. Y compris Mediapart, où Macron avait « commencé un peu [sa] campagne » et où il avait donné son dernier entretien, dans les dernières heures qui précèdent officiellement la clôture.

Nous publions cet extrait du livre « Au nom de la démocratie, votez bien ! » (et en vente sur notre boutique) qui revient sur l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle 2017, en attendant d'en débattre lors du prochain Jeudi d'Acrimed, le 27 juin 2019 à la Bourse du travail à Paris.

Le 26 avril 2017 dans L'Express, Christophe Barbier, exalté, met à profit son bagage de normalien : « Emmanuel Macron incarne déjà la plus incroyable aventure politique de la Ve République. […] Nous avons été témoins de la concrétion d'un enfant du siècle. […] Mais, d'ores et déjà, par l'effet Macron, plus rien ne sera comme avant dans la vie politique française. Il faut voter Emmanuel Macron. »

Deux jours plus tard, dans Libération, exploitant le même registre lyrique, Laurent Joffrin met en garde contre l'abstention : « C'est bien l'esprit de la République qui est en jeu. […] La République qui laisse ouvert le choix des politiques, du centre, de droite ou de gauche, au lieu de jeter la France dans l'enfermement nationaliste. La République, les choses étant ce qu'elles sont, c'est le vote anti-Le Pen. C'est donc le vote Macron. »

Une douce propagande – certains parlent de « pédagogie » – en faveur du vote Macron s'est jointe au vacarme médiatique. Ainsi, sur France Inter, le 28 avril 2017, Thomas Legrand dénonce cette « idée de renvoyer dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron, [qui] prospère à la gauche de la gauche. » Puis, déclarant sa flamme à son futur président, il fulmine : « Une équidistance entre un banquier et un fasciste est aussi absurde qu'entre un curé et un communiste, un pompiste et un écologiste, un plombier-zingueur et un centriste ! On est dans la caricature et le schématisme sectaire le plus abouti ! Parce qu'Emmanuel Macron n'est pas un ultralibéral, c'est un social-libéral. Sa conception du rôle de l'État n'est pas tournée vers le désengagement et ses idées sur les relations sociales procèdent au mieux (vu de gauche) d'une tradition rocardo-CFDT d'inspiration scandinave, au pire schröderienne, mais pas du tout de l'ultra-libéralisme d'une Margaret Thatcher, par exemple ! »

En effet, Macron n'est pas Thatcher, pas plus que tous les présidents avant lui. Et s'il était permis de douter, au regard de la politique qu'il avait menée en tant que ministre de l'Économie quelques mois plus tard – mais Legrand ne pouvait pas savoir… –, celle qu'il mène en tant que président interdit de croire à une quelconque inclinaison à gauche de ses politiques économiques et sociales. Il suffit désormais de lister ses mesures – suppression de l'impôt sur la fortune, maintien du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), baisse de l'impôt sur les sociétés, gel des pensions de retraite et des allocations familiales, etc. – pour constater que Macron n'est pas même « social-libéral ».

Sur la radio publique, encore, Patrick Cohen reçoit, avec un empressement aussi visible que complice, le directeur de Mediapart Edwy Plenel dans sa matinale. À son tour, passage médiatique obligé de l'entre-deux-tours, l'ancien directeur de la rédaction du Monde fait (humblement) la retape pour le vote Macron : « Parfois j'ai l'impression que je les convaincs mieux [les électeurs, de voter Macron] que certains de ses soutiens. »

Créé en 2008 par Edwy Plenel, François Bonnet, Gérard Desportes et Laurent Mauduit, le site d'information Mediapart s'est construit comme un média complètement indépendant, sans publicité et financé uniquement par les abonnements des lecteurs. Hormis Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo, rares sont les médias qui ont su pérenniser ce modèle économique ambitieux, souvent voué à l'échec. Bâti comme l'organe de presse qui allait être le premier opposant de Nicolas Sarkozy, le pureplayer fit des enquêtes d'investigation son fonds de commerce. Le succès de l'entreprise alla au-delà de l'espérance de ses fondateurs, reposant sur des rubriques pertinentes nourries par des articles de qualité. Comme c'est le cas au Monde, au Canard enchaîné, à Radio France ou dans Les Échos : de bons journalistes qui font bien leur travail.

Le média était considéré comme un compagnon de route de la gauche. Cette gauche qui ne renonce pas face au rouleau compresseur du capitalisme, celle qui est dans la rue contre les réformes antisociales et pour soutenir les minorités, bref, celle qui s'étend du PS à l'extrême gauche. Puis il y eut cette fameuse campagne de 2017. Et cet entre-deux-tours.

À la veille du premier tour, le 21 avril 2017, Edwy Plenel prend son clavier et tapote un (très) long texte. Il imagine un second tour idyllique (pour lui), opposant Mélenchon à Macron plutôt que Le Pen à Fillon : « Il ferait enfin droit aux alternatives radicales, nées des résistances citoyennes, aussi bien sociales que démocratiques et écologiques, indéniablement captées par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, en les confrontant à la tentative de renouveau du traditionnel “cercle de la raison” européen, économique et institutionnel que porte le mouvement En marche ! d'Emmanuel Macron. » Et d'ajouter : « À des pôles opposés, ces deux dynamiques inédites sont logiquement au cœur de l'incertitude du vote : l'un comme l'autre – Jean-Luc Mélenchon avec plus d'antériorité – ont compris qu'un ancien monde était en train de sombrer dans les ruines pavées d'impuissance et d'inexistence de la présidence Hollande. » Une dernière phrase qui met implicitement Mélenchon et Macron au moins à égalité.

Les mois précédents, les articles consacrés au leader de la FI avaient été peu flatteurs (notamment sur la Syrie et sur la Russie [1]) et l'on peut comprendre que Mélenchon refuse de se rendre dans les locaux de ceux-là mêmes qui l'attaquent tout en défendant l'idée d'une alternative « citoyenne » et « démocratique ».

Dans son texte onirique sur le premier tour, Plenel parle du « sort fait au droit à l'information durant cette campagne [comme d'un] symptôme inquiétant. Du refus par certains candidats des questions qui fâchent [2], libérant une violence qui ne fut pas seulement verbale, aux intolérances de leurs supporters, qui n'imaginent de presse que soumise ou partisane, cette haine du journalisme et, surtout, de son indépendance est une alarme sérieuse ». Faut-il le préciser, tandis que Mélenchon boycotte les invitations de Mediapart, Macron les honore. La première faite au futur candidat débouche, le 2 novembre 2016, sur un très long entretien au cours duquel Macron doit affronter les questions de toute l'équipe, mais surtout celles de Laurent Mauduit, qui se définit lui-même comme un « soutien critique » de l'ex-ministre de l'Économie. En mars 2017, Philippe Riès, inquiet du risque que Macron « provoque l'anathème » dans une France dont la « “culture” économique » est marquée au sceau de la « doxa étatiste », tente de démontrer que « les propositions économiques du candidat d'En marche ! procèdent d'un libéralisme très modéré [3] ».

Puis vinrent les résultats du premier tour. Et le silence de Jean-Luc Mélenchon. Si les journalistes de Mediapart n'ont pas été les premiers à attaquer Jean-Luc Mélenchon sur son refus de donner une consigne de vote pour le second tour, ils n'étaient pas les derniers pour autant.

Dans un premier temps, Plenel et ses troupes pourfendent Mélenchon pour son refus d'appeler sur-le-champ à voter Macron : « Il a réussi à transformer ce succès collectif en échec personnel », déclare Plenel sur BFMTV le 24 avril ; puis le 1er mai sur France Inter : « Il y a une erreur fondamentale de Jean-Luc Mélenchon, de ne pas prendre en compte le rapport de force. Dans sa chevauchée solitaire, personnelle, et en effet qui peut nourrir du sectarisme, de l'exclusive, de la clôture et de la fermeture, il ne prend pas conscience qu'il bénéficie d'un immense désastre. »

Enfin, deux jours avant le second tour et dans les dernières heures qui précédent officiellement la clôture de la campagne, Mediapart invite Emmanuel Macron pour ce qui a été sa derrière intervention médiatique, le 6 mai 2017. Un véritable cadeau de la part du futur président, qui, en échange, lui permettait de rameuter l'électorat de gauche. Quelques extraits d'un long entretien parfois incisif, souvent prévenant et toujours jovial :

Edwy Plenel : Nous recevons celui qui va rassembler les voix de tous ceux qui veulent dire non, non à l'extrême droite, non aux héritiers du fascisme, non aux tenants de la haine et des peurs. […] Merci d'avoir accepté notre invitation lancée il y a une semaine. Vous aviez commencé un peu votre campagne ici à Mediapart…

Emmanuel Macron : … C'est vrai…

Edwy Plenel : … par deux heures et demie d'un live avec des questions qui fâchent, des questions cash. Et d'ailleurs, une semaine après, ça vous a musclé, vous avez annoncé officiellement votre candidature. […]

Emmanuel Macron : Merci beaucoup. Moi, je suis très heureux de finir cette campagne ici parce que j'avais apprécié la liberté de ton et le respect du débat qu'on avait eu la première fois. […] La démocratie n'est pas un jeu dans lequel on gagne à chaque fois. […] Vous avez une position de principe, devoir démocratique et citoyen. […] Les ultragauche et les ultradroite ont décidé depuis le début que j'étais leur ennemi. […] Je suis le métèque de la bande. […]

Emmanuel Macron : Je continuerai à être libre. Libre. J'ai été libre de devenir un banquier d'affaires alors que je viens d'une famille où il n'y a jamais eu de banquier d'affaires depuis des générations, pas plus qu'un inspecteur des finances. J'ai été libre de quitter ce monde, qui pensait que j'étais fou, pour rejoindre qui plus est une équipe de gauche alors que tout le monde dans ce milieu est plutôt de droite. […] Donc je continuerai à être libre. Tant pis pour eux si ça ne leur plaît pas.

Edwy Plenel : Nous sommes au clair, ici. Karl Marx venait d'une famille bourgeoise allemande, il a choisi le camp des prolétaires. Il y a eu un banquier qui a été le chef de la gauche du Parti socialiste, qui a été banquier beaucoup plus longtemps que vous, qui s'appelait Emmanuelli…

Emmanuel Macron : … Je vous remercie de le rappeler.

Edwy Plenel : … et avec lequel Jean-Luc Mélenchon a milité très longtemps. Donc, on ne va pas vous assigner à résidence ici.

Durant quinze jours, comme tous ces médias – du Monde au Canard enchaîné en passant par Radio France et Les Échos – qui font parfois un travail de qualité, Mediapart a fait campagne pour Emmanuel Macron. Aussi, malgré l'habillage, Mediapart n'a pas été autant qu'il veut le faire croire « un média à part ».

Des exemples par dizaines, dans les émissions de débats, sur les ondes et dans la presse écrite, où les éditoriaux pour le vote Macron ont envahi les colonnes des journaux. Libre à chaque chroniqueur d'appeler poliment à voter Macron – surtout face au Front national –, mais on peut s'interroger sur cette absence de pluralisme dans les médias… En « posant sur le fonctionnement des médias un verre grossissant », l'entre-deux-tours de la dernière élection présidentielle a dévoilé la prétention d'une clique de journalistes à dicter aux gens ce qu'ils devaient penser (et faire), mettant à nu ses méthodes : « un prosélytisme infantilisant dont l'aspect primitif aurait même indigné le Rodong Sinmun, l'équivalent nord-coréen du Monde [4] ».


Mathias Reymond


[1] Par exemple, le 5 mars 2015, dans un article aimablement titré « Jean-Luc Mélenchon joue à saute-cadavre », Fabrice Arfi et Antoine Perraud écrivent que, « en notre Ve République, son accès au pouvoir serait le pendant, à gauche, de ce que fut, à droite, l'expérience sarkozyste : la rencontre d'un ego effréné avec des institutions pousse-au-crime ».

[2] Souligné par nous : il est évident que sont visés Mélenchon puis les militants de la France insoumise.

[3] Philippe Riès, « Le libéralisme furtif d'Emmanuel Macron », Mediapart, 12 mars 2017.

[4] « Les bacchanales de la vertu », PLPL, avril 2005, n° 24.

La construction d'une centrale thermique polluante et d'un gazoduc suscite la contestation en Bretagne

Dans le Finistère, des citoyens et associations environnementales s'opposent à la construction, par une filiale de Total, d'une centrale électrique à gaz de 450 mégawatts, accompagnée d'un gazoduc de 111 km de long pour l'alimenter. Des travaux préparatoires ont commencé fin janvier, mais les militants continuent de se mobiliser malgré des amendes, et même des gardes à vue. Le début du chantier est programmé en septembre, tandis que des procédures sont toujours en cours. Pourtant, en Bretagne, (...)

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Ecologie – Entre nos bagnoles, nos téléphones portables… ou l’avenir des enfants… Que choisirons-nous ? … Bagnoles et portables bien sûr ! … Fin du débat ?

Présidentielle de 1974: Les gens se sont beaucoup moqués de René Dumont, tout premier candidat écolo qui avait osé expliquer que l’eau, si précieuse et si fragile, est indispensable à la vie.

Le seul vrai combat que l’humanité doit désormais gagner se livrera contre nos mortifères pulsions consuméristes et capitalistes.

Notre dernier combat, c’est l’écologie. Ecologie respectueuse de notre biotop : De l’eau, de l’air, des sols, des végétaux… Ecologie respectueuse de tous les animaux, humains y compris. Car nous sommes devenus des bêtes dégénérées qui se croient au dessus des autres formes de vie.

Notre planète en a vu d’autres. L’ère des humains n’est qu’une toute petite étape de l’histoire de la terre, qui a aussi connu le règne des dinosaures. Pour le moment, l’humanité dominée par la cupidité capitaliste fait tout pour disparaître elle aussi. Allons-nous vers une prise de conscience universelle qui ne peut commencer que par la fin du capitalisme ?

Car l’écologie ne peut être qu’anticapitaliste. C’est pour faire quelques profits à court terme qu’une poignée d’humanoïdes nuisibles font piller et saccager notre planète. Scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

L’écologie soit-disant « compatible avec l’économie de marché » ? : Une escroquerie. Tout comme la fable d’un « bon capitalisme raisonnable ou raisonné » qu’on raconte chez EELV et autres Tartuffes verdâtres ou colibris naïfs qui se pensent écolos lorsqu’ils se contentent d’aller à l’AMAP en vélo pour chercher leurs courgettes bio. Ce qui est déjà bien… mais ne suffira pas…

Première diffusion lors de la fumisterie de la COP 21 de 2015, autour du dossier du Monde Diplomatique : Comment éviter le chaos climatique ?

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Découvrir la France derrière des barbelés

Chaque année, à leur descente de l'avion, du train ou du bateau qui les a menés en France, des milliers d'étrangers sont victimes de l'arbitraire de la frontière et ne sont pas autorisés à pénétrer sur le territoire. Quand ils ne sont pas renvoyés illico, on les enferme en « zone d'attente ».

Par Jérémy Boulard Le Fur {JPEG}

Tout commence lors des contrôles des passagers. Certaines personnes sont admises sur le territoire Schengen sur simple présentation de leurs documents de voyage. D'autres, en raison de leur provenance, de leur nationalité ou de leur comportement, subissent un contrôle plus poussé.

Claudia, Lola et Sarah [1], trois amies de nationalité dominicaine, résident à Naples depuis huit ans. Elles décident de venir en France, sans avoir réservé leur billet retour, une condition nécessaire à leur entrée sur le territoire – ce qu'elles ignorent. Lorsque Claudia passe les contrôles frontaliers, aucune question ne lui est posée : elle est admise sur le territoire français. Ses deux amies n'ont pas la même chance et subissent un contrôle plus approfondi. Elles ont beau présenter immédiatement leurs cartes de résidence italienne, comme pour rassurer la police française : elles ne veulent pas rester, elles ont leur vie en Italie... rien n'y fait. L'entrée leur est refusée et elles sont enfermées jusqu'à leur refoulement.

Bienvenue en « zone d'attente ». Des lieux de privation de liberté [2] qui se trouvent dans les aéroports, les ports et les gares desservant l'international. En France, il en existe cent une, toutes différentes. Il peut s'agir d'une salle dans l'aéroport de Toulouse, de cellules dans le sous-sol de l'aéroport de Marseille ou encore d'une chambre d'hôtel en face de l'aéroport de Nantes.

À Roissy, la Zapi 3 (Zone d'attente pour personnes en instance) s'étend sur deux niveaux et peut recevoir jusqu'à 120 personnes. Placé au bord des pistes, le bâtiment est entouré de grillages surplombés de barbelés. L'intérieur n'est pas moins oppressant : présence policière constante, caméras de surveillance, fenêtres condamnées, lumière de néons blafarde et bruit incessant des haut-parleurs appelant des personnes pour un éventuel renvoi. Surnommée « l'hôtel » par la police aux frontières, la Zapi 3 est la vitrine des zones d'attente françaises.

***

Lorsqu'elles ne sont pas immédiatement renvoyées vers leur pays de provenance, les personnes non-admises sur le territoire sont donc enfermées en zone d'attente, pour une durée initiale de quatre jours et une durée maximum de vingt jours, le temps pour les autorités d'organiser leur renvoi. Durant leur maintien, elles sont dépendantes de la police aux frontières (PAF) pour l'exercice de leurs droits : enregistrement d'une demande d'asile, repas, accès aux soins.

Dina et Ehsan, un couple afghan, sont arrivés de Grèce à l'aéroport de Beauvais. Placés en zone d'attente, ils ont vécu un calvaire durant cinq jours avant d'être libérés au titre de l'asile. Dina, alors enceinte de cinq mois, souffrait de maux de ventre et de saignements abondants ; Ehsan, lui, avait une plaie au bras nécrosée et inquiétante, due à une blessure par balle. Seule une lotion vitaminée leur a été délivrée lors de leur bref passage à l'hôpital.

Les conditions d'enfermement étaient également inhumaines : un espace extrêmement sale, des poubelles débordantes, une chaleur suffocante, l'impossibilité de se laver, pas d'accès à un espace extérieur et une nourriture en quantité et qualité insuffisantes.

À leur arrivée, la police a refusé d'enregistrer leurs demandes d'asile, et tenté de les renvoyer à deux reprises vers la Grèce. Pendant quatre jours, le couple n'a reçu aucune explication sur ses droits, la PAF n'ayant pas fait appel à un interprète. Les agents ont refusé de leur remettre les documents administratifs relatifs au refus d'entrée et au maintien en zone d'attente.

La procédure de demande d'asile à la frontière est un filtre qui sert avant tout au contrôle des flux migratoires, au détriment de la protection des personnes. Elle ne tend pas à reconnaître le statut de réfugié, mais seulement à donner l'autorisation d'entrer sur le territoire français afin d'y déposer une demande d'asile. Cette première décision revient au ministère de l'Intérieur. Pour cela, le demandeur est entendu par l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) qui examinera de façon superficielle le « caractère manifestement infondé » de sa demande [3].

Lydia est nicaraguayenne. Elle a demandé l'asile à la frontière depuis la zone d'attente de Roissy. Sur la base d'un entretien de 25 minutes avec interprète, l'Ofpra et le ministère de l'Intérieur ont considéré que sa demande était manifestement infondée, décision confirmée par le tribunal administratif qui a rejeté son recours contre la décision ministérielle. Lydia a alors subi plusieurs tentatives d'embarquement. Après vingt jours d'enfermement, elle est placée en garde à vue pour avoir refusé d'embarquer, puis directement au Centre de rétention administrative (CRA) sur la base d'une obligation de quitter le territoire français émise à l'issue de la garde à vue. L'Ofpra lui accordera finalement le statut de réfugiée depuis le CRA.

La situation de Lydia n'est malheureusement pas isolée. Si certaines personnes finissent par être libérées de la zone d'attente, les autres sont majoritairement refoulées ou placées en garde à vue pour leur refus d'embarquer, ce qui constitue souvent le point d'entrée d'une spirale d'enfermements successifs. Les possibilités sont nombreuses : prison, local ou centre de rétention administrative. Si le juge prononce une interdiction du territoire français, la personne est placée en rétention juste après l'audience. Si, en plus, le juge condamne la personne (le refus d'embarquer est un délit passible de trois ans de prison ferme), elle sera placée en rétention à sa sortie de prison. La police tentera de nouveau de l'éloigner et si elle persiste à refuser d'embarquer, elle pourra une nouvelle fois être placée en garde à vue et condamnée.

***

Pour se protéger d'un prétendu « risque migratoire » ou d'un « afflux massif », l'enfermement est un instrument central et banalisé de gestion des populations migrantes en Europe et au-delà. Les logiques frontalières sont généralement les mêmes : rejet, invisibilisation, opacité des pratiques, fichage, violations des droits fondamentaux. L'enfermement se double d'une dimension de « tri à l'entrée », qui renverrait à l'idée de prévention associée à l'image de « criminels » placés derrière des barreaux. Cet enfermement crée surtout des traumatismes profonds.

Charlène Cuartero & Antoine Bougeard
(membres de l'Anafé)

L'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) agit depuis trente ans auprès de personnes en difficulté aux frontières. Elle y mène notamment des permanences juridiques et des visites de zones d'attente. Depuis sa création, l'association démontre et dénonce qu'il est impossible de priver de liberté et d'enfermer des personnes dans le respect de leur dignité et de leurs droits, et refuse l'idée que les lieux d'enfermement seraient un mal nécessaire.


16 879 refus d'entrée en 2017

En 2017, aux frontières françaises externes à l'Union européenne, 7 207 personnes (parmi lesquelles de potentiels demandeurs d'asile) ont été réacheminées immédiatement. 9 672 autres ont été placées en zone d'attente, dont 7 930 à Roissy. La durée moyenne de maintien était cette année-là de 4,21 jours à Roissy, 72 heures à Orly et moins de 24 heures dans les autres zones d'attente. Ainsi, la majeure partie des personnes maintenues en zone d'attente ne sont pas présentées à un juge, celui-ci n'intervenant qu'au bout de 96 heures.


Les mineurs isolés n'y échappent pas

En raison du droit dérogatoire mis en place aux frontières, enfermer et renvoyer des mineurs isolés y est possible. Même monnaie courante. Bien que quelques spécificités soient prévues (désignation d'un administrateur ad hoc, renvoi vers le pays d'origine par exemple), rien n'est mis en place pour protéger les enfants des dégâts causés par l'enfermement. Plus encore, leur minorité est souvent contestée, sur la base de tests osseux ou du faux document utilisé pour voyager.

Moussa, jeune Guinéen de 17 ans, est arrivé à l'aéroport de Marseille après un long périple. Il y a demandé l'asile à son arrivée. Durant les seize jours qu'il passe enfermé, Moussa est baladé de tribunal en tribunal, subit un test osseux sans consentement, s'entretient seul avec l'Ofpra. Rien n'y fait, pas même les documents attestant sa minorité. Il est renvoyé à Tunis.


La Une du n°177 de CQFD, illustrée par Vincent Croguennec {JPEG}

Cet article est issu du dossier « Prisons & enfermement » publié sur papier dans le n°177 de CQFD, en kiosque jusqu'au 4 juillet 2019. Voir le sommaire détaillé du numéro complet.


[1] Les prénoms ont été modifiés. Toutes les descriptions de lieux et de situations sont issues des visites et permanences organisées par l'Anafé (lire ci-dessus).

[2] Institués par les articles L. 221-1 et suivants du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda).

[3] Article L.221-1 du Ceseda.

Konstroy : Konstroy - ACTU (23 06 2019)

- Actu -  

23/06/2019

L'émission du 16/06 sans invité, mais avec l'interview de Lane (enregistrée à la Maros),  est dispo >ici<.

 

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Agenda Konstroy :

On y était :

 

On y était !!

 

On y était...

 


 

 

 

 

 

[podcast] Masculinités asiatiques

«  Pas viril  », «  petite bite  », «  crevette  » : les hommes asiatiques sont souvent moqués, marginalisés, dé-virilisés et dé-sexualisés. Exclus du marché de la séduction, ou au contraire fétichisés, les hommes asiatiques n’existent quasiment pas dans les représentations de la séduction. Pour beaucoup, ils appartiennent à un seul et même modèle – l’homme asiatique – sans distinction d’origines, et ne peuvent accéder à la virilité qui est incarnée par l’homme blanc.

Qu’est ce que ça fait d’être un homme asiatique dans un pays en majorité blanche ? Comment se construisent les identités masculines asiatiques ?

Pour répondre à ces questions, Victoire Tuaillon et Grace Ly – du podcast Kiffe ta race – se penchent sur les articulations entre race et genre en compagnie de deux invités, tous deux hommes et asiatiques, qui partagent leur témoignage et leur vécu. Franco-cambodgien, Stewart Chau est consultant à l’institut Viavoice diplômé en sociologie. Stéphane Ly-Cuong, d’origine vietnamienne, est né et a grandi en France, il est réalisateur, auteur et metteur en scène.

À Calais, filmer l'(in)humanité

Dans Regarde ailleurs, Arthur Levivier prouve, en images, le harcèlement quotidien que fait subir la police aux migrants en transit vers l'Angleterre. Édifiant.

"Regarde ailleurs", un film d

Un soir de fatigue, dans un campement d'infortune, un jeune exilé se confie : « Calais et l'Éthiopie c'est la même chose : la police. Pas de liberté. Tous les jours, toutes les nuits, “Allez-vous en !” ; des sprays de gaz lacrymogènes. » Depuis le temps qu'elles perdurent dans le Calaisis, les exactions policières à l'encontre des migrants sont connues. Vérifiées, confirmées, attestées à longueur de rapports d'ONG. Mais on a beau savoir l'ignominie, la voir s'étaler à l'écran donne le vertige. C'est toute la force de Regarde ailleurs : son jeune réalisateur, Arthur Levivier, ne s'est pas contenté de recueillir des témoignages.

Même si, des cas de violences physiques, il n'a pu filmer que les cicatrices, il est parvenu à montrer l'abject. Au moyen, si besoin, de dispositifs originaux. Les pandores l'empêchent de pénétrer dans un bois pour observer leur basse besogne ? Le documentariste va cacher une caméra dans un arbre. Et voici les poulets, telles des hyènes dans un documentaire animalier, pris en flagrant délit de destruction d'une cabane. Un autre jour, sur un parking, les voilà qui interrompent une distribution d'eau et de nourriture : « T'arrêtes pas de bouffer, toi ! Tous les soirs t'es là, se fait engueuler un migrant. Ça commence à bien faire ! »

De cette guerre menée sans merci contre la solidarité et la débrouille, les forces de l' » ordre » ne sont pas les seuls soldats. Les employés municipaux aussi sont réquisitionnés pour jeter méthodiquement à la poubelle les fringues et les duvets des exilés qui sèchent au bord du canal. Il faut faire place nette pour les péniches de touristes anglais… Quant à la lande qui abritait la fameuse jungle, on apprend qu'elle est en « renaturation ». Le Conservatoire du littoral y mène des travaux « en faveur de la faune et de la flore sauvage », indique un agent filmé en caméra cachée. « On le dit pas trop, mais c'est aussi avec l'idée de rendre le lieu moins favorable pour un éventuel retour des migrants. Donc de créer des zones humides, des dépressions, des flaques un peu partout avec un relief compliqué et inhospitalier. »

Tourné au cours de trois séjours à Calais, (le premier en octobre 2016 pendant le démantèlement de la jungle, au milieu d'une nuée de reporters pressés), Regarde ailleurs a choisi son camp. Celui des migrants, de leurs danses, de leurs chants nocturnes autour du feu ; celui de leurs rêves et de la compréhension de l'exil. Pas le triste bord des politicards cyniques qui, de Sarkozy à Macron, ne viennent à Calais que pour construire encore plus de murs, caressant les bas instincts xénophobes d'une population locale qui – le film le montre – n'a pas toujours conscience des saloperies que l'État commet en son nom. Puisse ce documentaire l'aider à savoir.

Clair Rivière

« Regarde ailleurs » (86 minutes), film autofinancé achevé en janvier 2018, est actuellement diffusé au cinéma. À l'issue de son exploitation en salle, il sera (de nouveau) visionnable gratuitement sur Internet. Le réalisateur cherche également à présenter son film dans les lycées. Ami.es enseignant.es, ça aurait tout de même plus de gueule que Castaner montrant aux minots à quel endroit du corps les policiers ont le droit de tirer au LBD sur les manifestants, non ?

l'ayatollah du rock :
[the Intelligence] l'appel du vide

Date : samedi 22 juin 2019   En pénétrant dans la Maroquinerie ce samedi soir, on sait d'ores et déjà que les organisateurs vont faire la tronche - et sans doute boire le bouillon : peu de préventes, pas grand monde à l'étage, et une salle qui [...]

Les « komun » du Rojava entre deux feux

Théorisé par le leader kurde Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999, le projet politique de confédéralisme démocratique qui se met en place au nord de la Syrie a été nourri par l'influence du libertaire américain Murray Bookchin [1]. À partir de juillet 2012, profitant de la déshérence du régime de Bachar al-Assad, une administration autonome y a été constituée par des cadres du Parti de l'union démocratique (PYD) [2], formation kurde syrienne. De 2013 à 2019, son contrôle territorial s'est étendu, incluant de plus en plus de populations arabes, mais aussi syriaques, arméniennes, turkmènes, yézidies. Dans le même temps, les milices kurdes ont dû lutter contre l'État islamique, rejoignant la coalition internationale sous l'égide des États-Unis. Depuis que Donald Trump a annoncé le retrait des troupes américaines, la menace d'une intervention turque fragilise ce modèle démocratique inédit et risque de replonger la région dans les bras du régime syrien.

Derik, Syrie du Nord, avril 2018. Maison du peuple, ouverte pour accueillir les différentes assemblées (Photo Loez). {JPEG}

Reportage réalisé au printemps 2018.
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Fin avril 2018, à la frontière turque, voici Kobanê, première ville libérée du régime syrien en 2012. Daech a été chassé de la région en janvier 2015. Les murs de la pièce sont nus, la lumière crue d'une ampoule pendue au plafond éclaire les visages de l'assemblée du quartier, qui réunit ce jour-là les délégué. es de chaque komun (ou « commune ») du secteur. Femmes et hommes y sont en proportions à peu près égales. « Il y a 91 communes à Kobanê, explique Ayse Efendi, co-présidente du Tev-Dem (Mouvement pour une société démocratique) de Kobanê, la structure de coalition qui regroupe et chapeaute au Rojava tous les partis politiques, groupes de la société civile, associations... Chacune des communes comprend de 100 à 150 familles. On y retrouve deux co-président.es et six comités : services, santé, paix (justice), autodéfense, économie, organisation politique. Il y a des réunions hebdomadaires. Des comptes-rendus mensuels sont effectués à chaque réunion et transmis au Tev-Dem. »

Les membres des comités de la commune sont chargé.es de régler les demandes et les besoins de la population. Ou, quand ce n'est pas possible, de faire remonter l'affaire à l'échelon supérieur (quartier, ville, canton...). Ainsi par exemple, lors de cette assemblée de quartier qui rassemblait les co-président.es de douze communes, a été discuté le soutien matériel à apporter aux familles réfugiées venues d'Afrin – ville kurde de l'ouest de la Syrie, passée sous contrôle de l'armée turque et de ses supplétifs en janvier 2018, ce qui occasionna le déplacement de 200 000 habitants du canton.

« C'est la première fois que les Kurdes s'organisent de cette manière, commente Ayse Efendi. Pourtant, cette auto-organisation a des racines historiques : avant, c'étaient des conseils de famille, de tribus. Les communes que nous construisons ne sont pas basées sur les liens tribaux ni sur ceux du sang. Tout le monde peut y participer, et cela permet de lutter contre le conservatisme. » Il est toutefois difficile de démêler les fils du maillage complexe du confédéralisme démocratique qui repose sur de multiples assemblées de base et se structure ensuite jusqu'à l'administration régionale : Komun (Commune) / Meclîsa Taxa (Assemblée de quartier) / Meclîsa Bajarê (Assemblée de ville) / Meclîsa Kantonê (Assemblée du canton) / Meclîsa Suriya Demokratik (Conseil démocratique syrien) [3].

Le défi de l'inclusion

Quelques jours plus tard, nous voilà dans les locaux d'une assemblée de Manbij, ville la plus à l'ouest de la zone contrôlée par l'administration autonome depuis août 2016 par les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition de milices kurdo-arabes. Assis dans un coin de la pièce, Hussein Muhammad fume cigarette sur cigarette en sirotant son café. La journée est calme pour ce co-président du comité de paix d'une assemblée de quartier. Membre influent d'une tribu arabe locale, il a intégré le projet politique de la Fédération démocratique de Syrie du nord (FDNS). Cette fédération, proclamée en mars 2016 mais non reconnue, ni nationalement ni internationalement, repose sur un « contrat social » : une constitution qui garantit les droits à la libre organisation de tous les groupes de la population, ethniques, religieux ou de genre.

L'inclusion est un défi à relever pour le conseil civil (municipalité) de Manbij, mosaïque ethnique et linguistique d'environ 100 000 habitant.es, composée de 70 % d'Arabes, de 20 % de Kurdes, de 5 % de Turkmènes et de Circassiens, d'Arméniens et de Tchétchènes. L'arrivée des forces kurdes a soulevé quelques craintes parmi la population arabe de la ville, inquiète de tomber sous un nouveau joug après celui du régime et des djihadistes. Mais « quand les Kurdes ont commencé à mettre en place le système actuel, nous avons vu qu'ils ne faisaient pas de discriminations, déclare M. Muhammad. Ils nous ont inclus dans ce nouveau système, et donc nous l'acceptons. Les tribus ont une place importante ici, mais en même temps les gens acceptent la fraternité entre les peuples. C'était une stratégie des Assad de monter les différents groupes ethniques les uns contre les autres. Maintenant, c'est l'inverse. Nous devons surmonter nos anciennes divisions. »

Le vieux monde

La mise en place des structures démocratiques se heurte toutefois à des difficultés qui ralentissent sa mise en œuvre. La population, qui bataille au quotidien pour trouver de quoi se nourrir et se loger, peine à trouver le temps d'assister aux diverses assemblées. Les mentalités sont longues à changer, aussi. On ne passe pas en un clin d'œil de dizaines d'années sous un régime brutal et autoritaire, qui dissuadait la population de s'investir dans le champ politique, à un système où les habitant.es sont encouragé.es à s'auto-organiser localement. Le manque de formation peut aussi décourager à prendre des responsabilités. L'administration autonome ouvre des formations pour les adultes, mais cela est parfois perçu comme une volonté de mise au pas, tant l'idéologie öcalaniste y est prégnante.

De plus, comme le régime s'appuyait fortement sur les dynamiques tribales, certaines tribus de la région de Manbij et de Raqqa réclament son retour dans l'espoir de retrouver les privilèges dont ils bénéficiaient. Enfin, celles et ceux qui travaillent concrètement à la mise en place du confédéralisme démocratique, notamment les femmes, sont l'objet de menaces des clans traditionnels, mais aussi de groupes à la solde de la Turquie.

Loez

La révolution par les femmes, un combat

Kobanê, avril 2018. Ayse Effendi, co-présidente de TEV-Dem à Kobanê (Photo Loez). {JPEG}

Au Rojava, le conservatisme reste très fort. Malek est co-présidente d'une commune près de Manbij : « Je viens d'un village très conservateur, c'est une révolution pour moi d'être ici, mais c'est très dur. Mon mari me bat tous les jours et me frappe au visage parce que je participe à la révolution. Je veux que vous le sachiez. » L'administration autonome du nord de la Syrie travaille tout particulièrement en direction des femmes. « Les communes sont en train de se mettre en place, il y a besoin de femmes qui prennent les postes de co-présidentes. Il faut à la fois répondre aux besoins des femmes, mais aussi travailler sur l'organisation », explique Hevî, de l'assemblée des femmes de Manbij.

Les académies des femmes, gérées en non-mixité, se chargent de la formation politique mais aussi d'aspects très concrets : permis de conduire, autodéfense, apprentissage de la langue kurde, planning familial... Fatma, 17 ans, est co-présidente de la commune de son village. Elle travaille sur la question des violences sexistes. Quoique intimidée, elle témoigne : « Quand je suis venue à l'académie et que j'ai vu toutes ces femmes de différents horizons ensemble, j'ai été agréablement surprise. Mais ça reste très difficile de participer à ces classes. Moi j'avais un avantage, c'est que mon père connaissait le mouvement. En venant, j'ai ramené quatre autres femmes avec moi. Depuis, le village me considère comme une sorcière. Quand je suis devenue co-présidente de la commune, j'ai pensé à me suicider à cause de la pression sociale. J'ai même reçu des menaces de mort de la part des mercenaires qui travaillent avec l'armée turque. Mais je veux montrer aux filles de mon âge que c'est possible d'y arriver. »

Nadia a une cinquantaine d'années, elle est turkmène : « Quand il y avait Daech, la femme n'existait pas. Elle était écrasée, soumise, vue comme un outil de reproduction. Mais après l'arrivée de la démocratie, toutes les femmes ont montré leur existence. Ici nous sommes toutes pareilles. Il n'y a pas de Kurdes ou de Turkmènes, ou d'Arabes. Nous travaillons ensemble, débattons ensemble, nous faisons toutes face aux mêmes problèmes. Avant moi aussi j'étais à la maison, je m'occupais de mes enfants, de mon mari, je cuisinais. Avec l'arrivée de la démocratie ça a changé. Maintenant je sais que j'ai un objectif. »


La couverture du n°174 de

Cet article est extrait du n°174 de CQFD, publié en mars 2019. Ce numéro, dont il nous reste quelques exemplaires, contient un dossier de dix pages consacrées aux communs, au communalisme et au municipalisme libertaire.

En lire l'introduction et le sommaire.


[1] Lire aussi « Les deux come-backs de Murray Bookchin », page IV de ce même numéro 174 de CQFD, mars 2019.

[2] Le PYD se réclame du confédéralisme démocratique. Une partie de ses cadres a été formée au sein du PKK d'Abdullah Öcalan (Parti des travailleurs du Kurdistan, principal acteur historique de la lutte armée contre la Turquie pour les droits des Kurdes).

[3] « Mon expérience avec les communes et les comités au Rojava », Philip Argeș O'Keeffe, août 2018, Kedistan.net.

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Caen: Expulsion du squat Place Blot

Jeudi 20 juin 2019, la police nationale a expulsé douze habitant-e-s, sept enfants et cinq adultes, du squat de la Place Blot à Caen à la demande de la ville de Caen propriétaire de cette maison. La préfecture du Calvados s’était engagée – lors de précédentes expulsions – à ne pas perturber la scolarité des enfants en procédant aux expulsions pendant les vacances scolaires, nous nous étonnons donc qu’elle ne tienne pas ses engagements à quinze jours des grandes vacances. Les relogements après expulsions sont de plus en plus courts : de 2 mois accordés l’année dernière, à une ou deux semaines lors d’expulsions plus récentes, la préfecture ne leur a cette fois ci accordé que trois jours avant d’être à nouveau jetés à la rue. Nous exprimons notre solidarité avec ces trois familles et condamnons ces agissements scandaleux.

Squat de la Place Blot
https://squ.at/r/6qxb

AG de lutte contre les expulsions
https://squ.at/r/1jaz
https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/


Des squats à Caen https://radar.squat.net/fr/groups/city/caen/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Caen https://radar.squat.net/fr/groups/city/caen
Des événements à Caen https://radar.squat.net/fr/events/city/Caen

Les sans-papiers: https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers


[Publié le 21 juin 2019 par l’AG de lutte contre les expulsions.]

Au Brésil, « quand les sambas du carnaval deviennent des instruments de résistance à l'extrême droite au pouvoir »

Alors que le « pays de la samba » traverse la pire crise de son histoire récente, la chanteuse brésilienne Ana Guanabara sort un album qui réunit quatorze morceaux emblématiques de l'expression de la population afro-brésilienne des quartiers pauvres de Rio de Janeiro. Ana Guanabara y exprime son admiration pour cette culture et les valeurs qu'elle porte, convaincue qu'elle peut être un outil de résistance en ces temps de régression démocratique et de répression populaire. Rencontre en France, à (...)

- Résister / , , , ,

« J'ai du mal à imaginer ce qu'il faut de courage et de force à ceux qui ont été abîmés par le travail pour participer à ce procès »

Jusqu'au 12 juillet, se tient à Paris le procès d'anciens hauts dirigeants de la multinationale France Télécom, devenue Orange, accusés de harcèlement moral par une centaine de parties civiles. Mardi 11 juin, Fanny Jedlicki, docteure en sociologie, est venue témoigner à la barre. Elle est revenue sur le rapport du cabinet d'expertise Technologia auquel elle a participé en 2009/2010, et qui a mis en évidence une souffrance massive de milliers de salariés. Nous publions ici une partie de sa déposition. (...)

- Témoignages / , ,

Christophe Barbier, ou les leçons de journalisme d'un éditocrate militant

Christophe Barbier est un éditorialiste qui peut, un jour, dénoncer la confusion entre journalisme et militantisme ; et un autre se vanter de se battre depuis 30 ans pour les idées représentées par Emmanuel Macron. Une nouvelle preuve qu'un éditocrate, ça ose tout... C'est même à ça qu'on le reconnaît.

Ces dernières semaines et derniers mois, les attaques se sont multipliées contre les journalistes. Certains ont été convoqués à la DGSI ou victimes de violences policières. Trois d'entre eux, Alexis Kraland, Gaspard Glanz et plus récemment Taha Bouhafs ont été violemment arrêtés dans le cadre de leurs reportages et placés en garde à vue. Nous reviendrons plus en détail, dans un prochain article, sur les réactions suscitées en particulier par l'arrestation de Taha Bouhafs, qualifié par de nombreux commentateurs comme un « militant » et non comme un journaliste.

Précurseur, Christophe Barbier avait déjà qualifié Gaspard Glanz de « militant » suite à son arrestation. Dans un édito politique pour L'Express, il estimait que la garde-à-vue du journaliste n'était « pas du tout un scandale » compte tenu des « exactions » dont le journaliste se serait rendu coupable. Plus que jamais solidaire – mais avec le pouvoir – il remettait en question la qualité de journaliste Gaspard Glanz :

Il y a une confusion dans l'esprit de ce jeune homme entre le vrai journalisme, c'est-à-dire rapporter des faits de manière contradictoire […] et puis une démarche militante où il se comporte en témoin, il filme dans la direction qui l'arrange pour montrer ce qu'il veut montrer, c'est du militantisme ! C'est tout à fait honorable mais ce n'est pas du journalisme [...] C'est très bien le journalisme engagé, il faut des journalistes engagés […], mais l'engagement ce n'est pas simplement avoir un discours militant unilatéral, c'est aussi donner la parole à ceux qui ne sont pas d'accord, à montrer le pour et le contre, à mettre en doute ses propres convictions [1].

Il faut dire qu'en matière de « discours militant unilatéral », Christophe Barbier s'y connaît. Il vantait d'ailleurs lui-même récemment ses qualités d'idéologue, au micro d'Europe 1 :

Il est incontestable que les idées pour lesquelles je me suis battu pendant 30 ans sont assez bien, pas toutes, représentées par Emmanuel Macron. Alors on me dit toujours « Barbier vous êtes macroniste » mais c'est faux : c'est Macron qui est barbiériste ! J'étais là avant lui... Je dis tout ça depuis 20 ans et le type il arrive, il le fait, c'est quand même un peu facile, quoi.

De là à penser qu'il y a une confusion entre le « vrai journalisme » et le militantisme dans l'esprit de Christophe Barbier… il n'y a qu'un pas. Un pas d'autant plus aisé à franchir au vu des récentes prestations de l'éditocrate. Ainsi dans son éditorial du 18 juin, il tempête à propos de la réforme annoncée de l'assurance-chômage : « ce n'est pas assez violent ».



Et l'éditocrate de regretter que la « société française » n'accepte pas des solutions plus drastiques. « On ne supporte pas cela, on considère que le droit au travail, c'est le droit de choisir son travail, et de ce côté-là il faudrait réformer complètement Pôle-emploi ». Décidément pas à court de biscuit, il termine son édito en félicitant Jean-Michel Blanquer : « Ca s'est bien passé le bac ! Où étaient les grévistes ? La grève a échoué contre la réforme du bac : il y a quelque chose de cassé dans la mobilisation syndicale enseignante. » Les enseignants, toujours bel et bien mobilisés, apprécieront [2]...

Rebelote le lendemain : Christophe Barbier fait, une fois de plus, le service avant-vente d'un projet du gouvernement. Cette fois, c'est de la privatisation d'Aéroport de Paris qu'il s'agit. L'éditorialiste se charge même... de brader l'entreprise :



Bref, si l'on en croit sa propre définition, Christophe Barbier n'est pas un journaliste ; mais plutôt, comme nombre de ses confrères éditocrates, un véritable militant de l'ordre établi.


Frédéric Lemaire


[1] A noter que l'éditorial se conclut ainsi : « On a l'impression que du côté de la gauche radicale se dessine un monde où n'auraient le droit de donner leur avis que ceux qui seraient d'accord avec leurs propres idées. »

On gage que dans l'esprit de Barbier, c'est du côté de la « gauche radicale », forcément totalitaire, que se situent les menaces les plus saillantes sur le pluralisme d'idées et d'opinions ; tandis que ses homologues tenanciers des médias, tels que Yves Calvi ou encore Pascal Praud en sont sans aucun doute les meilleurs garants…

[2] Sur le décompte « officiel » des enseignants grévistes, lire ce billet instructif sur le site de Libération.

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Du blues au rap, mépris en boucle

La trap est une déclinaison du rap, ralentie, très sombre, née au début des années 2000 du côté d'Atlanta et très populaire aux États-Unis. Une musique sulfureuse, jouée à l'origine dans les boîtes de strip-tease. Et qui voit s'abattre sur elle le même genre de mépris culturel que d'autres musiques noires à leurs débuts. Retour historique.

« C'est pas de la musique ! » Combien de potes trentenaires, hip-hop addicts de la première heure, a-t-on entendu éructer cette sentence mortelle depuis que la trap generation [1] venue du sud des États-Unis, du Dirty South si longtemps regardé de haut, a pris le contrôle des écouteurs ? La phrase de vieux con par excellence, qui nous laissait hilares et un peu fiérots quand les darons tambourinaient à nos portes adolescentes. Darons qui se délectaient d'un bon vieux disque de blues, de soul, de rock'n'roll ou de jazz… oubliant comme les aigris à casquette d'aujourd'hui que ces musiques devenues nobles avec les ans ont toutes été frappées de la même condamnation sans appel lors de leur naissance tapageuse. Négligeant, surtout, le fait que ce sont les branches du même arbre : celui de la musique africaine-américaine, plongeant ses racines dans la souffrance et les luttes de siècles d'exploitation, de ségrégation et de négation, une histoire qui bégaye, des navires négriers aux ghettos de la Nouvelle-Orléans, d'Atlanta, de Houston et d'ailleurs.

La trap, c'est le dernier bourgeon éclos… Y voir une dégénérescence, c'est vraiment avoir la mémoire courte. Peu importe que les trappeurs Auto-Tunés ne montrent pas suffisamment de respect à Biggie ou KRS One au goût des gardiens du temple poussiéreux du hip-hop. Tant mieux, même, parce que la musique qu'ils pratiquent porte en elle la sève de celles qui l'ont précédée. Dans son esthétique, mais aussi par les violentes attaques qu'elle suscite.

Des work songs aux spirituals

Les premiers esclaves n'avaient pas d'âme, disait-on : c'étaient des outils de chair et de sang, tout au plus du bétail pour les planteurs du sud qui fondèrent leur puissance sur l'importation à fond de cale de millions de vies, sacrifiées à la culture du coton, du riz, de la canne. S'ils leur concédaient le droit de chanter, c'est que ça semblait augmenter le rendement du cheptel ; mais toute mélancolie ou revendication était proscrite – le maître exigeait des airs gais et des paroles futiles, au tempo contraint par l'effort et la frappe lancinante de l'outil. Ces work songs furent la première expression des Noirs sur le sol américain. On y trouve déjà nombre d'éléments constitutifs des musiques qui leur succéderont, du blues à la trap : la litanie incessante du même motif mélodique, la forme du call and response (le soliste lance une phrase à laquelle le chœur répond en écho), un rythme alternant temps fort (le coup de pioche) et temps faible (la respiration)… et la douleur contenue sous une insouciance de façade. Une musique répétitive, et pour cause : elle épouse ses conditions matérielles de production, comme toutes celles qui suivront – toutes les musiques noires portent le nom des conditions sociales qui les ont fait éclore.

Inutile de préciser que les maîtres n'y ont pas vu de l'art, apanage de l'espèce humaine. Il faudra attendre le XVIIIe siècle et ce qu'on appelle « le grand réveil » pour que s'opère un habile retournement : des évangélistes venus du Nord amènent la religion du Blanc aux esclaves ; les Noirs accèdent alors au statut d'enfants que les Blancs doivent dresser. Si les planteurs finissent par concéder une âme à leur cheptel, c'est qu'ils y voient le moyen d'apaiser des révoltes de plus en plus nombreuses, entre évasions, sabotages et rebellions collectives. La promesse que leur vie de souffrance serait suivie de félicité éternelle dans l'au-delà semblait aider à contenir la colère des esclaves, à leur faire accepter un sort qui n'était après tout que le fruit de la volonté divine. Dans les églises nouvellement bâties naît une version noire des psaumes : les spirituals. Adressés à Dieu pour exorciser une peine, nombre d'entre eux à double sens : sous leur inoffensive liturgie se cachent des appels à l'évasion, au soulèvement.

Blues, jazz, soul...

C'est en 1865 que l'émancipation tant espérée est enfin prononcée, arrachée par les capitalistes du Nord à la concurrence déloyale des planteurs du Sud. L'esclavage est aboli, du moins dans les textes. À leur monstrueuse condition commune succède la guerre de tous contre tous : les anciens esclaves se voient contraints de louer leurs corps à prix de misère sur les mêmes plantations ou sur des chantiers de construction pharaoniques (digue du Mississippi, chemins de fer, routes). Très vite se mettent en place les lois de ségrégation dites « loi de Jim Crow » – du nom du héros des minstrel shows, ces spectacles itinérants dans lesquels des Blancs grimés au charbon singent les Noirs, et leurs chansons, en les dépeignant comme des feignants idiots et lubriques. « L'émancipation » ne signifie pas la liberté, juste quelques heures de « loisirs » par semaine. Et la solitude. C'est de cette nouvelle condition sociale que va naître le blues, sensation amère qui s'empare des âmes désespérées par cette liberté qui n'en a que le nom. Une musique d'homme seul, qui erre de chantier en plantation, ou bien qui tente sa chance vers le Nord. Ce n'est pas pour autant la fin des work songs, qui continuent à résonner dans tous les lieux de souffrance… comme les pénitenciers, vite remplis par les lois contre le vagabondage. Les bluesmen errent seuls de plantation en plantation, de chantier en camp de travail, de crossroads [2] en gare de marchandises. C'est la musique de ceux que Dieu a abandonnés après leur avoir si longtemps dénié leur humanité, et qui le répudient ; la musique du Diable. Les Blancs et les classes moyennes noires émergentes – initialement surtout constituées des affranchis d'avant l'émancipation (les « Nègres de maison » stigmatisés par Malcolm X) et des pasteurs noirs venus du Nord – n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer ce mode de vie impie et sa musique.

« Le blues soutenait que le destin des personnes noires, [...] leurs vies et affres quotidiennes “triviales” ainsi que ce qu'elles révélaient– leurs désirs, leurs ennuis, leurs problèmes, leurs frustrations, leurs rêves – étaient importants, dignes d'intérêt et d'être partagés en chanson. En mettant l'accent sur l'expérience personnelle et la cohérence de groupe dans le même temps, le blues était une musique introspective qui insistait sur le sens profond des vies noires. » [3]

Angela Davis nous fait sentir combien, dans les musiques africaines-américaines, « Je » est un « On ». La légende veut qu'un certain Robert Johnson, musicien errant de juke joints [4] en crossroads, passât, un soir d'ivresse mal maîtrisée, un pacte avec Papa Legba [5] : il vendit son âme contre le génie qui a fait de lui le père du blues. Il fut à l'époque fustigé pour son manque de conscience collective (par un Nord ignorant du régime de la ségrégation), pour sa célébration des états seconds provoqués par l'abus de substances prohibées – à commencer par l'alcool, à l'époque –, des femmes de « mauvaise vie » et aussi pour l'obsession de l'argent mal gagné et si vite dépensé.

Le blues était sexiste, individualiste, geignard ; c'était toujours la même chose, tant dans sa musique que dans ses paroles, toutes deux rudimentaires. Les mêmes accords en boucle, les mêmes thèmes grivois rabâchés jusqu'à la nausée. C'est du moins ce qu'en disaient ceux à qui il ne s'adressait pas. Le jazz issu du marché aux esclaves de Congo Square (Nouvelle-Orléans) subira le même dégoût ; la soul, mariage impie de la musique du Diable et de celle de Dieu menait tout droit aux enfers ; le funk (du nom de la sueur qui couvre le corps des amant.e.s) n'était qu'indécence. Quant au hip-hop, il volait, effrontément. Il fallait apposer un avertissement parental sur chaque disque, pour prévenir les familles pavillonnaires du danger qui guettait les têtes blondes converties aux symphonies du ghetto. La vie est un sample [6].

Texte de Manu Makak
L'histoire en plus long et en musique : blackmir.blogspot.com
Illustration d'Olivier Monthaye

La Une du n°176 de CQFD, illustrée par Cécile K.

Ce texte est issu du dossier « Rap's not dead » du n°176 de CQFD, publié en mai 2019. Voir le sommaire détaillé du numéro complet.


[1] Caractérisée par une rythmique lente, des phrases répétées en boucle, des ad-libs (voix en retrait) qui répondent à la voix principale, des thématiques centrées sur la drogue, l'argent « facile » et le sexe, la trap tient son nom de la trap house, où le dealer coffre armes, drogues et argent.

[2] Le carrefour, là ou les routes et les destins se nouent, célébré par le blues.

[3] Blues et féminisme noir, Angela Davis, éd. Libertalia.

[4] Cabanes de bord de route où les travailleurs noirs se retrouvaient pour boire, danser et baiser.

[5] Le Diable dans la tradition vaudoue.

[6] Extrait d'un enregistrement d'un autre musicien copié et réutilisé.

« Lavoblaster remix » : un joyeux bordel !

Quand on prend deux groupes chouettes, qu'on mélange, qu'on secoue un peu… ça donne quoi ? Un opus explosif de dix titres, Lavoblaster Remix.

D.R. {JPEG}

Voilà un album qui vit et rebondit. À la base, il y a Lavoblaster, enregistré en 2014, lors d'une tournée au Burkina Faso, par Joke, combo erroriste aux influences multiples (afrobeat, funk, ragga). Un peu plus de trois ans plus tard, c'est Dubamix, groupe de dub militant, qui rattrape la balle au bond, livrant sa relecture de l'album. Rien d'un hasard, tant les deux entités ont de choses en commun. À commencer par la culture politique. Dubamix sample ainsi des chants révolutionnaires du monde entier et n'hésite pas à entrecouper ses morceaux de prises de paroles. De son côté, pour enregistrer Lavoblaster, Joke avait reçu le renfort de nombreux musiciens et chanteurs burkinabés, égrainant de jolies formules façon « On manque de TNT pour les PDG ! » ou « Ils ont tout, on a le contraire ».

Les deux groupes font aussi preuve de la même énergie débordante. Ils donnent envie de bouger les fesses pour danser, mais aussi de se bouger le cul pour arrêter de subir, de s'investir dans les luttes. Objectif affiché : « Faire du mouvement social une fête revigorante. » une belle ambition, que Dubamix et Joke ont placé sous le patronage de l'indémodable formule d'Emma Goldman : « Si je ne peux pas danser, je ne veux pas prendre part à votre révolution. »

Sur son site, Dubamix dit son envie de « briser les barrières musicales et géographiques ». C'est chose faite avec cet album. Et comme tous ces artistes sont raccords avec ce qu'ils prônent, Lavoblaster Remix est à la fois disponible en CD classique et téléchargeable (gratuitement ou à prix libre) sur le site de Dubamix. Classe.

C. D.

l'ayatollah du rock : [Charles de Goal] éternelle passion

Date : jeudi 20 juin 2019   Ayant des doutes sur l'ordre de passage annoncé, on arrive largement à l'heure à la Station, en ce jeudi soir, mais on est rapidement rassuré (ou inquiet, finalement) de constater que notre tête d'affiche ne joue qu'en [...]