spip AREDJE : Beticiclopp

Enregistré (à Deux-Acren) et filmé (à Bruxelles) y a ben longtemps. Retrouvés dans des recoins de disques durs ces jours-ci. Synchronisé (un peu) et monté dans la foulée.

Faites tourner :-)

travailler moi? jamais!

La détresse des personnels des Ehpad : « Nous avons l'impression que nos anciens vont être sacrifiés »

Comme à l'hôpital, les soignants des maisons de retraites demandent depuis plusieurs années des moyens suffisants pour faire correctement leur travail. Aujourd'hui, le coronavirus menace aussi la santé des personnels, souvent laissés sans équipements adéquats. Plusieurs dizaines de résidents sont déjà décédés.
« Je suis soulagée, je suis négative. » Marie-Christine, infirmière et cadre de santé dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de Normandie, craignait d'être (...)

- Résister / , , , , ,

Keep the rage : Keep The Rage #316 - Vendredi 27 mars - Mixtape #1 Archive de la zone mondiale

Keep The Rage #316 - Vendredi 27 mars - Mixtape #1 Archive de la zone mondiale
Playlist:

01 - LUDWIG VON 88 - "What's Left" (TOUT POUR LE TRASH / AZMLP16) 
02 - BERURIER NOIR - "Petit Agité" (CONCERTO POUR DETRAQUES / AZMLP03) 
03 - LUDWIG VON 88 - "Marche" (HOULALA / AZMLP21) 
04 - RENE BINAME - "Juillet 1936" (71-86-21-36 / AZMLP17) 
05 - LUDWIG VON 88 - "Arlette Laguiller" (PROPHETES ET NAINS DE JARDIN / AZMLP19) 
06 - LES RATS - "Violence" (ZARMA & CRAOUED / AZMLP25) 
07 - BERURIER NOIR - "Protesta" (SOUVENT FAUCHE TOUJOURS MARTEAU / AZMLP07) 
08 - MOLODOI - "UHT" (DRAGON LIBRE / AZMLP33 ) 
09 - PARABELLUM - "Papa" (GRATUIT 2 TITRES EN MOINS / AZMLP31) 
10 - LUDWIG VON 88 - "Little Boy" (HIROSHIMA / AZMLP30) 
11 - BERURIER NOIR - "J'Aime Pas La Soupe" (JOYEUX MERDIER / AZMLP04) 
12 - LES RATS - "Aller Danser" (CEST BIEN PARTI POUR NE PAS S'ARRANGER / AZMLP24 ) 
13 - LUCRATE MILK - "Bocops" (I LOVE YOU FUCK OFF / AZMLP13 ) 
14 - LUDWIG VON 88 - "Nous Sommes Des Babas" (CE JOUR HEUREUX EST PLEIN D'ALLEGRESSE / AZMLP29 ) 
15 - BERURIER NOIR - "Panik" (VIVA BERTAGA / AZMLP08 ) 
16 - LES RATS - "La Veuve Et Moi" (TEQUILA / AZMLP23 ) 
17 - BERURIER NOIR - "On A Faim" (ILS VEULENT NOUS TUER / AZMLP06 ) 
18 - LUDWIG VON 88 - "110m Haies" (SPRINT / AZMLP15 ) 
19 - PARABELLUM - "L'Amour À 45 kmh" (QUATRE GARCONS DANS LE BROUILLARD / AZMLP32) 
20 - LUDWIG VON 88 - "Amoureux Solitaires" (17 PLOMBS POUR PETER LES TUBES / AZMLP18) 
21 - LES RATS - "Chrm4" (DE PRISA / AZMLP28) 
22 - BERURIER NOIR - "La Mort Au Choix" (NADA / AZMLP01) 
23 - RENE BINAME - "Le Père Noël Est Un Bordure" (LES MORCEAUX DE NOEL / AZMLP12 ) 
24 - HEYOKA - "Couvre Feu" (DEMAIN SERA / AZMLP11+) 
25 - MON DRAGON - "Friendly Fire" (▼ / AZMLP666 ) 
26 - HAINE BRIGADE - "Rock Terroriste" (SAUVAGES / AZMLP14) 
27 - LUDWIG VON 88 - "Le Manège Enchanté" (HOULALA 2 LA MISSION / AZMLP22) 
28 - BERURIER NOIR - "La Nuit Noire" (MACADAM MASSACRE / AZMLP02) 

Pour télécharger le podcast, cliquez sur l'article.

L'agriculture industrielle et le chaos climatique

POUR LA JUSTICE CLIMATIQUE, ÉCRASONS L'AGRICULTURE INDUSTRIELLE

Il est temps de reconnaître le rôle majeur de l'agriculture industrielle dans la crise climatique. Le mouvement pour la justice climatique a su exposer avec succès comment l'industrie des énergies fossiles est en train de brutalement tuer la planète afin de faire des profits, mais jusqu'à présent le rôle du système agricole industriel est largement passé inaperçu. Ce livret montre comment le business de l'agriculture met en place de fausses et dangereuses solutions à la crise climatique, pour continuer à étendre leurs marchés et leurs activités destructrices. Ensemble, individus et groupes luttant pour une justice climatique mondiale, élargissons le point de mire du mouvement pour la justice climatique et démantelons le système agricole industriel !

Le système agricole industriel dépossède les paysan·ne·s de leurs terres et crée des méga-plantations en monoculture, produisant pour le marché mondial des bio-carburants, de la nourriture pour les animaux et des ingrédients pour la fabrication de nourritures industrielles. L'agriculture industrielle produit sans se soucier de la nature, de la biodiversité ou de la sécurité alimentaire au niveau local, elle est une des causes principales de la crise climatique. Il est estimé qu'entre 44 % et 57 % des émissions globales de gaz à effet de serre (GES) ont pour origine l'agriculture industrielle. La seule production et l'utilisation des engrais de synthèse représentent 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre , en prenant en compte l'utilisation d'énergie fossile par cette industrie et sa dépendance à la fracturation hydraulique et à la dégradation des sols. De vastes terres arables sont détruites pour trouver des minéraux rares et des énergies peu chères.

Ce n'est pas une coïncidence si les mêmes quelques sociétés qui produisent des engrais, des pesticides et des monocultures sont aussi celles qui dominent les processus politiques mondiaux et les décisions politiques en matière agricole, apportant de fausses solutions pour résoudre la crise climatique. Elles ne font cela que dans le but d'étendre les marchés de leurs produits, par exemple en forçant les paysan·ne·s à utiliser des engrais de synthèse, des pesticides et des semences brevetées. Le seul but des « solutions » qu'ils proposent est de nous maintenir prisonniers dans un modèle mortel de production agricole industriel.

STOP À L'EXPLOITATION DE LA TERRE

Nous devons mettre fin aux pratiques dévastatrices du système agricole industriel et arrêter les quelques sociétés qui le contrôlent. Nous savons déjà à quoi ressemblent les solutions : l'agroécologie, les pratiques agricoles durables et la souveraineté alimentaire qui sécurise l'auto-détermination en matière de système alimentaire. Détruisons l'agriculture industrielle au nom de la justice climatique ! Éduquons-nous, partageons nos connaissances, créons des réseaux de résistance, menons des actions, et frappons les industriels là où cela fait le plus mal.

En 2019, une action collective de masse aura lieu en Europe du Nord contre l'un des principaux acteurs du système agricole industriel. Cette action vise à mettre fin à la destruction en s'attaquant à ses origines et à mettre en lumière les pratiques dévastatrices de l'agriculture industrielle.

De la nourriture pour les peuples, pas pour le profit !

L'agriculture industrielle

L'agriculture telle que nous la connaissons aujourd'hui est le résultat du développement capitaliste des sociétés industrielles. Les méthodes industrielles en agriculture se sont plus particulièrement développées en Occident après la Seconde Guerre mondiale.

L'agriculture industrielle est caractérisée par la :

- Spécialisation - L'agriculture industrielle est généralement spécialisée dans une production, par exemple les produits laitiers ou le blé.
- Mécanisation - L'utilisation de machines de plus en plus grandes et de nouvelles technologies signifient des besoins en main d'œuvre de plus en plus faibles. Cela implique aussi la nécessité de gros investissements dans des équipements technologiques.
- Concentration - L'agriculture est concentrée dans quelques endroits, mais sur de plus grandes surfaces. Les terres des petits producteurs sont achetées et regroupées, en conséquence, un petit nombre d'entreprises agro-industrielles possèdent d'énormes surfaces agricoles.
- Utilisation intensive des engrais de synthèse et des pesticides - Les méthodes agricoles traditionnelles sont remplacées par une production fondée sur l'utilisation de produits industriels, par exemple des engrais de synthèse.
- Monoculture - Typiquement, une seule espèce est cultivée sur de grandes surfaces. Les cultures tournées vers l'exportation, pour la nourriture animale, les bio-carburants, et la production de nourritures industrielles, sont particulièrement priorisées. Au niveau mondial, la production de soja, de maïs, de colza, de blé, de canne à sucre, de riz et d'huile de palme augmente au détriment de la sécurité alimentaire locale et de la biodiversité.

Suite à l'expansion du capitalisme aux quatre coins du monde, les modes de production agricole ont également été soumis aux grands principes du capitalisme : concurrence, profit et prix. L'objectif de l'agriculture, aujourd'hui, est de produire le plus possible, le plus rapidement et le moins cher possible, sans tenir compte des conséquences sociales et environnementales. Voilà le fondement de l'agriculture industrielle. L'industrie agricole a également une énorme responsabilité dans la crise climatique, notamment en raison de l'utilisation d'engrais synthétiques ainsi que de technologies et machines qui ont besoin de quantités incroyables d'énergie fossile.

Dans le système de l'agriculture industrielle, les multinationales sont les gagnantes, au détriment des paysan·ne·s, des consommateur·trice·s et des populations en général. Elles tirent d'énormes sommes de la vente d'organismes génétiquement modifiés (OGM), d'engrais synthétiques, d'hormones, d'antibiotiques et de technologies agricoles de pointe, alors que la part des agriculteur·trice·s est de plus en plus petite.

S'ATTAQUER AU SYSTÈME AGRO-INDUSTRIEL

Malgré la compréhension croissante des effets des systèmes agricoles sur le changement climatique, il n'y a pratiquement aucun·e politicien·ne·s prêt à remettre en question le modèle de production actuel.

Les multinationales et les gouvernements du monde entier préfèrent à la place miser sur de fausses « solutions », comme « l'Agriculture intelligente face au climat », des cultures OGM résistantes à la sécheresse ou la géo-ingénierie à grande échelle.

Si l'agriculture doit faire partie de la solution à la crise climatique, alors nous devons changer fondamentalement le système agricole industriel mondialisé qui est contrôlé par les sociétés multinationales, et travailler à la mise en place de systèmes locaux gérés les paysan·ne·s.

Le rôle de l'agriculture dans la crise climatique peut être fortement réduit et les émissions mondiales de gaz à effet de serre réduites de moitié en quelques décennies si une redistribution des terres vers les petits agriculteur·trice·s est assurée et combinée à des méthodes qui recréent la fertilité des sols et à des politiques qui soutiennent les marchés locaux.

Nous n'avons pas besoin de beaucoup de recherche ou de nouvelles technologies. Les pratiques agricoles paysannes qui constituent la solution sont déjà connues et pratiquées.

AGRO-INDUSTRIE, CAPITALISME ET COLONIALISME

L'agriculture industrielle et l'escalade de la crise climatique sont connectées. Malgré le fait que l'agriculture mondiale a augmenté sa production ces dernières décennies, la sécurité alimentaire au niveau mondial ne s'est pas améliorée – des millions de personnes n'ont toujours pas accès à une alimentation suffisante puisque le but de l'agriculture industrielle n'est pas de produire de la nourriture, mais de faire des profits. La nourriture n'est qu'un produit secondaire. Le système agricole que nous connaissons aujourd'hui – mondialisé, industriel, exportateur – est la continuité des schémas de colonisation passés. Lorsque les européens ont colonisé l'Afrique dans les années 1800, les terres les plus fertiles ont été confisquées. Les petites fermes, qui pendant des siècles ont produit des variétés locales pour une consommation locale, ont été accaparées par les colonisateurs européens et transformées en d'immenses plantations produisant des cultures propices à l'exportation – comme le café, les palmiers à huile ou la canne à sucre.

Les multinationales continuent aujourd'hui ce processus d'accaparement de terres et sont souvent soutenues par les gouvernements. Cela a entraîné et entraîne toujours une réduction de la production alimentaire pour les communautés locales et une destruction de leur sécurité alimentaire. Le besoin continu d'expansion de ces plantations a également entraîné le défrichage de millions d'hectares de forêts et d'autres espaces naturels. Cela cause des destructions environnementales massives, par exemple à cause des phénomènes d'érosion qui suivent la déforestation. L'agriculture industrielle moderne, en se concentrant exclusivement sur les variétés servant à l'industrie agroalimentaire et se vendant sur les marchés internationaux, détruit la production locale de nourriture. La plupart de ces variétés sont utilisées pour les bio-carburants, l'alimentation du bétail ou comme ingrédients pour la nourriture industrielle. Un exemple de cela est l'accaparement d'immenses terrains en Argentine, au Brésil et aux États-Unis, par l'industrie de la viande du Nord de l'Europe, pour produire du soja qui sert d'alimentation à leurs animaux.

Aujourd'hui, les paysans sont de plus en plus sous pression. Les États et les grandes sociétés agricoles achètent d'immenses terres agricoles, grâce à des méthodes coercitives permises par des flous juridiques. En faisant cela, ils ignorent les droits fonciers des populations locales et leur volent leur accès à la terre, à l'eau et à l'alimentation. Bien que ce soit l'agro-industrie qui possède la vaste majorité des terres agricoles dans le monde, ce sont toujours les paysan·ne·s qui produisent la majorité de l'alimentation mondiale. Ces paysan·ne·s sont typiquement plus productif·ve·s en terme de rendement par unité, et peuvent potentiellement encore plus augmenter leur production en utilisant des méthodes écologiquement durables.

- Il est estimé qu'environ 72 % des exploitations agricoles dans le monde font moins d'un hectare. Ces paysan·ne·s ne contrôlent que 8 % des terres agricoles dans le monde. Néanmoins, il est estimé que les paysan·ne·s d'Afrique et d'Asie sont responsables de 70 % de la production alimentaire mondiale.

LA PROPRIÉTÉ LOCALE DES TERRES ET LE CHANGEMENT DE CAP LOCAL

Une des solutions à la crise climatique, et pour assurer une véritable souveraineté alimentaire pour tous, est de démanteler le complexe agro-industriel et de rendre les terres aux paysan·ne·s. Ils peuvent produire plus efficacement et par des méthodes plus respectueuses de la planète qui émettent bien moins de gaz à effet de serre . Une grande part des émissions du système agricole peut aussi être réduite en se concentrant sur les aliments frais et la production locale, plutôt que sur la nourriture industrielle et la viande bon marché.

Comment l'agriculture industrielle contribue à la crise climatique. D'après le livre de GRAIN « Hold-up sur le climat »

Entre 44 et 55% de toutes les émissions de gaz à effet de serre ont pour origine le système agricole mondial, qu'on peut décomposer ainsi :

- 11-15 % Production agricole
L'agriculture émet entre 11 et 15% principalement par son usage d engrais de synthèse, l'essence p d'irrigations et l'exc è s de fumie intensive de viande. L'agriculture émet entre 11 et 15% des é missions mondiales de gaz à effet de serre , principalement par son usage d'intrants industriels, comme les engrais de synthèse, l'essence pour les tracteurs, les systèmes d'irrigations et l'excès de fumier provenant de la production intensive de viande.

- 15-18 % DÉFORESTATION
L'agriculture industrielle est constamment à la recherche de plus de terres arables. Savanes, zones humides et forêts sont détruites et accaparées partout dans le monde. Selon la FAO (l'Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l 'alimentation) l'agriculture est responsable de 70 à 90 % de la déforestation dans le monde, soit entre 15 % et 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre .

- 8-10 % TRANSFORMATION ET EMBALLAGE.
La transformation est une part très profofitable du système agricole industriel. La production de repas tout prêts, d'en-cas et de boissons est extrêmement énergivore ce qui est aussi le cas de l'emballage de ces produits. La transformation et l'emballage permettent de remplir les supermarchés de centaines de formats et marques différentes, mais génèrent surtout beaucoup d'émission de gaz à effet de serre , jusqu'à 8-10 % des émissions mondiales.

- 5-6 % Transport.
Presque toute notre nourriture est transportée sur des milliers de kilomètres avant d'atteindre notre assiette. Ainsi, de la nourriture pour bétail peut être cultivée en Argentine, puis des poulets au Chili sont nourris avec, et ensuite envoyés en Chine pour être "transformés" , et ils sont finalement servis dans un McDonald's en Allemagne. Une estimation prudente est que l'agriculture est responsable d'un quart des émissions totales liées aux transports, ce qui équivaut à 5 ou 6% des émissions mondiales.

- 3-4% DÉCHETS
Le système agricole industriel jette jusqu'à la moitié de la nourriture qu'il produit. La perte se produit lors des longs trajets, depuis les champs jusqu'aux revendeurs ou restaurants en passant par les usines de transformation. Sur le total des émissions mondiales de gaz à effet de serre entre 3,5 et 4,5% sont causées par les déchets, sachant que 90% des déchets découlent de l'agriculture

- 2-4 % Réfrigération et vente
Les systèmes de réfrigération sont la pierre angulaire des supermarchés modernes et du système mondial de vente. La réfrigération est responsable de 15 % de la consommation mondiale et contribue, en tenant compte des fuites de produits chimiques permettant la réfrigération, à hauteur de 1 à 2 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre . La revente de produits alimentaires émet elle aussi entre 1 et 2%.

ENGRAIS DE SYNTHÈSE

- Azote (N), phosphore (P), potassium (K)
Les « ingrédients » des engrais synthétiques sont des substances naturelles. Le phosphore et le potassium se trouvent tous deux dans certaines roches. La source la plus importante de phosphore est le phosphate - une ressource non-renouvelable dont la formation prend de 10 à 15 millions d'années. Lorsque les réserves de phosphore seront épuisées, ce qui, avec le mode de développement actuel, se produira dans moins d'un siècle, il sera impossible de maintenir un modèle d'agriculture industrielle avec des rendements aussi élevés. L'engrais azoté est produit presque exclusivement à partir du gaz naturel dans un procédé extrêmement énergivore.

Le principe capitaliste de maximisation des profits est apparent dans l'utilisation des engrais pour augmenter les rendements bien au-delà de ce que peut supporter la terre si on veut conserver sa fertilité. L'agriculture industrielle exploite la terre à tel point que les engrais de synthèse vont devenir indispensables. Les engrais de synthèse sont la principale source d'émissions de gaz à effet de serre liées à l'agriculture. La production d'engrais de synthèse, surtout azotés, demande d'incroyables quantités d'énergie. Il est estimé que la production d'engrais synthétiques absorbe 1 à 2 % de la consommation mondiale d'énergie, et la production augmente chaque année. Malgré un processus de production extrêmement énergivore, la plupart des émissions liées aux engrais ont lieu au moment de l'épandage, lorsqu'ils s'évaporent ou sont emportés par les eaux. Les engrais synthétiques sont des éléments nutritifs artificiels composés de combinaisons d'azote (N), de phosphore (P) et de potassium (K). Ces éléments sont tous présents à l'état naturel dans le sol, mais l'agriculture intensive les épuise plus vite qu'ils ne peuvent se régénérer naturellement.

- Pour chaque 100 kg d'engrais azoté répandu dans les champs, 1 kg s'évapore dans l'atmosphère sous forme de protoxyde d'azote ; un gaz 300 fois plus puissant que le C02 et donc extrêmement nuisible pour la couche d'ozone.

DES CRIMINELS CLIMATIQUES

L'industrie mondiale des engrais est dominée par un petit nombre de sociétés. La société d'engrais Yara, qui est partiellement détenue par l'État norvégien, domine le marché mondial des engrais azotés. Le marché du phosphore et du potassium est lui dominé par une poignée de sociétés, dont la société Mosaic basée aux États-Unis et la société canadienne PotashCorp.

DES TERRES AGRICOLES PLUS FERTILES

Si on arrête d'utiliser des engrais de synthèse, les émissions globales de gaz à effet de serre diminueront immédiatement de 10 %. La perte de matière organique dans les sols est une des causes principales des émissions occasionnées par l'agriculture industrielle.

En restructurant l'agriculture vers l'agroécologie et des méthodes plus douces, il est possible de régénérer les sols exploités par l'agriculture industrielle et d'avoir des terres agricoles plus fertiles et donc capables de stocker plus de CO2.

Si nous nous engageons pour ce processus, le niveau de matière organique dans les sols pourrait être ramené dans les 50 ans à ceux pré-industriels ; à peu près le même laps de temps qu'il a fallu à l'agriculture industrielle pour les faire chuter. Cette amélioration des sols pourrait réduire les émissions globales de gaz à effet de serre de 25 à 30 %.

PESTICIDES

L'utilisation d'engrais de synthèse et de pesticides a ouvert la voie au développement de l'agriculture industrielle et est l'une des principales raisons de la surexploitation des sols. Les pesticides sont utilisés pour lutter contre les plantes, insectes, champignons, rongeurs et tout autre organisme considéré comme nuisible. Si les engrais synthétiques sont la principale source d'émissions de l'agriculture industrielle, les effets des pesticides sur l'environnement sont, quant à eux, moins perçus. Les pesticides sont indispensables à l'agriculture industrielle ; c'est pourquoi les industries des pesticides voulant conserver leur statu quo et leur pouvoir, tentent de cacher l'impact négatif de ces pesticides sur l'environnement.

La mauvaise utilisation des pesticides entraîne la pollution des nappes phréatiques, une perte immense de biodiversité, l'érosion et la dégradation des sols – ce qui ne fait qu'augmenter les besoins en engrais de synthèse.

L'utilisation de pesticides détériore les sols et conduit à la perte de matière organique. Cela contribue au chaos climatique puisque c'est la matière organique qui capture le CO2 dans les sols. L'utilisation des pesticides est aussi inséparable du modèle agricole industriel qui requiert de vastes zones de monoculture et l'utilisation de grands engins agricoles. Les terres agricoles sont traitées comme une ressource intarissable. Comme si, une fois surexploitées et empoisonnées, elles pouvaient être remplacées par de nouvelles et meilleures. C'est cette mentalité catastrophique qui a permis à l'industrie des pesticides d'acquérir un immense pouvoir. Un pouvoir qui est détenu par une poignée d'entreprises.

D'AUTRES CRIMINELS CLIMATIQUES

Les quelques entreprises qui dominent l'industrie des pesticides dominent aussi le marché des semences. Cela leur donne une immense influence sur le développement mondial de l'agriculture. Au cours des dernières années, le nombre de ces entreprises s'est de plus en plus réduit.

Parmi les plus grandes entreprises en 2017, Dow, DuPont, Bayer, Monsanto, BASF et Syngenta, contrôlent 75 % du marché mondial des pesticides et 63 % du marché des semences commerciales.

ARRÊTER L'UTILISATION DE PRODUITS CHIMIQUES

Arrêtons l'utilisation des produits chimiques en agriculture et à la place trouvons un pesticide capable d'exterminer le capitalisme. En retournant à des pratiques compatibles avec le climat, plus diversifiées et adaptées aux conditions locales, nous pouvons régénérer les terres agricoles, augmenter les rendements et créer une meilleure production alimentaire. Les savoirs nécessaires pour une agriculture durable qui ne dépend pas des produits chimiques existent encore chez les paysans à travers le monde.

AGRICULTURE INTELLIGENTE FACE AU CLIMAT OU AGRICULTURE INTELLIGENTE POUR L'ENTREPRISE

L'agro-industrie et les grandes entreprises d'engrais et de pesticides travaillent sans relâche pour « verdir » leurs produits et pour présenter de fausses solutions à la crise climatique. Une organisation en particulier, l'Alliance globale pour l'agriculture intelligente face au climat (ou la GACSA pour « Global Alliance for Climate-Smart Agriculture »), traite du rôle de l'agriculture dans le cadre des négociations internationales sur le climat. La GASCA apparaît comme une coalition à but non-lucratif, tournée vers l'action et dirigée par des agriculteurs, bénéficiant de nombreux partenaires. Malgré cela, seulement un petit nombre d'organisations d'agriculteurs font partie de cette alliance, elle est donc en grande partie dominée par de grandes entreprises d'engrais, dont Yara.

En 2009, l'expression « agriculture intelligente face au climat » était lancée afin de « promouvoir un changement de paradigme à tous les niveaux en agriculture ». Ces termes ne renvoient pas à un type spécifique de production, mais sont censés identifier les pratiques et programmes les plus à même de répondre aux défis que le changement climatique engendre en terme de sécurité alimentaire. Cependant, cela ne comporte aucun indicateur spécifique sur comment et quand juger si des pratiques et programmes sont durables ou non. L'agriculture intelligente face au climat est une expression trompeuse qui permet que des pratiques destructives soient étiquetées comme « climato-intelligentes », malgré leurs effets négatifs avérés. Ainsi, les multinationales et leurs partenaires peuvent utiliser l'étiquette de l'agriculture intelligente face au climat pour promouvoir n'importe quel projet – technique manifeste de « green-washing ». Les membres les plus influents du GASCA étant des industriels du secteur des engrais, ce sont principalement des pratiques promouvant l'utilisation d'engrais comme une solution à la crise climatique qui sont mises en avant comme « agriculture intelligente face au climat ». Des termes encore plus trompeurs comme « intensification durable » et « croissance agricole compatible avec le climat » sont également mis en avant. Ces fausses et dangereuses solutions empêchent toutes véritables actions ou changements allant vers la sécurité alimentaire et des pratiques agricoles plus durables.

L'AGROÉCOLOGIE, PAS DES FAUSSES SOLUTIONS « CLIMATO-INTELLIGENTES »

Nous devons montrer que la GASCA et l'agriculture intelligente face au climat ne sont pas une solution, mais bien la continuation de la destruction du climat. Nous devons œuvrer pour un système construit sur l'agroécologie : des systèmes agricoles qui s'inspirent des fonctions des écosystèmes locaux et des processus naturels qui assurent une bonne circulation des nutriments et une grande biodiversité. En utilisant les synergies existantes entre les plantes et avec les animaux, il est possible de créer des pratiques agricoles durables et productives.

En tant que mouvement social, l'agroécologie regroupe les individus et les communautés qui contribuent à la construction de systèmes agricoles durables et justes, en mettant l'accent sur la propriété locale et la consommation durable.

SOURCES ET POUR APPROFONDIR

La liste des sources utilisées pour la rédaction du livret est disponible sur : https://www.luttespaysannes.be/spip...

Ci-dessous, nous proposons certaines ressources -majoritairement en français - pour creuser le sujet :
- A Brief History of Our Deadly Addiction to Nitrogen Fertilizer. Tom Philpott www.motherjones.com (2013)
- Climat : l'agriculture paysanne pour refroidir la planète, Confédération paysanne (2015), https://www.confederationpaysanne.fr
- Climat et agriculture : la souverenaité alimentaire et l'agroecologie comme solutions, in Beet the systeme, FIAN Belgium, 2018.
- Climate Resilient Sustainable Agriculture Handbook. Action Aid, (2016), https://www.actionaid.org/
- Climate-Smart Agriculture : What is it ? Why is it needed ? FAO, CGIAR & CCAFS, 2014. ETC Group Communiqué 115 (dec 2015)
- Hold-up sur le climat. Comment le système alimentaire est responsable du changement climatique et ce que nous pouvons faire, GRAIN (2016) , https://www.grain.org/
- Souveraineté alimentaire : Cinq façons de rafraîchir la planète et de nourrir son peuple, GRAIN (2014) , https://www.grain.org/
- Organizing cools the planet - tools and reflections to navigate the climate crisis. Hilary Moore & Joshua Kahn Russell (2011), https://organizing- coolstheplanet.wordpress.com/

- www.freethesoil.org Free the Soil est une campagne contre l'agriculture industrielle et le rôle majeur que joue cette industrie dans la crise climatique. Free the Soil fournit des informations, lance des appels à l'action et organise une action de masse contre une entreprise de de l'agro-industrie.
- www.grain.org Grain est une petite organisation internationale qui soutient la lutte des paysans et mouvements sociaux. A publiée plusieurs études sur les enjeux climatiques.

LIVRET D'INFORMATION écrit par le Climate Collective

Le Climate Collective est un collectif politique danois basé sur des affinités communes. Nous nous attaquons aux causes sous-jacentes du changement climatique - en paroles et en actes. Nous nous considérons comme faisant partie du mouvement mondial plus large contre le changement climatique et le système capitaliste. Cette brochure d'information s'adresse principalement à d'autres organisations et groupes qui luttent pour la justice climatique mondiale. L'objectif est d'informer sur l'influence de l'agriculture industrielle sur la crise climatique et d'encourager l'action.
facebook.com/climatecollective

TRADUCTION par des membres des Brigades d'Actions Paysannes (Belgique), un réseau d'appui à l'agriculture paysanne et au mouvement pour la souveraineté alimentaire. Nous nous mobilisons depuis la base pour soutenir directement des actions / chantiers en soutien aux paysan.ne.s.

Podcast (2-7) : Divertir pour dominer (première partie)

TÉLÉCHARGER LE PODCAST

Vous êtes confiné·es chez vous et vous passez la journée sur Netflix ? Vous êtes accro aux séries et c’est devenu un moyen de décompresser ? C’est le sujet de ce podcast.

« Culture de masse : un ensemble d’oeuvres, d’objets et d’attitudes conçues et fabriquées selon les lois de l’industrie et imposé aux hommes comme n’importe quelle autre marchandise » Jean-Claude Michéa

 

Beaucoup s’accordent à dire que les séries sont le lieu le plus exhalant de la création contemporaine, qu’elles osent traiter de sujets qui dérangent, reflètent nos obsessions et permettent de comprendre le monde, qu’elles sont une nouvelle forme d’art supérieur aux autres. Les séries sont partout, elles influencent et sont massivement consommées à l’échelle mondiale dans toutes les couches de la population. Cependant si nous sommes de plus en plus nombreux·ses à les regarder, ce n’est pas que leur qualité augmente, mais parce que les écrans envahissent nos vies.

Les séries font l’objet d’investissement colossaux et d’études universitaires mais rarement sous l’angle de la critique en tant que culture de masse. Voici donc un podcast réalisé à partir de l’ouvrage Divertir pour dominer 2, dirigé par Cédric Biagini et Patrick Marcolini aux Éditions l’Échappée, des lectures choisies et présentées par Audrey. Le podcast se découpe en deux parties, voici la première, sur le thème de l’industrie des séries vidéos, en espérant que floraisons ne soit pas un divertissement de plus.

 

Culture de masse

 

La rationalisation et l’industrialisation des productions culturelles a mené une intégration croissante de certaines dimensions artistique aux champs de la production et de la consommation. Ce faisant, la culture de masse désagrège les formes autonomes de culture populaire et dissout les liens sociaux au profit d’un monde artificiel d’individus isolés, fondement de la société de consommation.

Les technologies numériques ont permis au divertissement d’être intégré à toutes les sphères de l’existence jusque-là indemnes de la colonisation par la marchandise, que ce soit les objets, les jeux, la communication, l’information, les villes, les espaces commerciaux etc. La reproduction du même est un processus qui finit par se communiquer aux consommateurs eux-mêmes dans l’uniformisation des consciences et des comportements sous la loi du capitalisme. Plus rien n’échappe au spectacle, chacun peut désormais se mettre en scène soi-même sur les réseaux sociaux, devenant un objet de divertissement pour les autres, une marchandise commercialisable. La culture de masse n’est pas seulement la consommation de produits formatés et fabriqués en série, elle est un rapport au monde.

Le capitalisme ne peut donc être réduit à un système d’exploitation économique, il représente un « fait social total » reposant sur un imaginaire contraint et une culture du divertissement permanent

Il est donc urgent et nécessaire de mener une critique intransigeante du mode de vie capitaliste et de démontrer comment cette civilisation du loisir participe à la domestication des peuples. La résistance à la culture de masse a une histoire qui commence dès le début du 20e siècle. L’école de Francfort avait dénoncé le règne des industries culturelles et l’appauvrissement des imaginaires et des sensibilités par la répétition, par la reproduction à l’identique, la réplication de motifs, la manipulation des goûts, d’émotions basiques et stéréotypées. Mais depuis les années 70, un nouveau paradigme intellectuel s’est mis en place : la consommation des produits de la culture de masse ne serait pas un acquiescement plus ou moins contraint aux stratégies commerciales des industries culturelles mais plutôt une forme de réappropriation de contenus par des publics. On ne critique plus tellement les contraintes que fait peser la culture de masse sur les individus mais on propose d’y déceler des possibilités d’émancipation.

Il s’agit là d’une illusion car seule une critique exigeante et globale des industries culturelles peut nous libérer de leur emprise. Nous devons exposer les pseudo-satisfactions de la culture de masse au sein de nos existences, décrire le mode de vie aliéné qu’elles créent et maintiennent, pour faire du désir d’y échapper une force politique véritablement révolutionnaire.

 

Aliénation en série

 

Rappelons d’abord que la « production en série » désigne un mode de production standardisé éloigné de l’artisanat, qu’il a marginalisé. Des équipes de spécialistes créent et développent des projets qui seront commercialisés et calibrés pour un groupe de consommateurs. Les séries vidéo portent bien leur nom, il s’agit de production en série, de production industrielle.

Aujourd’hui, l’offre est de plus en plus prolifique et le consommateur est de plus en plus versatile. Voilà pourquoi son attention est devenue une ressource très rare. Les séries fonctionnent car elles arrivent à mobiliser deux régimes d’attention : l’alerte et la fidélisation. Il faut d’abord alerter le consommateur pour attirer son attention . Cela est réalisé grâce à l’envoi constant d’avertissements, grâce aux techniques de séduction et de promotion, à la révolution numérique, aux méthodes scientifiques de captation de l’attention de l’individu. L’alerte favorise l’excitation et empêche les fils de la pensée de se tisser.

Mais il faut aussi rassurer le consommateur qui reçoit trop d’alertes. C’est pourquoi il faut le fidéliser, c’est-à-dire établir un rapport de confiance sur le long terme, qui ne confronte pas à la surprise. Sur le même schéma, les marques, les chaînes de magasin offrent aussi cet univers sécurisant aux consommateurs, dans des décors commerciaux sans surprise avec toujours les mêmes produits, la même décoration, le même esprit qui règnent.

L’art des séries consiste à ne demander aucun effort, aller vers du connu et du répétitif, le récit prime. D’ailleurs, tout discours, toute création doit aujourd’hui être transformé en récit, le storytelling est systématique. Mais ces scripts narratifs opèrent par schémas, donc nécessairement pas réduction, simplification, ils caricaturent le réel. Les séries vidéo ne sont pas un élément culturel anodin mais un produit de masse qui accoutume au mode de vie industriel. Il ne peut y avoir de série alternative puisqu’elles transforment les individus en consommateurs. Elles décervèlent, elles sont néfastes, comme tout produit industriel.

Après une difficile journée de travail, ou pour évacuer le stress ou la frustration générés par le mode de vie industriel, le visionnage devient la soupape de sécurité. À tel point que les consommateurs deviennent accros à cette drogue. Plus le contenu est standardisé et rassurant, plus il est gratifiant rapidement, et plus l’accoutumance est forte. Plus de besoin de sortir de chez soi ou de faire des efforts : le flux est permanent, on ne pense pas, on avale, on absorbe sans rien faire, ce qui laisse peu de place à l’imagination. Les séries sont l’expérience suprême de la domestication.

Les séries vidéos décervèlent, elles sont néfastes, comme tout produit industriel.

Après avoir été longtemps méprisées et considérées comme peu d’intérêt, les séries font l’objet d’un plébiscite médiatique et universitaire depuis une dizaine d’années. Les efforts de nombreux intellectuels et de l’industrie des séries permettent à ce format d’atteindre une légitimité culturelle, la série est élevée au rang d’objet théorique sophistiquée. Elles deviennent un art comme les autres, populaire, que les élites mépriseraient alors qu’elles ont leur place dans l’histoire de l’art.

À lire la presse française branchée, les séries anglo-saxonnes représenteraient le comble de la subversion, toutes plus subversives les unes que les autres. Mais il y a un mauvais usage de ce mot qui signifie à l’origine saper les valeurs dominantes et renverser l’ordre établi. Le réel est réduit au même et au prévisible, la vie devient comme l’écran la montre. Notre imaginaire est condamné à rester borné et pauvre, à revivre encore et encore ce que nous vivons déjà. Rien de subversif dans cette forme de colonialisme mental. Enrôlement, régression, harmonisation par le bas et abrutissement n’ont rien à voir avec une quelconque forme de justice sociale et d’émancipation.

Certaines séries sont peut-être gratuites mais il n’y a jamais de gratuité ou d’égalité quand le capitalisme industriel est aux commandes. Tout le monde paye le prix du narratif totalitaire en obéissance, en subordination, en mutilation de l’autonomie. Nous sommes de plus en plus soumis aux perfectionnements algorithmiques d’un ordre capitaliste dont la culture de masse est le cœur. Pour le capitalisme industriel la culture de masse est publicité et propagande à la fois, elle permet d’écouler des marchandises et de véhiculer l’idéologie de l’ordre établi. Il nous faut rompre avec cette idée que ce qu’on nous donne est neutre et sans effet sur nos consciences voire positif. Non, on nous le donne, c’est déjà trop, on n’a rien demandé. Ce qu’on veut, on le construira nous-mêmes.

 


 

À suivre bientôt la deuxième partie de ce podcast sur le blog floraisons. On parlera de jeu vidéo, de porno, de consumérisme et d’art.

Le livre Divertir pour dominer 2 est disponible aux Éditions l’Échapée.

Vous pouvez aussi retrouver l’actualité d’Audrey Vernon sur scène avec son spectacle Billion dollar baby et suivre son nouveau podcast Big Books.

 

 

 

Dans les centrales nucléaires, « la situation pourrait se tendre si l'on est nombreux à être malades en même temps »

Les centrales nucléaires fonctionnent à effectifs réduits pour éviter la propagation du virus. Pour maintenir la continuité de la production d'électricité, EDF s'appuie largement sur les sous-traitants, inquiets pour leur santé, peu reconnus et mal payés.
Comment la crise sanitaire du covid-19 est-elle gérée au sein des installations nucléaires ? L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a fait savoir, le 26 mars, que les installations nucléaires « dont le fonctionnement n'est pas indispensable à la continuité de (...)

- Décrypter / , , , ,

« Pour Emmanuel Macron, tout l'enjeu consiste à sauver le capitalisme sanitaire et ses grandes industries »

Après avoir évoqué le retour d'un « État-providence », Emmanuel Macron vient d'annoncer un « plan massif d'investissement pour notre hôpital ». De quoi, enfin, répondre aux revendications des soignants mobilisés depuis plus d'un an à ce sujet ? Rien n'est moins sûr à en croire Pierre-André Juven, sociologue de la santé publique, qui met en garde contre les discours en trompe-l'œil. Entretien.
Basta ! : Dans votre livre La casse du siècle. À propos des réformes de l'hôpital public, vous dénoncez le détricotage (...)

- Décrypter / , , , , ,

Photo



FanXoa : Pandémie : les infirmières sous-équipées à la une du New York Post

Présenté dans le Courrier International du 26 mars 2020 :

Alors que l’État New York est de loin le plus touché par la pandémie actuelle, le tabloïd s’indigne du manque d’équipement dont souffre le personnel médical. Et publie une photo d’infirmières enveloppées dans des sacs poubelles.

“Traitées comme de la merde”, le New York Post ne prend pas de pincettes pour dénoncer le manque criant de matériel dans les hôpitaux, alors que la propagation du coronavirus s’accélère.

Source : Courrier International, 26-03-2020.

L'alimentation en circuits courts permet de s'approvisionner avec moins de risque de contagion

Face à la décision du gouvernement d'interdire les marchés, des producteurs et des consommateurs s'organisent pour faire vivre les circuits courts. Une carte met en relation les producteurs et les magasins à proximité. Des dispositions sont prises pour assurer les distributions dans les meilleures conditions.
Interdiction des marchés, couverts ou non. L'annonce d'Édouard Philippe le 23 mars représente une catastrophe sociale et économique pour bon nombre de productrices et producteurs agricoles. Cette (...)

- Inventer / , , ,

Nicolas, préparateur de commandes : « On est pris d'assaut, c'est la folie »

Le monde est en pause, mais eux continuent de s'activer. Et de prendre des risques. En ces temps d'épidémie, découvrez la vie et le travail de ceux qui ne sont pas confinés. Aujourd'hui Nicolas, 23 ans, préparateur de commandes surpassé. #Lesdéconfinés, une série à suivre sur Politis et Basta !
C'est la folie. On est complètement pris d'assaut depuis quelques semaines. D'habitude, je fais 12 heures par semaine, parfois quelques heures supplémentaires, dans un entrepôt ouvert de 6h à 20h30, en banlieue (...)

- Témoignages /

Outils de partage, plateformes d'entraide, espaces de décompression : comment ne pas s'enfermer dans le confinement

« Le confinement ne doit pas être seulement un truc individuel où chacun reste enfermé chez soi. » Pour éviter le repli sur soi, de nombreuses initiatives en ligne se développent pour continuer à agir et aider autrui.
Des pays où le confinement social a commencé avant la France nous parviennent les images et les récits d'une multitude de gestes de solidarité face à la pandémie de Covid-19 et à l'isolement qu'elle impose. Entre voisins, habitants d'un même quartier ou d'un même territoire, on s'apporte aide (...)

- Résister /

« On cherche à organiser la solidarité sans être dans l'illégalité » : comment l'entraide se généralise

Face à l'impréparation du gouvernement pour prendre soin des personnes vulnérables, des réseaux de solidarité se mettent en place un peu partout en France, s'appuyant souvent sur les mobilisations sociales et écologiques pré-existantes. Quand des zadistes et des militants pallient l'incurie de l'État...
Dans les périodes de cataclysme, des idées qui pouvaient sembler irréalistes il y a peu sont désormais perçues comme les seules façons de sortir de la crise, rappelle l'auteure et journaliste canadienne (...)

- Inventer / , , ,

Athènes: Anti-Covid19, réseau pour l’aide mutuelle et la lutte

Dans les conditions sociales sans précédent dans lesquelles nous vivons, le corona virus se répandant a imposé une dimension critique pour l’assurance maladie et les modes de production capitalistes en même temps que l’organisation sociale en général. Pour que le système survive, l’état et les patrons implémentent des politiques totalitaires accompagnées d’un affaissement supplémentaire de nos vies.

– Le manque de moyens de santé pour la grande majorité de la population.
– Militarisation de notre vie de tous les jours, avec une interdiction de transport au travers de répression économique, liberticide et pénal
– Chômage de masse, intensification et dégradation des conditions de travail pour ceux qui travaillent dans les hôpitaux. Les supermarchés, la restauration rapide , les télécommunications.
– Création de camps de concentration pour les migrant.es et incarcérations en masse sans aucune mesure de santé prise en conséquence.
– Aucune mesure ayant un sens pour les SDF, les utilisateur.trices de drogues ou les travailleur.euses du sexe
– Une augmentation de la violence domestique et de genre avec aussi nombre de cas psychotiques liés au confinement prolongé dans les foyers.

Tous ceux mentionnés ici représentent une dichotomie pour laquelle nous trouvons nécessaire d’avoir une réponse collective et directe, s’auto-organiser en solidarité avec celles et ceux qui expériencent les conséquences physiques, psychiques et mentales du totalitarisme; et en même temps de se battre pour briser la contre-productivité et le management totalitaire de cette crise par l’état.

Pour ces raisons , nous voulons communiquer et créer un réseau pour la solidarité et la lutte , avec les buts initiaux suivants :

– Nourriture et médecine, livrée et collectée, repas des cantines collectives.
– Soutien psychologique. Conversations au téléphone et même des rencontres face à face, en adéquation avec les mesures de santé nécessaires.
– Dénoncer la violence domestique et la violence de genre et intervenir directement.
– Recueillir et publier l’information provenant des camps de concentration et des prisons.

La responsabilité n’est pas collective puisque l’état nous manipule sans honte au travers d’une couverture médiatique détournée du virus mais c’est en premier et principalement l’état et ceux et celles qui le représentent qui pardonnent le sous financement systématique et le manque de personnel dans le système de santé est inacceptable et mal. Nous ne sommes pas à blâmer, pour le manque permanent de personnel médical, unité de soins intensifs, équipement médical, mais ces gouvernements qui dépensent des milliers d’euros pour aider les banques ou acheter du matériel militaire au lieu de fournir du personnel aux hôpitaux en détresse, considérés moins importants.

Nous voulons proposer, comme action directe et collective, le gel des payements des loyers, des emprunts, de l’eau et l’électricité, d’internet, des transports publics. Nous sommes d’accord pour dire que ces services devraient être, de toute façon, gratuits et encore plus lors d’une crise financière comme celle-ci. Celles et ceux qui appartiennent à la classe des exploité.es et les non privilégié.es devraient dépenser leur argent pour des choses basiques comme de la nourriture ou des médicaments tant que le futur est incertain.

NOUS DEMANDONS DE LA PART DE L’ÉTAT ET DES PATRONS:

– Nationalisation permanente de tout le secteur privé de la santé, des équipements et des produits
– Assurance chômage pour celles et ceux qui viennent de perdre leur emploi ainsi que ceux qui n’en ont pas.
– Fermeture de toutes les structures capitalistes qui ne couvrent pas de besoins basiques.
– Répondre aux demandes des prisonniers et relâche des personnes « à haut risque » , les prisonniers ayant moins de 5 ans de prison , et celles et ceux en attente de jugement .. mise en place de services de santé pour les prisonnier.es ainsi que la provision de matériel sanitaire.
– Fermeture de tous les camps de concentration et papiers pour tous les migrant.es.
– Transformation de airbnb et des hôtels en solutions d’auto-confinement, des structures pour les gens qui présentent les symptômes du virus, les groupes à haut risque, les gens qui sont affectés chaque jour par les violences domestiques et celles qui ont des problèmes de logement.

Le virologue Sotirios Tsiodras avait des larmes de crocodile pour les gens qui allaient devenir malades et nous a tous invité.es à assumer nos responsabilités pour la protection de la santé publique. Reconnaissant que la santé publique inclus aussi les travailleurs des usines, des prisons et des camps de concentration, nous annonçons que si l’état ne reconnaît pas la santé publique en globalité, nous avons la responsabilité collective d’acter pour que cela advienne. Nous informons aussi que nous irons nécessairement vers l’organisation et l’escalade des actions au cas ou l’état continue l’exploitation de l’état d’urgence pour réprimer ses ennemi.es politiques, les anarchistes et les combattant.es, et pour passer des lois qu’il n’auraient pas pu passer durant les temps de mobilisation. Le mouvement et le peuple de la base sociale organisent déjà l’entraide et des structures de résistance contre la crise actuelle et l’arrivée de l’appauvrissement et aucune loi martiale ne pourra les arrêter. La survie des oppressé.es durant des temps de crise générale dépend uniquement de leur auto-organisation , pour cela toute tentative de répression doit être répondue par le refus de toute restriction.

Assemblée des squats, collectivistes, internationalistes.
Exarcheia, Athènes
(+30) 6945276127
synsquat [at] riseup [point] net
https://synsquat.blackblogs.org/


Des squats en Grèce: https://radar.squat.net/fr/groups/country/GR/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en Grèce: https://radar.squat.net/fr/groups/country/GR
Des événements en Grèce: https://radar.squat.net/fr/events/country/GR


[Publié le 26 mars en anglais sur Indymedia Athènes].

FanXoa : Femmes en première ligne

Article de Rachel Knaebel sur le magazine Basta :

“Face au coronavirus, les femmes davantage en première ligne que les hommes”.

La revue médicale The Lancet appelle les gouvernements à prendre en compte les conséquences particulières du coronavirus sur les femmes.

Les hommes auraient plus de risques que les femmes de mourir du Covid-19, selon les données encore parcellaires à disposition. Mais ce sont les femmes qui sont en première ligne pour affronter l’épidémie. Elles composent l’essentiel des personnels soignants, au contact direct des malades, et courent donc davantage le risque d’être infectées.

Lire la suite : Basta, 16/03/2020. Illustration © Basta

Article de référence sur The Lancet.

Photo



L'hôpital va mal ! La Révolte d'une interne, santé hopital : Etat d'urgence.

On est encore resté chez nous cette semaine, on vous a donc proposé une nouvelle diffusion d'un entretien avec Sabrina Ali Benali, médecin, militante pour la défense des soignants et des structures de soins, autrice de "La Révolte d'une interne" publié aux éditions du Cherche-midi. Et oui, ça fait plus d'un an que les personnel.le.s soignant.e.s sont en lutte pour obtenir des postes et des lits !
Nous avions parlé avec elle autres des études de médecine, des conditions de travail, du manque de moyens, du dévouement des soignant-es, de la lutte qui se poursuit depuis des mois pour sauver l'hôpital.
La pandémie de Covid-19 va-t-elle enfin mettre fin à trois décennies d'austérité imposée à l'hôpital ?

Voir en ligne : L'hôpital va mal !

Bon alors ce ne sera pas une surprise pour quiconque, mais ma...



Bon alors ce ne sera pas une surprise pour quiconque, mais ma tournée mondiale entreprise en janvier, qui devait entre autres m'emmener en Suisse, en Belgique et en France dans les prochaines semaines doit être mise sur pause pour cause de pandémie. Puisque je ne pourrai pas venir à vous, j'ai décidé de faire en sorte que mes bandes dessinées, elles, se rendent jusqu'à votre porte, et c'est pourquoi j'offrirai les ***Frais de port Internationaux Gratuits*** sur l'ensemble de ma boutique en ligne, pour la durée de la crise!

Ce sera exactement comme une séance de dédicace chez votre libraire, excepté que je reste chez moi. J'autographerai chaque livre vendu, et si vous indiquer un nom dans la boîte de message au moment de la commande, je les dédicacerai à ce nom.

C'est donc un rendez-vous sur www.serioustransvibes.com !

À quoi ressemble la situation dans votre coin? J'espère que tout le monde va bien!

PS : J'ai également remis mes deux romans en vente, puisque je m'en étais procuré plusieurs boîtes pour la tournée et que maintenant, ça encombre mon salon x_x

One ear later : Retour sur l'émission avec Mona Chollet sur son livre chez soi

Depuis l'autre coté de la Manche, Marion dans sa chronique rétroactive revient sur l'émission de la semaine dernière sur le livre de la journaliste Mona Chollet Chez soi - Une odyssée de l'espace domestique, publié aux éditions Zones. Idoine, non ?

Chez soi est à lire en ligne icitte.

La P'tite Blan, la FAO, la biodiversité et la famine...

Cette semaine, depuis sa campagne, la P'tite Blan nous parle de pollinisation, de biodiversité et de famine. Notre monde s'effondre… Mais on se gave toujours !

Docteur Cymès et mister Michel, experts médiatiques en coronavirus

Le soir du 16 mars, Emmanuel Macron annonce le renforcement des mesures de confinement. Après son intervention, l'émission « Vous avez la parole » (France 2) était consacrée au coronavirus et Michel Cymès, le bien nommé « médecin de la télé préféré du PAF », est (à nouveau) en plateau. L'expert admettait, quelques heures plus tôt sur France 5, avoir contribué à minimiser l'épidémie par ses prises de paroles médiatiques. Mais cela ne l'empêche visiblement pas de revenir en plateau pour culpabiliser « les Français indisciplinés » vis-à-vis des mesures de confinement… Voire de sermonner une infirmière membre du collectif Inter-Urgences, venue témoigner des conditions de travail actuelles et exiger des moyens. Car on le sait, les experts osent tout. Mais ce que l'on redécouvre, c'est que leur magistère ne connaît pas la crise.

Qu'ils sévissent dans le domaine de la médecine, de l'économie, de la sécurité, etc., les experts médiatiques ont en commun, on le sait, cette redoutable faculté de s'exprimer publiquement avec aplomb – et à longueur d'antenne – sans maîtriser le sujet dont ils parlent. Quitte à se corriger (ou non) d'une heure sur l'autre. Comme le dit Christophe Barbier, « la vérité de 6h50 n'est pas celle de midi ».

On aurait pu penser que la crise du coronavirus changerait la donne : dans la période actuelle, l'exigence d'une information grand public de qualité s'impose d'autant plus que les informations ont des conséquences vitales, tout particulièrement dans le domaine médical. Et que le rapport comme l'accès au savoir scientifique, médical, sont socialement discriminants. Dès lors, les tenants de la parole publique ont une responsabilité plus grande encore que d'ordinaire. Et pourtant, les grands médias n'ont pas l'air de vouloir changer leurs bonnes vieilles habitudes : recourir aux experts, les regarder se tromper, commenter leurs bourdes à coup d'articles tapageurs, et, sans l'ombre d'une hésitation, les réinviter.

En témoigne la fabuleuse histoire de Michel Cymès et du coronavirus. Le 15 mars, Arrêt sur images consacrait déjà un article au « médecin de la télé » sous le titre « Coronavirus : un Cymès matin, midi et soir ». Et de constater : « Plus rapide que la diffusion du coronavirus, la démultiplication de Michel Cymès sur les écrans. Depuis deux semaines, c'est matin, midi et soir sur France 2, RTL mais aussi France 5, TMC, La 1ere. […] Celui qui dit continuer ses consultations à l'hôpital deux matinées par semaine, passe surtout son temps dans les loges de maquillages. »

Pour y dire quoi ? Pour affirmer par exemple sur Quotidien, le 10 mars, que le coronavirus « reste une maladie virale comme on en a tous les ans » ou encore : « Il y a moins de risque [qu'en Italie], on est mieux préparés et puis je ne crois pas qu'un jour on va mettre toute la France en quarantaine ». Ou encore sur Europe 1 (le 10 mars également) : « Je ne suis absolument pas inquiet. C'est un virus de plus, on le dit souvent, c'est une forme de grippe. Je ne suis pas inquiet pour moi parce que je suis en bonne santé et que je ne fais pas partie des cas les plus graves. »

Avant de battre sa coulpe six jours plus tard, dans « C à vous » : « Je fais mon mea culpa aussi, j'ai probablement trop rassuré les Français (sic), mais en même temps, comment les inquiéter de façon excessive quand on n'a pas les données épidémiques à 15 jours ou 3 semaines qui permettent de dire que ça va être aussi catastrophique qu'aujourd'hui. » Certains lui rétorqueraient, sans doute, qu'ils disposaient de telles données. Mais quand bien même… et surtout : quand on ne sait pas, ou quand on affirme – comme Michel Cymès lui-même – que « chaque heure, ça change », pourquoi se précipiter sur tous les plateaux en tenue de sachant/savant ? Et si le temps de la connaissance scientifique ne coïncide pas avec le temps médiatique de l'information en continu, pourquoi chercher à tout prix à plaquer le premier sur le second ?

« C'est toute la difficulté de la communication, je suis bien placé pour vous le dire », ose Michel Cymès face à Anne-Élisabeth Lemoine sur France 5. C'est là tout le problème en effet : confondre l'information avec la communication permanente… et l'entrepreneuriat médiatique personnel.

Suite à un tel plantage, d'aucuns auraient pensé que Michel Cymès allait se faire discret, au moins pour quelque temps. Il n'en fut rien. Deux heures après l'émission de France 5, et des dizaines d'articles autour de son « mea culpa » plus tard, on le retrouve sur France 2 dans « Vous avez la parole » [1].


« Les Français sont indisciplinés, c'est pour ça qu'on en arrive là ! »


Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'expert est droit dans ses bottes. Le confinement ? « C'est ce que tout le milieu médical et scientifique demande depuis un moment. » Mis à part, peut-être, un « expert » doutant de la possibilité de « mettre toute la France en quarantaine »… La justification du confinement ? « On l'a vu : les Français sont indisciplinés, c'est pour ça qu'on en arrive là ! » Un ton bien péremptoire, pour un message si simpliste... qu'il assénait déjà la veille sur la même chaîne, ou sur France 5 quelques heures plus tôt :

Ce n'est pas une solution qu'il fallait envisager il y a trois semaines, parce qu'on en n'était pas là. On comptait sur les Français pour avoir des gestes barrière, ils ne l'ont pas fait, bah maintenant, on le paye.

Et quid des commentateurs affirmant que le coronavirus n'était « qu'un virus de plus » ?

La petite musique sur « l'indiscipline » des Français mérite qu'on s'y arrête, tant elle a été reprise par de nombreux commentateurs médiatiques ces derniers jours. S'il n'est pas question – et ce ne serait de toute évidence pas le rôle d'Acrimed – de se positionner sur « l'irresponsabilité » de tel ou tel comportement, il est difficile d'ignorer le rôle de l'information dans le respect attendu (et nécessaire) des consignes sanitaires réclamées... à une population entière ! Pour qu'elle soit traduite dans les faits à si grande échelle, et intégrée au-delà de toute sorte d'entraves bien réelles (accès à l'information, aux connaissances scientifiques et médicales, rapport à la parole publique, etc.), le moins que l'on puisse attendre de cette information, c'est qu'elle soit claire.

Or, ni les discours médiatiques, ni les discours gouvernementaux ne furent clairs, ou à la hauteur de ce que devrait être une campagne d'information publique massive, pensée sur le long terme. De quoi relativiser « l'indiscipline des Français », qui, contrairement aux experts (en toupet), ne peuvent pas s'exprimer publiquement. Sans compter tout ce qu'un tel discours (individualisant, culpabilisateur et dépolitisé) permet de ne pas questionner : la communication gouvernementale, et la fabrique de l'information, pour ne donner que deux exemples de taille.


Foi d'expert : la critique n'a pas lieu d'être


Mais Michel Cymès ne saurait se contenter d'être un père-la-morale. Comme tout bon expert médiatique, il dispose également d'une casquette « chien de garde ». Un rôle qui lui permet de décréter ce qui peut être dit (ou non) sur un plateau, et sous quelle forme. Celle qui en fait les frais ? Juliette Richard, infirmière aux urgences de l'hôpital Robert Debré et membre du collectif Inter-Urgences [2].

Il se trouve que l'infirmière n'a pas mis sa colère au placard avant d'entrer en plateau. Colère concernant les conditions de travail des soignants, colère concernant les revendications demeurées insatisfaites. D'emblée, son discours se heurte aux rectifications hors sol des deux présentateurs, bien décidés à lui expliquer qu'Emmanuel Macron a tout prévu (dans son allocution) :

- Juliette Richard : Nous le collectif, on est un peu inquiets par rapport à ce qu'[Emmanuel Macron] a dit parce qu'en fait, ça fait un an qu'on alerte sur les conditions de travail, sur les dégradations de nos conditions de travail, le manque de lits, ce genre de choses. Là il nous promet des moyens dès demain, mais c'est déjà trop tard... [Coupée]

- Thomas Sotto : Beaucoup de moyens hein, les hôtels, les taxis réquisitionnés pour vous permettre de vous déplacer.

- Juliette Richard : Oui mais enfin à l'heure actuelle aujourd'hui il manque de masques à l'hôpital, les gens volent les masques, on n'a plus de gel, on n'a plus rien… [Coupée]

- Léa Salamé : Il a promis pour les masques, il a dit qu'ils seront livrés. [Juliette Richard : Aux pharmacies mais pas du tout dans les hôpitaux.] Il a dit à partir de demain pour les 25 départements [les plus touchés] et ensuite mercredi.

- Juliette Richard : Bah oui mais c'est trop tard en fait ! Nous, nos supérieurs nous imposent de ne pas utiliser plus de tant de masques par jour parce qu'on n'en a pas assez ! Enfin... c'est juste pas normal. Le manque de lits, il est intolérable. Ils ont supprimé 17 500 lits en 9 ans et maintenant ils se retrouvent : « Ah bah oui, on est coincés ». En pédiatrie, la réa est en train de se préparer à accueillir de l'adulte.

Bien qu'en première ligne dans le combat contre le virus, Juliette Richard refuse donc de se soumettre aux injonctions à « l'union nationale », qui réclamerait que toute critique soit suspendue. Et c'est bien là ce qui dérange Michel Cymès. Toute honte bue, l'expert va donc rectifier pour l'infirmière... le sens des « priorités » :

- Léa Salamé : Michel, vous comprenez ce que dit Juliette ce soir ?

- Michel Cymès : Oui, je comprends tout à fait ce que dit Juliette. Et il faut vraiment rendre hommage à tout le personnel soignant et notamment aux infirmières qui alertent depuis longtemps. Je pense juste qu'aujourd'hui, la priorité c'est de sauver des vies. La priorité, c'est de sauver les patients qui vont venir, la priorité c'est de tout faire pour qu'il y ait le moins de morts possible parce qu'il va y en avoir malheureusement beaucoup. Encore une fois je suis tout à fait d'accord avec vous, et je travaille à l'hôpital donc je sais très bien ce qui s'y passe, mais je pense qu'il faut qu'on mette tout ça de côté un petit peu aujourd'hui.

- Juliette Richard : Moi je dis juste qu'à l'heure actuelle on est en train de faire des choix : « Toi tu vas mourir, toi tu vas vivre », c'est juste pas normal aujourd'hui.

- Michel Cymès : On n'en est pas là, franchement Juliette, on n'en est pas là.

- Juliette Richard : Il y a certains hôpitaux où ils en sont déjà là en réa.

- Michel Cymès : Non, je ne crois pas qu'on puisse dire aujourd'hui… Alors on va affoler les gens en disant : « Bah vous, vous êtes un peu trop vieux et vous avez une maladie, on n'est pas sûrs de vous en sortir (sic) on va vous mettre de côté. » On ne peut pas dire ça aujourd'hui.

On ne saurait que trop conseiller à Michel Cymès – une fois délivré de ses multiples émissions quotidiennes – de se pencher sur les témoignages émanant de « l'hôpital qu'il connaît si bien ». Témoignages que révélait, par exemple, un article du Parisien le 17 mars : « "Il va falloir choisir" entre les malades, admettent des soignants. Faute de places suffisantes en réanimation, des soignants dans les zones les plus touchées par l'épidémie nous confient avoir renoncé à intuber des patients de 70 ans, déjà malades. »

Alors, et alors seulement, peut-être « l'expert » sera-t-il en mesure de décréter ce qu'une soignante peut dire ou non, quels faits sont vrais ou non, et quel discours est entendable ou non sur les plateaux de télévision (qu'il a lui-même inondé d'informations peu fiables des jours durant).

Mais en attendant, une dernière préconisation :

Qu'il y ait un problème avec les tests, qu'on vous oblige à travailler alors que certaines d'entre vous sont souffrantes, là, il y a un vrai problème. Et il va falloir régler tout ça. Je dis juste qu'aujourd'hui, […], la priorité, elle est de sauver des vies. Vous le faites parfaitement, les infirmières sont en première ligne, […] les médecins aussi. Aujourd'hui, polarisons-nous, soyons focus comme on dit sur les vies à sauver. Tout le reste devra être réglé mais après que l'épidémie soit passée.

Les conseils du médecin sont formels : les revendications, c'est pour « après ». Quant à savoir ce que veut dire un « maintenant » sans masque et avec des soignants eux-mêmes malades...


***


Là où Michel Cymès bénéficiera, au cours de l'émission de France 2, de multiples interventions (sur plus de deux heures d'antenne), Juliette Richard ne s'exprimera environ que trois minutes. Un décalage énorme qui en dit long sur l'arbitrage des présentateurs quant à la répartition du temps de parole, à géométrie variable en fonction du contenu de cette parole et de celui ou celle qui la profère. Ainsi un expert en bourdes, multirécidiviste, s'astreignant à des propos dépolitisés bénéficiera d'un temps beaucoup plus important qu'une infirmière « sur le pont », réclamant des moyens immédiats face à la catastrophe sanitaire en cours.

Ainsi va la routine des grands médias, qui, par bien des aspects, n'a pas été bouleversée par la crise du coronavirus. Le « cas Cymès » est loin d'être isolé, et cet épisode interroge une fois de plus sur le rôle de « l'expert » de plateau, où l'estampille « médecin » (spécialité bagout) semble avoir valeur de sauf-conduit. Peu importe que la certification soit médiatique avant d'être « professionnelle » ; peu importe le degré réel d'exercice de la profession, ou la spécialité… pourvu qu'on ait l'eau tiède de « l'expertise » convenable !


Pauline Perrenot


Annexe. L'expertise éclairée de l'expertise : ce beau manège...



[1] Émission animée par Léa Salamé et Thomas Sotto.

[2] Autour du premier plateau également : Pr Djillali Annane, chef du service de réanimation à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches ; et Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, autre grand habitué des médias.

Etat d'urgence sanitaire : « Augmenter le temps de travail revient à mettre en danger la population ! »

La loi instaurant un « état d'urgence sanitaire » a été adoptée ce 22 mars au Parlement. Elle attribue des pouvoirs exceptionnels au gouvernement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, ainsi qu'aux employeurs pour déroger au droit du travail. Précisions avec Sophie Binet, de la CGT.
Députés et sénateurs se sont mis d'accord ce 22 mars sur la version finale de la loi instaurant un « état d'urgence sanitaire » pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. La loi met en place un régime d'exception, d'abord (...)

- Résister / , , ,

Oxygène médical : les ouvriers de l'usine Luxfer appellent à une réouverture d'urgence

Manquera-t-on bientôt de bouteilles d'oxygène pour soigner les malades atteints du Covid-19 ? C'est l'alerte lancée par les ex-salariés de Luxfer, seule usine en France à fabriquer des bouteilles d'oxygène médical, jusqu'à sa fermeture en 2019. Des voix s'élèvent pour demander sa réouverture et sa nationalisation.
C'est l'histoire d'une fermeture d'usine comme on en voit trop souvent : une multinationale, propriété de fonds de pensions, qui spécule sur les prix de sa production. Un choix stratégique de fermer (...)

- Résister /

Camille, policier : « On sait qu'on va être contaminés, mais on ne sait pas quand »

Le monde est en pause, mais eux continuent de s'activer. Et de prendre des risques. En ces temps d'épidémie, découvrez la vie et le travail de ceux qui ne sont pas confinés. Aujourd'hui Camille*, policier. #Lesdéconfinés, une série à suivre sur Politis et Basta !
J'étais au commissariat, jeudi 12 mars, quand le Président a tenu son allocution. Comme tous les Français, on était scotchés devant ses annonces. Mais pour une simple raison : en amont, nous n'avions reçu absolument aucune information. Pas (...)

- Témoignages /

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 24/03/2020

En raison des mesures sanitaires, pas d’émission à la radio ce soir, mais un podcast rempli jusqu’à la gueule, la france pue ne s’arrête jamais !

Because of sanitary reasons, no radio show tonight but a podcast filled with hardcore punk, la france pue never stops !

Playlist La France Pue-Radio Corona 1-24-03-2020

01 : COCHE BOMBA (France) « La France Pue » from split LP w/Enola Gay (1995)

02 : ΧΩΡΙΣ ΟΙΚΤΟ (HORIS IKTO) (Grèce) « Κλείνουν Οι Τοίχοι » from « s/t LP » (2016)

03 : POZOGA (Irlande) « Holiday » from « s/t » 7 »EP (2018)

04 : METALLICA (US) « Fight Fire with Fire » from « Ride the Lightning » LP (1984)

05 : LEATHERFACE (UK) « Dreaming » from « I want the moon » 7 » EP (1991)

06 : ANOTHER OPPRESSIVE SYSTEM (US) « Every Man For Himself & The Gods Against All » from split 7 »EP  w/Crossing Chaos (2005)

07 : MASSMILICJA (Pologne) « Fatszywa Modlitwa » from split 7 »EP w/Protestera (2016)

08 : POISON IDEA (US) « Plastic Bomb » from « Feel the Darkness » LP (1990)

09 : ΚΑΤΑΧΝΙΑ (Grèce) – .from « ..Στη Σκιά Μιας Λαιμητόμου » LP (2016)

10 : LITIGE (France) « Sans Moi » from upcoming LP (2020)

11+12 : ANDROID (US) « W.W.VI » + « Evolution Letdown » from « Chapter 001 » (2020)

13 : SCALPLE (US) « Paginas Vacias » from « World Gone Bad » LP (2018)

14 : MURDER (UK) « Murder » from Demo Tape (2016)

15 : DETESTATION (US « Children of the Grave (Black Sabbath) » from « Unheard Cries » Tape (1996)

16 : NIRVANA (US) « Stay Away » from « Nevermind » LP (1991)

17 : JESUS BRUISER (UK) « Endzeit » from « Nothing Left » Cdr (2008)

18 : I KNOW (Biélorussie) « Черти – Devils » from « s/t » LP (2013)

19 : LET’S KILL GOD (Pologne) « Zabij Boga » from Demo (2011)

20 : ΨΥΧΩΣΗ (PSYCHOSIS )(Grèce) « Κυκλώνας αισθημάτων » from s/t LP (1997)

21+22 : ARGUMENT ? (US) « Homofobia » + « I Just wanna have some fun » from  « s/t »  7 »EP (2019)

23 : EXPLOATÖR (Suède) « Avgrundens Brant » from « Avgrundens Brant » CD (2020)

24 : SPOTTING (Australie) « Dual Paths » from « s/t » 7 » (2017)

25 : NEU-RONZ (Suède) « Us, Me and You » from « s/t » 7 » (2015)

26 : HIATUS (Belgique) « Mindless Fucked-up Movement » from « From Resignation…to Revolt » LP (1993)

27 : POWER IS POISON (Pays-Bas) « Hunger Hate and War » from split 7 » with/Scatlover (2006)

28 : REACT (US) « Pupa » from « Deus Ex Machina » LP (2000)

29 : MITREGA (Pologne) « Sen w Maszynie » from split LP w/Non-President (2015)

30 : CRIATURA (Espagne) « Todavia » from « Todavia » LP (2015)

31 : SADIE & THE WIVES (Australie) « Petty Crime » from « s/t » 7 » (2020)

31+32 : CUTRE (Argentine) « Inconscientes » + « Furioso » from « Inconscientes » EP (2019)

34 : SOBERANIA PERSONAL (Argentine) « Falsas Esperanzas » from « Benditos Sean Muñecos Que Pegan » LP (1988)

35 : NARCOLEPTICS (US) « Victims » from « s/t » 7 » (2014)

36 : INDOCHINE (France) « You Spin me Round (Dead or Alive) » bonus track on « La République des Météores » CD (2009)

37 : URO (Danemark) « Ensomhed » from « Revolutions Romantik » 7 » (2002)

38 : 1981 (Finlande) « Solutions » from « Solutions b-w Dancing » 7 »EP (2014)

39 : ΠΑΡΟΞΥΣΜΟΣ (Paroxysmos) (Grèce) « Intro (Ναυτία) » from « Ο Πόλεμος Συνεχίζεται » LP (2013)

40 : MR. WRONG (US) « Semi-Useful, Semi-Permanent » from « Create a Place » LP (2020)

41+42 : DURANxDURAN (US) « Video Killed the Radio Star » + « Tainted Love » from demo (2019)

43 : WARA ! (Pologne) « Ekologia » from «Live, Pobiedna 2019 » CD (2019)

44 : SUSAN CADOGAN (Jamaïque) « In the Ghetto » from « s/t » LP (1975)

45 : QUARANTINE (Écosse) « 180° » from « Automatic Negative ThoughtS » LP (1996)

46 : BATTLE OF DISARM (Japon) « Think » from Split 7 »EP w/Fleas & Lice (1995)

47 : MARGARET TRASHER (Canada) « Anti Reverence Anthem » from « Are you there God ? It’s me, Margaret Trasher… » 7 »EP (2006)

48 : ASSFACTOR 4 (US) « Sheepskingraft » from « Smoked Out » 7 » EP (1994)

49 : ÖPSTAND (France) « TV Addict » from Split 7 »EP w/Seein’ Red (1997)

50 + 51 : FOC (Espagne) « Reaccio » + « 15 » from « La Fera Ferotge » LP (2020)

52 : SLAVE (Malaisie) « No Future » from « Punk Police » K7 (2020)

LITIGE (pic : E.Kainzow)

 

Photo



Pendant la crise, pas de confinement pour la critique des médias !

Quelques pistes de réflexion sur notre activité dans la période de crise actuelle.

La crise du Covid-19 a d'ores et déjà des conséquences majeures. Elle a conduit à l'adoption de mesures sans précédent, à commencer par le confinement de la population, qui impacte tous les secteurs de la société… y compris Acrimed.

De toute évidence, notre travail n'est pas facilité par cette situation inédite puisque, comme toutes et tous, nous subissons les conséquences sociales, intimes, physiques et psychologiques du confinement ou de la maladie. Nous ne serons donc pas en mesure de documenter la période actuelle avec la même intensité que d'habitude.

Mais ce constat en appelle immédiatement un second : nous ne comptons pas pour autant mettre la critique en veilleuse ! Car la période, malgré ce que peuvent laisser entendre les discours emphatiques sur « l'union nationale », s'y prête tout particulièrement : critique de l'action du gouvernement qui, à bien des égards, exacerbe les inégalités existantes (mais ce n'est pas l'objet de notre association) ; et surtout, la critique des médias.

L'information a un rôle essentiel dans la période actuelle. C'est pourquoi l'information comme bien public de qualité doit être une exigence démocratique majeure. Il va sans dire que le travail journalistique, en particulier le travail de terrain, d'enquête ou de reportage, n'est pas une tâche facile, aujourd'hui moins que jamais ; nul doute que les plus précaires de la profession seront largement impactés, de même que le secteur de la presse imprimée, déjà fragilisé avant la crise.

Mis à part de nécessaires réorganisations (notamment pour des exigences sanitaires pratiques évidentes) la crise n'a pas, pour l'instant, provoqué de changements majeurs dans le fonctionnement des grands médias : sur les chaînes d'information comme ailleurs, le journalisme dominant est toujours à l'œuvre, et avec lui ses travers et mécanismes bien connus. Bref, la critique des médias a plus que jamais sa place dans la situation actuelle. Et nous comptons bien nous y atteler ! Voici dès à présent quelques pistes (non exhaustives) que nous approfondirons pour une « critique des médias par temps de Covid-19 » :


- Crise sanitaire et information en direct


Le suivi « en temps réel » de la progression d'une pandémie (notamment via les chaînes d'information en continu) est un phénomène inédit en France. On assiste à une profusion de sujets, « notable quantité d'importance nulle », face à la nécessité permanente de renouveler les angles, et de faire « du neuf » (selon le mécanisme traditionnel du remplissage). On pense également à la multiplication de « reportages » en direct de rues ou de places vides, qui « font vivre » et entretiennent une information « en temps réel », autant qu'ils fournissent aux médias les images télégéniques voire spectaculaires dont ils raffolent. Si ces reportages informent de facto sur le confinement, la surface médiatique qui leur est accordée interroge, sur un temps plus long, quant aux hiérarchies éditoriales.

Mais le traitement médiatique de la crise sanitaire pose une autre question : celle de la discordance entre le temps du savoir scientifique et le temps de l'information en continu. Une question qui se pose également à d'autres moments, lors d'attentats par exemple : le ballet des « experts » et des hypothèses hâtives, en particulier sur les chaînes d'information en continu, impliquent inévitablement la diffusion de faux pronostics et de fausses informations, par la suite rectifiés… ou non. Le tout… en continu.


- Les « experts » médiatiques


Si les éditocrates et commentateurs traditionnels sont toujours en première ligne, la crise sanitaire fait (ré)émerger sur le devant de la scène médiatique deux catégories particulières : les experts « santé » et les experts « économie ». Concernant les premiers : au-delà des imposteurs et « médecins de la télé » – dont Michel Cymès est un cas exemplaire – de très nombreux médecins, aux pedigrees très divers, se sont rendus sur les plateaux. Certains relativisant l'ampleur du risque, d'autres, au contraire, beaucoup plus préoccupés par la situation. Une conséquence : la diffusion, au fil des jours (voire des heures !) de messages contradictoires (sur la durée de l'épidémie, la nécessité du port de masques, le temps de conservation du virus sur une surface, l'efficacité des tests de dépistage, et cætera) qui ne peuvent générer dans l'esprit du public profane que la plus grande confusion.

C'est notamment dans de telles situations que l'on regrette l'absence ou la rareté d'un journalisme scientifique compétent dont le rôle consiste précisément à trier, encadrer et commenter les discours d'« experts » plus ou moins éclairés, à faire le pont entre eux et le public. Informer le public ne relève pas d'un travail d'expert, mais de journaliste. Comme en économie, la parole des « experts » médicaux est par ailleurs rarement replacée dans son contexte, ce qui serait pourtant nécessaire compte tenu du fait que : 1) les connaissances sont partielles puisque les recherches autour du virus sont loin d'être achevées ; 2) les avis sur la pandémie et les moyens de lui faire face peuvent différer dans les milieux les plus spécialisés ; 3) tout « professionnel de santé » qu'il soit, un médecin n'est pas nécessairement spécialiste du covid-19, et des disciplines spécifiques existent dans le champ scientifique (et médical) lui-même (épidémiologie, virologie, infectiologie, etc.).


- La défiance à l'égard des médias


En cette période de crise sanitaire, les médias dominants ont un rôle à jouer en termes de diffusion des consignes. Un rôle qu'ils assument dans un contexte de défiance (souvent légitime) de la part de pans importants de la population, défiance exprimée de longue date, bien avant le début de la crise. Dans de tels moments, le rapport des citoyens à la parole publique et aux médias pose donc question. Des questionnements réflexifs sur l'information sont nécessaires, en particulier si les mécanismes conduisant à mal informer (voire à désinformer) persistent… Or, certains médias n'en prennent pas le chemin : s'ils ne manquent pas de montrer du doigt (parfois avec pertinence) les « fake news » qui circulent sur les réseaux sociaux, ou de s'insurger contre « l'irresponsabilité » d'une partie de la population, ils oublient, comme de coutume, de faire leur autocritique : dans la propagation de fausses nouvelles, comme dans la diffusion de messages contradictoires.

Parce que les frontières entre médias traditionnels et réseaux sociaux ne sont pas toutes si étanches, il est légitime de questionner le pouvoir d'arbitrage que se confèrent les premiers, sans tomber – et c'est très important ! – dans le relativisime ou dans la « critique » du « tous les médias mentent »... En d'autres termes, il faut que la critique porte la même exigence que l'information : documentée, argumentée et de qualité !


- L'information par temps « d'union nationale » ?


Sous prétexte « d'union nationale », il est d'usage pour les gouvernements d'appeler à suspendre toute critique. Les périodes de crise (voire de « guerre » – si l'on en croit Emmanuel Macron...) sont propices à des mesures de censures et des réflexes d'autocensure journalistique (« toute information est-elle bonne à diffuser en tout temps ») ? L' « union nationale » justifierait-elle, en temps de crise plus qu'en temps ordinaires, un suivisme gouvernemental des grands médias ? L'État devient-il alors, au nom de la sécurité sanitaire, le seul maître de l'information dont les médias doivent se faire les relais dociles ? Il est permis d'en douter. La liberté d'informer et le droit à l'information doivent donc être plus que jamais défendus ! Car des pressions sont possibles, qu'elles émanent du pouvoir politique, économique… ou des chefferies éditoriales elles-mêmes. Aussi notre critique doit-elle rester vigilante face aux velléités de contrôle de l'information, et à leur éventuel renforcement dans la période actuelle.


- Crise sanitaire et information sociale


On le sait : en temps normal, l'information sociale est le parent pauvre de l'agenda médiatique. Or, la question du travail devrait, dans la crise actuelle, faire l'objet d'une attention toute particulière tant les bouleversements sont nombreux : conditions de travail des personnels soignants au-delà de l'éloge télévisé de leur magnifique dévouement, conditions d'exercice du télétravail et ses conséquences, sommations du gouvernement exigeant que de nombreux salariés aillent travailler au moment même où il impose à l'ensemble de la population de rester chez soi, remises en question des droits des travailleurs (droit de retrait, droit de grève, congés payés, etc.). Quelle place et quel traitement les grands médias réservent-ils à ces informations ? Notre critique scrutera tout particulièrement les prismes et biais habituels dans le traitement de l'information sociale. Sans oublier les enjeux des conditions de travail des journalistes et des autres personnels des médias, de leur protection dans les entreprises, mais aussi de leur liberté de circulation. Sans oublier non plus les pigistes et les précaires, qui ne sauraient être utilisés, dans la période actuelle, comme des variables d'ajustement !


- Crise sanitaire et journalisme de préfecture


Pendant la crise, le journalisme de préfecture sévit toujours dans les grands médias. Deux tendances sont déjà particulièrement visibles : d'une part, les reportages aux relents sécuritaires et spectaculaires, sujets « embarqués » auprès des policiers patrouillant dans les rues, décompte des amendes, suivisme vis-à-vis de la communication de la préfecture, co-construction de récits autoritaires, etc. D'autre part, une sous-médiatisation des violences policières commises notamment dans les quartiers populaires, alors que de multiples vidéos et témoignages circulent déjà sur les réseaux sociaux.


- Crise sanitaire et journalisme magazine


Pour le meilleur et pour le pire, la crise actuelle fait le bonheur du « journalisme magazine ». Bien au-delà des rubriques ou des émissions qui l'hébergent traditionnellement, ce journalisme se développe dans les bulletins d'info, chroniques, tribunes, revendiquant le partage de conseils en tout genre, et de récits de « vie de confinement ». Dans quelle mesure ces formats ne se contentent-ils pas de reproduire le prisme de classe souvent à l'œuvre dans le journalisme culturel en général et dans les pages « lifestyle » en particulier ? Les journalistes songent-ils parfois à se départir des biais qui les conduisent traditionnellement (sinon exclusivement) à donner à voir la vie, les préoccupations et les questionnements de leur propre milieu social (CSP+) ?

Ces quelques aperçus ne relèvent pas tous à proprement parler de la critique des médias. Ils proposent quelques données de cadrage pour aborder cette critique avec des moyens appropriés. Et nous donnent l'occasion d'adresser à nos lectrices et lecteurs tous nos encouragements face à cette période difficile que nous devons toutes et tous affronter.


La rédaction d'Acrimed

COVID-19: C’est la guerre, mais on nous envoie au front avec des balles à blanc

Notre organisation syndicale dénonce depuis de nombreuses années les réformes ultra-libérales des gouvernements successifs qui ont conduit à la situation actuelle. Le manque de moyens humains et matériels dans les Hôpitaux , l’organisation inadaptée pour répondre aux besoins de la population sont la résultante de choix politiques menés par tous les gouvernements et que les […]

rAD_yAUTe : « 666 révolutions par minute » : une interview de Hazam/Instant bullshit

On n’écoute pas de la musique tout seul. On l’écoute parce quelqu’un vous a dit de l’écouter. Au fil des publications pour lesquelles il a écrit – actuellement son blog Instant bullshit -, Hazam ne cesse de dérouler une pelotte de musiques déviantes et intranquilles. Punk, noise, musiques expérimentales ou avant-gardistes, selon l’humeur et les rencontres. Chroniques de disques, reports de concerts, défilé non-stop d’écrits souvent labyrinthiques. Je suis allé l’interrompre un moment avec quelques questions.

Hello Hazam, quand as-tu commencé à écrire ? Peux-tu nous faire un historique des publications et supports pour lesquels tu as écrit ?

J’ai d’abord commencé par faire de la radio, j’étais au lycée, j’écoutais déjà beaucoup de musique et j’ai trouvé dans la radio le moyen de faire quelque chose avec ce qui était devenu pour moi une passion et celui de découvrir toujours plus de groupes, de disques, de musiques. Lorsque j’ai pu légalement partir de chez mes parents j’ai débarqué dans la grande ville la plus proche (Lyon) où j’ai cherché et rapidement trouvé une radio qui me corresponde : c’était Radio Canut où je suis resté une douzaine d’années. À radio Canut je faisais des émissions seul aussi j’ai commencé à parler de plus en plus entre les disques que je passais et c’est ainsi que j’ai commencé à écrire, d’abord des simples notes puis de véritables petits textes. D’autres à Canut – Jean-Mi, futur Bästard ou Stef, futur boss du Sonic – ont fait exactement le chemin inverse et ont choisi de ne plus parler et au contraire de mélanger les disques, les sons et de se diriger vers toujours plus de création sonore. Puis j’ai rencontré des gens qui m’ont proposé d’écrire des articles pour des supports papier (et après pour des sites internets) et depuis je continue d’écrire, principalement pour moi, pour ma propre gazette.

Ursa

Tu as collaboré à plusieurs webzines comme Le Zèbre ou Perte & fracas, et tu es revenu à un support individuel, le blog Instant Bullshit, y a-t-il une raison particulière ?

J’ai aussi écrit pour un journal papier gratuit lyonnais à tendance culturelle généraliste pendant presque quinze ans, j’ai un temps collaboré à un journal musical national distribué en kiosque mais finalement je suis un solitaire et un égoïste, je préfère travailler pour ma gueule, sans compter que j’ai un sérieux problème avec les connards pour qui dans les mots « rédacteur en chef » c’est le « chef » le plus important (cette remarque fonctionne aussi avec « directeur de publication » et « directeur »). Ce qui ne m’interdit pas de prendre part à des projets collectifs de temps en temps, si on me le demande et bien sûr si cela me branche (par exemple l’année dernière j’ai écrit un ou deux textes pour un livre).
Pour moi écrire est quelque chose de vital mais je n’ai aucune imagination, je ne sais pas inventer des histoires et réfléchir n’est pas mon fort non plus donc écrire sur la musique et chroniquer des disques me permet de conjuguer deux des trois ou quatre choses parmi les plus importantes dans ma vie et en même temps cela me donne un cadre, des contraintes, et donc l’énergie et les idées nécessaires pour assouvir ce besoin et cette envie d’écriture. Ceci dit l’expérience Perte & Fracas a été essentielle pour moi, elle s’est déroulée en deux temps et lorsqu’en 2014 Xavier est revenu vers moi pour que je réécrive dans Perte & Fracas cela m’a en quelque sorte sauvé, j’étais au bord de graves problèmes personnels et d’épreuves de vie et écrire pour PeF a alors été salutaire. Il y a dans certaines chroniques écrites à cette époque et un peu plus tard des mots qui parlent de tout ça, du fracas de l’existence, de la chute, de la dépression, des amours perdues, de la mort. Puis j’ai laissé tomber Xavier et Perte & Fracas sans crier gare, assez lâchement, parce que je n’en avais plus besoin, et je ne m’en suis jamais excusé. Mais que Xavier soit ici remercié, même s’il ne sait pas exactement ce qu’il a fait pour moi.

Je ne sais pas si Instant Bullshit a une ligne éditoriale explicite, mais si il y en avait une, qu’est-ce-que ce serait ?

La ligne éditoriale tourne uniquement autour de mon nombril et dépend du temps que je passe à le caresser (des fois je n’en ai pas le temps, d’autres fois je ne fais que ça, c’est tellement délicieux). Je parle donc de musiques et de disques que j’aime ou de musiques et de disques que j’aime détester. C’est le reflet de mon égoïsme et de mon narcissisme. Parce que ça me plaît.

Neige morte

Pourquoi et pour qui écris-tu ? Ou, autrement dit, quel est le sens d’une publication comme Instant Bullshit dans la scène musicale actuelle ?

Je ne sais pas et je m’en fous. Il y a des chroniques qui plaisent, d’autres non. Il m’arrive d’avoir des réactions à certains de mes textes mais ces réactions sont rarement argumentées, c’est plus du genre : « ah c’est cool tu fais partie des rares personnes à avoir parlé de ce disque » donc c’est comme un « like » ou un « cœur » sur un réseau social, ça ne veut pas dire grand chose.

Tu écris des chroniques de disques et de concerts mais tu ne fais pas d’interview. Pourquoi ?

Je ne sais pas trop parler aux gens. Quand j’ai besoin de dire quelque chose à une personne je préfère lui écrire. Alors faire des interviews… c’est difficile pour moi et cela l’est de plus en plus. Lorsque je vais à un concert je préfère me cacher derrière mon appareil photo plutôt que d’avoir de réelles discussions.

Je crois que, comme moi, tu a commencé à écouter de la musique à un moment où les fanzines jouaient un grand rôle. Est-ce que c’est quelque chose qui a été important pour toi ?

Oui et j’en ai plein chez moi. Je suis très heureux de constater que depuis quelques années les fanzines reviennent à la vie, que des gens veulent à nouveau imprimer des mots, écrire sur leurs idées, leurs ressentis, et que cela soit sur autre chose qu’une page web à peine consultable sur l’écran microscopique d’un téléphone pseudo intelligent. Mais je ne suis pas assez courageux pour faire de même : écrire pour un blog c’est tellement plus confortable et pneumatique.

Y a-t-il des personnes dont le style d’écriture t’ont particulièrement marqué et donné envie d’écrire sur la musique ?

Je ne sais pas trop… Les bouquins sur la musique sont souvent tellement mal écrits ! Et je ne te parle même pas des autobiographies de musiciens. Pourtant je lis beaucoup de livres sur et autour de la musique : le sujet m’intéresse beaucoup plus que le style employé, que la forme. J’aimerais pourtant bien te citer Lester Bangs mais ce type est tellement inatteignable, jusque dans ses erreurs d’appréciation, d’ailleurs… Et puis j’aime beaucoup ces auteurs qui écrivent des romans et des récits que je peux lire un peu de la même façon que j’écoute un disque qui me plait et me touche : Bukowski, Fante (père et fils), Philip K. Dick, Roberto Bolaño, Harry Crews, Jack London, Norman Mailer (enfin, principalement pour « Un Rêve Américain »), beaucoup d’auteurs américains, en fait.

Emilie Zoé

Je voulais aussi te poser une question sur la négativité et l’intransigeance. Quand on parle de musique avec une personne, on dit  « Ça, j’aime pas » ou « Ce groupe, j’ai jamais compris », – ça paraît même essentiel, c’est ça qui fait le sel des goûts de chacun – mais c’est quelque chose qu’on ne retrouve pas toujours dans la presse écrite. As-tu des idées là-dessus ?

Oui j’ai quelques idées. Dire ou écrire « j’aime » ou « j’aime pas » est interdit par la psychorigidité du journalisme professionnel. Mais il y a également cette pratique qui consiste – sur le web – a donner en pâture et en avant-première un disque via un player intégré ou une vidéo mais sans donner réellement d’avis, c’est de l’écriture événementielle, de la recherche de buzz. Et j’en ai vraiment rien à foutre. Sinon donner son avis est dangereux lorsqu’on vend des espaces publicitaires et que l’on passe son temps à gratter des disques promotionnels ou des places de concert gratuites pour occuper ses soirées.

T’est-il arrivé d’avoir des retours négatifs sur un article ?

Oui j’en ai eu à l’époque de Heavy Mental mais pour l’instant pas pour Instant Bullshit alors qu’il y a un formulaire de contact en bas à droite sur la page du blog pour qui souhaiterait me contacter mais personne ne l’a encore fait. En moyenne une personne passe moins d’une minute sur une page internet ne comprenant que des mots mais aucune vidéo ni aucun extrait musical : la lecture assidue est devenue un véritable acte de bravoure… alors réagir avec des mots à d’autres mots c’est carrément de la science fiction dans un monde où avoir l’air de réfléchir est plus important que la réflexion en elle-même.

Quelles sont les publications, papier et numérique, que tu consultes aujourd’hui et pourquoi?

Je lis Perte & Fracas, Des Cendres A La Cave, Le Monde, Le Monde Diplomatique, Courrier International, Le Figaro et quelques autres trucs lorsque je tombe sur un article dont le sujet m’intéresse. Mais je consulte surtout des sites d’informations alternatives et d’opinions contrastées (rebellyon.info par exemple).

Dewaere

Tu fais également des photos de concerts, qu’on retrouve régulièrement sur Instant Bullshit et qui ont aussi fait l’objet, je crois, d’expositions. Peux-tu nous parler un peu de ton approche la photographie ?

La plupart des photos que je prends sont plutôt visibles sur mon flickr où il y a un album consacré aux photos de concerts et un autre avec tout le reste : des paysages, mes enfants, des photos de rues, etc. Je n’expose pas vraiment – seulement cinq fois à ce jour dont deux expositions collectives – parce que j’ai la flemme. Pendant longtemps je n’ai pas voulu faire de photos parce que c’est lié à mon histoire familiale et que j’ai tout fait pour rejeter celle-ci. Puis j’ai fini par grandir (enfin, pas trop non plus) et j’ai voulu documenter les concerts où je me rends. J’aime le noir et blanc très contrasté et j’aime faire des instantanés avec des gens qui bougent à l’intérieur du cadre, donc faire des photos de concerts est idéal pour moi. Mais honnêtement je n’y connais pas grand chose, je suis incapable de te citer des « grands photographes » qui me touchent – exception notoire : certains vieux trucs de Jan Saudek – ou de te parler technique. En plus ça m’emmerde un peu, presque autant que les conversations entre fans de sport. J’ai appris par moi-même, je me suis au point tout seul des petites techniques un peu fainéantes mais qui donnent illusion de faire le taf. Du moins, je l’espère. Et puis, une photo, ce n’est pas une simple représentation de la réalité mais (donc) une illusion transformée de celle-ci, figée, et des fois même presque mortuaire. Une photo doit montrer ou exprimer quelque chose et comme ce quelque chose est la plupart du temps inexprimable (comme l’émotion et l’ambiance d’un concert) il s’agit de faire autrement, une image qui se rapproche des fois à peine de ce que l’on a ressenti. Je ne crois pas en l’objectivité et en la neutralité du photographe ou du preneur d’image. Ou alors on parle de caméra de surveillance et de totalitarisme du reflet d’un miroir sans tain.

Tu vas très régulièrement voir des concerts, quel est ton impression la scène lyonnaise actuelle, que ce soit du point de vue des groupes, des salles, du public ou autre ?

La musique à Lyon est très présente et très variée. Je n’aime pas parler de « scène », ça fait géographe, sectaire ou patriote, bref un truc qui pue. Il y a des groupes, des salles, des orgas, des concerts, des publics et c’est tout. Mais c’est très cool tout ce foisonnement à portée de main. En plus, les concerts à Lyon restent abordables financièrement – du moins ceux auxquels je me rends – et l’éthique Do It Yourself / Do It Together est très présente et importante. Bien sûr, il y a quelques tocards qui se la jouent rebelles du rock’n’roll, comme de partout j’imagine. Mais, globalement, habiter dans cette ville est une chance, oui, même si sur beaucoup d’autres plans ça craint (le nettoyage et la gentrification des quartiers populaires, la surenchère immobilière, Lyon capitale de l’extrême-droite européenne, la fête du Beaujolais, la fête des Lumières, les Nuits Sonores, le harcèlement des contrôleurs dans les transports en commun alors que bus et métros devraient être gratuits pour les gens démunis, Gérard Collomb, l’Olympique Lyonnais et ses supporters décérébrés, l’hypocrisie de la Métropole face au problème des réfugiés, je pense notamment à ceux qui sont parqués depuis des mois dans l’ancien collège Maurice Scève dans le 4ème arrondissement, etc).

France

Et le meilleur groupe lyonnais en ce moment, c’est qui ?

Je ne sais pas ce que signifie « meilleur groupe lyonnais » mais je peux citer quelques groupes que j’aime bien en ce moment comme Neige Morte, Balladur, Tôle Froide, Bleakness, Hørdür, Grand Veymont, François Virot Band, Warfuck, Schleu !, Saló, Kouma, Chromb !, Meurtrières, Contractions, Monplaisir ou Ursa. Mais mes préférés restent Tombouctou. J’avais littéralement adoré le premier album et je sais que le groupe a désormais suffisamment de nouvelles compositions pour enregistrer un deuxième LP, j’aimerais vraiment qu’il y arrive.

Les photos des groupes sont bien évidemment de Hazam. Merci à toi.

>>>>>>>>>> INSTANT BULLSHIT

>>>>>>>>>> SITE PHOTOS

>>>>>>>>>> ET UN AUTRE

L’article « 666 révolutions par minute » : une interview de Hazam/Instant bullshit est apparu en premier sur rAD_yAUTe.