Violences policières, interview Aurélie Garand

Détournement Féministe est à nouveau rassemblé !

Bien au fait de l'actualité internationale mais aussi nationale autour des violences policières. Nous souhaitons dénoncer ces crimes policiers et apporter notre soutien aux familles concernées. Nous vous diffusons le témoignage du combat pour la justice mené par Aurélie Garand et sa famille pour son frère d'Angelo qui a été assassiné en mars 2017 par le GIGN dans le Loir et Cher.

Dans cette interview de 2018, Aurélie Garand revient sur les faits, décrypte le traitement médiatique qui en a été réalisé, emprunt de discours racistes anti-voyageurs.

Elle analyse aussi les effets de l'engrenage carcéral, de la prison souvent vécue comme une « fatalité » par les voyageurs et qui fait partie de l'histoire de nombreuses familles. Elle raconte ce qui se joue pour les détenus et pour leurs proches pendant l'incarcération et à la sortie, comment les individus sont « broyés » par la prison et la récidive.

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Pour aller plus loin

A lire,

- La domination policière : Une violence industrielle, Mathieu Rigouste, La Fabrique, 2012

- Mort d'un voyageur. Une contre-enquête, Paris, Didier Fassin,Seuil, 2020

- Se défendre : une philosophie de la violence, Paris, Elsa dorlin, La Découverte, 2017,

A écouter,
Kiffe ta race #39 - Police, violence, une histoire commune, un podcast de Binge Audio animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly.

Musique :

- Musique du film la Haine - écrit et réalisé par Mathieu Kassovitz -1995

- Pharrell Williams - Freedom

- A la belle étoile - Juliette Greco

- I Am - Petit frère-A.C.A.B - Sara Hebe Ft Sasha Sathya

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qcq Kiosk La Batie Montsaléon

Le Kiosk (La Batie Montsaléon 05) est un lieu de diffusion et d'information NO PROFIT...traduction et diffusion de livres, textes et brochures provenant de pays étrangers : Crimethinc, Blackmosquito, IAF... sur les thèmes : prison, abolition, HP, Handicap... Contre l'enfermement et toute forme d'autoritarisme, sans oublier d'être toujours optimistes mais inquiets...

Nous possédons aussi un Atelier de sérigraphie pour la production de teeshirt, Stickers, affiches... et une mini salle de projection.

Contact : INFOLEKIOSK@@@protonmail.com

Dijon: nouvelles du Jardin l’Engrenage

Depuis le 17 juin, les 61-63-65 avenue de Langres accueillent des jardins collectifs et individuels. Cette prise de terres fait suite à l’appel du 17 juin « à agir contre la réintoxification du monde ». Dijon accueille donc une nouvelle friche sur laquelle tout est à construire… sauf le projet immobilier prévu initialement !

Le 17 juin vers 16h j’ai vu arriver une foule nombreuse armée de fourches et de bêches. Sur le coup je craignais que les travaux commencent. Ça aurait été un sacré chantier car je devais accueillir un projet de 300 logements, cyniquement nommé « Garden States ».
Mais contre toute attente, tous ces gens étaient venu.e.s pour planter des essences que je n’accueillais pas encore. Ils et elles sont venu.e.s retourner, avec courage, mon sol déjà traumatisé par le passage des bulldozers. Au fil du temps, la destruction des maisons et des jardins qui occupaient le terrain ont laissé place à une nature qui tente tant bien que mal de ressusciter cette terre abîmée.

Depuis cet élan collectif, des gens se succèdent quotidiennement pour prendre soin des légumes en devenir. Ils et elles travaillent doucement parcelle par parcelle. Fort heureusement, ils et elles sont attentifs aux plantes déjà présentes avant leur arrivée. Je conserve donc un espace de friche majoritairement composé de mélilot blanc dans lesquels les abeilles et les oiseaux virevoltent en grand nombre. D’ailleurs les moineaux semblent se satisfaire de cette cohabitation. Ils viennent picorer en essaim le paillage aux milieux des pieds de tomates, courgettes, haricots, poireaux, courges, et autres cucurbitacées.

Les habitant.e.s du quartier viennent eux aussi profiter de la fraicheur des arbres, des brises par ces temps bien trop chauds. Certain.e.s avaient déjà pris cette habitude pendant le confinement, d’autres découvrent le lieu grâce à cette nouvelle dynamique. Il faut dire que je suis situé sur le chemin de la toison d’or et qu’on peut aisément constater que la nature n’est pas à l’honneur dans cette forêt de béton. Mon tilleul central devient ainsi, un lieu de rencontre.

Les moments de vie que j’ai accueilli me rassurent et me font entrevoir un avenir radieux. J’ai vu les gens chanter, danser, sourire, taper du pied lors de la fête de la musique. J’ai vu le voisinage qui n’avait jamais osé franchir l’accotement promettre de revenir car « Nous saurons où venir maintenant quand nous aurons envie de parler ! ». J’ai également revu des enfants faire des cabanes dans les creux des arbres envahis de lierre. Les samedis de chantier m’ont fait ressentir une énergie collective propice à me rendre encore plus accueillant.

J’ai également pu recueillir des instants de quiétude, des confidences dans les hautes herbes ou sous le pommier, des pique-niques en amoureux sur les transats, des apéros entre amis dans la douceur du crépuscule et toute parenthèse qui permet d’éloigner des esprits la vie effrénée de la ville.

Toutes ces énergies communes de réappropriation des terres urbaines ne demandent qu’à grandir. Déjà différents endroits se dessinent : bien sûr le jardin collectif que je vous ai décrit, mais aussi des parcelles individuelles que des voisins courageux ont travaillées pour les rendre cultivables. Les tables et bancs fleurissent et forment un parc dans l’ombre du tilleul où les badauds peuvent s’arrêter. Le terrain de pétanque, finement damé par les mordus du cochonnet s’améliore de jour en jour. Le programme de l’été arrive et permettra à chacun.e de s’épanouir dans cet îlot de verdure au cœur de l’espace urbain.

Jardin l’Engrenage
61-63-65 avenue de Langres
21000 Dijon
jardinlengrenagedijon [at] riseup [point] net
https://squ.at/r/7wl8


Des squats à Dijon https://radar.squat.net/fr/groups/city/dijon/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Dijon https://radar.squat.net/fr/groups/city/dijon
Des événements à Dijon https://radar.squat.net/fr/events/city/Dijon


[ Publié le 13 juillet 2020 sur Dijoncter https://dijoncter.info/nouvelles-du-jardin-l-engrenage-2102 ].

Le premier chantier collectif a été l’occasion de travailler l’entrée avec 2 panneaux d’affichage.

Le terrain de pétanque fait le 17 juin a été utilisé de maintes fois par des initiés. Il a depuis été aggrandi et a pu être testé à plus grande échelle le 11 juillet lors d’un tournois.

Couché de soleil vu de la fenêtre de la cuisine.

L'armée, pas de quoi RIRe

Ouvrir l'un des derniers numéros du RIRe est une expérience troublante. Si le nom diffère, les pages ressemblent beaucoup aux premiers numéros de CQFD : format, maquette, idées politiques, on s'y croirait. Et au fond c'est bien normal, puisque le canard que vous tenez entre les mains est l'héritier direct de ce journal antimilitariste.

La Une du n°185 de CQFD, illustrée par Gwen Tomahawk

Au départ, il y a le Journal des Objecteurs, mensuel lancé au début des années 1980, époque où éviter son service militaire est une gageure. Le premier numéro, tiré à 1 000 exemplaires en juillet 1982, annonce la couleur : on n'est pas là pour rigoler. Maquette A4 austère, pas un dessin, vocabulaire militant... Le fun n'est pas de mise. Mais le but est ailleurs : il s'agit de soutenir ceux qui s'opposent à la conscription. Il y a eu 132 numéros du Journal des objecteurs. Au fil du temps, ses rédacteurs, qui s'étaient lancés en amateurs, étoffent leur publication. Des dessins font leur apparition (Siné, Cabu). Des efforts de mise en page sont faits. L'humour s'invite au coin des pages – « Déserter ? Ça va pas non ? Pour qu'on me pique ma place ? » D'autres thèmes sont abordés. Finis les longs comptes-rendus d'AG, place à des articles parfois passionnants, à l'image de cette interview publiée dans le numéro 100 : « Être objecteur de conscience en Union soviétique ». Il n'empêche : la petite équipe parisienne confie son « usure », attendant une relève qui tarde à venir.

Au début des années 1990, les collectifs engagés dans la lutte contre la conscription s'interrogent sur la stratégie à adopter. « Il y avait bien eu une avancée avec la loi sur l'objection de conscience de 1983 [1], mais le statut restait discriminatoire : double durée, règlement militaire, etc. », raconte Hervé, soutier du Chien Rouge qui était de l'aventure du RIRe dès le début. « Nous trouvions que le Mouvement des objecteurs de conscience (MOC), qui fédérait des collectifs de tout le pays, manquait de combativité. Sa majorité refusait de soutenir concrètement insoumis et déserteurs de peur de mettre en danger un statut chèrement gagné par les militants des années 1970. On avait envie de faire réseau, de fédérer les groupes qui voulaient être plus offensifs, pas contre le MOC mais à côté. » C'est sur cette base que le Réseau d'information aux réfractaires (RIRe) prend son envol en 1994.

Le RIRe réunit donc différents collectifs antimilitaristes disséminés dans l'Hexagone. Un journal du même nom leur servira de bulletin de liaison. Pour simplifier les démarches administratives, le petit nouveau reprend le numéro de commission paritaire de son prédécesseur, marquant symboliquement la continuité du combat. Au fil des numéros, qui s'étoffent peu à peu, on croise d'innombrables cas d'insoumis et de déserteurs envoyés devant une justice parfois expéditive. Comme le procès du Basque Kittu Lascaray, dont le cas est évoqué dans le numéro de janvier 1996 : » Insoumis le 12 juin 1992, Kittu a été incarcéré le 4 novembre de la même année. Condamné à 13 mois ferme, il a purgé sa peine dans les maisons d'arrêt de Gradignan et de Poitiers. Malgré cela, l'armée a osé le rappeler sous les drapeaux, faisant de lui un insoumis pour la deuxième fois. C'est pourquoi il a été recondamné à 12 mois ferme. » Un cercle vicieux, qui suscite une forte mobilisation. Le procès en appel est épique. Face au chahut dans la salle, le président menace : « La prochaine fois je ferai évacuer, nous ne sommes pas aux fêtes de Bayonne. C'est pas un spectacle. »

Une voix s'élève : « C'est vous le spectacle. » Quand le président demande qui est l'auteur de la saillie, toutes les mains se lèvent. Il fait donc évacuer la salle : « La situation dégénère en affrontement contre les CRS, matraques et coups de poing jusqu'aux pas perdus. » Ambiance. Malgré tout, Kittu est relaxé.

Mais le RIRe ne se limite pas à couvrir les procès d'insoumis, qui disparaissent peu à peu du paysage après l'abrogation du service militaire. En 1997 le bulletin devient une revue bimestrielle qui cherche à élargir les fronts de luttes. Très vite, le journal se fait pourfendeur des ventes d'armes. Son grand ennemi : le salon Eurosatory, vitrine des marchands de missiles se tenant tous les deux ans en région parisienne et contre lequel de grandes mobilisations sont organisées. En parallèle, le ton évolue, se fait plus journalistique, ouvert à d'autres horizons, de la Tchétchénie à la Sierra Leone. L'antimilitarisme n'est plus le seul cheval de bataille. « Au fil du temps, la revue s'est concentrée à Marseille et a vu arriver de nouvelles têtes venues d'autres horizons », raconte Hervé. « Peu à peu, l'idée de transformer le RIRe en revue généraliste s'est imposée. Se transformer pour continuer. »

Le changement s'amorce avec le numéro 47, qui abandonne le format « revue » : Le RIRe a désormais une gueule de journal. Le dernier numéro, le 49 (mars 2003), entérine le grand changement et l'arrivée en kiosques d'un nouveau venu, à gueule de chien rouge : « La presse aux ordres a parfaitement réussi à mettre les opinions [divergentes] KO. Les troupes en désordre de la presse militante continuent pourtant de ramer à contre-courant dans leurs coquilles de noix. Pour accélérer la cadence, Le RIRe renaîtra en mai prochain sous un nouveau titre : CQFD. » Ainsi fut fait.

Émilien Bernard

[1] L'objection de conscience avait été légalisée dès 1963, mais soumise à des conditions si drastiques que très peu de réfractaires y eurent recours. La loi de 1983 desserra un peu la vis.

grand jeu concours

Les charmes (très) discrets de la bourgeoisie confinée

Dans l'esprit de notre ancienne rubrique « Lu, vu, entendu », retour sur quelques morceaux de bravoure que nous ont offerts les grands médias pendant le confinement [1].

Dès mars, la presse s'arrache les « journaux de confinement » et les témoignages d'illustres personnalités. Leur particularité ? Faire le récit du quotidien de la bourgeoisie confinée.

« Nous sommes confinés. J'écris cette phrase mais elle ne veut rien dire. Il est 6 heures du matin, le jour pointe à peine, le printemps est déjà là. Sur le mur qui me fait face, le camélia a fleuri. » Leïla Slimani, à propos de son séjour prolongé dans sa maison secondaire (Le Monde, 18 mars).

« Nous planquons au garage notre voiture immatriculée à Paris » titre le journal confiné de Marie Darrieussecq dans Le Point (20 mars). « Comme le hamster, nous faisons du surplace » philosophe Raphaël Enthoven dans L'Express (23 mars), pour qui le confinement « révèle notre vide existentiel ». Un éclair de lucidité ?

Dans Le Parisien, c'est l'écrivaine Tatiana de Rosnay qui tient une chronique de son confinement dans la capitale : « Au coin de la rue, je tombe sur une amie. Joie ! Je me penche pour l'embrasser, elle fait de même, et nous nous ravisons à la dernière minute. Bises défendues. Un resto, alors ? Ah, non. Tristesse. » (16 mars)

À l'écoute des damnés de la terre, le quotidien recueille aussi le « programme antistress » de Rebecca Hampton (« Plus belle la vie ») : « Nous ne mettons plus le nez dehors… Sauf ce matin où j'ai dû aller acheter de la salade pour nourrir les escargots que ma fille a adoptés dans le jardin. » (24 mars)

Autre éclair de lucidité, dans le journal d'une confinée de Cynthia Fleury (Télérama, 19 mars) : « Le confinement a des allures de temps suspendu, de ralentissement jubilatoire, d'étreinte avec le calme, enfin. Or, ce type de confinement-là, préservé, serein, est un luxe total […] Cela peut sembler presque une disgrâce, cette dissymétrie entre ceux qui doivent surtout ne rien faire, rester chez eux, et les autres, à qui tout incombe. » On ne saurait si bien dire !

Gala et Femme actuelle se sont quant à eux rendus au chevet de Brigitte Macron (27 mars), « éprouvée par le confinement » selon le premier, quand le second donne à entendre « ce qu'elle vit mal au quotidien ». La palme revenant à Paris Match (24 avr.) :

[Brigitte Macron] recluse, oui, coupée du monde, certainement pas ! […] Sa fonction de présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France l'accapare tant que le chef de l'Etat se sentirait un peu négligé ! Dans l'épreuve, elle a trouvé sa voie.

Comme tous les journalistes de cour !


Meilleur du pire des titres de presse


- Grazia, 2 mars : « Coronavirus : les stars sortent masquées ». Le magazine s'interroge : le masque « va-t-il devenir un accessoire de mode ? » Et un gisement publicitaire pour les féminins ?

- LCI, 12 mars : « Le parano, l'hypocondriaque, le bon élève… Reconnaîtrez-vous vos collègues parmi ces profils de réaction au coronavirus ? » Et vous ? Avec le paresseux, le toutologue, le chien de garde… reconnaîtrez-vous les journalistes préférés de Martin Bouygues ?

- France Bleu, 19 mars : « Confinement en Bretagne : il se fait livrer l'apéro… en drone par un voisin. » La suite de l'enquête est confiée à Christophe Barbier, reporter émérite.

- Le Point, 19 mars : « Profiter du confinement pour ranger ses mails : un vrai geste pour la planète ». Chez François Pinault, le « monde d'après » aura bien lieu !

- Le Parisien, 23 mars : « Non, ce ne sont pas des CORONAVACANCES ! » Au ministère de l'Intérieur comme de l'Éducation, le quotidien sert la soupe !

- BFM-TV, 24 mars : « Et si les salariés offraient leurs RTT au personnel soignant ? » Et si BFM-TV payait sa juste part d'impôts ?

- France Bleu, 3 avril : « Kebab, pelouse pas tondue et faux sportifs : les pires excuses pour échapper au confinement. » Un travail d'investigation de premier plan !

- Le Monde, 13 mai : « La vidéo de Jean-Michel Blanquer en duplex de ses toilettes est un faux ». Le fact-cheking du Monde, lui, est bien réel…


Kahina Seghir, Frédéric Lemaire, Lucile Girard et Pauline Perrenot


[1] Note : cet article est tiré du dernier numéro de notre revue Médiacritiques, à commander sur notre boutique en ligne ou à retrouver en librairie.

Derrière les cafés Joyeux, la galaxie catholique réactionnaire

Côté rue, l'enseigne Café Joyeux présente un visage avenant où bonté de cœur et esprit d'entreprise œuvrent de concert pour favoriser l'intégration au monde du travail de personnes en situation de handicap cognitif. Côté cour, ses intrications avec les sphères les plus réactionnaires du catholicisme français questionnent. Tout comme les soutiens institutionnels et politiques dont elle bénéficie.
« Non merci, on a déjà eu des articles dans tous les titres de la presse nationale. » Au téléphone, le ton est sec (...)

- Décrypter / , ,

Ce que Maurice Rajsfus fut

Rescapé de la rafle du Vél' d'Hiv', Maurice Rajsfus a documenté les abus de la police pendant des décennies. Il est décédé le 13 juin, jour d'une immense manifestation parisienne contre les violences policières. Hommage.

Les policiers ? « Si tu leur réponds, il y a outrage. Si tu résistes, il y a rébellion. Si tu prends la foule à témoin, il y a incitation à l'émeute », commentait Maurice Rajsfus dans un entretien [1] à CQFD, où il constatait le comportement de plus en plus » invraisemblable » des policiers. C'était en 2008, sous Sarkozy. Maurice nous a quittés le 13 juin dernier à l'âge de 92 ans. Le même jour à Paris, une manifestation contre les violences et l'impunité policières convoquée par le comité Adama remplissait la place de la République.

Resté jusqu'au bout un espiègle jeune homme, Maurice Rajsfus avait consacré une grande partie de sa vie à documenter les abus policiers. De 1968 à 2014, il avait accumulé une immense masse d'archives d'articles de presse consacrés au sujet. Cofondateur de l'Observatoire des libertés publiques, il avait aussi écrit une cinquantaine de livres, dont un tiers consacré à la police française.

Le 16 juillet 1942, le petit Maurice était raflé avec sa famille. Sa sœur et lui échappèrent à la déportation – pas ses parents, juifs polonais. » Décoré de l'étoile jaune par la police française », il n'hésitait pas à sortir ce bout de tissu de sa poche enveloppé dans un plastique qu'il conservait toujours sur lui, pour le montrer à ses interlocuteurs. En historien amateur, il a ouvert tout un champ d'études jusque-là inédit sur la période de Vichy : » Les historiens institutionnels m'en ont toujours voulu d'avoir mis les pieds dans leur pré carré, expliquait-il. Ils ne m'ont jamais aidé ni cité. Il faut dire aussi que [pendant longtemps] sur la centaine de bouquins écrits sur la Résistance, pas un seul n'était consacré à la police, pas un seul chapitre non plus. »

Soutien des Palestiniens, il avait commis le faux-pas de figurer sur la liste Euro-Palestine aux élections européennes de 2004 en compagnie de Dieudonné, avant de s'en retirer pour ne pas créer de la division entre « les divers comités qui luttent pour la reconnaissance des droits d'un peuple marginalisé ». Compagnon de route de Ras l'Front et des libertaires, il répondait présent à la plupart des manifs parisiennes, jusqu'à ce que ses genoux vieillissants ne lui permettent plus de s'y rendre. Maurice, monsieur adorable et humble, est mort à un moment où tout ce pour quoi il s'est battu retrouve son expression dans l'actuel mouvement contre les violences policières. Grand respect à ce précurseur.

Mathieu Léonard

La Une du n°189 de CQFD, illustrée par Jean Codo & Zam Zam {JPEG}

- Cet article a originellement été publié sur papier dans le numéro 189 de CQFD, en kiosque du 3 juillet au 3 septembre. Voir le sommaire du journal.

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[1] « Que fit la police ? », CQFD n° 54 (mars 2008), disponible en ligne.

« Intimer une limite au pouvoir »

Kristian Williams est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la police aux États-Unis, dont Our Enemies in Blue : Police and Power in America (2004). Il commente ici la situation bouillonnante des villes américaines, l'apport des émeutes au rapport de forces et différentes problématiques militantes.

Par Gwen Tomahawk {JPEG}

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Cet entretien est la traduction partielle d'une interview réalisée en anglais par le site radical Hard Crackers : « “Preserving Our Capacity to Act” : An Interview with Kristian Williams », HardCrackers.com (16/06/2020).

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Sur l'efficacité des émeutes, tu affirmes qu'elles s'opposent bien plus sûrement à la brutalité policière que les cadres légaux...

« Ce qui distingue ce moment de tous ceux que j'ai connus, c'est le peu de soutien du public – ou même des institutions – sur lequel la police peut compter. Immédiatement après la mort de George Floyd, les politiciens se sont précipités pour faire leurs sermons sur les inégalités raciales et les violences policières. Un certain nombre d'écoles et d'universités ont rompu leurs accords avec la police. Des entreprises privées ont cessé de lui vendre du matériel. Il y a même quelques organisations policières qui ont appelé à ce que la police rende des comptes, ce qui était sans doute avant tout une tentative de garder la main sur le contenu des réformes actuelles et à venir. La vérité, c'est qu'ils sont désormais presque les seuls à espérer une simple réforme, parce que le mouvement [de protestation] a fait un saut qualitatif pour envisager l'abolition [de la police]. Et, chose intéressante, l'abolition est discutée en termes stratégiques concrets liés à la suppression du financement des services de police, à leur désarmement, à la dépénalisation de certaines infractions et à la recherche d'autres voies pour assurer la sécurité publique. On n'est plus seulement dans l'utopie “post-révolution”. Il semble même qu'à Minneapolis, cela soit en train de devenir la politique officielle.

Le soutien qui s'exprime encore pour les forces de l'ordre, et en particulier l'appel de Trump en faveur d'une violence accrue contre les manifestants, est choquant moralement mais s'explique intellectuellement. À droite, beaucoup de gens sont persuadés que les hommes en uniforme ne peuvent pas causer de tort parce que tout ce qu'ils font est indispensable pour nous préserver de la sauvagerie type Mad Max. Cette attitude s'accompagne généralement d'une paranoïa raciste à l'égard des Noirs qui revendiquent leurs droits d'une manière ou d'une autre. On se souvient de leur réaction hystérique quand des joueurs de football américain avaient mis un genou à terre durant l'hymne national [en 2016 pour protester contre les violences racistes]. »

Les émeutes sont-elles des réponses adéquates aux violences policières ?

« Les émeutes ne se suffiront jamais à elles-mêmes. Elles peuvent néanmoins se révéler nécessaires en mobilisant des personnes auparavant passives, en donnant à des individus isolés un sentiment de puissance collective, en endommageant l'infrastructure réelle de l'oppression et, de façon marginale, en permettant une redistribution des richesses. Mais ce que je soutiens, c'est que les émeutes sont un outil de communication de la population à l'égard du pouvoir. Elles lui intiment la limite à ne pas franchir. La simple existence de l'émeute montre que la légitimité des dirigeants s'est effondrée, au point de mettre en péril leur capacité à gouverner – en tout cas temporairement. C'est une situation très délicate à laquelle les gouvernements doivent faire face. Elle tend à produire [chez les gouvernants] une dépendance excessive à la coercition – répondre à la violence par une violence plus grande encore. D'une certaine manière, c'est logique : lorsque la légitimité n'est plus là, la violence est tout ce qui reste.

Cependant, pour que les émeutes puissent remplir leur rôle singulier, elles doivent se conjuguer à d'autres initiatives parallèles afin de structurer les causes des troubles et consolider les acquis de la lutte. »

Quel parti tirer des émeutes pour élargir le champ d'un imaginaire politique émancipateur dans un avenir proche ? Que faire ensuite pour éviter, par exemple, l'effondrement de la gauche radicale après 1968 ou les espoirs douchés du mouvement Occupy ?

« Ce qui se passera après les émeutes sera crucial pour déterminer si ce moment marque un tournant dans l'histoire de la contestation du maintien de l'ordre, ou s'il est simplement cathartique.

Ce dont nous aurons absolument besoin, c'est que les organisations de gauche se saisissent de cette occasion pour adopter un programme totalement abolitionniste, et se donnent les moyens de le mettre en œuvre. Dans la gauche radicale, la non-col labo ration avec la police n'est plus à négocier depuis longtemps, même quand il ne s'agit que d'une simple demande d'autorisation de manifester. Pour la gauche institutionnelle, les choses se révèlent plus délicates, et le changement ne se fera pas toujours sans douleur. Grâce au boulot d'organisations comme Incite : des femmes de couleur contre la violence et à des universitaires engagés comme Andrea Ritchie et Dean Spade, les mouvements féministes et LGBTQ+ débattent depuis longtemps de la façon de répondre aux agressions sexuelles, à la violence domestique et aux crimes haineux sans s'appuyer sur le système judiciaire pénal [1], même si la position abolitionniste est loin d'être dominante. Dans le mouvement ouvrier, il y a encore plus à faire. Les flics ont beau avoir une longue histoire de briseurs de grève, les syndicats ne les considèrent toujours pas comme l'ennemi naturel des travailleurs (ce qui était la position de George Orwell), mais continuent de les assimiler aux autres salariés nécessitant une protection sociale.

Ainsi, dans le syndicat de fonctionnaires [American Federation of State, County and Municipal Employees] auquel j'appartiens, les flics, les commissaires et les gardiens de prison peuvent être syndiqués. En même temps, mon syndicat célèbre la grève des éboueurs [de Memphis en 1968] et aspire à devenir une organisation antiraciste. Je pense que nous arrivons à un point où cette contradiction va devenir intenable. Alors que les personnes de couleur s'expriment pour réclamer la fin de la suprématie blanche – et portent cette revendication sur le lieu de travail – les syndicats devront se défaire de ces secteurs répressifs. Il est temps d'organiser les prisonniers et de cesser de syndiquer les gardiens de prison.

Ce ne sont là que quelques exemples sur la façon dont la gauche doit changer selon moi. Mais la vérité est que ces moments d'insurrection font descendre dans la rue beaucoup de gens qui n'avaient jamais fait de politique auparavant. Certaines de ces personnes continueront la lutte après dissipation des gaz lacrymogènes. Et il ne fait aucun doute que ces nouvelles personnes apporteront des idées neuves et ouvriront des possibilités que toi et moi n'aurions même pas imaginées. »

Beaucoup de rumeurs circulent sur la présence de flics en civil parmi les manifestants. Comment les repérer ?

« Notre capacité à les reconnaître dans une manifestation de rue est hélas très limitée, et les tentatives de le faire peuvent se révéler contre-productives. D'une part, la suspicion peut devenir un moyen d'imposer une vision étroite de qui peut faire partie ou non du mouvement, de ce à quoi doit ressembler un manifestant, et elle peut également s'appuyer sur des stéréotypes pour désigner à quoi ressemble un flic : il s'agit d'une sorte d'aveuglement que nos adversaires pourront exploiter. D'autre part, la tentative d'identifier les agents de police par leur comportement peut aussi dévier en une tendance à étiqueter tous ceux avec qui on est en désaccord comme étant des infiltrés, ou à affirmer qu'ils ne “valent pas mieux que les flics”, etc. Et c'est vrai dans tous les camps. Les partisans intransigeants de la non-violence dénonceront les émeutiers comme des agents provocateurs, et les émeutiers accuseront les manifestants pacifiques d'être complices de la répression. Ce genre de clivage est aussi destructeur que ce qu'il vise à prévenir, et la traque des infiltrés détourne du débat essentiel sur les tactiques adaptées aux situations. En effet, ce genre d'arguments dispense chaque partie de justifier ses propres tactiques, et de les relier à une stratégie plus large dans une perspective de changement social.

Surtout, nous devons nous rappeler que l'objectif d'une bonne sécurité [dans nos rangs] est de consolider notre capacité d'action. La sécurité consiste donc à gérer et à atténuer les risques, et non à les éliminer. Résister au pouvoir est intrinsèquement risqué. »

Traduction : Mathieu Léonard

La Une du n°189 de CQFD, illustrée par Jean Codo & Zam Zam {JPEG}

- Cet entretien est extrait du n°189 de CQFD, en kiosque du 3 juillet au 3 septembre.

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Amsterdam: Keizersgracht 318 reoccupé

Depuis jeudi (9 juillet), un bâtiment a été squatté à Amsterdam, au numéro 318 du Keizersgracht. Ce dimanche après-midi, les squatters ont fait connaître leur présence. Une déclaration des squatters :

Depuis quelque temps, nous vivons dans le bâtiment du Keizersgracht numéro 318. Aujourd’hui, nous faisons connaître notre présence. Le bâtiment est vacant depuis des années. En 2015, il a également été squatté. À l’époque, il a été expulsé assez rapidement, parce que le propriétaire prétendait encore l’utiliser. En regardant l’état du bâtiment, ce n’était pas très apparent. Plus tard, en 2017, le propriétaire a été pris en train de démolir illégalement l’intérieur classé monument de ce bâtiment. La municipalité a décidé de mettre un terme à toute construction du bâtiment. Il était interdit au propriétaire de faire quoi que ce soit avec le bâtiment, avant que l’intérieur monumental ne soit reconstruit dans son état d’origine.
Aujourd’hui, trois ans plus tard, rien n’a changé. Le bâtiment est toujours vide, rien n’a été restauré, et la dégradation continue.
Tout cela alors que le nombre de sans-abri à Amsterdam augmente, que les loyers s’envolent, que les listes d’attente pour un logement social approchent les 20 ans et que l’on construit hôtel après hôtel.
Pour nous, une raison suffisante pour commencer à utiliser ce bâtiment, nous voulons avoir une maison !

Beaucoup de gens se sont présentés à l’ouverture, et la règle des 1,5 mètre a été appliquée de manière créative. Avec des cordes et des bannières, les rues ont été occupées.
La police est venue constater que le bâtiment était squatté. Les squatters se sont fait dire que pour l’instant, la police n’agira pas. Les squatters ont déjà entendu cela auparavant, iels ne baisseront donc pas leur garde.
Si vous voulez passer pour aider à barricader, nettoyer, occuper, prendre une bière, vous êtes plus que bienvenu-es.


Des squats aux Pays-Bas: https://radar.squat.net/fr/groups/country/NL/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) aux Pays-Bas: https://radar.squat.net/fr/groups/country/NL
Des événements aux Pays-Bas: https://radar.squat.net/fr/events/country/NL


[ Publié le 12 juillet 2020 sur Indymedia https://www.indymedia.nl/node/48159 ].

Comment rater l'avion

Quand iels deviennent la cible de la machine à expulser, les étranger·es sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ne baissent pas les bras pour autant. Kounta Kinté raconte les différentes tactiques mises en œuvre jusqu'à l'intérieur même des centres de rétention administrative (CRA) pour résister à l'expulsion. Qu'elles soient transmises ou inventées, les stratégies de lutte permettent de « faire la force », tout seul ou à plusieurs.

Je travaillais à vélo, je suis livreur. Un soir, en rentrant chez moi, j'ai vu des policiers à un feu rouge, sur la voie opposée. Quand le feu est passé au vert, leur voiture s'est mise derrière moi en mettant la sirène, pour me rattraper. J'ai pas compris. « Bonjour monsieur, contrôle d'identité. » Pourquoi ? Parce que, soi-disant, je roulais avec des écouteurs. C'était faux, je les avais autour du cou, mais pas moyen de me faire entendre : « Arrêtez de négocier, vous n'allez quand même pas m'apprendre mon travail ! » Ils m'ont demandé si j'avais une pièce d'identité sur moi. J'ai dit non. Comme je savais que j'avais une OQTF, il valait mieux pas qu'on me reconnaisse. J'ai tenté un truc : comme quelqu'un me prêtait ses papiers d'identité pour travailler, c'est son nom que j'ai donné. Là, ils m'ont demandé ma date de naissance, et j'ai sorti une date au hasard. Quand ils m'ont demandé mon âge, j'ai dû réfléchir, j'ai mis un peu de temps. « Ben, monsieur, vous ne connaissez pas votre âge ? » Et j'ai raté de peu. Ils ont fouillé mon sac, malheureusement le passeport du type dont j'utilisais le nom y était. Ils ont décidé de m'embarquer pour vérification. J'ai fini par leur donner mes vrais nom et prénom. Au commissariat, ils ont découvert l'OQTF qui datait de dix mois, et ils m'ont placé en garde à vue. Là, ils ont essayé de jouer avec moi : si j'avouais que la personne m'avait donné son passeport contre une somme d'argent, je pouvais être considéré comme victime. J'ai répondu qu'elle voulait juste me dépanner, sans rien en échange. Ils l'ont fait venir de force au commissariat, en lui faisant croire que j'avais avoué qu'il me louait son passeport. Ils lui ont dit que s'il ne portait pas plainte contre moi pour avoir volé son identité, ils allaient le poursuivre et prendre son titre de séjour. Heureusement le mec a compris que c'était du chantage, et il a donné la même version que moi. Ils l'ont laissé partir.

J'ai passé plus de vingt-quatre heures en garde à vue, ils m'ont réveillé au moins cinq fois pendant la nuit pour me poser les mêmes questions. Ils ont pris mon ADN et une photo avec la pancarte à numéros, comme pour les criminels.

Le matin, on m'a menotté et emmené en CRA avec quatre policiers. Dans la voiture, celui qui était au volant a conduit comme un fou, on aurait dit qu'ils escortaient un grand criminel : à toute allure, prenant des contresens, roulant sur les voies de bus ! Je ne comprenais pas trop.

Quand on est arrivés au centre du Bois de Vincennes, on m'a dit que j'allais y rester jusqu'à ce que tout soit mis en place pour que je sois renvoyé dans mon pays.

J'étais plutôt énervé, et puis j'ai vu l'ambiance et ça m'a rendu vite triste. Être là, enfermé, tourner en rond sans n'avoir rien à faire... Certaines personnes étaient devenues à moitié folles. On était deux par chambre, les portes étaient numérotées. Ils allumaient et éteignaient la TV quand ça leur chantait. Tu as le choix : soit tu dors, soit tu fais des allers-retours dans un couloir de trente centimètres de large. Au bout de quarante-huit heures, si tu n'as toujours pas été expulsé, ils te présentent devant un·e juge pour décider si on te libère ou si on prolonge la rétention. Je me suis retrouvé devant la juge et lui ai dit que je travaillais, que j'étais intégré. En plus, à ce moment-là, j'avais un récépissé encore valable : ça veut dire que j'étais en même temps autorisé et pas autorisé à rester en France. Mais elle a quand même pris la décision de prolonger la rétention de vingt-huit jours. Qu'est-ce que je pouvais y faire ? Sa parole suffisait à me condamner ou à me faire partir.

Si au bout de vingt-huit jours, je n'avais pas été expulsé, je devais repasser devant un·e juge. Si j'arrivais à tenir, j'avais une chance d'être libéré à ce moment-là. Mais tous les jours, ils venaient prendre au moins neuf personnes, et chaque soir, je me disais que le lendemain, ce serait moi.

Heureusement, j'ai compris un peu le système. Quand tu arrives au centre, les gens t'expliquent ce qui se passe, comment tu peux faire si tu ne veux pas partir, comment faire annuler ton vol. Une association avec laquelle je suis en contact m'a aussi filé des tuyaux. À l'intérieur, ils affichent une liste avec les noms, les destinations, et les jours des vols. Dix jours après mon arrivée, j'ai vu mon nom sur la liste. Je me suis dit que ça commençait à être chaud ! Repartir sans rien alors que j'ai toute ma vie ici ! J'ai réfléchi à toutes les possibilités pour sortir de là.

Quand c'est ton premier vol, ils viennent te chercher dans la journée. Là, si tu commences tout de suite à faire la force, on t'attache. À l'aéroport, un jeune maghrébin à côté de moi criait pour ne pas partir. Ils l'ont attaché direct de manière inhumaine, je n'avais jamais vu ça : une ceinture énorme autour du bassin qui retient aussi les bras ; attaché aux pieds et aux genoux, il ne pouvait plus bouger. Pour te porter, il y en a un qui te prend par les pieds, l'autre par le bassin, le dernier par la tête et voilà. Retourner dans son pays ligoté de cette manière, c'est plus que dur.

Donc le jour prévu, quand ils sont venus me chercher, je suis resté tranquille. Si tu as l'air d'accord avec eux, ils ne te menottent pas, ils t'accompagnent pour t'installer dans l'avion quarante minutes avant le décollage, et après ils te laissent. Une fois dedans, tu es seul, libre, tu peux crier ! Mais si tu commences trop tôt, ils ont le temps de te faire descendre, de t'attacher et de te remonter. Alors il faut rester assis tranquille, attendre la dernière minute. Quand l'avion est plein, c'est là qu'il faut faire la force ! Vingt minutes avant le décollage, j'ai dit à l'hôtesse de l'air que je voulais parler au commandant et annuler mon vol. Elle a refusé, je me suis levé, j'ai fait du remue-ménage, j'ai crié et je me suis dirigé vers la porte pour descendre. Paniquée, l'hôtesse a appelé les policiers. Ils sont montés, m'ont menotté et m'ont fait descendre de l'avion. À ce moment, ils n'ont plus le choix : ils ne peuvent pas t'attacher ni te brutaliser devant les gens. Ils ne prendront pas ce risque. Ils m'ont dit : « Tu verras la prochaine fois... Tu nous auras pas deux fois ! » Il n'y a pas eu de prochaine fois !

Au centre, un Algérien ne mangeait pas et avalait des vis continuellement. Son estomac en était rempli. Ils n'ont jamais réussi à lui faire prendre l'avion, il allait tout le temps à l'hôpital. Un autre ami sénégalais a réussi à éviter plusieurs vols. Pour le premier, il a bu du shampoing et pris des comprimés juste avant le départ, et il a dû être transféré à l'hôpital. Une fois soigné, ils ont essayé de le réexpédier tout de suite à l'aéroport, attaché et menotté. Il a cogné sa tête contre un mur. Ils ont encore dû le renvoyer à l'hôpital et il a raté l'avion. Mais ils ont fini par l'avoir. La veille de son dernier vol, il s'est planqué dans une autre chambre que la sienne, et on l'a aidé à bloquer la porte pour qu'ils ne l'attrapent pas tout de suite. Il a profité du temps qu'ils ont mis à le dénicher pour se rendre malade avec des médicaments. Mais ils ont fini par le retrouver. Ils étaient six policiers pour lui attacher les pieds, les jambes, lui mettre la ceinture autour du bassin qui coince les bras, et sur la tête, un genre de casque qui bloque la bouche pour empêcher de crier. C'est soit ça, soit du scotch et une cagoule. Ils l'ont renvoyé comme ça à Dakar.

Quand tu refuses un vol une première fois, tu sais qu'une semaine après, maximum, un deuxième t'attend. Cette fois, pour t'empêcher de tenter quelque chose, ils n'affichent pas ton nom sur la liste des vols. On te tombe dessus à 4 ou 5 h du matin, et on t'amène de force à l'aéroport. Ils venaient très tôt, comme ça, et quoi que tu fasses – avaler des comprimés, boire du shampoing, te tailler les veines, te blesser –, ils avaient le temps de gérer le problème et de te faire monter dans l'avion. On appelle ça le « vol caché ».

Quand ils venaient la nuit chercher des gens pour l'aéroport, il y en avait plein qui ne dormaient pas. Moi-même je ne dormais jamais avant 5 h du matin. Certains étaient assis dans le couloir. Dès que les policiers débarquaient, ils criaient : « Vol caché, vol caché, vol caché ! » Quand on entendait ça, on sortait tous de notre chambre et on se mettait à crier. Les policiers s'énervaient, ils nous demandaient de rentrer, ils étaient débordés. Même quand ils venaient pour un contrôle de routine, on leur demandait « Vol caché ? », ça les rendait fous ! Ils avaient la rage, ils ne te répondaient même pas.

Au final, les policiers avaient un peu peur aussi, car c'était souvent la bagarre, ils étaient paniqués par les tentatives d'évasion. Avant que j'arrive, certains avaient mis le feu aux deux bâtiments en même temps, en allumant des matelas, et trente personnes avaient profité du chaos pour s'échapper. Quand j'y étais, il y a eu deux tentatives, mais ce n'était pas assez organisé, pas assez méthodique. On a décidé un soir de frapper à la porte des surveillants pour demander un briquet, puis de forcer le passage en nombre pour piquer leurs badges. Sur le moment, tout le monde était là, mais il n'y en a que deux ou trois qui ont eu le courage d'avancer vraiment. Les autres ont eu peur et se sont mis à courir dans l'autre sens. Les policiers ont bien bastonné les trois fonceurs.

Une autre fois, on a essayé de casser la vitre blindée d'une chambre. J'étais dedans, même si je savais que ça allait foirer. On a démonté une porte, discrètement à cause des caméras, et pendant ce temps, les autres devaient chahuter les policiers pour détourner leur attention. Au bon moment, on est tous entrés dans une chambre, et on a pris la porte pour défoncer la vitre blindée. Elle cédait petit à petit, mais ça prenait du temps. En passant la tête par la porte pour surveiller, on a fini par attirer l'attention des policiers. Ils se sont doutés qu'il se passait quelque chose. La panique a encore tout gâché, tout le monde s'est éparpillé en les voyant approcher : on y était presque ! Après ça, ils ont commencé à renvoyer les gens massivement, ils ont été impitoyables, ils mettaient tout le monde en vol caché et ils les attachaient direct.

Pour mon deuxième vol, pile une semaine après le premier, on est venu me chercher au milieu de la nuit. Au moment de partir à l'aéroport, ils mettent tous nos effets personnels dans un sac qu'ils ne te restituent qu'une fois dans l'avion. Je me suis laissé faire mais j'ai planqué mon téléphone. Ils m'ont mis dans une fourgonnette inqualifiable, pleine de cages. On était là-dedans comme des chiens, on n'y voyait rien, on sentait juste le mouvement de la voiture.

On est arrivés très en avance à l'aéroport, à 6 h du matin. Je suis resté calme et j'ai appelé discrètement mon avocate. En apprenant la situation, elle a immédiatement déposé un recours au tribunal administratif. J'ai aussi appelé une amie qui a reconstitué mon dossier médical avec des rapports rédigés par plusieurs médecins, dont celui du CRA, qui me contre-indiquaient de prendre l'avion au risque de dégrader irréversiblement mon audition. Elle est aussi allée à l'ambassade faire annuler mon laissez-passer [1]. L'expulsion est devenue illégale et mon avocate les a harcelés jusqu'à ce qu'ils fassent machine arrière et qu'ils me ramènent au centre. Quelques jours après, ils avaient déjà réservé un autre vol pour moi ! Mais au trentième jour de ma détention, j'ai été présenté de nouveau devant un juge. Il fallait vraiment justifier le fait d'avoir refusé les deux vols. C'est mon dossier médical qui les a convaincus de me libérer. Je suis enfin sorti de là.


[1] Lorsqu'un·e étranger·e en instance d'expulsion ne présente aucun passeport, la préfecture doit demander un laissez-passer auprès du consulat du pays de destination. Faute de ce laissez-passer, la reconduite ne peut pas avoir lieu.

Cet article est initialement paru dans le cinquième numéro de la revue Jef Klak « Course à pied »

contact@@@jefklak.org

L'hélicoptère, la caméra thermique et les « chasseurs de morilles »

Les campagnes et les espaces naturels n'ont pas échappé à la surveillance qui a déferlé pendant le confinement. Cluster du coronavirus, Izaut-de-l'Hôtel a même pris des allures de laboratoire répressif. Dans ce village du piémont pyrénéen, au motif de l'injonction à « rester chez soi », les autorités ont encore accentué la militarisation du maintien de l'ordre public.

Par Vincent Croguennec {JPEG}

Du pas de leur porte, les voisins se cherchent du regard, interloqués, presque tétanisés. Tout proche, un hélicoptère militaire kaki surplombe, en vol stationnaire, les tuiles du toit de l'école. Pendant ces quelques secondes qui semblent durer des heures, le ronflement sourd des palettes et du rotor envahit le village. Un bruit tellement brutal qu'il ne viendrait à personne l'idée de sortir dans la rue. Puis soudain, sans que l'on comprenne pourquoi, l'engin de l'armée se précipite vers le flanc boisé d'une montagne baptisée le « Pain de sucre » pour sa forme rectangulaire. Il y reste vingt minutes, tel un frelon devant une ruche, alternant immobilité et accélérations soudaines, avant de disparaître vers l'ouest... jusqu'au lendemain. Le surlendemain, il reviendra encore. Le jour suivant aussi. Etc.

Si la scène évoque un imaginaire de guerre lointaine, nous sommes bien dans l'Hexagone, plus précisément à Izaut-de-l'Hôtel, un petit bourg médiéval du Piémont pyrénéen. Dans ce très rural sud du département de la Haute-Garonne, complètement laissé-pour-compte par la prospère métropole toulousaine, certaines communes affichent un taux de pauvreté largement supérieur à la moyenne nationale. À l'évidence, pendant la crise sanitaire du Covid-19, l'État est revenu en force à Izaut-de-l'Hôtel. Malheureusement, ce n'était pas l'État-providence, mais bien l'État policier et sa violence symbolique.

Il faut préciser que, sans que l'on sache pourquoi, le village était un cluster, c'est-à-dire un foyer de contamination du coronavirus. Sur 300 habitants, une vingtaine d'Izautois ont été diagnostiqués positifs – et encore, en l'absence de tests suffisants, tout le monde n'a pas été dépisté. Au centre hospitalier de Saint-Gaudens, la sous-préfecture du coin, les quelques patients sous respirateur étaient presque tous d'Izaut (deux personnes âgées ont hélas succombé à la maladie). De quoi alimenter la paranoïa des communes voisines, déjà bien nourrie par BFM-TV et le comptage quotidien du nombre de décès de Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. De quoi, surtout, justifier un état d'urgence sanitaire du type « Nous sommes en guerre ! »

Traquer le « petit libertaire »

Si un hélicoptère militaire faisait du vol stationnaire quasi quotidiennement en journée, des opérations se sont aussi déroulées en pleine nuit, comme le 23 avril sur les pentes du col de Larrieu : « L'engin était tout proche. On ressentait le souffle des hélices, sans pourtant le distinguer avec l'obscurité, raconte Jordi, un bûcheron quadragénaire. C'était très oppressant, les enfants se sont réveillés. Nous l'avons tous vécu comme une agression. »

À Izaut, des SUV de la gendarmerie nationale sillonnaient les rues devenues désertes, mais aussi les petits chemins caillouteux. Un jour de la fin avril, une cinquantaine de gendarmes marchaient furtivement dans les massifs calcaires environnants – « une grande course d'orientation prévue de longue date », nous a-t-on expliqué.

Parmi les malchanceux qui ont ramassé une amende de 135 € à Izaut, il y a Thomas, intérimaire dans le bâtiment (et donc sans revenu à cause du confinement). C'est en allant chercher des affaires dans sa voiture, à trois mètres de sa porte d'entrée, qu'il a été surpris par les gendarmes sans sa fameuse « attestation écrite ». Ubuesque. De fait, les Pyrénées débordent de ces récits de répression subjective, infantilisante et improbable – sans pour autant atteindre l'intensité des violences policières qu'ont subies les quartiers populaires urbains.

Ici comme ailleurs, un gouffre s'est rapidement creusé entre « l'esprit de la loi » – à savoir limiter les contaminations du Covid-19 – et l'application concrète de ladite loi par les forces de l'ordre. Pour preuve, la traque des « chercheurs de morilles » comme on l'a surnommée en Ariège. Sur toute la chaîne pyrénéenne, des dizaines de gendarmes à pied, en quad ou en VTT ont patrouillé sur les sentiers à la recherche de ces mycologues « irresponsables ». Pour justifier ce dispositif, les autorités ont argué qu'il s'agissait d'éviter que les accidents en montagne ne saturent les urgences hospitalières. Dans les faits, l'épidémie n'ayant que faiblement touché le Sud-Ouest, les centres hospitaliers étaient en sous-régime (moins d'accidents de travail ou sur la voie publique, moins de blessés des sports de contacts comme le rugby, moins d'amochés des rixes de fin de soirée éméchée…).

Résultat, au motif de l'injonction générale à « rester chez soi » non atténuée par la prise en compte en compte de critères sanitaires locaux, un bon nombre de libertés fondamentales ont été inutilement pulvérisées.

Pas de quoi émouvoir les gazettes locales : fidèles servantes de l'ordre établi, les « pravdas » de la région se sont émerveillées de l'usage des drones et ont défendu mordicus la pertinence des protocoles de surveillance. Le 15 mai, juste après le déconfinement, le quotidien Sud-Ouest ironisait même sur l'arrestation d'un « parfait petit libertaire » qui sur Facebook « avait pris coutume de raconter jour après jour ses courses en montagne avec le lyrisme d'un militant anarchiste révolutionnaire ».

En parallèle, des délateurs se sont soudain réveillés, notamment celui que l'on surnomme ici le Marquis, un ancien légionnaire grincheux très fier d'avoir pu dénoncer « les poètes ».

Un laboratoire policier du coronavirus

Situées aux confins des territoires administrés, les Pyrénées ont longtemps constitué des espaces de liberté et de résistance, comme ce fut le cas sous l'occupation nazie. Cette fois-ci, « Izaut a fait office de laboratoire, une manière pour nos dirigeants de tester à la fois la docilité de la population et l'obéissance des forces de l'ordre », analyse Jordi, le bûcheron. Selon les autorités, les hélicoptères qui ont survolé le village étaient munis d'une caméra thermique, enregistrant les différents rayonnements infrarouges émis par les corps. Afin de débusquer à tout prix les cueilleurs de champignons ? « Il s'agissait surtout de s'entraîner, pondère un gendarme. On n'envoie pas le GIGN si l'on repère une personne seule à plus d'un kilomètre de chez elle. »

Il n'empêche : le confinement a été l'occasion d'une militarisation supplémentaire du maintien de l'ordre, déjà bien décrite dans les quartiers populaires et lors des grandes mobilisations sociales. Il a légitimé des mesures de contrôles incluant les autorisations de déplacement et les barrages policiers, mais aussi le quadrillage du territoire montagnard et des opérations de grande ampleur en pleine nature.

Au Pays basque, au moment où ces lignes sont écrites (fin mai), la frontière entre l'Espagne et la France est toujours fermée. Dessinée en 1659 par Louis XIV et son cousin Philippe IV d'Espagne, elle n'est bien souvent qu'un trait absurde, qui ne suit aucun relief logique ou divise des bassins de vie comme la vallée de la Bidassoa et le pays de Quint, isolant aussi le village de Zugarramurdi, côté espagnol. De fait, des dizaines de couples ou de proches parents restent encore séparés, parfois à quelques centaines de mètres de distance. En pleine montagne, la frontière reste férocement gardée par l'armée espagnole, comme à l'époque du franquisme. « C'est complètement absurde. Avec les troupeaux nous sommes obligés de faire un détour d'une heure pour rejoindre l'estive depuis notre cabane, témoigne Laurence, une bergère fromagère du pays de Quint. Quel est le lien avec le Covid-19 ? »

Trois siècles et demi après le traité des Pyrénées, l'état d'urgence sanitaire semble s'inscrire dans une même logique d'assujettissement des individus à l'ordre d'un lointain État, au mépris des réalités locales et des liens sociaux.

Jean-Sébastien Mora

Photo



FanXoa : Magic Death Night

Haiku spirit to Julia

Magique est la nuit

Fricotant avec la mort

Laissez-nous danser


FX, “Julia, Magic Death Night”, acrylique et feutre, 38×46, 7 juillet 2020.

Marseille: expulsion illégale du 12 rue Breteuil. Appel à témoignage et à soutien

Plusieurs mineurs isolés de Saint Just et des solidaires ont été arrêtés par les flics pendant l’expulsion du squat du 12 rue Breteuil, après une journée à avoir été harcelé par des fachos et les hommes de main des proprios de l’immeuble. Appel à rassemblement maintenant devant le commissariat de Noailles, et à appel à témoignages, vidéos et photos de la journée!

« Appel à rassemblement immédiat devant le commissariat de Noailles suite à l’expulsion et à l’arrestation de solidaires et mineurs occupant l’appartement 12 rue Breteuil. » Collectif 59 St Just

Appel à témoignages. Pour tout.e.s ceux et celles qui ont des images, des vidéos, ou qui sont prêt à témoigner de ce qui c’est passé depuis hier, contactez le collectif à collectif59stjust [at] gmail [point] com !
Vous pouvez aussi appeler la legal team au 07.53.05.25.30, ou écrire à legalteam-marseille [at] riseup [point] net.


Communiqué suite à l’agression du squat Breteuil par des militants d’extrême droite

Depuis quelques jours, une dizaine d’adolescents dits « mineurs non accompagnés », aidés par des militants-es, occupent un appartement au 12 rue Breteuil à Marseille ceci afin d’éviter de dormir dans la rue et d’être exposés à tous les dangers que peuvent encourir des jeunes de 16 ans.
Inutile de rappeler que ces mineurs, de par leur statut ont le droit d’être protégés et c’est le conseil départemental des Bouches-du-Rhône, présidé par Martine Vassal qui est en charge d’appliquer ce droit.

Il n’est donc pas question de laisser des enfants dormir dehors, c’est la raison pour laquelle des lieux inoccupés sont ouverts et le seront jusqu’à temps que ces droits soient respectés.
Hier soir, le voisin, qui se réclame membre de l’action française, qui est un mouvement nationaliste, se revendiquant d’extrême droite, est venu menacer, tenter de défoncer la porte de l’appartement et insulter les occupants du lieu.

Depuis ce matin, d’autres membres de son groupe sont venus lui prêter main forte, casqués, armés de bombes lacrymogènes, et tenter par tous les moyens d’ouvrir la porte et faire sortir les habitants.
La police s’est déplacée plusieurs fois, a constaté ces violences et continue de ne pas intervenir.
Nous demandons que des solutions d’accueil soient trouvées en urgence pour les jeunes hébergés à la rue Breteuil et pour tous ceux-celles qui arrivent à Marseille.

Nous dénonçons le fait que les forces de l’ordre témoins de ces actions violentes et racistes n’interviennent pas pour protéger les jeunes.

Nous ne nous laisserons pas intimider par ce type d’actions fascistes et réitérons notre soutien inconditionnel aux personnes en situation de migration qui subissent l’injustice de l’État.

Marseille le 10 juillet 2020


Des squats à Marseille: https://radar.squat.net/fr/groups/city/marseille/squated/squat
Des squats expulsés: https://radar.squat.net/fr/groups/city/marseille/field_active/1/squated/evicted
Des groupes à Marseille: https://radar.squat.net/fr/groups/city/marseille
Des événements à Marseille: https://radar.squat.net/fr/events/city/Marseille

Les sans papiers: https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers


Publié le 10 juillet 2020 sur Marseille Infos Autonomes https://mars-infos.org/expulsion-illegale-du-12-rue-5191

Gilets jaunes de Valence : la justice baisse (un peu) le ton

Pour trois coups de pied assénés à un flic, le tribunal de Valence avait condamné un Gilet jaune à douze mois de prison ferme. Devant la cour d'appel de Grenoble, le manifestant s'en est sorti avec huit mois de bracelet électronique et trois ans d'interdiction de manifester dans sa région et à Paris. Son camarade, auteur d'un seul coup, a écopé de six mois de bracelet.

Par Etienne Savoye {JPEG}

« Dans cette affaire, lâchera l'avocate des policiers pendant l'audience d'appel, tout est question d'angle de vue. » C'est assez vrai. Il n'y a qu'à voir, par exemple, le titre de l'article que le site de C-News consacre à l'affaire : « Agression de policiers : condamnation confirmée en appel pour deux Gilets jaunes ». Des policiers agressés ? Les deux manifestants assurent qu'ils ne savaient pas qu'ils s'en prenaient à des flics. Ils expliquent qu'à l'instant des faits, ils voulaient seulement défendre un Gilet jaune agressé par des hommes en civil.

Acte IV

D'abord, le contexte. Ce 8 décembre 2018, les Gilets jaunes en sont à leur quatrième acte. Après un temps d'expectative, de nombreux militants de gauche ont rejoint le mouvement. Des revendications sociales plus larges commencent à supplanter les initiales doléances d'automobilistes. Débordées par l'énergie émeutière qui s'est manifestée çà et là, les autorités ont fait le pari de la répression féroce ; six jours plus tôt à Marseille, Zineb Redouane décédait après avoir reçu en pleine figure une grenade lacrymogène à la fenêtre de son appartement [1].

Ce 8 décembre 2018 donc, des Gilets jaunes bloquent un rond-point de la zone commerciale du plateau des Couleures, à Valence (Drôme). Vers midi, la police estime que la blague a assez duré. Les agents chargent. Les fluos ripostent : des projectiles volent. Quelques minutes plus tard, sur un parking proche, deux policiers – dont le directeur départemental de sécurité publique – reconnaissent un des lanceurs de projectiles. Habillés en civil, ils tentent de l'interpeller. Mais le manifestant ne se laisse pas faire et les trois hommes se retrouvent au sol.

C'est à ce moment-là qu'une quinzaine de Gilets jaunes, apercevant l'un des leurs se faire malmener par deux gugusses lambda, interviennent. Tout va très vite – 25 secondes à peine. Des coups de pied et de poing sont échangés ; les flics dégainent leur arme ; d'autres bleus arrivent en renfort et les fluos prennent la fuite.

Dans l'après-midi, quatre personnes ayant participé à l'algarade sont arrêtées – violemment – dans les rues du centre-ville, où se déroule une marche pour le climat. Elles se retrouvent en garde à vue, puis en détention provisoire. Au bout de dix jours, elles ressortent. Juste le temps de se requinquer un peu, avant leur procès de première instance.

Le mercredi 26 décembre 2018, Maria, Dylan, Tom et Stéphane font face à leurs juges, au tribunal correctionnel de Valence [2]. Aucun des prévenus n'a de casier judiciaire. Motif des poursuites ? « Violences en réunion sur personnes dépositaires de l'autorité publique ». Les deux policiers se sont vu délivrer deux et trois jours d'ITT (interruption totale de travail). Stéphane a porté trois coups, Tom et Dylan un chacun. Impossible de nier : une caméra de vidéosurveillance a immortalisé la scène. Les images, cependant, ne permettent pas de savoir ce qui s'est passé dans la tête des prévenus. Qu'importe, le procureur a ses certitudes au sujet de Stéphane : « Monsieur Trouille, c'est le plus violent, avec un vrai projet : foutre en l'air du flic » ; « Il vient pour en découdre... » ; « Il tabasse... » Maria, elle, n'a frappé personne. Simplement, elle s'est emparée du bonnet d'un des deux pandores et l'a jeté plus loin. Aux yeux du procureur, voilà une faute impardonnable : « Le fait de prendre un bonnet à un policier au sol constitue déjà des violences. »

Au terme du délibéré, les quatre prévenus récoltent trois ans d'interdiction de manifester. Maria écope de neuf mois de prison, dont trois ferme. Dylan en prend dix, dont quatre ferme. Aucun des deux ne fera appel. Les deux autres, les plus lourdement condamnés, contesteront la peine : douze mois dont six ferme pour Tom, dix-huit mois dont douze ferme pour Stéphane.

Grenoble, un an et demi plus tard

Ce jeudi 4 juin 2020, Stéphane et Tom ont donc rendez-vous à la cour d'appel de Grenoble. Le Covid-19 se faisant discret, les bars et les restaurants ont rouvert depuis deux jours, mais la justice n'est visiblement pas pressée de renouer avec un de ses principes essentiels : la publicité des audiences. Le tribunal demeure fermé au public et les quelques dizaines de personnes venues soutenir les prévenus resteront dehors.

Pourquoi avoir fait appel ? « Je ne savais pas que c'étaient des policiers », répond Tom. Toute l'audience tournera autour de cette question : au début de la bagarre, les deux Gilets jaunes avaient-ils conscience qu'ils s'en prenaient à des pandores ? Dès lors, la circonstance aggravante de violences « sur personnes dépositaires de l'autorité publique » tient-elle ?

À la manière qu'ils ont de mener leurs interrogatoires, on devine bien que les juges présupposent que les prévenus savaient très bien à qui ils avaient affaire. Curieusement, ce sont les policiers eux-mêmes qui vont donner des éléments à décharge. D'abord, le patron des flics de la Drôme rappelle qu'il était en civil : « Pour éviter d'être identifié comme policier, j'[avais] mis un pull gris. » Puis il admet sans mal que dans la confusion, son brassard « police » a probablement glissé – devenant ainsi beaucoup moins visible. Il reconnaît également qu'il n'a « pas eu le réflexe » de crier « Police ! ». Autre élément probant : « Rapidement, on s'est fait insulter, mais pas en tant que policiers. »

Comme en première instance, les magistrats surinterprètent la vidéo, pourtant confuse, zoomée et lointaine, ne permettant absolument pas de distinguer l'expression d'un visage : « On a l'impression que vous faites votre jogging, vous êtes très détendu », s'entend ainsi dire Stéphane. Lequel donne sa version des faits : « J'observe une personne qui donne des coups à d'autres […]. Donc ma réaction pour désamorcer cette bagarre, c'est de lui donner un coup pour qu'elle recule. C'était chaotique, spontané. » Tom, lui, indique qu'il a décidé d'intervenir quand il a vu un manifestant avec « le visage en sang ».

En défense, Me Raphaël Kempf montre au deuxième agent de police un extrait de la vidéo où on ne voit pas son brassard. Et il lui demande : « Est-ce que c'est possible qu'il ne soit pas visible ? » La présidente du tribunal intervient : « Ça n'est pas une question. Comment voulez-vous qu'il réponde à ce type de question ? » Me Kempf : « On leur demande si les manifestants savaient qu'ils étaient policiers, je pose la question inverse… » Le flic : « Oui c'est possible [que mon brassard ne soit pas visible], je suis en mouvement. »

L'avocate des policiers dramatise : « Ces faits ont été une déferlante de violences. » Sûr que face à quinze Gilets jaunes, les deux flics ont dû flipper (et il est heureux qu'ils aient fait preuve de sang-froid en n'utilisant pas leurs armes), mais peut-on honnêtement dire comme la bavarde que « cette déferlante de coups est à la limite du supportable » ? Si elle apprécie les excuses faites à ses clients par les prévenus, l'avocate n'en démord pas : « Je suis certaine qu'ils savaient à qui ils avaient affaire. »

La parole est au ministère public, qui commence par un discours d'apaisement, rappelant qu'à l'occasion du mouvement des Gilets jaunes, on a pu voir « des dérapages des deux côtés ; il y a des enquêtes visant des fonctionnaires ayant abusé de leur autorité ». Mais là, il s'agit de juger les manifestants : « Sur la vidéo, on voit [le directeur départemental de la sécurité publique], il est au sol […] ; à cet instant-là, on a l'impression que c'est la curée, l'hallali. » Pour que les agents « aient été reconnus comme policiers, aurait-il fallu qu'ils portent un gyrophare ? » Il demande la confirmation des peines.

L'avocate de Tom, Me Alice Becker, rappelle que le premier procès avait eu lieu dans un contexte politique très tendu. Ne pouvant réclamer la relaxe, elle plaide une forte réduction de peine : « Je vous demanderai juste de revenir à la raison, à la matérialité des faits, à savoir un coup de pied, dont il s'est excusé. La peine il l'a déjà eue, il a passé dix jours en détention provisoire. » Elle estime ensuite que la peine complémentaire d'interdiction de trois ans de manifester n'est pas légale, car elle devrait être limitée dans l'espace.

Pour défendre Stéphane, Me Kempf rappelle que la manifestation des Gilets jaunes se passait très bien, sans débordement, « jusqu'à ce que la police décide de la disperser ». En ce qui concerne la circonstance aggravante de violences « sur personnes dépositaires de l'autorité publique », il demande la relaxe – « ne serait-ce qu'au bénéfice du doute ». Sur le reste, il suggère une peine de sursis, mais pas de ferme.

Et finalement…

Le 2 juillet, la cour d'appel de Grenoble a rendu sa décision. Tom, 24 ans, ramasse douze mois de bracelet électronique, dont six ferme – sans inscription au casier judiciaire (B2), ce qui l'arrange bien puisque dans le cadre de son travail d'ouvrier du BTP, il lui arrive de devoir travailler sur des ouvrages sensibles, comme des barrages, où un casier vierge est exigé. Pour Stéphane, vidéaste et reporter de 42 ans, ce sera dix-huit mois de bracelet, dont huit ferme. Les deux hommes écopent également de trois ans d'interdiction de manifester dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et à Paris. Les verra-t-on bientôt sur les pavés de Marseille, Lille, Nantes ou Montpellier ?

Clair Rivière

[1] En ce début juillet 2020, le policier tireur n'a toujours pas été identifié.

[2] Lire notre compte-rendu : « Au tribunal de Valence, apaisement rime avec châtiment », CQFD n° 172 (janvier 2019). Lire aussi le communiqué où Stéphane raconte sa version des faits.

Barrage illégal : la chambre d'agriculture et ses dirigeants condamnés

Les président et vice-président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne viennent d'écoper de peines de prison ferme pour avoir construit illégalement une immense retenue d'eau au profit de quelques exploitations agricoles.
Malgré les interdictions, le barrage de Caussade dans le Lot-et-Garonne – un ouvrage de 378 mètres de large et 12,5 mètres de haut – a tout de même été creusé sous la pression de la chambre d'agriculture [1]. Ce 10 juillet, le tribunal correctionnel d'Agen a condamné les (...)

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Konstroy : Konstroy - ACTU (10 07 2020)

- Actu -  

05/07/2020

Konstroy prend maintenant des vacances, on se retrouve à la rentrée...

 

Le site d'archive/podcast des émissions subit actuellement une avanie et nous mettons tout en oeuvre bla bla.... On espère qu'à la rentrée tout sera rentré dans l'ordre ;)

EN ATTENDANT => Retrouvez les dernières émissions sur la nouvelle page "Archives"

 

Folow us / Suivez-vous :
https://mstdn.io/@Konstroy

 

 

Planning Konstroy :

 

 

 

 

#metoo dans le cinéma, Adèle Haenel brise un nouveau tabou

Pour celleux qui ne les ont pas encore entendu, on vous propose dans cette émission deux interviews :

  • "#metoo dans le cinéma, Adèle Haenel brise un nouveau tabou"
  • et une interview d'une universitaire, Iris Brey, qui dénonce les violences sexuelles dans le cinéma en général.

Bonne écoute !

MediapartLive : Adle Haenel brise un nouveau tabou dans le cinma

En pleine pandémie, des millions d'Américains privés d'eau potable

Selon plusieurs études et enquêtes, les services d'eau des États-Unis sont comparables à ceux des régions du monde les plus défavorisées. La dégradation des infrastructures, la pollution des nappes phréatiques et des réserves naturelles, ainsi que la forte augmentation du prix de l'eau mettent désormais en péril la vie de plusieurs millions de personnes.
Au moins 30 millions de citoyens des États-Unis vivent dans des zones où l'eau ne respecte pas les normes de salubrité. Et plus de 2 millions de foyers (...)

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Au fil du temps

C'est l'émission de l'été, après deux mois de confinement pour 3 mois sur l'hétéronorme, on revient avec une émission toujours aussi minutée. On parlera de nos rapports au temps, on entendra plein de bouts de récits, et des chansons ! Bon été, rdv à la rentrée pour de nouvelles aventures !

Au fil du temps | Radio d'Ici

Ouvrages cités :
– Mercy, Mary, Patty ; de Lola Lafon
– Les mamies braqueuses ; de Raquel Franco et Cristina Bueno, trad. Brigitte Marie
– Mon corps est un champ de bataille, collectif, Éd. Ma colère
– Femmes, la guerre la plus longue ; Manière de voir, décembre 2026 – janvier 2017

Musiques :
– Vices et Râlement Déviant – Nos grands mères
– la Cie Kta – Désensorvoutement
– Cumbia Queers – Feriado nacional
Le meddley final est extrait des chansons :
– Dalida – Le temps des fleurs
– Françoise Hardy – Le temps de l'amour
– Barbara – Dis quand reviendras tu ?
– Isabelle Pierre – Le temps est bon
– Anne Sylvestre – Depuis le temps que je l'attends mon prince charmant
– Tokiko Kato – Le temps des cerises (version du dessin animé Porco Rosso)
– Jenifer – Donne moi le temps
– Céline Dion – Le temps qui compte
– Cyndi Lopper – Time after time
– Angèle – Ma reine
– Gloria Gaynor – It's my time
– Amy Whinehouse – Half time

Etats-Unis : coup d'arrêt au projet d'oléoduc menaçant les Sioux

Un tribunal vient d'ordonner la fermeture temporaire du gigantesque oléoduc du Dakota du Nord, gelé sous Obama puis relancé par Donald Trump. Les communautés amérindiennes sont à l'origine de cette victoire juridique fondée sur le respect de l'environnement.
C'est un énorme revers pour l'administration Trump, mais surtout une immense victoire pour les tribus amérindiennes et les défenseurs de l'environnement. Un juge du District de Columbia aux États-Unis a ordonné, le 6 juillet, que l'oléoduc Dakota (...)

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Publicité, l'industrie du boniment : entretien avec Marie Bénilde

Nous publions, avec l'autorisation des auteurs, cet entretien paru dans le dernier numéro de la revue L'Intérêt général (« La consommation », juin 2020). Dans On achète bien les cerveaux, Marie Bénilde expliquait comment la publicité entretient « une culture commune de l'avidité » qui perpétue « l'ordre marchand » [1]. Et aujourd'hui, où en sommes-nous ?

La « pub », expliquez-vous, c'est d'abord un marché.

Oui, un marché qui a représenté 15 milliards d'euros en France en 2019, en hausse de 2,6 % par rapport à l'année précédente. Parmi les 66 000 annonceurs, on trouve des tout petits, comme des boutiques qui font leurs promotions dans les journaux locaux, les prospectus, le site Pages jaunes, les cinémas… Et puis au premier rang figurent les acteurs de la grande distribution (Intermarché, Leclerc, Lidl, Carrefour…), les marques automobiles (Renault, Citroën…) ou le groupe de lessives américain Procter & Gamble. Autant le dire d'emblée : les rédactions des médias dominants n'enquêtent pas sérieusement sur ces très gros annonceurs, sauf s'ils ne dépendent pas de la publicité pour vivre… ou si la justice s'en mêle.


Les annonceurs rémunèrent en effet les médias en tant que supports publicitaires. Mais plus seulement les médias « traditionnels » (télévision, cinéma, radio, presse, publicité extérieure) ?

On constate même un repli de la presse, une certaine stabilisation de la télévision et de la radio, et une envolée des dépenses publicitaires sur les géants de l'Internet, à commencer par Google et Facebook, mais aussi Amazon. La ressource de la publicité bascule donc vers des acteurs qui payent un impôt ridiculement bas grâce à l'optimisation fiscale et n'ont aucune rédaction à entretenir, donc ne concourent pas directement au pluralisme de l'information.

Si le total des recettes des cinq médias « traditionnels » avoisine les 8,5 milliards d'euros (-0,3 % par rapport à 2018), les supports numériques représentent déjà 6,8 milliards (+13,4 %). Les multinationales américaines du web sont les premières à en bénéficier mais de purs supports de publicité, comme l'affichage digital (de JCDecaux ou de Clear Channel), captent une part significative de ce gâteau.


Et la publicité ne se déploie pas que dans les médias…

En effet, au-delà des médias, le marché de la communication en général est évalué à 33 milliards d'euros en France. Cela inclut les promotions, les foires commerciales, les opérations de relations publiques, les courriers publicitaires, le mécénat…. Sans oublier les sites et les comptes des réseaux sociaux des marques elles-mêmes, qui s'adressent de plus en plus directement au consommateur.


Pour communiquer, dans tous ces cas, une marque recourt à une agence, n'est-ce pas ?

Oui, à une agence qui se consacre aux relations publiques, conseille ses clients dans leur stratégie, conçoit les campagnes ou achète des espaces. À ce dernier titre, elle joue les intermédiaires entre les annonceurs et les supports (presse, radio, télévision, affichage, Internet…). Six multinationales de la publicité et leurs filiales se partagent l'essentiel de cette activité : on retrouve deux américaines, Omnicom et Interpublic, une japonaise (Dentsu) une britannique (WPP) ainsi que les françaises Publicis et Havas.


Dans votre livre, vous racontiez comment Publicis et Havas se mêlent de politique.

On sait que Publicis a joué un rôle significatif dans l'ascension de Sarkozy, via sa branche conseil et l'influence de son ancien patron Maurice Lévy sur tous les médias. Havas contrôlé par Bolloré a pris sa revanche sous Hollande et Macron, grâce à Stéphane Fouks, le très influent patron de la branche « Worldwide » : après avoir défendu Cahuzac, l'homme a même placé un de ses proches, Ismaël Émelien, à l'Élysée en 2017. Mais Publicis est toujours présent dans le monde politique, comme on a pu le voir lors de la désastreuse affaire Griveaux, dans laquelle l'agence a tenté de jouer les pompiers.


Quel est le profil des « créatifs » qui travaillent au sein de ces agences ?

Ils ont beaucoup évolué par rapport à 2007, quand On achète bien les cerveaux a paru. La supériorité de classe, le sexisme et le racisme y sont moins affirmés. Parmi les créatifs, on trouve davantage de trentenaires ou de quadras férus de nouvelles technologies. Ce sont en quelque sorte des aspirateurs à tendance. Alors oui, on fera beaucoup de green washing, davantage de représentation de la diversité ethnique, des hymnes aux services connectés… Mais le statut social représenté dans la pub ressemble toujours à celui d'un cadre des services, bref au publicitaire lui-même.


Les créatifs changent, l'idéologie publicitaire demeure…

Je me souviens que quand j'étais étudiante, il m'arrivait de regarder les publicités à la télévision et de me retrouver aussitôt dans un univers ouaté, amorti, où l'on rebondissait au ralenti comme dans des pubs pour matelas. Vous pouviez avoir les pires problèmes, la publicité vous offrait la vision d'un monde rassurant, où tout était à sa place, depuis toujours (Peter Weir a réussi une assez cinglante illustration de ce monde dans son film The Truman Show). C'est cela l'idéologie publicitaire : faire croire que notre univers social n'est pas régi par des intérêts et des luttes, voire par de la violence ; pousser le consommateur à se sentir déterminé moins par l'appartenance à son groupe social que par les aspirations collectives véhiculées par les médias.


Cette idéologie devient particulièrement coupable quand elle avive l'envie de consommer des objets non essentiels.

En effet et, d'ailleurs, beaucoup de gens se sont rendu compte qu'ils font des économies pendant le confinement : s'il y a moins de tentations, il y a aussi moins de tentateurs car beaucoup de panneaux ou d'espaces publicitaires ne sont pas alimentés en nouveaux messages. Enfin, la publicité a déserté les écrans et les murs de nos villes !

De manière plus structurelle, on a cherché depuis quarante ans à créer une économie sans usines, où l'on ne fabrique plus que du désir d'acquérir des biens matériels. Cela favorise surtout la consommation de biens importés, donc des dépenses superflues de transport, d'énergie, etc. La publicité entretient la mondialisation des échanges.


Dans votre livre, vous évoquiez une certaine lassitude du public face au déferlement publicitaire. Pourtant, depuis, la situation n'a-t-elle pas empiré ? En 2007, le législateur a par exemple autorisé la mise en place de bâches publicitaires géantes pour financer la restauration du patrimoine.

En réalité, si les techniques de captation de l'attention se diversifient ou se sophistiquent, c'est en grande partie, en raison d'un rejet grandissant… J'en veux pour preuve le nombre d'internautes qui ont téléchargé un bloqueur de publicités sur leur ordinateur (près d'un tiers). Par ailleurs, les études d'opinion montrent qu'une grosse part des Français ne porte pas plus dans son cœur la publicité qu'elle n'apprécie les médias dominants dans leur ensemble.

En tout état de cause, les moyens d'accaparer du « temps de cerveau disponible » se sont diversifiés (le PDG de TF1 a expliqué en 2004 que son métier consistait à vendre ce « temps » à Coca-Cola). La société Datakalab propose ainsi de l'eye-tracking pour déterminer les messages que vous êtes le plus en mesure de mémoriser. Je pense également à la publicité ultra-ciblée, par exemple sur Facebook grâce aux informations données par les utilisateurs. Mais il n'y a pas que les réseaux sociaux : l'industrie de la publicité a tiré argument de la crise sanitaire pour diffuser des messages encore plus ciblés à la télévision.


Elle en a aussi profité pour réclamer un crédit d'impôt afin que les annonceurs continuent à faire des dépenses de publicité…

Cette demande a été relayée par Aurore Bergé en avril 2020. Sur tous les plateaux, cette députée LREM a répété, en se fondant sur une étude du cabinet Deloitte, qu'un euro dépensé dans la publicité rapporterait 7,85 euros de PIB, du fait de la relance de la consommation. S'il est certain que le coût de la publicité est reporté dans le prix des produits – en moyenne, le budget publicitaire représente 1 500 euros du prix d'une automobile neuve, 30 à 40 % du prix d'un parfum – en revanche, la réalité de cet « effet multiplicateur » n'a jamais été établie. Surtout, j'espère que le monde qui naîtra de la crise sanitaire sera l'occasion de tenir à distance l'idéologie publicitaire et de limiter ses nuisances.


Pour combattre ces nuisances, un mouvement antipub a émergé dans les années 1990. Résistance à l'agression publicitaire s'est alors fait connaître avec ses campagnes de déversement de prospectus. À la même époque, Paysages de France luttait contre les panneaux illégaux, des décroissants fondaient la revue Casseurs de pub. Qu'en est-il aujourd'hui de la contestation de la publicité ?

En réalité, ce mouvement vient d'encore plus loin – qu'on pense aux slogans des années 1960, comme « Au lieu de dépenser, penser ». Mais, quoi qu'il en soit, il ne faut jamais oublier que la publicité est une industrie de la récupération des tendances de son temps. En 2005, des affiches pour les hypermarchés Leclerc détournaient l'atelier populaire de 1968 et son image bien connue d'un CRS levant sa matraque au-dessus d'un bouclier : celui-ci était frappé d'un code-barres et Leclerc avait fait ajouter « La hausse des prix oppresse votre pouvoir d'achat »…

C'est pourquoi une critique fondée sur le seul envahissement de notre espace public par les marques est à la fois nécessaire et insuffisante. De plus en plus de voix se font entendre pour interdire la publicité pour les produits les plus polluants : elles finiront sans doute par avoir gain de cause. Cependant, la publicité s'autorégule et les industries savent adapter leurs stratégies d'influence : souvenons-nous du lobbying de l'industrie du tabac pour faire prospérer ses intérêts sans recourir aux messages publicitaires. Comme l'ont montré des grands mouvements d'opposition populaire surgis un peu partout dans le monde, c'est le système dans son intégralité qu'il faut remettre en question de façon pacifique ; en n'oubliant pas, bien sûr, qu'il tient aussi grâce aux Mythologies décrites par Barthes. Dont la publicité.


Marie Bénilde


[1] À noter également que nous recevions Marie Bénilde pour un débat sur « Les nouvelles astuces des publicitaires » en 1999. Son intervention est retranscrite ici.

« Défendre nos droits est devenu un crime » : des paysans indonésiens contre le greenwashing de Michelin

En Indonésie, deuxième pourvoyeur mondial de caoutchouc, la monoculture d'hévéa est présentée comme respectueuse de l'environnement et des producteurs locaux. L'arrestation récente d'un syndicaliste paysan témoigne d'une autre réalité, dans laquelle le pouvoir des grandes firmes prend appui sur les autorités locales. Parmi les entreprises impliquées, on trouve la française Michelin.
Nous sommes en Indonésie, dans les parties orientales des îles de Sumatra et de Bornéo. Ici, l'entreprise PT Lestari Asri Jaya (...)

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Roybon (38): pour la forêt, et suite à l’abandon du projet de Center Parc

Après 10 ans de lutte, Gérard Brémond, dirigeant du groupe Pierre & Vacances a annoncé hier l’abandon du projet de Center Parc de Roybon, dont la mise en place impliquait, entre autres, la destruction de 80 hectares de la forêt millénaire des Chambarans. L’abandon de ce projet est le fruit de l’association vertueuse, mais sans dialogue, de méthodes de luttes diversifiées : occupations illégales, recours juridiques, communication politique.

«On était dans une impasse, c’était devenu inextricable entre l’occupation du site, les changements de réglementations, les autorisations pour les permis de construire, pour le défrichement, la loi sur l’eau, la préservation des espèces et les lenteurs de la justice dans les différents stades, la cour d’appel, le tribunal administratif, le Conseil d’Etat. Tout cela se superposait, c’était interminable»
Gérard Brémond – Après plus de dix ans de guerre d’usure, Center Parcs abandonne son projet à Roybon (Lemonde.fr)

Ce triumvirat fût la pierre angulaire du succès des différentes occupations du mouvement des Zads de 2012 à 2018. Du moins jusqu’à la capitulation des tenants de la communication politique de Notre-Dame-des-Landes, qui rendirent les armes à l’État pour sauver quelques fermes. Achevant par cet acte toute perspective d’extension du mouvement, et, fidèles à l’histoire humaine des révoltes, actant l’existence d’interlocuteurs crédibles pour l’État au sein du mouvement de lutte.

Ayant fait partie des premièr.e.s occupant.e.s de la forêt de Roybon pour bloquer le projet, je parle en mon nom, et en mon nom seulement. La maison de la Marquise, sur la partie ouest de la forêt, fût occupée au lendemain de la mort de Rémi Fraisse, tué par la grenade d’un gendarme à Sivens. L’État en proie à l’angoisse de voir un mouvement de révolte s’étendre dans tout le pays, fût contraint de lever le pied sur la répression de certaines luttes. Entre autres sur cet embryon d’occupation, sous le feu des projecteurs, et qui, au regard des circonstances, se rendait intouchable.
Les premières semaines virent des hordes de journalistes camper devant la barricade d’accès à la marquise rebaptisée « Maquizad », entraînant un mouvement de solidarité impressionnant, malgré une communication du mouvement encore précaire. De toute la région, les soutiens affluèrent pour nous porter vêtements chauds, nourriture, essence, palettes, etc. Alors que les associations de luttes locales hésitaient encore à se mouiller dans cette occupation aux allures très post-apo, nous, occupants, occupantes, avons essaimé sur la forêt pour la défendre par centaines.
À peine 15 jours après l’occupation de la Marquise, une épaisse couche de neige s’est abattue sur nos sentiers, nos cabanes et nos maigres K-ways. Certains.e.s occupant.e.s dormaient déjà dans les algécos du site de surveillance des vigiles de P&V, expulsés par une marche nocturne au flambeau. Certain.e.s occupant.e.s dormaient sur des plateformes de palettes à 15 mètres de haut bercé.e.s par le lent balancement des chênes et des chataîgners qui nous accueillaient. Pendant que des centaines d’universitaires glosent, publient et animent des séminaires sur ces mouvements d’occupation, nous étions au cœur de ces luttes. Et aucun mot, ni du lexique de Deleuze, ni de celui de Foucault, ne saura décrire ce que c’était.

Cette histoire,
cette histoire nous appartient.

Dans l’ombre de la belle et rayonnante Zad de Notre-Dame-des-Landes, nous existions. Nous n’étions pas beaux, pas belles. Nous n’étions pas de séduisant.e.s paysan.ne.s de carte postale attirant le tourisme sans scrupules des premier.e.s collapsologues et écologistes décroissant.e.s. Les opportunistes de tout crin qui déferlent sur les lieux de luttes quand ils deviennent un temps soit peu médiatisés, choisirent en grande partie de dénigrer ce combat, voir de le boycotter. Car, malgré nos sourires, et la chaleur de nos cafés à la turque, nous n’avions pas les apparats d’une belle lutte rejoignable. Ce qui déferla sur le bois des Avenières cet hiver là ce furent tou.te.s les orphelin.e.s de la lutte de Sivens, choqué.e.s par les méthodes de guerre que la préfecture du Tarn abattit sur elles et eux. Ce furent tou.te.s les acharné.e.s, les désespéré.e.s de la terre prêt.e.s à défendre ce monde, non pas pour une belle et grande victoire révolutionnaire, éclatante de lumière, mais comme des animaux blessés défendant leur tanière. Nous n’avions pas besoin d’un énième rapport du Giec pour savoir que tout était foutu. Que la planète est en train de cramer et qu’il n’existe nulle perspective éclatante de lumière devant nous. Les nuits au coin du feu, les camions embourbés, les compteurs piratés, les tisanes échangés avec les soutiens, ce sont des souvenirs pleins de chaleurs que je n’oublierai jamais. Les longues randonnées chargées de bois dans la neige, les cours de grimpe improvisés, les réunions chaotiques dans la poussière de la vieille Marquise, repeinte à notre goût ; cela n’avait rien d’épique, ni de spectaculaire, c’était absolument pittoresque et hors de tout contrôle.

Elle est là notre victoire, l’existence de tous ces gestes de révolte, de rencontre, de solidarité pendant cinq longues années, sans que l’hydre étatique vienne réclamer son arpent.

Par ce texte je ne veux en rien dénigrer le travail des associations et leurs recours juridiques, ni le travail de publication de certains médias tenaces alors que tout le monde regardait à l’ouest. Je tiens ici à rappeler l’histoire des occupant.e.s qui ont lutté et luttent encore pour cette forêt. Avant que quelques historien.ne.s, révolutionnaires ou non, qui n’y ont jamais mis les pieds, nous volent nos récits et notre histoire pour en faire quelque salade ingérable au grand public.

L’abandon du projet n’entérine aujourd’hui aucune victoire, il annonce une nouvelle étape dans la défense de cette forêt. Avant le Center Parc, un projet de décharge avait été étudié pour le bois des Avenières. On peut s’attendre sans trop d’hésitation à ce que Serge Perraud, maire de Roybon et figure de la grande bourgeoisie propriétaire, nous prépare une nouvelle horreur pour raser ces arbres, qui nous ne nous ont jamais fait défaut.

En tant qu’espace vivant non rentabilisé, cette forêt reste en proie à la prédation économique. Restons donc à l’affût des communications de la bête immonde et de ses sbires. Rappelle-toi « Souris », rappelle-toi « l’Allemagne », rappelle-toi « Tropique ». Que ces sourires, ces souvenirs, ces rencontres, occupant.e.s et soutiens, qui nous ont tant marqué nous rappelle à l’engagement que nous prîmes le soir de l’occupation de la Marquise:

« Défendre cette forêt contre leur monde,
ET contre le monde qui va avec ».

Un ancien de la forêt

[Publié le 9 juillet 2020 sur CRIC.]

Grenoble: fin de trêve hivernale, retour des expulsions

Bonjour,

La fin de la trêve hivernale s’annonce mouvementée en Isère et en France [Note de Squat!net: en 2020, la fin de la trêve hivernale est repoussée au 10 juillet 2020 inclus]:

En effet, l’ex ministre du logement a donné instruction aux préfets d’éviter les expulsions sans relogement et les remises à la rue sèche.
Le DAL 38 a saisi le préfet de l’Isère pour savoir quelles dispositions seraient prises dans ce cadre.

Afin de maintenir la pression, le samedi 11 juillet aura lieu un rassemblement de protestation place Notre Dame, à Grenoble à partir de 14h.

Avant ça, à 10h aura lieu une assemblée d’habitant.es à la Villeneuve pour présenter les 1ers résultats de l’enquête populaire menée à l’Arlequin dans le cadre de la campagne pour la suspension des loyers et des charges… suivi d’un temps festif à 16h.

Par la suite nous organisons des barrages anti-expulsions à partir du lundi 13 juillet: vous êtes intéressé.es? N’hésitez pas à nous rejoindre.

Merci de relayer dans vos réseaux, qu’aucune expulsion sans relogement n’ait lieu cette année!

Le DAL 38

FanXoa : Robert Cordier (1933-2020) : “Celui qui revient de loin”

Il y a trois jours, sur le site de La Spirale, je tombe sur ce film documentaire étonnant. Portrait en douceur d’un auteur et artiste prolifique en présence de sa compagne. Voici la vie résumée, condensée, éparpillée de Robert Cordier, un personnage au destin atypique, possible aux États-Unis du monde d’avant. Une praxis de l’action : “Y a un moment donné où l’on fait quelque chose parce qu’il faut le faire…”. Un film réalisé par Ira Benfatto.

« On n’a pas conscience que l’on vit un moment historique, au moment où l’on se trouve plongé dans un moment historique. » ― Robert Cordier

« Vous n’êtes actrice pas ? A bien, c’est bien. Moi j’adore les acteurs… » ― Robert Cordier à Ira B.

Présentation par La Spirale (extrait) :

Des poètes de la Beat Generation qu’il a côtoyé quotidiennement (Allen Ginsberg, Gregory Corso, Jack Kerouac) à la direction du Free Southern Theatre avec lequel il échappe aux tueurs du KKK dans les États du sud des USA, des jazzmen les plus célèbres (Charlie Parker, Miles Davis, Louis Armstrong) à James Baldwin, son ami proche, avec qui il monte « Blues for Mr Charlie » à Broadway, d’Aretha Franklin qu’il filme pour la première fois aux Doors, des surréalistes Salvador Dalí et Marcel Duchamp avec lesquels il réalise des happenings au cinéma expérimental, Robert Cordier nous invite, au fil de ses souvenirs, à un voyage autobiographique, passionné et riche d’expériences.

Source : LaSpirale.org, un eZine pour les Mutants Digitaux ! Pop culture, contre-culture et subcultures du 21e siècle. URL : https://laspirale.org/video-656-robert-cordier-celui-qui-revient-de-loin.html

Epinal (88): la Courgette menacée d’expulsion

Des nouvelles de la Courgette à Épinal… Pour rappel, le squat a débuté en mai 2019, puis la Mairie a découvert la cucurbitacée courant octobre dernier, bien grossie et ayant donné quelques beaux fruits déjà. Depuis, des tentatives de discussion ratées, des menaces, des visites surprises, des interdictions de se rassembler, des flics avec un peu trop de confiance, un peu de pression à droite et à gauche… donc globalement on est passé à l’arrière plan (municipales, COVID, …) MAIS, car il faut un mais … on y est, c’est le D-Day, le Jour J, bref, voilà que les autorités ne veulent plus des méchantEs squatteuSEs !

On a appris que Monsieur le Préfet des Vosges avait « organisé notre expulsion » pour début juillet, et la Mairie garde maintenant le doigt sur la gâchette. Rien de mieux pour faire bouger les lignes, et absorber ces lieux de résilience dans les démarches administratives et les travaux. Combien de témoignages de squats qui ont dû passer tôt ou tard par cette étape ou d’expulsions pour s’être entêtés … qu’est-ce qu’on veut d’un lieu comme celui-ci ? S’il n’y a pas de solution, c’est peut-être qu’il n’y a pas de problème, selon cette maxime des Shadocks. Pourtant, chacunE y va de son plein gré pour en trouver : « vous vous rendez compte, s’il y a un incendie ? », « et les autres genTEs dans le batiment, vous serez responsables s’iels glissent dans les escaliers », « vous n’êtes rien si vous n’avez pas de statuts », etc. Bravo les petits soldats, continuez comme cela.

D’ailleurs, on peut se poser la question suivante : ceci a-t-il un sens de vouloir à ce prix – devoir des comptes aux même bandits que l’on dénonce au quotidien – rester dans le paysage ? Ce serait croire qu’il y a forcément une suite aux choses ayant été. Le squat c’est spontané et j’ai l’impression que ça tient surtout parce qu’on se sent porté par nos idées :

Propriété, représentativité, démocratie, auto-gestion, anarchisme, autant de thèmes majeurs qu’on avait peu ou pas abordé avant cette expérience. Maintenant, je peux dire qu’on a bien kiffé ici-bas (vous me direz si je me trompais en vous incluant, compas), on a fait beaucoup plus que prévu, et on s’attendait pas à négocier les conditions de notre intégration à la préfecture des Vosges mais on y est ! « On accueille les bizuths, balancez les tomates »

Alors quoi ? Qu’est ce qui se joue maintenant ? La pérennité d’un lieu de partage, d’une zone libre – ou presque – où on a le droit à l’erreur ; on joue pour continuer à rencontrer, à être un phare dans les Vosges, pour vivre encore l’expérience militante, autant qu’on le peut. On joue le jeu pour donner aux autres aussi – celleux qui avaient peur du caractère subversif du squat – le moyen de profiter de ce lieu, du matériel, de l’espace, du confort d’une ou plusieurs nuitées j’espère. On joue un lieu culturel qui ailleurs peine à se mettre en place, à persister ; une cantine mieux garnie – c’est mal barré pour être aux normes ; une salle de concert, un atelier bois et méca ! Je joue le jeu car j’espère continuer à participer, organiser, danser… La Courgette est vraiment formidable.

L’association est en cours de création, n’hésitez pas à nous contacter par le biais de la messagerie pour des conseils ou des pistes de négociation, pour passer prendre l’apéro, être ajoutéE à la newsletter, nous rencontrer, etc…

Riche idée que d’investir ce grand grenier,
Longue vie à cette magnifique cucurbitacée !

La Courgette, ce que la Cour jette ! C’est court et ça en jette

« Fin des slogans »

UnE membre + ou – actiVe de la Courgette

La Courgette
12 quartier de la Magdeleine
88000 Épinal
la_courgette [at] riseup [point] net
https://squ.at/r/7l3i
https://libreto.sans-nuage.fr/la-courgette

[ Publié 9 juillet 2020 sur Manif-Est https://manif-est.info/La-Courgette-Support-your-local-squat-team-1547.html ].

Berlin: Rigaer94, nouvelle tentative d’expulsion

Aujourd’hui à 7 heures du matin, une centaine de flics anti-émeutes sont passés sur les bicyclettes de la cour de la Rigaerstrasse 93 pour franchir la clôture et entrer un par un dans notre cour. En même temps, ils ont occupé les toits de notre bloc. Les flics, ainsi que les LKA 5 et 6, ont ensuite accédé aux appartements du 3ème étage du bâtiment principal sous le prétexte d’une recherche de falsification de documents. Selon la presse, ils ont également fouillé un appartement sur la Karl-Marx-Allee.

Contrairement à leur procédure habituelle, ils se sont abstenus d’utiliser un hélicoptère et n’ont jusqu’à présent pas tenté de pénétrer dans le bâtiment arrière. Entre-temps, ils ont ramené le pire avocat en activité en ville, Markus Bernau, autour du bâtiment principal, probablement dans l’intention de le soutenir dans des actions en justice contre les appartements qui y sont occupés. Torsten Luschnat, qui pense être notre nouveau gestionnaire immobilier, a également eu accès à ces appartements. La soi-disante société propriétaire a déjà prouvé à plusieurs reprises devant les tribunaux qu’elle ne peut rien prouver, pas même sa légalité à nous poursuivre en justice. Les précédents arrêts de la Cour ont rejeté toutes les demandes.

Pendant ce temps, les forces de sécurité de la société Smart Guard Protection GmbH ainsi que des ouvriers du bâtiment se sont rassemblés sur Dorfplatz. Ils ont ensuite commis le crime de détruire nos portes, se frayant un chemin à travers le bâtiment de devant avec des disqueuses et des marteaux.

Un appartement au rez-de-chaussée, ainsi que le grenier et la cave du bâtiment de devant ont déjà été vidés et, selon les déclarations faites par les flics aux avocat-es, ils doivent expulser toutes les chambres non louées. A 15h30, les flics ont quitté l’escalier du bâtiment de devant de façon surprenante (mais n’ont pas complètement disparu), les ouvriers du bâtiment avec leur rage de démolition, les gardiens et Torsten Luschnat alias Lusche sont laissés dans le couloir…

Il nous est impossible de dire ce qui va se passer ensuite. Ce qui est clair, cependant, c’est que nous allons défendre notre maison et reprendre nos chambres.

L’opération d’aujourd’hui est une tentative du gouvernement et de la direction de la police pour récupérer la souveraineté du discours sur le quartier à risque de Nordkiez. Ces dernières semaines, l’agitation de certains députés autour de Tom Schreiber et de leurs sbires dans les médias s’est intensifiée. L’expulsion annoncée de la Liebig34 et la confrontation attendue font frémir le camp bourgeois qui se sent obligé, du point de vue centriste extrémiste, d’affiner sa propre image. C’est dans ce contexte que les médias parlent des gentils riches qui ne peuvent pas réaliser leur rêve d’une vie luxueuse dans la rue de Riga. Ou des rapports sur une police qui n’est pas aussi meurtrière et fasciste que les statistiques l’indiquent, mais plutôt sur les pauvres victimes de la violence de gauche, qui serait d’ailleurs identique à la violence de droite.

Ce qui est surprenant, c’est que le gouvernement et le lobby des investisseurs lancent l’attaque frontale de la ville solidaire du bas et de la résistance contre la répression, non pas avec l’expulsion attendue de Syndikat, mais avec une erreur de logique de Henkel. Nous sommes au début d’une phase dans laquelle l’élimination de toute visibilité radicale et anarchiste de gauche, qui semble significative pour la classe dirigeante en ces temps de Corona, doit être réalisée.

Ce qui se passe est évident ; nous allons perdre des espaces, des centres sociaux et de vie, mais nous les défendrons, il y aura des blessés et des personnes arrêtées, une partie de la société se réjouira, d’autres auront la gueule de bois, il y aura des actions de solidarité, les fronts de la guerre sociale se préciseront…

Vous savez bien ce qu’il faut faire dans ce cas.

Rigaer94
Rigaerstrasse 94, Berlin
https://squ.at/r/49pd
https://squ.at/r/5fm
https://rigaer94.squat.net/


Des groupes à Berlin: https://radar.squat.net/fr/groups/city/berlin
Des événements à Berlin: https://radar.squat.net/fr/events/city/Berlin
Stressfaktor: https://radar.squat.net/de/stressfaktor

Des groupes en Allemagne: https://radar.squat.net/fr/groups/country/DE
Des événements en Allemagne: https://radar.squat.net/fr/events/country/DE


[ Communiqué du 9 juillet 2020 par Rigaer 94 https://rigaer94.squat.net/2020/07/09/ein-erneuter-raumungsversuch/ ].