Ressources sur l’adoption transraciale

 

A non-exhaustive list compiled by Manuelle Alix-Surprenant @ManuAlix  et Amandine Gay @orpheonegra.

Une liste non-exhaustive compilée par Manuelle Alix-Surprenant @ManuAlix  et Amandine Gay @orpheonegra

 

ADOPTEE CENTRIC ASSOCIATIONS/ASSOCIATIONS POUR LES ADOPTÉ.E.S

 

QUÉBEC

 

L’Hybridé

http://www.lhybride.com/ 

 

RAIS (Le regroupement des adopté(e)s à l’international sans frontières)

http://www.raisf.org/#!home/mainPage 

 

Nos Voix Comptent (édition québécoise du Mois des Adopté.e.s)

Instagram : @nosvoixcomptent

 

FRANCE

 

AdoptEcoute “Une ligne d’écoute par des adopté-es, pour des adopté-es”

Permanence téléphonique tous les samedis: 14h-16h

+33362021114

https://adoptecoute.org/

 

La voix des adoptés (France)

http://www.lavoixdesadoptes.com/quisommesnous.php

https://fr-fr.facebook.com/pages/La-Voix-des-Adopt%C3%A9s/298405572060

créée en 2005

 

La Radio de la Voix des Adoptés (R-VDA)

https://www.facebook.com/groups/lavoixdesadoptes.webradio

Insta: @r_vda_webradio

 

Racines Coréennes créée en 1995

http://www.racinescoreennes.org/

 

Collectif pour la Reconnaissance des Adoptions Illicites en France

https://www.facebook.com/CollectifRaif

https://twitter.com/CollectifRAIF

 

Ethiopia Wud Bete (est né suite à une prise de conscience du manque d’informations et de structures d’accueils et d’accompagnements pour le retour des personnes adoptées francophones en Éthiopie.)

https://www.facebook.com/pg/Ethiopia-wud-Bete-Retour-aux-sources-104001411302174/

https://www.instagram.com/ethiopiawudbete/

 

Collectif des Adopté.es du Mali

https://www.facebook.com/Collectif-des-personnes-adoptées-du-Mali-106071888398242/

 

Adoptés du Rwanda 

https://www.facebook.com/groups/480660615383413/

https://www.facebook.com/Adopt%C3%A9s-du-Rwanda-124115094792610/

 

Association Française des Adoptés du Brésil

https://www.facebook.com/AFAB.asso/?hc_location=ufi

 

Projet Origine 

“Origine a aujourd’hui deux missions principales : accompagner les personnes adoptées à retrouver leur famille biologique mais également sensibiliser et préparer les parents adoptifs pour les questionnements futurs ou présents de leur enfant.”

https://www.projetorigine.com/

https://www.facebook.com/leprojetorigine/

 

Nés sous X 

“Le site NéSousX est un projet d’étude, réalisé dans le cadre de ma formation de chef de projet et développeuse web. Sensible à l’histoire des enfants nés sous X et de leurs familles, biologique et adoptante, j’ai souhaité utiliser mes nouvelles compétences pour leur mettre à disposition un outil supplémentaire en espérant qu’il facilite leurs recherches. Le but de ce site est de créer une base de données d’annonces de recherche, simple d’utilisation et maintenue dans le temps.”

https://nesousx.com/about

 

La Cigogne anonyme

« Communauté dédiée aux personnes souhaitant retrouver un membre de leur famille ayant accouché ou étant né sous X. »

https://www.facebook.com/lacigogneanonyme/

https://lacigogneanonyme.fr/a-propos/

SUISSE

 

Back To The Roots (pour les adopté.e.s d’origine sri lankaise)

https://backtotheroots.net/?lang=fr

 

ESPACE A (association regroupant des professionnels de la santé psychique spécialisés dans les questions liées à la famille et à la parentalité, dont la mission est d’accompagner les personnes concernées par l’adoption, l’accueil familial avec hébergement et tout autre type de filiation non traditionnelle.)

https://www.espace-a.org/

 

HAÏTI

 

VOIE D’ESPOIR “est une association Haïtienne (à but non lucratif) œuvrant pour favoriser la reunification entre les personnes adoptées d’origine Haïtienne et leurs familles biologiques en Haïti. »

Plus d’infos ici: https://voiedespoir.org/

 

INTERNATIONAL

 

IKAA (International Korean Adoptee Associations)

http://www.ikaagathering.com/ 

 

AFAAD (Adopted and Fostered Adults of the African Diaspora)

https://afaad.wordpress.com/

 

 AQA (Asian and African –diaspora- Queer Adoptees)

https://www.facebook.com/groups/2510444164/

 

Ethiopian Adoptees of the diaspora

https://www.facebook.com/pages/Ethiopian-Adoptees-of-the-Diaspora/313747515499643?fref=ts

 

TRA- Transracial adoptees

https://www.facebook.com/groups/TRA.Adoptees/

 

Intercountry Adoptee Voices

https://intercountryadopteevoices.com/

 

Asela’s Family Search Service (Sri Lankan searching)

 

Sri Lankan Adoptee Root Search Guide (provided by Back to the Roots, Switzerland) in English, French, German

 

Plan Kiskeya Foundation (Haitian DNA search & reunion)

 

Miranda Aerts (Belgian based clinical psychologist post adoption services)

 

Adoption Coach (in Dutch) and Adoption Constellations  (in English)

 

Prismaluce (Italian based clinical psychology post adoption)

 

LE MOIS DES ADOPTÉ.E.S

 

Depuis 2018, le MOIS DES ADOPTÉ.E.S, se déroule entre la France, la Suisse, le Québec et la Belgique durant le mois de novembre. Pensé sur le modèle du «National Adoption Awareness Month», instauré dans les pays anglo-saxons depuis 30 ans, cet événement s’inscrit dans la perspective d’une libération de la parole des personnes adoptées, et d’une prise de conscience générale sur ce sujet encore trop méconnu.

https://www.facebook.com/moisdesadopte.e.s/

https://www.instagram.com/moisdesadoptees/

https://twitter.com/MoisDAdopte_e_s

 

ARTISTIC & CULTURAL REFERENCES/RÉFÉRENCES ARTISTIQUES ET CULTURELLES

 

ACA (Adoptee Cultural Archives)

https://adopteeculturalarchives.wordpress.com/ 

 

La couleur de l’adoption (a book project by adoptees presenting 30 portraits of international adoptees in Quebec)

http://www.lacouleurdeladoption.com/

https://www.facebook.com/lacouleurdeladoption 

https://laruchequebec.com/projet/couleur-adoption-3731/

 

COMPTES INSTAGRAM D’ADOPTÉ.E.S

 

@adoptecoute

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@carmenmaria_vega

@pierre_sang

@olivier_rousteing

 

BLOGS/CHAINES YOUTUBE D’ADOPTÉ.E.S

 

Etre adopté (un blog qui permet de publier les témoignages de personnes adoptées de façon anonyme). 

https://etreadopte.wordpress.com/

 

COOLEST GIRLS ARE GREEN

http://coolestgirlsaregreen.com/

 

Mon Adoption/Ma Narration 

https://www.facebook.com/MonAdoptionMaNarration/

 

QC’ASIE NORAMAUX

https://www.youtube.com/channel/UC8SWD-99upGQxICSzNrO3ig/featured

 

Voix Debridee

http://voixdebridee.over-blog.com/2020/04/asiatique-et-adoptee-une-double-invisibilite?fbclid=IwAR2cGouilAH6KrgJeEpXlpKGUufmBm4AwjR8OsMYGHsyNYFcEeBKI-U1T40

 

Mulakoze

https://www.mulakoze.com/single-post/2019/07/15/GEORGES?fbclid=IwAR2jdwiyGM6iwb4iPG4-jVynW2hmiABR_8E3i5RlFG4U3ENO0vKnvksVITI

https://youtu.be/ag0Frd24i_0

 

Nanaa LK

https://youtu.be/LBDi-0Yy8kU

 

Ma Vie Est Politique

https://mavieestpolitique.wordpress.com/2014/05/19/un-regard-de-blanc/

 

Jazz Lanka

https://youtu.be/p8saHr_UFH4

 

The Declassified Adoptee

http://www.declassifiedadoptee.com/

https://www.facebook.com/declassifiedadoptee?fref=ts

 

Lost Daughters (Independent collaborative writing project self edited and authored exclusively by adult women who were adopted as children)

http://www.thelostdaughters.com/

https://www.facebook.com/daughterslost?fref=ts

 

A Birth Project (Lisa Marie Rollins)

https://birthproject.wordpress.com/about-lisa-marie/

 

Mothermade

http://mothermade.blogspot.ca/2014/01/our-voices.html?spref=tw

 

Harlow’s Monkey

http://harlows-monkey.com/

 

Transracial Eyes

http://transracialeyes.com/

 

Holt Adoption Product

https://holtproduct.wordpress.com/

 

 

I Am Korean American

http://iamkoreanamerican.com/2012/08/01/dana-stallard/

 

SCHOLAR REFERENCES/RÉFÉRENCES UNIVERSITAIRES

 

FRANCE/EN FRANÇAIS

 

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Bourdeau, L. (2014). Les retrouvailles en adoption. Une quête de soi. Québec : C.A.R.D.

 

Briffaut, M.-P. (2016). De cœur et de sang. Nantes, France : Editions Amalthée.

 

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Daysse, N. (2010). La seule de ma race. Paris : Editions du Toucan.

 

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MÉMOIRES ET THÈSES RÉDIGÉ.E.S PAR DES ADOPTÉ.E.S

 

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Boivin, M. (2015). La négociation identitaire chez les adolescents adoptés à l’international et appartenant à une minorité visible en lien avec les expériences de discrimination perçues. (Thèse). Récupéré d’Archipel, l’archive de publications électroniques de l’UQAM http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/7721

 

Boudreault Gagné, C. (2012). Le sentiment d’appartenance familiale chez de jeunes adultes adoptés tardivement à l’étranger. (Mémoire de maîtrise). Université du Québec à Montréal. Récupéré d’Archipel, l’archive de publications électroniques de l’UQAM http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/8297 

 

Gay, A. (2018). « La mobilisation politique des adoptés transnationaux ou transraciaux adultes : du groupe affinitaire au groupe de plaidoirie ». (Mémoire). Récupéré d’Archipel, l’archive de publications électroniques de l’UQAM http://archipel.uqam.ca/id/eprint/11766 

 

Germain, P. (2009). Grandir au sein d’une famille pluriethnique : l’expérience de l’enfant adopté et de sa famille. (Thèse). Université de Montréal. Récupéré de Payrus, l’archive de publications électroniques de l’UdeM https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/6636 

 

Labarre, H. (2008). Quête d’identité, solidarité internationale et relations interculturelles : récit de vie d’une personne adoptée de l’international. (Mémoire de maîtrise). Université du Québec à Montréal. Récupéré d’Archipel, l’archive de publications électroniques de l’UQAM http://www.archipel.uqam.ca/805/ 

Laffitte-Reynaert (2019). Expressions et organisation des personnes adoptées (enfant, adolescent, adulte) d’origine étrangère en France, depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui. (Thèse). Université d’Angers. Récupéré de theses.fr http://www.theses.fr/s139387   

 

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CANADA

 

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CHILDREN’S BOOKS/LIVRES POUR ENFANTS

 

3-6 ans

 

Boutignon, B. 2014). Tango a deux papas. Et pourquoi pas ? Le baron perché éditions.

 

Casterman, G. (1999). En attendant Timoun. Paris : Edition Pastel/ L’école des loisirs.

 

Chabert, I. et Augusseau, S. (2013). Un jour, mes parents viendront. Alice éditions.

 

Chapouton, A.-M. et Dufour, A. ((2015). Une famille pour Duvet. Paris : Bayard, coll. les belles histoires.

 

Chevron, M.-F. et Domergue, A. (2011). Mee, petite fille du matin calme. Editions Limonade.

 

Coulombier, L. et Madoré, M. (2010). Maki Catta. Éditions Océan.

 

Dedieu, T. (1997). Moni et Moi. Paris : Seuil Jeunesse.

Dolto, C. (1996). On s’est adoptés.  Paris : Gallimard Jeunesse.

 

Dubois, C. K. (1997).Youri, l’ourson des neiges.  Paris : Edition Pastel/ L’école des loisirs.

 

Eimer-Boom, M. et Wilson, H.  (2000). Moi aussi, je veux une maman. Éditions Nord-Sud.

 

Gray, K. et  McQuillan, M. (2016). Notre petit lapin. Éditions Gautier Languereau.

 

Jee-Yung et Y. Nascimebene, Y. (2009). Les 2 anniversaires d’Ariane. Chan-ok – Flammarion, collection D’ici et d’ailleurs.

 

Kaska, K. (1993). Une maman pour Choco. Éditions Kaléidoscope

 

Keller, H. (1991). Horace. Éditions Kaléidoscope.

 

Lee, C. et Corn. (1999). La nuit où je suis née. Éditions Mango jeunesse.

 

Le Picard, C. et  Baschet, J. (2001). Léopoldine a des parents de cœur. Paris : Albin Michel.

 

Parachini-Deny, J. et Béal, M. (2013). Mes deux papas. Éditions Ronds dans l’O.

 

Sansone, A. et Marks, A. (2011). Mon petit poussin vert. Éditions Nord-Sud.

 

Scotti, D. M.  ; Kalonji, J. P. et Myriam. (2008). D’un monde à l’autre. Éditions La Joie de lire.

 

Texier, O. (2004). Jean a deux mamans. Paris : Ecole des loisirs.

 

Texier, O. (2005). Barnabé a été adopté. Paris : Loulou et Compagnie.

 

Valente, A. et Delrieu, A. (2013). Drôles de familles. Éditions tournez la page.

 

Wilsdorf, A. (1998). Jujube. Éditions Kaléidoscope.

 

Zidrou et Karvoskaïa, N. (1995). Dounia. Éditions Mijade

 

6-9 ans

 

Baum, G. et Dedieu, T. (2017). D’entre Les Ogres. Paris : Seuil Jeunesse.

 

Bérot, M.-C., (2012). Badésirédudou. Paris : Flammarion, coll. Castor poche.

 

de SaintMars, D. et  Bloch, S. (2004). Nina a été adoptée. Éditions Calligram.

 

Rascal et Sophie. (1998). Moun. Paris : Ecole des loisirs.

 

Racine, S. Mullot-Cassol, S. (2015). Dis Maman, raconte-moi d’ou tu viens?. Cogito Ergo Sum.

 

Roig, L. et Moreau, G. (2014). La cigogne de fer qui déposa mon frère. Éditions Zoom.

 

Sanvoisin, E. (2016). Ma petite sœur d’occasion. Paris : éditions Nathan

 

 

 

9-12 ans

 

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Cahard, C.et Camatte, E. (2011). Une mère et une maman : une histoire franco-indienne. Dadoclem éditions.

 

Hof, M. (2010). Ma mère zéro. Paris : Seuil.

 

Judenne, R. (2008). Chaîne de vie. Éditions Oskar.

 

Miliotti, A. G. ; Cohen Herlem, F. et Ghigliano, C. (2015). Maman de ventre, maman de cœur. Éditions Pascal.

 

Mirman, A. (1994). Emilio, mon frère ! Paris : Hachette Jeunesse.

 

Murail, M.-A. (2000). Oh Boy ! Paris : Ecole des loisirs.

 

Vantal, A. et Martin, J.F. (2003). Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? Arles : Actes Sud.

 

Yeo-Ryeong, K. (2011). Un hippocampe dans mon cœur. Chan-Ok-Flammarion.

 

12-15 ans

 

Chan, C. (2014). Bird. Éditions Héliulm.

 

De Percin, A. (2008). Né sur X. Editions Thierry Magnier – Collection Romans

 

Hinckel, F.  (2011). L’été où je suis né. Paris : Gallimard Jeunesse, coll. Scripto.

 

Lanchon, A. et Czarnecki, M. (2004). L’adoption des ados en parlent. Éditions La Martinière.

 

Peskine, B. (2014). Les jumeaux de l’ile rouge. Paris : Bayard Jeunesse.

 

Robert, F. (2012). L’attache. Paris : Edition Pastel/ L’école des loisirs.

 

Vantal, A. (2006). Un été outremer. Arles : Actes sud.

Crutcher, S. (2016). Heart Picked: Elizabeth’s Adoption Tale. Mascot Books.

 

Dowd Lambert, M., Tadgell, N. (2016). Real Sisters Pretend. Tilbury House Publishers. 

 

Heo, Y. (2009). Ten Days and Nine Nights: An Adoption Story. Schwartz & Wade.

 

ONLINE ARTICLES/ARTICLES EN LIGNE

 

“Adoption is a Feminist Issue, But Not fro The Reasons You Think”

https://theestablishment.co/adoption-is-a-feminist-issue-but-not-for-the-reasons-you-think-93ba3824bcbb

 

“Real talk on Race: Sixties Scoop adoptee recounts growing up in Jewish Montreal family”

http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/real-talk-on-race-point-of-view-nakuset-1.3483377

“Real Talk on race: Children of the Sixties Scoop tell their stories”

http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/real-talk-on-race-sixties-scoop-1.3499432

“Real Talk on Race: How transracial adoptees find their identity”

http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/real-talk-on-race-transracial-adoptees-1.3500032

“3 Black Adoptees on Racial Identity After Growing Up in White” Homeshttp://www.theroot.com/articles/culture/2015/01/_3_black_adoptees_speak_about_growing_up_with_white_parents.html

 

“Why we need to talk about race in adoption”

https://bitchmedia.org/post/why-we-need-to-talk-about-race-in-adoption

 

“Transracial Adoption Support Systems Scarce Despite Difficulties”

http://www.nbcnews.com/news/asian-america/transracial-adoption-support-systems-scarce-despite-difficulties-n531866

 

One ear later : Retour sur l'emission sur Un désir d'égalité – Vivre et travailler dans des communautés utopiques

Depuis l'autre coté de la Manche, Marion dans sa chronique rétroactive revient sur l'émission avec le sociologue Michel Lallement qui a publié aux éditions du Seuil en 2019 « Un désir d'égalité – Vivre et travailler dans des communautés utopiques » aux éditions du seuil.

« J'ai avalé une lune de fer »

Mortibus et inutile la poésie ? Que nenni. Cette chronique « Vox Poetik » reviendra régulièrement vous le seriner en vous proposant des extraits qui nous hérissent les chakras. Vingt-et-unième cri, une œuvre de l'ouvrier-poète chinois Xu Lizhi (1990-2014), publiée dans le recueil La machine est ton seigneur et ton maître (Agone), qui donne à lire les conditions infernales des travailleurs des usines Foxconn, plus grand fabricant du monde dans le domaine de l'électronique.

Xu Lizhi était un poète. C'était aussi un travailleur de la gigantesque usine Foxconn de Shenzen. Pas le choix. Dès 20 ans, il quittait son foyer familial d'un petit village du Guangdong pour rejoindre le monstre industriel où sont fabriqués à la chaîne nombre des saloperies numériques conçues par la Silicon Valley – au premier rang desquels les produits Apple. Une série de suicides en 2010 ont un temps attiré l'attention sur les conditions de travail inhumaines des usines Foxconn, où dépérissent les iSlaves. Alors Foxconn a installé des filets anti-suicides dans les bâtiments où sont logés les ouvrières et ouvriers. Pratique.

Xu Lizhi était un poète. Dans ses écrits, dont certains ont été publiés dans le très recommandé La Machine est ton seigneur et ton maître1, il racontait comment sa jeunesse se perdait dans le monstre, comment il en était venu à « la regarder jour et nuit se faire broyer / Écraser, polir, mouler / Pour quelques billets mesquins qui passent pour un salaire. »

Xu Lizhi était un poète. Dans « Une vis tombe par terre », rédigé en 2014, il décrivait la chute de ce petit objet manufacturé, que personne n'observe, qu'on n'entend pas atterrir. Il écrivait : « Personne ne le remarquera / Tout comme la dernière fois / Une nuit comme celle-ci / Quand quelqu'un s'est jeté / Dans le vide. »

Xu Lizhi était un poète. Contraint par la dèche de revenir travailler à l'usine Foxconn-Mordor qu'il avait voulu fuir, il s'est suicidé le 30 septembre 2014.

***

« J'ai avalé une lune de fer »

J'ai avalé une lune de fer
Qu'ils appellent une vis
J'ai avalé ces rejets industriels, ces papiers à remplir pour le chômage
Les jeunes courbés sur les machines meurent prématurément
J'ai avalé la précipitation et la dèche
Avalé les passages piétons aériens,
Avalé la vie couverte de rouille
Je ne peux plus avaler
Tout ce que j'ai avalé s'est mis à jaillir de ma gorge comme un torrent
Et déferle sur la terre de mes ancêtres
En un poème infâme

(Xu Lizhi, 1990, 2014)

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Précédents épisodes Vox Poetik :
#1 : « Je crache sur votre argent en chien de fusil » (Gaston Miron)
#2 : Le toast de l'ami italien (Erri de Luca)
#3 : « Aux personnes qui me merveillent » (Valérie Rouzeau)
#4 : « Des têtes de fromages de tête » (Jacques Prévert)
#5 : « Paix sur la terre aux pommes de terre » (Brigitte Fontaine)
#6 : « Les dieux sont au PMU » (Kae Tempest)
#7 : « Un endroit où Billy The Kid peut se cacher quand il tire sur les gens » (Jack Spicer)
#8 : « Non, non, pas acquérir » (Henri Michaux)
#9 : « Des bêtes vivent sur nos visages » (Laura Vazquez)
#10 : « Des larmes de honte et de boue » (Boris Vian)
#11 : « Au fou, au fou ! » (Raymond Asso & Damia)
#12 : « La paix a un cancer du poumon » (Maung Day)
#13 : « On entend seulement le montagnard du Kremlin » (Ossip Mandelstam)
#14 : « Seul un insensé parle mal du vin » (Omar Khayyam)
#15 : « La poésie ne va pas à la messe » (Eugenio de Andrade)
#16 : « Le courage de cette tempête à deux flocons » (Richard Brautigan)
#17 : « Que le jour se lève, sur ce mauvais rêve » (Robert Desnos)
#18 : « Du haut de la tour, je jetterai tous les artistes » (Franco Battiato)
#19 : « Ça danse à s'en niquer les os » (Diaty Diallo)
#20 : « La sueur noire des porcs » (Benjamin Péret)


1 Éditions Agone, 2015. Une version actualisée est sortie début 2022, avec une postface de Célia Izoard.

Cévennes : tiens, voilà du bidasse !

Des mois de mobilisation n'y auront rien fait : à Saint-Jean-du-Gard, dans les Cévennes, plusieurs hectares de terres agricoles viennent d'être vendus à la Légion étrangère. Quatre militants reviennent sur cette lutte, qui a reconduit la distance entre « néos » et « locaux ».

Illustration de Mehrake Ghodsi

Saint-Jean-du-Gard est à une heure au nord-ouest de Nîmes (Gard). C'est le sud des Cévennes ; l'été, le soleil brille et les touristes affluent. On est sur les routes parcourues par Stevenson avec son ânesse Modestine, au cœur du pays camisard 1. L'accueil paysan et les campings écolos font florès. L'hiver, en revanche, l'économie locale entre en hibernation, repliée sur ses 2 400 habitants permanents. On s'aperçoit alors que, derrière la façade touristique, la bourgade est pauvre. Le taux de chômage était en 2019 de 23 %, contre une moyenne nationale de 8 %. J'ai vécu ici un peu moins d'une année, il y a trois ans de ça.

À l'automne dernier, une rumeur court : la Légion étrangère serait sur le point d'acquérir la ferme de Bannières et ses 12 hectares de terrain. Une grande partie du foncier de ce mas, en vente depuis trois ans, est pourtant composée de terres agricoles, et c'est la Safer qui sert d'intermédiaire pour la transaction 2. Irait-elle les attribuer au 2e Régiment étranger d'infanterie (REI) ? Cela paraît incroyable mais, au printemps, la presse locale confirme la rumeur : la vente est en passe d'être finalisée. Les militants sonnent alors le branle-bas de combat pour tenter de contrer ce projet, avec pour mot d'ordre : « Non à la militarisation des Cévennes ! » C'est le début d'une mobilisation qui va scander la vie du village jusqu'à l'annonce officielle de la vente, le 7 juillet.

À l'automne dernier, une rumeur court : la Légion étrangère serait sur le point d'acquérir la ferme de Bannières et ses 12 hectares de terrain.

Qu'est-ce qui s'est joué dans cette lutte et pourquoi a-t-elle échoué ? Pour reconstituer ces trois mois et quelque de mobilisation et en tirer un bilan provisoire, j'ai proposé à des camarades de Saint-Jean de se réunir et de parler. Ils sont quatre, fortement impliqués dans la lutte. Jorge 3 est un ancien ouvrier agricole, lecteur de Machiavel ; Jim, bénévole dans une association culturelle, travaille au noir dans le bâtiment, tout comme Jacques ; quant à Jules, il est pion au collège. Personne n'est du cru, tout le monde a la trentaine grosse ou petite et une formation politique dans des milieux plutôt radicaux.

Les citoyens de gauche contre l'armée

Après l'annonce officielle du projet d'installation, « on a appelé à une réunion d'information pour le 26 mars, commence Jim. Elle a réuni une soixantaine de personnes. Il y avait là tout un tas de gens liés aux milieux associatifs et à la Conf' [la Confédération paysanne]. » Depuis les années 1960, les Cévennes ont attiré des vagues de néo-ruraux, souvent de sensibilité écolo-gauchisante : c'est la base naturelle d'une mobilisation contre une implantation militaire. Mais cette fois-ci, il y a un os dans le potage : les vendeurs de la ferme de Bannières sont eux-mêmes à la Conf, ce sont des « néos » de gauche très impliqués dans la vie associative locale. Jim : «  On a constaté avec surprise que beaucoup de gens présents à la réunion ne voulaient pas d'une opposition tranchée. Ils insistaient sur le fait que les agriculteurs qui vendaient la ferme avaient bien droit à une retraite décente, et que le projet visait seulement à établir un camp de repos pour les légionnaires. »

Un camp de repos ? «  Dès le début, on a compris qu'y croyaient ceux qui voulaient y croire  », explique Jacques. Une plaquette de présentation de l'installation « agricole » du 2e REI, produite par l'armée, annonce la couleur : « entraînements à pied dans le pays cévenol » et « combat à pied en zone boisée » sont au menu. Et déjà les bruits de bottes se rapprochent : trois jours avant la première assemblée, le 23 mars, « 600 légionnaires se sont baladés dans la vallée de Saint-Jean. Ensuite ils ont paradé dans le bourg, ont nettoyé les armes dans la rue, tout le tintouin », raconte Jacques.

Le 9 avril, une nouvelle assemblée décide de créer un collectif, qui prend pour nom « Vallées cévenoles démilitarisées ». Il va se constituer en organe de lutte unitaire et rassembler chaque semaine entre vingt et trente personnes. Au programme, dans un premier temps : ratisser large. La part belle est faite à l'argumentaire selon lequel la venue des militaires va nuire au cadre de vie mais aussi aux affaires locales, les troufions risquant de faire fuir les touristes. « On a suivi dans ce cadre qui jouait l'“unitaire” à fond, mais ça ne nous satisfaisait évidemment pas, précise Jim. On l'a fait parce qu'on avait, je crois, l'espoir d'aboutir à une sorte de mobilisation populaire, qui brasserait, avec un vrai ancrage local. »

Au cours du mois d'avril, diverses organisations rejoignent la mobilisation, parmi lesquelles Attac, ou encore le petit syndicat agricole Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), qui s'implique fortement. Le collectif lance alors un appel à manifester pour le 8 mai. Ce jour-là, une marche part de Saint-Jean pour rejoindre le col Saint-Pierre qui surplombe la ferme de Bannières. Elle réunit 300 personnes. Les journalistes sont présents ; au col, les représentants des orgas se livrent à des prises de parole.

Trois cents : le nombre, au regard de la population du pays cévenol, n'est pas ridicule. Pourtant, selon Jorge, le compte n'y est pas : « Le 8 mai, ce sont surtout des néos qui sont venus à la manifestation. L'objectif de ratisser large n'a pas fonctionné. » Jim précise : « Mobiliser largement et localement, cela impliquait de dépasser les clivages habituels. Or là, on constate que l'entre-soi est large, mais que ça reste un entre-soi. » Par ailleurs, ajoute Jacques, « juste après la manif, on a reçu un mail d'un type qui se présentait comme le représentant des trois campings du coin. Ils nous informait que les mecs s'étaient réunis et qu'ils avaient décidé d'une position commune, qui était : oui au projet. » La propagande basée sur un impact négatif sur le tourisme n'avait pas trouvé sa cible.

La Safer contre les paysans

Pas de massification locale, pas de forces pour appuyer une dynamique de type zadiste, pas de soutien des campings : la massification unitaire a du plomb dans l'aile. C'est l'occasion d'un virage dans la lutte, qui « enfin » va produire un antagonisme concret : les membres du collectif choisissent de cibler la Safer, responsable de l'attribution des terres à l'armée. Deux rassemblements sont organisés, l'un devant les locaux de la Safer à Nîmes (8 juin), l'autre devant ceux de la chambre d'agriculture à Alès (28 juin). Ça bataille sur la question des terres agricoles du site, que la Légion est supposée louer à un agriculteur, et, toujours, sur celle de l'usage militaire des terres (repos or not repos). Mais surtout, explique Jorge, « c'est l'occasion d'aborder de manière plus large l'enjeu de l'accès aux terres  ». Car si la soldatesque a emporté l'achat de la ferme de Bannières, c'est d'abord parce qu'elle y a mis le prix : 550 000 euros, rubis sur l'ongle. Les vendeurs avaient reçu des propositions à 400 000 et les avaient récusées ; de son côté, la Safer avait soutenu le prix de vente exigé par les vendeurs alors qu'elle avait la possibilité d'imposer une baisse. « En surestimant les prix de vente, [la Safer] contribue à évincer les projets agricoles au profit d'activités non agricoles et de résidences secondaires », pointe un tract.

Au cours de cette deuxième phase de la lutte, alors que l'idée est d'imposer un rapport de forces à l'organisme pour qu'il revienne sur sa décision d'attribution, la Conf « révèle son triste visage de cogestionnaire : elle soutenait officiellement la mobilisation contre la Safer tout en y siégeant, explique Jim. Elle n'a auparavant rien fait pour empêcher l'attribution de la ferme à la Légion, alors qu'elle avait vu la plaquette où il était question des entraînements. Maintenant, son représentant prétendait vouloir – encore – imposer que ça se limite à un centre de repos.  » Les représentants de la Safer temporisent, font des promesses et protestent de leur droiture mais le rapport de forces reste insuffisant : la presse locale révèle le 7 juillet que la vente a bien été finalisée.

L'unité contre la lutte

La lutte, ou du moins une phase de celle-ci, se clôt donc sur une défaite. La ferme a bien été vendue à la Légion, et cela, insiste Jorge, « sans opposition massive ». C'est d'abord sur ce dernier point, abonde Jules, que porte la déception. Demeure la tentative : « T'es sur un village et tu te retrouves à construire une activité commune tournée vers le refus avec des gens qui ne sont pas tes potes, relativise Jim. C'est ça, l'enjeu d'une telle lutte. » Il y a eu des erreurs de commises, bien sûr. Ce qu'il aurait fallu – tout le monde est d'accord là-dessus –, c'est une assemblée de lutte. C'est-à-dire, précise Jorge, « un lieu où se retrouvent les différentes composantes de la lutte pour échanger et s'organiser ensemble, sans chercher à produire une ligne unitaire ». « Avec une assemblée de lutte, dit Jacques, on aurait pu porter un discours clair contre l'armée en tant que telle, et disposer d'un mode d'organisation qui accepte les “éléments extérieurs” comme partie prenante de la mobilisation. On aurait pu peut-être trouver les forces pour pousser à une occupation du lieu. »

Le discours consistant à s'aligner sur le supposé plus petit dénominateur commun pour demeurer « crédibles » est resté dominant dans le collectif ; et Jorge, Jacques, Jules et Jim ont accepté de composer plutôt que de « scissionner ». La discussion que j'ai avec eux sur ce choix est tortueuse. J'avais d'abord cru comprendre que s'ils n'avaient pas produit un discours propre, plus radical, au sein de la mobilisation, c'était du fait d'une sorte de décision stratégique. Mais ce n'est pas ça : plutôt un engrenage produit par l'implication dans la lutte. « Tu as l'air de nous considérer comme un groupe politique, mais on est d'abord des gens qui avons notre vie ici, et c'est de cette manière-là qu'on s'est retrouvés embarqués dans la mobilisation  », pointe Jorge.

Il y a pourtant eu des moments de tension, à propos desquels le bilan est dissonant. Par exemple : au cours de la marche du 8 mai, quelques militants venus d'ailleurs ont tenté, afin d'augmenter le niveau de conflictualité, de dévier la manif pour marcher vers la ferme, mais, renvoyés à leur extériorité à la mobilisation, ils se sont fait rabrouer par des membres du collectif soucieux de préserver l'unité et de ne pas ouvrir les hostilités avec les gendarmes. Jacques s'interroge : est-ce que ça aurait changé quelque chose de scissionner du cadre unitaire pour soutenir ce genre d'initiative ? « On n'avait pas les forces, insiste Jim. S'il y avait eu une dynamique de lutte dans la lutte, on aurait été les premiers à en être, mais on n'a jamais atteint ce stade. » Et puis : « Dans ce qu'on pensait être les débuts d'un mouvement, il nous semblait plus important de nouer des liens avec des syndicalistes paysans comme ceux du Modef qu'avec des super militants hors-sol.  »

Néos pro-touristes contre locaux pro‑treillis

Jacques, Jorge, Jules et Jim s'accordent sur un autre point : quelle que soit la stratégie adoptée, on n'abat pas les déterminations sociales à coups de volontarisme militant. Quelle base sociale pour refuser la présence des légionnaires ? Derrière les dynamiques idéologiques, quels intérêts sont en jeu dans les clivages qu'une telle lutte révèle ? C'est sur la question de la force sociale représentée par les « néos écolos » que ça débat.

« Cette mobilisation a été portée principalement par des gens qui sont dans des logiques de tranquillité et de mythification des lieux, attaque Jorge. L'opposition est demeurée essentiellement idéologique. Il y a eu beaucoup de résistances pour entrer dans le vif du sujet : le prix du foncier. » Aussi maigres soient-elle, les forces militantes étaient tiraillées par de souterraines logiques contradictoires. « La base naturelle de la lutte était composée de propriétaires, agricoles ou non, poursuit Jorge. Ils sont contre le légionnaire qui s'entraîne dans les bois parce qu'il va nuire au tourisme vert, mais ils ne sont pas contre son repos à 550 000 balles. Pourquoi ? Parce que ces gens trouvent leur intérêt dans la flambée du foncier. »

À ce compte, la « trahison » de la Conf n'en est pas vraiment une : « La base sociale d'un syndicat comme la Conf, c'est des agriculteurs comme ceux qui ont vendu le mas de Bannières. Ils affichent des valeurs de gauche, ils font du bio, de l'accueil à la ferme, du gîte. Et au final, le modèle économique, c'est : ton activité paie un peu, mais c'est sur la valorisation du foncier que tu capitalises à mort. » Face à ces petits capitalistes verts aux positions ambiguës, les commerçants locaux ont soutenu l'installation de grivetons : c'est que, augmentés de leurs familles en visite, ces derniers représentent autant de consommateurs. Il y a eu une contre-mobilisation : le 11 mai, une pétition « Pour le vivre ensemble et le repos de nos militaires en Cévennes », adressée aux opposants, est mise en ligne. On y lit : « Notre armée n'est ni agressive ni sanguinaire. Elle est constituée de femmes et d'hommes qui ont décidé, même si cela n'est pas votre choix, d'exposer leur vie pour défendre la démocratie. » Le sarcasme y est manié avec un certain talent, mais ça pue le ressentiment : « Les Cévennes, terre de refuge et d'accueil, ont sûrement accueilli nombre d'entre vous. Elles n'ont jamais promulgué de loi consistant à trier des populations indésirables. »

Le cliché du clivage entre « néos de gauche » et « locaux de droite » a-t-il été reconduit ? « La lutte ne s'est jamais vraiment confrontée à des pro-Légion, explique Jules. On s'est heurtés à des gens qui étaient contre nous, contre ce qu'on représente. Les opposants aux opposants disaient : “Quand c'est les Parisiens qui achètent des gîtes aux mêmes prix, vous vous en foutez.” Eh bien, ce n'est pas complètement faux. » Ainsi, « on s'est rendu compte que dans les perceptions locales, les zadistes et les néo-ruraux propriétaires qui distribuent des tracts sont mis dans le même sac. Là aussi, ce n'est pas aberrant : sociologiquement on pourrait dire que les uns sont les enfants des autres. »

« Les opposants aux opposants disaient : “Quand c'est les Parisiens qui achètent des gîtes aux mêmes prix, vous vous en foutez.” Eh bien, ce n'est pas complètement faux. »

Mais faire des « locaux » un groupe social homogène, c'est aller vite en besogne. « Les propriétaires du cru sont autant dans une logique de capitalisation du foncier que les néos », rappelle Jacques. Reste la figure du « prolétaire local », spectre qui semble hanter Jorge. Le prolétaire local ne s'est pas pointé pour débrider la parole unitaire et citoyenne portée par le collectif Vallées cévenoles démilitarisées et mettre le feu à la ferme de Bannières. Où est-il resté ? Au boulot, ou chez lui. « Le prolétaire local, intégré au capital global, agit dans le cadre de ses intérêts au sein du capital, pointe Jorge. Dans le cadre de l'antagonisme tel qu'il a été posé, les prolos n'ont rien à perdre à la présence de l'armée. Une retraitée originaire du village m'a dit un jour : “Je préfère les militaires aux touristes. On nous dit que les militaires vont gâcher le paysage en marchant sur nos sentiers, mais c'est déjà ce que font les touristes, non ? Les touristes viennent quelques mois et ils ont tous les droits. Au moins les militaires ils seront là toute l'année et ils s'intégreront au pays au lieu de le consommer.”  »

Les bruits de bottes, contre qui ?

C'est donc à la présence réelle des militaires que les Saint-Jeannais vont finalement être confrontés. Au moins, relève Jacques, « fini les tergiversations avec la Confédération paysanne. Maintenant, on va enfin pouvoir produire un discours antimilitariste ouvert, cibler l'armée en tant que telle, parler de son rôle concret. Ça a cruellement manqué au cours de la lutte. »

Quand le spectacle des tambours de guerre se déploie sur les écrans, ça ne sent jamais bon à l'arrière. L'automne dernier, à Mende, au nord des Cévennes, les légionnaires de la 13e demi-brigade de Légion étrangère se sont emparés de la ville pour un exercice grandeur nature. Les pioupious ont joué à la guerre urbaine en pleine rue, faisant résonner le son des armes automatiques avec force beuglements dramatiques. Selon La Lozère nouvelle, l'ambiance était « insolite ».

Les Saint-Jeannais vont-ils être confrontés à une militarisation de la vie sociale ? Les intentions sont là : « La présence du détachement à la ferme de Bannières contribuera à la sécurité locale », explique un communicant troupier dans un courrier adressé au collectif Vallées cévenoles démilitarisées. Qu'est-ce qui menace la sécurité locale ? C'est ce qui n'est pas dit.

Interviewé par la presse, le colonel Geoffroy Desgrées du Loû – 46 ans et six enfants au compteur – assure : « On s'appuiera sur les commerçants locaux. » Voilà une alliance qui promet.

É. Minasyan

1 Robert Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes, 1879.

2 Les Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer), organisées au niveau départemental, sont entre autres chargées de l'aménagement des campagnes et de la régulation du marché des terres agricoles. Jouissant d'un vaste droit de préemption, elles exercent par ailleurs un contrôle sur les prix et les attributions lors des ventes.

3 Les prénoms ont été modifiés.

Hélène Bessette, jamais vendue

Sur la couverture de son premier livre, Hélène Bessette (1918-2000), voulait un bandeau : « À vendre ». À l'époque (années 1950-1960), ça n'a pas marché. Le Nouvel Attila réédite petit à petit ses œuvres complètes.

illustration de Slevenn

À la fin des années 1990, sur la porte palière d'un petit appartement du Mans, est fixée une carte de visite imprimée : « Hélène Bessette – de chez Gallimard ». La vieille dame qui vit là a ajouté à la main : « Prière de ne pas diffamer ». La plupart du temps, quand son fils Patrick sonne, elle n'ouvre pas. Après sa mort en 2000, il retrouve son carnet : « Le type qui se fait passer pour Patrick est encore venu. » On peut se dire qu'elle est folle – c'est vrai, à ce moment de sa vie elle est folle – mais ce côté fantomatique des êtres, c'est aussi sa vision des choses depuis toujours. La plupart du temps, les gens n'existent pas vraiment, ils se contentent d'incarner des rôles sociaux, de prononcer les phrases qu'on attend d'eux et de courir après les hochets qu'on leur agite. Cela, elle l'a écrit dans ses livres, et on ne lui a pas pardonné. Elle meurt seule, recluse, coupable non repentie d'un «  attentat poétique  » prémédité.

La combine avait pourtant tout pour marcher. Le roman à l'ancienne, ma femme est partie, mon chien est malade, c'est tout le temps la même chose, c'est fini. Quand Bessette entre en scène, peu après la fin de la guerre, le roman a cinquante ans de retard sur la poésie qui, depuis le début du XXe siècle, avec le vers libre, a largué les amarres. Il faut donc faire pareil dans le roman, remplacer les violons par des mitraillettes, dire les choses comme elles sont : « Laids sont les travailleurs fatigués. Laids les Algériens mal nourris, mal nippés. Laides les dactylos étriquées. Laids les manœuvres rapiécés. Laides les prostituées démaquillées. Ensommeillées. Les vieilles prostituées usagées mal réveillées. Laids les marchands de vin couperosés. Laids les bouchers engraissés. Laides les concierges débraillées 1. »

Bide

« Enfin, du nouveau  », se serait écrié Raymond Queneau en recevant le manuscrit du premier roman de Bessette, Lili pleure, paru en 1953. L'affaire semblait bien partie, sans doute pas la fortune, mais de quoi nourrir son môme et se payer une chambre décente. Bon, ça n'a pas du tout marché. Malgré l'acharnement de Gallimard, qui publie jusqu'à trois de ses romans en dix-huit mois, et les éloges des meilleurs écrivains français de son temps, le bide est absolu, retentissant, total.

Bon, ça n'a pas du tout marché.

C'est que, pour aimer Bessette, il faut supporter d'être maltraité. Sa voix, c'est celle, tantôt aigre tantôt moqueuse, d'une femme qui râle, se plaint, regimbe contre la condition qui lui est faite. Parfois, elle parodie le film psychologique bourgeois, avec les yeux du gosse qui ne sait pas qu'il ne faut pas dire que l'empereur est nu. Quand la bonne Ida se fait écraser par une voiture, sa patronne crache le morceau : « Nous qui pensions / Que Ida était comme nous / Que dis-je ? / Était à nous 2 »

Sa matière, ce sont les éclats projetés par sa vie malheureuse d'instit' sans vocation qui se fait virer de l'Éducation nationale après des pétitions de parents qui lui reprochent d'être sale, et qui part faire des ménages puis tous les boulots, serveuse, concierge, gardienne, en Suisse ou en Angleterre. Éclats qu'elle découpe et recolle, accumule, tord, répète cinq ou dix fois pour qu'on les entende. Pour qu'on reçoive sa colère, sa misère, sa souffrance, son rire et son intelligence face à l'adversité – manière de prendre le dessus sur ce qui voudrait l'écraser.

Le résultat, c'est une «  littérature invendue  ». Elle raconte ça. « Vous allez mal, hurle l'Éditeur qui néglige son expression, influencé par “le jargon” de la jeune littérature. Vous allez mal. Vous poussez la fainéantise un peu loin. Et comment vous y prenez-vous pour écrire ? Je n'y comprends rien. QUELLES SONT VOS IN-TEN-TIONS ? – Je n'ai pas d'IN-TEN-TION, pleure l'auteur. [……] – Allons ne pleurez pas, dit le marchand, subitement adouci, et quand vous aurez fait fortune avec VOS romans, nous nous marierons, O.K. ?D'ac., répond la romancière qui sourit à travers ses larmes.
et :

C'est pour moi la seule façon d'obtenir l'édition 3. »
Toujours ça de pris.

Laurent Perez

1 La Tour (1959), rééd. Le Nouvel Attila, 2021.

2 Ida ou le délire (1973), d'abord réédité en 2018 au Nouvel Attila, disponible en Points-Seuil, 2020.

3 MaternA (1954), rééd. Léo Scheer, 2007.

La chasse au colibri

Ce ne sont pas des révolutionnaires de la fourche ni des avant-gardistes autoproclamés, mais leur démarche est foncièrement politique. En s'installant dans un coin paumé de l'Hexagone il y a quelques années, les jeunes paysans et paysannes de la Grange aux Merles avaient en tête de proposer un autre modèle agricole, afin de le diffuser largement. Depuis, leurs réflexions ont évolué. Point d'étape.

Illustration d'Adrien Zammit

Un dimanche d'août 2022, dans un petit village banal de la France rurale. C'est jour de comices agricoles et on se balade avec Xavier 1 et Sophia aux abords de ces festivités rurales traditionnelles rameutant nombre de gens du coin – pas que les agriculteurs. Au programme : un festin de grillades sur de grandes tables à tréteaux, un château gonflable pour les mômes, l'inévitable buvette bondée, un rassemblement de rutilants tracteurs anciens ou un concours de bovins. Occasion pour les éleveurs locaux d'afficher leur savoir-faire, cette compétition mêle diverses catégories de bêtes. Au fil des heures, les quadrupèdes défilent, massifs, placides, méticuleusement brossés. Et quand le commentateur évoque au micro les différents candidats présentés par lots de huit, complimentant « le maintien du filet » de tel bœuf mastoc ou « l'amplitude du bassin » de telle vache XXL, on se marre tous les trois un peu bêtement. Comme s'il y avait un côté folklorique, l'expression d'un autre monde au sabir à la fois ancestral et exotique.

Xavier et Sophia sont pourtant agriculteurs. Ils participent de longue date à une ferme collective implantée à quelques kilomètres, la Grange aux Merles 2. Au cours de ces comices dominicaux, ils croisent plusieurs personnes qu'ils connaissent et saluent, notamment les organisateurs. Sophia, qui est éleveuse au sein du collectif, participe même ce jour-là à une démonstration de chiens de troupeau. Pourtant, ils ne le formuleraient peut-être pas ainsi, mais ils donnent l'impression d'être à la fois dedans et dehors, intégrés mais pas totalement assimilés. Dans un entre-deux.

Quand je lui en fais la remarque, Xavier évoque la notion de « capital d'autochtonie  », mobilisée notamment par le sociologue Nicolas Renahy dans Les Gars du coin 3, qui désigne le sentiment d'appartenance collective propre aux ruraux « du cru ». Il y a des codes, une culture, des rites, auxquels les nouveaux venus, pourtant installés depuis sept ans, n'ont pas totalement accès. Rien à voir avec les « néo-ruraux » de l'ère Covid, abonnés au télétravail et déconnectés de leur environnement. Mais quand même : il subsiste un fossé. Et c'est l'une des problématiques agitant la grosse dizaine de personnes du collectif – ainsi résumée par Ludo : « On cherche à davantage s'intégrer dans le réseau local. C'est bien d'être autonomes, mais c'est enfermant de ne se retrouver qu'avec des gens qui ont les mêmes idées. Il faut déborder de nos milieux, ne pas se contenter de la Conf[édération paysanne] ou d'initiatives militantes marquées à gauche. D'où l'importance de participer à des collectifs locaux, qu'il s'agisse d'associations de chiens d'élevage ou de la société de chasse si c'est ton truc. » L'objectif : rompre la logique des bulles sociales, des réseaux affinitaires et de classe, pour bâtir des ponts. Et parfois, ça marche : « Il y a quelques jours, on tenait une table avec les produits de la ferme dans une fête de village où on ne connaissait pas grand monde. Quelques jours plus tard, certaines personnes rencontrées là-bas sont venues assister à un spectacle de théâtre qu'on organisait sur la ferme. Ces rapprochements mettent du temps mais sont très précieux. »

« Piou piou les p'tits oiseaux »

Cela fait sept ans que les complices de la Grange aux Merles sont installés – plus vraiment des néo-ruraux, donc, mais pas non plus des gens du coin. Une dizaine d'amis qui, au sortir de leurs études supérieures en agronomie, ont décidé d'envoyer bouler la vie urbaine et la perspective d'un salaire confortable pour s'installer à la campagne. Ils ont monté une ferme collective bio, basée sur les circuits courts et une agriculture la plus saine possible. Ils y produisent des légumes, du pain, du fromage de vache et de chèvre, de la viande de porc, de la bière, des fraises ou des champignons, qu'ils mettent en vente sur place via leur magasin ouvert deux jours par semaine et dans quelques lieux de la région spécialisés dans les produits bio. Bossant de concert avec des camarades architectes qui ont leurs bureaux à la ferme, ils organisent aussi des événements sur place : spectacles, projections, débats ou concerts. Rien de révolutionnaire mais une démarche qui, dès le départ, se voulait aux antipodes de l'agro-industrie.

Leur trajectoire rappelle celle des étudiants d'AgroParisTech qui, en mai dernier, ont profité de leur remise de diplôme pour dénoncer le modèle dominant et annoncer publiquement leur désertion groupée, fustigeant notamment « une formation qui pousse globalement à participer aux ravages économiques et sociaux en cours 4 ». Le collectif valide le rapprochement : eux qui ont fait leurs études ensemble dans une formation similaire ont également rué dans les brancards le jour de la validation de leur cursus. « Sauf que notre discours était sans doute moins bon  », rigole Adèle. De leurs études, ils ont gardé la conviction qu'il fallait s'engager dans le domaine agricole, mais dans la direction inverse de ce qu'on leur enseignait. « Les tenants et aboutissants de la question agricole sont souvent minimisés, alors que c'est le pilier du système productiviste, au premier plan des dégâts environnementaux », rappelle Tristan. Lui explique qu'il se sentait alors beaucoup plus proche des activistes de la ZAD que des tièdes militants urbains d'Europe Écologie-Les Verts (EELV). Et qu'à ses yeux claquer la porte des villes était une évidence.

Trouver le lieu adéquat n'a pas été chose aisée, entre cartes de France raturées à l'excès et escapades en pagaille pour prospecter. L'idée était de trouver un territoire neutre, normal, pas phagocyté par l'agro-industrie délirante comme la Beauce, mais pas non plus envahi de néo-ruraux babos comme la Drôme. Une fois l'endroit parfait dégotté et les bâtiments retapés, les premières années ont marqué une confrontation avec la réalité du boulot agricole et du collectif en autogestion qui crisse parfois. Rétrospectivement, ils confessent une certaine naïveté dans l'approche politique. « Il faut bien comprendre qu'on avait 22 ou 23 ans quand on a lancé le projet », rappelle Adèle. « Il y avait des évidences : ne pas bosser pour des gros saccageurs et avoir une démarche paysanne ayant du sens. Mais à côté de ça on était aussi un peu “piou-piou les p'tits oiseaux”. » D'autres comparent leur approche initiale aux satanés colibris de feu Pierre Rabhi – la parabole du petit oiseau qui, face à l'incendie, balance quelques gouttes sur les flammes pour « faire sa part » et inspirer les autres animaux de la forêt, youpi youpi. « On arrivait avec l'idée de faire tache d'huile en créant une ferme agronomiquement intéressante, viable à peu d'hectares par actif et sans utilisation de produits phytosanitaires », détaille Tristan. En clair : montrer par l'exemple qu'un autre monde agricole est possible.

S'ils se déclarent aujourd'hui épanouis dans leurs pratiques et heureux de consommer et de commercialiser des produits échappant à la catastrophe de l'agro-industrie, ils ne se leurrent plus sur cette capacité à faire tache d'huile. « On a compris que notre exemple n'est pas généralisable  », explique Tristan. « On est sur un marché de niche, qui nous permet de vendre nos produits cher, à des gens qui ont un minimum de pouvoir d'achat. Pour imaginer que ça se développe largement, il faudrait que la structuration de la société le permette, ce qui est tout le sauf le cas. C'est une question systémique.  »

Systémique. Le mot clé est lâché. Il reviendra.

« Ne pas se poser en donneurs de leçons »

Pas de méga-fermes dans les environs de la Grange aux Merles, mais beaucoup d'agriculteurs ayant recours aux pesticides ou acculés à une fuite en avant productiviste. Face à ces pratiques néfastes exercées à relativement petite échelle, la critique frontale serait aussi facile que vaine, estime Ludo : « Tu ne peux pas arriver comme une fleur et te poser en donneur de leçons. On sait que les gens qui font des compromis ne peuvent pas faire autrement, ou ne savent pas comment. D'ailleurs, nous aussi, on en fait. On vend nos produits cher. On utilise du pétrole. Et on a parfois recours à de la main-d'œuvre gratuite via le woofing. De manière systémique, eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis. »

« Eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis. »

Une nécessaire humilité, qui déborde la question des pratiques agricoles. Ainsi, certains membres du collectif disent avoir un temps baigné dans le discours de la « redynamisation du territoire », registre lexical un brin méprisant typique d'assos (pourtant précieuses) comme Terre de liens 5, alors même que le coin où ils sont ­installés n'a rien de sinistré. « Au début on était un peu dans cette posture, comme si on débarquait dans un désert, se rappelle Xavier. Mais c'est loin d'être le cas. Il y a plein d'assos locales ici. Et quand le village voisin organise une fête de la bière, il y a un millier de personnes qui s'y rendent. Nous, quand il y en a cent cinquante qui viennent à nos événements, on est super contents. Du coup, on est beaucoup moins arrogants qu'à notre installation. »

Ne pas s'y tromper : s'ils parlent d'arrogance, celles et ceux de la Grange aux Merles n'ont pas déboulé le couteau entre les dents en hurlant qu'ils allaient rééduquer les bouseux. Pas leur genre. Ce qu'ils disent en substance, c'est qu'il leur a fallu du temps pour saisir le tableau dans son ensemble. Et comprendre que, pour vertueuse qu'elle soit, leur démarche n'était pas suffisante si elle rimait avec repli sur soi. En trouvant une forme d'autonomie individuelle et collective, ils ont certes réalisé un premier pas, tout sauf négligeable. Mais cela ne leur donne pas prise sur le monstre industriel dominant, qui s'accommode fort bien de ces marges paysannes. Ludo résume la situation ainsi : « Quand je me suis installé, il y avait d'abord des aspects individuels évidents. Pour ma compagne et moi, élever notre gamine dans de bonnes conditions, par exemple. Ou bien acquérir des formes d'autonomie, de résilience face à la catastrophe en cours. Mais la part individuelle n'est politiquement garante de rien. Et même si le collectif t'offre l'accès à une autonomie accrue, tu peux vite tomber dans des formes de colibrisme mou, des pratiques qui n'ont aucun autre impact que sur ton bien-être. »

« La part individuelle n'est politiquement garante de rien. »

Cet aspect est désormais entériné par les membres du collectif. Lesquels sont d'ailleurs nombreux à militer dans des structures qui s'attaquent de front aux questions les plus brûlantes générées par l'agro-industrie – de l'accaparement des terres à la bétonisation des campagnes en passant par la pollution imputable à l'élevage intensif. Beaucoup sont par exemple impliqués à la Confédération paysanne, syndicat agricole opposé au magistère de la très industrialo-compatible Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). D'autres s'investissent dans les campagnes des Soulèvements de la Terre, collectif qui multiplie les actions dans toute la France 6. Et un certain nombre affûtent les fourches dans l'éventualité d'un grand projet inutile particulièrement hors-sol actuellement dans les tuyaux des élus des environs. Mais concernant la ferme en elle-même, la véritable question est ailleurs : avant d'envisager le grand soir agricole, il s'agit d'abord de s'enraciner dans un territoire, d'y développer des liens.

« Un exode urbain de malade »

Les paysans et paysannes de la Grange aux Merles considèrent aujourd'hui que leur approche agricole n'est que le pré-requis d'une transformation sociale plus radicale. Ils pensent aussi que cela ne pourra pas se faire en petit comité avant-gardiste, coupé des réalités agricoles dominantes. Alors que beaucoup, dans ces milieux, brocardent la figure du néo-rural, eux y voient plutôt une réalité moins caricaturale et néfaste que celle décrite dans les médias, en tout cas dans leur coin. Dans la lignée de la Conf', ils estiment qu'un afflux de jeunes désertant la folie des villes serait une bonne chose. Tristan pose les choses ainsi : « Si on veut généraliser l'agriculture paysanne, ce qui indispensable, il faut deux millions et demi de paysans. Un exode urbain de malade ! Et il sera impératif d'opérer ce changement de la manière la plus égalitaire possible, la plus communiste, à rebours des modèles actuels.  »

En attendant, il importe de ne pas se tromper d'ennemi : «  Je préfère que dans le coin il reste des agriculteurs qui s'agrandissent plutôt qu'un gros investisseur étranger rachète des terres et mette des salariés à leur place », estime Adèle. Qui rappelle la situation : « On ne peut pas tous être en vente directe et en circuit court. Les supermarchés ne vont pas fermer du jour au lendemain. On a donc pour l'instant besoin d'agri' qui font du circuit long. L'idéal serait d'abord qu'ils reprennent la main sur les prix, ce qui leur donnerait la possibilité d'évoluer vers une agriculture moins toxique. »

Parfois des liens se créent, des ponts. Ainsi de la Cuma 7 locale, coopérative de découpe et de transformation de viande, où se retrouvent aussi bien des éleveurs bio que d'autres fonctionnant en conventionnel, et qui mettent en commun des outils indispensables à leur métier. Autre espace de rapprochement, plus inattendu : la chasse. Adèle la pratique, mais armée d'un arc : « C'est une excellente manière de rencontrer tes voisins. Tu as des moments d'échange avec des gens que tu ne rencontrerais sinon pas et qui sont loin de la caricature du viandard.  » Et de citer ce jour où un chasseur, agriculteur conventionnel proche de la retraite, lui a expliqué qu'il aimerait bien transmettre son exploitation à des gens pratiquant le même type de paysannerie que celles et ceux de la Grange. Une petite victoire, pas si anodine.

Fort heureusement, pas besoin de pratiquer la chasse pour faire avancer les choses. Ainsi de Ludo, partisan de l'éducation populaire, qui estime qu'il faut faire feu de tout bois : « Il y a tellement de questions sur lesquelles se bouger, sans faire de hiérarchie des luttes. Ce n'est pas parce qu'on est autonomes dans notre coin que tout est réglé. Il faut un travail quotidien, des formations, des remises en cause, à l'échelle de notre collectif, mais aussi tournées vers l'extérieur. » Question féminisme, par exemple, cela se traduit entre autres par l'implication de plusieurs femmes du collectif dans un festival local annuel dédié à ces problématiques. Avec cette position : pour s'attaquer au modèle destructeur en place, il faut affronter toutes les formes de domination, les mettre chacune sur un même plan.

« On tient la bouffe »

Au final, allant de pair avec l'obsession pour le terme « systémique », une conviction revient : « Ce qu'on apporte doit s'inscrire dans un mouvement global.  » Dans cette optique, les pistes ne manquent pas. Elles peuvent se présenter sous des atours techniques, comme cette proposition avancée par Ludo : « Avec la Conf', on voudrait créer un label “bête engraissée à l'herbe”, pour différencier de celles nourries au maïs, céréale qui pompe énormément d'eau. Il s'agirait de développer des filières où les pratiques traditionnelles sont mieux valorisées tout en pointant du doigt le gaspillage démentiel de ressources de l'élevage au maïs. Une manière de faire émerger le politique via l'écologique en partant d'aspects prosaïques. » Ces pistes et horizons peuvent aussi brasser plus large, avec en tête les braises encore fumantes des Gilets jaunes. Dans le coin, le mouvement avait bien pris et certains membres du collectif y avaient participé. Un hic cependant : les agriculteurs y étaient au final peu représentés.

Ce manque de conflictualité de la profession, hors luttes sectorielles, fait d'ailleurs réagir Ludo : « On devrait être beaucoup plus présents dans les luttes sociales et écologiques. Les agriculteurs, c'est à peine 2 % de la population [française] pour un poids immense dans le réchauffement climatique 8. » Et Adèle de rêver à une prise de conscience généralisée, portée par des paysans refusant de s'allier aux gros bonnets de l'agriculture industrielle inféodés à la FNSEA et à la pompe à fric européenne : «  Si des paysans et agriculteurs déterminés à vraiment peser se regroupaient pour s'opposer au modèle industriel, ça pourrait avoir un gros impact. Car il ne faut pas oublier une chose : on tient la bouffe.  »

Émilien Bernard

1 Les prénoms ont été modifiés.

2 Le nom a été changé.

3 Les Gars du coin – Enquête sur une jeunesse rurale, La Découverte, 2010.

4 Lire notamment « Appel à déserter : il s'est passé quelque chose à AgroParisTech », Slate (12/05/2022).

5 Fédération qui lutte contre la spéculation foncière et qui propose des solutions aux paysans non conventionnels cherchant à acquérir des terrains ou bâtiments agricoles. De manière générale, elle joue un rôle très important dans la sauvegarde d'un modèle paysan non prédateur.

6 Voir notamment notre article consacré à une action de ce collectif : « To-do list : désarmer le béton, reprendre la terre, sortir les poubelles », CQFD n°200 (juillet-août 2021).

7 Coopérative d'utilisation de matériels agricoles.

8 Le secteur a émis 21 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020, selon le bilan publié le 30 juin 2021 par le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa).

Respirer les épines

Un dessin d'Émilie Seto, qui chaque mois nous livre un instantané marseillais (ici, le Vallon des Auffes).

Spectres de l'ultra-gauche. L'État, les révolutions et nous

D'Auguste Blanqui aux collectifs de colleuses féministes, des situ' aux ZAD, de la guerre d'Espagne à l'affaire dite « de Tarnac », cette semaine, on parlera avec le sociologue Michel Kokoreff de l'histoire des mouvements qui privilégient l'auto-organisation à la forme-parti, l'énergie révolutionnaire à la centralisation autoritaire des masses, sans dissocier rage et politique, action et pensée radicales. Michel Kokoreff vient de publier "Spectres de l'ultra-gauche. L'État, les révolutions et nous" aux éditions L'Oeil d'or.

Pour aller plus loin, vous pouvez ecouter dans nos archives :
- l'entretien avec la sociologue Geneviève Pruvost sur son livre Quotidien politique - Féminisme, écologie, subsistance
- l'entretien avec avec la philosophe Caroline Guibet Lafaye sur son livre"Armes et bagages" éthique de l'engagement politique armé
- l'entretien avec la politologue Vanessa Codaccioni sur l'État d'urgence et justice d'exception L'Etat face aux crimes politiques et terroristes

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 20/09/2022

0/ COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/Enola Gay (1995)

1/ JUGGLING JUGULARS (Tampere, Finlande) « Burning Bridges » from  « Nothing’s Finished LP (2004)

2/ IMPERIAL LEATHER (Stockholm, Suède) « Bustin my Seams » from « Something out of nothing » LP (2005)

3/ BALLAST (Montreal, Canada) « Day by Day » from « Sound asleep » LP (2005)

4/ EASPA MEASA (Dublin, Irlande) « Morrigan Song » from « Renounce and Dethrone » (2004)

5/ FLEAS AND LICE (Groningen, Pays-Bas) « No Division No Confusion » from « Prepare for Armageddon » LP (2005)

6/ WITCH HUNT (Philadelphia, US) « Obscenity » from « Blood Red State » LP (2006)

7/ FEMINAZGUL (Asheville, US) « In the Shadows of Dead Gods » from « No Dawn for Men » LP ( 2020)

8/ RAGANA (Olympia, US) « Unbecoming » from « Unbecoming » LP 2013

9/ PROTESTERA (Gothenburg, Suède) « Propagandaattack » from split EP w/ Apatia No (2005)

10/ HARUM SCARUM (Portland, US) « Jack » from « Mental Health » LP (1999)

11/ CONTRAVENE (Phoenix, US) « In Darkness » from « A Call to Action » LP (2002)

12/ NUX VOMICA (Portland, US) « the Final Election in a Crumbling Empire » from « A Civilized World » LP (2007)

13/ ANTI-EVERYTHING (Trinidad & Tobago) « Searching for a Signal » from « Coagx » EP (2021)

14/ SINOQUE (Lille, France) « Une Bande » from « Defaites de Fin Damnées » EP (2021)

15/ COVEN (Monceau-les-Mines, France) « Alep » from « Le Blizzard Persiste » (2021)

16/ MYSCIER BLODYA (Saint-Etienne, France) « Étapes » from « Adul’enfance » LP (2020)

17/ PLEASURE VENOM (Austin, US) « We get what you deserve » from « We get what you deserve » (2021)

18/ MAAFA (New York, US) « Welfare » from « Demo » (2017)

19/ SHORTLIVED (Wellington, Nouvelle-Zélande) « Sick of Excuses » from « s/t » LP (2009)

20/ LANDVERRAAD (Amsterdam, Pays-Bas) « Darkest of Thoughts » from split LP w/ Sloth (2001)

21/ BETERCORE (Alkmaar/Amsterdam, Pays-Bas) « Punk is Verzet » from « Youthcrust Discography » CD (2003)

22/ MIHOEN ! (Utrecht, Pays-Bas) « Ik ben tegen zirloos gewerk » from  Split EP w/ Seein Red

23/ LIMP WRIST (Albany, US) « Limp Wrist » from « Don’t knock it til you try it » Tape (2000)

24/ LOS CRUDOS (Chicago, US) « Asesinos » from Split EP w/ Huasipungo (1993)

25/ DIRT (London, UK) « After the Dance » from « Just an Error »  LP (1985)

26/ MANKIND ? (New Haven, US) « Selfish Schism » from Split LP w/ Dirt (1994)

27/ GRLWOOD (Louisville, US) « Get Shot » from  « I Sold my Soul to the Devil when I was 12» LP (2019)

28/ CHEAP PERFUME (Colorado Springs, US) « It’s ok to punch Nazis » from « Burn it Down » LP (2019)

29/ DETESTATION (Portland, US) « Why do they cry ? » from « The Agony of Living » (1997)

30/ EKKAIA (A Coruña, Espagne) « Mientras Dormimos «  from « Demasiades tarde para pedir perdon » LP (2004)

31/ SKITKIDS (Malmö, Suède) « Lycklig Idiot » from « Onna for Pleasure » LP (2004)

32/ JOBBYKRUST (Belfast, Irlande) « In the Cold Earth » from « The Descent of Men » LP (1997)

ANTI-EVERYTHING

SheWolf au Rock'n Bock (Maxéville, sept 2022)

Shewolf était en concert à Maxéville, dans la banlieue de Nancy. SheWolf, ça fait un bail que je voulais les voir. J'avais causé de leur premier album, "Sorry not sorry" (épuisé) (j'ai même pas pu en mettre sur LaDistroy) dans une chronique (ma foi fort pertinente) (amha) pendant l'émission Konstroy, "Facebook c'est le Monsant du web".

 

Là c'était plutôt le bon moment. Bon ok, Maxéville c'est pas la porte à côté, mais c'est celle d'après, à un peu moins de deux heures de route. Le festoche se nommait "Rock'n bock" (c'est un renaming de ouf pour l'ancienne "fête de la bière"), et tenait stands et scène sur la grande place des brasseries. La première question qui me vint frontalement à l'esprit en arrivant sur le lieu ne fût pas exactement d'ordre musical : "y'a t'il un seul p*tain de parking dans cette foutue ville ??"
Le groupe jouait à 18h30, la place était encore à moitié vide... mais où vont se garer les gens ? On est dans la banlieue de Nancy pas dans le 11ème arrondissement où les autochtones se déplacent en tromé ou trottinette à vapeur. Où se gare t'on ? Le parking du Lidl avec ses douze places et son allée en cul de sac était blindé de chez blindé, les mini parkings qui bordent la route, idem... bref, j'ai fini par parker le char sur un bout de trottoir entre une sortie de garage et une grosse goutière, mais ça m'a quand même fait rater les deux premiers morceaux du groupe.

J'arrive en plein Parasite, un titre dense, qui donne le nom et la tonalité au dernier album du groupe. Shewolf jour devant peu de monde, mais ne se démonte pas et envoie un show super énergique. MC (batteuse) et Alice (chant/guitare) échangeront leur poste pour une séquence Pause féminine à la fois magnifique et enragée.

Un super concert. En voici un extrait, "Apology" (qui a fait l'objet de leur premier -très chouette- clip) :

 

Comme vous pouvez le voir, je met toujours mes vidéos dans le fediverse, sur l'instance peertube du camarade John Livingston, YINY.

Et il semble que Pixelfed ait fait des progrès, du coup je retente l'aventure, >ici<

 

SheWolf (Alice), sept. 2022
Alice (SheWolf, Maxéville sept 2022)
fanny.jpg, sept. 2022
Fanny (Shewolf, Maxéville, sept 2022)
martine.jpg, sept. 2022
MC (Shewolf, Maxéville, sept 2022)

 

Et sinon, SheWolf prépare un album, dont on devrait voir une édition en vinyle. En attendant, leur dernier opus, Parasite est toujours disponible (elle le font à prix libre à leur concert, raison de plus d'aller les voir).

Et puis, elles ont un vrai site web, complet, avec les albums en écoute, les textes, les dates de concert. Du bonheur dématérialisé.

=> SHE-WOLF.NET <=

 

Résistance : « L'invention du passage à l'acte »

Avec leur bande dessinée-fleuve Des vivants, Louise Moaty et Raphaël Meltz (recherche historique et scénario), associés au dessinateur Simon Roussin, font revivre les premières heures de la Résistance française, via l'évocation des hommes et femmes ayant animé le réseau du musée de l'Homme (1940-1942). Entretien à trois voix.

«  Un peu de conscience s'éveillait çà et là, une minuscule et vacillante protestation qui ne savait pas quelle forme elle pourrait bien prendre. On se cherchait à tâtons, dans l'obscurité. » L'homme qui s'exprime ainsi 1 s'appelle Jean Cassou. Romancier, poète, critique d'art, il fait partie des quelques rares personnalités françaises à avoir choisi la voie de la résistance dès l'été 1940, quand dans le vent brun de l'histoire tout était à bâtir. Pas d'expérience concrète, pas de véritable structure clandestine, pas d'aide extérieure, simplement l'expression d'un non viscéral proclamé par quelques hommes et femmes regroupés au sein d'un petit cercle, le réseau dit du musée de l'Homme (en référence à ce lieu consacré à l'ethnographie où travaillaient celles et ceux qui ont posé les premiers jalons du réseau).

D'abord centré sur Paris avant de lancer des ramifications là où d'autres non s'élevaient, comptant dès octobre 1940 une centaine de membres plus ou moins impliqués, le réseau plante sur le vif les premières graines de sédition : propagande clandestine (notamment via le journal Résistance), évasion de prisonniers, renseignement à destination des Anglais… Mais ces vivants jouent gros : leur vie. Dès janvier 1941 et suite à une trahison, les premières arrestations frappent le groupe, vite décimé. Un procès tenu en janvier 1942 viendra sceller le sort de ses principaux organisateurs et organisatrices : dix peines capitales (les trois femmes condamnées seront finalement déportées). Et le 23 février 1942, à 17 heures, sept hommes sont fusillés au Mont-Valérien : Jules Andrieu, Georges Ithier, Anatole Lewitsky, Léon-Maurice Nordmann, René Sénéchal, Boris Vildé et Pierre Walter.

C'est sur une terrible évocation de cette macabre scène que se clôture Des vivants (éditions 2024, octobre 2021), magistrale mise en scène graphique et orale d'un histoire trop peu connue. Au scénario, les auteurs Raphaël Meltz et Louise Moaty, qui ont écumé les bibliothèques et les archives pour réaliser ce tour de force : tous les dialogues structurant le long récit correspondent à des paroles ou à des écrits de feu les acteurs de cette histoire. Quant au dessin, signé Simon Roussin, il offre une atmosphère onirique au déploiement des voix, peignant un Paris aux couleurs vives et au ciel strié de lourdes menaces. Les nuages s'accumulent, les vivants les défient. Formulé par l'une des pionnières du réseau, Sylvette Leleu 2 : « C'était ça, la Résistance, tout simplement : le refus des choses que l'on ne pouvait pas admettre sur le plan moral. Le refus d'une certaine forme de vie inadmissible pour des gens libres. Le refus, et après : beaucoup d'actes. »

Pour cet entretien, les trois auteurs de Des vivants ont choisi de mêler leurs voix en une seule. Sans doute par souci de cohérence avec leur démarche : laisser toute la place à ces autres voix, humbles et si puissantes, qu'ils et elle ont entrepris de sortir de l'oubli.

***

Votre récit accorde beaucoup de place au musée de l'Homme et au milieu de la recherche ethnologique. Pourquoi était-ce si important pour vous d'insister sur ce musée en tant que tel, alors que les ramifications hors de ses murs sont vite très nombreuses ?

« Ce qui nous a attiré au début du projet, c'était ce mélange entre deux histoires : d'une part celle d'un musée d'ethnographie de la fin des années 1930, porteur des ambiguïtés mais aussi des avancées de l'époque dans la vision de ce qu'est l'humanité, et d'autre part celle des tout premiers résistants. Ce musée et les gens qui y travaillent sont passionnants : à la fois architecturalement (d'où la grande présence du bâtiment tout au long du livre, mais aussi des objets qu'il présente), intellectuellement (ce sont les grandes heures de l'ethnographie française, et le musée offre une pensée novatrice, car transversale, de l'humanité), politiquement (son directeur Paul Rivet est un pionnier de l'union de la gauche qui aboutira au Front populaire, et l'un des fondateurs du Comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes) et internationalement (lutte explicite contre le nazisme, accueil de chercheurs réfugiés).

Et en même temps – c'est toute la complexité de cette période – le musée s'appuie sur le ministère des Colonies, et la classification scientifique par “race” n'est pas remise en cause, même s'il s'agit d'expliquer au public que toutes lesdites “races” sont égales entre elles : le musée est explicitement présenté comme un “rempart face à la vague raciste qui menace le monde”. Il y avait donc une évidence à ce que beaucoup de personnes du musée soient résistantes. Mais c'est vrai que les ramifications du réseau se sont très vite étendues à toute la France, et c'est d'ailleurs une de ses particularités : plus d'un an avant l'intuition de Jean Moulin, il s'agit déjà de raccorder des gens agissant dans des lieux parfois très lointains les uns des autres. Reste que le musée a servi pendant très longtemps de centre névralgique : c'est ici que le réseau a été conçu dans son ensemble, et c'est ici aussi que travaillait le trio fondateur, Yvonne Oddon, Boris Vildé, et Anatole Lewitsky. »

Ces premières heures de la Résistance, 1940-1942, ne sont pas les plus connues. Or c'est un moment très fort, car il s'agit alors de tout inventer, d'improviser les premières esquisses de réseau et d'action…

« C'est en partie pour ça que ce sujet s'est imposé à nous. Il faut s'imaginer l'été 1940 : la résistance, on ne sait pas comment la pratiquer, on ne sait même pas comment la nommer. C'est d'abord une simple impulsion, une “douleur physique”, comme dit Boris Vildé quand il voit des soldats allemands, une réaction au “spectacle irréel” qu'est Paris occupé (Jean Cassou). De ces réactions primaires naît l'invention du passage à l'acte, et c'est ce qui nous a tout de suite semblé passionnant, quand nous avons plongé dans les souvenirs des différents personnages. C'est pour ça que la notion d'“invention de la Résistance” est si présente dans le livre : les rencontres, les discussions, les premiers actes un peu maladroits parfois, le futur aussi (ils commençaient déjà à programmer des actions armées). On a voulu faire partager au lecteur ce mouvement allant de la conviction intime au projet collectif, de la notion au geste – mais aussi de la prise de risque à la condamnation finale. »

En parallèle, il y a aussi une forme de maladresse, de naïveté. Comme le dit Germaine Tillion : « En se reliant les unes aux autres, les équipes accroissaient leur part de danger. Ce manque d'étanchéité constituait une grande faiblesse. On recrutait trop pour vivre longtemps. » Par moments, il y a même cette impression de sacrifice, bien représentée par Boris Vildé. Comme s'il avait fallu une première génération non-professionnelle de la Résistance pour qu'ensuite viennent d'autres vagues, plus aguerries...

« Le côté sacrificiel est en effet important chez Boris Vildé – mais dans son cas, c'est plus une histoire de caractère personnel (on retrouve cette étonnante relation à la mort dans son très beau journal, écrit en prison 3). Ce qu'on peut dire plutôt, c'est que certains des premiers résistants n'avaient pas vraiment conscience du danger – lequel était moindre, de fait, au tout début. Dans une lettre de 1942, Yvonne Oddon rappelle que pour un même acte (en l'occurrence, publier un journal clandestin), on est passé en quelques temps d'une peine de six mois de prison à la peine de mort. L'enthousiasme des débuts, qui était une sorte d'instinct vital et qui parfois en effet se traduisait par une forme de naïveté, s'est transformé petit à petit en une sorte de professionnalisation (choix de pseudos, cloisonnement, etc.). C'est par exemple notable lorsque Pierre Brossolette entre dans le réseau (un des passages qu'on n'a pas pu garder dans le livre, on l'évoque seulement dans les notes). Malheureusement, pour beaucoup de nos personnages, ça arrivera trop tard. Et la génération suivante, à partir de 1941, sera beaucoup plus attentive aux menaces. »

Votre récit est basé sur un parti pris radical concernant les dialogues, que vous résumez ainsi : « Tous les mots [que les personnages] prononcent sont les leurs : paroles trouvées dans leurs lettres, journaux, témoignages, entretiens, souvenirs. » Pourquoi ce choix, appuyé par un appareil critique rigoureux en fin d'ouvrage resituant chaque dialogue ? Est-ce qu'il y avait la peur de toucher à quelque chose de « sacré » ?

Ce n'était pas du tout notre choix à l'origine. C'est venu en commençant vraiment le travail scénaristique, d'une part en plongeant dans les textes des différents personnages, d'autre part en nous interrogeant sur le type de dialogues que nous cherchions. Il est apparu soudain inimaginable de remplacer ces paroles qui existaient déjà (et qui étaient souvent très fortes), par des dialogues bricolés qui risquaient de sonner faux. Lorsque nous avons eu l'idée de ce dispositif, la question principale était, finalement, technique : était-il possible de faire une bande dessinée de 250 pages sans narrateur, sans voix off, et sans inventer le moindre dialogue, même quand nous n'avions pas de matière ? Sachant que plusieurs des membres les plus importants du réseau n'ont laissé quasiment aucune trace... Nous avons fait des essais à trois pour voir si c'était envisageable (esquisse de scénario et de découpage), puis nous avons avancé à deux (scénaristes), en cherchant souvent de nouveaux stratagèmes pour arriver à nos fins. Et au moment du dessin, l'ellipse et les séquences muettes ont joué un grand rôle, justement pour pallier les manques. C'était bien sûr une forte contrainte, avec un côté un peu oulipien 4 qui rajoutait un plaisir d'écriture et de dessin, mais cela permettait de satisfaire un désir de rigueur morale et d'honnêteté vis-à-vis de ceux dont on racontait l'histoire, dont nous n'oubliions pas qu'ils l'avaient véritablement vécue.

« Il est apparu soudain inimaginable de remplacer ces paroles qui existaient déjà (et qui étaient souvent très fortes), par des dialogues bricolés qui risquaient de sonner faux. »

C'est peut-être à cet endroit-là que résidait pour nous le “sacré” : dans le fait qu'ils avaient été ces “vivants”, et que nous ne voulions pas les trahir. Mais cela ne nous empêche pas d'être conscients que, par le simple fait de choisir certaines scènes, certains mots, certaines personnes, certains cadrages, plutôt que d'autres, cette bande dessinée comporte une part de fiction. C'est pourquoi les notes cherchent, autant que faire se peut, à préciser la vérité historique de façon la plus rigoureuse possible. »

Question graphisme et illustrations, il y a des choix très forts, notamment au niveau des couleurs, avec l'omniprésence du vert et du violet. Mais il y a aussi cette quasi-absence de la soldatesque SS, un côté non-martial dans la représentation de la Résistance. Avec notamment cette citation de Paul Rivet, observant des troupes allemandes depuis le parvis du musée : « Soldats de plomb... Je les supprime de mon champ visuel. » Pourquoi ce choix ?

« C'était un choix de Simon à l'origine : sortir des représentations classiques de la Seconde Guerre mondiale, avec les sempiternels nazis dans leurs imperméables et leurs tractions avant… On a d'ailleurs choisi de ne jamais donner la parole aux nazis, alors qu'on avait de quoi écrire leurs dialogues (notamment avec les notes du juge allemand en charge du procès du réseau). C'est pourquoi en effet cette phrase de Paul Rivet est une belle métaphore du projet du livre : raconter la Résistance du point de vue de ceux qui la font, pas de ceux contre qui ils luttent.

« Raconter la Résistance du point de vue de ceux qui la font, pas de ceux contre qui ils luttent. »

Notre livre est construit sur un double mouvement en apparence contradictoire : puisque nos dialogues sont entièrement construits à partir des mots réellement utilisés par nos personnages, nous avions sans doute besoin de plus de distance par rapport au réalisme dans le dessin. Les couleurs non réalistes (et limitées, puisqu'il n'y a que trois teintes en plus du noir) permettent de créer un décalage important : ce que nous proposons, c'est une représentation du réel, et non pas un pseudo-réel présenté comme tel. Ce qui est renforcé par le dessin de Simon, dans une ligne claire précise mais poétique : les personnages réels deviennent des héros de bande dessinée, des sortes d'archétypes qui nous permettent d'échapper à un simple travail documentaire. »

Une citation de Germaine Tillion revient deux fois dans l'ouvrage, au tout début et en conclusion : « J'ai répété ce que j'ai entendu. L'histoire est finie »...

« Là encore, c'est une métaphore qui nous plaît : de la même façon que Germaine Tillion cite dans cette phrase un conteur des Aurès 5, nous faisons un livre en citant d'autres voix que les nôtres (c'est pourquoi, à la fin, nous adaptons sa formule : “Nous avons répété ce que nous avons entendu”). Le livre donne une place importante à des moments que nous avons appelés “effets de mémoire” : un des personnages, dans une scène donnée, se détache du présent et commence à se souvenir de cette même scène. Il parle soudain au passé de ce qu'il a vécu ; et dans le dessin, tout ce qui l'entoure mute vers une forme fantomatique. Ce n'est qu'à la fin de notre travail que nous nous sommes rendu compte qu'en réalité le livre en entier était une mise en abyme de cette question des souvenirs, des traces, en incarnant la façon dont la mémoire, celle des survivants, puis la nôtre, se structure face à quelque chose qui nous échappe toujours. »

Propos recueillis par Émilien Bernard

1 Dans La Mémoire courte, Éditions de Minuit, 1953.

2 Elle s'exprimait en 1975 dans l'émission « Résister, c'est dire ».

3 Journal et lettres de prison, Allia, 1997.

4 Référence à l'Oulipo (« Ouvroir de littérature potentielle »), groupe d'écrivains et de mathématiciens fondé en 1960 afin d'explorer les potentialités de la contrainte dans la création littéraire.

5 Jeune ethnologue, Germaine Tillion a mené des recherches en Algérie dans le massif des Aurès à partir de 1935 avant de rentrer en France en mai 1940 puis de s'engager dans la Résistance.

Elon Musk, sors de ce corps !

Un strip de STPO

Le nucléaire à l'agonie… mais à l'offensive

La moitié des réacteurs français ont passé l'été à l'arrêt mais le gouvernement voit toujours l'atome comme une filière d'avenir. Vanté comme une solution miracle au dérèglement climatique, le nucléaire y est surtout très vulnérable.

Illustration de Clément Buée

Sale temps pour le nucléaire civil français. Plombée par d'indispensables opérations de maintenance et un problème de corrosion sur plusieurs de ses centrales les plus récentes, EDF a dû mettre plus de la moitié de ses 56 réacteurs en pause forcée. Le 25 août, 32 étaient toujours à l'arrêt. La baisse de production a été telle que l'Hexagone, habituellement exportateur, a dû acheter de l'électricité à ses voisins pour subvenir à ses besoins. Sur fond de pénurie de gaz russe, l'hiver s'annonce incertain pour le réseau électrique européen. Y aura-t-il de l'électricité à Noël ?

Figure de proue du secteur, EDF traîne une dette qui dépassera bientôt les 50 milliards d'euros. Et, symbole des errances de la filière, le tout nouveau réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville (Manche) ne rentrera en production que fin 2023 au mieux – avec onze ans de retard et un surcoût de près 16 milliards d'euros selon la Cour des comptes (19,1 milliards contre 3,3 prévus initialement).

C'est pourtant sur cette filière à l'agonie que le gouvernement parie pour assurer, aux côtés des énergies renouvelables, l'essentiel de la production électrique du siècle à venir. Le 10 février dernier, Emmanuel Macron a annoncé la mise en chantier prochaine de six nouveaux EPR et le lancement des études préparatoires pour huit autres. Un milliard d'euros vont par ailleurs être investis dans le développement d'un nouveau type de réacteurs, moins puissants mais en principe plus aisés à construire et gérer : les petits réacteurs modulaires (SMR).

L'argument du bilan carbone

Pour justifier ce retour en arrière (aucune centrale n'a été mise en service depuis 2002), le président a eu recours à un classique du storytelling atomique français : l'« indépendance énergétique » du pays – alors même que l'uranium qui fait tourner les centrales est intégralement importé. Mais il a surtout vanté le faible bilan carbone du nucléaire.

Depuis que le dérèglement climatique fait la une des journaux, tout ce que le secteur atomique compte de communicants et de lobbyistes reprend cet argument ad nauseam. Ça a fini par payer : au sein même des familles de pensée écologistes et décroissantes, la doctrine pronucléaire se répand peu à peu, sous l'influence notamment de l'ingénieur Jean-Marc Jancovici. Mêlant un discours convaincant sur l'urgence climatique et les limites de la croissance à un solutionnisme nucléaire aveugle, cette « star du climat » a l'oreille des puissants comme du grand public. Avec ses vidéos qui font un tabac sur internet et sa bande dessinée Le Monde sans fin (Dargaud, 2021) qui s'est déjà vendue à plus de 300 000 exemplaires, Jean-Marc Jancovici a sensibilisé des foules entières au risque d'effondrement qui guette nos sociétés. Or, « prendre conscience de l'urgence climatique, c'est très déstabilisant émotionnellement. Pour amortir le choc, on a besoin d'une solution. Avec le nucléaire, Jancovici en apporte une sur un plateau », analyse Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

Au sein même des familles de pensée écologistes et décroissantes, la doctrine pronucléaire se répand peu à peu, sous l'influence notamment de l'ingénieur Jean-Marc Jancovici.

Aux yeux de cette militante, l'atome est surtout « une fausse solution qui empêche de voir les problèmes en face ». Une option « ni efficace pour les décennies à venir, ni résiliente dans un monde marqué par le réchauffement climatique », mais qui va capter des centaines de milliards d'euros, au détriment des énergies renouvelables et des efforts de sobriété énergétique.

Des centrales déjà touchées par la sécheresse

Parlons efficacité à moyen terme : quand les centrales actuelles auront fini par fermer, les nouvelles seront-elles prêtes ? Au vu du fiasco de Flamanville, il est permis d'en douter. Alors que les deux premiers des six nouveaux EPR annoncés par Emmanuel Macron sont censés être mis en service « à l'horizon 2035 », cette échéance est jugée illusoire… par l'État lui-même. Dans une version de travail d'un rapport gouvernemental dénichée par le média Contexte 1, on apprend que l'administration vise plutôt une mise en service en 2040. En cas de « scénario fortement dégradé », le démarrage serait même repoussé au-delà de 2045...

Le comble, c'est qu'alors que le nucléaire se pose en solution miracle au dérèglement climatique, il y est lui-même extrêmement vulnérable. Ces dernières années, les réacteurs français commencent déjà à souffrir de la sécheresse. En août 2018, les centrales du Bugey (Ain) et de Saint-Alban (Isère) ont dû être partiellement arrêtées afin de préserver la faune et la flore du Rhône : recrachée dans la nature, l'eau réchauffée par le refroidissement des centrales aurait dangereusement augmenté la température du fleuve, déjà impactée par une vague de chaleur. Cette année, c'est dès le mois de mai que le problème s'est posé à la centrale du Blayais (Gironde). Pire : durant l'été, cinq centrales ont été autorisées à rejeter leurs eaux chaudes dans les rivières pour cause de risque de pénurie électrique, en dépit des potentiels dégâts sur la biodiversité aquatique.

« Le comble, c'est qu'alors que le nucléaire se pose en solution miracle au dérèglement climatique, il y est lui-même extrêmement vulnérable. »

À long terme, ce sont surtout des enjeux de sûreté qui vont se poser. Conséquence du réchauffement global, les paysages vont se modifier durablement (montée des eaux marines, par exemple) et les catastrophes climatiques (séismes, tsunamis, inondations, sécheresses, tempêtes, etc.) risquent de se multiplier au cours des prochaines décennies. Les centrales ont donc des chances de se retrouver confrontées à des situations extrêmes non anticipées au moment de leur conception 2. « Le nucléaire est une industrie dangereuse et complexe, qui nécessite une prévisibilité très forte », pointe Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire. Or, le réchauffement climatique, c'est l'inconnu…

Et les déchets ?

Reste la sempiternelle question des déchets, que Jean-Marc Jancovici balaye d'un revers de la main, arguant sur le site d'Orano (ex-Areva) qu'ils « n'ont jamais fait un seul mort ». Les plus dangereux de ces déchets resteront tout de même radioactifs pendant près d'un million d'années…

Sur ce front-là aussi, l'État avance. Début juillet, la future poubelle nucléaire de Bure (Meuse) a été déclarée d'utilité publique. Une étape importante : si le recours que les opposants au projet s'apprêtent à déposer n'aboutit pas, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pourra recourir à l'expropriation pour récupérer le foncier qui lui manque encore. « Rien ne doit arrêter la relance du nucléaire en France », grimace Charlotte Mijeon, qui dénonce entre autres un projet « pas mûr » technologiquement. Sur place, la résistance continue de s'organiser.

Clair Rivière

1 « Nucléaire : pas encore lancés, les futurs EPR déjà en retard et plus chers » (26/10/2021).

2 À ce sujet, lire « Le réchauffement climatique met en évidence la vulnérabilité des centrales à l'élévation des températures », Le Monde (15/05/2022).

« Camarades, précipitons les événements ! » (Durruti)

Où l'on parle de Praxis de la guérilla urbaine, sélection canon des appels à la lutte armée inventive de l'indomptable foudre de guérilla brésilien Carlos Marighella (1911-1969).

Une bien mauvaise nouvelle pour les propriétaires de la planète : deux de leurs plus irréductibles ennemis, Jann-Marc Rouillan, ex-fer de lance d'Action directe, et Ron Augustin, ex-activiste de la Fraction armée rouge, orchestrent désormais une redoutable collection anticapitaliste, « Au bout du fusil », aux éditions Premiers matins de novembre. Et après avoir ouvert le feu en 2021 avec Amilcar Cabral 1, l'âme damnée de l'anticolonialisme en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, ils continuent fulguramment le combat avec Praxis de la guérilla urbaine (avril 2022), une sélection canon des appels à la lutte armée inventive de l'indomptable foudre de guérilla brésilien Carlos Marighella (1911-1969).

Né à Bahia, il est vite considéré à l'École polytechnique comme un bien drôle de pistolet par ses profs et ses petits condisciples parce que, même aux examens, il rédige ses copies en vers libres. Plus tard, le bonito garoto 2 » (c'est ainsi qu'on le sobriquette dans le sertão) forme bientôt des groupes clandestins armés qui élisent comme terrain de jeu des prisons, des casernes, des crédits fonciers, des fazendas de richards. Enflammés par son Manuel du guérillero urbain (1969), des groupes d'action anti-impérialistes d'abord mao-guévaristes puis ardemment autonomes se constituent peu à peu. Leur bilan n'est pas de la tortilla. Ils dégomment le capitaine Charles Rodney Chandler, qu'ils soupçonnent d'être un espion de la CIA, se rendent maîtres de stations radio pour y carillonner des proclamations révolutionnaires, relaxent joyeusement des companheiros de la prison de Rio 3, accueillent de nombreux déserteurs, enlèvent l'ambassadeur des States Charles Burke Elbrick qu'ils échangent contre quinze des leurs et braquent une flopée de banques.

« Comment envisagez-vous de poursuivre la guérilla urbaine ? » demande Conrad Detrez au Preto dans le n°3 du mensuel Front.
« On peut faire un tas de choses : kidnapper, dynamiter, descendre les chefs de police, en particulier ceux qui font torturer ou assassiner nos camarades, ensuite continuer à exproprier des armes et de l'argent. Nous souhaitons que l'armée brésilienne acquière l'armement le plus moderne et le plus efficace car nous le lui déroberons. Et puis on peut aussi saisir le bétail et les vivres des grandes haciendas pour les donner aux paysans. Par ailleurs, les ouvriers mariés, pères de famille, peuvent très bien saboter les machines, fabriquer en secret des armes, détruire le matériel. Avec un peu de sable, la moindre fuite de combustible, une lubrification mal faite, un boulon mal vissé, un court-circuit, des pièces de bois ou de fer mal agencées peuvent causer des désastres irréparables. »

Quelques trucs tactiques et stratégiques signés Marighella :

• « Vous avez certainement remarqué que nous annonçons souvent quelles seront nos prochaines actions. C'est à dessein. L'ennemi sait ce que nous ferons mais il ne sait ni où, ni quand, ni comment nous le ferons. Nous avons ainsi toujours l'avantage.  »

• « Au cours de l'année 1968, les étudiants brésiliens ont réussi à réaliser d'excellentes opérations tactiques en lançant des milliers de manifestants dans les rues à sens unique et à l'encontre des voitures, en utilisant des lance-pierres et des billes de verre qu'ils répandaient entre les pattes des chevaux de la police montée.  »

• «  Lorsque les forces ennemies détachent un groupe de soldats ou de policiers pour encercler un ou plusieurs de nos camarades, nous devons, à notre tour, détacher un groupe plus important pour encercler ceux qui les encerclent.  »

• « Augmenter graduellement les troubles par le déclenchement d'une série interminable d'actions imprévisibles.  »

Caramba, caramba  ! Viva Marighella !

Noël Godin

1 Ne faites pas croire à des victoires faciles d'Amilcar Cabral, préfacé par Amzat Boukari-Yabara.

2 « Beau garçon », en portugais. ] Carlos « organise des grèves quand il n'est pas en prison », raconte l'écrivain Conrad Detrez. « O Preto [[« Le Noir ».

3 Marighella : « Aucune prison, qu'elle soit située dans une île du littoral, en ville ou à la campagne, ne peut être tenue comme inexpugnable face à l'astuce et à la puissance de feu des révolutionnaires. »

Robert Wyatt : le rock progressif, c'est classe – contre classe

Cri du possum #6. Au début des années 1980, dans Old Rottenhat, Robert Wyatt, devenu crypto-stalinien, plaque la lutte des classes sur un rock progressif presque aussi beau que celui de Rock Bottom.

C'est quoi, la musique politique ? Pour aller vite, on peut distinguer deux catégories. La première, c'est la musique qui colle à ce qu'elle dit : qui chante le triomphe sur un air de triomphe (« Prenez gaaardeu à la Jeune Gaa-aaa-rdeu... »), la colère sur un air de colère (« LA RAGE tagadagada… LA RAGE tagadagada… »), la misère sur un air de misère (« Et elle mouruuut dans le caniveauuu... »). Voilà de la musique qui réunit aussi vrai que « Les Lacs du Connemara », qui tient chaud, qui rassure – de la musique qui chausse des pantoufles au cerveau, de la musique de gauche mais musicalement de droite, quoi, dont les auteurs finissent souvent par trahir leur camp, et ce n'est pas l'auteur de « Société, tu m'auras pas » et d'« Où c'est que j'ai mis mon flingue » qui dira le contraire.

De l'autre côté, il y a la musique politique qui fait chier, qui inquiète, qui prend le réel à rebours et ne craint pas de retourner le purin à la fourche. Dans ce camp-là, on a les Bérurier Noir qui, au lieu d'argumenter sur la démocratie, le dialogue et la tolérance, répètent 25 fois « La jeunesse emmerde le Front national », ce qui est bien suffisant. Ou Hanns Eisler, compositeur de la bande-son guillerette de Kuhle Wampe, le film de Slatan Dudow et Bertolt Brecht sur la condition ouvrière sordide du Berlin des années 1930. Il y a Ornette Coleman et Archie Shepp, qui attaquent la white supremacy à coups de marteaux dans les oreilles. Et il y a Robert Wyatt dans Old Rottenhat.

***

Sorti en 1985, Old Rottenhat est le premier album de Wyatt en dix ans. À l'époque, il y a longtemps que plus personne ne le calcule. Ses prises de position l'ont isolé. Au début des années 1980, Wyatt, depuis toujours marxiste plus ou moins avisé, a adhéré au parti communiste de Grande-Bretagne, de stricte observance moscoutaire, et enregistré une série de douteux singles politiques, réunis sur Nothing Can Stop Us (1982). Pour Old Rottenhat, pas question d'engager des musiciens, non tovaritch, d'ailleurs il est fauché. Alors il fait tout tout seul : textes, musiques, chant, instruments, arrangements – et retrouve ainsi la solitude, la concentration, la mélodie intérieure de Rock Bottom (sorti en 1974 – l'album le plus déchirant du rock ? sûrement), composé sur un lit d'hôpital après l'accident furieusement con qui, à 27 ans, l'a laissé paraplégique. À 40 piges, il assume sa chaise roulante et son look hasardeux. « Old Rottenhat » (« Vieux chapeaupourri ») est une insulte à destination des dandys, des frimeurs trop sapés, qu'il s'adresse ironiquement à lui-même (« Cesse de crâner ! »).

L'album est en effet une manifestation d'orgueil personnel et politique, un statement subjectif et révolutionnaire. On y reconnaît, mûries, moins tripales, les fêlures du premier chef-d'œuvre, la fausse simplicité de mélodies qui se mettent soudain à crisser, les montées en puissance soudaines, qui dérapent dans un lyrisme à pleurer. Là-dessus, qui, au moment de la sortie du disque, doit paraître bien vintage, pour ne pas dire ringard, il balance, frontal, acerbe, plus ringard et plus pénible encore : la lutte des classes.

***

Le « message » d'Old Rottenhat, c'est : choisis ton camp, et pas de quartier. La première chanson, « Alliance », construit un mur de Berlin entre Wyatt et un vieux pote qui s'est embourgeoisé :

C'est dur de parler à des ennemis, et nous sommes ennemis
Avec tout ce que nous avions en commun, c'est encore pire
Tu es fier de faire partie des classes moyennes (sous-entendu : classes supérieures)
Tu dis que tu es indépendant (mais c'est pas toi qui pompes ton pétrole)
Je crois que ce qui t'effraie plus que tout
Est de savoir que tu as besoin des ouvriers plus qu'eux de toi

Campiste résolu, il défend implicitement l'Union soviétique en dénonçant les crimes des Américains, et d'abord celui, originel, du génocide des Amérindiens dans « The United States of Amnesia ». Le début est sinueux, moraliste, à la Brecht parolier de Kurt Weill. On se dit : où il va ?

Il y a des degrés dans l'amnésie, des manières d'oublier
Des manières de se souvenir de tout le bien que vous avez fait
Et si vous n'arrivez pas à trouver de témoins, gardez-en vous-mêmes la mémoire
Personne n'est parfaitement bon tout le temps

Puis ça commence à piquer, sournoisement :

Et si vous avez tué tous ces Peaux-Rouges il y a très, très longtemps
Eh bien, aujourd'hui ils seraient morts de toute façon, de toute façon

Pour finir par tout défoncer :

Donc, aucune réserve ! Du passé, faisons table rase
Dégageons le chemin pour le pays des hommes libres
Louons la civilisation une fois encore
Construisez votre empire aryen en paix.

Comme dans un roman de W. G. Sebald, souvenir et amnésie se déplacent et nous promènent au milieu d'un champ de ruines, sans qu'on sache exactement où on va : l'amnésie des Américains au sujet de leurs crimes recouvre l'oubli de la civilisation qu'ils ont exterminée.

Puis il évoque Timor oriental, où l'Indonésie de Suharto mène une guerre de conquête et d'extermination sous l'œil indifférent de ses alliés occidentaux, Australie et États-Unis en tête. Et ça swingue : « What did Gillespie do to help you  » [« Qu'est-ce que [le général australien] Gillespie a fait pour vous aider ? »] résonne comme un « Poupidoupidou ».

***

Car ce qui rend Old Rottenhat d'une efficacité terrible et glaçante, c'est qu'entre les mots et la musique, ça ne colle pas, jamais. Les sonorités du texte s'encastrent dans les notes avec la rigueur d'un slam surdoué. Mais ce que le texte dit, on n'a vraiment pas envie de l'entendre sur cette musique, et on l'en entend d'autant mieux.

Sur « The Age of Self », il emprunte au new wave alors hégémonique pour chanter, tellement cool, avec basse répétitive et réverb, la défaite du mouvement ouvrier à l'ère de l'individualisme :

Il paraît que la classe ouvrière est morte, qu'on est tous devenus des consommateurs
Il paraît qu'on est allé de l'avant – que nous ne sommes plus que « des gens »
Il y a des gens qui vont « terriblement bien » et d'autres sur le carreau
Mais de ceux-là on s'en fout, voici venir l'Ère de l'Ego

À la fin, ça tourne à l'hymne élégiaque qui remplit le cœur de passion révolutionnaire et de mélancolie :

Et il me semble que si on oublie
Nos racines et où nous sommes
Le mouvement se désintégrera
Comme des châteaux de sable.

***

L'avant-dernier morceau de l'album, « Gharbzadegi », est le plus ambitieux musicalement et on y trouve en résumé, par touches, toutes les émotions de Rock Bottom. Le titre signifie quelque chose comme « la fièvre de l'Ouest » en persan. Les paroles sont un peu cryptiques :

C'est si facile de juger d'après un nom C'est un jeu, donner un nom
C'est si facile de regarder les choses de haut Vision d'hélicoptère
De se faire une image quand on est hors du cadre

En invoquant le pays et la langue de l'ayatollah Khomeini, ennemi absolu de l'Occident d'alors, Wyatt propose de renverser le point de vue, d'essayer de regarder le monde depuis ailleurs, de prendre conscience de notre ignorance de ce qui n'est pas notre monde. Et ce disant, il décrit ce que fait sa musique, et qui est la condition de toute révolution : un pas de côté, une interrogation permanente, la certitude bien accrochée que tout ce qui est, pourrait aussi être autrement.

***

Précédentes chroniques « Le Cri du Possum » :
#1 : Faire chanter la révolution : Joe Hill et les IWW
#2 : Jésus, c'est le sang (et le vin)
#3 : « Comme si la nuit du Mississippi s'était refermée sur nous »
#4 : Compil situ : la révolution par une voix détournée
#5 : Lizzy Mercier Descloux : profession derviche-tourneuse

Un désir d'égalité – Vivre et travailler dans des communautés utopiques

Twin Oaks, Acorn, ces noms vous disent quelque chose ? Ce sont deux « utopies concrètes » ou « communautés intentionnelles » aux modes de vie et de travail égalitaires qui existent aux États-Unis depuis de nombreuses années.

Pour notre première émission de la saison, nous recevons le sociologue Michel Lallement, professeur au CNAM notamment, qui a publié aux éditions du Seuil en 2019 « Un désir d'égalité – Vivre et travailler dans des communautés utopiques ». Nous parlerons avec lui de l'histoire, du fonctionnement, des réalités quotidiennes de ces communautés et des personnes qui ont fait le choix d'y vivre.

One ear later : Retour sur l'emission sur les vacances au bled

Depuis l'autre coté de la Manche, Marion dans sa chronique rétroactive revient sur l'émission avec la sociologue Jennifer Bidet qui a publié "Vacances au bled - La double présence des enfants d'immigrés" aux éditions Raisons d'agir.

Détournement Féministe – La parole aux sages femmes

Ce mois-ci, Détournement Féministe donne la parole aux sages femmes pour en savoir plus sur leur métier, sur les luttes qu'elles mènent et parler de la place qu'elles peuvent avoir dans nos vies. Nous sommes allé.e.s rencontrer Anne, sage femme pendant plusieurs années elle a prit le temps de nous raconter son parcours. Bonne écoute !

A la découverte de la constellation des serveuses féministes, LES TATIES GEEK au THF 2022

(épisode 3)

💫Serveuses Féministes/ Servidora Feminista / Feminist Server

Au 6ème jour des rencontres THF 2022, on a réuni autour des micros plein d'activistes de différents collectifs qui prennent soin de machines pour offrir des services féministes. Elles nous racontent des belles histoires de serveuses féministes car au delà des machines, ce sont des infrastructures humaines faites d'amitiés, de liens, de réseaux de confiance et de partage.

Des récits d'inspiration, de filiations, de solidarité, de transmission de savoir, et de grandes rencontres geek féministes telles que l' /ETC, Eclectic Tech Carnival ou bien encore la première rencontre transHackFeminist en 2014 qui avait lancé l'appel à créer des serveurs féministes.

Les invitées :

  • Eileene (de 0H04 min à 0H23 min) raconte son entrée dans le monde expérimental et très masculin de l'administration système à la fin des années 80 en Autriche, en lien avec un réseau artistique, Radical Openess, dont est issu le serveur ✨ServUs avant de rencontrer début des années 2000 des projets féministes comme GenderChanger et le /ETC, Eclectic Tech Carnival qui ont marqué un tournant
  • Spider Alex (de 0H23 min à 0H32 min) rappelle que sous l'infrastructure féministe il y a de l'infrastructure humaine faite de sororité et d'amitié... ✨ Anarchaserver est née de ces rencontres faites à l' ETC de Linz en 2007 et de l'organisation de la première convergences TransHack Feministe en 2014 à Calafou. Déserter les champs dominés par le patriarcat et prendre le temps de monter un serveur qui documente la herstory de la contribution des femmes et minorités de genre au développement de l'informatique et des technologie pour que cet imaginaire inspire d'autres personnes à monter des serveurs féministes en constellation avec différents collectifs et initiatives féministes : ✨Systerserver / ✨GenderChanger / ✨Samedi femmes et logiciel Libre / ✨Birosca
  • Carl (de 0H40 min à 0H56) travaille pour DDP Digital defenders partership un réseau de soutien numérique pour les défenseur.euse.s des droits humains au Brésil et elle est membre de ✨Marialab un réseau féministe intersectionnel au Brésil qui soutien le projet ✨Vedetas. La création de la serveuse ✨Vedetas a été inspirée par la rencontre d'autres collectifs féministes de serveuses à Calafou, et de l'envie d'offrir des outils pour les infrastructures, des formations en sécurité digitale à d'autres groupes d'activistes brésiliennes ...
    Vedetas, c'étaient des petites cabanes où vivaient les femmes résistantes à la colonisation portugaise au début du XIX siècle...tous les noms des services proposés par vedetas sont des hommages à des femmes activistes de l'histoire brésilienne.
  • Nat (1H01 min à 1H12 min) présente une instance ✨Peertube crée par la collaboration de trois serveurs féministes anarchaserver, systerserveret lever burns pour faire en sorte que les artistes féministes ne dépendent pas de structures commerciales pour se visibiliser. L'instance peertube sert aussi à la documentation de la rencontre THF 2022 et vous pouvez par exemple regarder la session qui présente ce projet peertube
    Nat parle aussi de la particularité d'une approche féministe de l'entretien des serveuses.
  • Tribidou est un collectif qui s'est formé récemment pour apprendre à mettre en place des serveurs. Bien boosté par la rencontre avec le réseau et l'univers des serveuses féministes, tribidou a le plaisir de prendre soin de la serveurse ✨Coquillage, un serveur de streaming avec libre libretime qui supporte la web radio expérimentale de radiorageuses.
    Tribidou explore une approche féministe de la sécurité numérique, c'est la sécurité Holistique

(1H22 min) A écouter et à regarder : des super fanzines en espagnol pour apprendre à monter un serveur à la maison ! :

...et aussi en français :
Entretien avec Bulot,cyber-féministe dans le podcast Bretonnes et féministes
"Pas d'internet féministe sans serveurs féministes", entretien avec Spideralex dans Panthère première

Zik :

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 06/09/2022

0/ COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/Enola Gay (1995)

1/ ABYECTA (Barcelona, Espagne) « Final » from « Enemigos de la Razon » EP (2022)

2/ BODY PRESSURE (Austin, US) « Fencewalker » from « U.S. Decay » LP (2018)

3/ BORN DEAD ICONS (Montréal, Canada) « Superstitions » from « Ruins » LP (2003)

4/ EXIL (Stockholm, Suède) « Held Up » from « Mercenary » EP (2022)

7/ SEPSIS (Naarn / Melbourne, Australie) « Hellfire » from « The Divide » EP (2022)

8/ FUERA DE SEKTOR (Barcelona, Espagne) « El Mundo Sigue » Tape (2022)

9/ THE WILFUL BOYS (New York, US) « Flat Out » from « Rough as Guts » LP (2016)

10/ DURING (Atlanta, US) « Big Farmer » from « s/t » EP (2021)

11/ USA/MEXICO (Austin, US) « Chorizo » from « Del Rio » LP (2021)

12/ MOCK EXECUTION (Chicago, US) « Stagnant Fools » from « Killed by Mock Execution » LP (2022)

13/ IRREAL (Barcelona, Espagne) « Desorden » from « Era Electronica » LP (2022)

14/ BOSQUE ROJO (Montreal, Canada) « Romper el Cerco » from « Tiempo Vacio » LP (2022)

15/ BOMBARDEMENT (Bordeaux, France) « Poison » from « Le Futur est Là » LP (2022)

16/ THE BUTCHER PROJECT (Marseille, France) « Conflict » from « Shower never blast beats forever » LP (2021)

17/ KOLPEKA (Gernika, Espagne) « Nagusikari Faltsue » from « Amorruz Beteta » EP (2022)

18/ ANTI-EVERYTHING (Trinidad & Tobago) « Relativity » from « Coagx » EP (2021)

19/ SINOQUE (Lille, France) « Un Taxi » from « Défaites de Fins Damnés » EP (2021)

20/ HEADKICKER (Raleigh, US) « Crafty » from « s/t » Tape (2022)

21/ DOOM TOWN (St Louis, US) « Eternal Stare » from split LP w/Autonomy (2013)

22/ ENSAM (Finlande) « Sozinha » from « s/t » EP (2005)

23/ OHYDA (Lublin, Pologne) « Przysposobienie Do Życia w Bólu » from « Pan bóg spełni wszystkie pragnienia lewaków . . . i dojdzie do katastrofy! » LP (2022)

24+25/ INTERCOM (San Diego, US) « Intercom » + « Summary Execution via Firing Squad » from « 5 tracks Demo » (2022)

26/ SVÄRTA (Gothenburg, Suède) « Djur » from « Ceremony » LP (2022)

27/ O.T.H. (Montpellier, France) « L’École de la Rue » from « s/t » 10 » (1989)

28/ WARUM JOE (Paris, France) « Datcha » from « Dans le Blizzard » LP (1981)

29/ DEAD BOYS (New York, US) « Sonic Reducer » from « Young, Loud & Snotty » LP (1977)

30/ LAS RATAPUNKS (Cajamarca, Pérou) « Corazones sin Piedad » from « Ishguin » LP (2022)

31/ PRIMER REGIMEN (Bogota, Colombie) « Parasitos » from « 1983 » EP (2022)

32/ SOCIAL NEGATIVE (Lyon, France) « Le Marmot » from « s/t » EP (2022)

33/ LEATHERFACE (Sunderland, UK) « Cabbage Case » from « Cherry Knowle » LP (1989)

34/ JESSIE (Sunderland, UK) « Indestructable » from « s/t » EP (1996)

35/ FRANKIE STUBBS (Sunderland, UK) « Old Elvis » from « s/t » LP (2000)

36/ ARRÊT (Los Angeles, US) « Démolir » from « Demo » Tape (2022)

37/ THE NECESSARY EVIL (Los Angeles, US) « Vida Désastre » from « Vida Desastre » EP (2022)

38+39/ DEEPxCUT (Ioannina, Grèce) « Α λ λ ε ρ γ ί α » + « Π ή δ α σ τ ο κ ε ν ό » from « It Hurts » Tape (2022)

40/ CRUDE (Hakodate, Japon) « Make the Rules » from « Drug Culture » LP (2022)

41/ CHTITE DIASPORA (Grenoble, France) « 102 » from « s/t » Tape (2022)

42/ RUTH (Paris, France » « Les Mots » from « Polaroïd / Roman Photo » LP

DEAD BOYS

Le Patriarcat Nous Latte Aussi La Gueule

Le patriarcat nous latte aussi la gueule, une émission de radio qui questionne les évidences sur les mixités choisies meufs, gouines trans ou sans mec cis, des témoignages de trans, de pédés, de gouines, sur les conséquences de ces non mixités sur nous toustes.

salut, en octobre 2021, un festival féministe a éte organisé en Bretagne, le pschitt. ce festival était proposé en mixité choisie sans mec cis, comme la plupart des évènements féministes en Bretagne.
Un groupe de musique avec des copines trans et cis a été invité à jouer pour la soirée concert. elles ont refusé d'y jouer à cause de la mixité choisie proposée qui ne leur allait pas.
Suite à des discussions avec l'orga de ce festival, la mixité choisie a été changé en sans mec cis hétero, ce qui n'a pas fait plus venir de camarades pd cis mais a donner l'envie à un groupe de potes transpédésgouines de proposer une discussion sur l'homophobie et la transphobie dans les milieux féministes et sur pourquoi cette mixité choisie sans mec cis devenue systématique est en fait une mixité choisie par et pour les meufs cis.
Suite à cette discussion, on a été plusieur.es à avoir envie de faire exister tout ce qui s'est dit à ce moment là dans d'autres espaces, notamment féministes et que tous ces textes et témoignages lus ce jour là puissent servir de base de discussion et de réflexions dans les espaces queer et féministes dans lesquels on lutte.
Alors voilà c'est comme ça qu'est née l'émission que tu es en train d'écouter, une
successions de témoignages de trans fem et de trans masc, de gouines cis et pd cis lus par les personnes qui les ont écrits ou par des personnes qui ont prêtés leur voix, le tout accompagné de plein de groupes de zic queer qu'on aime et qu'on avait envie de vous faire découvrir ou redécouvrir.
Tous ces textes sont des témoignages, ils ont éte écris pour ce festival, certains ont été modifiés depuis, ou seraient encore écris différammenet dans quelques mois. ils ne reflètent pas la totalité des positions des pd et des trans, et on n'est pas toustes d'accord avec tout, et ça parait normal vu que nos vécus, nos ages, nos expériences sont différentes.
Le but de cette émission est d'ouvrir des discussions certainement pas de se trasher et de participer à la cancell culture. différents exemples de call out proches de nous nous ont d'ailleurs pas mal desespére ces derniers temps. ça nous a fait pas mal hésité et même donné envie d'abandonner ce projet à des moments.
Tu peux nous faire des retours mais plutot par mail à cette adresse ligature@riseup.net
et on trouvera un moyen pour en discuter collectivement en vrai.
Bonne écoute

Musique :

- tankini "twisted up"
- tami t ¨princess¨
- basseville ¨basseville¨
- love2love ¨ein schwuller in the dark¨
- linn da quebrada ¨bixa travesty¨
- sheherhers ¨mysgender dysphoria blues
- escort ¨whore for whore¨
- gender confetti ¨deviant¨
- platiblond extreme ¨no sere tu sirena¨
- ragana ¨invocation¨

et le poème ¨Criez putos criez !"de Ioshua sur une musique du spectacle ¨Portrait détaillés¨

Le patriarcat nous latte aussi la gueule
Le patriarcat nous latte aussi la gueule

Les vêtements

Pour cette émission aux airs de rentrée, on avait envie de vous présenter notre collection automne, printemps, hiver, été ! Vous allez trouver des sons plus ou moins amples, parfois moulants au rythme tanto soyeux tanto dentelle et aux coupes qui flirtent entre le poumpoum short, le sweet à capuche ou encore la la robe fendue jusqu'au malléole !

Et oui ce soir on a eu envie de vous parlez de fringues et surtout d'écouter des sons qui en parlent… Simple tissu pour recouvrir le corps, le vêtement nous façonne. Il est signe distinctif, souvent normalisé ou dirigé, il peut aussi être forme de rébellion, force communautaire, où les codes sociaux se voient contesté voir inversés…

N'hésitez pas à passer la tenue dans laquelle vous vous sentez le mieux pour partager cette émission avec nous, c'est parti…

Les vêtements

la playlist :

1. Tierra Whack, Walk The beat
2. Alma Mango, Joggo
3. Zere, Kyz
4. Aloïse sauvage, Crop top
5. Poetic pilgrimage, Modern Day Marys
6. Milva, Quatro vestiti
7. Wiigs, Red hot pants
8. Elsa Essecofy, Sapé comme jamais
9. Queen Tawa, Liputa Swaga
10. Ebow, Prada bag
11. Jaia Rose, Veste
12. Brigitte Fontaine, La dressing
13. Christin and the queen, 5 dollars
14. Dalida, Itsi bitsi petit bikini
15. Tove Lo, Bikini Porn
16. Linda Lemay, les culotte grises
17. M¥SS KETA featuring – Le ragazze di porta venezia
18. Soumeya, generation NTM
19. Janelle Monae, Pynk
20. Melinda Schneider, Tighten up your pants

ressources :

les sapeuses sortent les griffes

https://www.youtube.com/watch?v=T0HYDDpzPik

Tracks (arte), rap et fashion :

https://www.arte.tv/fr/videos/106757-007-A/tracks/

Square artistique (arte), Ebow :

https://www.arte.tv/fr/videos/073049-050-A/square-artiste/

Nuit de la radio radiorageuses 2022

La nuit de la radio de radiorageuses 2022 en 5 partie

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

LES TATIES GEEK au THF 2022 (épisode 2) : médias féministes et soins digitaux

🤖 🤖🤖 Cet été, les Taties geeks de Tribidou sont parties à la rencontre du monde merveilleux des serveuses féministes ....Un réseau de serveuses transnationales connectées entre elles pour s'entraider, se former, échanger des services, construire des infrastructures féministes de l'internet !

Ca s‘est passé en Espagne, en Catalogne, à Calafou un lieu collectif autogéré post industriel gigantesque au bord de la rivière la plus polluée d'europe…C'était la quatrième convergence transhackféministe, 8 jours intenses d'ateliers, de discussions, de performances et de fêtes... on peut dire le paradis des taties geeks !

Pour partager ces rencontres avec la nébuleuse radiorageuse, l'équipe de Tribidou a branché un studio radio et a proposé de faire un direct chaque soir. Ca a été diffusé en FM localement et streamé sur la webradio de radiorageuse, une façon aussi de tester la bonne marche de Coquillage leur toute nouvelle serveuse...

L'émission que vous allez écouter a été enregistrée le jeudi 4 aout 2022 en direct du THF en face de l'espace d'anarchaserver rasé, avec pour commencer une belle panne d'électricité !

On cause de médias féministes et de soins digitaux avec plein d'invité.e.s :

  • Ai carmela qui fait partie de l'équipe de documentation de l'événement, nous raconte sa pratique de guerrilla journalisme et de live stream dans un contexte transféministe.
    Elle participe au Barcelona feminist hacklab et à Caladona un lieu transfeministe à barcelone qui en train de construire des infrastructures féministes. ( de 0H25min à 0H48min)
  • Paty et Violetta du Brésil présentent les infrastructures féministes de soin digitaux dans lesquelles elles sont engagées : MariaLab une organisation féministe intersexionnelle oeuvrant à la construction d'infrastructures féministes et de soins digitaux avec plusieurs projets : Vedetas, une serveuse féministe, Mariavilani plateforme de communication secure, jitsi, mambo, BBB..., projet segurança digital (sécurité digitale / soins digitaux) pour défenseurses des droits humains, réseau Transfeminist de cuidado digital (réseau transféministe de soins digitaux)

A écouter : Convite sur Noizradio, une série de cartes postales sonores adressées aux défenseureuses de la terre, aux leaders sociaux des communautés indigènes, noires et rurales du sud-ouest de la Colombie.Pour apporter des informations, des outils et des ressources liés à la sécurité numérique et à l'auto-soin dans leurs espaces numériques, physiques et psychosociaux.

Musiques :

  • Elza Soares, Maria da Vila Matilde
  • Xenia, Pra que me chamas
  • Tati Quebra Barraco, Os Direitos Sao Iguais

LES TATIES GEEK EN VACANCES à la rencontre Transhackfeminist 2022 ( épisode 1) : le premier jour

Depuis 2 ans, Tribidou, un petit groupe de Taties geeks, novices et chevronnées, se réunit pour s'apprendre à créer et administrer des serveurs….ou plutôt des serveuses !
Un serveur (ou une serveuse) c'est un ordinateur accessible à distance installé pour offrir des services, ca peut être stoquer des données, ou faire tourner des programmes, comme le logiciel Libretime qui permet de programmer la webradio de radiorageuses, que vous avez peut être eu l'occasion d'entendre en juillet pendant les rencontres radiorageuses 2022 !

Tout ca en mode Do It Yourself, avec des vieux ordinateurs récupérés, plutôt que de passer par des hébergeurs commerciaux qui louent des espaces dans leur serveurs situés dans des data center.

Un beau jour, les taties geek de Tribidou ont découvert qu'il existait un monde incroyable, un réseau international de serveuses féministes connectées entre elles...un peu comme la nébuleuse d'émission de radios de radiorageuses qui rassemble des collectifs qui font des émissions féministes faites dans plein de villes différentes...Un réseau de serveuses pour s'entraider, se former, échanger des services, construire des infrastructures féministes de l'internet !

Alors cet été, les Taties geeks de Tribidou sont parties à leur rencontre !
Ca s‘est passé en Espagne, en Catalogne, à Calafou un lieu collectif autogéré post industriel gigantesque au bord de la rivière la plus polluée d'europe…
C'était la quatrième convergence transhackféministe, 8 jours intenses d'ateliers, de discussions, de performances et de fêtes... on peut dire le paradis des taties geeks !

Pour partager ces rencontres avec la nébuleuse radiorageuse, l'équipe de Tribidou a branché un studio radio et a proposé de faire un direct chaque soir. Ca a été diffusé en FM localement et streamé sur la webradio de radiorageuse, une façon aussi de tester la bonne marche de Coquillage leur toute nouvelle serveuse...

L'émission que vous allez écouter a été enregistrée le lundi 1 Aout 2022, c‘était le premier jour d'atelier de la convergence transhackfeminist.

  • Vous y entendrez d'abord Sophie et Anamhoo retracer l'origine et l'histoire des ces rencontres (de 0h06min à 0h21 min )
  • Puis on a mis plus d'une oreille dans l'atelier de claire williams pour apprendre à capter l'invisible (de 0h21 min à 0h35 min)
  • Comme il ne faut pas oublier que le numérique, ca n'a rien de virtuel, Jes du collectif Sursiendo au Chiapas présente son atelier sur les routes de la technologie. Elle nous invite à réfléchir sur les impacts matériels de l'utilisation des technologies sur les territoires, sur les corps, sur les conditions de travail à l'échelle internationale et à se questionner sur comment créer une technologie moins nocive et destructrice. (de 0h39 min à 1h04)
  • Pour finir cette émission, Spider Alex présente le projet lelacoder qui enquête sur la diversité des contributions des femmes et autres identités de genre hackeuses à la culture libre, pour aussi comprendre comment iels s'y sont mises, comment iels ont appris et qu'est ce qu'iels font actuellement ? (de 1h05 min à 1h20 min)

zik :
- Mare Adventica Lirika, intro de l'album Siempre viva (toujours vivante) :
- MC Yallah x Debmaster, Dunia

Pour continuer

Les routes de la technologies :

Sur la place des femmes dans le développement de l'informatique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_dans_l%27informatique

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 23/08/2022

0 / COCHE BOMBA (Lyon, France) « La France Pue » from split LP w/Enola Gay (1995)

1/ WARTHOG (New York, US) « Digital Tumor » from « s/t » EP (2022)

3/ WASTED (Tampere, Finlande) « Gentrifucked » from « Modern Lie » LP (2022)

3/ PISSCHARGE (Hannover, Allemagne) « Guerra Permanente » from « Anatomy of Action » LP (2021)

4/ NORMS (Budapest, Hongrie) from LP (2020) « Kesgylkos » from « Haboru Es Fu » LP (2020)

5/ BARAKA FACE JUNTA (Kolobrzeg, Pologne) « Moze Jutro » from « Test Systemu » LP (2022)

6+7/ CRUCIAL THOUHTS (Ventura, US) « Language » + « Q & A » frpm « Demo » (2022)

8/ NIGHTFEEDER (Seattle, US) « The Last March of the Ents / Count the Dead » from « Cut all your face off » LP (2022)

9/ EXPLOATÖR (Suède) « Onodig Skit » from « Blind Elit » LP (2022)

10/ DOGMATIST (København, Danemark) « Gnashing of Teeth » from « Worn out Welcome » LP (2014)

11/ SABOT NOIR (Munich/Dachau, Allemagne) « Aufbruch » from « Kollaps » LP (2020)

12/ NADA ! (Rennes, France) « Demain comme Hier » from Split Tape w/Bière Noire (2022)

13/ LUMPEN (Barcelona, Espagne) « Cicatrices » from « Corrupcion » LP (2022)

14/ BOMBARDEMENT (Bordeaux, France) « Rends l’Argent » from « Le Futur est Là » LP (2022)

14/ THE BUTCHER PROJECT (Marseille, France) « Strike Back » from « Shower never Blastbeats forever » LP (2022)

15+16/ CANAL IRREAL (Chicago, US) « Not Tomorrow » + « Si Somos » from « s/t » LP (2021)

17/ VIDRO (Stockholm, Suède) « Kom Natt Kom Dag » from « Glöd » LP (2022)

18/ TURBO CROXX TERROR (Pays de la Loire, France) « Bekasine » from « Demo » (2022)

19/ FENWAR (Saint-Paul, France) « No Smile on their Face » from « Live Dec 2021 » (2021)

20/ ABSOLUTE ORDER ? (Barcelona, Espagne) « Rumour Tumour » from « Aaargh » EP (2022)

21/ LASTxMINUTE (Kuala Lumpur, Malaisie) « Breakthrough » from « Amity » LP (2022)

22/ SNUFF (London, UK) « Hard Time » from « Crepusculo Dorato della Bruschetta Borsetta Calzetta Cacchetta Trombetta Lambretta Giallo Ossido, Ooooooh Cosi Magnifico ! » LP (2022)

23/ BABY HUEY (Richmond, US) « Hard Time » from « The Baby Huey Story » LP (1971)

24/ HYENA (Madrid, Espagne) « Algo que Cambiar » from « s/t » LP (2017)

25/ LUX (Barcelona, Espagne) « Together » from « s/t » LP (2017)

26+27/ NIGHTWATCHERS (Toulouse, France) « Dismissed » + « Their turn trying to rule the world » from « Common Crusades » LP (2022)

28/ IRON LUNG (Seattle, US) « Only Human (Rudimentary Peni) » from « Mental Distancing » EP (2022)

29/ THE PRATS (Edinburgh, Écosse) « Die Todten Reyten Schnell » from « Way up High » LP (2020)

30/ NUKKE (Lisboa, Portugal) « Zero Chance Survival » from « No More Peace » LP (2021)

31/ BURNING FLAG (Halifax, UK) « Cold Blood » from « Izabel » LP (2017)

32/ DESCENT TO HELL (Groeningen, Hollande) from « Our Cross to Bear » LP (2010)

33/ FUTUR-Z (Lyon, France) « Paranoia » from « Electron Libre » EP (2022)

34+35/ ZODIAK (Tokyo, Japon) « Infanticide » + « Burning Future » from « Every Day begins with Night » Tape (2022)

36/ THE PRISONERS (Rochester, UK) « Better in Black » from « A Taste of Pink » LP (1982)

37/ SIGNAL LOST (Austin, US) « Stop Motion » from « Prosthetic Screams «  LP (2007)

38/ GWENDOLINE (Rennes, France) « Chevalier Ricard » from « Après c’est Gobelet ! » LP (2020)

BARAKA FACE JUNTA (Pic : Robak)

#9 "Amplifier nos voix, brancher nous-mêmes nos micros pour dire ce qu'on veut ! » ITW de LOLA des Soundsysters

Les soundsysters est un collectif berlinois qui propose depuis 10 ans à des femmes, des lesbiennes, des trans de se former à la technique du son.

Lola, une des fondatrices des soundsysters raconte comment elle a appris à faire du son en mode DIY depuis son enfance en Palestine occupée. Elle explique comment elle a ensuite développé avec les soundsysters une pédagogie queer et féministe contre le mansplaning [1]. A travers des ateliers de pratique collective, elles ont construit une formation autogérée de sonorisation pour se sentir fortes et confiantes, même si ca reste toujours une lutte dans le monde du travail toxique et patriarcal d'être une meuf sonorisatrice.

Lola partage avec nous ses trucs et astuces pour contrer le relou qui sait tout mieux, sa confiance dans l'entraide féministe pour créer une nouvelle relation à la technologie. Et pourquoi pas se débarrasser du vocabulaire sexiste et absurde des câbles vu comme des organes génitaux en inventant de nouvelles terminologies qui font plus sens ! Ce qu'elle aime pour son petit déj ? Regarder des tuto d'éléctricité ! Alors elle rêve aussi que plus de meufs, de queer et de trans se mettent à créer des tutos féministes ! Pas vous ?

Merci à Lola du collectif soundsysters pour cette interview faite au printemps 2021 !
Pour en savoir plus sur ce collectif et leurs projets : http://soundsysters.com/

Les chiffres cités dans l'intro sur les inégalités homme/femmes sont tirés du rapport de l'Observatoire 2021 de l'égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication

Au fil de l'interview on a écouté des artistes engagées qu'elle kiffe :

  • Dissect me again de Meira asher
  • Nedoslavyanka de Manizha, une chanteuse compositrice russo- tajik engagée contre les violences domestiques et pour le soutien LGBT en Russie
  • un extrait de l'album Self love songs du collectif female:pressure en soutien aux survivantes des violences sexuelles en temps de guerre
  • et Keffieh araby de Shadia Mansour, rappeuse palestinienne

Pour continuer à explorer les collectifs qui donnent visibilité et audibilité aux femmes et queer dans la création sonore, radiophonique et musicale, il y a un article passionnant de la revue Syntone, ancien mais qui est dispo en ligne :
http://syntone.fr/femmes-au-megaphone/

Et un super film en hommage aux pionnières méconnues de la musique éléctroacoustique : Sisters with transistors

Pour les drômoises intéressées, il y a un collectif qui s'appelle la bande son et qui propose ponctuellement des formations à la sonorisation dans le coin. Leur contact c'est : labandeson@riseup.net

[1] Le mansplaining est un concept féministe né dans les années 2010 qui désigne une situation dans laquelle un homme explique à une femme quelque chose qu'elle sait déjà, voire dont elle est experte, souvent sur un ton paternaliste ou condescendant

Pour télécharger l'émission :

Deux ou trois choses dont je suis sûre

Pour les deux heures qui suivent nous vous proposons la lecture de "Deux ou trois choses dont je suis sûre" de Dorothy Allison enregistrée par des camarades. Un récit autobiographique de l'autrice américaine, écrit en 1995. Dans cet ouvrage elle raconte son histoire, son enfance, les femmes de famille. Leur force, leur détermination face au quotidien qu'elles traversent.

Elle aborde aussi des sujets difficiles et douloureux comme les violences familiales et conjugales, l'inceste, l'alcoolodépendance.
Nous tenons à vous prévenir car nous savons que ces sujets peuvent heurter ou choquer.

bonne écoute !

Traduit à Saint-Étienne en décembre 2020.
Enregistré et monté dans la Drôme pendant les hivers 2020/2021 et 2021/2022.

Pour la rediffusion, n'hésitez pas à télécharger l'émission, l'équipe qui a enregistré l'a prévu pour que ça soit partagé ! Pour + d'infos : microferoce@riseup.net

Un énorme merci à toutes ces personnes pour le taff qu'iels ont fait (trad, enregistrement, montage et partage) et qui nous permettent d'avoir accès à cette version audio de Deux ou trois choses dont je suis sûre.

Le podcast à télécharger
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Une étude de Yale suggère des préjugés raciaux chez les enseignants du préscolaire – Yale study suggests racial bias among preschool teachers

Pourquoi les enfants noirs d’âge préscolaire en Amérique sont-ils plus de trois fois plus susceptibles d’être suspendus que leurs camarades de classe blancs ?

Peut-être parce que les enseignants sont plus susceptibles de s’attendre à ce que les jeunes enfants noirs – en particulier les jeunes garçons noirs – se conduisent mal, selon une nouvelle étude de Yale.

L’étude, menée par des chercheurs du Yale University Child Study Center, a demandé à plus de 130 enseignants du préscolaire de regarder des clips vidéo d’enfants dans les salles de classe. Les enseignants ont été invités à rechercher des signes de « comportement difficile ».

Les enfants dans les vidéos étaient des acteurs et les clips ne montraient en fait aucun comportement difficile. Mais les professeurs ne le savaient pas. Ils anticipaient des problèmes. Et pendant qu’ils scannaient les clips vidéo, à la recherche de signes de ce problème, ils passaient plus de temps à regarder des enfants noirs que des enfants blancs, selon l’équipement qui suivait leur regard.

Les enseignants ont passé encore plus de temps à regarder les garçons noirs.

C’est un signe que les enseignants s’attendent à des problèmes de la part des enfants noirs, et en particulier des garçons noirs, a déclaré Walter S. Gilliam, chercheur principal et professeur de psychologie de l’enfant à Yale. C’est une découverte qui montre à quel point les préjugés raciaux sont profondément enracinés, a-t-il dit, et à quel point les enseignants ont besoin de formation pour affronter et démêler les perceptions instinctives de leurs élèves – des perceptions qu’ils ne réalisent souvent même pas qu’ils ont.

«Les préjugés implicites ne commencent pas avec les hommes noirs et la police. Ils commencent par les enfants d’âge préscolaire noirs et leurs enseignants, sinon plus tôt », a-t-il déclaré, faisant référence aux multiples fusillades mortelles d’hommes noirs par la police qui ont donné lieu au mouvement Black Lives Matter et à un débat national sur le traitement réservé par les forces de l’ordre aux personnes de couleur. . « Le biais implicite est comme le vent : vous ne pouvez pas le voir, mais vous pouvez certainement voir ses effets. »

Les enfants noirs représentaient 19 % de tous les élèves du préscolaire en 2013-2014, mais ils représentaient 47 % de ceux qui ont été suspendus, selon les données fédérales sur les droits civils.

Cinq chiffres révélateurs du dernier vidage de données sur les droits civils du département américain de l’éducation

L’étude a également demandé aux enseignants d’effectuer une deuxième tâche : lire une vignette sur un élève qui se conduit mal en classe, puis évaluer la gravité de la mauvaise conduite et décider si la mauvaise conduite justifiait une suspension, une expulsion ou ni l’une ni l’autre.

Les chercheurs ont dit à certains des enseignants que le nom de l’enfant était DeShawn ou Latoya, des noms noirs stéréotypés ; d’autres ont entendu dire que l’enfant s’appelait Jake ou Emily, des noms blancs stéréotypés. Encore une fois, les chercheurs ont constaté que les réponses des enseignants différaient selon la race : les enseignants blancs étaient plus indulgents envers les enfants qu’ils percevaient comme noirs, tandis que les enseignants noirs étaient plus durs.

Les enseignants n’ont pas été invités à expliquer leurs notes. Mais les chercheurs ont déclaré que les différences raciales dans leur réponse sont cohérentes avec la théorie selon laquelle les enseignants blancs considèrent les enfants d’âge préscolaire noirs comme plus susceptibles de mal se conduire, de sorte qu’ils ne voient pas la mauvaise conduite d’un enfant noir comme grave.

Certains enseignants ont reçu des informations générales sur la vie familiale difficile de l’enfant, afin de tester si ces informations supplémentaires pourraient susciter une réponse plus empathique. L’empathie n’est apparue que lorsque l’enseignant et l’enfant partageaient la même race, selon l’étude.

Linda K. Smith, qui coordonne la politique de Head Start au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux de l’administration Obama, a déclaré que l’étude offrait un message dur mais important pour le domaine de l’éducation de la petite enfance, étant donné ses racines dans la justice sociale et la notion que tous les enfants ont un grand potentiel.

Un seul des 135 enseignants impliqués dans l’étude a demandé à retirer ses données après avoir appris le véritable objectif de la recherche. Smith a déclaré que c’est un signe que les éducateurs de la petite enfance sont engagés dans la tâche inconfortable de faire face à leurs propres préjugés.

« C’est quelque chose que nous ne voulions probablement pas tous entendre, mais nous devions savoir », a-t-elle déclaré.

L’étude a été financée par le W.K. Kellogg Foundation et devrait être publié mercredi lors d’une réunion des administrateurs de Head Start de l’État.

Why are black preschoolers in America more than three times as likely to be suspended than their white classmates?

Perhaps because teachers are more likely to expect young black children — especially young black boys — to misbehave, according to a new Yale study.

The study, conducted by researchers at the Yale University Child Study Center, asked more than 130 preschool teachers to watch video clips of children in classrooms. The teachers were told to look for signs of “challenging behavior.”

The children in the videos were actors, and the clips did not actually show any challenging behaviors. But the teachers didn’t know that. They were anticipating trouble. And as they scanned the video clips, looking for signs of that trouble, they spent more time looking at black children than white children, according to equipment that tracked their gaze.

The teachers spent even longer looking at black boys.

That’s a sign that teachers expect problems from black children, and especially black boys, said lead researcher and Yale child psychology professor Walter S. Gilliam. It’s a finding that shows how deeply rooted racial biases are, he said, and how badly teachers need training to confront and unravel the knee-jerk perceptions of their students — perceptions they often don’t even realize they have.

“Implicit biases do not begin with black men and police. They begin with black preschoolers and their teachers, if not earlier,” he said, referring to the multiple fatal shootings of black men by police that have given rise to the Black Lives Matter movement and a national debate about law enforcement’s treatment of people of color. “Implicit bias is like the wind: You can’t see it, but you can sure see its effects.”

Black children accounted for 19 percent of all preschool students in 2013-2014, but they made up 47 percent of those who received suspensions, according to federal civil rights data.

Five eye-opening figures from the U.S. Education Department’s latest civil rights data dump

The study also asked teachers to complete a second task: Read a vignette about a student misbehaving in class, then rate the severity of misbehavior and decide whether the misbehavior warranted suspension, expulsion or neither.

Researchers told some of the teachers that the child’s name was DeShawn or Latoya, stereotypical black names; others heard that the child’s name was Jake or Emily, stereotypical white names. Again, researchers found that teachers’ responses differed by race: White teachers were more lenient on children they perceived as black, while black teachers were harsher.

Teachers weren’t asked to explain their ratings. But researchers said that the racial differences in their response are consistent with the theory that white teachers see black preschoolers as more likely to misbehave, so they don’t see a black child’s misbehavior as severe.

Some teachers received background information about the child’s difficult family life, to test whether such additional information might spur a more empathetic response. The empathy kicked in only when the teacher and the child shared the same race, the study found.

Linda K. Smith, who coordinates policy for Head Start in the Obama administration’s Department of Health and Human Services, said that the study offered a tough but important message for the field of early childhood education, given its roots in social justice and the notion that all children have great potential.

Only one of the 135 teachers involved in the study asked to withdraw her data after learning the real purpose of the research. Smith said that is a sign that early childhood educators are committed to the uncomfortable job of facing their own biases.

“It’s something probably we all didn’t want to hear, but we needed to know,” she said.

The study was funded by the W.K. Kellogg Foundation and is expected to be released Wednesday at a meeting of state Head Start administrators.

Les couleurs

Salut
ce soir, nous voilà bien au chaud dans le studio en plein mois d'Août !
On sait bien que pas tout le monde est parti en vacance alors on est content d'être avec vous ! Ce soir, on péte le rose pour les filles, on enterre le bleu pour les garçons ! On kiffe les tomates green zebra et les noires de crimée ! On aime regarder les arcs en ciels que font les arrosages dans les champs de mais, on trouve sincèrement qu'une plume de paon c'est tro stylé, et on se demande encore comment ça marche le fluo…
vous l'aurez deviné ce soir on va vous parler couleur à nos manière alors c'est parti….

la playlist

funani, toya delazi
god bless , laeti
alcoba azul , lila downs
colours, lucy love
arc en ciel, dibby sounds
coquillage, submarine FM
minimum, doria
vermelho, gloria groove
gold, kiiara
no hay clemencia , la furia
purple rain, miche braden
blue alexiane,moses emr3ygul
rosso, rafaella carra
qu'est ce qui est jaune et qui attend, claustinto
blue bombay, vicky r
fumo bianco , chadia rodriguez
pink dreams, todrick hall
ochre, yugen blakrok
la femme à la peau bleu

La chronik BD :
"Fun Girl", d'Elisabeth Pich

Ressources :
Djolo, cultures d'afriques du sud :
https://djolo.net/funani-toya-delazy-clique-claque-explosion-couleurs/

Émission Trans FM, sur radio Galère
https://radiogalere.org/?playlist=2022-05-23-transfm

« Pourquoi le noir est il toujours synonyme de malheur » de Moussa Diop :
http://www.slateafrique.com/95557/expressions-francaises-stereotypes-sur-les-noirs

Textes de Sem Nagas :
https://sorryiamnotsorryblog.wordpress.com/2017/11/13/notes-sur-lexotisme-et-les-hippies/
https://sorryiamnotsorryblog.wordpress.com/2017/11/13/le-blanc-est-une-couleur/#more-147

https://iaata.info/Laissez-les-concerne-es-tranquilles-4358.html