Sète, ses joutes, ses plages, son CRA

Ancienne ville « rouge » portuaire, Sète (Hérault) ne cesse de subir aménagements et restructurations en vue de capter la manne touristique. À l'ombre de ces liftings urbains, la ville abrite un centre de rétention administrative (CRA). Touriste et migrant, deux faces opposées des nomadismes contemporains.

Par Mortimer {JPEG}

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Quai d'Alger. Qu'on se souvienne : c'est ici que devait se construire une marina pour yachts de luxe [1]. Ce dimanche 17 juin, un bateau de croisière floqué au blase de l'Azamara Club Cruises et long de 200 mètres y est accosté. 700 croisiéristes flottent dans ce cocon au gigantisme déprimant. Les statistiques indiquent qu'un tiers d'entre eux vont risquer leur couenne en ville : arpenter les rues pentues et les quais labyrinthiques de Sète et claquer l'équivalent d'un panier moyen de 90 €.

40 000 porte-monnaie de croisiéristes sont ainsi attendus cette année. Faites la multiplication. Pour une ville au chômage insolent, le filon touristique prend des atours d'eldorado. Des pastilles incrustées dans les trottoirs indiquent le City Center aux voyageurs. Le défi est de pousser jusqu'à la Grand'Rue-Mario-Roustan. C'est ici qu'officient les petites gens de l'office du tourisme. Sur la façade en verre, la pub annonce : « Sète, cité maritime de caractère ». À l'intérieur, il y a la clim' et des citations de gloires locales. Paul Valéry : « La mer, la mer, toujours recommencée. » Brassens : « Il suffit de passer le pont. » Sur un mur, des pavois et des lances de jouteurs. Plus bas, des canotiers et des pulls marinière. Plus cliché, tu meurs. Derrière son comptoir, l'employée répète inlassablement le même speech, la pointe de son stylo sur un plan : « Là vous avez la vieille ville, ici le port, là le quartier de La Pointe Courte et le Quartier Haut [2]. Vous pouvez aussi vous promener aux Pierres Blanches en haut du mont Saint-Clair. » Le plan de la ville coûte un euro. On s'en passera.

« Les joutes, notre société du spectacle »

Quai de la Résistance, on a installé des gradins. Sur cette partie du canal appelée « Cadre royal », l'Amicale des jouteurs Pointe Courte aligne ses mastards en blanc pour le championnat de ligue. Les jouteurs prennent place au sommet de leur perchoir. Ajustent leur pavois en bois tandis que hautboïstes et joueurs de tambour envoient la rengaine. Les rameurs s'activent, les barques s'élancent et se frôlent. Le temps pour les jouteurs d'ajuster leur lance sur le bouclier adverse. Choc ! Poussée ! Suspens ! V'là les deux jouteurs qui tombent à l'eau. Chauffé à blanc, le public applaudit. Enfin, ceux qui n'ont pas les doigts scotchés à leur smartphone. Sur le pont de la Civette, des touristes à l'accent english, chaussettes à mi-mollet et casquette sur l'os du crâne, s'ébaudissent. Ils ont bien raison. Coutume vieille de plus de trois siècles, les joutes font désormais partie du perpétuel show estival.

Alain Camélio est président du Cercle occitan sétois. Vers 1900, son grand-père, originaire de Gaète en Italie, a posé ses valoches à Sète. Phénomène répandu chez quantité de déracinés : la culture d'origine a été étouffée au profit d'une totale assimilation. « On est ce qu'on appelle des immigrés intégrés », rigole avec malice le vieux Sétois. Camélio a vu sa ville évoluer sous le paradigme touristique. Le jugement est sévère sur les sociétés de joutes « largement financées » et accusées d'être une pièce parmi d'autres des animations d'été. « Les joutes, c'est notre société du spectacle. Le message par lequel la mairie dit aux Sétois : “Regardez, nous partageons notre vie de tous les jours” », ironise l'occitaniste. « Le tourisme à Sète, c'est simple : on vend le soleil et l' “authenticité”. L'esprit italien est surjoué et survendu. Les restaurants servent des macaronades et des tielles [3]. Au besoin, on sort quelques mots de patois, parce que ça fait couleur locale. Mais deux mots, pas plus. L'été, c'est la moisson des festivals avec tout un tas de troupes nationales. Très peu de Sétois y vont. La conception de la culture se résume en nombre de nuitées. Hormis l'été, il n'y a plus rien. Alors qu'une culture populaire doit se vivre tout au long de l'année. »

Camélio embraye sur ces deux figures locales sur lesquelles mise un certain tourisme culturel : Brassens et Valéry. Avant d'être une star hexagonale, Georges Brassens n'avait pas la cote auprès des Sétois. Camélio se souvient : « C'était l'époque du brevet, je suis venu acheter le premier bouquin sorti sur Brassens à la librairie rue Gambetta. La vendeuse m'a tancé : “Tu ferais mieux d'étudier pour le brevet que d'écouter ça.” Brassens n'était pas aimé, les gens le trouvaient grossier. Aujourd'hui il est adulé et chaque Sétois se revendique comme son cousin ! Quant à Paul Valéry, c'est simple, personne ne l'a lu. Sa mère était italienne et son père corse. Il a vécu une dizaine d'années à Sète avant de partir à Montpellier. »

Le couteau de Caserio

Depuis 2001, la Ville est pilotée par le divers droite François Commeinhes. Un gynéco qui a fait le buzz en 2012 en déclarant lors d'un point presse avoir « accouché des gays femelles ». Mais le dada de l'édile reste le BTP. Pour que Sète gagne en attractivité et compétitivité, Commeinhes dégaine les « projets structurants » à tire-larigot. Lifting de la rue Gambetta, restructuration de la corniche de Neuburg, requalification de la promenade Marty, chantier du pôle d'échange multimodal de la gare, etc. Sans oublier les 500 000 € déboursé pour l'acquisition de 35 caméras de vidéosurveillance supplémentaires. « À Sète, il y a une classe commerçante très à droite qui appuie Commeinhes. Il est le maire bâtisseur. Il bétonne dans le but d'attirer une clientèle aisée de l'extérieur. Conséquence, l'immobilier grimpe et les jeunes sont obligés d'aller vivre ailleurs », analyse Alain Camélio.

L'image d'une ville sexy pour estivants en goguettes et retraités en manque de soleil a subi un petit coup d'accélérateur via un biais inattendu. En juin, un article du Midi Libre affirmait : « Un touriste sur cinq viendrait à Sète du fait de l'attrait exercé par les séries. » [4] En ligne de mire : la daube policière Candice Renoir (France 2) et Demain nous appartient (TF1), qui est à Sète ce que Plus belle la vie est à Marseille – un nanar télévisuel aussi faux qu'un sourire macronien. Camélio souligne le grotesque de ces productions culturelles : « Il n'y a aucun acteur de la région. Quand ils veulent un accent local, ils vont chercher quelqu'un à la Pointe Courte. J'ai rencontré un pêcheur tout content d'avoir été embauché pour parler avec l'accent : “On me paye pour faire le pêcheur ! Et ça marche !” » Alain Camélio rigole et rajoute : « De toute façon, quand la télé vient, elle va au Marina, filme les deux grandes gueules du bar, souvent d'anciens jouteurs qui s'engueulent, et recycle l'éternelle imagerie locale. » Sempiternelle pagnolade resservie ad nauseam.

On remonte par Gambetta. C'est dans cette rue que l'anarchiste Santo Caserio a acheté le surin avec lequel il a trucidé le président Sadi Carnot à Lyon un jour de juin 1894. « Devant la soudaine renommée de son geste, le coutelier a fabriqué une série de reproductions du couteau ayant tué le président. Il en a vendu une dizaine ! », rajoute Camélio d'un rire canaille. V'là une anecdote passée à la trappe des guides de voyage. Dommage.

Au bout de la rue de la Révolution, le marché aux puces. Un des derniers marchés populaires de la ville où chineurs et chalands désargentés viennent flairer la bonne affaire. On est loin des cohues d'estivants. Faut dire que le quartier ne cultive pas le glamour touristico-compatible. Raison pour laquelle la mairie essaie de déloger le marché depuis un bail. Daniel est un pucier habitué du coin. Sur son tapis, quelques vieux vinyles à 1 € pièce. On fouille, il raconte. À côté des puces municipales, un type a ouvert des puces privées depuis peu. Excentrées vers le quai des Moulins et plus commodes d'accès, elles attirent plus de monde. « Mais les vraies puces, celles qui représentent Sète, sont ici, revendique Daniel. Si on a moins de monde qu'avant, c'est une volonté de la mairie. Il y a très peu de place pour se garer, alors les gens se font verbaliser. Régulièrement, la police municipale vient nous mettre la pression pour qu'on dégage à 13 heures, alors qu'on veut rester jusqu'à 14 heures. Il faut défendre les puces. C'est un lieu convivial, fréquenté par les gens du quartier. »

Un homme, une chaîne, un quai

Marie des Neiges tient le bar Le Carafon qui jouxte le marché. La taulière fait aussi office de caviste. Sur un mur du troquet, des boutanches s'alignent. Du Picpoul de Pinet aux délicats rosés du domaine Guinand. Marie des Neiges a le blues de voir son marché péricliter. Soufflant le chaud et le froid, la stratégie de la mairie entretient un climat d'incertitude. Veut-elle sauver le marché ? Le laisser crever ? Personne ne sait de quoi l'avenir sera fait. « On a discuté avec tous les élus. On a formé un comité de défense, mais on ne veut pas partir en guerre. On veut juste sauver notre quartier. Les puces, c'est un moment important, le dimanche. Pour les gens, pour les commerçants. Si on enlève le marché, c'est fini », constate la dame. On fait remarquer que le quartier n'est pas raccord avec la modernisation citadine promue par Commeinhes and co. Marie des Neiges offre un sourire un peu las :

« – Ici, c'est un quartier populaire.

– Vous gênez ?

– Je pense. On est les laissés-pour-compte. Je vois ma ville mourir. D'ailleurs, ce n'est plus ma ville. Sète subit trop de transformations. Elle était beaucoup plus belle avant. Elle avait une âme. Certains quartiers résistent, comme la Pointe Courte et le nôtre. Mais le Quartier Haut est, lui, en train de mourir. Parmi les nouveaux Sétois qui arrivent, beaucoup sont des retraités. La seule chose qu'ils veulent, c'est du calme. Des lieux comme chez nous où on fait du social, il n'y en a plus beaucoup. À la place, ils créent des endroits aseptisés, avec tout ce bling-bling. Ils détruisent trop de choses. »

Parcourant les rues de la ville, on ressent cette étrange tension. Malgré les liftings urbanistiques et cette débauche festivalière, Sète a su entretenir sa propre nervosité. Comme si le port conservait intacts sa vieille ossature prolo, son parler fort tout en gouaille, ses vieilles solidarités de pêcheurs et marins qui savent aller au-delà des mers. Sur une vitrine désaffectée, à côté d'affiches annonçant la venue de Seun Kuti [5] accompagné de l'Egypt 80 et une exposition du peintre nîmois Joris Brantuas, un texte écrit à la main sur un papier couleur carton témoigne : « Les policiers ont commencé par m'attacher les mains avec des menottes et les chevilles avec du ruban adhésif. Ils m'ont ensuite scotché les poignets aux chevilles. Farah, enfermé au CRA Mesnil-Amelot, mars 2017 ».

Quai Maillol, à quelques centaines de mètres de l'amarrage du paquebot de l'Azamara Club Cruises, Tieri entame son sixième jour de grève de la faim [6]. Rencogné à l'ombre d'un bout de trottoir, l'homme porte une chaîne à la cheville droite qui le relie à un poteau. L'image – un homme, une chaîne, un quai – a quelque chose de saisissant qui renvoie à ces vieux clichés de traite négrière. Autour, deux parasols rouges, une tente, deux tables, des chaises et des soutiens qui se relaient. Un grand rectangle de tissu sur lequel est inscrit : « Grève de la faim en solidarité avec les enfermés ». Derrière, de l'autre côté de la clôture, le CRA (Centre de rétention administrative) de Sète. Yann explique : « On est très surpris du nombre de Sétois qui ignorent qu'il y a une prison pour étrangers dans leur ville. Des gens passent sur ce trottoir tous les jours sans savoir ce qu'il y a derrière ces murs. On veut rendre visible ce qui est invisible. »

ExCRAdition générale

Tieri raconte le genèse de cette action : « Le 30 mars, on a organisé un apéro anti-CRA au marché aux puces, lui aussi menacé. L'idée était de réfléchir à des moyens d'action plus virulents contre le CRA. 35 personnes sont venues. C'était la première fois que différents ONG et collectifs se retrouvaient sur ce sujet-là. On a proposé de faire une campagne d'affichage à base de témoignages. On a organisé un atelier d'affiches – chaque semaine, on en collait une quarantaine. » Le dimanche 3 juin, une marche festive, organisée dans le cadre des États généraux des migrations [7], est allée du môle Saint-Louis jusqu'au CRA. Le centre de rétention a même été placardé d'affiches. « Ils ont essayé de nous empêcher de coller, mais on y est finalement parvenus. Une petite victoire en soi, parce que tout le monde a un peu peur de cet endroit », explique Tieri.

Une semaine plus tard, le collectif s'est à nouveau réuni devant les murs du CRA. Des témoignages de deux enfermés ivoiriens, Moussa Kanté, 30 ans, et Aly Sidibé, 16 ans, sont lus. Tieri s'enchaîne et démarre sa grève de la faim : « Dorénavant, on fait les ateliers d'affiches ici, en plein jour, en défiant les flics qui n'arrêtent pas de passer. Ce 11 juin, début de l'occupation, a été déclaré premier jour du démantèlement des CRA en France. » Ou mouvement d' « exCRAdition générale ».

Un type débarque. Fatigué, un peu hagard. Il vient de Lyon, six heures de trajet. Son frère est enfermé dans la taule à migrants. Après l'avoir fait poireauter une heure, les flics ne le laissent pas voir son frangin. Hier soir, la vingtaine de prisonniers a fait une grève des plateaux. Tieri commente : « Ils refusent de manger la bouffe de merde qu'on leur sert – ils expliquent qu'au bout de cinq jours, ils ont des boutons partout... À l'intérieur, ils essaient de se rebeller, mais personne ne le sait. Ils mènent des grèves de la faim, ils s'auto-mutilent, font des tentatives de suicide. On essaie de relayer tout ça et de communiquer vers la presse. » À travers le recueil de témoignages des enfermés, les militants échafaudent un acte d'accusation de plus en plus lourd. Des migrants obligés de débourser 2 000 € pour se payer un avocat alors qu'ils ont droit à un commis d'office. Des flics qui tournent au pastis le soir et n'hésitent pas à se défouler sur les migrants. « On commence à avoir des billes. Puis sur la table, il y a des livres et des pinceaux. Ce sont nos armes. L'écriture est notre principal atout. Il y a aussi des poèmes de Nâzim Hikmet. Lui aussi a beaucoup fait de grèves de la faim », conclut Tieri.

On se souvient de l'un de ces poèmes, Voyage à Barcelone sur le bateau de Yousouf l'infortuné. L'histoire se passe dans une geôle turque. Yousouf a dessiné un bateau sur la margelle d'une fontaine. Plein d'espoir, le narrateur supplie alors Yousouf : « Prends-moi aussi Yousouf / Sur ton bateau. / Mon bagage n'est pas lourd : / Un livre, un cahier et une photo. / Allons-nous-en, frère, allons-nous-en. / Le monde vaut la peine d'être vu. »

Sébastien Navarro

La Une du n°167 de CQFD, illustrée par Jean-Michel Bertoyas {JPEG}

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Cet article est issu du dossier « Tourisme : plus loin, plus vite, plus rien », publié dans le n°167 de CQFD en juillet-août 2018.

En voir le sommaire.


[1] Lire « Méga-yachts, méga-plantade », article publié dans le n° 166 de CQFD et disponible ici-même.

[2] La Pointe Courte est un quartier de pêcheurs de l'étang de Thau. Et le Quartier Haut, celui des premiers migrants napolitains, où s'implantent désormais de plus en plus d'ateliers d'artistes.

[3] Macaronade : plat de pâtes au bœuf et sauce tomate ; tielle : tourte garnie de poulpes avec une sauce pimentée.

[4] Dans « Sète : quand la ville joue les premiers rôles au cinéma et à la télévision », article mis en ligne le 4 juin sur le site du journal.

[5] Saxophoniste reconnu, il est le plus jeune fils de Fela Kuti.

[6] Tieri a cessé sa grève de la faim le 24 juin, après deux semaines de jeûne. Des infos sur la suite du mouvement ici : https://excraditiongeneral.wixsite.com/sete.

[7] Coordination de collectifs de soutien aux migrants visant à « obtenir un changement radical de la politique migratoire ».

Actu punk on the web : Que sont devenus les straight edge, ces punks qui disaient non à l’alcool, la drogue et au sexe (Trax)

Il y a près de trente ans, une sous-culture plus punk que punk naissait à Washington et à Seattle : le Straight Edge. Ce mouvement hardcore prônait les préceptes rigoureux de la sanité : pas d'alcool, pas de drogue, pas de fumée, voire pas de sexe. L'intérêt croissant des jeunes d'aujourd'hui pour la fête sans excès – et accessoirement pour le style des 90's – est l'occasion de se pencher sur ce courant fascinant.
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Avranches (50): expulsion express d’un squat ouvert par des Gilets jaunes

Mercredi 13 février 2019, les Gilets jaunes d’Avranches (Manche) ont squatté une maison abandonnée de Saint-Senier-sous-Avranches, propriété de l’Etat, pour en faire un lieu d’auto-organisation.

Installés sur le rond-point de Moncreton, à Avranches, pendant un peu plus d’une semaine lors du lancement du mouvement le samedi 17 novembre 2018, avant d’en être expulsés par les gendarmes le lundi 26 novembre 2018, les Gilets jaunes d’Avranches avaient ensuite monté un campement à Ponts, sur un terrain privé situé derrière les établissements Leroy. Fait de palettes et de bâches, il devenait difficile, avec le froid et les intempéries, d’y passer du temps et d’y dormir, ce que faisaient les Gilets jaunes.

Depuis quelques semaines, les Gilets jaunes cherchaient un meilleur endroit pour se poser et s’organiser. Et quoi de mieux que cette belle maison abandonnée, à Saint-Senier, près d’Avranches, propriété de l’Etat.

Située au 6 rue des Chevaliers à Saint-Senier, la maison était abandonnée depuis quinze ans, date des expropriations ordonnées par l’Etat dans le cadre du projet de déviation Est d’Avranches, le prolongement de l’A84 qui n’a jamais vu le jour en raison de son coût. L’achat des terrains, 60 hectares, correspondant à l’emprise de la quatre voies fantôme, avait coûté 1,5 million d’euros à l’Etat.

Dans un communiqué des Gilets jaunes d’Avranches, ont peut lire qu' »à l’heure où l’Etat demande au peuple de faire de gros efforts financiers, nous avons décidé d’investir le 6 rue des Chevaliers (…). Aujourd’hui, à l’abandon, notre venue dans cette bâtisse n’aura aucun impact négatif dans la vie des citoyens des alentours. »

A peine installés, les Gilets jaunes ont reçu la visite des gendarmes, leur expliquant qu’ils devaient partir. Ils ont refusé, arguant que cette décision relevait de la Justice.

Comme souvent dans de tels cas, alors que ça faisait plus de 5 000 jours que le propriétaire se désintéressait de son bien, il a suffi de 2 jours pour qu’il se réveille et fasse expulser en speed les nouveaux occupants. La propriété est sacrée, la nécessité du logement ou de la lutte ça ne compte pas…

Les gendarmes sont en effet intervenus sur ordre de la Préfecture de la Manche dans la matinée du vendredi 15 février 2019 pour expulser les Gilets jaunes. Dans la foulée, les gendarmes, aidés par des employés d’une entreprise de BTP, ont condamné toutes les entrées de la bâtisse avec des parpaings…

Malgré une tentative de résistance des Gilets jaunes, arguant notamment du fait qu' »Ils n’ont pas le droit de nous expulser ainsi. Ils n’ont aucun papier officiel du tribunal pour le faire », selon Benoît, un des Gilets jaunes d’Avranches, l’expulsion a eu lieu. Le même Benoît a ajouté: « nous faire ça la veille de la marche de samedi ! (…) Nous avons toujours été calmes à Avranches, mais en faisant ça, ils jettent de l’huile sur le feu ! »

Samedi 16 février 2019, les Gilets jaunes organisent en effet une marche à Avranches. Le parcours prévu a été modifié en raison du refus de la mairie de valider le circuit au départ du rond-point de Moncreton. Le point de rassemblement est prévu place Carnot à 14h. La manif devrait prendre le boulevard Foch en direction de la place Patton puis descendre la rue de la Constitution jusqu’à la mairie.

Dans tous les cas, la lutte continue !
Contre l’Etat et la propriété privée, solidarité avec les Gilets jaunes !

[Sources: La Manche libre 14 février 2019 et 15 février 2019.]

Ta voisine fait Résistance

Pour la rentrée de Ta Voisine, on fait un petit point sur ce qui nous a animé cet été. On parle du festival Résistance à Foix qui avait pour thématique cette année « la mécanique sexiste » et du résistand féministe créé pour l'occase. On écoute ensuite le discours « les femmes se font baisées » de Carole Thibault au festival d'Avignon qui répond bien à l'idée que le milieu de la Culture serait exempt de sexisme ! Et on finit avec des textes de V. Despentes, P.B. Preciado, V. Solanas, D. Alison, A. Lordre, A. Rich, Z. Léonard, L. Feinberg et un entretien avec des butchs, par le biais d'une carte blanche à Virginie Despentes, toujours à Avignon. Bonne écoute !

La liberté d'informer selon LREM : chronique d'un quinquennat autoritaire (2017 - …)

En juin 2018, nous publiions une chronologie des différentes initiatives d'Emmanuel Macron et de La République en marche portant atteinte à l'indépendance des médias ainsi qu'à la liberté d'informer. Nous l'actualisons aujourd'hui – de l'événement le plus récent au plus ancien – et le ferons régulièrement à l'avenir. Une manière de rappeler d'où viennent les menaces les plus pressantes et systématiques vis-à-vis de la liberté d'informer. Comme nous l'écrivions, ce panorama ne montre rien de bien « nouveau » que l'« ancien » monde politique n'ait déjà expérimenté pour faire pression sur les journalistes. L'accumulation de ces attaques témoigne cependant d'un souverain mépris pour le journalisme et pour son indépendance, d'une intolérance à la critique et d'une volonté obsessionnelle de contrôle.

- Février 2019 : dans le cadre de l'affaire Benalla-Macron, le procureur de Paris Rémi Heitz lance une perquisition des locaux de Mediapart, sans le mandat d'un juge indépendant. La rédaction refuse cette perquisition « au nom de la protection des sources et de la confidentialité de nos informations », comme elle en a le droit, ainsi qu'elle le rappelle dans un article le 6 février. Les auteurs y révèlent que Matignon est à l'origine de cette perquisition et pointent, en écho à un article du Monde, « la légalité contestable de la procédure » : si l'enquête du Procureur est notamment ouverte pour « atteinte à l'intimité de la vie privée », la rédaction affirme qu'aucune plainte n'a été déposée, « de personne, pour dénoncer une quelconque violation de la vie privée. » Après avoir dénoncé les mensonges de la Garde des Sceaux Nicole Belloubet sur cette affaire, Mediapart rappelle les conditions troubles dans lesquelles Rémi Heitz fut nommé par le pouvoir exécutif (« l'Élysée ayant retoqué les trois postulants retenus par le ministère de la justice et le Conseil supérieur de la magistrature. ») La rédaction met enfin le doigt sur l'objet réel de cette perquisition : « identifier les sources et les informations confidentielles de notre journal dans l'affaire Benalla, qui fait trembler le sommet de l'État depuis l'été dernier. »

- Février 2019 : Lors d'un échange avec une poignée de journalistes, Emmanuel Macron pense à créer des « structures » dans les médias, financées par l'État et composées de journalistes, dont les objectifs seraient de vérifier l'information et de s'assurer de sa « neutralité ». Avant de poursuivre : « Le bien public, ce n'est pas le caméraman de France 3. Le bien public, c'est l'information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. » Rapportés par Le Point le 5 février, ces propos font suite à des considérations concernant les gilets jaunes, dont les paroles n'auraient à ses yeux pas la même valeur que celles d'élus ou d'experts en plateau. « Accepter la hiérarchie des paroles », tel est son dicton. Le 14 février dans la matinale d'Inter, le secrétaire d'État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, démine le tollé provoqué dans la presse : il s'agit selon lui de permettre « aux journalistes entre eux de définir quelles sont les meilleures pratiques entre eux. [...] Il n'y a pas une volonté de mettre les journalistes sous contrôle. Jamais, et pas notre majorité, ne proposerait un organisme certificateur de la vérité, tout de même, c'est la pire des sciences-fictions possibles ». C'est noté…

- Janvier 2019 : Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, propose de co-animer avec Cyril Hanouna (grâce à la grande complicité de ce dernier et à celle de la direction de la chaîne) une émission de « Balance ton post » sur C8. Ce « numéro spécial » dit s'inscrire dans « le grand débat » voulu et orchestré par le gouvernement pour canaliser le mouvement des gilets jaunes. Vivement critiquée, elle se justifie sur BFM-TV, mettant davantage en lumière le problème qui fonde cette initiative : « Nous allons animer un débat comme si nous animions un atelier du grand débat national ». Sauf qu'il s'agit là… d'un média, et que l'initiative en soi met à mal le principe d'indépendance de la sphère médiatique vis-à-vis du milieu politique, peu importe la manière dont se déroule l'émission.

- Décembre 2018 : Mouvement des gilets jaunes : suite aux manifestations parisiennes du 1er décembre, la politique de « maintien de l'ordre » se durcit du côté des autorités gouvernementales et policières. Elles co-construisent (avec les grands médias... !) une communication anxiogène et un récit qui verse dans la surenchère sécuritaire, afin de légitimer par avance les répressions. Lors d'une conférence de presse le 7 décembre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner invite la presse à « ne pas renseigner les casseurs ».

- Novembre 2018 - … : pendant les manifestations des gilets jaunes, nombre de journalistes ont été blessés par la police, certains affirmant avoir été visés délibérément ou s'être fait confisquer leur matériel de protection. À tel point que, le 15 décembre 2018, plusieurs plaintes ont été déposées par vingt-quatre photographes et journalistes contre les violences policières qu'ils ont subies. Dans notre actualité des médias du 9 janvier, nous rapportions des témoignages et relayions les différents communiqués de journalistes parus sur le sujet.

- Novembre 2018 : adoption définitive de la proposition de loi « relative à la lutte contre la manipulation de l'information ». Voulue par Emmanuel Macron, cette loi a pour objectif de lutter contre ce qu'il est convenu d'appeler les « fausses informations ». En décembre 2018, celle-ci a été, malgré quelques réserves, validée par le Conseil constitutionnel. Cette loi est dénoncée par quasiment tous les médias et associations de journalistes, dont le syndicat national des journalistes.

- Juillet 2018 : dans la cour de la Maison de l'Amérique latine, du haut de sa tribune face à un parterre de députés LREM, Emmanuel Macron fait une première déclaration publique concernant les débuts de « l'affaire Benalla » qui déstabilisent le pouvoir. Une défense sous forme d'attaque, dont une partie vise de manière virulente… les médias et leur « fadaises ». Extraits choisis [1] :

- J'ai cru comprendre qu'il y avait des images ? Où sont-elles ? Sont-elles montrées avec la même volonté de rechercher la vérité et d'apporter de manière équilibrée les faits ? [...] Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité.

- Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire. Un pouvoir qui a décidé qu'il n'y avait plus de présomption d'innocence dans la République et qu'il fallait fouler au pied un homme et avec lui la République.


- Juin 2018 : suite à la publication par la cellule investigation de Radio France d'une enquête sur les sous-facturations supposées dont aurait bénéficié la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, un communiqué de La République en marche s'en prend à toute la profession : « Journalistes, que vous considériez que c'est votre travail de consacrer vos ressources et votre temps à enquêter sur des procédures qui sont closes et qui ont été légalement validées de manière indépendante, c'est votre droit le plus strict. Il vous appartient. Que vous considériez que c'est votre travail de monter en épingle des pseudo-révélations pour jeter le doute sur l'ensemble d'une campagne, c'est votre droit le plus strict, là encore. Mais dans ce cas, faites le travail jusqu'au bout. Car votre crédibilité s'effondre en même temps que vos accusations. »

- Mai 2018 : adoption d'une proposition de loi sur le secret des affaires malgré la mobilisation de nombreux journalistes, société de journalistes, collectifs et associations, tous auteurs d'une pétition ayant rassemblé près de 600 000 signatures. Cette loi constitue une menace pour la liberté d'informer en offrant une arme juridique supplémentaire à ceux qui lancent des « poursuites bâillons », ces procédures judiciaires destinées à dissuader les journalistes d'enquêter ou de rendre publiques des informations gênantes.

- Avril-juin 2018 : lors des mouvements sociaux, des journalistes ont été brutalisés et blessés dans l'exercice de leur travail par les forces de l'ordre. Des violences qui ont suscité l'indignation d'un certain nombre de leurs confrères et des syndicats de journalistes. On peut citer, par exemple, le cas de deux photographes grièvement blessés lors des opérations de Notre-Dame des Landes, celui d'un photojournaliste matraqué et blessé à la tête pendant une manifestation à Paris, ou encore l'arrestation et la poursuite d'un journaliste et d'une documentariste indépendants lors de l'occupation du lycée Arago à Paris.

- Avril 2018 : Emmanuel Macron décide de s'exprimer au cours du JT de 13h de Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, dans une école de l'Orne, sélectionnant ainsi son interviewer, et le cadre de l'interview. Trois jours plus tard, il récidive en choisissant cette fois-ci Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin. La première « interview », est mise en ligne sur le site de l'Élysée, comme n'importe quel support de communication de la présidence…

- Avril 2018 : alors qu'ils tentent de couvrir l'évacuation de la ZAD Notre-Dame des Landes, plusieurs journalistes sont empêchés de travailler par… les forces de l'ordre (journalistes « écartés », « bloqués » ou « reconduits sous escorte policière jusqu'à leur point de départ », cartes de presse photographiées, etc.). Des entraves que vient confirmer un communiqué du ministère de l'Intérieur lui-même : « Pour la sécurité de tous, le Ministère de l'Intérieur appelle les équipes de reporters présentes sur place à la responsabilité, en veillant à ne pas se mettre en danger inutilement et à ne pas gêner les manœuvres opérées par la Gendarmerie nationale. Les journalistes sont invités à se rapprocher de la Préfecture de Loire-Atlantique, qui met à leur disposition un espace presse. La Gendarmerie nationale mettra à disposition des rédactions, des photos et vidéos de l'opération libres de droits. » Le même procédé (images et vidéos de la gendarmerie) avait été utilisé lors de l'évacuation de Bure deux mois plus tôt.

- Avril 2018 : Sybile Veil, camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA, est nommée présidente de Radio France.

- Mars 2018 : Bertrand Delais, journaliste-militant auteur de deux films documentaires apologétiques sur Emmanuel Macron, est nommé président de La Chaîne parlementaire (LCP).

- Février 2018 : la présidence décide unilatéralement de déménager la salle de presse hors des murs du palais de l'Élysée. L'Association de la presse présidentielle, soutenue par les sociétés de journalistes de plusieurs médias, déplore la méthode et une décision qui constitue « une entrave à leur travail ».

- Février 2018 : une journaliste de France 3 Hauts-de-France n'appartenant pas au « pool » de journalistes choisis par Matignon proteste publiquement après avoir été empêchée d'assister à la visite d'une usine L'Oréal par le Premier ministre et le ministre de l'Économie. Elle devra se contenter du dossier de presse, qu'elle présente comme un « joli livret sur papier glacé, avec plein de photos de rouges à lèvres et de shampoings à l'intérieur »

- Décembre 2017 : Laurent Delahousse, le présentateur vedette de France 2, est invité à déambuler dans le palais de l'Élysée aux côtés du président, sous l'œil des caméras du service public. Une alternance de compliments, de flagorneries et de flatteries pour une interview présidentielle d'anthologie.

- Décembre 2017 : Emmanuel Macron déclare en public que l'audiovisuel public est « une honte pour nos concitoyens ».

- Novembre 2017 : la ministre de la Culture menace de porter plainte contre X après une nouvelle fuite de documents de travail portant sur la réforme de l'audiovisuel public qui sont publiés dans Le Monde. Finalement, la ministre renonce mais on imagine que l'effet d'intimidation sur les sources des journalistes dans l'administration a dû jouer à plein.

- Octobre 2017 : seul un petit groupe de journalistes désignés par l'Élysée peut suivre Emmanuel Macron dans l'usine Whirlpool-Amiens qu'il visite après s'y être engagé pendant la campagne présidentielle. Les autres attendent sur le parking.

- Août 2017 : Bruno Roger-Petit, journaliste multimédias et chroniqueur macroniste officiel à L'Obs durant la campagne présidentielle, est nommé porte-parole de l'Élysée.

- Juin 2017 : publication d'une tribune dans Le Monde, intitulée « Liberté de la presse : 23 sociétés de journalistes inquiètes de l'attitude du gouvernement », qui alerte sur « des signaux extrêmement préoccupants au regard de l'indépendance des médias et de la protection des sources » envoyés par le gouvernement.

- Juin 2017 : tensions lors de la photo officielle du gouvernement, initialement réservée à trois photographes appartenant à une agence de presse, un magazine et un quotidien. Face aux protestations, les autres photographes sont autorisés à prendre la photo mais le moindre cliché des « à-côtés » leur est interdit.

- Juin 2017 : le ministère du Travail porte plainte contre X pour « vol et recel » après que Libération a publié le projet de réforme du code du travail. Si la plainte pour recel qui visait directement Libération et les médias ayant publié les documents a été retirée, celle pour vol est maintenue, ciblant ainsi les sources des journalistes de Libération, soit les fonctionnaires leur ayant transmis les documents.

- Juin 2017 : François Bayrou, alors ministre de la Justice, appelle en personne le directeur de la cellule d'investigation de Radio France pour se plaindre de ses « méthodes inquisitrices » et le menace de poursuites pour « harcèlement ».

- Mai 2017 : alors que Richard Ferrand, ex secrétaire général d'En Marche ! et ministre de la Cohésion des territoires est mis en cause pour des conflits d'intérêts alors qu'il dirigeait les Mutuelles de Bretagne, Emmanuel Macron déclare : « Les choses ne vont pas forcément bien quand la presse devient juge », ajoutant que « dans une société démocratique, chacun doit être à sa place ».

- Mai 2017 : En Marche ! dépose plainte contre La lettre A (une publication confidentielle consacrée à l'actualité politique, économique et médiatique en France) pour « recel d'atteinte à un système automatisé de données ». Exploitant les « MacronLeaks », des documents internes au mouvement En Marche ! piratés et dévoilés sur Internet avant l'élection présidentielle, La lettre A avait publié les noms de grands donateurs du parti présidentiel.

- Mai 2017 : à peine élu, le nouveau président choisit nominativement, au sein des rédactions, et contre tous les usages, les journalistes qui l'accompagneront dans un déplacement au Mali. Une vingtaine de sociétés de journalistes publient une lettre ouverte de protestation dans Le Monde. Ce qui n'empêchera pas le service de presse de l'Élysée de recourir à cette pratique lors de déplacements ultérieurs (voir ci-dessus).


À suivre...


Basile Mathieu, Benjamin Lagues et Pauline Perrenot


[1] Retranscrits par BFM-TV dans l'article « Emmanuel Macron attaque les "fadaises" des journalistes » (25/07).

En Palestine occupée : des potagers suspendus pour s'évader, « car nous ne pouvons aller nulle part ailleurs »

Dans les territoires palestiniens occupés par l'armée israélienne, près d'une famille sur trois survit en situation d'insécurité alimentaire. A Bethléem, dans un camp de réfugiés surpeuplé, des mères de famille font face en installant de petits potagers sur leurs toits. C'est le cas de Draguitsa Alafandi, qui y cultive depuis quelques années céleris, betteraves, concombres, menthe et tomates. En plus d'accroître l'autonomie alimentaire de sa famille, elle offre à ses enfants un petit lieu pour rêver, (...)

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Remplacer le charbon par le bois :une « bio-mascarade » !

Afin de limiter le réchauffement climatique, de nombreux États européens s'engagent vers la sortie du charbon. Comme solution durable de remplacement, les industriels proposent le bois. Mais pour les écologistes, cette voie impose « l'industrialisation de la forêt » et présente des conséquences plus graves sur la machine climatique que celles du charbon.

Par Mortimer {JPEG}

***

Urgence sur le climat. La production électrique est encore trop dépendante du charbon, grand émetteur de CO2. Cette énergie fossile représente 41 % du mix électrique mondial, 24 % de celui de l'Union européenne (UE). Alors, la plupart des pays européens affichent leur sortie programmée du charbon. En France ce serait pour le 1er janvier 2022. Ce qui, depuis début décembre, a déclenché une grève pour la sauvegarde des emplois, dans les quatre centrales de l'Hexagone encore en activité [1].

Et si on brûlait plutôt du bois dans nos vieilles centrales thermique ? L'idée est en train de se répandre en Europe. Les industriels et les pouvoirs publics – au renfort de subventions et de tarifs avantageux de rachat de l'électricité – soutiennent le recours à cette « biomasse » en tant qu'énergie renouvelable. Leurs arguments sont simplistes : un arbre coupé repousse et le prélèvement pour le bois-énergie se ferait en deçà du taux d'accroissement de la forêt. Pas si évident !, répondent les écologistes, qui dénoncent une vraie fausse-bonne solution.

Razzia sur le bois

« Halte à la biomascarade ! » La dernière fois qu'ils ont manifesté, en février 2017, pour s'opposer au projet de conversion de l'unité « Provence 4 » de la centrale de Gardanne (Bouches-du-Rhône), ils étaient quelques centaines sous une pluie battante. Emmenée notamment par le collectif SOS Forêt et le parti Europe écologie Les Verts (EELV), la fronde intéresse peu le grand public. Elle pose pourtant la grave question du devenir des forêts [2].

Si l'unité de Gardanne atteint un jour sa pleine marche industrielle, elle engloutira 850 000 tonnes de bois par an, dont au moins 50 % issues de coupes forestières. C'est ce qui fait tiquer les écologistes, qui dénoncent une « industrialisation de la forêt » nécessaire pour répondre à l'appétit de l'ogre. En apparence plus vertueuse, la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique), affiche vouloir se réinventer sur la combustion de déchets de bois faiblement traités, dits de classe B. Ce qui lui a même permis négocier un sursis pour brûler encore 20 % de charbon après 2022, afin de parfaire sa transition. « Il est impossible que Cordemais n'ait pas recours à du bois de coupe forestière. Ses besoins en biomasse, jusqu'à 500 000 tonnes par an, ne le permettraient pas », pourfend Sylvain Angerand, de l'association Canopée, membre de la fédération des Amis de la Terre.

Les projets français ne sont pas seuls : partout en Europe poussent de gargantuesques unités fonctionnant au bois-énergie. La centrale de Drax, en Angleterre, a besoin de 13,2 millions de tonnes de bois chaque année. L'équivalent de 120 % de la production forestière annuelle britannique [3].

« La forêt ne tiendra pas le choc »

Alors pour répondre à la demande, on importe à tour de bras. Des États-Unis et du Canada pour Drax. Du nord et l'est de la France pour Skærbæk au Danemark [4]. Du Brésil et d'Espagne pour Gardanne [5], même si le plan d'approvisionnement de cette centrale-ci prévoit, au bout de dix ans, une fourniture uniquement « locale », dans un rayon de 250 km. « Il faut respecter des cycles de coupe d'un siècle pour exploiter respectueusement la forêt méditerranéenne. Comme les cycles vont s'accélérer, elle ne tiendra pas le choc », s'inquiète Jérôme Freydier de la CGT Forêt et de SOS Forêt du Sud [6].

Voilà le bois réduit à une ressource minière. Extraite là-bas, transportée en bateaux et camions [7], puis brûlée ici. Et tant pis si cela met en péril ses usages plus nobles et plus durables, pour la construction ou l'isolation des bâtiments par exemple. « Mieux vaut isoler les constructions, plutôt que de brûler du bois pour chauffer à l'électricité des bâtiments qui sont des passoires thermiques », expose l'ingénieur énergéticien Jean Gazhorm.

Avec des élues EELV, il a planché sur un autre projet pour le site de Gardanne, fait d'unités de transformation durable du bois. A contrario, la combustion du bois à grande échelle, même sous forme de déchets, condamnerait sa valorisation sous forme d'isolant. « Si le gisement de bois de classe B est détourné pour un usage énergétique, les industries [de l'isolation thermique] se tourneront vers la forêt […]. [Ce qui pourrait] entraîner indirectement une déforestation importante », alertent Les Amis de la Terre [8].

Pour le forestier lorrain Nicolas Gomez, la certitude est que « la biomasse industrielle n'est pas écologiquement neutre. Le volume demandé implique des forêts cultivées dédiées », explique ce responsable syndical du Snupfen [9]. Les forêts mutent ainsi en plantations, avec pesticides et adaptation à la mécanisation, comme dans l'agriculture intensive. Et ce au mépris des « besoins écologiques en matière d'hydrologie, de biodiversité et des besoins sociaux, c'est-à-dire aux usages de loisirs de la forêt », poursuit Nicolas Gomez. Dans ce modèle, le cycle biologique même de la forêt est menacé. « Jusqu'à la cime, tout part dans le broyeur qui produit les plaquettes. La matière organique est entièrement exportée et va manquer au peuplement », décrit Cyril Gilet du Snupfen et de l'antenne bourguignonne de SOS Forêt. Autrement dit, la biomasse qui sort ainsi des forêts vient à manquer à la formation de l'humus nécessaire à l'alimentation des arbres.

Carbone en stock

Tout ceci remet en cause la « neutralité carbone » vendue par les partisans des centrales « biomasse ». « La conservation des forêts naturelles et des forêts anciennes est importante pour [...] l'atténuation du changement climatique. [Elles] fonctionnent comme des puits de carbone », plaidaient 190 scientifiques dans une lettre adressée à la Commission européenne en septembre 2017. En fait, une exploitation intensive de la forêt briserait le cycle de fossilisation du carbone. « Si les forêts sont exploitées de manière plus intensive en permanence à cause de la bioénergie, elles ne parviendront jamais à régénérer le réservoir de carbone perdu », s'inquiète la Fern, une ONG de défense de la forêt qui fait du lobbying auprès de l'UE.

Même le respecté Conseil consultatif scientifique des académies européennes y va de son alerte : « Une utilisation non durable des forêts [...] réduit inévitablement le stockage du carbone dans les arbres vivants et les sols forestiers. » [10] Pour Sylvain Angerand et Cécile Marchand, co-signataires au nom des Amis de la Terre d'une tribune parue sur Reporterre [11], « brûler des arbres au moment même où nous avons le plus besoin d'avoir des forêts vivantes, capables de stocker du carbone, est le meilleur moyen de franchir des seuils d'emballement climatique irréversibles ».

Remplacer le charbon par du bois ? Un remède pire que le mal.

Pierre Isnard-Dupuy (Collectif Presse-Papiers)

La Une du n°173 de CQFD, illustrée par Marine Summercity. {JPEG}

Cet article est issu du n°173 de CQFD, en kiosque tout le mois de février 2019. Ce numéro contient un dossier « Énergies : les arnaques du renouvelable », dont fait partie le présent article. Voir le sommaire.


[1] Les sites de Cordemais (Loire-Atlantique) et du Havre (Seine-Maritime) sont exploités par EDF. Ceux de Gardanne (Bouches-du-Rhône) et de Saint-Avold (Moselle) le sont par l'énergéticien allemand Uniper. Ils sont en voie d'être rachetés par EPH, le groupe de l'oligarque tchèque Daniel Kretinsky qui se fait une spécialité d'investir dans de vieilles centrales à charbon et de grands titres de presse (Marianne, Le Monde...).

[2] Lire aussi « Foresterie intensive – Feu de tout bois ! », publié dans le même dossier sur les arnaques du renouvelable (CQFD n°173, février 2019).

[3] Lire à ce propos « La biomascarade continue », analyse de Nicholas Bell, membre de SOS Forêt du Sud, publiée sur Blogs.mediapart.fr (15/09/2018).

[4] Exportation révélée par une enquête de Reporterre : « L'ONF encourage la biomasse industrielle au détriment des forêts et du climat » (09/05/2018).

[6] Branche régionale du collectif SOS Forêt.

[7] 250 camions par jour seraient nécessaires à l'alimentation de la centrale de Gardanne, selon l'estimation de l'Association (locale) de lutte contre les nuisances et la pollution (ALNP).

[9] Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l'espace naturel, syndicat d'agents de l'Office national des forêts (ONF) affilié à l'union Solidaires.

[10] Dans un rapport sur « la multifonctionnalité et la durabilité des forêts de l'UE », publié en avril 2017.

Bienne (Suisse): Les Escargots Noirs doivent disparaitre

Depuis près de 8 ans, nous, le collectif Escargot Noir, occupons un site à Bienne. À présent, une société souhaite acheter les parcelles adjacentes et construire un nouveau siège. Nous sommes donc sacrifiés, les arbres éliminés et cette oasis au sein de la zone industrielle sera détruite…
Après le Tissot Arena, le nouveau raccord autoroutier ainsi que plusieurs autres projets, ce nouveau chantier serait une énième pièce dans le puzzle de développement économique du champs de boujean. Nous sommes donc maintenant chassés en faveur de l’engouement pour la croissance globale.
La ville nous a fait savoir fin janvier qu’elle souhaitait nous voir quiter les lieux d‘ici la fin mars et nous a menacé d’expulsion. Bien que les plans du projet soient élaborés depuis septembre, il n’a pas été jugé nécessaire de nous en informer plus tôt.
De plus, la demande relative à l’immeuble ne faisant même pas l’objet d’un appel d’offres, il est difficile de savoir quand commencerait la construction. Néanmoins, la ville de Bienne voudrait se débarrasser de nous d‘ici la date officielle de la vente.
Le conseil de ville traitera cette affaire lors de la réunion du 21 février 2019. Venez et montrez votre solidarité devant le bâtiment du conseil de ville à partir de 17 heures , musique, bière et thé chaud sont au rendez-vous.

Solidarité avec les Wagenplatz !
Contre le déplacement d’habitats alternatifs !
Nous resterons jusqu’à ce que les excavatrices arrivent et nous ne nous évaporerons pas !

Escargot Noir
Längfeldweg 666,
Bienne, Suisse
escargot [point] noir [at] riseup [point] net
https://squ.at/r/mv3


Des squats à Bienne: https://radar.squat.net/fr/groups/city/biel%252Fbienne/country/CH/type/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Bienne: https://radar.squat.net/fr/groups/city/biel%252Fbienne/country/CH
Des événements à Bienne: https://radar.squat.net/fr/events/city/Biel/Bienne/city/Biel%252FBienne/country/CH

Des squats en Suisse: https://radar.squat.net/fr/groups/country/CH/type/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en Suisse: https://radar.squat.net/fr/groups/country/CH
Des événements en Suisse: https://radar.squat.net/fr/events/country/CH

Des wagenplatz en Suisse et Allemagne
: https://radar.squat.net/fr/groups/topic/wagenplatz


[Publié le 14 février 2019 par Renversé]

Barbès Blues au temps du couvre-feu (109) / Farid Taalba

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Au bout de l’avenue de la Gare, à la gauche de Bou Taxi qui en frémissait des baccantes, une rangée de blindés interdisait l’accès côté mer de la Mairie. Mais, devant cette ligne qu’on avait chargée de cafarder le lieu de pouvoir le plus important, et comme sur la droite se trouvait aussi l’entrée du port par l’avenue Spinetti dans laquelle il devait s’engager, d’autres blindés faisaient face à cette première ligne pour, quant à eux, chaperonner le lieu d’affaire le plus couru de la ville. Ainsi ordonné, le dispositif de sécurité était encore plus impressionnant ; toujours persistante, la lumière accentuait l’effet de présence massive par ses réverbérations multiples qui s’affichaient comme autant de mises en garde sur les carapaces d’acier des engins prêts à réagir au moindre mouvement suspect derrière leur calme apparent. Ajouté à ce clinquant orchestre qui savait mettre les danses les plus chaudes, le charivari des affrontements n’en finissait pas d’alimenter la valse de toutes les craintes de faux pas qui pouvaient être fatals ! Malgré tout, piano-piano, Hassan attaqua le refrain de la chanson qui lui tournait dans le disque depuis qu’elle avait surgi d’une chambre du dernier étage d’un immeuble, ilot d’insouciance au milieu de la tourmente, oasis perdue au cœur des braises :

Maybellene, why can’t you be true…

“ S’il te plait, Hassan, implora Madjid, mets-la en sourdine avec Maillebilline, sinon on va se faire affurer la poix et se retrouver au violon, à moins qu’on nous fasse passer l’archet à gauche !

– Oui, maître Madjid, s’amusa Hassan, je vois, vous avez des sueurs froides en pleine canicule.

– Non mais c’est vrai, rigole pas, tu me rappelles Bou Khobrine !

– Celui que tu as fait hospitaliser dans ta guitoune pendant l’émeute de Barbès ?

– Oui, c’est ça, c’était juste avant mon départ pour Marseille ! Il se réveillait comme un djinn, hors de lui-même et se mettait brusquement à psalmodier et à chanter là où il aurait mieux fait de la boucler. Combien de fois j’ai eu le barillet dans le cul qu’il n’attire dans ma chambre les serpents à képi ! L’autre soir, tu étais prêt à te foutre avec le zazou et à nous fait mettre tous au gnouf à toi tout seul, si ce n’était l’intervention de notre maître Si Arezki, et maintenant tu veux te faire plus petit à cause d’une chansonnette que je murmure à peine et qu’on ne peut même pas entendre à l’extérieur. C’est bien, tu as fait des progrès depuis hier. Le maître n’en aurait pas mieux convenu. Mais il t’aurait aussi rappelé qu’on se doit de tenir ses élans et qu’il ne sert à rien d’exprimer aux yeux de tous ce que chacun a deviné, compris depuis longtemps sans que tu n’aies besoin de la ramener avec ostentation, comme si tu nous reprochais quelque chose à nous qui sommes, sur ce coup, irréprochables.

– Qu’insinues-tu par-là ? Que je me prends pour le centre du monde ?

– Si tu veux, c’est comme dans l’histoire de Djeha et de l’imam. Oh, c’est que tu rumines encore quelque nouvelle couardise. Mais vas-y raconte, montre-toi sous ton vrai jour.

– Un soir, jouissant de la fraîcheur qui l’avait suivi, Djeha et l’imam déambulèrent tous deux dans le village. Tous, hommes, femmes, enfants, s’arrêtaient devant le saint homme, lui rendaient hommage et, pour les plus fervents, allaient jusqu’à lui embrasser le front. Mais personne, absolument personne ne prêtait attention, ni considération à Djeha qui, malgré sa présence bien réelle, pointait, sous leurs yeux, aux abonnés absents. Les deux passèrent près du pressoir à huile devant la porte duquel on avait attaché un âne qui avait pris ses aises pour se restaurer d’un bouquet de chardons touffus. Au moment où ils le croisèrent, l’animal lâcha une tubéreuse à faire vomir. Le bruit trompétant qui l’avait accompagné les fit se retourner vers lui et ils virent un chapelet de crottins s’égrener jusqu’au sol. Et Djeha de s’adresser à l’imam : « Décidément, quand tu sors au village, il n’y en a que pour toi. ».

– Alors-là, tu vas trop loin ! Ali « Pas de chance » à la rigueur, mais l’imam de Djeha, c’est de la provocation ! Tu me prends pour….

– Suffit vos querelles, imposa Bou Taxi, on approche de la fosse d’orchestre et, en face, j’ai un pingouin qui me joue de l’aile pour que je ralentisse la cadence. C’est sûr, il va me signaler de m’arrêter sur le côté. ». Madjid jeta l’éponge, s’enfonça dans son siège et Hassan de reprendre d’une voix qui se voulut la plus amicale possible : « Une autre histoire de Djeha raconte qu’un jour qu’il flânait par les chemins, il trouva par terre un beau miroir. Il le saisit, le regarda, se retrouva face à son image et le remit confusément à sa place en disant : « Oh, excuse-moi, je ne savais pas que c’était toi !

– Mais où tu veux en venir ?

– En découvrant la peur dans ton miroir, tu aurais dû agir comme Djeha avec le sien. Mais il te reste beaucoup de chemin pour comprendre les subtilités des grands maîtres.

– Parce que toi tu connais les grands maîtres ?!

– Nul autre que moi n’a mieux étudié les grands maîtres !

– Pauvre Hassan, quel dommage que les grands maîtres ne t’aient alors pas d’abord étudié !…

– Arrêtez, vous deux ! Vous vous croyez dans une cour de récréation ? Là je vais stopper le véhicule, alors bouclez-la ! ».
« Vous êtes le taxi qui vient ramasser des passagers musiciens ? », questionna le gendarme.

– Oui, rayonna Bou Taxi en lui servant son plus beau sourire qui souleva ses moustaches vers le haut.
Il avait été impressionné par cette hirondelle noire, blanche et casquée qui avait annoncé son arrivée en précisant sa fonction de taxi. « La nouvelle n’a pas tardé à lui parvenir, s’avoua Bou Taxi, celui qui a vérifié nos papiers a dû la lui faire fleurir par message radio.

– Rangez-vous à droite le long du boulevard Spinetti. Vos passagers ont été confinés dans une zone de sécurité, vous allez devoir attendre que cesse tout ce grabuge avant qu’ils ne sortent. ».

Bou Taxi le regarda niaisement en affichant l’air de celui qui attendait qu’on l’encadrât sur la bonne voie, une balle pouvant vite partir au moindre mouvement inapproprié ou mal interprété. Le gendarme ne perdit pas de temps : « Qu’est-ce que vous attendez ? Allez, circulez ! Là, à droite, vous trouverez la file des taxis !».
« Merci bien, finit de ripoliner Bou Taxi pour faire bon portrait, merci bien, je vous crois sur votre figure !

– Oui, oui, c’est ça l’arbi, circulez ! ».

Et, les oreilles basses, les pointes de la moustache en berne, Bou Taxi alla garer docilement sa voiture à la place du dernier arrivant de la file des véhicules tapis sous le soleil impitoyable du début d’après-midi. Quand le moteur cessa de ronfler, enlevant la clef de contact, Bou Taxi souffla en s’épongeant le front du dos de la main : « Voilà, nous sommes vivants ! Il n’y a plus qu’à attendre la prochaine échéance. ». Ensuite, après un moment de silence où il reprit sa respiration, toisant Hassan puis Madjid, il ajouta : « Et il n’y a pas besoin de maître là où il ne peut rien pour vous ! ».

 

Grève scolaire pour le climat : « Personne n'a envie d'étudier ou de travailler pour un futur qui n'existera pas »

Parti de Suède en août, le mouvement des grèves scolaires pour le climat s'étend progressivement en France. Des étudiants et lycéens de divers établissements de la région parisienne ont décidé de lancer une grève pour le climat, tous les vendredis à partir du 15 février. Le 15 mars, journée de grève scolaire mondiale pour le climat, plus de 40 mobilisations sont déjà prévues dans toute la France. Voici l'appel national qui vient d'être lancé par Youth For Climate France, incarné par dix jeunes de dix villes (...)

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Une rose épineuse - La défloration au XIXe siècle en France avec l'historienne Pauline Mortas

Cette semaine on reçoit en plateau Pauline Mortas pour nous parler de son livre Une rose épineuse aux éditions des Presses Universitaires de Rennes. Epineux problème en effet que celui de la virginité des femmes... De la question de la défloration lors la nuit de noces à la "première fois" (🎤toute toute première fois🎤), c'est une révolution paradigmatique qui s'opère au XIXe siècle. Un pan de l'histoire des femmes et de la construction de l'identité féminine que l'auteure propose de (...) - Emissions / ,

La P'tite Blan et la glande à domicile contre le réchauffement climatique...

Notre monde s'effondre... mais la P'tite Blan depuis sa campagne a quelques solutions pour lutter contre le réchauffement climatique... Ben déjà ne rien faire ce serait pas mal ! - La p'tite Blan /

« Ce qui se passe ici, cette entraide, je n'avais jamais vu ça » : reportage à la maison du peuple de Saint-Nazaire

A Saint-Nazaire, les gilets jaunes ont leur quartier général : la « maison du peuple », un ancien bâtiment du Pôle emploi qu'ils occupent depuis la fin novembre. Dans le bouillonnement des discussions, des débats et des actions, travailleuses précaires, retraités, chômeuses ou SDF s'y politisent à grande vitesse. Dans ce territoire marqué par une forte culture ouvrière, leur action s'articule avec celle des syndicats, dont ils reçoivent le soutien. Après bientôt trois mois d'une mobilisation nourrie par (...)

- Résister / , , , , , , ,

Renaud Duterme : « Le fil rouge de l'effondrement, c'est l'explosion des inégalités »

Depuis que Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont publié un petit livre intitulé Comment tout peut s'effondrer (2015), le sujet est à la mode [1] . Les auteurs sont régulièrement invités dans les médias pour évoquer la « collapsologie », concept qu'ils ont forgé pour étiqueter cette « science » de la mort des civilisations. Leur postulat de départ n'a rien de farfelu : nous serions au bord d'une grave crise aux motifs complexes et il conviendrait d'ores et déjà de s'y préparer. D'où le titre de leur dernier ouvrage : Une autre fin du monde est possible [2]

Problème : si la probabilité d'un effondrement général crève les yeux, les ouvrages de ses thuriféraires manquent singulièrement de mordant, versant même dans des passages new age un peu trop lénifiants. On n'y trouve aucune critique réelle du capitalisme ou de l'explosion des inégalités sociales à l'échelle de la planète. Un manque comblé par l'essayiste Renaud Duterme, qui a publié un ouvrage mettant en avant l'aspect politique de la question : De quoi l'effondrement est-il le nom ? [3] Un livre qui rappelle que la fin du monde aussi est affaire de lutte des classes. Entretien.

Par Vincent Croguennec {JPEG}

***

Vous dites que notre imaginaire de l'effondrement est fantaisiste. Et que nous y accolons une vision à la fois romantique et centrée sur le quotidien des classes moyennes occidentales...

« Disons que les premières images qui nous viennent en tête quand on parle d'effondrement sont pour beaucoup celles popularisées par la littérature et le cinéma post-apocalyptiques : des environnements ravagés, des villes désertes dans lesquelles la nature a repris ses droits, ou encore des scènes de désordre généralisé, voire de guerre civile. Or, ces images sont déjà une réalité dans bien des endroits du monde. Non seulement dans des pays dits du tiers-monde (pensons aux nombreux bidonvilles qui jouxtent les mégapoles ou aux pays en proie à des conflits meurtriers tels que le Yémen ou la Syrie), mais aussi en Occident.

Si l'on regarde l'envers des vitrines du capitalisme mondialisé, on peut y voir dans maints endroits – des zones désindustrialisées aux camps de réfugiés en passant par les quartiers pauvres au sein des métropoles – des populations qui (sur)vivent dans des conditions très précaires, lesquelles renvoient précisément à l'imaginaire que l'on peut se faire d'une société effondrée (absence de services publics, manque de revenus, insécurité, malnutrition, pénuries en tout genre, etc.).

Par conséquent, quand on regarde au-delà de la fameuse classe moyenne (si tant est que ce concept signifie encore quelque chose), on en vient à considérer l'effondrement davantage comme un processus déjà en marche plutôt que comme un événement susceptible de nous plonger du jour au lendemain dans un monde à la Walking Dead, zombies exceptés. »

Le discours sur l'effondrement est très dépolitisé, à l'image des best-sellers de Pablo Servigne ou de Jared Diamond. Comme s'il ne fallait pointer ni le capitalisme ni les classes dirigeantes dans le désastre en cours...

« En ce qui me concerne, c'est justement après la lecture du livre de Jared Diamond que j'ai eu l'idée d'écrire sur le sujet. Dans son livre pourtant volumineux, on ne trouve en effet aucune mention du capitalisme et très peu d'analyses en termes de rapports de classes et d'exploitation (du moins quand il parle de notre civilisation). Il n'y a somme toute rien de surprenant, car Diamond ne s'est jamais fait remarquer pour ses opinions de gauche.

C'est différent pour Raphaël Stevens et Pablo Servigne. Je connaissais ce dernier personnellement avant qu'il ne sorte Comment tout peut s'effondrer et il ne s'est jamais caché de ses tendances libertaires. Pourtant le mot “capitalisme” est également absent de son livre. En fait, lui et son co-auteur ont préféré adopter une posture scientifique et non partisane dans le but de toucher un maximum de personnes. Si je peux comprendre cette posture “fédératrice”, il est clair que c'est un désaccord que j'ai avec une grande partie de cette mouvance dite “collapsologique”.

Au regard des facteurs objectifs qui nous conduisent au désastre, il est en effet clair que la logique capitaliste, l'accaparement des richesses et l'explosion des inégalités sont les causes fondamentales de l'impasse dans laquelle nous sommes. Il est d'autant plus important de le souligner que les catastrophes à venir vont encore davantage creuser le fossé entre une infime minorité et le reste de la société, tout en permettant au grand capital et aux classes dominantes d'accentuer leur emprise sur l'ensemble de la société. Naomi Klein a parfaitement analysé ce qu'elle nomme très justement le “capitalisme du désastre”. »

Dans La Stratégie du choc [4], Naomi Klein démontre que le néo-libéralisme mondialisé se nourrit des catastrophes naturelles et des soubresauts politiques. Cela semble remettre en cause cette idée récurrente selon laquelle un effondrement permettrait d'enfin tourner la page de la course à l'abîme capitaliste...

« Si le capitalisme est empêtré dans ses contradictions, il ne risque pas de s'effondrer de lui-même. Au contraire : on voit que le désarroi et l'insécurité économique et sociale favorisent la mainmise du capital sur l'ensemble de la société. La Grèce illustre bien cette tendance. On a vu comment une crise économique est utilisée par les classes dominantes pour justifier des politiques antisociales drastiques. C'est somme toute ce qu'il s'est passé dans les nombreux pays du Sud qui ont vu intervenir le FMI dans leurs affaires intérieures.

Par ailleurs, le sentiment d'insécurité (réel ou fantasmé) qui accompagne nécessairement les catastrophes, qu'elles soient naturelles ou sociales, fournit de nouvelles niches pour des capitaux à la recherche de rentabilité. Le contrôle des frontières, les dispositifs de surveillance et le gigantesque marché de la sécurité laissent ainsi entrevoir ce que Mathieu Rigouste nomme un keynésianisme sécuritaire, qui a probablement de beaux jours devant lui. »

Au regard de ces perspectives, on voit également surgir des appels à un contrôle radical de la démographie. Vous êtes très critiques à ce sujet...

« C'est une problématique qui revient souvent dans les débats. Il est clair que résoudre les problèmes auxquels l'humanité fait face est plus compliqué sur une planète à 7,5 milliards d'habitants que sur une à 2 milliards. Cela dit, la plupart des néo-malthusiens ne veulent pas admettre l'évidence : mettre cette question au centre du débat revient implicitement à envisager une solution autoritaire du style de celle qu'a mise en place le gouvernement chinois.

Excepté une solution coercitive, la meilleure façon pour que les familles fassent moins d'enfants est d'améliorer les conditions économiques dans lesquelles elles vivent (sécurité sociale, démocratisation de la contraception, revenus décents) et de favoriser l'émancipation des femmes. En d'autres termes : si les fétichistes de la question démographique usaient autant d'énergie à combattre les inégalités et le néo-colonialisme qui ont appauvri les pays du Sud, la population finirait de facto par se stabiliser. »

Vous citez la rappeuse Keny Arkana en exergue : « Tout ce qui est fondé sur l'injustice est voué à s'écrouler. » Comme s'il y avait une porte de sortie autre que l'autoritarisme et l'explosion des inégalités...

« Je ne suis pas un fétichiste du mot “effondrement”. Mais je le mobilise parce que j'estime qu'il correspond bien à ce qui est en train de se passer, à savoir une conjonction d'impasses sur les plans économiques, écologiques et sociaux, laissant entrevoir un basculement dans “autre chose”. Ce que cette autre chose sera, j'estime que ça n'est ni à moi ni à personne de le proposer. Il découlera plutôt des luttes, des mobilisations et surtout de l'émergence d'une conscience de classes qui guidera ces combats. Car le fil rouge de toutes ces impasses, c'est bien l'explosion des inégalités, qui sont à la fois la cause et la conséquence de cet “effondrement”. Sans une redistribution radicale des richesses et une remise en cause du modèle productiviste, je pense que toute issue “positive” est vouée à être soit récupérée, soit marginalisée. »

Propos recueillis par Émilien Bernard

La couverture du n°171 de "CQFD", illustrée par Etienne Savoye. {JPEG}

Cet article est issu du n°171 de CQFD, sorti en décembre 2018. En voir le sommaire.


[1] On peut également remonter à la publication en 2004 d'Effondrement, ouvrage de l'historien Jared Diamond, dont le Premier ministre Édouard Philippe serait un grand fan.

[2] Seuil, 2018. Trois auteurs aux commandes : les deux précités et Gauthier Chapelle.

[3] Sous-titré « La fragmentation du monde », il a été publié en 2016 chez Utopia.

[4] Première publication en 2007 au Canada.

Konstroy : Konstroy - ACTU (13 02 2019)

- Actu -  

13/02/2019

L'émission du 10/02, en direct du CICP pour le concert de soutien à FPP est dispo >ici<.

 

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Agenda Konstroy :

 

On y était !!

 

On y était...

 


 

 

 

 

 

Actu punk on the web : Musique : les fanzines en résistance (Libération)

Edités sans but lucratif, les fanzines sont généralement publiés par des associations loi 1901 (avec ou sans dépôt légal) ou, par ignorance ou par choix, hors de tout cadre administratif. Les ventes se font chez des disquaires ou des libraires par le biais du dépôt-vente (un système selon lequel seuls les exemplaires vendus sont payés par le détaillant, qui se rémunère en empochant un pourcentage sur le prix de vente), mais aussi dans des concerts et festivals ou encore par correspondance, l’essor des réseaux sociaux ayant servi de caisse de résonance aux fanéditeurs. «Le principal problème des fanzineux est le même qu’il y a trente ans : c’est la diffusion, commente Marie Bourgoin de la Fanzinothèque, un lieu ouvert en 1989. Les moyens techniques se sont améliorés et, avec l’informatique, il est désormais beaucoup plus facile de faire un fanzine qu’autrefois. En revanche, même si les réseaux sociaux aident énormément les titres à trouver leur lectorat, la vente repose toujours sur la débrouille et l’huile de coude.»
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La Bête : La Bête - ACTU (13 02 2019)

La Bête est dans Libé !!!

https://next.liberation.fr/musique/2019/02/08/musique-les-fanzines-en-resistance_1708223

 

 

La Bête sera présente au Bar Zines 10 ces samedi 19 et dimanche 20 janvier 2019

au CICP - 21 ter rue Voltaire - 75011 Paris

Bar Zines 10 au CICP le 20/01/2019 à Paris (75)

 

 

S.A.V. : S.A.V. sur Radio Canut : Emission du 12 février 2019

Mix de musiques variées cette semaine à travers 5 continents et 5 décennies différentes ! Au programme : un démarrage aussi beau que triste (Suuns), de l'indie mélancolique (Bent, Broken Water, Los Llamarada), une sorte de blues lubrique (Elysian Fields), une célèbre chanteuse éthiopienne (Asnakech Worku) et une chorale d'écolières du Niger (Troupe Ecole Tudu), Scarlatine qui reprend France Gall, des musiques de synthés (Dendö Marionnette, Sex Tourists, Opéra de Nuit, Aviador Dro), une déclaration d'amour triste (Polyphonic Size), une bonne dose de hardcore (Anxiety, Chaos Z, Agent Orange, Broken Talent, Amdi Petersen Armé), la guitare un peu folle de Bill Orcutt et un morceau en solo du chanteur de Wire (Colin Newman). Le tout, à écouter et à télécharger à partir du lecteur ci-dessous (playlist détaillée à la suite) :

Playlist :

SUUNS : Fear
EGO SUMMIT : Small piece of Germany
BENT : Where's the fire ?
BROKEN WATER : Orange blossom stains
ANXIETY : Delayed
BILL ORCUTT : Pocket underground
ELYSIAN FIELDS : Red riding hood
POLYPHONIC SIZE : Je t'ai toujours aimée
COLIN NEWMAN : Not me
CHAOS Z : Militär
AGENT ORANGE : Bloodstains
DENDÖ MARIONNETTE : Celebration of the night
ASNAKECH WORKU : Tche belew
LOS LLAMARADA : Heaven of glass
SEX TOURISTS : Save face
OPERA DE NUIT : Ami, amant
BROKEN TALENT : My old man
AMDI PETERSEN ARME : Dodt liv
TROUPE ECOLE TUDU : Arikawat
SCARLATINE ft. WELTSCHMERZ : Computer n°3
AVIADOR DRO : La zona fantasma

Gilles Bornstein (France Info) : chien de garde face à Jean-Pierre Mercier, tendre avec Alain Minc

Mardi 5 février, une journée de grève interprofessionnelle avait lieu dans toute la France à l'appel de la CGT, rejointe par certaines unions syndicales et des partis politiques. Ce jour-là, Gilles Bornstein (éditorialiste de France Info) invitait dans son « Instant politique » matinal Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central CGT PSA. Un choix fort à propos, mais qui a révélé une nouvelle fois la propension des intervieweurs vedettes à être de véritables acteurs de la démobilisation sociale, au mépris de la prétendue « neutralité » dont certains se réclament encore. Ce rôle d'acteur est d'autant plus flagrant lorsque l'on compare l'entretien de Jean-Pierre Mercier à celui d'Alain Minc, interviewé par le même Gilles Bornstein quelques jours plus tôt, le 30 janvier. Une comparaison qui illustre « le deux poids deux mesures » de ces interviews, menées par des gardiens de l'ordre dont nous avions résumé la ligne éditoriale en quelques mots : « durs avec les faibles et faibles avec les puissants » [1].

Dans notre article consacré à l'entretien journalistique audiovisuel, nous évoquions le « statut de plus en plus ambigu des intervieweurs qui, tout en prétendant être là pour "faire parler" leurs invités, se comportent en réalité comme des éditorialistes. Une ambiguïté malsaine dans la mesure où elle n'est pas assumée » ; et nous soulignions que « sous couvert de questions empreintes d'une fausse neutralité ou de "bon sens", nombre d'intervieweurs contribuent à diffuser et/ou reproduire les clichés et les idées dominantes. »

Gilles Bornstein nous a donné une nouvelle illustration de cette ambiguïté au cours de « L'Instant politique » du 5 février, face à Jean-Pierre Mercier. Où l'on comprend que Gilles Bornstein n'est pas particulièrement enthousiaste à l'idée d'une grève... ni ne goûte celle d'une convergence entre des organisations syndicales traditionnelles et le mouvement des gilets jaunes. Car l'éditorialiste va mobiliser tous les clichés de l'interview-type de démobilisation sociale, traditionnellement réservée dans les médias dominants aux responsables syndicaux (de la CGT en particulier). Et tous les mécanismes utilisés d'ordinaire pour délégitimer en amont le mouvement de grève, en opposant notamment les syndicats aux gilets jaunes. La recette ? Elle est simple, et se décline en plusieurs étapes [2] :


- Présenter d'emblée la démarche syndicale comme « partisane » en agitant l'épouvantail d'un « programme politique » :

Aujourd'hui, mot d'ordre de grève lancé par votre syndicat, la CGT. C'est une grève syndicale avec un mot d'ordre ou une grève politique ? Parce que j'ai vu les mots d'ordre, les revendications, il y a un peu de tout : contre l'usage de la violence par les forces de l'ordre, pour l'équité fiscale… On a l'impression que c'est une grève avec un mot d'ordre comme un programme politique.


- Enchaîner en mentionnant les conséquences (forcément néfastes) des grèves tout en faisant mine de se soucier des salariés :

Pourquoi faire grève en semaine ? C'est pour gêner les entreprises, désorganiser les pouvoirs publics ? Parce que les salariés, ils perdent une journée de salaire contrairement au mouvement des gilets jaunes le samedi par exemple.


- Jouer bêtement la tactique de la division : opposer syndicats (réputés « inutiles ») et gilets jaunes selon le critère de « l'efficacité », voire en les montant les uns contre les autres le jour où ils revendiquent une union :

- Mais justement sur la force d'imposer les choses : qu'est-ce que vous inspire le fait qu'en quelques semaines de mobilisation, les gilets jaunes ont obtenu davantage que vous les syndicats traditionnels en des décennies de mobilisation ?

- D'accord mais force est de constater que la marionnette [Macron] a été plus bougée par les gilets jaunes en quelques semaines que par vous en quarante ans.

- Mais c'est aussi un mouvement contre vous ! Les gilets jaunes, c'est un mouvement contre l'État, contre les partis, mais aussi contre les syndicats réputés incapables de défendre les salariés.


- Agiter un nouvel épouvantail censé incarner (selon les éditocrates) « la radicalisation » du mouvement des gilets jaunes :

- Donc vous, défiler aux côtés d'Éric Drouet par exemple, figure contestée du mouvement, ça vous dérangerait pas ?

- Mais Philippe Martinez, le patron de la centrale lui-même avait dit qu'il était hors de question de défiler à côté de « ce genre d'individus » en parlant des leaders des gilets jaunes. Il a changé d'avis ?


- Affirmer avant qu'elle n'ait lieu que la journée de grève sera un échec :

- Ça s'annonce pas comme un succès phénoménal cette journée de grève. Le métro ça fonctionne, les trains, ça fonctionne, enfin, tout a l'air de fonctionner à peu près bien, est-ce que vous n'avez pas grillé une cartouche pour rien ?

- Mais vous vous rendez compte qu'on en est très très très très loin. Là vous appelez à une grève illimitée, on en est très très loin. Vous prêchez dans le désert.


- Poursuivre sur cette ligne en délégitimant davantage l'interviewé et en distinguant les « bonnes » des « mauvaises » façons de se mobiliser :

Vous avez pas l'impression que [le grand débat] amplifie [le mouvement] au contraire ? Y a dans tous les débats des revendications pour le rétablissement de l'ISF, pour plus de justice fiscale. On dirait que vous refusez ce qui fonctionne, alors que ce sont vos revendications.


On le voit : Gilles Bornstein n'est pas là pour permettre à l'interviewé d'exposer le contexte, les raisons et les modes d'actions de cette journée de mobilisation. Loin de jouer son rôle d'intervieweur concourant à la production d'un contenu informatif pour les téléspectateurs, l'éditorialiste contraint son invité à se justifier en permanence de la légitimité même des grèves et de l'action syndicale. Se faire le porte-voix du pouvoir : voilà à quoi se consacre Gilles Bornstein dans son interview.

Notons que malgré un dispositif particulièrement hostile, Jean-Pierre Mercier ne démérite pas, et réussit même à mentionner, au cours d'un bref échange, que la grève du jour touche également la profession à laquelle se rattache... Gilles Bornstein ! Un échange qui a le mérite de clarifier davantage les positions de l'éditorialiste :

Gilles Bornstein : Ça s'annonce pas comme un succès phénoménal cette journée de grève. Le métro ça fonctionne, les trains, ça fonctionne, enfin, tout a l'air de fonctionner à peu près bien, est-ce que vous n'avez pas grillé une cartouche pour rien ?
- Jean-Pierre Mercier : Alors je fais une petite pirouette : Radio France est en grève...
- G.B : C'est vrai.
- J-P.M : … France Info, France Inter…
- G.B : Pas nous !
- J-P.M : … et je salue la grève de vos confrères.

Alors que les salariés de Radio France se mobilisent contre « les difficultés budgétaires et [pour] la défense de l'emploi à Radio France », la solidarité de l'éditorialiste se porte plutôt du côté de la hiérarchie et de la direction. Comme dirait Jean-Michel Aphatie : « étonnant, non ? » [3]


Deux poids deux mesures face à Alain Minc

Les partis pris (non assumés) de Gilles Bornstein sautent encore plus aux yeux lorsque l'on compare l'interview de Jean-Pierre Mercier à celle d'Alain Minc, le 30 janvier. Précisons dès maintenant que si Alain Minc n'est pas invité au même titre que Jean-Pierre Mercier (ils n'ont évidemment pas le même statut et Alain Minc est là pour discuter de son dernier livre), la comparaison des deux nous paraît pertinente : d'une part, parce que sur les questions économiques, les deux hommes défendent des idées radicalement opposées [4] ; or, ces idées transparaissent dans les interviews : on peut donc légitimement étudier la manière dont elles sont reçues et traitées par l'éditorialiste. D'autre part, parce que les deux entretiens s'inscrivent dans l'actualité sociale du moment, à savoir le mouvement des gilets jaunes.

Comme il fallait s'y attendre, ces deux interviews ne vont pas du tout se dérouler de la même façon… Ou comment un même dispositif (une interview en face-à-face de huit minutes) s'avère malléable en fonction de la position sociale, économique et idéologique de l'invité, et peut produire une « interview-réquisitoire » aussi bien qu'un « entretien-passe-plat ».

En images (le décompte dans le coin en haut à droite de l'écran correspond à un décompte total du temps de parole de Gilles Bornstein qui, sans grande surprise, est plus élevé lors de l'interview face à Jean-Pierre Mercier) :



Au moins deux considérations soulignent ce « deux poids deux mesures » :


- Concernant la présentation de l'invité

Intellectuel, essayiste, je ne sais pas comment il faut vous présenter, en tout cas auteur de ce Voyage au centre du système [5] chez Grasset, c'est en fait votre récit de quatre mondes que vous avez fréquentés, celui de la politique, des affaires, du monde de la pensée, des intellos, et celui des médias.

C'est joliment dit ! Voilà à quoi se résume la présentation de l'inénarrable Alain Minc par Gilles Bornstein. Autant dire… pas grand-chose à même de situer le personnage, pour celles et ceux qui ne l'auraient pas (encore) subi sur un plateau de télévision.

Puisqu'il ne « savait pas comment » s'y prendre, Gilles Bornstein aurait pu s'inspirer de la rubrique d'Acrimed dédiée à ce serial plagiaire, condamné à plusieurs reprises par le TGI de Paris. Mais ce n'est là qu'un de ses nombreux talents : éternel pédagogue de la supériorité naturelle du capitalisme et de la soumission à l'économie de marché, ce pseudo-expert n'a cessé de multiplier les conflits d'intérêts et d'occuper des positions de pouvoir dans les médias dominants pour prêcher ce que nous appelons aujourd'hui… des fake-news. Ainsi que le rappelle par exemple cet extrait éloquent des « Nouveaux chiens de garde », au cours duquel le visionnaire Alain Minc célèbre en grande pompe « l'incroyable plasticité du système » ayant permis d'« éviter une crise », quelques mois avant… son effondrement, au moment de la crise des marchés financiers de 2008.

Comme le rappelait Jean Gadrey à son propos dans le même documentaire, « il y a un certain type de spéculation intellectuelle, répété, avec toujours le même type d'erreur, et des erreurs énormes, qui devrait être sanctionné. […] Tout simplement parce qu'un système démocratique devrait interdire à ces gens-là de conserver leur position, leur statut de grand expert, de grand prêtre, de ceux qui nous disent le vrai. Mais nous en sommes très loin. »

Et le temps ne fait rien à l'affaire ! Des années plus tard, le grand prêtre continue de se produire avec les grands pontes de la profession journalistique, sans que, en outre, ces derniers ne jugent utile d'en dire plus long sur leur interlocuteur, et d'où il parle...


- Concernant les conditions d'expression et le rôle de l'intervieweur

L'analyse des conditions d'expression des deux invités permet également d'illustrer le « deux poids deux mesures » des interviews façon Gilles Bornstein. Sur un temps de parole relativement équivalent (5min54 pour Jean-Pierre Mercier et 6min12 pour Alain Minc), le syndicaliste est interrompu 12 fois par Gilles Bornstein, contre seulement deux fois dans le cas d'Alain Minc. De fait, la prise de parole en continu la plus longue de Jean-Pierre Mercier dure 50 secondes, là où Alain Minc peut s'exprimer en toute tranquillité pendant 1min54. Dernier décompte : quatre des interruptions de Jean-Pierre Mercier interviennent à moins de 10 secondes de prises de parole, ce qui, nous en conviendrons, peut difficilement être considéré comme une... « prise de parole ».

Ces disproportions et cette différence de traitement se vérifient également sur le plan qualitatif. D'une part, le ton utilisé par Gilles Bornstein est beaucoup moins véhément vis-à-vis d'Alain Minc. Une sympathie d'apparence qui se concrétise dans des questions ouvertes (à la différence très nette de celles posées à Jean-Pierre Mercier) : loin de mettre son interlocuteur en porte-à-faux, ces questions permettent ainsi à Alain Minc de dérouler son opinion librement. Trois exemples :

- Alors une question concernant un autre monde que vous avez fréquenté et dont vous parlez dans ce livre, celui des affaires. Question d'actualité, Carlos Ghosn dans une interview ce matin dénonce un complot contre lui : qu'est-ce que vous en pensez ?

- Vous avez dit que dans le capitalisme, dont vous êtes un des acteurs, il y avait un problème qui était l'accaparement de la richesse par certains : qu'est-ce que vous proposez vous pour remédier à ça ?

- Que dit le choix de François-Xavier Bellamy des aspirations de la droite parlementaire ? (Question du partenaire Slate)

Alain Minc est KO debout.

D'autre part, nous constatons qu'une interruption (sur les deux) d'Alain Minc est en réalité un prolongement littéral du propos de l'interviewé. Sans grande surprise, c'est loin d'être le cas avec Jean-Pierre Mercier. Entre prises à partie directes et raillerie, l'éditorialiste joue un rôle actif. Un seul exemple d'interruption, après seulement 6 secondes de « prise de parole » :

Jean-Pierre Mercier : Je pense que Emmanuel Macron a eu cette consigne de la part du grand patronat de... [Coupé]
- Gilles Bornstein : Ah… ! Il obéit aux ordres du grand patronat ?!
- J-P.M : C'est une évidence. Alors là, très très franchement… [Coupé de nouveau]
- G.B : Ils lui téléphonent, ils lui disent « voilà, maintenant faut faire ci, faut faire ça », et lui il le fait ?!

Caricature, moquerie… Gilles Bornstein sait très bien que le patronat n'a aucun besoin de téléphoner à Macron pour qu'il le soutienne (même s'il se peut que cela arrive !). Les connivences entre le patronat, les milieux économiques et financiers, et le gouvernement actuel n'ont nul besoin de telles « consignes » : elles sont, pour ainsi dire « naturelles ». Estimons-nous heureux : il s'en fallut de peu pour qu'il taxe ces propos de « complotistes » !

Nous tenons tout de même à souligner, avant de conclure, la capacité de Gilles Bronstein de faire d'excellentes interviews, en permettant à son interlocuteur de développer sa pensée, sans l'interrompre, et en l'aidant par des relances opportunes, à s'exprimer librement et largement, comme il le fait avec Alain Minc. Tout en regrettant, hélas, que cette compétence bienveillante ne s'applique pas à tous ses interlocuteurs… loin de là !


***


Comme à l'occasion de chaque mobilisation sociale, l'engagement des éditocrates pour le maintien de l'ordre est à son comble. De partis pris en railleries de classe, le tout saupoudré d'une réelle médiocrité journalistique – osons le mot ! –, tout est fait pour discréditer d'emblée le point de vue de la contestation radicale. Les journalistes concernés, médiateurs et autres chefs éditoriaux répondront que « tous-les-points-de-vue-sont-représentés », tout en contestant les biais systématiques qui caractérisent leur traitement de l'information, des invités et de leurs idées. À l'instar du directeur de France Info Vincent Giret qui se livrait, le 1er décembre dernier, à un entretien clownesque avec la médiatrice des antennes de Radio France. Conclu par un vibrant plaidoyer pro domo : « Il faut vraiment que les auditeurs le sachent, nous prenons cette mission très au sérieux d'être équilibrés, et d'être vigilants sur le fait de faire s'exprimer tous les points de vue sur cette actualité [des gilets jaunes]. » Sauf que le pluralisme ne se limite pas à faire apparaître un syndicaliste une fois l'an : encore faut-il qu'il puisse simplement… s'exprimer.


Pauline Perrenot


[1] Précisons, comme nous l'avions déjà fait dans notre article « L'entretien audiovisuel : information ou spectacle ? », que « les qualificatifs "faibles" et "puissants" ne traduisent pas un jugement subjectif porté sur la personnalité ou les opinions des invités eux-mêmes, mais font référence à leur position dans les rapports de forces politiques, économiques, sociaux, idéologiques. »

[2] Nous respectons l'ordre des questions posées par Gilles Bornstein.

[3] Sur Twitter, Jean-Michel Aphatie ponctue régulièrement ses remarques de cette petite interrogation. Par ailleurs, nous reviendrons dans un prochain article sur les conflits actuels dans les grands médias, et sur ce qu'ils nous disent de la structuration de la profession.

[4] Pour le dire de manière très courte, l'un adule le capitalisme et le grand patronat, l'autre les combat en appelant la classe ouvrière à s'organiser dans les entreprises.

[5] Alain Minc a en effet commis un énième livre, Grasset, 2019.

Elections dans les chambres d'agriculture : les partisans des pesticides toujours majoritaires

Dans une quasi indifférence médiatique, le monde agricole vient d'élire ses représentants dans les chambres d'agriculture, « sorte de mini-gouvernement de l'agriculture à l'échelle locale ». Ce scrutin, qui a lieu tous les 6 ans, permet d'observer les rapports de force à l'œuvre entre différentes visions du modèle agricole, dans un contexte où le mal-être social des paysans est de plus en plus pesant. Pour les défenseurs d'une agriculture à taille humaine, moins polluante, privilégiant les filières courtes, la (...)

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Actu punk on the web : Queercore : quand les gays embrassent le punk (Télérama.fr)

« Si je suis gay, ça veut dire que je suis obligé d’aimer le disco et d’avoir des goûts de chiottes en fringues ? lâche, sans rire, Mykel Board, auteur pour le fanzine californien Maximum rock’n’roll. Le magazine Homocore et tout ce que faisait Bruce LaBruce ont libéré les homos de cette équation. Grâce à eux, je peux aimer les mecs et porter un blouson de cuir noir ! » Ce documentaire échevelé rend hommage au queercore : un mouvement underground déjanté, né de la scène punk des années 1980, sous l’impulsion des artistes queer canadiens Bruce LaBruce et G.B. Jones.
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Caen: Réunion pour organiser la résistance face à la répression

Jeudi 14 février, réunion au squat du Marais

Aujourd’hui, mardi 12 février, la société Enedis et un de ses sous-traitants sont intervenus au squat situé au 33, rue René Duchez à la Folie-Couvrechef à Caen, pour couper l’électricité à la demande du propriétaire du bâtiment (une ancienne maison de retraite). En conséquence, les 110 habitant-e-s – 27 familles, 45 enfants dont un nourrisson de 10 jours – se retrouvent privé-e-s d’un bien fondamental : l’électricité. Les habitant-e-s par leur présence pacifique se sont interposé-e-s pour empêcher le démontage des installations situées sur la voie publique. Les membres de l’Assemblée Générale de lutte contre toutes les expulsions ont tenté en vain de négocier le rétablissement de l’électricité.

Il est scandaleux, qu’en pleine période hivernale, des familles se voient privés de leur seul moyen de se chauffer, de cuisiner, de s’éclairer, etc. Nous dénonçons avec vigueur ces agissements scélérats et vous invitons à manifester votre désapprobation et votre soutien aux exilé-e-s.

Rendez vous ce jeudi 14 février à 18 h au squat du Marais pour organiser la résistance !!!

Le Marais
5 rue du Marais
14000 Caen
https://squ.at/r/56nu

Squat de la Folie-Couvrechef
33 rue René Duchez
14000 Caen
https://squ.at/r/67md


Des squats à Caen https://radar.squat.net/fr/groups/city/caen/type/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Caen https://radar.squat.net/fr/groups/city/caen
Des événements à Caen https://radar.squat.net/fr/events/city/Caen

AG de lutte contre les expulsions
https://squ.at/r/1jaz
https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/

Les sans papiers https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers

Turin (Italie): infos suite aux expulsions et arrestations récentes

Jeudi 7 février au petit matin, les flics, avec l’aide des pompiers, ont pris d’assaut l’Asilo, endroit occupé depuis 1995 et lieu d’organisation des luttes sociales (contre les expulsions locatives, contre les prisons pour migrants, il y a quelques années encore contre le TAV…). Des personnes sont montées sur le toit, où elles ont tenu bon pendant plus de 24 heures. Au final, les flics ont réussi à faire sortir tout le monde et condamner le bâtiment. Même chose pour l’occupation habitative de Corso Giulio Cesare.
Plusieurs rassemblements solidaires ont eu lieu dans le quartier, complètement bouclé par les flics. Apparemment des personnes auraient été interpellées pour résistance ou violence contre les bleus. Le rassemblement du soir pour discuter de la situation, au siège de Radio Blackout, s’est transformé en manif sauvage.

L’opération répressive visait, en plus d’expulser les lieux, à arrêter des personnes accusées d’association subversive. Les 6 arrêté.e.s (une autre personne, sous mandat de capture, n’a pas été trouvée) sont accusé.e.s d’une série d’attaques explosives et incendiaires contre des entreprises et des institutions (dont l’ambassade de France et plusieurs bureaux de la Poste) liées à l’enfermement et à l’expulsion des migrants.

Vendredi soir, une petite manifestation solidaire a eu lieu à Bologna. Aujourd’hui, samedi, une manifestation est appelé à Turin.

Liberté pour Larry, Silvia, Niccolò, Giada, Beppe et Antonio!

Résumé depuis Macerie et Radio Blackout / jeudi 7 et vendredi 8 février 2019

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Mise à jour du 11 février :

Trois des personnes arrêtées  jeudi 7 pour les actes de solidarité à l’extérieur de l’Asilo ont été relâchées (une avec une interdiction de territoire de Turin), une quatrième, Francesco, est en prison [source : Macerie].

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Résumé des journaux / samedi 9 et dimanche 10 février 2019

Manifestation solidaire

Samedi 9, une manifestation a sillonné le centre de Turin, derrière la banderole “Ils font la guerre aux pauvres et ils l’appellent requalification. Résistons face aux patrons de la ville”. Voitures dégradées et vitrines (dont celles de l’agence urbaine de production et distribution d’eau) cassées, des poubelles en feu, la porte d’un immeuble de bureaux de la Mairie défoncée, des bus avec leurs vitres pétées… Un millier de personnes, venues de plusieurs villes d’Italie, se sont affrontées avec les flics, qui les ont empêché de traverser la Dora, rivière qui sépare les quartiers du centre du quartier Aurora, où se trouve l’Asilo. Il y a eu quatre personnes blessées par les flics (dont une, Andrea, a été arrêtée à l’hôpital) et douze arrestations (quatre personnes ont été relâchées après quelques heures de GAV, huit sont en prison en l’attente de passer devant un juge, a priori mercredi 13).
Comme ils les disent les compas sur Macerie, “on ne peut pas mesurer notre haine et notre rage, mais une chose que l’on sait bien : aujourd’hui plus que jamais on a toute la ville pour les exprimer”.

Feu aux prisons

Dimanche 10, un rassemblement a eu lieu devant la prison des Vallette, pour passer le bonjours aux compas arrêté.e.s. Parmi les nombreux pétards balancés au delà des grillages, il y en a eu un qui a provoqué un incendie dans un atelier de boulangerie où les détenus sont “formés” au travail. Les flammes ont fait exploser des bonbonnes de gaz et le bâtiment s’est écroulé !

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Solidarité depuis Milan

Round Robin / samedi 9 février 2019

Milan. Dans la nuit entre vendredi 8 et samedi 9, on a pris pour cible l’agence de Poste Italiane de la Via d’Agrate. Vitres, portes et DAB cassés à coups de marteau. Sur place les tags “Feu aux CRA” et “Solidarité avec les compagnons arrêtés à Turin”.

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Pour écrire aux compas arrêté.e.s :

Les six arrêté.e.s pour association subversive :

Rizzo Antonio
Salvato Lorenzo
Ruggeri Silvia
Volpacchio Giada
Blasi Niccolò
De Salvatore Giuseppe

Francesco Ricco, arrêté pour la solidarité de rue de jeudi.

Les personnes arrêtées pendant la manif de samedi :

Antonello Italiano
Irene Livolsi
Giulia Gatta
Giulia Travain
Fulvio Erasmo
Caterina Sessa
Martina Sacchetti
Carlo De Mauro
Andrea Giuliano

Pour l’instant tout le monde est aux Vallette. Une seule adresse, donc :

C.C. Lorusso e Cutugno
Via Maria Adelaide Aglietta, 35
10149 – Torino (Italie)

[Compilé sur Attaque.]

Manifeste : « Pour un Marseille vivant, ouvert et populaire »

L'effondrement de deux immeubles le 5 novembre dans le centre-ville de Marseille a tué huit personnes, et ébranlé toute une ville. Le drame a notamment exposé au grand jour les méfaits d'une politique municipale de « pourrissement » des quartiers populaires, conduisant à l'éviction progressive de ses habitants. Mais depuis trois mois, la mobilisation locale ne faiblit pas. Le 29 janvier, près de quarante collectifs d'habitants des quartiers, associations et syndicats locaux ont présenté un manifeste. « (...)

- ça bouge ! / , , , ,

En Europe, plus une entreprise est grande, plus son taux d'imposition est faible

Dans la plupart des pays européens, les multinationales paient nettement moins d'impôts que ne le suggère le taux d'imposition officiel. C'est ce que démontre, chiffres à l'appui, un rapport commissionné par le groupe des Verts au Parlement européen. La palme en la matière revient au Luxembourg où le taux d'imposition théorique est de 29 %, mais où les multinationales ne reversent au fisc en moyenne que 2 % de leurs bénéfices, grâce à des arrangements du type de ceux dénoncés dans le scandale des LuxLeaks. (...)

- Décrypter / , , , , , ,

Souffrance au travail : le grand déballage

Livres et articles se multiplient : on n'a jamais autant parlé de souffrance au travail. Mais ce nouveau « mal du siècle » ne fait pas que des victimes : pour les vendeurs de papier et les consultants spécialisés, il représente même une poule aux œufs d'or qui n'est pas près de s'épuiser, elle...

Par Etienne Savoye {JPEG}

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Quand paraît Germinal, en 1885, il se trouve de ventripotents bourgeois – hommes de pouvoir ou gens de plume – pour crier à l'exagération, au mensonge, à la manipulation. Allons donc ! Les conditions de travail des mineurs ne peuvent être si dures que l'écrit Zola ! Les mines sont de chouettes endroits où exercer son labeur ! Et promis, on ne s'y épuise pas plus qu'on n'y meurt précocement ! Quant à l'alcoolisme, à la misère et à la féroce usure des corps, ils ne règnent nullement en maîtres sur les corons ! Etc., etc. À l'un de ces zélotes patronaux, tâcheron au Figaro (déjà !), Émile répond point par point. Et l'écrivain d'insister : « Qu'on veuille bien consulter les statistiques, se renseigner sur les lieux, et l'on verra si j'ai menti. Hélas ! J'ai atténué. La misère sera bien près d'être soulagée, le jour où l'on se décidera à la connaître dans ses souffrances et dans ses hontes. »

Avalanche de mots sur les maux

Mutatis mutandis. Les choses ont bien changé depuis 1885. On ne meurt plus à 16 ans dans les boyaux obscurs d'une mine. Et il ne se trouve plus grand monde pour contester l'existence de la « souffrance au travail ». Au contraire, elle est partout dans les médias, soulignée, brandie, clamée – même dans les colonnes du Figaro. Très souvent traitée sous l'angle du burn-out (anglicisme branché pour dire l'épuisement professionnel), elle s'affiche désormais en Une et s'étale de page en page. Les couvertures s'enchaînent, de Psychologie Magazine (« Êtes-vous au bord du burn-out ? », mai 2015) au Nouvel Obs (« Comment éviter le burn-out – Plus de trois millions de Français sous pression sont menacés », mai 2014), en passant par Sciences Humaines (« Travail, du bonheur à l'enfer », novembre 2012), Libération Burn-out – Labeur au ventre », mai 2015) et même L'Éveil de Pont-Audemer (« Souffrance au travail – Quand les salariés pètent les plombs », mars 2016). Un nouveau marronnier, qui rejoint les classiques du genre (vin, immobilier, francs-maçons, etc.), thèmes supposément vendeurs plébiscités par les news-magazines. La souffrance au travail permet d'écouler du papier. Il y a un an, Christophe Barbier, immuable directeur de rédaction de L'Express, expliquait ainsi que le dossier consacré par son magazine au sujet (« Le burn-out, nouveau mal du siècle », janvier 2014) avait entraîné une augmentation des ventes de 20 à 30 %. Jackpot !

En librairie, pareil. Des livres comme s'il en pleuvait : on n'a jamais autant écrit que le travail aliène, qu'il blesse et même qu'il tue. Des témoignages, des études sociologiques, des ouvrages critiques, des analyses juridiques, des cris de détresse. Des ouvrages psychomédicaux, aussi, puisque le syndrome d'épuisement professionnel est devenu depuis le mitan des années 1970 un outil d'analyse de la souffrance de l'homme moderne. Des livres destinés à l'encadrement, encore, à l'image du très alléchant Le manager responsable : souffrance au travail et responsabilités hiérarchiques. Et même des bouquins signés de politiques, soucieux de saisir la tendance au bond – ainsi de Travail au bord de la crise de nerfs, publié en 2010 par Anne Hidalgo. Quelle profusion ! Au moins, tout le monde est d'accord : le travail, c'est pas la santé.

Cadres sup ou ouvriers, même galère ?

De ce raz-de-marée de témoignages, multiplication des cris de douleur et constat unanime, il n'émerge pourtant pas grand-chose. C'est que la souffrance au travail est devenue l'ordre du monde, sujet dont s'emparent chacun et chacune, quel que soit son niveau hiérarchique, son rang social et sa capacité de nuisance professionnelle. Intérimaire à l'usine ou cadre supérieur, postier ou trader, manœuvre dans le BTP ou médecin : hop, dans le même sac ! Enfin, presque le même… Après tout, la souffrance n'est-elle pas encore plus forte en haut de l'échelle, là où les responsabilités sont si lourdes ? Bien sûr que si, à en croire l'ex-ministre de l'Économie, Emmanuel Macron : « La vie d'un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d'un salarié, déclarait-il en janvier dernier. Il ne faut jamais l'oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties. » Chienne de vie…

Un mois plus tard, c'était au tour du Nouvel Observateur de verser quelques larmes sur le triste sort de ceux d'en haut, en publiant les bonnes feuilles de Mon travail me tue, recueil de seize trajectoires de personnes « mises KO par le travail ». Lequel de ces témoignages a retenu l'hebdomadaire pour présenter l'ouvrage ? Celui d'Édouard, conseiller en gestion de patrimoine dans une banque haut de gamme – autrement dit, un cadre qui n'était, à l'évidence, pas payé des clopinettes... Ce choix n'a évidemment rien d'innocent : poser que tout le monde souffre d'un même mal au travail, y compris (voire spécialement) ceux qui tirent le plus grand profit de leur position socio-professionnelle, revient à affirmer que personne n'en est réellement responsable. Tous dans le même bateau, quoi.

Un marché pas vraiment en souffrance…

Ce n'est pas Aude Selly qui dira le contraire. Cette ancienne gestionnaire en ressources humaines d'une grande société, « très motivée, fière », « ambitieuse aussi », a finalement craqué sous la pression. Boum, abandon, dépression. Elle a ensuite mis en mots son histoire, publiant Quand le travail vous tue – Histoire d'un burn-out et de sa guérison, en 2013. Un ouvrage très largement relayé par les médias : Aude Selly a été invitée un peu partout, de 20 Minutes à France Inter, en passant par Psychologie Magazine, France Info, Canal +, etc. Aujourd'hui, elle est consultante indépendante en « prévention du burn-out », œuvrant entre autres pour KFC ou Décathlon. Et elle vante son expertise sur le réseau social professionnel LinkedIn : « Spécialiste du sujet de l'épuisement professionnel, au sein d'entreprises de tous secteurs, je forme, je sensibilise, j'accueille les salariés en souffrance et je mets à votre disposition mon expertise sur les risques psychosociaux pour mettre en place un plan de prévention de ces risques. » Un signe des temps : tout se vend, même la souffrance.

Voilà peut-être le seul réel changement induit par ce raz-de-marée de plaintes et de témoignages : la création d'un marché de la souffrance au travail. Un secteur en plein boom, où grenouillent les coachs spécialisés, éditeurs et journalistes, psychologues du travail, consultants en stress et autres experts en management. Autant de professionnels qui n'ont aucun intérêt à ce que prenne fin la souffrance (réelle) qu'endurent des millions de salariés au bas de l'échelle. De quoi vivraient-ils, sinon ? Parmi mille autres exemples, citons le cas du cabinet Nokanhui, réseau de consultants spécialisés qui propose des audits et des semaines de formation destinés à aider « chacun en souffrance au travail, à la traverser, à renaître renforcé, plus libre et plus responsable ». Un baratin pompeux qui, à en croire le site, a déjà séduit le groupe Casino, Seb, Sanofi-Pasteur ou encore le Crédit Agricole. Objectifs affichés ? « Sortir de la dichotomie des bons (ceux qui souffrent) et des méchants (ceux qui font souffrir) ». Et puis, « aider les entreprises à atteindre le niveau de qualité et de rentabilité qu'elles recherchent ». En somme : moins de conflictualité, plus de productivité. Bref, rien de nouveau sous le soleil capitaliste.

Jean-Baptiste Bernard

LA FRANCE PUE RADIO SHOW 12/02/2019

Playlist :

Coche Bomba (F) / La Banda del Pernales (Espagne) / SinxDosis (Espagne) / Discharge (UK) / Enamorados (Espagne) / Institution (Suède) / Meanwhile (Suède) / Gaze Dread (Indonésie) / Get it Today ! (Indonésie) / Power is Poison (Hollande) / Ed Wood (F) / Disfear (Suède) / Disrupt (US / Faux Départ (F) / Tanzpalast Eden (Allemagne) / Negative Runners (F) / Traitre (F) / Subversive Rite (US) / Video Filth (US) / Armed Response Unit (UK) / Public Enemy (US) / Sinnacion (F) / Nux Vomica (US) / Mosca Muerta (Mexique) / Spanner (UK) / Career Suicide (US) / Naked Aggression (US) / Needles (US) / The Fight (Pologne) / Lethe (Grèce) / Skam (Danemark) / Against Empire (US) / Iskra (Canada) / Jalla Jalla (Finlande) / Lapin Kullat (Finlande) / Them ! / Inepsy (Canada) / Do you think I care ? (Hongrie)/ P.F.A. (Hongrie)

NAKED AGGRESSION