TO LOOSE

VendrediEZ #13 : Une histoire populaire du football

 

Soirées « VendrediEZ » présentées par BBoyKonsianPeopleKonsian et le Collectif Angles Morts tous les derniers vendredis de chaque mois à L’Alimentari (Paris 11ème).

Pour cette treizième édition « VendrediEZ #13 » le 25 mai 2018, voici le programme :

* 19H00 : Discussion avec Mickaël Correia et le MFC 1871 autour du livre « Une histoire populaire du football »

* 21H30 : Showcase de Djamhellvice + BBoyKonsian Sound System

Entrée libre

Alimentari
64, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Métro : Parmentier

 

Le bulletin de VISA 34 - mai 2018

Concernant la ville de Béziers, plusieurs syndicalistes et citoyens se sont réunis pour créer VISA 34 (avec le soutien des UD CGT, CFDT, Solidaires) afin d’étudier les données officielles de la gestion de Robert Ménard. Une conférence de presse de présentation de notre structure a eu lieu le 6 décembre dernier. Notre but sera de produire un document le plus complet possible pour dénoncer la gestion calamiteuse de notre ville d’ici le début de 2020 afin que les partis, les syndicats, les associations et les citoyens s’en emparent lors des élections municipales.

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Aucard de Tours – Festival qui – économiquement – n’existe pas


Cactus-emblème de l’édition 2017…

D’un point de vue économique, sur le papier, Aucard de Tours n’existe pas.

Comment Radio Béton fait-elle pour organiser ce génial et convivial festival, avec plus de 30 groupes de qualité, pour seulement 30€ les cinq jours de fête ? Avec boisson et merguez à tarifs raisonnables ?

Il y a le travail d’environ 150 bénévoles… dont certains bossent gratuitement et toute l’année sur l’événement. Il y a 33 années d’expérience, de culture de la débrouille et du DIY : Le Do it Yourself… hérité des « racines punks » et « alternatives » de Radio Béton

Et puis Aucard a fait des choix : Rester « petit » : jauge maximum : 4500 personnes.

Choix aussi de ne pas payer plus de 10 000€ pour une « tête d’affiche »… Car sur environ 400 000€ de budget total du festival, l’artistique représente à peine 100 000€… pour rémunérer 30 groupes !

Ne pas raquer des fortunes pour programmer des artistes qui passent à la télé, être un festival de découvertes, c’est aussi ce qui permet à Aucard de garder une dimension humaine… Mais cet équilibre est plus que fragile…

Aucard de Tours 2018 : Du Mardi 5 au Samedi 9 Juin… à Tours.

Cet article Aucard de Tours – Festival qui – économiquement – n’existe pas est apparu en premier sur Polémix et la voix off.

Vos guerres, nos corps

C'est à l'hiver 2015-2016 que j'ai écrit ce texte qui a d'abord été publié dans la revue Hors-Je(u). Je suis blanche, féministe, j'ai la nationalité française et je suis athée. C'est de ce point de vue que j'ai tenté cette critique de l'idéologie républicaine française raciste et islamophobe.
Cette nouvelle édition de 2018 présente des corrections et modifications qui n'auraient pas vu le jour sans l'œil avisé de plusieurs lectrices, de nouvelles lectures et des discussions politiques.
Il y est notamment question de la figure de lafemmevoilée. Une lectrice attentive m'a fait part du fait que les personnes que j'appelais dans ce texte « les femmes voilées » ont plutôt tendance à dire d'elles-mêmes qu'elles « portent le foulard ». J'ai donc choisi d'utiliser ce terme pour cette nouvelle édition, afin de distinguer plus nettement ces personnes de la figure de lafemmevoilée fabriquée par l'imaginaire dominant.

Sachez que vous ne vous battez pas pour gratifier mes instincts, pour me protéger moi ou mon pays. Puisque, dira l'outsider, en tant que femme, je n'ai pas de pays. En tant que femme, je ne veux d'aucun pays. En tant que femme, le monde entier est mon pays. Virginia Woolf, Trois Guinées

Dans les quelques jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, une caricature a envahi la presse et lesdits réseaux sociaux. Une Marianne entièrement nue mis à part son bonnet phrygien, agenouillée dans une pose provocante, battant des cils, les bras gracieusement relevés autour de la tête, qui déclare : « Nous, nos bombes sont sexuelles et nos attentats à la pudeur ». Cette « caricature » a été imprimée et réimprimée, retweetée et facebookée, manière d'occulter dans un terrible élan collectif à la fois l'existence des interventions françaises à l'étranger (au Moyen-Orient contre l'État islamique depuis août 2014) et celle du viol. L'attentat à la pudeur est un ancien terme juridique qualifiant en France une agression sexuelle. Rien que ça. Cette phrase est le condensé d'une certaine idéologie française va-t-en-guerre et sexiste. Elle contient ce fameux « nous » universalisant dans lequel chacun et chacune devraient prétendument se reconnaître, et une allusion, par les « bombes sexuelles », à un certain idéal de « la femme française » sur lequel nous reviendrons, et l'idée de l' « exception française », selon laquelle la « séduction » serait l'une de nos marques de fabrique. Le but de ce texte est de déplier les ressorts de cette idéologie républicaine qui, à des fins à la fois belliqueuses et auto-justificatrices, n'a jamais cessé de s'approprier le corps des femmes.

La République est une femme

La France, tout en étant une très mauvaise élève du féminisme européen, cultive depuis fort longtemps (pour certaine [1] cela remonterait au roman courtois) l'idée d'une femme française aux atouts spécifiques et à la situation juridique particulière, idée qui s'incarnerait dans la maîtresse de maison : tout en n'ayant aucune prise sur le monde extérieur, elle serait reine en son propre foyer. Ce pouvoir-là contrebalancerait, dans une curieuse vision de l'équilibre, le statut juridique des femmes, qui jusqu'à très tard était celui de mineures [2]. En 1877, tout en gardant les Françaises à genoux, la IIIe République choisit Marianne pour s'auto-symboliser dans les mairies. Comme le dit bien Michèle Sarde, « la Française se trouve donc déchirée entre deux représentations sublimées de sa personne : tour à tour, la Femme et la France [3] ». Autour de cette Française déjà mère protectrice des enfants de la République, déjà seins nus depuis « La liberté guidant le peuple » de Delacroix, affublée de multiples, lourdes, et bientôt vides casquettes de Révolution, Liberté, République et Démocratie, viennent s'amalgamer d'autres attributs, du côté « féminin » plutôt que français cette fois. Pêle-mêle, lafemmefrançaise est séduisante (comprenons qu'elle se met à disposition des hommes), élégante (c'est une vitrine ambulante des grandes marques françaises), piquante (elle offre un miroir de rires et de sourires aux discours masculins, au fameux « esprit français »), amoureuse (du Français de préférence, car quand la Française aime, c'est dans un cadre nationaliste et hétérosexuel) et émancipée (elle s'apitoie sur le sort des pauvres-femmes-du-tiers-monde, excisées, violées ou voilées, ou si possible les trois en même temps). Nous cherchons toujours les autres caractéristiques de cette émancipation à la française. N'hésitez pas à partager vos pistes avec nous.

Le féminisme est français

Le corps des femmes est donc l'étendard de la République française. Enlevons-le, il ne reste pas grand-chose de la France, à part peut-être le fromage. Mais soyons prudentes. Nous pourrions trouver des seins nus au fond d'un paquet de camembert.

Nous allons nous arrêter là afin d'épargner nos lectrices et profiter de l'occasion pour dire que, bien entendu, cette personne (lafemmefrançaise) dont nous parlons n'existe pas : c'est une projection collective des médias, féminins ou non, un archétype créé par la bourgeoisie, un écran de fumée cachant la forêt du sexisme (nous y reviendrons). Mais cet écran de fumée est également une injonction, un fil tendu sur lequel toutes les Françaises devraient s'élancer, pour tenter d'aller le plus loin possible dans la direction de la féminité estampillée républicaine. Et ce aux dires de ce prétendu « nous », de ce collectif universel qui n'existe pas, qui n'est en réalité que la volonté de l'idéologie bourgeoise blanche et masculine.

En temps de guerre, l'écran de fumée s'épaissit, l'injonction au funambulisme est plus insistante. Il faudrait se serrer les coudes autour de ce « nous » qui, le reste du temps, pousse tou.te.s les autres dans les orties. Depuis les attentats de 2015, lafemmefrançaise dont nous parlions a ressurgi avec plus de vigueur, visant à ressouder les hommes autour de « leurs » femmes et enjoignant celles-ci à s'offrir fièrement à eux. « La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent : […] de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue ». Rebelote. Ce commentaire écrit par un Américain sur le site du New-York Times au lendemain des attentats du 13 novembre offre une vision totalement améliepoulinisée de la France. Traduit en français par le journal de gauche bon teint Slate.fr, il est immédiatement relayé dans les heures qui suivent par une immense majorité de la sphère tweeter et par toutes sortes de sites internet, qu'ils soient pseudo-anarchistes, conspirationnistes-fascisants (Égalité&Réconciliation de Soral), catholiques, pseudo-féministes, et par l'ensemble des médias républicains mainstream. Chacun y va de son petit commentaire, oh-mais-oui-bien-sûr-c'est-bien-ça, c'est exactement ça la France. Nous voilà revenues à lafemmefrançaise : qui dit souriante et habillée légèrement, dit libre. Nous ne sommes pas très étonnées. C'est bien l'un des ressorts du discours du dit féminisme à la française. Il existe tout un bataillon de femmes, surreprésentées dans les médias, qui en sont les figures de proue. Telle la sociologue Irène Théry en mai 2011 dans Le Monde : « Mon sentiment est que, par-delà mes convictions, le féminisme à la française est toujours vivant. Il est fait d'une certaine façon de vivre et pas seulement de penser, qui refuse les impasses du politiquement correct, veut les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés. » On ne se triturera pas trop longtemps le cerveau à essayer de comprendre comment l'égalité peut coexister avec les « plaisirs asymétriques de la séduction », ni en quoi un « baiser volé » peut être consenti, car s'il est volé, il n'est pas consenti. Ou alors tous ces mots n'ont plus de sens et nous discutons dans la quarante-sixième dimension, hors de tout cadre rationnel. Cet extrait, qui n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des déclarations de mesdames Théry, Badinter, Ozouf, Lévy et consœurs, oppose une galanterie française, qui serait délicieusement inégale, aux rapports judiciarisés entre les sexes que tenteraient d'imposer les féministes américaines, transformées par un coup de baguette magique en épouvantailles poilues et mal baisées. Ce que nous dit la bande à « féministes françaises », c'est tout simplement que l'espace de liberté des Françaises doit rester contenu dans le regard des hommes. Mélangeons tout cela et secouons : l'huile qui surnage n'est autre que la bonne vieille société patriarcale, légèrement saupoudrée d'anti-sexisme. Comme nous le dit si bien la féministe matérialiste Christine Delphy : « Ce n'est pas par hasard si c'est à des femmes – et à des femmes ayant une image féministe – que l'on confie la tâche de proclamer la fin du féminisme. Il est aisé de comprendre que ce n'est pas par ceux qui se disent ouvertement contre la libération des femmes, ou dont on sait qu'elle va contre leurs intérêts, mais par celles qui se prétendent pour la libération des femmes, ou dont on pense qu'elle est leur intérêt objectif, que la lutte est le mieux discréditée [4]. »

La femme de fumée dont nous parlions permet donc d'asseoir dans des imaginaires collectifs (ceux de personnes vivant en France, cette fois) l'idée que lafemmefrançaise est libre, que le féminisme restant à déployer par chez nous n'a besoin que de quelques ajustements mineurs (un zeste de parité par-ci, un chouia d'égalité hommes-femmes par-là) pour être achevé. Cette femme de fumée permet notamment à Sarkozy de déclarer, dans un discours du 14 janvier 2007 : « La soumission de la femme [sic] c'est le contraire de la République, ceux qui veulent soumettre leur femme n'ont rien à faire en France ». Cette simple phrase suffit à effacer d'un coup, comme sur une ardoise magique, tout le travail effectué par les féministes pour rendre visibles, au hasard, le viol et les violences conjugales. Rappelons que des statistiques nous disent qu'en France, une femme est violée toutes les sept minutes, et que tous les deux jours, une femme meurt sous les coups de son mari. Mais voyons ! Ces phénomènes n'existent pas en France ! Et s'ils existent, ils sont incarnés par des personnes qui sont des intrus, pour la simple et bonne raison qu'étant « arrivants », ils seraient toujours en mesure de repartir.

Seules les autres sont soumises

Ce que dit la phrase de Sarkozy en creux est que les hommes soumettant leurs femmes n'étant pas Français, les femmes soumises ne le sont pas non plus. Les Françaises ne sont donc pas soumises, et les Français ne sont pas des oppresseurs. CQFD.

À la fin des années 1980, qui curieusement sont aussi la période de perte de vitesse de la deuxième vague du féminisme, le discours médiatique bourgeois invoque une nouvelle épouvantaille. Une femme autre, étrangère, face obscure de la médaille delafemme : lafemmevoilée (qui n'existe pas plus que lafemmefrançaise, entendons-nous bien, car, jusqu'à preuve du contraire, seules existent des femmes qui portent le foulard). Cette figure d'altérité émerge dans les années 1980 et 1990, au fil des premières affaires du voile à l'école et des déclarations fracassantes du monde politico-médiatique qui vont d'abord construire une oppression idéologique des musulmanes qui portent le foulard, par un discours allant de la fameuse soumission (garder son corps pour son unique mari et pour Dieu, tandis que la bonne Française libérée l'offre à tous les hommes en même temps) à l'inévitable agression (toute burqa digne de ce nom abrite nécessairement une kalachnikov voire une bombe sous ses plis, quand ce n'est pas le diable de la religion en personne dans sa boîboîte).

En 2004, l'oppression idéologique devient ouvertement matérielle : car si auparavant les musulmanes portant le foulard avaient probablement des difficultés à trouver un travail, à moins qu'il ne s'agisse de passer l'aspirateur à la Défense en dehors des horaires de bureau, il est dorénavant gravé dans le marbre qu'elles ne pourront plus aller à l'école [5]. Voilà que l'idée de l'émancipation (idéal pourtant si généreusement octroyé à lafemmefrançaise par la République) est renversée sur la tête : avant de prétendre à l'émancipation, il faut pouvoir prouver qu'on est déjà « libre ».

Brandir ses propres femmes comme des modèles de liberté face à d'autres femmes soumises, aliénées voire brutalisées (car viol = tournante = banlieue = les autres (lire les non-blancs) permet de renforcer une unité nationale (d'hommes) tout en gardant le troupeau féminin sous contrôle (c'est pire chez les autres, hein !). Car plus l'Afghane en burqa est opprimée, plus la Française est libre. Et inversement.

Le mécanisme se déploie de la même manière à différents niveaux. On pourrait aller voir du côté du marché culturel, qui adore faire son beurre sur les films de la « diversité » mettant en scène des femmes du tiers-monde ou « des banlieues », de préférence musulmanes, harcelées, soumises, violentées dans leur propre pays, ou mieux, dans leur quartier, qui vont trouver la liberté, le bonheur en Occident, ou dans le mode de vie occidental, ou même avec un occidental [6]. Seul le caractère massif de cette production, au regard de l'inexistence ou de la rareté de la production de films présentant le sexisme ordinaire subi par Marie-Claire (au hasard), permet le bon fonctionnement du mécanisme.

Ou encore, il s'agira de survaloriser le passage de « la femme des autres » dans « notre » camp. L'exemple type est la « beurette libérée [7] », encartée à Ni putes ni soumises, association surmédiatisée, proche du Parti Socialiste, née d'un prétendu mouvement des femmes des quartiers en 2001, qui va mener tambour battant la guerre contre l'oppression des femmes des quartiers et contribuer à l'invisibilisation du sexisme, qui pourtant ne connaît ni classe ni couleur de peau, en désignant unilatéralement les « hommes des quartiers » comme agresseurs. En 2003, la « Marche des femmes des quartiers contre les ghettos et pour l'égalité » se rend à l'Assemblée nationale et sa compatibilité avec la République est immortalisée par l'exposition « Mariannes d'aujourd'hui ». Quatorze femmes des quartiers qui posent en Marianne [8]. Là, c'est l'orgasme suprême. On va enfin pouvoir les baiser, ces salopes. Car l'un des principaux moteurs de la haine vis-à-vis des femmes qui portent le foulard est leur non-disponibilité sexuelle. Lafemmefrançaise doit être disponible sexuellement : partout, tout le temps, pour le flirt, la drague, la baise, la séduction, l'adultère. Lafemmefrançaise est éternellement consentante, lafemmevoilée ne l'est pas.

Faire la guerre au nom des femmes

Si la France refuse aux femmes qui portent le foulard vivant sur son sol le droit à l'éducation, l'un des buts officiels des occidentaux lors de leurs « interventions extérieures » est la libération des femmes. Cet extrait d'un mémo de la CIA nous rappelle qu'à chaque nouvelle guerre, qu'on pense à l'Afghanistan, au Mali ou aujourd'hui à l'État Islamique, les médias, de Elle à Libération en passant par Paris Match, nous noient sous des articles décrivant l'horreur de la situation des femmes de tel ou tel pays dans lequel il faudrait impérativement intervenir militairement [9] :

Les femmes afghanes pourraient être les messagères idéales pour humaniser le rôle de la FIAS [Force Internationale d'Assistance et de Sécurité] dans le combat contre les talibans, en raison de la capacité des femmes à parler de façon personnelle et crédible de leurs expériences sous le régime taliban, de leurs aspirations pour l'avenir et de leur crainte d'une victoire des talibans. Les initiatives susceptibles d'ouvrir les espaces médiatiques pour que les femmes afghanes partagent leur histoire avec les femmes de France, d'Allemagne ou d'autres pays d'Europe pourraient contribuer à vaincre le scepticisme sur la mission de la FIAS, qui domine très largement chez les femmes en Europe de l'Ouest.
Selon un sondage réalisé par l'INR [le Bureau of Intelligence and Research, rattaché au Département d'État] à l'automne 2009, le pourcentage de femmes qui soutiennent la mission est inférieur de 8 points à celui des hommes en France, et de 22 points en Allemagne.
Les événements médiatiques mettant en scène des témoignages de femmes afghanes seraient sans doute particulièrement efficaces s'ils étaient diffusés dans le cadre de programmes dont le public est très majoritairement féminin
[10].

On ne s'étendra pas sur le caractère éternellement hypocrite et utilitariste de ce type de couverture médiatique, à peu près du niveau de BHL partant libérer la Libye juché sur un char. Lorsque l'on consulte les archives du Monde, on s'aperçoit qu'avant le 11 septembre 2001, les femmes afghanes n'existent que dans deux articles. Des dizaines de textes leur sont ensuite consacrés dans les mois qui suivent. Force est de constater qu'il en va de même pour de nombreux autres pays, dont les femmes n'existent chez nous qu'à l'aune de la nécessité de les envahir militairement. Car les guerres se sont toujours faites sur le dos des femmes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'armée américaine a joué sur l'image de séductrices des femmes françaises outre-Atlantique pour recruter ses volontaires : « Le journal de l'Armée américaine, Stars and Stripes, expliquait aux GI comment prononcer des phrases telles que “Tu es belle !" ou “Est-ce que tes parents sont à la maison ?”, tandis que le magazine Life présentait à l'époque la France comme “un gigantesque bordel dans lequel [vivaient] 40 millions d'hédonistes [11]”. » Personne n'a raconté cette histoire à part l'historienne américaine Mary Louise Roberts, qui explique dans son livre Des G.I.'s et des femmes le caractère systématique et ahurissant des viols de Françaises commis par les soldats américains après le débarquement, et la parade trouvée à ce problème par l'État-Major… accuser des soldats noirs [12]. On s'appuie sur le système ségrégationniste bien rôdé au pays et le racisme bien enraciné dans la société française… ni vu ni connu. La boucle est bouclée, et les G.I.'s américains sont restés dans l'Histoire comme de valeureux gentlemen distribuant à profusion des tablettes de chewing-gum à une population française une et indivisible dans son ravissement [13].

Féministes contre la guerre

En 1938, dans son essai Trois Guinées, Virginia Woolf appelait les Anglaises à refuser de choisir entre le patriarcat de l'Angleterre capitaliste et celui de l'Allemagne nazie. « Et s'il dit qu'il combat pour protéger l'Angleterre d'une invasion étrangère, elle pensera que pour elle, il n'y a pas d'étrangers, car selon la loi, elle devient étrangère sitôt qu'elle épouse un étranger [14] ». De même, être féministe en 2016 revient à refuser les guerres que l'État français mène au nom des femmes dans de nombreux pays du monde. Et pour ce faire, il est nécessaire de lutter. Contre l'instrumentalisation des Françaises à qui est éternellement prescrit d'être un miroir ambulant du regard des hommes et le prétendu modèle d'émancipation de la démocratie européenne, d'une part. Contre la discrimination, la diabolisation et l'invisibilisation des femmes portant le foulard d'autre part, sur le dos desquelles on s'acharne à vouloir faire du sexisme l'apanage des non-blancs et des non-bourgeois. Les femmes seront toujours perdantes à être brandies comme alibis, elles seront toujours perdantes à être divisées. Pas de guerre en nos noms, ni ici, ni ailleurs, ni aujourd'hui, ni demain. Comme le dit encore notre amie Virginia Woolf, « C'est le devoir auquel les outsiders devront s'entraîner en temps de paix, avant que la crainte de la mort, inévitablement, ne rende la raison impuissante. »


[1] Michèle Sarde, Regards sur les Françaises, Stock, 1983. Curieux mélange de poncifs essentialistes, d'idées brillantes et d'informations précieuses.

[2] Jusqu'à 1965, les femmes françaises ne peuvent ni travailler ni ouvrir un compte bancaire en leur nom propre sans l'autorisation de leur mari.

[3] Op. cit, p. 34.

[4] Delphy, Christine, Un universalisme si particulier, Syllepses, 2010, p. 39.

[5] Loi promulguée le 15 mars 2004, selon laquelle : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. »

[6] La série de téléfilms Aïcha, Aïcha, job à tout prix, Aïcha, la grande débrouille, Aïcha, vacances infernales, de Yamina Benguigui, en est l'exemple type.

[7] Cf. « D'une autre étoffe », le portrait de Loubnia Méliane dans Libération, 15 janvier 2004, par Luc Le Vaillant : « Ces jours-ci, il y a des femmes voilées qui défilent, asservies volontaires à l'obscurantisme. Face à elles, cheveux au vent, jupe en jeans et bas résille, fière de son indépendance sur ses talons vacillants, se dresse Loubna Méliane, fille des Lumières et partisane du vivre libre, en pensées, en actions et en émotions. Le temps est venu de négliger la pluralité des motivations et de réaffirmer la nécessité de toutes les émancipations. D'autant que l'ancienne leader lycéenne, la vice-présidente de SOS Racisme, la marcheuse des Ni putes, ni soumises, la pro-loi sur le voile n'est pas seulement “une fille du prolétariat immigré de province” (dixit Malek Boutih) qui aurait atteint sa vitesse de libération, c'est surtout un emblème très romanesque. Qui a surmonté deuils familiaux, échecs scolaires et entraves financières pour démontrer à ses sœurs des cités qu'on peut échapper à ses origines, à l'endogamie amoureuse et à la reproduction sociale. »
http://www.liberation.fr/portrait/2004/01/17/d-une-autre-etoffe_465583 (consulté le 24/04/2018).

[8] Pour y croire, voir la page http://www.assembleenationale.fr/evenements/mariannes.asp (consultée le 24 avril 2018).

[9] « C'est inquiétant car, depuis 2001, les “droits des femmes” servent à justifier, entre autres choses, les guerres d'agression. Bush et Blair, en 2001, ont sorti ces droits de leur chapeau comme troisième et dernière raison de bombarder l'Afghanistan. Aussi curieux que cela paraisse en Europe, le sort des femmes a également été utilisé aux États-Unis pour justifier le renversement de Saddam Hussein. Les Américains ignoraient que le régime baasiste était laïc et que les femmes n'avaient rien à gagner mais tout à perdre d'une guerre qui mettrait forcément au pouvoir des religieux. Les Irakiennes le savaient et le disaient dès le lendemain de la prise de Bagdad, mais qui les a écoutées ? » Christine Delphy, « Bruit de bottes et féminisme », in Un universalisme si particulier, op. cit.

[10] « CIA Red Cell : A Red Cell Special Memorandum/Confidential/No Foreign National », publié par WikiLeaks le 26 mars 2010, cité in Tariq Ali, Obama s'en va en guerre, La fabrique, 2010, p. 91-92 (traduit de l'anglais par Etienne Dobenesque).

[11] http://www.slate.fr/lien/74173/gi-france-bordel-seconde-guerre-mondiale (consultée le 24 avril 2018).

[12] Petit rectificatif 2018 ! D'autres ont raconté cette histoire. Dans son récit O.K. Joe, l'écrivain Louis Guilloux raconte son expérience d'interprète pour l'armée américaine pendant l'occupation en Bretagne. Quelque soit l'acte commis, les soldats noirs sont systématiquement inculpés et exécutés, et les soldats blancs majoritairement disculpés. Louis Guilloux, Salido suivi de O.K. Joe, Folio Gallimard, 1992 (1976).

[13] On regardera à ce sujet l'excellent documentaire Les femmes de la libération de Xavier Villetard, où apparaît Mary-Louise Roberts. Quant à la libération des femmes, il faudra encore attendre.

[14] Virginia Woolf, Trois guinées, Black Jack éditions, 2012 (traduit de l'anglais par Léa Gauthier). Existe également dans d'autres traductions, chez 10/18 et aux éditions des femmes. On notera que de 1951 à 1973, une femme qui épousait un étranger perdait sa nationalité française. Jolie manière de faire participer les femmes à l'effort de reconstruction d'après-guerre.

Photocopillage et diffusion libres et bienvenues.
Contact : lafillealafenetre@@@laposte.net

sous pression! #393

artiste – album – titre

troubles – démo 2015 – ma ville
the sambas -no pride, no shame – gâche ta jeunesse
camera silens – rien qu’en trainant – une vie pour rien
kolérat – rats not dead – toute ma vie
banlieue rouge – en attendant demain – phase terminale
komptoir chaos – split avec riot company – loup solitaire
bonne journée – (vous souhaite une) – les punks nous aiment pas
fortune cook club – passer l’âge d’or – crach sur un flic, pas sur un végane
2sisters – c’mon & dance – don’t go
2 sisters – c’mon & dance – c’mon & dance/what have u done to me
les secrétaires volantes – méconium – solange, es-tu réveillée
les vipères – sans foie ni loi – tu te demande pourquoi
les prostiputes – trop souvent mal baisés – les dons juans
achigan – la société du mépris – moise, la bonne nouvelle
viande rouge – appel aux luttes (comp) – devoir de mémoire
los foiros – los foiros – old school
mayday – comme une bombe – comme une bombe

clic droit pour télécharger l’émission

Aventures à la mer

Les Quartiers en cortège de tête!

Les luttes des quartiers populaires en cortège de tête!

Le Comité Adama appelle tous les secteurs en lutte à le rejoindre dans le cortège de tête le 26 mai 2018.

Il est temps d’en finir avec les appels creux à « la convergence des luttes ».

Depuis Nuit Debout jusqu’aux manifestations du mouvement social actuel, les quartiers populaires sont évoqués à la marge. Les luttes des quartiers populaires sont considérées comme étant périphériques.

Nous n’allons pas nous contenter de quelques phrases antiracistes, à l’heure où l’armée de terre est envoyée pour encadrer un événement festif et familial à Beaumont-sur-Oise. Des militaires ont été envoyés avec des armes de guerre face à des enfants, dans le quartier de la famille Traoré qui mène la lutte pour réclamer Justice pour Adama. On assiste à une véritable gestion coloniale des quartiers qui font face aux violences policières.

Nous refusons les injonctions qui sont faites aux mouvements des quartiers populaires de n’aborder que « la question sociale », avec au passage un refus de considérer le racisme qui structure la société comme participant de cette « question sociale ». Pour nous, la « question sociale » comprend évidemment la gestion raciste de nos vies. Nous ne sommes pas dupes, la casse des services publics, la sur-concentration des habitants des quartiers populaires dans les secteurs du marché du travail les plus précaires, font que nous sommes les plus concernés par la « question sociale ».

Dans certains quartiers, il n’existe quasiment pas de services publics. Ce sont des territoires complètement enclavés.

L’exemple récent de la glorieuse grève des salarié.e.s du nettoyage de la société ONET a permis de mettre en évidence l’exploitation capitaliste, raciste et sexiste dont sont victimes les descendant.e.s de l’immigration post-coloniale dans ce pays. Ce sont nos mères qui sont massivement exploitées dans le nettoyage industriel.

L’autre grande victoire des quartiers populaires concerne le combat mené par les cheminots marocains de la SNCF, dans l’indifférence générale de la gauche et des syndicats majoritaires. Ils ont fait condamner la SNCF pour discriminations! Là encore, il s’agit de nos aînés, ce sont nos pères.

Partant de ce constat, n’attendons plus que les grands partis de gauche et les syndicats prennent en compte réellement nos luttes.

Rejoignez-nous dans le cortège de tête où seront présentes les luttes des quartiers populaires.
Faisons une véritable alliance à égalité contre ce système!
#26MaiPimenté

Le Comité Adama.

Samedi 26 mai, 14H00 Gare de l’Est

 

https://www.facebook.com/events/458829407886576/

Hommage : « Le mariage, c'est le tombeau de la femme »

Voilà une phrase sans ambages que l'on doit à Thérèse Clerc, militante féministe qui vient de mourir, le 16 février dernier (2016), à Montreuil. Le mot le plus approprié pour parler d'elle est assurément le mot « acte », car Thérèse n'était pas de celles qui parlent, réfléchissent et écrivent, car, avant toute chose, elle faisait. Si bien qu'on lui doit, entre autres, la Maison des femmes (MDF) ou encore la maison de retraite autogérée des Babayagas à Montreuil.

Par Thierry Guitard. {JPEG}

C'est après mai-68 que Thérèse plaque son mari et une vie bien trop conformiste pour vivre pleinement « sa » vie, sans contraintes maritales ni morales. Elle va alors afficher et revendiquer sa bisexualité, aider les femmes à avorter clandestinement (et gratuitement), être de toutes les manifs pour la légalisation de l'avortement, créer la MDF, puis les Babayagas, un projet qu'elle aura tenu pendant quinze ans à bout de bras, et qui verra finalement le jour en 2013. Le moteur de son hyperactivité : une envie pleine et entière de disposer de son corps, de son temps et une increvable soif de justice sociale.

Elle laisse aux femmes d'aujourd'hui le soin de continuer ce combat, nous qui ne mesurons peut-être pas assez la violence et la dureté qu'ont connues nos aïeules pour avoir le « droit » de disposer de leur corps. Surtout à l'heure où fachos et consorts parlent de supprimer le Planning familial ou de leur conception de la famille : « Un papa + une maman, y a pas mieux pour un enfant. »

Entourée d'Armide et Jacqueline, deux responsables de la MDF, Thérèse a pris des générations de jeunes filles sous son aile. Sorona, à l'époque élève de bac pro, a effectué plusieurs stages à la MDF. Elle se rappelle une Thérèse à la forme olympique, physionomiste, et qui parlait ouvertement de cul. Un jour, cette dernière met en garde un groupe de filles concernant leurs vacances au pays : une jeune Montreuilloise vient d'y être mariée de force et n'a pu échapper à la nasse que grâce à une tonique mobilisation. Sorona lui lance : « C'est moi la jeune Montreuilloise ! » Thérèse se prend d'amitié pour elle et, apprenant qu'elle loge toujours chez ses parents, ceux-là même qui l'ont mariée sans son consentement au Sénégal, réussit après moult tractations à lui obtenir un logement HLM.

Thérèse se souciait du sort des femmes, de celles qui sont le plus souvent en grande difficulté, c'est pourquoi elle a voulu créer la MDF, une structure ouverte à toutes, où personne ne juge les situations, où certaines ne viennent que pour le cours de gym ou l'atelier de peinture sur soie ; un endroit où la parole est libre et où des rapports de confiance se tissent.

Il y a des gens solaires qui donnent aux autres une force incroyable. Le simple fait de les rencontrer, de les écouter parler, donne envie de soulever des montagnes, l'impression soudain que tout devient possible. Dans le cas de Thérèse, si vieillir est un naufrage, alors échouons-nous tout de suite !

Bir Ghbalou (Algérie): émeutes contre l’injustice de la distribution des logements sociaux

Dans la matinée du dimanche 13 mai 2018, vers 10h, les services de l’OPGI (Office de Promotion et de Gestion Immobilière) de Bir Ghbalou ont entamé la distribution des convocations pour les bénéficiaires des 310 logements sociaux, dont la liste des pré-bénéficiaires avait été affichée en juin 2017. Parmi les 310 bénéficiaires inscrits sur la liste initiale, environ une centaine ont été écartés et remplacés par la commission de wilaya pour «diverses raisons réglementaires»… Déjà en juin dernier, l’affichage des pré-bénéficiaires avait déclenché plusieurs protestations et manifestations de la part des non-bénéficiaires, qui avaient dénoncé «le non-respect» des critères d’attribution du logement social par la commission locale du logement.

Révoltés par les mauvaises nouvelles du jour, plusieurs dizaines de demandeurs de logements se sont dirigés vers le carrefour du centre-ville de Bir Ghbalou et ont commencé à bloquer les deux routes nationales (la RN8 et la RN18) qui traversent le chef-lieu communal. Les blocages ont été effectués avec des pneus enflammés, des grosses pierres et des troncs d’arbres, empêchant l’accès à tout véhicule. Deux revendications accompagnaient cette action: la réintégration dans la liste des bénéficiaires exclus, et l’ouverture d’une enquête ministérielle pour comprendre le pourquoi de leur absence de la liste définitive, qu’ils jugent «arbitraire et infondée».

Vers 13h, les policiers anti-émeute ont attaqué les blocages pour rétablir la circulation sur les deux routes nationales, provoquant des affrontements avec les manifestants. Les forces de l’ordre ont balancé du gaz lacrymogène pour disperser les bloqueurs, qui ont répliqué avec des jets de pierres et bloqué l’accès à plusieurs autres rues de la ville. Une heure plus tard, les flics ont réussi à reprendre les deux routes nationales et à disperser l’ensemble des manifestants.

Un peu plus tard, les manifestants se sont retrouvés et se sont dirigés vers le siège de la daïra de Bir Ghbalou. Quand des manifestants ont tenté d’accéder à l’intérieur du siège, les services de sécurité ont donné l’assaut pour protéger l’édifice, et de nouveaux affrontements ont eu lieu. Des pierres ont été balancées sur les vigiles et la daïra, et de nouveaux blocages de rues ont été mis en place avec des pneus enflammés et des troncs d’arbres.

Divers pacificateurs locaux, des «représentants de la société civile» ainsi que ceux du «comité local des demandeurs de logements sociaux», sont intervenus pour tenter de calmer les esprits et préserver le statu quo.

Mais dans la soirée, une nouvelle tentative de blocage des RN8 et RN18 a eu lieu. L’intervention rapide des flics anti-émeute a transformé ça en émeute jusque tard dans la nuit. Les affrontements ont été assez violents, entre caillassages d’un côté, jets de grenades lacrymogènes de l’autre.

La révolte s’est étendue notamment dans le «quartier des 100 logements», où des dégâts ont été commis sur des voitures, des habitations et des équipements publics.

Au moins 15 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre, principalement dans la soirée et dans la nuit.

Le lendemain, lundi 14 mai, des renforts de police ont été dépêchés sur Bir Ghbalou, notamment pour assurer le «bon» déroulement de la distribution des 310 logements sociaux et éviter de nouveaux débordements…

[Sources: Le Quotidien d’Oran | Dépêche de Kabylie 1 & 2.]

Caméra, pourquoi sans répit m'épies-tu ?

Des caméras partout, mais pour quoi et à quel prix ? Cette police électronique tient-elle les promesses de ses promoteurs ? Aucune étude sérieuse n'avait encore été menée sur le sujet. Docteur ès délinquance, Laurent Mucchielli y a jeté un œil [1].

JPEGLa vidéosurveillance a connu un boum sous Nicolas Sarkozy. Et aujourd'hui, les caméras sont légion : selon les calculs de Laurent Mucchielli, la France en compterait pas moins de 1,5 million. Un maillage serré, pourtant loin de tenir les promesses de ses promoteurs. Le chercheur souligne ainsi, au fil de son enquête de terrain dans trois villes du sud de la France, le peu de délits élucidés par ce moyen : moins de 2 %. Ce qui fait cher le coup de filet.

La ville de Nice possède une caméra pour 600 habitants. Pas moins de 125 fonctionnaires scrutent les écrans du Centre de supervision urbaine (CSU). Ce dispositif coûte 10 millions d'euros par an. Une bagatelle dans cette ville de riches oisifs... En revanche, on peut s'étonner qu'un camion puisse rouler à tombeau ouvert sur la promenade des Anglais en plein 14 juillet. Le maire, Christian Estrosi, n'avait-il pas déclaré après les attentats de Charlie Hebdo, le 19 janvier 2015, être « à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n'auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés » ? Visiblement, les Niçois aiment qu'on leur mente. Même chose à Levallois-Perret, la ville du probe Balkany, qui fut le premier à installer ce type de matériel. Le 9 août 2017, un terroriste y frappe des militaires. La caméra filme tout, mais n'empêche rien. La preuve est encore faite.

À Nice, 213 interpellations auraient été réalisées en 2010 grâce à la vidéosurveillance. Ce qui, ramené aux 17 670 atteintes aux personnes recensées la même année, donne le chiffre formidable de 1,2 % de taux d'élucidation. Estrosi a dû en conclure que sa ville manquait de caméras.

Mucchielli zoome ensuite sur Brice Hortefeux qui, quand il était ministre de l'Intérieur, a largement publicisé des rapports favorisant la vidéosurveillance. Dans quel but ? Nos politiciens et leurs amis ont-ils des intérêts dans des sociétés commercialisant de tels dispositifs ? Parfois oui, mais la raison n'est pas suffisante. Il s'agit plutôt d'un grand bluff pour donner l'impression de contenir une délinquance qui, soit dit en passant, diminue dans le pays.

Surveiller les surveillants

Impartial, Mucchielli se penche aussi sur des villes réputées de gauche, telles Saint-Étienne ou Lyon, et s'interroge avec la Chambre des comptes sur le bénéfice de telles installations. Certes, l'acceptabilité sociale a été travaillée. Les faits les plus marquants exploités. Les caméras installées. Les citoyens bernés. Mais aucune évaluation n'a été faite. À Avignon, autre ville très surveillée et endettée, un audit de 2014 a montré que seul un quart des caméras fonctionnait. La sécurité dans la cité des Papes est aussi une rhétorique. L'œil du divin y pourvoit.

Comment expliquer, encore, que des villages reculés aient recours à la vidéosurveillance alors qu'aucune affaire – si ce n'est une poubelle renversée ou un étron canin devant l'école – n'y défraye la chronique ? À Saint-Paul-la-Rivière (ne cherchez pas, le nom a été changé), où la délinquance est faible, un CSU a été installé grâce à l'aide de l'État. Contribution décisive ! Le chef du centre surveillait lui-même les surveillants depuis son domicile. À quoi d'autre servent les caméras du village ? Mucchielli ne nous épargne aucun détail : chaque jour, les entrées et sorties des écoles sont filmées. Et, tenez-vous bien, le mercredi, on se focalise sur le marché. Mucchielli s'intéresse alors au déplacement de la (dite) délinquance. Coupables idéals, les ados jouent de plus en plus avec les caméras : insultes, grimaces, fausses dissimulations. La jeunesse s'ennuie. Les agents, pareil : « Eux aussi, ils tuent le temps. » Les retraités flippent. L'élu invente de la délinquance. La routine ne peut être transgressée que par des crimes inouïs : du reggae dans une voiture fenêtre ouverte !

L'avenir de la vidéosurveillance serait dans la verbalisation des automobilistes. Nice s'y est mise à vitesse grand V. Marseille suit avec retard. Le coût pour le citadin est phénoménal. Il paye pour être surveillé sans résultat tangible et son sentiment d'insécurité ne fait que croître. C'est con, quand même !


[1] Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, Armand Colin, 2018.

La séance du dimanche: -Les routes de l’esclavage (3/4) 1620-1788 : du sucre à la révolte-

Les routes de l’esclavage (3/4)
1620-1788 : du sucre à la révolte

Domination, violence, profit : le système criminel de l’esclavage a marqué l’histoire du monde et de l’humanité. Au fil de ses routes, cette série documentaire retrace pour la première fois la tragédie des traites négrières. Troisième volet : de 1620 à 1789, de la guerre du sucre aux premières voix qui s’élèvent contre la barbarie de la traite.

Imitant le modèle portugais, Espagne, Hollande, France et Angleterre, en quête de colossaux profits, se disputent les Caraïbes pour y cultiver la canne. L’Atlantique devient le champ de bataille de la guerre du sucre, laquelle va multiplier les routes de l’esclavage à grand renfort d’investissements, avec la complicité des banques et des compagnies d’assurances. Alors que les méthodes s’industrialisent et que la terreur s’intensifie – razzias, tortures et décapitations publiques pour prévenir toute rébellion –, près de 7 millions d’Africains sont entraînés dans la tourmente, vendus par des marchands locaux à des flibustiers et armateurs négriers, tandis que s’élèvent en Europe les premières voix contre la barbarie de la traite, socle du capitalisme émergent.

Menée dans huit pays, avec l’éclairage croisé d’historiens européens, africains et américains, cette ambitieuse série documentaire retrace la tragique épopée de la traite négrière au travers de ses circuits et de ses territoires. Pour la première fois, le film décrypte un phénomène mondial, à l’origine de la plus grande déportation de l’histoire de l’humanité. Par le prisme de la géographie et de l’économie, cette ample investigation historique, nourrie de témoignages et subtilement illustrée par des séquences d’animation, analyse ce système de domination massive au nom du profit – le commerce, l’émergence du capitalisme, la construction de la race, le colonialisme – et en restitue la violence et la barbarie. Loin du discours moralisateur ou victimaire, la série met aussi au jour avec acuité les traces profondes que cette histoire universelle a imprimées à notre monde contemporain, deux siècles après l’abolition de l’esclavage. Magistral.

 

Livre du samedi : L’Établi / Robert Linhart

 

L’Établi, ce titre désigne d’abord les quelques centaines de militants intellectuels qui, à partir de 1967, s’embauchaient, “ s’établissaient ” dans les usines ou les docks. Celui qui parle, ici a passé une année, comme O S. 2, dans l’usine Citroën de la porte de Choisy. Il raconte la chaîne, les méthodes de surveillance et de répression, il raconte aussi la résistance et la grève. Il raconte ce que c’est, pour un Français ou un immigré, d’être ouvrier dans une grande entreprise parisienne.
Mais L’Établi, c’est aussi la table de travail bricolée où un vieil ouvrier retouche les portières irrégulières ou bosselées avant qu’elles passent au montage.
Ce double sens reflète le thème du livre, le rapport que les hommes entretiennent entre eux par l’intermédiaire des objets : ce que Marx appelait les rapports de production.

 

Extraits:

« Quand à la répartition, elle se fait d’une façon tout à fait simple: elle est raciste. Les noirs sont M1, tout en bas de l’échelle. Les Arabes sont M2 ou M3. Les Espagnols, les Portugais et les autres immigrés européens sont en général OS1. Les Français sont, d’office, OS2. Et on devient OS3 à la tête du client, selon le bon vouloir des chefs. Voilà pourquoi je suis ouvrier spécialisé et Mouloud manœuvre, voilà pourquoi je gagne quelques centimes de plus par heure, quoique je sois incapable de faire son travail. Et après, on ira faire des statistiques subtiles sur la « grille des classifications » comme disent les spécialistes. »

[…]

« C’est comme une anesthésie progressive : on pourrait se lover dans la torpeur du néant et voir passer les mois — les années peut-être, pourquoi pas ? Avec toujours les mêmes échanges de mots, les gestes habituels, l’attente du casse-croûte du matin, puis l’attente de la cantine, puis l’attente du casse-croûte de l’après-midi, puis l’attente de cinq heures du soir. De compte à rebours en compte à rebours, la Journée finit toujours par passer. Quand on a supporté le choc du début, le vrai péril est là. L’engourdissement. Oublier jusqu’aux raisons de sa propre présence ici. Se satisfaire de ce miracle : survivre. S’habituer. On s’habitue à tout, paraît-il. Se laisser couler dans la masse. Amortir les chocs. Eviter les à-coups, prendre garde à tout ce qui dérange. Négocier avec sa fatigue. Chercher refuge dans une sous-vie. La tentation…

On se concentre sur les petites choses. Un détail infime occupe une matinée. Y aura-t-il du poisson à la cantine ? Ou du poulet en sauce ? Jamais autant qu’à l’usine je n’avais perçu avec autant d’acuité le sens du mot “ économie ”. Economie de gestes ; Economie de paroles. Economie de désirs. Cette mesure intime de la quantité finie d’énergie que chacun porte en lui, et que l’usine pompe, et qu’il faut maintenant compter si l’on veut en retenir une minuscule fraction, ne pas être complètement vidé. Tiens, à la pause de trois heures, j’irai donner un journal à Sadok et discuter de ce qui se passe chez Gravier. Et puis, non. Aujourd’hui, je suis trop fatigué. L’escalier à descendre, un autre à monter, le retour en se pressant. Un autre jour. Ou à la sortie. Cet après-midi, je ne me sens pas capable de dilapider mes dix minutes de pause.

D’autres, assis autour de moi, le regard vide, font-ils le même calcul : aller au bout de l’atelier parler à Untel ou lui emprunter une cigarette ? aller chercher une limonade au distributeur automatique du deuxième étage ? On soupèse. Economie. Citroën mesure à la seconde près les gestes qu’il nous extorque. Nous mesurons au mouvement près notre fatigue.

Comment aurais-je pu imaginer que l’on pût me voler une minute, et que ce vol me blesserait aussi douloureusement que la plus sordide des escroqueries ? Lorsque la chaîne repart brutale, perfide, après neuf minutes de pause seulement, les hurlements jaillissent de tous les coins de l’atelier : “ Holà, c’est pas l’heure ! Encore une minute ! … Salauds ! ” Des cris, des caoutchoucs qui volent en tous sens les conversations interrompues, les groupes qui s’égaillent en hâte. Mais la minute est volée, tout le monde reprend, personne ne veut couler, se trouver décalé, empoisonné pendant une demi-heure à retrouver sa place normale. Pourtant, elle nous manque, cette minute. Elle nous fait mal. Mal au mot interrompu. Mal au sandwich inachevé. Mal à la question restée sans réponse. Une minute. On nous a volé une minute. C’est celle-là précisément qui nous aurait reposés, et elle est perdue à jamais. Parfois, quand même, leur mauvais coup ne marche pas : trop de fatigue, trop d’humiliation. Cette minute-là, ils ne l’auront pas, nous ne nous la laisserons pas voler : au lieu de retomber, le vacarme de la colère s’enfle, tout l’atelier bourdonne. Ça hurle de plus en plus, et trois ou quatre audacieux finissent par courir au début de la chaîne, coupent le courant, font arrêter à nouveau. Les chefs accourent, s’agitent pour la forme, brandissent leur montre. Le temps de la discussion, la minute contestée s’est écoulée, en douce. Cette fois, c’est nous qui l’avons eu ! La chaîne repart sans contestation. Nous avons défendu notre temps de pause, nous nous sentons tellement mieux reposés ! Petite victoire. Il y a même des sourires sur la chaîne.« 

[…]

« Les carrosseries, les ailes, les portières, les capots, sont lisses, brillants, multicolores. Nous, les ouvriers, nous sommes gris, sales, fripés. La couleur, c’est l’objet qui l’a sucée : il n’en reste plus pour nous. Elle resplendit de tous ses feux, la voiture en cours de fabrication. Elle avance doucement, à travers les étapes de son habillage, elle s’enrichit d’accessoires et de chromes, son intérieur se garnit de tissus douillets, toutes les attentions sont pour elle. Elle se moque de nous. Elle nous nargue. Pour elle, pour elle seule, les lumières de la grande chaîne. Nous, une nuit invisible nous enveloppe.

Comment ne pas être pris d’une envie de saccage ? Lequel d’entre nous ne rêve pas, par moments, de se venger de ces sales bagnoles insolentes, si paisibles, si lisses – si lisses !

Parfois, certains craquent et passent à l’acte. Christian me raconte l’histoire d’un gars qui l’a fait ici même, au 85, peu avant mon arrivée — tout le monde s’en souvient encore.

C’était un Noir, un grand costaud, qui parlait difficilement le français, mais un peu quand même. Il vissait un élément de tableau de bord, avec un tournevis. Cinq vis à poser sur chaque voiture. Ce vendredi-là, dans l’après-midi, il devait en être à sa cinq centième vis de la journée. Tout à coup, il se met à hurler et il se précipite sur les ailes des voitures en brandissant son tournevis comme un poignard. Il lacère une bonne dizaine de carrosseries avant qu’une troupe de blouses blanches et bleues accourues en hâte ne parvienne à le maîtriser et à le traîner, haletant et gesticulant, jusqu’à l’infirmerie.

“ Et alors, qu’est-ce qu’il est devenu ?

– On lui a fait une piqûre et une ambulance l’a

emmené à l’asile.

– Il n’est jamais revenu ?

– Si. A l’asile, ils l’ont gardé trois semaines. Puis ils l’ont renvoyé en disant que ce n’était pas grave, juste une dépression nerveuse. Alors, Citroën l’a repris.

– A la chaîne ?

– Non, au boni, juste à côté de son ancien poste : tiens, il gainait les câbles là-bas, là où il y a le Portugais maintenant. Je ne sais pas ce qu’ils lui avaient fait, à l’asile, mais il était bizarre. Il avait toujours l’air absent, il n’adressait plus jamais la parole à personne. Il gainait ses câbles, les yeux vagues, sans rien dire, presque sans bouger… immobile comme une pierre, tu vois ? Soi-disant guéri. Et puis, un jour, on ne l’a plus vu. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. ”

Syrie : Afrin est tombée

La reconquête de la Ghouta par le régime syrien et l'invasion d'Afrin par la Turquie ont provoqué à nouveau le déplacement de centaines de milliers de civils. Les Kurdes du Rojava, lâchés de toutes parts, se trouvent pris en étau dans ce grand jeu qui vise à achever la partition du pays.

Dimanche 18 mars, Bachar al-Assad fait une rapide apparition de propagande à la Ghouta orientale – ancien fief rebelle à l'est de Damas reconquis par le régime au terme d'un siège terrible. Au même moment, l'armée turque et ses supplétifs se réclamant de la rébellion syrienne hissent le drapeau turc à Afrin, enclave à dominante kurde au nord-ouest du pays.

La veille, les combattants kurdes des YPG et l'auto-administration de la ville avaient décidé d'évacuer afin de ne pas exposer davantage la population aux bombardements. Les semaines de pilonnage précédant sa prise avaient déjà été bien assez coûteuses en vies humaines – pertes évaluées à 1 400 morts parmi les combattants et 286 chez les civils.

Kawa foulé au pied

Le premier geste des mercenaires pro turcs a été de jeter à terre la statue du forgeron Kawa, figure de la culture kurde symbolisant la lutte contre le despotisme. Puis certains se sont livrés au pillage. Le chef mandaté par les Turcs pour mettre un peu d'ordre entre gangs rivaux s'est révélé être al-Faruq Abubakr, membre d'Ahrar al-Sham, un groupe salafisto-nationaliste [1] accusé de crimes de guerre à Alep et Idlib par Amnesty international. Depuis, l'armée turque essaie de se lancer à la conquête des cœurs, des esprits et des ventres, invitant la population à revenir en lui promettant la sécurité. De leur côté, les YPG, refoulés vers l'est, ont promis de mener une guérilla incessante contre l'envahisseur.

Par Maïda Chavak. {JPEG}

Peu d'observateurs ont relevé la faiblesse de la protestation d'Assad et l'absence de réaction des Russes face aux ambitions du président turc Erdoğan : installer un gouvernorat tout au long de la frontière jusqu'en Irak. Il semble clair qu'Ankara et Moscou suivent un agenda, scellé par un pacte en août 2016. Celui-ci a permis la reprise de la ville d'Alep par le régime et autorise désormais les opérations turques contre les Kurdes, à qui les Russes ne pardonnent pas l'alliance avec la coalition états-unienne. D'ailleurs le prochain test à haut risque de l'expansionnisme turc s'annonce à Manbij où stationnent des militaires américains aux côtés des forces kurdes.

Remodelages démographiques

Ce moment tragique participe à la partition du pays coordonnée par la Russie, l'Iran et la Turquie. Tandis que se constitue un « havre de guerre » dans la région d'Idlib, où se concentrent les différentes factions de la rébellion, toutes à couteaux tirés, des centaines de milliers de Syriens réfugiés en Turquie pourraient « être installés » à Afrin. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, les déplacés d'Afrin sont quant à eux empêchés de revenir et rackettés, tant par les forces pro-turques que par les milices pro régime.

Par ces remodelages démographiques, le régime de Bachar et ses milices, comme Erdoğan et ses mercenaires, détruisent méthodiquement, à Afrin comme ailleurs en Syrie, la coexistence des différentes identités – arabe, kurde, arménienne, turkmène, musulmane, chrétienne, alaouite, alévi et yézidi. L'existence même des Yézidis, minorité kurdophone persécutée par les islamistes en raison de son paganisme, se voit menacée dans la région. « Avant la guerre, nous étions 50 000 autour d'Afrin », explique un responsable communautaire à La Croix (21/03). Les quelques milliers de Yézidis encore présents ont finalement fui l'invasion turque, rejoignant une cohorte de 300 000 déplacés. L'article fait aussi état de disparitions de vieillards et de familles restés sur place.

Le 26 mars, Erdoğan déclarait : « Notre opération ne se terminera pas à Afrin. Les terroristes du PKK se dirigent vers Sinjar. J'ai dit que nous entrerons dans Sinjar. » C'est justement ce district au nord-ouest de l'Irak que 100 000 Yézidis avaient fui en août 2014, pour échapper à Daech [2]. Les combattants kurdes leur avaient ouvert un corridor humanitaire afin qu'ils se réfugient en Turquie. Avec la bataille de Kobané, cela avait marqué l'entrée en guerre des YPG contre Daech.

En envahissant la zone tenue par les Kurdes, Erdoğan accomplit la vengeance de Daech. Et en affaiblissant leurs forces, il permet aux groupes djihadistes de revenir dans cette danse macabre.


[1] On parle aussi d'islamo-nationalistes, plus ou moins issus des Frères musulmans syriens, pour les distinguer des takfiris, type al-Nosra ou Daech, partisans d'un djihad global.

[2] Rappelons que plus de 4 000 femmes yézidies ont été réduites en esclavage sexuel par les daechiens.

Une mixture pour les esgourdes

Dans cette émission, on vous prépare une petite mixture culturelle :

  • une chronique sur un nouveau livre inspirant : Bâtir aussi, en présence de l'un des auteures.
  • un film à voir : Hurricane Bianca
  • une chronique sur pourquoi le queercore c'est super
  • un extrait d'une émission radio de camarades de Toulouse : No girls in the cypher
    et plein de super musique et un agenda de printemps bien chargé.
    Pot pourri mai 2018

Bonne écoute.

Vitoria-Gasteiz (Euskal Herria): découvrir Errekaleor, un quartier intégralement squatté au Pays basque

Le collectif Mauvaise Troupe se lance dans une nouvelle série intitulée « Territoire en bataille ». Voici un extrait du premier volet, consacré à Errekaleor, le plus grand squat du Pays basque.

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Le 20 avril dernier à Gasteiz, la zad se jumelait avec le quartier squatté d’Errekaleor. Les opérations policières en cours à Notre-Dame-des-Landes n’ont pas mis un coup d’arrêt, bien au contraire, aux liens et aux solidarités internationales qui se tissent depuis la zone. Nous avions rencontré les habitants de ce quartier à l’occasion de brigades qui régulièrement débarquent du Pays basque pour nous prêter main-forte dans le bocage. Ces brigades, dont le nom porte encore les traces d’un internationalisme du temps passé, ont, ces derniers mois, largement participé à l’édification des deux hangars de l’Ambazada près du carrefour de la Saulce. Elles souhaitaient qu’à cet endroit puisse s’enrichir et s’intensifier le dialogue entre les contrées insoumises du monde entier, que la zad se dote d’un lieu d’où puisse se reposer la question des solidarités à l’échelle mondiale. À la fin de l’été, du 27 août au 2 septembre 2018, s’y tiendront des rencontres internationales où différentes luttes tenteront de tracer des lignes communes depuis leurs espaces respectifs. C’est dans la perspective de ces retrouvailles que nous vous proposons cette nouvelle collection de brochures intitulée « Territoires en bataille ». Elles partiront à la recherche de l’art et de la manière d’interrompre le cours normal des choses, en quête des mille façons de faire entrer un bout de terre en sécession, de l’instant où les existences bifurquent et sortent des catégories établies ou encore des manières de s’organiser favorisant l’obtention de victoires. Chaque texte aura sa dynamique et son rythme propres, car c’est bien moins d’une « convergence des luttes » dont nous avons besoin – qui suppose que celles-ci prennent une même direction pour se rejoindre en un point mystérieux – que de liens profonds et spécifiques entre chaque territoire.

Le plus grand squat du pays basque se tait, ce soir. Dans les allées, personne ne traîne. Il faut suivre l’unique point lumineux pour trouver ses habitants, attablés en silence devant un homme et une femme debout sur une estrade. Toute l’attention de ces 200 personnes est tendue vers eux, aucune fourchette n’ose encore piquer les assiettes. Elle ferme les yeux, plonge au plus profond de sa langue, puis commence. Les strophes s’enchaînent au fil d’une mélodie sans fioritures. Un premier vers de dix pieds, l’autre de huit, la métrique est aussi complexe qu’impeccable. Le rythme, d’abord traînant, s’accélère, entièrement au service de la chute. Encore quelques rimes et voilà qu’elle surgit, époustouflante, au milieu des vivats et des applaudissements. L’homme se met à son tour à chanter, lui répond, elle sourit déjà. Puis les éclats de rire se répandent. La concentration extrême se mêle à l’humour, le sérieux aux blagues bien senties.

Ce n’est pas le premier Bertso saio qui se déroule à Errekaleor. On peut même dire que l’improvisation chantée est une tradition solidement ancrée dans ce quartier occupé de Gasteiz. Et ce soir, il accueille les meilleurs : Amet et Maialen sont détenteurs de la Txapela, titre consacrant pour quatre ans le meilleur Bertsolari. La finale se déroule face à 15.000 spectateurs, il faut réserver sa place plusieurs mois à l’avance pour s’asseoir parmi eux. Il va donc de soi que les vainqueurs deviennent des célébrités dans tout le pays. On connaît leurs vies, leurs amours, leurs faiblesses. Pourtant ils sont là, ce soir, dans un squat, dans le froid, sans façons, offrant à tous, deux heures durant, les jeux de mots les plus fins. Ils y sont chez eux, comme en tout lieu de la communauté euskaldun. Maddi, une habitante du quartier, elle aussi bertsolari à ses heures, dévoile au fur et à mesure les thèmes des improvisations : « Carles Puigdemont est enfermé avec un prisonnier d’ETA. » Jamais déstabilisés, ils construisent leurs histoires et leur rhétorique mot après mot. Une rime piquante vient comparer les menus des prisonniers avec le seitan servi ce soir-là au banquet. « Tu habites Errekaleor et un matin, mal réveillé sur tes toilettes, tu actionnes machinalement l’interrupteur de la lumière ». La création s’ancre dans la réalité des lieux, dans les murs de briques, elle fait ressurgir ce jour de mai dernier où les flics sont venus en nombre couper l’électricité. Les bertsos narrent les manifestations de défense du quartier, pour finir par l’évocation de la somme, rondelette, obtenue lors du dernier crowd-funding. En effet, pour riposter à la municipalité qui les a « débranchés », les habitants d’Errekaleor viennent de recevoir plus de 100.000 euros de dons, dans le but d’acheter une grande quantité de panneaux solaires. L’événement de ce soir a été organisé en vue d’y convier, pour les remercier, les donateurs qui ont participé à cette levée de fonds.

Un quartier hors de la ville

La soirée se déroule, comme la plupart des activités depuis la coupure de courant, dans le gaztetxe. Il n’est éclairé ce soir que par le truchement de l’unique groupe électrogène du quartier, offert par une ikastola1 de Donosti. La salle commune trône sur la place centrale, avec ses vitraux colorés et son plafond voûté. La croix qui surmonte son faîte est encore là pour rappeler sa vocation initiale. La coopérative « Un mundo mejor » (un monde meilleur), d’obédience catholique, jugea en effet bon de construire l’église en même temps que le quartier, en 1959. Elle ambitionnait de loger dans la décence et le calme les ouvriers venus de toute l’Espagne travailler dans les forges et les laminoirs de Gasteiz, et qui jusque-là s’entassaient dans d’immenses bidonvilles. Les logements seraient loin de la ville, au milieu des champs, en bordure de l’Errekaleor, « rivière à sec » en basque. Au bout d’une unique route, seize barres d’immeuble de deux étages, divisées en deux blocs de six appartements, sortirent de terre. 1.200 ouvriers vinrent s’y entasser, la plupart devenant propriétaires suite à la faillite de la coopérative.

Les arbres ont l’âge des bâtiments, et dès que l’on s’éloigne un peu, ils camouflent de leurs ramures l’intégralité des constructions. Errekaleor se situe sur la « ceinture verte » dont s’enorgueillit la ville, en brandissant depuis 2012 le prix de l’Union européenne qu’elle lui a valu.
Mais force reste à la spéculation et depuis, les buildings envahissent sans vergogne les champs de la périphérie sud. Car Gasteiz est un centre administratif où sont concentrés le parlement et le gouvernement autonome ainsi que la principale université du Pays basque sud. Aujourd’hui, tours de verre et immeubles flambant neufs ne sont plus qu’à quelques centaines de mètres du quartier.

Un quartier dans la ville

En prévision de cette expansion immobilière, la municipalité s’est employée dès les années 1980 à préparer la démolition du vieux quartier ouvrier en le vidant de ses habitants. Les propositions de rachat sont allées de pair avec les diminutions de services. Alors que les bus se faisaient de plus en plus rares, que les activités du centre social disparaissaient et que les poubelles n’étaient plus guère ramassées, l’équipe municipale communiquait sans relâche sur la dangerosité de cette zone des confins. Tant et si bien que même les livreurs de pizzas finirent par ne plus vouloir s’y rendre.
La résistance des habitants qui exigeaient d’être relogés à l’identique s’érodera au fil des années et dès le début du siècle, la multiplication des appartements abandonnés bouclera le cercle vicieux des villes fantômes. La fin de l’histoire semblait déjà écrite lorsque, le 3 septembre 2013, alors qu’il ne restait plus que 26 propriétaires, l’un d’eux, résolu à partir, donna les clefs de son appartement aux premiers squatteurs…

La suite de « Errekaleor, le plus grand squat du Pays basque » se trouve dans la version PDF téléchargeable ici et sur le site de la Mauvaise Troupe.

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Notre-dame-des-Landes : gaz lacrymogènes et bulldozers de retour dans le bocage

Près de 2000 gendarmes et policiers se sont à nouveau déployés dans la Zad de Notre-dame-des-Landes depuis le 17 mai, pour ce que l'on appelle désormais la seconde phase d'expulsion. La première a duré quinze jours début avril. Les personnes visées par ces nouvelles expulsions sont celles qui n'ont pas souhaité intégré le processus de reconnaissance institutionnelle des lieux et projets alternatifs menés sur la Zad. Une dizaine de lieux ont été évacués ou détruits.
La Chat-teigne, lieu de vie situé à (...)

- Résister / , , , , ,

« Ramadan Moubarak » رمضان مبارك

Bon Ramadan à la famille, aux papas et mamans, aux frères et aux sœurs, aux cousines et cousins, à ceux et celles qui sont partis mais dont la mémoire nous aide à lutter au quotiden, à notre quartier, aux quartiers d’à côté, à tous les quartiers du monde, aux militant-e-s anonymes du TerTer qui se battent et qui ne lâchent rien, au peuple palestinien qui résiste abandonné de tous, au peuple kurde qui trace son chemin, au peuple syrien et yéménite martyrisés et à tout le continent Africain et à ses peuples en lutte qui dégagent les autocrates de la FrançAfrique : vous incarnez la « Fierté des Notres », à ceux et celles qui partout dans le monde d’Asie aux USA se battent au quotidien pour faire que demain soit meilleur qu’aujourd’hui, que l’espoir ne soit pas vain mais une réalité, aux athées et aux croyants, à la mémoire de Clément, Adama, Curtis, Angelo, Lamine, Brahim, Rémy, Zyed, Bouna, Pavlos et de ceux et celles qui sont tombés, au peuple Rrom, aux Rohingyas qui tentent de survivre, aux prisonniers et taulards, aux mis en examen et Georges Ibrahim Abdallah, aux grévistes de la faim  aux migrants qui franchissent les murs de l’Europe Forteresse, à la mémoire des dizaines de milliers d’anonymes qui reposent au fond de la méditerranée, aux gens avec ou sans papiers, aux abstentionnistes et aux votants, aux Chibanis et aux enfants, aux proches qui sont au bled ou en exil, aux solidaires, aux solitaires, aux camarades, aux révolutionnaires au bled, aux compagnons de galère, au prolétariat cosmopolite, aux paysans en lutte, aux silencieux qui hurlent dans le désert, à celles et ceux qui ne lâchent pas l’affaire même face aux violences policières, et à toutes les diasporas, aux Antifas voilé.e.s ou pas, aux têtes de cortèges masqués ou pas, à celles et ceux qui aiment le foot populaire et qui tapent le ballon le dimanche, aux Latinos Unidos qui se battent pour la Justice et le Socialisme, aux réfugiés, aux apatrides, à tous les peuples du monde, à l’Humanité qui résiste (nos parents nous ont appris à ne pas rester à terre), à celles et ceux qui sont gazés, matraqués, violentés, mutilés et toujours là. Pas un pas en arrière! Autodéfense Populaire!

Palestine You Will Never Walk Alone!

C’est l’occasion d’essayer que personne ne reste sur la touche durant 30 jours.

Ramadan Moubarak

L’équipe de Quartiers Libres vous passe le Salam !

Bon Ramadan à Toutes et Tous…

"La globalisation du genre : Mobilisations, cadres d'actions, savoirs" avec Delphine Lacombe et Elisabeth Marteu.

Cette semaine, on a discuté en plateau avec la sociologue Delphine Lacombe et la politiste Elisabeth Marteu de la façon dont le concept de genre a enrichi les recherches en sciences sociales. Il a aussi été question de la façon dont ce concept s'est traduit en actions publiques, militantes, scientifique aux quatre coins du monde. Elles ont toutes deux coordonnées avec Ioana Cirstocea l'ouvrage collectif La globalisation du genre : Mobilisations, cadres d'actions, savoirs publié aux éditions des (...) - Emissions / , ,

Sur la répression des manifestations au Nicaragua et en Palestine.

Sale printemps pour les manifestants au Nicaragua et en Palestine ! Des dizaines de morts, des centaines de blessés après les manifestations de ces dernières semaines dans ces deux pays. Au Nicaragua la répression du mouvement social se durcit depuis le début des manifestations contre le gouvernement en avril dernier, on en a parlé avec la sociologue Delphine Lacombe. Plusieurs dizaines de Palestiniens ont été tués, lundi 14 mai, à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, lors d'une « marche (...) - Chroniques / , ,

La P'tite Blan et les vacances sous les cocotiers...

Sable blanc, eaux turquoises, voyage dans les îles des Caraïbes ... Mais c'est pas aussi paradisiaque qu'on pourrait le croire quand c'est La P'tite Blan qui en parle - La p'tite Blan / ,

Notre-Dame-des-Landes: deuxième vague d’expulsions en cours

Un suivi quotidien est en ligne sur Indymedia-Nantes, celui d’aujourd’hui 17 mai 2018 se trouve ici, et sur zad.nadir.org, par là.

Communiqué sur la seconde phase d’expulsion en cours sur la zad

La seconde vague d’expulsion amorcée depuis ce matin est une nouvelle tentative d’éradiquer une partie de la zad. Elle va faire remonter dramatiquement la tension dans le bocage et laisser plus de personnes encore privées de leur logement et de leurs espaces quotidiens d’activités. Les routes et chemins sont une nouvelle fois envahis par un dispositif militaire inédit en terme d’ampleur et de durée dans l’histoire du maintien de l’ordre en France. Cette démonstration de force est sans doute à la hauteur de l’affront qu’a représenté des années durant cet espace de résistance et d’expérimentation.

L’acharnement de l’Etat est significatif de la vivacité persistante de cette aventure collective. Il est annoncé que plusieurs habitats sont cette fois visés dans le secteur de la forêt de Rohanne.

En s’attaquant aujourd’hui à la Chat-teigne, l’Etat cherche à raser un symbole de l’histoire de la lutte. La Chat-teigne c’est ce chantier collectif de 40 000 personnes, ce hameau magique sorti de terre qui a signé la défaite de l’opération César. La construction de la Chat-teigne a marqué la montée en puissance d’un mouvement populaire qui allait finir des années plus tard par arracher l’abandon du projet d’aéroport. Après avoir été un espace de convergence vibrant des mois durant pour et par les comités de soutien, les cabanes de la Chateigne s’étaient transformées en habitat plus permanent.

Au-delà de la Chat-teigne, la zad est emblématique, entre autre, comme espace de réinvention d’une architecture créative et d’une réappropriation des techniques de construction. C’est à cette dimension d’habitat alternatif et collectif que l’Etat continue aujourd’hui à s’attaquer à travers la destruction des autres lieux de vie officiellement visés aujourd’hui : Pui-plu, la Datchacha, la Vosgerie…

Par ailleurs, cette nouvelle offensive se situe en plein coeur de la zone humide et de la forêt qui vont être encore largement dégradées par le passage des blindés et tractopelles, et par les pluies de grenades et de lacrymogènes. La précédente vague d’expulsion avait déjà ravagé nombre de champs et chemins de la zad en plus d’empoisonner les foins, par la contamination des gaz dans l’herbe et les palets dans les roundballers. Nous avons défendu ce bocage pendant des décennies, nous ne pouvons le laisser aujourd’hui continuer à se faire écraser par la gendarmerie.

Comme c’est déjà le cas depuis des semaines, les travaux nécessaires aux projets agricoles que le gouvernement dit paradoxalement accepter de pérenniser vont continuer à être entravés par l’occupation policière prolongée du territoire et ce au coeur de la saison agricole. D’après les estimations, le coût de cette opération absurde aura bientôt atteint les 5 millions d’euros. C’est la somme que le Conseil général avait fait payer à L’Etat pour lui vendre l’ensemble des terres et bâtiments qu’il avait acquis sur la zad en vue du projet d’aéroport.

Le gouvernement tente de neutraliser la résistance en cherchant à ancrer l’idée que des personnes qui n’auraient pas pu ou voulu participer au dépôt collectif de projets seraient moins légitimes à rester vivre ici. Il faut bien peu de coeur pour imaginer que quiconque laisse ses voisin.e.s se faire raser leurs maisons sans réagir. Par ailleurs, les diverses interventions des forces de l’ordre depuis l’abandon de l’aéroport visent à affaiblir et mettre la pression sur tout le mouvement. Faute de pouvoir matériellement et politiquement expulser tout le monde, ces opérations cherchent à imposer des conditions drastiques pour le maintien des projets sur la zone et pour en fragiliser la dimension collective. Nous appelons pour notre part à se mobiliser largement sur le terrain et au-delà pour la défense des divers lieux de vie, réalités et activités qui s’entremêlent sur la zad.

Concrètement, nous appelons à :

/// Converger immédiatement sur place pour ceux et celles qui le peuvent

/// Un rassemblement devant la préfecture à Nantes à 18h suite à une journée d’expulsion

/// Des rassemblements et occupations sur les places des villes et devant les mairies et préfectures. Les comités de soutien peuvent signaler leurs rendez-vous et actions au site zad.nadir afin qu’ils soient relayés

/// Une manifestation le samedi après une semaine d’expulsion à Nantes

/// Une convergence sur la zad le dimanche après une semaine d’expulsion

Liste de communication de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes
06.95.06.81.49
zadcontactpresse@@@riseup.net

Poitiers: sabotage en soutien à la ZAD

Action de soutien à la ZAD : un engin de chantier, stationné dans le cadre du réaménagment du centre-ville de Poitiers, a été incendié dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 mai. Avec une inscription en forme d’appel : « Brûle la machine impériale ! Vive la ZAD ! »

Dans la foulée, six personnes ont été interpellées sur une place à proximité (Place de la Liberté). Elles sont sorties avec des convocations pour refus de prélèvement d’empreintes et ADN.

Communication de la presse ennemie : Tractopelle incendié à Poitiers : six interpellations

[Publié le jeudi 17 mai 2018 sur Indymedia-Nantes.]

Gaza : halte au massacre (communiqué intersyndical)

Nous reproduisons ci-dessous un communiqué publié le 16 mai, signé par le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes, qui condamne le massacre de 58 Palestiniens par les troupes israéliennes le 14 mai à Gaza.

Les syndicats français de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes), membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), condamnent le massacre de 58 Palestiniens par les troupes israéliennes le 14 mai à Gaza où 2000 manifestants pacifiques ont été blessés. Au nombre de ces blessés figurent au moins 13 journalistes.

C'est intolérable.

Le syndicat palestinien des journalistes a, à ce jour, identifié neuf d'entre eux : il s'agit de Omar Hamdam, cameraman (TV algérienne), du photographe Mohammed Wael Aldwaik (Etihat Press photo), du photographe Ahmed Zakkout (Reuters), du journaliste Farhan Hashim Abu Hadayed, du reporter d'Al-Jazeera Wael Dahdouh, du journaliste Abdullah Alshorbaji, du photographe pour Zain Media, Mohammeh Abu Dahrouh, du photographe de l'agence Wafa Rafi Almaleh, et du reporter de la radio Fursan Al-Irada Nihad Fouad Abu Ghalyoun.

Les syndicats français appuient avec force la demande du syndicat palestinien des journalistes (PJS) exigeant que les Nations unies, ses agences ainsi que les ONG humanitaires internationales contribuent à la protection de nos confrères palestiniens. Tout particulièrement, le PJS demande que « soit appliquée la résolution 2222 du Conseil de sécurité » concernant la protection des journalistes.

L'impunité doit cesser. Les auteurs de ces tirs meurtriers doivent être recherchés et condamnés. Nous réclamons, pour ce faire, une enquête d'experts internationaux indépendants.

Les syndicats français, avec la FIJ, dénoncent la répression féroce menée par l'armée israélienne à l'aide de tirs à balles réelles contre la population qui manifestait lundi pacifiquement à l‘occasion du 70e anniversaire de la Nakba, la catastrophe de l'exode massif des Palestiniens, du fait de la guerre israëlo-arabe de 1948, et contre l'implantation de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem.

Les syndicats français avaient déjà dénoncé ces dernières semaines la mort coup sur coup à Gaza de deux photographes palestiniens Ahmad Abou Hussein et Yasser Murjata, tous deux victimes - car journalistes - de la répression menée par l'armée israélienne. Ils demandent à la France de condamner ces tueries. Ils se déclarent solidaires de la population palestinienne et de ses travailleurs et appellent à participer aux manifestations pour dire : HALTE AU MASSACRE.

Fête de l’insurrection Gitane

Cette année encore La voix des Rroms et ses amis célèbreront en France et en Europe, le soulèvement, le 16 mai 1944, des femmes du « camp des familles tziganes » d’Auschwitz II-Birkenau, sous la forme d’un Spectacle Politique Vivant. Suite aux efforts de La voix des Rroms auprès de ses partenaires, le 16 mai est devenu depuis mai 2015  l’International Rromani Resistance Day et simultanément des évènements auront lieu  encore en 2018 dans de nombreuses villes d’Europe, dont Berlin, Vienne, Budapest, Skopje, Brno, Prague etc…
Tout particulièrement, l’événement de Saint-Denis portera cette année le thème de l’évasion. Internement, Génocide, Incarcération de masse, harcèlement policier, exil,  déportations, il est des femmes, des hommes et des enfants pour qui l’évasion est une stratégie historique de résistance contre un monde hostile qui trop souvent ressemble dehors comme dedans à la  prison. Le militant afro-américain George Jackson disait, « il se peut que je fuie mais dans ma fuite je cherche une arme ». Telle pourrait être le refrain de la résistance rromani dont chacun.e s ici sera aussi un représentant vivant.
  Grand manifeste contre le racisme  structurel, la Fête de l’Insurrection Gitane veut aussi être  un acte d’affirmation d’une nouvelle appartenance commune fondée sur la cohésion non hiérarchique de tous en tant que multiplicité résistante. L’identité rromani, multiple, dans son acte d’insurrection historique, et en tant que cible contemporaine parmi d’autres des violences nationales et gouvernementales en Europe, se propose comme paradigme de cette unité harmonieuse des différences dans un ensemble continental cohérent.  C’est donc tout naturellement que cet acte qui veut participer d’un mouvement général de refondation de la citoyenneté doit prendre place pour la France à Saint-Denis, localité cosmopolite organisée, et donc objet métropolitain de la haine nationaliste, et précisément sur le parvis de la Basilique où sont les gisants des Rois et qui par ailleurs, est mentionné dans le Journal d’un bourgeois de Paris (1427) comme lieu l’apparition des Rroms dans le Royaume de France. Cette année encore, la fête, parodie d’une insurrection, sera aussi la parodie d’une foire, en hommage à la foire du Lendit, qui du haut Moyen-Âge à l’aube du monde industriel fût le motif d’un afflux dans les parages de Saint-Denis des peuples français et de toute l’Europe continentale. ​

Fête de l’insurrection Gitane

Spectacle Politique Vivant
Parvis de la basilique de Saint Denis – métro basilique ligne 13 

https://www.insurrectiongitane.com/

Programme 2018

​15h00
Ouverture15h15
CABARETS ENFANTINS
danse, chant, théâtre

​​Aven Savorre (Essonne), Kesaj Tchavé (Slovaquie), TamèrenTong (Paris, Saint-Denis)

16h30
Assemblée débat 1 – « COMBATS SINGULIERS »
Au travers le récit des combats singuliers qu’ils mènent quotidiennement les intervenants donneront un aspect des oppressions rencontrées par les groupes rromanis en France et en Europe ainsi que les stratégies de résistance autonomes mises en oeuvre. Que ce soient les violences environnementales, les déportations des natifs d’Europe de l’Est par le gouvernement Allemand ou encore la violence et les résistances par et à travers l’image.
Intervenants : Michel Soulès (Maire de Berriac), Kenan Emini (Alle Bleiben, Allemagne), Sami Mustafa (Réalisateur, FOCUS), Carmen Demestre (Collectif femmes Hellèmes-Ronchin)

17h30
 LOR’A YENICHE (Hip Hop)
&
Roma Art Action Feat. Lord Kastro & Dj Cross
(Hip Hop, Allemagne, Serbie)

19h00
Assemblée débat 2 – « Evasion »
Internement, Génocide, Incarcération de masse, harcèlement policier, exil,  déportations, il est des femmes, des hommes et des enfants pour qui l’Evasion est une stratégie historique de resistance contre un monde hostile qui trop souvent ressemble dehors comme dedans à la  prison. Le militant afro-américain George Jackson disait, « il se peut que je fuie mais dans ma fuite je cherche une arme ». Telle pourrait être le refrain de la résistance rromani dont chacun.e des intervenant.e.s ici est aussi un représentant vivant.

Intervenants : Raymond Gurême (Survivant du Génocide, résistant), Aurélie Garand (Justice pour Angelo), Kefaet Prizreni (Rappeur), Lydia et Sylvia ( Syndicat Pour le Respect et la Protection des Prisonniers), Negrita (Artiste)

20H30
Ouverture Bal Politique

20h45
Puro Flamenco
(Cristo Cortes, Cécile Evrot, Lucile Menon Simon, Valentina « La Trucha », Hadrien Moglia…)

21H45
Pamukov Band & Galenna
(Bulgarie)

22h45
Negrita (France)

23H30
DJ Rrom & Roll

Éléments permanents

​de 15h00 à 20h00
Cinéma Voyageur  :
FOCUS : programmation de films Rromani
Camion académie 1 :
Initiation à la langue et la civilisation rromani par Cristian Padure (sur inscription)FORUM DES ORGANISATIONS

– Stand de l’Aset 93 (aide à la scolarisation des enfants Tsigane)
Information, exposition et jeux pour enfants

– Yag Bari Boxing Club
Projet d’éducation par l’art martial et le sport populaire le Yag Bari Boxing Club et ses membres viendront présenter leurs activités et proposer quelques démonstrations et initiations aux arts martiaux.
– Stand Rajganawak et Murals
Les membres du Chapiteau culturel Rajganawak présente leurs activités et proposent jeux et ateliers pour enfants

– Les petits chevaux de Raymond Gurême
Ainsi que

Rom réussite -​ Intermède Robinson – Kesaj Tchave- Justice pour Angelo – Syndicat PRP – La voix des Rroms- Dik I Na Bistar-
Collectif Femmes LM-Ronchin- Collectif les enfants du Bougo-Romcivic ect…
Chapiteau politik :
Librairie  » ​Folie d’encre« , Édition « Al Dante« 
de 15h00 à 23h00
– Stand boisson et restauration

Esclavage : des millions de personnes toujours victimes d'exploitation sexuelle et de travail forcé

Le 10 mai, la France commémorait la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions ». La France et l'Europe en ont-elles vraiment terminé avec l'esclavage ? Le 19 février dernier, le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné à 18 mois de prison avec sursis et 60 000 euros de dommages et intérêts une femme qui avait maintenu en esclavage domestique pendant cinq ans une jeune fille arrivée en France à l'âge de 13 ans. La victime avait déposé plainte en octobre (...)

- En bref / , , , ,

Lire : Les plaisirs du journalisme, de Claude Angeli et Pierre-Édouard Deldique

Dans Les plaisirs du journalisme [1], Claude Angeli, journaliste au Canard enchaîné depuis 1971 [2], et Pierre-Édouard Deldique, journaliste à RFI, donnent à voir leur conception, les conditions de possibilité des pratiques et des effets du métier de journaliste fondé sur des enquêtes qui ont fait et font l'utilité publique et la notoriété du « palmipède » en dévoilant des « affaires » qui contredisent la représentation enchantée d'elles-mêmes et de leurs activités que les « élites » imposent et que le journalisme dominant ratifie la plupart du temps.

Une certaine idée du journalisme et de son rôle dans l'espace public

En opposition aux formes de simili journalisme que sont le journalisme de « magnétophone », de « présentation » [3], de « commentaire », et celui « à la « moi je pense que », qui se limite à commenter les sondages sans trop se fatiguer » [4] Angeli et Deldique rappellent qu'« [i]l y a un journalisme d'enquête qui, en lui-même, est un pléonasme. Depuis la fin des années 1960, la recherche et la publication d'informations constituent la base du journalisme tel qu'on le conçoit au Canard. »

Cette conception du journalisme comparé à de l'« artisanat » [5] prend en compte le fait qu'il n'y a pas d'immaculée conception de l'information : « L'information ne tombe pas du ciel (…) Rien ne peut remplacer le travail d'enquête et la chasse aux informations, l'un des plaisirs du métier », et nécessite, en plus d'un travail de connaissance de l'objet d'enquête, de savoir recourir à des « informateurs » dont certains « ont pris des risques pour informer le Canard, pour le mettre sur une piste ou lui transmettre un document ». Cela amène Angeli et Deldique à postuler à juste titre que « chaque citoyen peut exercer un droit d'alerte » et à confirmer ainsi un propos attribué à l'un des pères de l'Église selon lequel « il y a du pollen sur toutes les fleurs ».

Cette pratique du journalisme est articulée à une idée claire de son rôle dans l'espace public, à savoir « la recherche et la diffusion d'informations que l'on cache au public ». Et l'un des « terrains » d'exercice de cette pratique est celui des questions de défense et de relations internationales [6] à propos desquelles les auteurs remarquent qu'« il est anormal que les décisions et les analyses de politique étrangère échappent au contrôle du Parlement, trop souvent méprisé, et demeurent ignorées des Français, en vertu du sacro-saint domaine réservé du président de la République » et relèvent « l'absence de débats et de votes au Parlement sur toute décision engageant la France à l'étranger ».

Propriété des médias, publicité et cadre légal des conditions de travail

Réaliser des enquêtes ne se fait pas hors-sol mais requiert que soient réunies des conditions qu'il importe de connaître pour comprendre les possibilités et impossibilités du travail journalistique.

Angeli et Deldique, lucides, observent : « À de rares exceptions près, les médias ne sont pas libres et les bons journalistes éprouvent souvent quelque peine à y exercer leur métier. La propriété, par quelques oligarques, de plusieurs journaux, chaînes de télévision et stations de radio, constitue un sérieux obstacle à la liberté de la presse. Mais la “servitude volontaire”, l'autocensure admise par certains journalistes et l'absence de remise en cause de leurs actionnaires sont d'autres écueils à la pratique de ce métier. Sans liberté ni indépendance, l'information évolue entre complaisance, connivence et complicité. Elle est corrompue. ».

Une solution, parmi d'autres, pour qu'existent des médias aussi indépendants que possible des pouvoirs, est constituée par la structure capitalistique du Canard enchaîné qui « fonctionne comme une société anonyme. Il appartient à ses journalistes, à ses dessinateurs et à ses autres salariés. Leurs actions ne peuvent être cédées ni transmises à des tiers. Ainsi, lorsque l'un d'eux quitte le journal, ses parts sont redistribuées aux autres membres de l'équipe. Enfin, ces actions ne génèrent pas de dividendes, c'est la règle, et les bénéfices sont affectés aux “réserves” (dépôts à terme sur des comptes en banque), conformément à l'usage. »

Autre élément structurant l'activité journalistique : les sources de financement des médias, et notamment le pouvoir de la publicité. Pour une fois, la direction des Renseignements généraux avait vu juste en écrivant en 1972 dans un rapport à destination du ministre de l'Intérieur de l'époque : « Sa liberté d'expression, son indépendance, peuvent s'expliquer par le fait que Le Canard est un journal sans support publicitaire ».

En tenant compte de ce qui précède il est possible de déduire les marges de manœuvre que les journalistes du Canard enchaîné sont parvenus à se créer : « grâce à son indépendance et à son aisance financière Le Canard est l'un des rares médias à pouvoir consacrer plusieurs mois à une enquête, mobilisant journalistes et pigistes ».

Il serait cependant trompeur d'imaginer qu'il est suffisant de ne pas dépendre des forces de l'argent pour pouvoir enquêter en toute liberté : des détenteurs du pouvoir politique contribuent à mettre en place des dispositifs de surveillance exerçant ou pouvant exercer des effets sur l'activité journalistique. Angeli et Deldique notent ainsi que « depuis la loi sur le renseignement votée sur proposition du gouvernement Valls, promulguée le 24 juillet 2015, et largement validée par le Conseil constitutionnel, la raison d'État – accommodée à bien des sauces- a pris nettement le pas sur l'État de droit. » Et comme nous l'écrivions en avril 2015 « Cette atteinte [représentée par la loi sur le renseignement] intolérable à la liberté d'expression d'un simple citoyen devient, pour les journalistes, au-delà de la seule (mais fondamentale) protection de leurs sources, une véritable entrave à leur activité professionnelle. Là encore, non seulement la promesse de protéger l'investigation journalistique n'est pas respectée, mais en plus de nouveaux obstacles viennent en réduire la possibilité ! »

Résultats et effets plus ou moins directs des enquêtes journalistiques

Ce n'est pas un hasard si l'une des plus retentissantes affaires révélées par le Canard enchaîné soit celle des plombiers du Canard : le 3 décembre 1973, « [l]e dessinateur André Escaro, passant par hasard devant le futur immeuble du Canard, et remarquant un filet de lumière, (…) découvre [de] curieux ouvriers en plein travail. Dix jours plus tard, Claude Angeli publiera les six premiers noms des membres de cette équipe de la DST [7] » missionnée par le pouvoir pompidolien en place, excédé par les révélations de l'hebdomadaire, pour espionner le volatile et connaître ses informateurs.

Cette affaire est pour ainsi dire exemplaire en ce qu'elle montre que le journalisme peut « tenir le rôle d'un contre-pouvoir » s'il arrive à « exposer une situation “anormale” ou “choquante”, dévoiler au lecteur ce que le pouvoir tient à lui cacher, braquer une lumière crue vers un lieu soigneusement tenu à l'ombre ».

Même si elles sont connues de la plupart de nos lecteurs, il n'est pas inutile de rappeler quelques affaires « sorties » par Le Canard enchaîné, ne serait-ce que pour faire voir la différence entre un journalisme aussi humble que scrupuleux et sa version dévoyée par des éditocrates sans enquête et des experts sans savoir :

- La feuille d'impôts de Chaban-Delmas ;
- Le château de Chirac ;
- Les diamants de Giscard ;
- Le Carrefour du développement ;
- Les appartements parisiens de la famille Juppé ;
- Les « prouesses [de Jacques Chirac] de collecteur de fonds pour le RPR et pour son confort personnel », Jacques Chirac qui « terminera sa carrière avec une simple condamnation à deux ans de prison avec sursis, le 15 décembre 2011, pour abus de confiance, détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêt et dix-neuf emplois fictifs à la mairie de Paris. » ;
- Les vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie ;
- Les cadences infernales de Penelope Fillon [8].

Bien que « le haut niveau de tolérance des magistrats, à quelques exceptions près, des parlementaires et de l'opinion garantit aux membres de cette « noblesse d'état » une relative absolution pour leurs méfaits », l'un des effets majeurs du dévoilement des affaires consiste en ce que Angeli et Deldique appellent « La “punition sociale” (…) Celle qui, bien souvent, assombrit une carrière, aussi sûrement qu'un rideau de velours rouge met fin à un spectacle, et sans rappel. » et dans le cas des responsables politiques « le fait d'avoir obtenu l'“onction populaire” constitue une circonstance aggravante pour qui a trébuché. (…) Une tache sur une réputation peut se révéler plus désastreuse pour une carrière, plus indélébile qu'une inscription sur le casier judiciaire et plus déprimante qu'une peine de prison avec sursis. ».

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Les plaisirs du journalisme ? À l'écart du tumulte artificiel dans lequel s'épanouissent les éditocrates, les « journalistes » nombrilistes et ceux qui sont au service des dominants, il existe des journalistes, comme Claude Angeli et Pierre-Édouard Deldique, qui considèrent que leur métier ne vaudrait pas une heure de peine s'ils ne portaient pas à la connaissance du public des informations, obtenues par un patient travail d'enquête, qui contribuent au dévoilement chez des dominants de tous ordres de pratiques illégales et/ou en contradiction avec l'intérêt général. « Le plaisir de savoir » et de faire savoir…

Denis Souchon


[1] Fayard, 2017, 281 p.

[2] Il en a été le rédacteur en chef de 1983 à 2012.

[3] Qui est l'ordinaire des recopieurs de dépêches et des passeurs de plats.

[4] On reconnaît là les figures toxiques des éditocrates et autres sondologues qui discréditent l'activité journalistique.

[5] On est à l'opposé de l'image héroïque et narcissique du reporter constitutive de l'idéologie professionnelle de bien des « journalistes ». Et l'on est tout aussi éloignés de la petite mythologie « d'un “quatrième pouvoir”, attribué souvent aux médias par tradition ou paresse intellectuelle. »

[6] Trop rarement traitées (ou trop souvent mal-traitées) dans la plupart des médias.

[7] Direction de la Surveillance du Territoire, ex DGSI.

[8] Dont la révélation fut postérieure à l'impression du livre.

Comment l'Europe finance et légitime des régimes autoritaires pour barrer la route aux migrants

Pour l'Union européenne, tous les moyens sont bons pour repousser les migrants, y compris coopérer avec des régimes autoritaires ou dictatoriaux. C'est la conclusion du rapport « Expanding the Fortress : la politique d'externalisation des frontières de l'UE » publié le 14 mai. Il dénonce les centaines de millions d'euros déversés par l'Europe pour équiper et former armées et polices turques, soudanaises ou libyennes, connues pour leurs violations des droits humains. Une politique totalement contre-productive (...)

- Décrypter / , , , , , , , ,

Corinto (Colombie): Ramon Ascue a été assassiné !

C’est avec douleur et indignation que nous informons l’assassinat ce 14 mai du libérateur de la terre Ramon Ascué Calix. Les faits se sont passés à 21h15 en centre-ville de Corinto, quand des tueurs tirèrent sur Ramon Ascué après l’avoir suivi, lui ôtant ainsi la vie.

L’an dernier, deux autres personnes des communautés autochtones furent assassinées dans les alentours des haciendas Miraflores, propriétés de l’entreprise INCAUCA d’Ardilla Lulle pendant que la communauté faisait des actions de contrôle et récupérait ses terres ancestrales.

Le 22 mars fut assassiné le libérateur Daniel Felipe Castro, un jeune de 16 ans par des membres de la Police Nationale alors qu’ils ouvrirent le feu de manière indiscriminée contre la communauté désarmée.

Ces assassinats, en plus du fait qu’ils restent toujours impunis, montrent un accroissement du niveau de violence et de répression contre la communauté. Ainsi, les libérateurs et libératrices sont poursuiviEs
par des mercenaires et sicaires, et les menaces se convertissent de plus en plus en une série d’assassinats sélectifs visant à stopper la Libération de la terre à Corinto démarrée en décembre 2014.

Le 30 avril dernier, à 18h40, le libérateur Héctor Janer fut assassiné alors qu’il allait en moto de Corinto à la zone de Guanabano.

Ramon Ascué Calix fut un homme impliqué dans le processus de Libération de la terre, ayant toujours été avec la communauté réalisant des photos et des vidéos sur les agressions constantes de la police, de l’armée et des groupes paramilitaires, utilisant la dénonciation comme outil pour protéger la communauté autochtone.

Une nuit, début 2017, alors que nous marchions sur les chemins de Corinto, Ramon Ascué confia qu’il allait se retirer un temps du processus de Libération de la terres car il sentait qu’il allait se faire tuer.
Cependant, son amour et implication dans la lutte de libération de terres l’en empêcha, et il continua à lutter jusqu’à ce que des sicaires au service du capital agro-industriel lui arrachèrent la vie.

Nous saluons fraternellement la famille qui a perdu en peu de temps deux frères impliqués dans la Libération de la terre, Javier et Ramon Ascué Calix. Mais ces morts n’auront pas été en vain, car leur détermination et leur lutte restent dans les mémoires pour continuer ce chemin de Libération.

Nous responsabilisons directement pour l’assassinat de Ramon Ascue Calix la compagnie INCAUCA, du consortium d’Ardila Lulle, et l’État colombien.

Pour en savoir plus sur la Colombie, voir les brochures:
Paroles de ColombienNEs
Récupération de terres
ainsi que différents articles sur Marseille Infos Autonomes.