Montréal (Québec): qu’ils mangent de la peinture ! Action de dégentrification contre le restaurant “3734”

Il y a un peu plus d’un an, une foule de gens masqués a exproprié la marchandise de l’épicerie yuppie attachée au restaurant “3734” sur la rue Notre-Dame et a redistribué la nourriture aux gens du quartier. Voilà une des actions contre la gentrification parmi les dizaines s’étant produites dans les dernières années. L’épicerie a fermé ses portes il y a quelques mois, mais nous avons remarqué que le restaurant 3734 servait encore des lunchs aux gens d’affaires et des soupers onéreux aux yuppies du coin. Alors mercredi dernier, nous leur avons rendu visite, avons brisé une fenêtre et couvert l’intérieur du restaurant de peinture à l’aide d’un extincteur.

« Mais qu’est-ce que le vandalisme accomplit contre des commerces? » Lorsque ces commerces participant à la gentrification ont été pris pour cible, les médias de masse ont affirmé que les vandales étaient à côté de la plaque parce que ces commerces ne jouent qu’un petit rôle dans le processus plus large de la gentrification. Ceuzes d’entre nous opposé.es à la gentrification pouvons tirer la conclusion opposée: ça ne veut pas dire que les cibles sont sans intérêt, mais que nous devons simplement les accompagner de cibles plus diversifiées et que les actions doivent se généraliser! Nous sommes prêt.es à parier que des actes répétés de vandalisme et l’augmentation des primes d’assurance peut faire une différence pour les petits commerces branchés qui ont de la difficulté à garder la tête hors de l’eau, et pour dissuader des investissements futurs qui solidifient la gentrification. Avez-vous entendu? Après des attaques dégentrificatrices, des commerces de St-Henri continuent à fermer : Campanelli, le bar à jus de Shapiro, et l’épicerie du 3734. En voilà trois qui ferment dans la dernière année et demi.

La gentrification est une opération de déplacement, aux côtés de processus sur un temps plus long comme le colonialisme et l’incarcération de masse, que ceux au pouvoir utilisent contre quiconque fait obstacle au développement, au contrôle, et au “progrès”. Nous sabotons les commerces gentrificateurs de nos quartiers pour les mêmes raisons qui en poussent d’autres à attaquer la police, à faire du sabotage contre les projets de développements industriels, à rendre les frontières incontrôlables, et à insulter les fascistes.

On nous dit que si on veut changer les choses, on a juste à aller voter, à écrire aux représentants élus, ou à manifester paisiblement, mais tout le monde sait qu’il ne faut pas croire à ce mensonge usé. Nous désirons changer infiniment plus qu’il ne sera jamais possible en performant le rôle du bon citoyen ou en obtenant une bonne couverture médiatique pour une liste de demandes adressée à ceux au pouvoir. Les canaux “légitimes” offerts par cette société peuvent amener des réformes par rapport à certains détails spécifiques reliés aux systèmes d’oppressions, mais elles ne font rien pour démanteler les systèmes d’oppression eux-mêmes, et ces canaux sont souvent conçus pour que nous soyions plus dépendants face à eux. Voilà pourquoi nous refusons le dialogue avec les commerces gentrificateurs, et que nous allons plutôt briser leurs fenêtres et leur marchandise. Des actions qui ont un impact direct sur notre environnement, sans la médiation des politiciens et de leur monde. Dans une société où la valeur de la propriété est plus grande que celle de la vie, nous devons détruire la propriété pour pouvoir vivre.

Tanné.es des réunions inutiles ou de rester assis.es à la maison devant votre mur Facebook? Essayez une balade nocturne avec un.e ami.e, un masque et une massue. C’est possible d’attaquer, peu importe qui vous êtes, et si vous faites attention vous pourriez faire beaucoup sans vous faire prendre – pour lire des conseils, allez regardez cette recette pour des actions nocturnes. Rendons St-Henri hostile aux commerces yuppies, aux développeurs, à la police, et aux riches qu’elle sert!

[Publié en juin 2017 sur Montréal Contre-Information. Version anglaise à lire ici.]

Rennes: des (tristes) nouvelles de l’ex-Soupirail

Le 69 avenue Aristide Briand, hôtel particulier muré depuis 2012 en attente de sa démolition, avait été occupé et revivifié dans le courant du printemps 2016 sous le nom de Soupirail.

Il a servi de base aux activités du comité ZAD de Rennes et de lieu de fête de soutien pour les inculpé-e-s du mouvement contre la loi Travail. Expulsé dans l’été [2016], le bâtiment avait retrouvé sa façade terne et sans vie.

Ouest-France nous apprend aujourd’hui que la maison sera détruite pour faire pousser un de ces immeubles modernes pour classes moyennes supérieures, malgré l’oppostion du voisinage qui tenait à la vieille bâtisse. Hypocrisie typique des architectes, la mosaïque qui faisait le charme du bâtiment, et qu’on a pu admirer au pied du bar pendant les folles soirées de sa deuxième vie, sera « conservée » dans le hall du nouvel immeuble…

Adieu Soupirail, et vive les lieux occupés !

[Publié le 15 juin 2017 sur Expansive.]

Faut-il parler aux méchants ?

Benjamin Bayart, président de la FFDN, nous adresse le droit de réponse ci-dessous à la suite de notre article « Fabriquer de l’Internet, c’est faire de la politique« . Mon camarade Drapher, dans deux articles récents, soulève […]

Résistons Ensemble N°164 / L’OPA de l’ex-banquier

 

L’OPA de l’ex-banquier

 

On aurait pu s’attendre à des hordes d’extrême droite menaçantes se pavanant sur le terrain balisé par la gôche. On a eu le banquier de chez Rothschild, adoubé par le patronat. Lui il n’est pas martial, il sourit sans grimacer. Les résultats du second tour des législatives sont éloquents. Les 58 % d’abstentions (jusqu’à 70 % dans certains quartiers populaires) et 10 % de votes blancs sont une condamnation de cette comédie électorale. Macron et le Modem n’obtiennent que 8 millions de voix sur 47 millions soit 17 % du corps électoral. Il n’empêche que le « parti du président » a bourré à craquer l’Assemblée nationale de son fan-club et de quelques vieux politicards recyclés.
Un président « au-dessus des partis », un parlement à la botte, c’est la Vème République comme « coup d’État permanent », dénoncée par Mitterrand… avant qu’il n’accède lui-même au pouvoir.
La nouveauté ? Macron gèrera la France en manager impitoyable et décomplexé. Comme tout bon PDG au service de ses actionnaires capitalistes, il fera son chantage aux salariés de l’entreprise France : puisque l’usine n’atteint pas le taux de profit escompté, ou bien vous votez les baisses de salaires, les licenciements, la « réforme », la « modernisation » ou bien vous êtes tous virés. Alors faut-il blâmer les exploités qui ont cédé à ce chantage allant parfois jusqu’à voter Macron ? Certainement pas. Il faut blâmer la gôche parlementaire qui, par la prolongation constante de l’état d’urgence, le renforcement des lois « antiterroristes » et l’adoption de la loi El-Khomry, a ouvert un boulevard au candidat direct du MEDEF.
Celui-ci a pour seul projet (déclaré c’est ça le pire !) de poursuivre en la radicalisant encore davantage la même politique de casse sociale qui exige de faire encore monter d’un cran la violence policière et judiciaire : le Banquier veut pérenniser l’état d’urgence, toujours sous le même prétexte de danger terroriste, en inscrivant dans la loi « ordinaire » ses pires pratiques (assignation à résidence, interdiction de manifester, perquisitions sans limites….), choix que n’ont fait aucun autre pays pourtant menacés par les mêmes attentats : Allemagne, Grande-Bretagne, États-Unis.
Les mobilisations de l’an passé ont donné naissance à une pratique nouvelle et porteuse d’espoir, dite des « cortèges de tête » où se sont mélangés des individus solidaires, car soudés par une même lutte malgré leurs différences, syndiqués, non-syndiqués, chômeurs, salariés du public comme du privé, lycéens ou retraités… la police a elle aussi inauguré et systématisé une nouvelle et terrible pratique : le « nassage » visant à réprimer et isoler ce nouveau type de manifestants des troupes encore contrôlées par les bureaucrates.
Aujourd’hui, les lois macronistes visent elles aussi à nasser par l’enfumage politique, l’extrême précarisation et la matraque dans le but d’empêcher la renaissance d’un cortège de tête qui puiserait ses forces grandissantes parmi celles des millions d’abstentionnistes, mais aussi parmi ceux qui ont été embrouillés par ce mini-Bonaparte.
Face au nassage macroniste, construire dans les têtes, dans la rue, dans les quartiers populaires, sur nos lieux de vie et de travail un nouveau « cortège de tête »… c’est la voie de résistance.

 

Voici en pdf, le No 164, JUIN-JUILLET 2017, du petit journal mobile recto-verso A4 « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires. Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions, propositions, critiques …

Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf : http://resistons.lautre.net/IMG/pdf/re164-juin-2017.pdf

à bientôt.
L’équipe de rédaction

 

 

Salut a toi le ministre des sceaux

Justice pour Foued / Rassemblement samedi 24 juin – Cergy

 

Justice pour Foued ! Rassemblement devant le Commissariat de Cergy

 

Soutien à Foued que la police a mis dans le coma, emprisonné depuis presque un mois et qui est toujours en très mauvaise santé.

Le 31 mai au soir, Foued, 31 ans et père de deux enfants, fête un anniversaire dans la ville de Saint-Ouen l’Aumône, située dans le Val d’Oise. Au sortir de cette soirée, il décide avec ses ami-e-s de raccompagner l’une d’elle à Pontoise et s’arrête, un peu avant au parc dit du Stade dans le quartier des Cordeliers. Puis il quitte ses compagnons pour rentrer chez lui.
Foued disparaît et c’est finalement vers 16h que le commissariat de Pontoise fait savoir que Foued a bien été interpellé vers 5h du matin et qu’il a été hospitalisé par la suite.

À l’hôpital, c’est le choc au moment des retrouvailles, qui se passe dans une chambre sombre gardée par deux policiers postés à l’entrée. Foued a passé 10 heures dans le coma et est littéralement défiguré.
Foued a depuis été placé à la maison d’arrêt d’Osny où il semble vivre dans des conditions inquiétantes. Des détenus ont rapporté que Foued est désorienté, a des vertiges, des nausées et est même tombé dans la cour pendant la promenade. Il se plaint de douleurs vives au dos et à la poitrine.

La famille réclame son retour d’urgence à l’hôpital pour les soins.
De faire la lumière sur les conditions de l’interpellation de la nuit du 31 mai dans le quartier des Cordeliers.
Pour soutenir Foued que la police a mis dans le coma et qui est emprisonné depuis presque un mois et toujours en très mauvaise santé, le collectif Justice pour Foued appelle à un :

Rassemblement ce samedi 24 juin 2017 à 15h
devant le Commissariat de Cergy :
4, rue de la Croix-des-maheux, 95000 Cergy-Pontoise
RER A : Cergy Préfecture

Justice pour Foued

 

Degenerated kid : FOSSE & HAINE - #0 - Prix libreEntêté, je voulais sortir le...



















FOSSE & HAINE - #0 - Prix libre

Entêté, je voulais sortir le zine hier. Sauf que je suis tombé sous la fatigue avant. On enterre LDMP, et on se retrouve avec un petit fanzine format a5, 10 pages. On cause de DIKTAT, de choses personnelle, de littérature, de punk rock et basta. 

pour commander: nox.morveux@riseup.net

Genève (Suisse): manifestation pour le « droit à la ville » le 1er juillet

RDV place de la Navigation, à 14h30.

Une grande manifestation pour le droit (sic) à la ville aura lieu le 1er juillet 2017. Celle-ci est appelée par un front très large d’organisations.

A l’initiative de la maison collective de Malagnou (en lutte contre son expulsion), un comité réunissant plus d’une trentaine de collectifs de lieux autogérés, d’associations de quartier, de défense des migrant.e.s, de la culture, de la paysannerie contractuelle, syndicats et partis politiques ont décidé qu’il était temps de reprendre la rue. Sous le mot d’ordre « défendons-nous », nous voulons démontrer ensemble notre force pour défendre des lieux d’habitation et de vie contre les attaques de politiques irresponsables de mise en compétition des précaires. C’est pourquoi nous refusons notamment l’opposition entre étudiant.e.s et personnes en exil.

À télécharger:
L’affiche en haute qualité
Le tract en PDF

[Publié le 21 juin 2017 sur alachaine.ch.]

Le pouvoir des mots

La puissance des mots n’est pas une vague idée de fils de pub. Mais ils usent et abusent pourtant de ce qui est une arme puissante. Les mots permettent d’exprimer la pensée. Si cette pensée […]

Radicalisation policière

Les forces de l’ordre, et plus spécifiquement la police nationale, sont souvent résumées comme un appendice des institutions, « le bras armé de l’état ». Cette description commune dans les milieux militants empêche de voire les dynamiques politiques propres aux forces de l’ordre. Réduire le comportement des forces de l’ordre à l’aune des décisions du gouvernement du moment ne permet pas à elle seule d’expliquer l’augmentation des violences policières que nous subissons.

Il existe évidemment un contexte, celui du monopole de la violence délivré à l’État, associé à celui des orientations sécuritaires et racistes des gouvernements qui tout deux permettent et couvrent les violences policières que nous connaissons aujourd’hui, mais cela ne peut pas être la seule explication aux comportements policiers d’aujourd’hui. 

Violence légitime de l’État et poids des politiques gouvernementales, masquent les multiples dynamiques politiques qui travaillent chaque policiers et  qui s’articulent autour du nationalisme, du républicanisme, des valeurs d’ordre et du sécuritaire. Thématiques qui forment aujourd’hui l’ossature de nombreux mouvements d’extrême-droite en France. 

Cette influence idéologique de l’extrême-droite dont on voit les manifestations concrètes dans les votes des forces de l’ordre  et que traduit la surreprésentation du Front National dans des bureaux de vote à proximité de casernes de gendarmes par exemple mais aussi et surtout dans les oppositions de plus en plus affichées et franches à l’encontre des autres institutions (syndicats, justice, gouvernement, partis institutionnels).

De plus en plus de policiers revendiquent un rôle politique au sein même de l’exercice de leur métier.

Bien sûr de par sa fonction au sein de la société : garante de l’ordre et de l’application des lois et détentrices du monopole de la violence d’état, les forces de l’ordre sont plus sujettes à attirer des gens qui ont ce type de convictions. Il ne faut donc pas s’étonner de la surreprésentation d’un vote de droite et d’extrême droite en son sein et de l’intérêt que lui ont porté les mouvements et les militants d’extrême droite. Les faits divers policiers regorgent d’exemple de ces histoire d’amour entre fafs et policiers comme en témoigne l’affaire des trafiquants d’armes d’extrême droite qui ont fournis les armes au terroriste du 13 novembre grâce a la protection que leur offrait leur amis des forces de l’ordre. Si les liens d’amitiés entre militants d’extrême droite et policiers sont monnaie courante, la police est aussi travaillée plus en profondeur par les organisations de l’extrême droite radicale.

L’extrême droite a toujours été présente et active politiquement dans la Police comme en témoigne l’histoire du PNFE – Parti National Français et Européen. Organisation  néo-nazie (1985) dont la devise « France d’abord, blanche toujours » résume son programme et sa vison du monde. Le PNFE a privilégié un recrutement au sein des Policiers membres du syndicat policier d’extrême droite FPIP – Fédération Professionnelle Indépendante de la Police. Le PNFE dans les années 80 va être à l’origine d’une campagne d’attentats et de violences qui culmine avec un attentat à la bombe contre un foyer de travailleurs immigrés(1988) qui fait un mort et douze blessés. Le terrorisme d’extrême droite a frappé en France et a recruté prioritairement dans la Police. Les campagnes de recrutement de l’extrême droite à destination des forces de l’ordre ne sont pas nouvelle et continuait comme avec l’Œuvre Française (aujourd’hui dissoute) qui elle privilégiait par exemple le recrutement de militaires. 

Même le FN s’est un temps doté de son relais policier officiel avec  la création du syndicat Front National Police  (FNP), reconnu en 1995 par le ministère de l’Intérieur. Premier syndicat mis en place par le Front national il réalisa 7,4 % des voix aux élections professionnelles de 1995. Le FNP siégea à l’instance paritaire de la police nationale. En 1998 le syndicat est invalidé par la Cour de cassation sur réquisition des autres syndicats policiers. Le tribunal lui reproche son objectif de « diffuser l’idéologie d’un parti politique » et le fait que son président doit statutairement « être informé de l’appartenance politique de ses adhérents ».

Le taux de syndicalisation étant très élevé au sein de la Police et sachant que les syndicats jouent un grand rôle dans les promotions, après la dissolution du FNP de nombreux policiers ouvertement d’extrême droite se sont syndiqués auprès d’une grande centrale plutôt qu’un syndicat minoritaire d’extrême droite.

Tout cela à concouru a faire basculer vers l’extrême droite la majorité des policers aujourd’hui. Les ingrédients sont donc réunis pour que l’on assiste à une droitisation des forces de l’ordre dans ses convictions mais surtout dans ses pratiques. Une radicalisation des forces de l’ordre qui se transforme en problème politique et qui accentue le danger physique pour les classes populaires et le mouvement social. Face à nous nous n’avons plus sous l’uniforme seulement un gardien de l’ordre établi mais aussi très souvent des acteurs politiques qui rêvent d’un autre monde, bien à plus à droite. 

La dangerosité des forces de l’ordre dans le maintien de l’ordre capitaliste n’est plus à démontrer elles ont largement fait leur preuve tout au long de leurs histoires. Cependant l’histoire nous enseigne que leur dangerosité est démultipliée lorsqu’elles se posent en tant qu’acteur politique. 

En 1958, le coup d’État qui a permis l’avènement du pouvoir gaulliste dans le cadre des nouvelles institutions de la Vème République s’est appuyé sur l’armée et la Police. Si la séquence militaire de ce coup d’état gaulliste est relativement bien connu au travers du rôle de l’armée le 13 Mai à Alger avec la prise du Gouvernement Général et la création d’un Comité de Salut Public, le rôle joué par les forces de police est lui moins connu. Le 13 mars 1958, une manifestation de policiers a eut lieu à l’appel des syndicats contre les attaque du FLN. De cette manifestation un cortège « sauvage » marchent vers l’assemblée nationale aux cris de « Les députés au poteau ! », « À bas les députés ! » ou encore « Vendus, salauds ! Nous foutrons une grenade au Palais Bourbon ». Ce dérapage contrôlé des forces de l’ordre par les réseaux gaullistes permettra de mettre la pression sur l’assemblée nationale qui s’auto-sabordera quelques semaines plus tard permettant ainsi le passage de la IVeme République vers la Veme, régime fabriqué sur mesure par de Gaulle. Le nouveau régime sera marqué par l’accentuation de la torture y compris en métropole dans les commissariats et par le massacre colonial du 17 octobre 1961 à Paris et sa banlieue et celui à l’encontre des opposants communistes en février 1962 à Charonne. Cette séquence nous enseigne que la Police alors acquise au gaullisme a contribué à renverser la 4eme République et a gagner en retour le droit de mener « son combat » contre le FLN en important en métropole les techniques contre-insurrectionnelles pratiquées en Algérie. Les policiers français en métropole ont pu alors se livrer à des violences de très haute intensité sur « leur » ennemi de l’époque: les populations algériennes acquises à l’indépendance et leurs soutiens. Ces violences ont structuré les rapports policiers/population bien au-delà de la guerre d’Algérie en particulier pour les enfants de l’immigration dans les années 70/80 où les crimes racistes et policiers étaient nombreux.

Au regard de l’histoire et des discours policiers actuels se posent la question de qui est considéré aujourd’hui comme l’Ennemi de la police ? le tiercé dans le désordre de la haine policière : la jeunesse des quartiers populaires, le militant de la gauche extra-parlementaire, les populations immigrées et/ou étrangères.

La banalisation des crimes policiers du quotidien dans les quartiers populaires (viol de Théo, meurtre d’Adama Traore …) mais aussi à l’encontre des migrants comme la violente répression à l’encontre du mouvement social contre la loi travail ont provoqué ces dernières années  des morts mais aussi des milliers de blessés, des mises en examen, des incarcérations. Cette répression et l’entrain qu’ont mis les policiers a l’exercer témoigne de cette radicalisation dans la violence des forces de l’ordre tout autant que de la sous traitance gouvernementale par la terreur policière des questions sociales et raciales en France. Les forces de l’ordre comme sous-traitant politique, fonction qui n’est pas nouvelle pour les quartiers populaires mais qui le devient pour tout le reste la société.

Deux événements ont marqué symboliquement cette irruption policière comme acteur politique. Le 18 mai 2016 un rassemblement est organisé à l’appel de syndicats de police comme Alliance contre « la haine anti-flics ». Ce rassemblement dont l’impact a été masqué médiatiquement par l’affaire de la voiture brûlée du Quai Valmy a été un moment clé. On a assisté lors de ce rassemblement de policier au coming out de l’extrême droite policière : Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard, les deux députés Front National ont participé à ce rassemblement sans la moindre opposition des policiers dits républicains et au contraire ont reçu un accueil chaleureux et ont multiplier les selfies avec les policiers présents. De nombreux policiers à visage découvert dans le cadre d‘un rassemblement officiel ont affiché leurs sympathies frontistes.

Les manifestations policières illégales d’octobre 2016 dans lesquelles se mêlaient de multiples revendications matérielles et politiques sont la séquence politique la plus importante. Lors de ces nuits d’octobre 2016, des policiers, cagoulés et armés dans des manifestations sauvages ont organisé un coup de pression politique. Ces manifestations ont débordé les syndicats et ont été un moyen d’expression et surtout de critiques à l’encontre de leur hiérarchie, de la justice et du gouvernement. Des slogans type « les francs-mac en prison » qui appartiennent au registre de l’extrême droite classique comme la présence avérée de militants d’extrême droite ont témoigné, si besoin en était, de la radicalisation politique de la Police nationale. Alliance, syndicat classé pourtant bien à droite, par la voix de son secrétaire générale a parlé d’infiltration et de manipulation de l’extrême droite, reconnaissant par là une radicalisation de la base policière.

Le discours véhiculé et entretenu dans les réseaux sociaux communautaires des forces de l’ordre les présentent comme le dernier rempart de la France face aux racailles, aux islamistes, aux gauchiste, au laxisme…Nombreux sont les policiers qui sur ces forums et fb parlent de guerre civile avec les thématiques de Grand Remplacement et de la présence d’un ennemi intérieur dont ils seraient les seuls à pouvoir venir a bout. Des policiers n’hésitent plus à menacer publiquement de mort des militants politiques ou de simple journaliste comme en témoigne les menaces et violences qu’ont subi entre autre les journalistes Nnoman Cadoret et Gaspard Glanz (Taranis News). 

Ces dernières séquences traduisent une accélération de l’autonomisation et de la radicalisation politique de fractions importante des forces de l’ordre. Face au fantasme d‘une faiblesse et d’un laxisme des institutions républicaines, l’idée d’une rupture politique avec le « cadre républicain démocratique » existant fait tranquillement son chemin dans la police.

Les différentes législations d’exception (Etat d’urgence, loi sur la légitime défense…) et le large consensus de soutien inconditionnel qui émane de la classe politique conforte cette dynamique d’une autonomisation et radicalisation politique des forces de l’ordre, en particulier dans la Police Nationale.

C’est cette autonomisation et radicalisation politique qui permet l’augmentation de la répression violente du mouvement social comme celle des quartiers populaires.

Ce n’est donc plus seulement à l’aune de la couleur politique des pouvoirs en place que le comportement des forces de l’ordre doit se comprendre mais aussi à celui des dynamiques politiques internes de l’institution et de l’hégémonie de plus en assumée de la radicalité politique d’extrême droite au sein de la police. Ce simple constat doit permettre à chacun et chacune de se prémunir des dangers qui en découlent et des risques que nous courrons face à la radicalisation policière.

 

Kokopelli, c'est fini...

Le monde associatif n'est pas toujours plus reluisant que celui de l'entreprise. Il même s'avère parfois pire. Illustration avec le cas d'une association reconnue, figure de la défense de la diversité des semences, Kokopelli.

Elle entend œuvrer « pour la Libération de la semence et de l'humus et la protection de la biodiversité alimentaire » – rien de moins. Depuis 1999, Kokopelli diffuse des semences de variétés libres de droits et édite un catalogue devenu référence. De quoi faire de l'association une icône de la défense des semences face à l'agro-industrie. En apparence, du moins. Parce qu'en réalité, exploitation et management moderne, théorie du complot et tromperie humanitaire ont cours au sein de Kokopelli. Une réalité décrite dans Nous n'irons plus pointer chez Gaïa, paru récemment aux éditions du bout de la ville. Interview avec quelques-uns des auteurs de ce livre collectif : Martin, salarié à Alès avant que l'association ne déménage brutalement, Julie et Laura, anciennes salariées en Ariège, et Bénédicte, jardinière et cofondatrice d'un réseau d'échange de semences en Ariège.

CQFD : Le livre commence en évoquant « l'histoire d'une lutte salariale qui n'a pas eu lieu » – de quoi s'agit-il ?

Martin : À Alès, où je travaillais jusqu'à 2013, l'équipe salariée était consciente de ce qu'était en train de devenir Kokopelli. Nous en faisions les frais, mais nous n'avons pas su réagir avant que l'association ne déménage en Ariège. Et qu'elle nous laisse derrière elle.

Laura : En arrivant en Ariège, Kokopelli a accentué ce tournant managérial entamé dans les Cévennes. Nous venions d'être embauchées, mais nous nous sommes rapidement rendu compte de ce qui se tramait. Cela nous a choquées, bien sûr, et nous sommes passées « du côté obscur ». Parler des pauses, d'une mutuelle, ou simplement évoquer nos droits élémentaires de salariées faisait en effet de nous des ennemies. Je me suis mise en arrêt de travail, sans avoir le courage d'aller plus loin. On peut donc dire qu'il n'y a pas eu davantage de réaction collective des salariées en Ariège qu'à Alès.

Julie : Nous pensions travailler pour une association militante, mais nous avons vite compris que nous n'étions en réalité que des manutentionnaires pour une plate-forme de vente de semences en ligne. Les méthodes de direction relevaient d'ailleurs du productivisme le plus banal : pointeuse, silence de rigueur, « évaluation individualisée de la productivité », surveillance. Et impossible de contester quoi que ce soit, sous peine d'être accusés de saboter la mission de « sauvetage de la Vie » que la direction prétendait mener.

Malgré cette absence de combat, vous vous êtes quand même lancés dans une écriture collective ?

Julie : Il n'était pas question que chacun.e reste dans son coin, comme une victime traumatisée. Quelques salariés ont donc décidé de témoigner et d'analyser la forme particulière d'exploitation que peut produire le monde associatif – avec l'idée de politiser cette histoire. Et des jardinières du coin, qui mènent un travail de conservation des variétés potagères, se sont associées au projet par solidarité. C'était le début de deux ans de discussions et d'écriture collective.

Bénédicte : Je suis l'une de ces jardinières. Engagée contre l'appauvrissement de la diversité cultivée, j'étais – comme d'autres – adhérente de Kokopelli depuis des années. Mais j'ai vite déchanté quand l'association a débarqué en Ariège. Et je n'étais pas la seule : il y a eu une prise de conscience collective, partagée avec d'autres jardinières. Hors de question « de tolérer la banalité du mal que constitue le rapport salarial ».

Dans le livre, on découvre dans quelles conditions sont produites les semences vendues par l'association…

Martin : Kokopelli se présente comme un réseau de petits producteurs paysans, sauf qu'à l'époque, en 2013, une proportion non négligeable de semences était achetée à des grossistes produisant à bas coût, comme Suba en Italie. Les petits producteurs étaient peu nombreux en réalité. Travaillant sans contrat, ils devaient de toute façon reproduire un trop grand nombre de variétés pour permettre une qualité satisfaisante. Ce dont Kokopelli n'avait cure, l'essentiel étant de maintenir l'image de marque d'un catalogue à la diversité fabuleuse. La dimension collective de la production de semences (échanges sur les techniques de production, travail en commun...) n'était pas favorisée, voire proscrite par la direction. Certains producteurs en parlent dans le livre, même si ç'a été difficile d'en trouver qui témoignent – ils avaient peur de « faire du tort à la cause des semences libres ».

Bénédicte : Les échanges sont indispensables – on le souligne d'ailleurs largement dans le livre. En Ariège, notre petit réseau d'échanges, semblable à ceux qui existent un peu partout en France, est ainsi né de la nécessité de reproduire des semences pour alimenter nos jardins vivriers. C'est une conservation vivante, forcément plurielle : certaines contraintes techniques obligent à s'organiser collectivement – et c'est tant mieux comme ça. Kokopelli, elle, s'en fiche. Ce qui l'intéresse, c'est de proposer un catalogue pléthorique de semences à vendre. Lequel renforce au fond une logique de consommation individuelle et véhicule une vision amputée de la semence.

Kokopelli a aussi l'image d'un réseau international qui mène des actions humanitaires vers d'autres continents. Qu'en est-il en réalité ?

Laura : J'ai justement été embauchée pour travailler sur Semences sans frontières, la vitrine humanitaire de l'association, qui draine beaucoup de dons en argent ou en semences. Et je suis tombée des nues ! Dans les faits, il s'agissait d'envoyer des semences souvent périmées, c'est-à-dire des invendus de la boutique aux durées de germination dépassées de plusieurs années. Les envois ne prenaient en compte ni le climat ni les habitudes culinaires des gens sur place. Il fallait envoyer des colis pour dire qu'on l'avait fait, peu importait leur contenu et leur usage. Comme pour donner raison à Dominique Guillet, le président, qui prétend : « Tout pousse partout s'il y a de l'amour... »

Vous revenez aussi dans le livre sur les discours mystiques et complotistes développés par un dirigeant de cette structure ?

Julie : Avant mon arrivée dans l'association, je n'avais pas vraiment prêté attention au discours idéologique qu'elle produit. De prime abord, les propos des dirigeants me semblaient plutôt anticapitalistes. Mais en réalité, certains d'entre eux alimentent la confusion politique de l'époque. À les en croire, le monde serait dirigé par une poignée de « prédateurs psychopathes déments » complotant pour éradiquer une partie de la population. Les cancers et les ravages de l'agriculture industrielle seraient notamment les moyens d'accomplir ce programme eugéniste immémorial. Un discours qui s'appuie sur le fait que les semences ont une dimension sacrée dans de nombreuses cultures. Ce qui permet de développer un écologisme mystique, voire réactionnaire, et un militantisme moral et apolitique.

« Cette langue n'a pas d'équivalent, c'est une langue qui me bouleverse, elle parle du fin fond des âges »

La surdité ne devrait-elle pas être perçue comme une différence, plutôt que comme un handicap ? Comment comprendre ce monde bien plus expressif que nous ne souhaitons pas voir ni entendre ? Les luttes des Sourds sont peu relayées : peu d'articles de presse, rarement un reportage télévisé, pas un bruit. Le documentaire « J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd », sorti en janvier 2016, tente de combler ce silence. Il représente l'aboutissement d'un projet de deux amis. Lætitia Carton, réalisatrice (...)

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Plantu, éditorialiste mondain, combat le Front national

André Breton, en juillet 1938, lançait un manifeste « Pour un art révolutionnaire indépendant » et créait une fédération d'artistes (FIARI) proclamant « toute liberté en art » [1]. C'est peut-être parce qu'il se prend pour un révolutionnaire que le dessinateur Plantu s'accorde cette liberté et que Le Monde et L'Express, protecteurs des artistes, accordent à leur dessinateur officiel le rôle d'éditorialiste suprême. À moins que, hypothèse moins reluisante, les deux journaux lui laissent dire ce qu'ils n'osent dire ouvertement eux-mêmes : que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont liés par une amicale complicité.

Le 19 janvier 2011 déjà, le dessinateur éditorialiste déclenchait un fou rire libérateur, en publiant [2] – dans L'Express – un dessin satirique dont la vocation pédagogique est manifeste.



Un dessin qu'il aurait pu publier dans le quotidien vespéral un an plus tard (le 8 février 2012) pour illustrer un titre de « Une » digne de celui d'un éditorial.



Scrupuleux, le quotidien précisait – comprenne qui pourra – que Mélenchon et Le Pen, associés rivaux en populisme, défendaient « des programmes radicalement différents »… que l'artiste libre s'était empressé, dans L'Express, de présenter comme équivalents.

Il a fallu un peu plus de cinq ans de réflexion à Plantu pour que, dans Le Monde cette fois, le 19 juin 2017, il se livre à une nouvelle intervention pédagogique sur la complicité des populistes que, pas peu fier, il présentait lui-même sur twitter.



Le chef d'œuvre, donc :



Le Monde prétend combattre le Front national. Peut-être ses journalistes envisagent-ils, après avoir enquêté sur les classes populaires, de combattre leurs fâcheuses tentations en distribuant gratuitement les dessins de Plantu dans les quartiers déshérités pour que les électeurs comprennent que s'ils votent pour Marine Le Pen, cela revient au même que s'ils votent pour Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise. Peut-être même verra-t-on Plantu – en personne – distribuer ses dessins.

Plus sérieusement, la question est simple (que nous n'adresserons pas au médiateur du Monde) : de quel crédit peut disposer un quotidien qui se présente non seulement comme un journal d'opinion, mais comme un journal de débats quand il publie des vilénies qui contredisent cette pieuse intention ?

Henri Maler


Sur les océans, comment les marins subissent de plein fouet les vagues de la dérégulation

« Loin des yeux, loin du cœur. » Sur des cargos ou porte-conteneurs géants perdus au milieu des océans, les gens de mer sont les premières victimes d'une mondialisation sans visage qui, toujours au nom de la concurrence, rabaisse les coûts sociaux à tout prix. Les entreprises françaises ne sont pas exclues de ces pratiques douteuses, n'hésitant pas à immatriculer leurs bateaux sous le régime des pavillons de complaisance. Malgré les promesses de l'ancien Président François Hollande, l'État français est, (...)

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Cool Marriage : AU REVOIR

lefeusacre-editions:

Chers amis,

Le Feu Sacré va rentrer en hibernation pour une durée indéterminée. Sur ce simple constat : j'arrive au bout de mon énergie, de mon argent et de mon temps libre. Désormais, je bute contre un certain nombre de murs. Murs que je ne souhaite ni abattre ni enjamber car cela reviendrai à faire des choses que je me refuse de faire : travailler avec un diffuseur, lancer une campagne de crowdfunding, remplir des dossiers de sub’, faire pleurer sur les réseaux sociaux pour vous soutirer de l'argent.

Je suis arrivé au bout du projet tel que je l'avais en tête. La réalité et les conditions dans lesquelles j'ai toujours souhaité travailler me rattrapent aujourd’hui.
So be it.

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J’en profite pour remercier tous ceux qui nous ont soutenu, qui ont acheté nos livres, qui en ont parlé. Les libraires, les amis, les auteurs, mais aussi et les gens qui ont travaillé pour nous, le plus souvent pour la gloire — qu'ils en soient ici remerciés. Ce projet m'a infiniment apporté sur le plan amical et intellectuel, et c'est la seule paye à laquelle je n'ai jamais aspiré.

Evidemment, le site restera en ligne et les livres continueront d'être disponibles. A bientôt ! Fabien

C’est nous qui te remercions Fabien! Et merde à ceux qui n’ont pas lu Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique ou Le livre américain des morts (vivants)

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Un homme armé dans un spectacle d’enfants ? Normal…

Un flic armé, en civil, dans un spectacle de danse d’enfants en bas âge couvés du regard par leurs parents admiratifs ? C’est tout à fait possible et c’est même très bien comme ça. C’est […]

Barbès Blues au temps du couvre-feu (65) / Farid Taalba

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Après des salamalecs diplomatiques avec une longue brochette de ronds de cuir réunis autour d’un méchoui, le maître se plaça dans un coin qu’il avait estimé propre à le rendre discret, afin, pensait-il, de ne pas se faire griller le cerveau par quelque oiseux qui lui mettrait le grappin dessus pour tailler la conversation en même temps qu’une côte d’agneau. Puis, de nombreux orateurs bien anisés prononcèrent de longs discours sur l’avenir des céréales, de la vigne et des oignons. Caché derrière plusieurs rangées d’invités, il les écouta en somnolant. Une fois bien assommé par leur débit, au moment où le fracas d’une fantasia réveilla puis enchanta l’assistance dont l’attention fut absorbée par la course effrénée des chevaux qui galopaient en soulevant des nuages de poussière, le maître en profita alors pour s’esquiver. S’affalant au fond de la banquette arrière d’un taxi qui démarra en trombe, le maître put soupirer à l’adresse du chauffeur : « Va, tapis volant, va ! ». Et le véhicule fila en direction de Bougie en dévalant les pentes sinueuses qui descendaient vers la plaine sous le soleil implacable de l’après-midi, l’air saturé de poussière. Tous les bourgs qu’ils traversèrent s’étaient vidés de leurs habitants terrés dans l’ombre des maisons, les rues pleines d’un silence pesant qu’aiguisaient les crissements de scie des cigales et des grillons. Cela d’autant plus qu’ils croisèrent régulièrement des militaires pour qui la sieste n’était pas de permission. Aussi, le chauffeur de taxi exposa ses signes d’inquiétude à chaque fois qu’il les croisa. Il insista d’abord sur le fait que les militaires n’arrêtaient pas d’arriver depuis le mois de juin et qu’ils se faisaient sentir de plus en plus. Et sans perdre de vue la route, il revint sur certains faits rapportés par les journaux ou la rumeur publique, faisant mine de n’y rien comprendre et se demandant comment tout cela allait se terminer. Le maître, sans faire de commentaire, écouta d’une oreille distraite sa revue de presse de ce qu’on appelait officiellement les « événements » d’Algérie et parce qu’il n’apprit rien qu’il ne sut déjà. Mais, apercevant de nouveau ses bêtes noires postées en barrage à l’entrée de Sidi-Aïch, le chauffeur s’enraya le gosier : « Re… re… regarde ! Un, un barrage… On va se faire contrôler ! ». Un peu exaspéré à l’idée de se farcir encore le même disque, le maître s’empressa de lui lever le saphir du microsillon avec son flegme féroce et moqueur : « Oh mon pauvre Mohand, l’interpela-t-il de ce prénom comme un français aurait dit Dupont ou Durand, mais de quoi as-tu peur ? Toute chose ici-bas n’a-t-elle pas sa fin ? Pourquoi préjuges-tu alors que ce n’est pas Azraël qui vient à ta rencontre ? Aller, lis ton livre, il doit te suffire. ». Désarmé, le chauffeur n’osa répondre aux grosses lunettes noires du maître qui le fixaient dans le rétroviseur en attente de sa réponse ; plutôt que de relever le défi, il préféra accélérer comme celui qui est pressé d’en finir plutôt que de continuer à remuer le couteau dans la plaie. Puis, bientôt, à la vue des chenilles cloutées posées sur la chaussée, ralentissant pour se présenter aux gendarmes, le chauffeur se mit à réciter : « Au nom de Dieu le Miséricordieux plein de miséricorde. Heureux les croyants qui sont humbles dans leur prière, qui évitent la jactance, qui s’acquittent de l’aumône… ».

On leur demanda de présenter leurs papiers d’identité, de descendre du véhicule pendant que deux gendarmes l’investissaient pour le passer au peigne fin ; quant à eux, pieds écartés et mains sur le capot, on les fouilla par palpations minutieuses des pieds à la tête, jusqu’aux chaussures qu’on leur intima d’enlever. Le chef du barrage ordonna au chauffeur d’ouvrir son coffre dans lequel il n’y avait pas de bagages, ceux du maître ayant été emportés par le musicien chargé de conduire Madjid à bon bled ; mais on y regarda jusque sous les revêtements pour espérer peut-être tomber sur des documents que les rebelles pouvaient se transmettre entre eux. Finalement, le chauffeur vit revenir le chargé des transmissions qui avait emporté leurs cartes à blaze. Se présentant à son supérieur en les lui remettant, ce dernier le prit en aparté pour qu’il lui fasse son rapport.

Le chauffeur redoubla alors de psalmodies : « Diront-ils qu’il est possédé par les djinns ? Non, il leur est venu avec la vérité mais la plupart détestent la vérité… ». Pendant ce temps-là, le maître resserra son nœud de cravate, épousseta son costume comme s’il allait entrait en scène et fit face au chef qui revint vers eux. Ce dernier les toisa d’un regard silencieux. D’une simple inclination de la tête, il fixa ensuite le maître dans les sombres lunettes desquelles il découvrit les deux reflets de son propre visage reproduit à l’identique. Et, d’un revirement brusque sans qu’une parole ne fût prononcée, le chef plongea ses yeux couleur bleu horizon dans ceux du chauffeur qui tournèrent à l’orage. Il questionna : « Où vous rendez-vous ?

– A Sidi-Aïch, soupira le chauffeur.

– Et qu’allez-vous y faire ?

– Nous allons animer des mariages et des circoncisions, répondit le maître dans un large sourire bonhomme dont il avait le secret.

– Effectivement, comme on vient de me le confirmer, c’est bien votre métier. Allez, tenez vos papiers, vous pouvez y aller. ».

Jusqu’au pont qui enjambe la Soummam pour passer le seuil de Sidi-Aïch, le chauffeur évita de la ramener quand le barrage disparut de son rétroviseur et qu’il se retrouva face à son propre visage dans chacune des lunettes du maître qui lui firent l’effet d’un juge d’instruction attendant une réponse. Entrant dans le bourg, il lâcha avec quand même un peu d’appréhension : « Mais il n’y a pas qu’eux qui font peur… 

– A qui penses-tu ?

– Et bien les qui tu sais !

– Comment ça les « qui tu sais » ? Cela ne me rend pas les choses plus visibles. A qui penses-tu ?

– Comment dire ? Ils n’ont pas tué que des Nazaréens mais aussi des garde-champêtres, des caïds, des employés de Commune-Mixte et même des chauffeurs de taxi. Des comme nous quoi ? Les roumis les appellent les hors-la-loi et eux s’appellent les maquisards…

– Et tu sais pourquoi ils ont tué ces chauffeurs de taxi ?

– Oui… c’était des mouchards.

– Et les autres ?

– Ils faisaient la misère aux gens. C’est ce que les maquisards nous ont dit.

– Tiens, tu les connais alors ?

– Pas spécialement mais ils sont venus dans notre village pour nous expliquer qu’il ne fallait pas croire les mensonges qu’on colporte sur eux, qu’ils n’étaient pas des criminels mais des soldats. Outre qu’ils s’étaient déjà illustrés par les exactions diverses qu’ils infligeaient aux gens, ceux qui ont été abattus n’arrêtaient pas de diffuser ces mensonges pour les dénigrer auprès de nos montagnards afin qu’ils ne leur apportent pas l’aide dont ils ont besoin pour obtenir l’indépendance.

– Bien résumé. Mais pourquoi as eu tu peur d’eux ? Tu as quelques choses à te reprocher ? Dans l’Aurès, ils ont abattus un homme qui possédait une licence de bus.

– Oh, qu’allez-vous imaginer maître ? Non, non ce n’est pas ça du tout. Moi, je ne suis qu’un honnête chauffeur qui vit à la sueur de ses mains. Mais comme c’est difficile d’en parler ouvertement même à la maison, on en profite quand on se trouve en face de vous. Vu l’ambiance, on ne sait plus à qui se fier, les hommes ne s’attachent plus par la langue. ».

Et le maître de reprendre d’une voix railleuse comme un chapelet de grêle :

 

Le rat même a un bureau

L’administrateur est le hibou

Leur président est un reflet

Allo triciti

 

J’ai trouvé l’aigle en pleurs

Le charognard faisait la fête

L’aigle prenait le bateau le lendemain

Allo pour triciti

 

Le poulet a pris le pli de monter des coups

Là, il leur raconte

Ici, il leur dit que c’est celui-là le méchant

Allo triciti

De l'art de saboter une interview politique

Dans nos grands médias audiovisuels, l'interview politique d'un représentant d'une gauche syndicale ou politique [1] un tant soit peu combative est un exercice d'une confondante uniformité, prenant le plus souvent la forme d'une joute oratoire entre le journaliste et son invité [2]. Une joute à armes inégales, non pas simplement en raison de l'hostilité plus ou moins franche des tenanciers des plateaux, mais avant tout par la force de contrainte des dispositifs des émissions, dont les enchaînements ininterrompus de questions et de nouvelles thématiques ne permettent jamais qu'on approfondisse un sujet ou qu'on s'arrête sur une réponse, quand l'invité réussit seulement à en donner une sans être coupé.

C'est dans un traquenard de ce type, de facture on ne peut plus classique, qu'est tombé Éric Coquerel, coordinateur du Parti de Gauche et candidat France Insoumise aux élections législatives en Seine Saint-Denis, le dimanche 4 juin 2017, alors qu'il était l'invité de « Questions Politiques », l'émission hebdomadaire de France Inter, présentée par Nicolas Demorand, accompagné comme toujours de trois grandes signatures de la presse hexagonale, à cette occasion les illustres Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions), Françoise Fressoz (Le Monde), et Carine Bécard (France Inter).


L'interview politique en terrain hostile


Ça commence comme une petite chanson. La voix ciselée de Carine Bécard décrit un « homme en colère », qui en voudrait « à la terre entière » et dont on se demande comment l'invité ici présent peut encore le soutenir et même l'« endurer » tant ce terrible personnage serait « incapable de s'appliquer les grandes leçons de fraternité et d'humanité qu'il aimerait pourtant imposer à tout le monde. » Insupportable, incontrôlable, tyrannique, notre homme est déjà bien habillé. Pour nous présenter ensuite l'invité, elle précise qu'il serait, contrairement au premier, « modeste » et « dévoué » et qu'il s'agirait justement là de « la grande différence » entre les deux puisque ce dernier préférerait « manifestement les seconds rôles aux premiers. » Ou comment, sous couvert de bienveillance à l'égard de l'invité, ajouter sans l'énoncer une petite dose de mégalomanie au portrait préalablement ébauché.

Un portrait de Jean-Luc Mélenchon, pour ne pas le nommer, qui ne pouvait s'arrêter en si bon chemin : l'aréopage journalistique le juge ensuite fourbe et manipulateur, puisqu'après avoir habilement feint d'être gentil pendant la campagne présidentielle, il nous resservirait à présent une « montée en température », le tout étant – obsession journalistique pour « la comm » oblige – , savamment « marketé ».

Nous réentendons alors la fameuse phrase prononcée par Jean-Luc Mélenchon attribuant la responsabilité de la mort de Rémi Fraisse au ministre de l'intérieur d'alors, Bernard Cazeneuve, et qui mit en émoi tout le landernau politico-journalistique. Éric Coquerel, invité à commenter, est solidaire, on nous avait prévenu qu'il était dévoué : pour lui aussi l'ancien ministre de l'intérieur est bien responsable de l'homicide du militant écologiste commis par des policiers. Il tente d'argumenter, non sans efforts devant la fréquence des interruptions, mais Nathalie Saint-Cricq, la portraitiste la plus inspirée du moment, l'emporte finalement : « Alors justement monsieur Coquerel, est-ce que c'est pas la preuve justement qu'on n'est pas sectaire, c'est à dire qu'on ne fonctionne pas comme une secte quand... »

La journaliste est interrompue et nous ne saurons pas immédiatement à quoi peut bien renvoyer ce « justement », révélant cependant un sens de l'association d'idée tout personnel : le rapprochement entre l'accusation portée contre l'ancien ministre et un « comportement sectaire » reste un épais mystère pour qui n'avait pas lu le chef d'œuvre d'Ariane Chemin paru dans M, le magazine du Monde [3] la semaine précédente.

On pouvait notamment y lire ceci pour qualifier le comportement des militants de la France Insoumise lors de l'enterrement de Francois Delapierre : « Le rituel a été calé à l'hôpital par Jean-Luc Mélenchon et le défunt. Cette marche en rang est riche de sens : transmission, solidarité. Pour certains dans la foule, elle signe aussi au grand jour un "groupe sectaire" – " tous les codes pour maintenir un clan homogène et très radicalisé", suggère un membre de l'assistance d'alors, aujourd'hui encore un peu glacé ». [4].

Qu'en reprenant cette accusation infâmante de sectarisme, Nathalie Saint-Cricq fasse sciemment référence, ou non, à cet article ayant le bon goût de salir un enterrement, et la délicatesse de cibler des gens dans un moment de deuil, le résultat ne se fait pas attendre. L'invité, ami dévoué de l'homme en colère, se met à son tour en colère et ne tarde pas à présenter, dixit ses hôtes, d'inquiétants « signe[s] de paranoïa », avant d'accuser (ou presque) le pauvre Nicolas Demorand d'être « totalitaire », lui qui n'y est pourtant vraiment pour rien, pas plus que la maison qui le nourrit, quand bien même cette dernière se serait empressée de se faire l'écho d'insinuations calomnieuses en circulation depuis une bonne semaine.

Il en ressort une séquence d'une grande confusion au cours de laquelle Éric Coquerel est sans cesse interrompu, quand son propos n'est pas simplement recouvert par les interventions de Nathalie Saint-Cricq et Nicolas Demorand – lesquelles rendent d'ailleurs la transcription écrite de ce passage, disponible en annexe, quasiment illisible ! Mieux vaut donc revoir en vidéo cette illustration du savoir-faire de deux « grands » journalistes pour étouffer la discussion :


La grande professionnelle est finalement invitée à reprendre la parole pour « passer à autre chose » après ce moment d'agitation, ce qu'elle fait en revenant dare-dare à sa précédente question, qu'elle va enfin pouvoir conclure, en évitant toutefois de reprendre le fâcheux mot : « Est-ce que on peut envisager que le chef, c'est à dire Jean-Luc Mélenchon, celui qui se considère comme celui au-dessus de tout le monde, peut éventuellement faire des erreurs, comme le disent les communistes notamment, et est-ce que finalement l'espèce d'essoufflement qu'il y a dans les sondages ne vient-il pas d'une erreur de stratégie de Jean-Luc Mélenchon ? Est-ce qu'on ne peut pas, dans tous les partis on conteste les chefs, les représentants : au PS pour ce qu'il en reste, à droite... Est-ce que chez vous on a juste pas le droit de le dire ? »

Le mystère s'éclaircirait donc, à moins que cette hypothèse ne soit à son tour frappée du sceau de la paranoïa : le « comportement sectaire » qu'elle prêtait précédemment à son invité se manifesterait donc dans la soumission d'Éric Coquerel à la parole de son chef – que l'on pourra bientôt qualifier directement de gourou si Nathalie Saint-Cricq continue à bien faire son travail –, ou du moins, dans la manie suspecte de ses adeptes de partager ses opinions. Il est vrai que jamais on n'a vu un mouvement politique composé de personnes partageant des idées et s'indignant des attaques proférées contre ses représentants. Il ne peut s'agir que d'une secte.

Nathalie Saint-Cricq n'est effectivement pas en train d'« endosser » les propos tenus dans Le Monde. Elle construit à présent à son tour sa propre théorie du sectarisme Mélenchonien.


Du bon usage de l'auditeur

S'ensuit une série d'interludes obligés et moins divertissants : les mauvais sondages ; les ambitions pour le scrutin à venir ; l'attitude de mauvais joueur face au retentissant succès à l'international et au coup de poing écologiste du nouveau président ; un petit épisode narquois et insistant de l'infatigable Nathalie Saint-Cricq sur leur absence totale de proposition originale en matière de terrorisme.

Viennent alors les questions d'auditeurs, sélectionnées par un tirage aléatoire dont les émissions de Nicolas Demorand sur France inter ont le secret. Un premier se demande quelle sera l'attitude des candidats de la secte au second tour des législatives, s'ils entendent se dire « nous tout seul sur notre nuage et puis plus rien. » Il peut ensuite préciser sa pensée : « Si Jean-Luc Mélenchon pense qu'il est tout seul, ça va être dur de reconstruire quelque chose après. » La transition offerte, Éric Coquerel va alors pouvoir se faire expliquer par le menu toute la division de la gauche dont la France Insoumise porte la responsabilité. Comment ? Par son refus unilatéral des « mains tendues ». Nous ne nous y attardons pas car la question de l'auditeur en inspire opportunément une autre à nos imprévisibles intervieweuses, au potentiel autrement plus spectaculaire, et qui leur permet de dispenser enfin La piqûre de rappel la plus indispensable sur La plus grosse médisance médiatique que se traînent aux pieds le gourou et ses apôtres de la France insoumise, de plateau en plateau, depuis le soir du premier tour des élections présidentielles :

- Françoise Fressoz : « Si un front républicain se met en place, à l'issue du premier tour des législatives, est-ce que vous en ferez partie pour faire barrage au Front National ? »
- Éric Coquerel : « Non, vous savez que le front républicain, ça fait maintenant plusieurs années qu'on dit que c'est pas la solution […] »
- Françoise Fressoz « Donc vous n'entrez pas dans cette logique ? »
- Nathalie Saint-Cricq : « Donc vous continuez ? »
- Éric Coquerel : « Je pense que c'est pas une bonne logique […] »
- Nathalie Saint-Cricq : « Donc vous poursuivez la philosophie... »
- Éric Coquerel : « Voilà, de combattre le Front national au premier tour et de... »
- Nathalie Saint-Cricq : « ... qu'on a entendu du premier tour par Jean-Luc Mélenchon, c'est en gros de dire "pffffff, tout ça..." »
- Éric Coquerel : « Non, vous savez très bien, Nathalie Saint-Cricq... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Attendez, excusez-moi, je simplifie ... »
- Éric Coquerel : « Vous savez qu'il a pas fait ça, c'est pas vrai. »
- Nathalie Saint-Cricq, après un soupir ostentatoire : « Écoutez... »
- Éric Coquerel : « Soit vous êtes objective, soit vous avez un avis. Jean-Luc Mélenchon a dit "pas une voix pour le Front National", il a pas dit "pas une voix pour Emmanuel Macron", d'accord ? »
[...]
- Nathalie Saint-Cricq : « On peut très bien imaginer que vous ayez eu un point de vue moral sans suivre vos troupes, on peut aussi quand on est un chef. »
- Éric Coquerel : « Moralement, mon problème c'est Hollande & Co qui dix jours avant le premier tour ont choisi de cartonner Jean-Luc Mélenchon au lieu de s'occuper de madame Le Pen, c'est eux qui ont un problème moral ! »
- Nathalie Saint-Cricq : « D'accord, donc c'est plutôt cartonner Mennucci qu'aller sur des terres Front National ? »

La passe d'armes est brève et les « simplifications » de Nathalie Saint-Cricq parfaitement claires, comme sa prétention – parfaitement déplacée – à imposer sa conception de la rectitude morale en politique à son interlocuteur et aux auditeurs. L'invité ne se fait toutefois pas accuser de paranoïa pour avoir parfaitement compris ses insinuations.

Un second auditeur nous offre maintenant une synthèse exemplaire et quasi exhaustive de l'ensemble des étiquettes médiatiques collées au front de Jean-Luc Mélenchon [5].

Le plateau est plongé dans un silence d'église, Nicolas Demorand visiblement ému par la qualité de l'intervention. L'invité subit, un peu accablé. Il s'emporte à nouveau. À une énième passe de commentaires sur la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, succède une n-et-unième remarque sur le refus de la main supposément tendue par Benoît Hamon. L'invité réexplique, essayant désespérément de faire entendre l'idée, pourtant pas si inconcevable, que ladite main n'avait pas été saisie jusqu'à présent au vu d'une incompatibilité politique évidente avec une large frange du parti tendeur de main ; et de préciser qu'en dehors, tout était possible. Peine perdue. Parfaitement sourde à la réponse qui vient de lui être donnée, Françoise Fressoz conclut avec amertume : « Mais pas dans l'autre sens, ça on l'a compris aussi. » Un sous-entendu qui ne semble pas totalement du goût de Nathalie Saint-Cricq qui, toujours prête à en découdre, s'empresse de préciser, de crainte que les auditeurs ne partagent pas tous la perspicacité déductive de Françoise Fressoz :

- Nathalie Saint-Cricq : « Est-ce qu'avec votre violence vis à vis des socialistes, y compris tout à l'heure quand on a commencé l'émission, les deux premiers taquets c'était pour François Hollande et les socialistes... »
- Éric Coquerel : « Non mais écoutez, François Hollande traite Jean-Luc Mélenchon de dictateur cinq jours avant le premier tour ! »
- Carine Bécard : « Mais ça fait partie du jeu politique, de la bataille électorale ! Non ? Enfin... »
- Éric Coquerel : « Ah bon vous trouvez ? Quand Jean-Luc Mélenchon se permet d'utiliser un mauvais [...] terme pour caractériser un homicide, ça c'est un problème... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Pendant tout le quinquennat ! »
- Carine Bécard : « On a l'impression que vous êtes meurtris d'une bataille que vous avez perdue en fait ! »
- Éric Coquerel : « … Mais quand le Président de la République François Hollande […] explique qu'il ne faut jamais voter pour un dictateur, ça c'est de la bataille politique ! Excusez-moi mais il y a deux poids deux mesures dans ce que vous êtes en train de me dire. »

On ne saurait mieux dire. Mais ce n'est toujours pas fini... Non contente de couvrir encore et toujours la réponse de son interlocuteur, Nathalie Saint-Cricq rattrape au vol la ficelle psychologique lancée à l'instant par sa consœur :

- Nathalie Saint-Cricq : « Est-ce que finalement vous n'avez pas une obsession qui est le Parti socialiste, la gauche, de manière à la remplacer à l'Assemblée, on a très bien compris que vous vouliez être la force de l'opposition, et que cette obsession, c'est peut-être ce que veut dire notre auditeur, est-ce que cette obsession... »
- Nicolas Demorand : « Il est encore là et il est très en colère. »
- Nathalie Saint-Cricq : « ... et l'exercice solitaire du pouvoir de Jean-Luc Mélenchon, que [ne] dénoncent pas que les communistes d'ailleurs, que dénoncent tous ceux qui le connaissent, n'est pas finalement un frein à cette recomposition d'une gauche qui fait des compromis parce que c'est le principe de toutes les alliances, voilà c'est tout. »

***

Il aurait aussi bien pu s'agir de Ruth Elkrief, Olivier Galzi, Arnaud Leparmentier ou Yves Calvi [6] ; cela aurait aussi bien pu se produire sur RTL, France 2, Europe 1 ou BFM TV ; l'invité aurait aussi bien pu se nommer Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Martinez, ou même Benoît Hamon (quand il représentait encore un relatif « danger de gauche » à l'occasion de la primaire socialiste). Si cette « interview » politique est remarquable, ce n'est pas pour son originalité, mais au contraire pour la parfaite banalité de ses procédés, allant de coupures intempestives en sous-entendus chercheurs de « petites phrases », le tout en prétendant « poser des questions », énumérées de telle sorte qu'aucune réponse ne puisse y être apportée calmement.

Les trois plumes illustres, dûment secondées par Nicolas Demorand, ont ainsi joué leur rôle à la perfection. Manquait toutefois à l'appel une accusation imposée, essentielle pour tout éditocrate qui se respecte à l'heure d'interroger une personnalité « de gauche » : l'utopisme et l'irréalisme des propositions (à opposer naturellement au pragmatisme des gens sérieux).

Case oubliée du bingo ? Pourquoi une telle carence ? La réponse est peut-être simplement dans le titre de l'émission : n'aurait-il pas fallu, pour « parler politique », qu'au cours de ces trois quarts d'heure d'entretien soit abordée de près ou de loin rien qu'une seule question politique ? Et n'aurait-il pas fallu pour cela que la si bien nommée émission s'écarte un instant des questions politiciennes, c'est-à-dire des jeux d'appareils, de la personnalisation et des polémiques ? Car si l'invité a essayé plusieurs fois d'aborder des sujets sérieux, bel et bien politiques, ils n'ont jamais semblé dignes du moindre intérêt pour ses contradicteurs, dont on peut à ce titre, et une fois encore, apprécier l'immense professionnalisme. Professionnalisme dont on rappellera, en prime et en annexe, quelques-uns des piliers et des fondamentaux que tout bon intervieweur doit maîtriser.


Florent Michaux




- Annexe 1 – Les piliers du métier d'intervieweur politique

1. L'obstruction. C'est le point essentiel, central du métier : couper la parole avec fermeté, ne jamais laisser aboutir un raisonnement, changer souvent de sujet, si possible en repassant à chaque fois par la case « petite phrase » et polémique du moment.

En prime, on est souvent gratifié d'un certain agacement de l'invité, quand ce n'est pas le jackpot d'un franc emportement qui pourrait faire le « buzz », ce qui a toujours l'appréciable effet de rappeler le caractère radical, colérique et si peu porté à la bienséance, et donc au contrôle attendu de quelqu'un qui prétend aux responsabilités. Ce qui vaut alors démonstration par métonymie de la dangerosité de la cause défendue et donne également l'occasion de petits sourires entendus, haussements d'épaules, roulements d'yeux, sarcasmes et postures outragées au besoin (voir le point 4).

2. La personnalisation à outrance : un bon journaliste politique ne doit jamais oublier que la politique n'est pas une affaire d'idées mais de personnes, ou plus exactement de personnalités dont on pourra faire le portrait à grand recours de notions de psychopathologie ou de comparatifs avantageux avec des dictateurs ou autres grands noms de la collaboration.

3. La diffusion massive des polémiques, plus ou moins insignifiantes, salissures et autres « buzz » du moment : participer activement à la propagation des idées reçues et interprétations à charge concernant l'invité ou ses alliés. Ne pas s'embarrasser de l'éventuelle absence de fondement ou de la partialité de l'accusation dès lors qu'est entrée en résonance toute la sphère des confrères à la manière d'un tapis de bombe recouvrant tout l'espace médiatique : qu'aucun auditeur-téléspectateur-lecteur ne puisse ignorer ses derniers méfaits (réels ou supposés, insistons bien), et qu'il doive en conséquence les intégrer à la représentation qu'il se fait du triste personnage qu'on lui présente.

4. La répartie brève par l'évidence inspirée par un bon gros sens commun (ce qui n'empêche pas de toujours bien réserver la qualification de populisme à l'invité) : face à un argument avec lequel on est en désaccord sans être en capacité d'y répondre sur le fond (au risque de trop dévoiler ses propres inclinations, ou simplement par incapacité intellectuelle), avoir recours à des interjections réprobatrices du type « mais enfin... », « voyons... », « écoutez... », et autres « on a bien compris ». Ne pas négliger de les accompagner de tons empreints de consternation et de moues accusatrices (de paranoïa, d'irresponsabilité, de complotisme), voire de se donner l'air de se remémorer avec gravité les années trente et les pires heures de l'histoire si l'occasion se présente, vous en sortirez grandi et votre invité sera symboliquement sous vos pieds.

Si le point trois est bien en place, ce quatrième en découle très naturellement et se déploie par la connivence que le journaliste tisse avec son spectateur sur la base des préjugés désormais bien intégrés lors des opérations de battue médiatique évoquées précédemment. Si vous avez la chance de durer assez longtemps dans le métier, vous découvrirez avec l'expérience ce que ce dernier ressort recèle d'essentiel dans vos prestations. Cela deviendra pour ainsi dire votre patte, votre griffe.

5. Une petite astuce : si par bonheur votre émission fait intervenir des auditeurs à l'antenne ou par SMS, choisissez évidemment les questions les plus délicates, les plus sensationnelles pour pouvoir ensuite vous dédouaner de les avoir posées vous-même, et préserver ainsi habilement votre stature de grand journaliste, tout en profitant de l'aubaine pour déverser à votre tour vos éclairages.

- Annexe 2 – Nathalie Saint-Criq et Nicolas Demorand dans leurs oeuvres

- Éric Coquerel : « […] Et donc oui, je vous le dis : politiquement, monsieur Cazeneuve est responsable de la mort d'un jeune homme... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Oh... »
- Éric Coquerel : « … et je pense que c'est ça qui devrait tous nous choquer... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Alors justement... »
- Éric Coquerel : « … beaucoup plus que les mots et les paroles... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Monsieur Coquerel, est-ce que c'est pas justement la preuve qu'on n'est pas sectaire, c'est à dire qu'on ne fonctionne pas comme une secte quand... »
- Éric Coquerel la coupe : « Non, c'est pas nous qui... »
- Nathalie Saint-Cricq : « … quand on peut considérer... »
- Éric Coquerel : « C'est vous ! Vous qui nous avez accusé... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Attendez ! Quand on... »
- Éric Coquerel : « … d'être sectaires... »
- Nathalie Saint-Cricq : « … quand on peut considérer... »
- Éric Coquerel : « … parce que nous avons accompagné notre camarade François Delapierre... »
- Nathalie Saint-Cricq : « … on peut considérer... »
- Éric Coquerel : « … de la manière dont nous estimions nécessaire de le faire... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Est-ce que Jean-Luc Mélenchon... »
- Éric Coquerel : « … puisque pour la plupart, et François ne l'était pas, nous ne sommes pas croyants... »
- Nicolas Demorand : « Nous ne l'avons pas mentionné. »
- Éric Coquerel : « … mais nous estimons qu'il y a quelque chose... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Est-ce que Jean-Luc... Attendez... »
- Éric Coquerel : « … justement dans le passage à la mort qui est important, et on s'est fait traiter de sectaires... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Attendez... Est-ce que… »
- Éric Coquerel : « … par Le Monde. Plus une reprise... »
- Nicolas Demorand : « Oui mais on n'a rien à voir avec ça. »
- Nathalie Saint-Cricq : « Nous non. Alors attendez ! »
- Éric Coquerel (à Nicolas Demorand) : « Une reprise en revue presse sur France Inter là dessus... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Est-ce que... »
- Éric Coquerel : « … exactement le lendemain... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Monsieur Coquerel, c'est sur le fonctionnement... »
- Éric Coquerel : « … pour remettre cent balles dans la machine. »
- Nathalie Saint-Cricq : « C'est sur le fonctionnement... »
- Nicolas Demorand : « Nathalie... Entre citer... »
- Éric Coquerel : « Effectivement on trouve ça absolument anormal. »
- Nicolas Demorand : « Entre citer et écrire... »
- Éric Coquerel : « Oui bien sûr... »
- Nicolas Demorand : « et citer et endosser, c'est le travail d'une revue de presse que de passer la presse en revue. On n'a pas, monsieur Coquerel, on n'a pas du tout évoqué le sujet, c'est vous qui l'avez remis sur le tapis aujourd'hui. »
- Éric Coquerel : « Bah oui, enfin... Je vous voyais arriver gros comme une maison. »
- Nicolas Demorand : « Mais non, euh...
- Éric Coquerel : « … Bon d'accord. Allez, on passe à autre chose. »
- Nathalie Saint-Cricq : « Non non ! »
- Nicolas Demorand : « C'est un signe de paranoïa, un signe de paranoïa qui est une ouverture d'esprit hein, même les paranoïaques ont des euh... »
- Éric Coquerel : « D'accord, là maintenant je suis paranoïaque ? »
- Nicolas Demorand : « Bah oui parce que... »
- Éric Coquerel : « Faites attention parce que la psychologie en politique, il y a des régimes dictatoriaux qui l'ont utilisé, et je pense que ça ne doit pas être utilisé dans la démocratie. »
- Nicolas Demorand : « Donc voilà, maintenant je suis totalitaire, c'est magnifique ! »
- Éric Coquerel : « Non ça n'est pas ce que j'ai dit. Mais je ne suis pas paranoïaque. Je constate que le mot "secte", l'autre jour je débats avec Mennucci qui me sort le mot "secte", avec d'autres journalistes, ils me sortent le mot "secte", dans Le Monde il y a le mot "secte". Il y a tout un élément de langage... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Mais attendez... »
- Nicolas Demorand :« L'ai-je prononcé, l'ai-j prononcé ? Non, non. C'est vous qui l'avez mis sur la table... »
- Nathalie Saint-Cricq : « Et en premier . »
- Nicolas Demorand : « … et qui avez remis cet article du Monde sur la table, ça n'est pas nous. »


[2] Sur ce thème de l'art délicat de l'interview, voir le n° 21 de notre trimestriel Médiacritique(s).

[3] Lien payant.

[4] Comme si cela ne suffisait pas, ces lignes étaient placées sous l'intertitre non moins évocateur de « Trotskiste et franc-maçon » pour qualifier semble-t-il le défunt, déjà donc doublement sectaire, et sous lequel on pouvait découvrir en bonus un penchant quasi complotiste de Jean-Luc Mélenchon dans sa suspicion envers les « ondes de ces maudits portables » dans la mort de son ami.

[5] Extrait :
- Emmanuel (l'auditeur) : « Est-ce qu'il serait possible d'imaginer [un retrait] de Jean-Luc Mélenchon pour préserver les idées géniales de son programme ? »
- Nicolas Demorand : « Expliquez nous pourquoi il faudrait le faire. »
- Emmanuel entend des gens autour de lui d'accord avec ses idées mais qui disent que « Mélenchon c'est pas possible. »
- Nicolas Demorand : « Pourquoi c'est pas possible, Emmanuel ? »
- Emmanuel : « Par son coté radical, par son coté radical de refuser Hamon, d'utiliser des mots sur Cazeneuve. [...] Globalement, on est dans un monde où il y a des choses à respecter, notamment les formes. Monsieur Mélenchon ne peut pas entendre ça. [...] C'est un homme politique, il doit se maîtriser, pour gouverner il faut un compromis, il faut pouvoir tendre des mains, il faut arrêter d'insulter les gens, les journalistes, il faut peut être faire attention à ce qu'on dit quand on parle du Venezuela, quand on parle de Poutine, quand on parle de la Syrie... »
- Nicolas Demorand : « Merci, merci Emmanuel, il y a beaucoup de choses... Il y a beaucoup de choses dans votre intervention, il y a beaucoup de choses... Donc on va permettre à Éric Coquerel de vous répondre... »

[6] Compléter la liste à votre gré.

Accusée d'exploiter ses salariés, la grande enseigne Primark a-t-elle changé ses pratiques ?

En octobre 2016, le magazine Boutique2Mode publiait une enquête sur Primark, le troisième distributeur mondial de textile, qui avait débarqué en France tambour battant. Reproduit sur Basta !, l'article révélait des méthodes de management hyper-agressives, violant les droits des salariés, poussant ces derniers à bout. Depuis, « rien n'a changé », raconte le journaliste Laurent Maurel, qui a continué à suivre l'entreprise et à collecter les témoignages de ses salariés. Ce dernier vient de publier deux (...)

- Résister / , , ,

Keep the rage : Keep The Rage #221 - Vendredi 16 juin - Playlist et Podcast

Keep The Rage #221 - Vendredi 16 juin - Playlist et Podcast
Playlist:

01 - 8°6 CREW - Confusion - ( working class reggae - 2017)
02 - PROPHETS OF RAGE - Unfuck The World (Party's over - 2017)
03 - EXHAUSTION - Abomination - ( Surrounded by the Depths - 2017)
04 - SHACKLES - Anilingus And Ascension In Rank (Lifeless paradise - 2017)
05 - CARTOUCHE - A Venir -  ( A venir - 2017)
06 - NOVA TWINS - Bassline B_tch ( Ep - 2016)
07 - ANNÉES ZÉRO - reves maladifs - ( démo - 2017)
08 - ENGAGE - Break Free (Demo - 2017)
09 - NEUROTIC EXISTENCE - An Escape - ( insane - 2017)
10 - ULTRA VOMIT - Keken(Panzer Surprise ! - 2017)
11 - DESZCZ -  The Abyss - ( st- 2017)
12 - DISKONTO - Den Demokratiska Juntan (A Blaze In The Northern Sky - 2006)
13 - MatraK AttakK - Trip To NoWhere - ( demo - 2016)
14 - DEAD TRIBE - A Symbol of Pain (S-t - 2016)
15 - MAID OF ACE - bone deth - ( st - 2014)
16 - SHEEP IN WOLVES 'S CLOTHING - XX. Századi freskó (Weöres Sándor verse) (St - 2017)
17 - CLITERATI - Looking for the Answers - ( demo - 2016)
18 - MORTALITY RATE - Nerve Damage (Sleep deprivation - 2016)
19 - NEF- Manifestation  - ( 18 grands air populaires - 1991)
20 - DIRT - Dolls Of Destruction - ( object Refuse Reject Abuse - 1982)
21 - TEN YARD FIGHT - Glory Bound (The only way - 1999)
22 - CAMERA SILENS - Espoirs Déçus - ( Rien qu'en trainant - 1987)

Pour télécharger le podcast, cliquez sur l'article.

Des femmes face à la prison

Kelley Walker (Mamco – mai 2017)

Couv

Le MAMCO à Genève propose jusqu’au 10 septembre une chouette expo du New-Yorkais Kelley Walker.

mur 1Tableaux géants de murs briques rouges tissés de coupures de magazines, rappelant immanquablement les facades new-yorkaises et le bruits non-stop de la Grosse pomme…

rorschach 1Planches de Rorschach en acrylique grand format et couleurs pop.

flics noir.JPGAgrandissement de clichés pris lors du mouvement pour les droits civiques, barbouillé de chocolat. Pas les réalisations les plus originales mais elles ont apparemment provoqué des polémiques dans le sud des Etats-Unis récemment.

disques 2

Les images ont un sens, c’est sûr, mais ce que j’apprécie dans les arts,  « visuels » ou autres, c’est de se laisser aller à son instinct sans trop réfléchir, se laisser conduire par ses émotions esthétiques plus que par la raison.

disques 1

Et puis un chouette hommage au 7″, en forme de mur de disques mis en scène avec leur pochette/insert.

disques 3

Je suis peut-être pas critique d’art mais je sais reconnaître un vinyle de PIL ou de Jesus Lizard quand j’en vois un !

disques 5


La presse, un jeu de Monopoly pour Drahi (SNJ-CGT)

Nous publions ci-dessous un communiqué du SNJ-CGT qui dénonce les manœuvres capitalistiques permanentes au sein du pôle presse écrite de l'empire de Patrick Drahi. (Acrimed)

Patrick Drahi vient d'annoncer au comité d'entreprise du groupe L'Express un projet de cession de douze titres de son pôle de presse écrite pour ne conserver que Libération, L'Express, Point de vue, 01 Net, À nous Paris et My Cuisine.
Ainsi seraient cédés : Mieux vivre votre argent, les titres du pôle décoration, Studio Ciné Live, Lire, Classica, Pianiste, ainsi que le Salon du travail et Job Rencontres.

À quoi joue-il ?

En deux ans, de 2014 à 2016, il avait racheté une cinquantaine de titres de presse en commençant par Libération, puis le groupe Express au groupe belge Roularta, puis le groupe NewsCo. Il avait créé Altice Média Group pour réunir ses participations dans les médias, avant de le vendre à SFR un an plus tard.

Déjà les personnels avaient fait les frais de la politique de Patrick Drahi avec des départs nombreux à Libération, la fusion de L'Express et de L'Expansion, puis la vente du groupe L'Etudiant.

En annonçant la vente de ces douze derniers titres, il prétend se recentrer sur l'information générale, au mépris des personnels et particulièrement des journalistes qui n'auront fait qu'un bref séjour dans le groupe Altice, non sans avoir été malmenés.

Combien de journalistes perdront leur emploi dans l'opération ? Pour Drahi, la presse n'est qu'un produit d'appel pour ses offres d'abonnements à SFR, en perte de vitesse. L'information générale n'est vue que sous l'angle d'un contenu pour « doper » la marque SFR.

Le SNJ-CGT dénonce cette mainmise des opérateurs de télécommunications sur les médias ; l'information n'est pas un produit comme les autres ; elle ne peut être considérée comme un produit d'appel, au détriment de l'information citoyenne, au moment où l'abstention aux élections est de plus en plus problématique.

Le président de la République qui a promis de « garantir l'indépendance des médias d'information » trouvera là matière à agir.

Le SNJ-CGT saura lui rappeler cet engagement qui, au contraire de la casse du code du travail, contribuerait au sauvetage de la démocratie.

Montreuil, le 20/06/2017

Durban (Afrique du Sud): un squatteur tué par balles lors d’une opération de démolition d’un bidonville

Mardi 13 juin 2017, à Mariannhill (banlieue ouest de Durban), en Afrique du Sud, le bidonville Mansenseni a été attaqué par la Land Invasion Unit d’eThekwini (sorte de brigade anti-squat locale).

Alors que les travailleurs de cette unité de démolition commençaient à détruire des logements, les habitant-e-s se sont révolté-e-s et se sont physiquement opposé-e-s au sale taf de cette unité. Des affrontrements ont eu lieu, la Land Invasion Unit cherchant à disperser la foule, et un homme de 29 ans, Samuel Hloele, a été tué par balles par des vigiles de l’unité. Plusieurs personnes ont été blessées, notamment par des tirs de flashball dans le dos.

Dans un communiqué daté du jour-même, le mouvement autonome d’habitant-e-s de bidonvilles Abahlali baseMjondolo évoque une « zone de guerre. La Land Invasion Unit n’a parlé à personne. Ils ont juste tiré dans le tas. L’intention était clairement de tuer, de donner une leçon ».

Le même jour, une expulsion a également eu lieu à Kranskop (à 150km au nord de Durban), donnant lieu à trois arrestations.

Les 16 et 18 juin, deux manifs ont eu lieu en mémoire de Samuel Hloele, organisées par le mouvement de jeunesse d’Abahlali baseMjondolo (Youth League).

Le mouvement Abahlali baseMjondolo appelle également à une manif à Durban le lundi 26 juin 2017, en direction de la mairie.

Critiquant la politique menée par la maire de Durban, Zandile Gumede, le mouvement Abahlali baseMjondolo déclare:

« Nous soutenons totalement le besoin de développer la puissance des femmes dans tous les pans de la société. Nous ne sommes pas opposé-e-s à Zandile Gumede parce qu’elle est une femme. Nous sommes opposé-e-s à elle parce qu’elle a choisi la politique des mensonges et de la répression. Elle a choisi la loi du flingue. Elle a choisi la politique de l’oppression. Elle nous a tou-te-s trahi-e-s, y compris les milliers de femmes de notre mouvement, ainsi que toutes les autres femmes pauvres de la ville. La nouvelle maire nous a menti de nombreuses fois (…).
À travers la ville, nous voyons le retour des expulsions armées, violentes et illégales. Nous avons vu le meurtre d’un bébé de deux semaines, Jayden Khoza. Hier [le 13 juin 2017], nous avons perdu un autre compagnon et voisin, Samuel Hloele, dans le bidonville d’eMansenseni, à Marianhill, lors d’une violente expulsion. D’autres ont été sérieusement blessé-e-s. Tous nos efforts pour pousser la maire à s’engager sur ces problèmes sont tombés dans des oreilles sourdes ou ont été répondus par des mensonges.
Lors des trois derniers mois, plusieurs communautés ont subi des expulsions violentes et/ou illégales. »

[Sources: Abahlali baseMjondolo | Times Live | East Coast Radio.]

Bitpart : Juin-juillet 2017

On sort de notre trou pour quatre concerts, avant de glandouiller à Paris pendant que tout le monde se tire loin d'ici. Ça se passera le 21 juin chez nos amis du Supercoin, dans le 18e arrondissement de Paris, avec Trotski Nautique et une surprise. Puis le 26 juin à Montreuil, pour une soirée de folie en compagnie des Californiens de Street Eaters et les petites pépites nationales que sont Belmont Witch et Stalled Minds. On enchaîne le 3 juillet avec les Texans de Football, Etc. et les Italiens Dags à la Comedia (encore!!!). Et enfin, on finit avec Strabisme, petit festival fait maison, à Caen, avec Syndrome 81, Litovsk et Mental Distress, entre autres. Plus d'infos sur les flyers ci-dessous et au bout des liens ci-dessous aussi. Bises.

21 juin 2017 - Le Supercoin (Paris 18):
https://www.facebook.com/events/1910876535824641
26 juin 2017 - La Comedia (Montreuil):
https://www.facebook.com/events/1936700616545586
3 juillet 2017 - La Comedia (Montreuil):
https://www.facebook.com/events/174239923110729
8 juillet 2017 - La Pétroleuse (Caen):
https://www.facebook.com/events/232627173897263


Saint-Denis (93): dernier round pour le centre social Attiéké ?

L’info est tombée par les huissiers et la préfecture : l’expulsion de l’Attiéké est prévue entre cette semaine et le 27 juin.
À partir de mercredi 21 : reprise des rassemblements-piquets à 6h du matin devant l’Attiéké, besoin de monde !

Communiqué du 18 juin 2017

Le centre social Attiéké, auto-organisé et habité, sera expulsé d’ici au 27 juin, selon l’huissier du propriétaire et la préfecture du 93. Après presque quatre ans d’occupation du 31 bld Marcel Sembat à Saint-Denis, c’est la fin. Nous l’espérons bruyante.

Nous reprenons les piquets de veille matinaux à partir du mercredi 21 juin (pas le week-end) : RDV à 6h devant l’Attiéké. Café, thé, gâteaux et bonne humeur au programme.

Le jour de l’expulsion :
– il faudra faire nombre pour éviter toute violence des forces de l’ordre, et que les habitant.e.s puissent récupérer toutes leurs affaires sans exception.
– après l’évacuation, point d’info au square De Geyter à 40 mètres de l’Attiéké.
– rassemblement à 18h devant la mairie de Saint-Denis.

Nous exigeons :
– la réquisition d’un bâtiment vide ou la mise à disposition gratuite d’un local confortable sur Saint-Denis.
– le relogement et la régularisation des habitant.e.s de l’Attiéké.

Nous tiendrons les permanences d’entraide du centre social jusqu’au bout.

Nous sommes solidaires de la centaine d’habitant.e.s du 57-59 avenue Wilson (propriété de Plaine Commune) menacé.e.s d’évacuation depuis peu.

Et longue vie au jeune centre social autogéré du 37 rue Marceau à Ivry.

La dynamique de l’Attiéké renaîtra-t-elle de ses cendres ? Venez donc en parler sur les piquets.

La lutte continue !

Vive l’auto-organisation !

Que les occupations fleurissent !

Logement, papiers, liberté pour tou.te.s !

Le collectif de l’Attiéké

31 bld Marcel Sembat, St-Denis / 31marcelsembat@@@riseup.net / https://collectifattieke.wordpress.com/

[Publié le 20 juin 2017 sur Paris-Luttes.info.]

L'Union syndicale Solidaires publie une carte des suicides

« Rendre visible les suicides liés au travail » : c'est l'objectif de la carte réalisée par l'union syndicale Solidaires. Après les suicides le 7 mars d'une infirmière à l'hôpital Cochin et d'un cheminot le 10 mars à la gare St Lazare, Solidaires a décidé de recenser les suicides au travail et de les rendre publics. Et malheureusement, la liste s'allonge : en mars, à Tarbes, un technicien et un ingénieur travaillant pour Daher Socata, une ancienne filiale d'EADS qui construit des avions légers, ont mis fin à (...)

- En bref / , ,

« Nuit Debout était une belle expérience, d'intelligence et de construction collective »

Qu'est-ce qu'être de gauche selon vous ? Y a-t-il encore du sens à se dire de gauche alors que les partis qui l'incarnent sont très minoritaires à l'Assemblée ? Comment voit-on la gauche du futur ? Quelles sont ses valeurs, ses idées, ses projets, ses défis ? #imagineLaGauche, c'est la série lancée par Basta !, pour comprendre, reconstruire, rêver, renouveler, mettre en débat… Salariés, chômeurs, retraités, étudiants, paysans, militants associatifs, syndicalistes, artistes, chercheurs, jeunes et moins jeunes, (...)

- Débattre / , , ,

La France va-t-elle suivre le modèle allemand et transformer ses chômeurs en travailleurs pauvres ?

Après les lois Macron, Rebsamen et El-Khomri sous le précédent quinquennat, le gouvernement d'Edouard Philippe prépare une réforme encore plus profonde du droit du travail, précédant une remise à plat de l'assurance chômage. Ce big bang annoncé a un modèle : les réformes « Hartz », engagées en Allemagne au début des années 2000, aujourd'hui parées de toutes les vertus par de nombreux commentateurs avec, en apparence, l'un des taux de chômage les plus bas d'Europe. La réalité des chiffres montre au contraire que (...)

- Décrypter / , , , , ,